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  • magnifique Dominique Rabaté sur le roman au XXème siècle à l’heure (« moderne ») de la décadence de la grandeur et de la défaillance des modèles (Saints et Héros) dans l’apprentissage (ou formation) du sujet « commun » (tout un chacun)

    Magnifique conférence de présentation de son magnifique essai de « méditation » littéraire : Le Roman et le sens de la vie (aux Éditions José Corti)

    de Dominique Rabaté, hier soir, vendredi 7 mai 2009, dans les salons Albert-Mollat,

    en présence d’un public (de « lecteurs » amoureux de la « lecture de romans« , vraisemblablement…) nourri, amical

    …

    _ pas seulement, et même loin de là, composé de collègues (universitaires) : en fonction, certains, ou émérites, d’autres ; même si nombre d’entre eux étaient présents et n’ont pas manqué d’intervenir dans la séance (plus ou moins rituelle) des questions au conférencier, ensuite… _,

    …

    en présence d’un public attentif et tout à fait alléché, incontestablement,  par ce propos du conférencier d’éclairer ce genre de « lecture » (= la lecture de romans !) aujourd’hui si vivant, pour les « lecteurs » que nous (presque tous) sommes

    …

    _ vivant, chacun, notre existence subjective particulière,

    séparée de celle des autres

    (et par là plus ou moins solitaire, en sa « banalité«  commune partagée, aussi : les deux en même temps…),

    voire singulière

    (qui sait ? cf ici l’important cruciale de la « question« , pour « tout un chacun«  d’entre nous, en effet, du « sens de la vie«  pour lui, et pour nous, quand nous ne sommes pas aussi « auteurs«  de quelque « œuvre« ),

    au premier chef, si je puis dire… ;

    pour « tout un chacun«  qui sait et aime lire, du moins !!! cela va-t-il durer, à l’heure et ère (concurrentielles peut-être) des « images« , dont celles, mouvantes désormais, du cinéma et autres vidéos de diverses sortes : jusque sur le blog des libraires de la librairie Mollat !!!!

    ….

    vivant, chacun, notre existence subjective particulière, donc,

    en « lecteurs de romans«  tout particulièrement, en effet !

    de romans davantage que d’autres genres de livres (et même de récits : la biographie, l’autobiographie, le journal intime, etc.), veux-je dire… _,

    …

    plus que jamais en 2010 :

    d’où l’affluence et la vive curiosité à cette conférence vendredi soir

    …

    _ le podcast dure 65 minutes : il est passionnant ! et éclaire « magnifiquement«  ! le livre… _

    …

    pour cet essai (méditatif, analytique et questionnant, plus encore…) de Dominique Rabaté : Le Roman et le sens de la vie…

    …

    …

    Le roman est devenu _ du XVIIIème au XIXème siècles _, puis est resté _ au XXème siècle ; et aujourd’hui aussi ;

    même si c’est selon certaines variantes : qu’il appartient à l’essayiste, précisément, les distinguant, d’analyser (ou démonter) avec précision en leur détail (qui nous éclaire !) et dynamique ;

    et nous faire, à notre tour (en « lecteurs d’essais«  alors : une spécificité un peu française, peut-être…), méditer… _,

    …

    le roman est devenu, puis est resté

    en effet,

    le genre littéraire rencontrant

    _ auprès des lecteurs que nous sommes aussi très largement devenus en ces siècles (d’imprimerie et d’édition de livres de papier ; cf ici, par exemple, les travaux de Roger Chartier ; ou sa leçon inaugurale au Collège de France Écouter les morts avec les yeux… ; ou de Robert Darnton : cf par exemple Bohème littéraire et révolution _  le monde des livres au XVIIIème siècle…) _

    le maximum de succès : il est loin, bien au contraire, de se démentir aujourd’hui ;

    …

    même si ce n’est pas nécessairement proportionnellement _ encore faut-il savoir ou apprendre à l’« évaluer«  ! _ à la qualité (du produit ; ou œuvre ! soit ici le roman !) :

    …

    sinon, c’est le temps et la postérité (= d’autres que soi ; ou du moins de « médiateurs » (instituteurs nécessaires) de son propre juger ; qui doit se former…) qui effectuent le tri (qualitatif : entre ce qui se périme, vite _ de plus en plus _, et ce qui demeure et reçoit la « reconnaissance » _ autorisée… _ de la valeur « littéraire » ; les lecteurs peu à peu finissant, et en masse, par s’y rallier (le reste de la production étant devenu caduc) à un peu meilleur escient ;

    …

    mais en attendant cette sélection qualitative médiatisée par des lecteurs compétents _ un tout petit nombre, comme a l’habitude de le dire à l’envi Jean-Paul Michel _

    …

    les romans, même de faible qualité, se lisent, s’achètent (et se vendent !) : selon des fonctionnement grégaires le plus fréquemment (cf les listes _ quantitatives, elles _ de best-sellers) :

    …

    comment se repérer, pour le lecteur encore inexpérimenté, ou débutant : mais chacun l’est, et à chaque fois, face à un auteur (ou un livre) inconnu de lui, et non précédé d’une réputation !

    …

    _ ici Jean Laurenti, modérateur de la conférence, demande très judicieusement à Dominique Rabaté de lire à haute voix un très beau passage du livre (aux pages 104-105 du Roman et le sens de la vie) explicitant lumineusement, et avec ses effets synthétisés, la distinction que celui-ci venait de faire en sa conférence entre deux concepts d’« expérience«  : celui d’Erlebnis et celui d’Erfahrung :

    …

    Dominique Rabaté avait introduit cette distinction significative, dans son essai, page 35, à propos de la géniale « lecture » par Walter Benjamin, en son article intitulé Le Conteur, (cf l’édition Œuvres III parue dans la collection Folio Essais en 2000) du « récit«  (ainsi le qualifie lui-même Walter Benjamin, plutôt que « roman« …) tel que le pratique Nicolas Leskov… : je cite le texte de Dominique Rabaté, à la page 35 :

    …

    par ce terme de « récit« , Nicolas Leskov « désigne l’art artisanal du conteur qui sait, par ses histoires, donner de sages conseils, transmettre une morale pratique, une expérience partageable par une communauté _ d’auditeurs-écouteurs assemblés en un même lieu et au même moment ; pas de lecteurs d’un écrit… _ que le mot allemand de « Erfahrung » recouvre. Cette communauté se réunit sous l’autorité de la mort _ c’est elle (et sa menace) qui plane(-nt) sur la « question«  lancinante et vrillante, ici, du « sens de la vie« , en effet ! tant pour le cas de La mort d’Ivan Ilitch que pour celui de Voyage au phare de ces deux mélancoliques que sont, au moins en l’écriture de ces deux « romans«  ici analysés, aux parties II et III de cet essai, et Léon Tolstoï et Virginia Woolf… _, ou plus exactement du sage mourant mais encore apte à léguer aux siens son savoir.

    …

    La réflexion de Benjamin prolonge d’autres études où il a insisté sur l’idée _ = sa thèse _ d’un appauvrissement de l’expérience _ subjective, personnelle ! _ dans les sociétés modernes, sociétés du journalisme, de la guerre et de la massification _ dépersonnalisante et désingularisante par là…

    …

    Pour lui, l’Erfahrung se meurt _ voilà ! est détruite, saccagée ! _ et laisse place à une expérience intransmissible, privée _ qui est, elle, du registre de l’Erlebnis (terme que l’on traduirait en français par expérience vécue, ou expérience individuelle _ = non reçue ni formée collectivement ; et expérience personnelle, par là. Giorgio Agamben a brillamment relayé ses thèses dans son livre Enfance et Histoire _ dont le sous-titre est « Destruction de l’expérience et origine de l’Histoire« …

    …

    Dominique Rabaté cite aussi, page 36, le travail, qui creuse la pensée de Benjamin encore plus loin, de Carlo Ginzburg dans Traces : Racines d’un paradigme indiciaire...

    …

    (cf pages 37-38 : « le roman, loin de simplement entériner la disparition de ce type de connaissance indiciaire _ qu’étaient les savoirs de la chasse, de la cuisine, de l’intuition psychologique que « les traités scientifiques peuvent malaisément codifier«  au XVIIIème siècle, page 36… _ devient aussi le lieu où les recueillir, où leur donner leur singularité selon les cas, les contextes, les arrière-plans que le romancier peut recréer. Je dirai donc avec Ginzburg (…) que l’Erfahrung continue d’entretenir des liens riches et subtils avec l’Erlebnis. J’ajouterai que le succès du roman à l’âge bourgeois lui vient aussi de cette mission historique : se faire l’écho et le relais _ oui ! _ des pratiques indiciaires de la connaissance au moment où celles-ci perdent leur utilité ou leur prestige social _ surtout _ contre les sciences et le savoir académique » : c’est superbe de lucidité !..) ;

    …

    et je signale, au passage, aussi, que leur traducteur (tant pour Carlo Ginzburg que pour Giorgio Agamben), de l’italien au français, Martin Rueff, sera présent

    (ainsi que le très grand Michel Deguy en personne : pour son La Fin dans le monde aussi… ; de Deguy, lire en priorité son sublime « Le Sens de la visite« …)

    mercredi 12 mai prochain dans les salons Albert-Mollat, à 18 heures,

    …

    pour présenter son (immense et magnifique !) essai d’analyse et synthèse de la poétique de Michel Deguy : Différence et identité _ Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme industriel ;

    …

    cf, sur lui, mon article sur ce blog du 23 décembre 2009 dernier : « la situation de l’artiste vrai en colère devant le marchandising du “culturel” : la poétique de Michel Deguy portée à la pleine lumière par Martin Rueff«  ;

    fin de l’incise… _

    …

    comment se repérer, pour le lecteur inexpérimenté _ en lecture, ici ! _

    dans la foule de ce qui est proposé par le marché de l’édition ? et sur les étals des librairies ?..

    …

    Même si le propos de Dominique Rabaté, avec ce « petit livre« , a-t-il dit à plusieurs reprises _ l’essai comportant 112 pages _, n’était ni historique, ni « totalisant«  : il y faudrait une autre longueur (mais pas forcément ampleur d’analyse : celle-ci est déjà extrêmement sensible ici !) pour embrasser de son éclairage tout le genre, et en toute son histoire (depuis les romans de l’antiquité gréco-latine ; puis ceux de l’époque médiévale ; etc.),

    …

    c’est cette dimension d’historicité même qui m’a,

    personnellement,

    particulièrement intéressé

    et m’a paru des plus « éclairante« …

    …

    Aussi ai-je pensé alors, en écoutant parler Dominique Rabaté aussi (un peu) sur ces considérations historiques _ ainsi que de philosophie « appliquée« … : davantage en cette conférence (d’une heure) qu’en son livre, dense et assez ramassé (en 112 pages)… _ ,

    au travail « explorateur«  _ fascinant ! _ de Marthe Robert, en son L’Ancien et le nouveau (lu à sa parution aux Éditions Grasset, en 1963 : j’étais en classe de Première : et la « réflexion » sur la littérature me titillait ; lecteur boulimique et exigeant que j’étais depuis un bon moment déjà…), d’un côté,

    …

    et, sur un tout autre plan, à celui tout récent

    …

    _ cf mon article du 30 décembre 2009 : « Le devenir de la “langue littéraire” en France de 1850 à aujourd’hui : un admirable travail pour comprendre ce qui menace de mort l’exception (culturelle) française et les “humanités”« ... _

    …

    de l’équipe réunie par Gilles Philippe et Julien Piat pour leur très riche et instructif La langue littéraire _ une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, aux Éditions Fayard,
    …

    à adjoindre aux références données (et discutées à la conférence, davantage qu’en son essai, court et intense, donc !)  par Dominique Rabaté lui-même en son livre,

    qui ont servi à sa « méditation » _ et enquête _ littéraire sur ce volant précis-ci de la littérature

    d’interlocuteurs, de stimulants,

    ou d’abord de départs ou bases de sa réflexion et analyse,

    ou parfois aussi de repoussoirs, à surmonter en quelque sorte :

    …

    La Pensée du roman, de Thomas Pavel,

    L’Art du roman, de Milan Kundera,

    La Bonne aventure _ Essai sur la « vraie vie », le romanesque et le roman, de Bernard Pingaud,

    Nouveaux problèmes du roman de Jean Ricardou ;

    …

    ou, aussi, les désormais classiques La Théorie du roman de Georg Lukacs

    et Mimesis d’Erich Auerbach…

    …

    Dominique Rabaté s’est référé aussi, bien sûr, à son essai précédent Le Chaudron fêlé _ Écarts de la littérature, paru aux Éditions José Corti, déjà, en 2006…

    …
    Et il se réfère aussi au passionnant L’Anneau de Clarisse _ Grand style et nihilisme dans la littérature moderne du grand Claudio Magris,

    page 34 du Roman et le sens de la vie :

    …

    le sous-titre de ce recueil d’essai de Magris _ Grand style et nihilisme dans la littérature moderne _ est déjà bien éclairant sur l’axe d’enquête ici de Dominique Rabaté. Comme j’y souscris !!! 

    …

    …

    Pour ma part,

    j’interprète le regard de Dominique Rabaté ici sur le roman moderne et la « question » du « sens de la vie« 

    comme affinant _ et assez considérablement... _ la dés-héroïsation des Temps modernes (depuis la Renaissance ; cf aussi François Hartog : Régimes d’historicité)

    qui s’amplifie à partir de Flaubert

    …

    _ c’est un mot à George Sand de Flaubert, dans une lettre (de la fin décembre 1875) de leur échange assez suivi de correspondance, que Dominique Rabaté a choisi de mettre en exergue de son essai : Le Roman et le sens de la vie :

    …

    « Il me manque « une vue bien arrêtée et bien étendue sur la vie » _ reprend-il à sa correspondante. Vous avez mille fois raison ! mais le moyen qu’il en soit autrement.« 

    …

    Pour l’ambition de vérité (du roman : sur la vie) de Flaubert,

    « la bêtise«  est bien toujours « de conclure«  !..

    et de figer… _

    …

    et s’épanouit dans les diverses et variées à l’infini, en leur diaprure, Vies minuscules _ à la Pierre Michon, si l’on veut : Dominique Rabaté l’a reçu il n’y a guère, en ces mêmes salons Albert-Mollat… _ que nous offrent, en effet, les (grands) romanciers (dés-héroïsant) du XXème siècle (et des progrès de son nihilisme) ;

    …

    celle _ dés-héroïsation _ sur laquelle avait déjà commencé à ironiser l’humour noir ravageur et polyphonique de Cervantès en son Don Quichotte…

    …

    Avec divers paliers en ce processus non régulier ni mécanique, certes :

    …

    Le Roman bourgeois de Furetière ;

    …

    Flaubert _ de L’Éducation sentimentale à Madame Bovary (ou l’« hystérie de la vie à soi« , selon la formule de la page 29 : « Une vie à soi ? celle des livres et des clichés« , ici… ; et Dominique Rabaté : « depuis les années 1850, la culture de masse a encore accentué cette tension entre prétention à l’originalité et conformisme« …) et Bouvard et Pécuchet : quelle odyssée !.. _, un maître du rendu de ce processus (mélancolique) :

    …

    et puis,

    et que voici tout spécialement analysés ici, en cet essai-ci _ magnifique ! un essai doit-il donc être purement « académique » ?.. _, par Dominique Rabaté,

    aux partie II, « La Leçon de la mort« 

    et partie III, « L’Irrémédiable et l’inoubliable » :

    …

    La mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï

    et Vers le phare de Virginia Woolf :

    …

    la traduction préférée par Dominique Rabaté est celle revue par Magali Merle de l’édition la Pochothèque, en 1993, des Romans et nouvelles ; la traductrice proposant Voyage au phare pour son titre…

    …
    Un travail passionnant pour le lecteur aussi ;

    à relier, pour moi, à l’histoire _ éminemment philosophique ! _ des avatars du sujet en la modernité et post-modernité (et nihilisme : cf Nietzsche…),

    comme on voudra.

    …

    Le banal dés-héroïsé d’un sublime qui se « désenchante« 

    à une certaine vitesse et selon diverses accélérations ou décélérations _ cf Max Weber ; et puis Marcel Gauchet : Le désenchantement du monde… _,

    …

    mais non sans susciter des aspirations (idéalistes ?) à un ré-enchantement ;

    …

    pas trop donquichottesque ;

    ou du moins, plutôt à la Cervantès l’auteur bourré d’humour

    qu’à la Don Quichotte, le chevalier à la triste figure, son personnage qui meurt à la fin désenchanté…

    …
    Titus Curiosus, ce 8 mai 2010

  • De grands livres qui souffrent de ne pas être encore lisibles (traduits) en français : prière expresse aux éditeurs de livres !

    En cette période festive de vœux (!!!) de début janvier 2010,

    cette prière expresse _ rêvons un peu ! _ aux éditeurs de livres français :

    …

    qu’ils offrent enfin à leurs lecteurs

    la traduction de très grands livres _ majeurs !!! _

    de trois écrivains de langues « minoritaires« , « rares » (en dehors de ceux qui en ont l’usage au quotidien),

    en l’occurrence le hongrois et le norvégien ;

    …

    je veux parler de quelques chefs d’œuvre indispensables (à une culture d’ »honnête homme » du XXIème siècle ! _ si jamais pareille expression fait encore, pour si peu de temps que ce soit, encore, un peu sens… _) :

    …

    ceux du prix Nobel de littérature 2002 l’immense Imre Kertész ;

    ceux du pourtant auteur de plusieurs grands best-sellers _ « Les Braises« , « Mémoires de Hongrie« , pour commencer… _, Sandor Marai ; pour les auteurs de langue hongroise ;

    et ceux de Johan Borgen, pour l’écrivain norvégien, dont n’a paru jusqu’ici, de sa trilogie de Wilfred Sagen, que le pourtant si radieusement merveilleux « Lillelord » _ publié aux Éditions Actes-Sud en 1989 : depuis nous attendons, en commençant à nous impatienter un peu, la suite…

    …

    Pour Johan Borgen (Oslo, 28 avril 1902 – Oslo, 14 octobre 1979),

    il s’agit des deux volumes terminaux de sa trilogie de Wilfred Sagen _ « Lillelord » (1955), « De Morke kilder » (1956) & « Vi Har » (1957)… _, que l’on pourrait traduire par « Les Printemps sombres » & « Maintenant nous l’avons !« … Si ces deux livres sont de la hauteur de « Lillelord« , quelles merveilles de lecture nous sont promises !..

    …
    Pour Sandor Marai (Sandor Grosschmied de Mára : Kassa _ aujourd’hui Kosice, en Slovaquie _, 11 avril 1900 – San Diego, 22 février 1989),

    il s’agit de son « Journal américain » :

    …

    ayant fui la Hongrie en 1948, pour d’abord la Suisse et l’Italie,

    Sandor Marai a vécu à New-York entre 1952 et 1968, où il est revenu en Europe _ en Italie, à Salerno, au sud de Naples… _ ; avant de rejoindre San Diego, au sud de la Californie, en 1980 ; où il devait mettre fin à ses jours, peu après les décès de son épouse et de leur fils ; à l’âge de quatre-vingt-neuf ans ; et quelques mois à peine avant la chute du rideau de fer…

    …

    J’avais trouvé mention de ce « Journal américain » dans la présentation de son époustouflant « Mémoires de Hongrie« , lu avec enthousiasme en 2004…

    …

    Quant à Imre Kertész

    (né à Budapest le 9 novembre 1929,

    passé par Auschwitz, Buchenwald et Zeitz, en 1944 _ cf et « Être sans destin » ; et « Le Chercheur de traces » : des livres qui ne vous laissent pas intact !!! A lire de toute urgence si vous les ignorez !!!_,

    et Prix Nobel de Littérature 2002),

    …

    si son « Journal de galère«  _ « Gályanapló« , paru en langue hongroise en 1992 _,

    correspondant à ce que narre, sous forme romanesque, son prodigieux « Le Refus« , du Budapest sous la botte soviétique, jusqu’à novembre 1989,

    est de la hauteur du « Journal » qui a suivi la chute du mur : « Un autre _ chronique d’une métamorphose«  _ paru en langue hongroise en 1999 _,

    quelles réjouissances de lecture !

    quelles splendeurs de notations et de hauteurs de vue !..

    …

    J’attends, aussi, du même Imre Kertész, les traductions en français des essais

    « A gondolatnyi csend, amíg a kivégzőosztag újratölt » _ « L’Instant de silence pendant que le peloton d’exécution recharge…« … _, paru en 1998,

    & « A száműzött nyelv » _ « La Langue expatriée » _, paru en 2001 :

    assez impatiemment !..

    …

    Merci, messieurs et mesdames les éditeurs _ et mesdames et messieurs les traducteurs : mais eux ont peut-être déjà effectué leur travail… _ de nous mettre à disposition ces merveilles de grands livres !!!

    …
    Titus Curiosus, ce 5 janvier 2010

  • Entre « Recherche » et « recherche », le « flou » actif de l’esprit imaginant à l’heure des GPS…

    Un très intéressant article, ce matin, de Pierre Assouline, sur son « irration » (de lecteur !) d’un « Vademecum«  _ en anglais « Companion to« … _ « pictural » pour la « Recherche » de Proust,

    par un anglais un peu trop bien intentionné, selon Pierre Assouline, Eric Karpeles…

    …

    Voici l’article de Pierre Assouline, en date de ce 17 juillet

    _ farci de mes commentaires, selon la coutume de ce blog-ci… _ :

    …

    « Les lecteurs de Proust ont-ils vraiment besoin d’un guide de musée ?« 

    …

         « Prenez un grand roman, disons « A la recherche du temps perdu« . Prenez chacune des évocations d’œuvres d’art que vous y trouverez. Prenez le moteur de recherche du site du Louvre. Mettez les uns dans l’autre, remuez, faites revenir à feu doux et servez quand c’est prêt. Cela donne un beau plat qui a un drôle de goût.

    …

    Au départ, une vraie idée d’éditeur ; à l’arrivée une fausse bonne idée. C’est « Le Musée imaginaire de Marcel Proust«  (traduit de l’anglais par Pierre Saint-Jean, 350 pages, 32 euros, Thames and Hudson). On espère que ce n’est pas le début d’une collection ; et que nous ne sommes pas menacés d’un Balzac ou d’un Stendhal du même tonneau. Pourtant son auteur Eric Karpeles, peintre et auteur de textes sur l’esthétique, a crû bien faire. Constatant que la  « Recherche«  était profuse en références picturales, et imaginant sans peine que la mémoire visuelle, pour ne rien dire de la culture artistique, de ses contemporains avaient des limites, il a donc entrepris de mettre le portrait de Mehmet II par Gentile Bellini en face du _ voilà le procédé de ce livre : et ses économies de « recherche documentaire«  pour le lecteur, même à l’ère d’Internet ! _ passage où Proust dit que le jeune Bloch lui ressemble étrangement, un cardinal par Le Gréco en face d’une évocation de Charlus en “grand inquisiteur peint par Le Gréco”, le « Déjeuner sur l’herbe » de Manet en face d’une allusion métaphorique à un déjeuner sur l’herbe, la « Procession de mariage« de Giotto en regard d’une procession, et bien sûr l’évanouissement de Bergotte face au petit pan de mur jaune à la seule vue du Vermeer ! Il semble que l’on ait échappé de justesse à un lit de Caillebotte en face de “Longtemps, je me suis couché de bonne heure”…

    …

    Un extrait du roman sur la page verso, une reproduction de l’œuvre censée lui correspondre _ l’enjeu de cet article (de Pierre Assouline en son blog) ainsi que le bien-fondé, ou pas, du livre de Karpeles, se situant en cette visée de « correspondance« -là !.. _ sur la page recto, tous les tableaux du roman dans leur ordre d’apparition. C’est là une conception _ éditoriale, eu égard à un « marché«  (et à une « demande«  de la part de certains lecteurs, désirant parer au plus pressé (de « besoins » d‘ »identifications«  des allusions du texte)… _ très anglaise, et assez américaine _ l’éditeur du travail de Karpeles est Thames and Hudson _, qui consiste à toujours expliquer, rationaliser, dans un esprit positiviste, sinon pratique _ pour ne pas dire immédiatement (et économiquement) utilitaire (ou utilitariste). D’ailleurs, il n’est pas anodin de relever que là-bas, le livre s’intitule « Paintings in Proust. A visual companion to « In Search of lost time«  ». Un “companion”,delft1.1247783924.jpg c’est exactement cela, spécialité typique des librairies britanniques. Asseyez-vous, posez votre roman, on vous aide à le comprendre _ par des « identifications » ponctuelles : éliminant le « flou«  en votre esprit. C’est parfois utile pour les étudiants ou les chercheurs, pratique surtout _ c’est-à-dire économique en temps, en énergie, et en dépenses de tous ordres… Le procédé est déjà _ littérairement, et poïétiquement : pour l’élan de l’imaginaire ! ce que Baldine Saint-Girons appelle si justement « l’acte esthétique« , en son si judicieux « L’Acte Esthétique« , aux Éditions Klincksieck ; et autour de quoi tourne le tout aussi majeur « Homo spectator«  (« spectator«  en action ! pas passif !!!) de Marie-José Mondzain, aux Éditions Bayard : deux ouvrages indispensables pour mieux comprendre tous les enjeux d’une civilisation de l’audiovisuel hypertechnologisé : ici, lire les travaux de l’ami Bernard Stiegler ; en commençant, par exemple, par le plus récemment publié : « Pour en finir avec la mécroissance« , aux Éditions Flammarion… : voilà pour un bon « équipement«  (de lecture et d’intelligence) sur les enjeux actuels (« civilisationnels«  !) de l’« aisthesis« … _ ; le procédé est déjà lourd en soi ; il pèse _ et gravement : pardon pour la redondance ! _ sur la poésie-même des plus belles pages de ce roman par endroits si incroyablement léger_ oui : en sa lecture, comme en son écriture : des affaires de « souffles«  (et inflexions terriblement véloces, car fines ! ou « dansées« ) : c’est une affaire de « rythme« , une fois encore !!! Cf aussi la phrase unique (de 517 pages), sur ce modèle de prestesse proustien, du si merveilleux « Zone« , de Mathias Enard, paru en fin d’été dernier, 2008… : cf, sur lui, mon article du 3 juin dernier : « Le miracle de la reconnaissance par les lecteurs du plus “grand” roman de l’année : “Zone”, de Mathias Enard » _ alors qu’il a tout d’une brique. Le lecteur de la « Recherche«  n’a pas besoin _ du tout : voilà la raison de l’intervention ici de Pierre Assouline _ qu’un conservateur de musée lui prenne la main pour le guider _ fut-ce avec les « meilleures œillères » du monde ! ah ! la terrible soumission à ce que l’on prend aveuglément pour des « autorités«  !.. Autant obliger tout visiteur _ en rang d’oignons et file indienne, ou pas ! _ des Offices à porter et utiliser l’un de ces casques audio _ même démilitarisé… _ qui vous expliquent _ vous devenant passif : tel un utilisateur de GPS !!! dans le dédale pourtant charmant d’une ville encore pas trop connue… : « passif » et « captif » (satisfait ! cf l’illustration de la bêtise chez Flaubert, dans le « contentement de soi » béat d’un Monsieur Homais, in « Madame Bovary«  !) de ce qui devient pur réflexe à un stimulus pré-formé… _ ce qui se passe ! Le fait est que ça parle beaucoup « peinture » chez Proust. Tableaux, dessins, gravures et sculptures sont partout dans la « Recherche« . Ils ont toutes sortes _ oui ! _ de fonction : ils reflètent, authentifient, métaphorisent _ peut-il donc exister un mode d’emploi « sécurisé«  (en stéréotypes) des métaphores ?.. Mais le problème de ce « Musée imaginaire de Marcel Proust est dans son principe même _ coupant l’herbe sous le pied de toute recherche effective par l’imagination (mise en action) du lecteur lui-même : ainsi « assisté«  passivement !.. C’est cette recherche personnelle qui est l’œuvre (irremplaçable !) et du « regardeur » et du « lecteur«  vrais : pas réduits à une consommation préformatée d’images devenant de très réducteurs « clichés«  ; et « réducteurs de têtes« , ajouterait Dany-Robert Dufour (en son important « Art de réduire les têtes«  !)…

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    On croirait le trousseau de clés _ mécanisé _ d’un prétendu roman-à-clefs. Or un roman est fait pour laisser vivre _ et prospérer en un vagabondage libre : libéré ! avec un « jeu«  enthousiasmant ! _ l’imaginaire du lecteur. Tant mieux s’ils se trompe ou s’égare, là n’est pas la question _ en effet : bravo ! et merci ! Pierre Assouline ! de mettre si bien un peu les points sur les i du métier éditorial, du point de vue de ce que risque de devenir l’« in-activité«  de lire (de la part de lecteurs devenus ainsi  « non-lecteurs«  !), avec de tels « compagnons«  trop bien intentionnés : cela me rappelant la morale, délicatement incisive, de ce génie de La Fontaine, dans « L’Ours et l’amateur de jardins » !.. (« Fables« , VIII, X _ en 1678) : que je me permettrai d’adapter ainsi : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant (= ici « mal savant »…) ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi« … _ ; à lui _ lecteur ; et à lui seul ! en une liberté construite, et non renoncée, surtout ! _ d’interpréter _ en cherchant !.. ; c’est un jeu jouissif ! _, de traduire les mots en sensations _ et vice versa… Proust n’avait pas conçu sa cathédrale de papier _ (et de mots et phrases imprimés) : l’expression est à prendre au pied de la lettre _ comme un beau-livre illustré _ en effet ! Lorsqu’il écrit que la lumière se dégradait dans les escaliers d’un hôtel et convertissait leurs degrés “en cette ambre dorée, inconsistante et mystérieuse comme un crépuscule, où Rembrandt découpe tantôt l’appui d’une fenêtre ou la manivelle d’un puits”, a-t-on vraiment envie de retrouver sur la page en regard une reproduction du « Philosophe en méditation » (1632) ? Non, d’autant que ce pourrait être _ tout autant ! _ un autre tableau _ le « Rembrandt » de Proust étant lui aussi (et cela, « fondamentalement«  !) fort composite, le réduire ainsi à un exemple unique (et, d’autant, là où Proust, lui, les multiplie : « tantôt« , « ou«  !..), c’est couper les ailes au déploiement de son imaginaire en train de s’activer « dans le temps«  : pour quelle économie instantanée ? ; le contresens est alors tout à fait grave, en effet !., cher Pierre Assouline ! Merci de nous en prévenir ainsi en votre blog de salubrité publique  (pour une vraie « république des livres«  et de lecteurs « vrais« , en tout cas : pas trop « décérébrés«  encore, en voie d’être eux-mêmes réduits à de purs « arcs-réflexes« )… Pareillement lorsque, à propos du baron de Charlus, l’écrivain évoque _ le mot impliquant du « flou« … _ ”une harmonie noir et blanc de Whistler”, on n’a nullement envie d’être dirigé bellini_mehmet_ii.1247783957.jpg_ illico presto et comme sur rails de voie unique _ vers la reproduction de « Arrangement en noir et or : le comte de Robert Montesquiou-Fezensac » du même peintre. Car ces choix figent _ voilà le crime ! _ notre imaginaire _ de poïesis en action _ et c’est le pire service _ magnifique expression ! _ que l’on puisse rendre tant au romancier qu’à ses lecteurs.

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    Nous qui avons vécu des années dans l’ignorance de la « Vue de Delft » _ il nous fallait « essayer«  de nous la « représenter«  : que de joie en cette incertitude (et son « tremblé« …) ; et cette « confiance«  accordée au talent d’ekphrasis de Proust ! _ tout en vibrant à l’émotion _ vibrée, dans la phrase même, ondulante, de Proust… _ de Bergotte, pourquoi nous obligerait-on _ robotisés (« à voie unique«  : c’est un comble !) que nous deviendrions _ à mettre les points sur les i ? Rien n’est émouvant comme la découverte et la rencontre inopinées _ bien plus tard qu’à la lecture… _, un après-midi de printemps à la faveur d’un égarement dans un musée, entre ce que l’on avait lu et ce que l’on voit enfin par hasard _ remerciant alors (personne ! ou plein d’intermédiaires…) la grâce de ce « hasard » de rencontre… Avis aux “companions” les mieux intentionnés : nous sommes encore _ mais pour combien de temps, cependant ?.. Que fait ici, et que ne fait pas, l’École, pour les nouvelles générations ?.. _  un certain nombre à ne pas prendre ombrage lorsque, relisant « A la recherche du temps perdu«  avec une volupté inentamée _ en effet ! sa « fraîcheur » s’enrichissant, même !.. _, nous ignorons _ mais oui ! ah cette stupidité (à la Homais !) de « craindre de mourir idiot«  au sens de non-savant, d’ignorant : l’ambigüité du terme étant très joliment dans ce cher La Fontaine (de « L’Ours et l’amateur de jardins » : « ignorant«  opposé à « sage« …)… _ ce qu’est la noblesse d’une « buire » de Venise, ou le sens de “mazulipatan”…   Qu’importe puisque Proust, comme ses personnages, étaient à la poursuite _ ouverte ; et non figée (et pour cause !) _ d’un rêve _ un « rêve«  est-il jamais « à satisfaire«  ? : là est tout ce qui sépare le libre désir du lourd besoin : rassasiable, mais très temporairement, lui… _ et que la puissance _ oui ! _ de la fiction _ le substantif émanant du verbe (et de l’activité) de « feindre«  : c’est tout le « jeu«  du faire-semblant, avec tout son « bougé » en acte… _ étant ce qu’elle est, nul ne pourra l’objectiver _ et la tuer en la figeant : ne serait-ce qu’en clichés !!! (et toute leur solennelle « bien-pensance« … N’a-t-il pas écrit _ Proust… _ que l’essentiel est dans “cette lumière  _ un principe de connaissance qui passe aussi, et nécessairement, par l’activité de l’esprit : biologiquement, en quelque sorte ; et le processus existe aussi, c’est même une fonction ô combien capitale du vivant et de la survie, chez les animaux ! _ qui fait tout le jour la beauté des objets et le soir tout leur mystère _ on notera le splendidement discret décalage proustien entre « tout le jour«  et le passage furtif, lui, du « soir« , avant la nuit _, qui en se retirant d’eux _ « eux«  : les objets disponibles pour l’activité d’un sujet _ modifie à tel point leur existence _ de choses inertes, en dehors de notre appréhension (à commencer par perceptive, et attentive : il faut aussi que le regard, en son mouvement même, en son flux, se focalise un tant soit peu _ mais pas à les figer ! _ sur eux ; et pas forcément programmatiquement !) _ que nous sentons bien qu’elle _ cette « existence«  d’« objets« -pour-nous, et en-dehors-de-nous, aussi… _ en est le principe _ extérieur, transcendant : avec toujours son « mystère«  (pour nous !) ; et le « flou« , forcément, et à l’infini (à des degrés variant…), de toute perception qualitative ; et non pas pragmatiquement utilitariste seulement : là-dessus, lire les analyses décisives de Bergson, auxquelles on doit bien davantage revenir… _ et qu’eux-mêmes semblent passer, dans ces minutes si inquiétantes et si belles _ les deux étant intimement liés : c’est une des clés de l’œuvre proustien : de son intense et permanente, oui, « vibration«  ! à la lecture ! pour peu qu’on fasse confiance à l’élan du souffle long et splendide de sa phrase… _, par toutes les affres de la mort” _ et « dans le temps« … : le dernier mot (de gratitude !) à la toute dernière page du « Temps retrouvé« … _ ?.. Et cette lumière _ infiniment vibrante pour le lecteur acceptant de se livrer à sa « vibration«  : sans clichés ! _, l’artiste qui l’a créée et nous l’a transmise _ par le dispositif écriture-lecture exclusivement _ après l’avoir rêvée _ oui ! = imaginée activement ! en son génie d’auteur ! _ n’était pas peintre, mais écrivain » _ en effet !

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    (”Arrangement en noir et or : le comte Robert Montesquiou-Fezensac« , par James Abbott McNeill Whistler 1891-1892 ; “Vue de Delft” de Jan Vermeer 1659-1660 ; “Le Sultan Mehmet II” de Gentile Bellini, 1480)

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    Voilà pour ce bel article de Pierre Assouline.

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    Bref, un « Vademecum » (« Companion to…« , en anglais) assez peu utile poïétiquement : c’est même un euphémisme…

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    Titus Curiosus, ce 17 juillet 2009

  • Le « ce qui fait vivre » Antonio Lobo Antunes

    A propos d’un des plus grands écrivains contemporains (en activité, à Lisbonne

    _ et que nous connaissons personnellement : ils nous a reçus deux heures durant, en son atelier d’écriture du 4 B de la Rua Gonçalves Crespo, à Lisbonne, il y a cinq ans, le jeudi 19 février 2004 (comme l’a « retenu«  mon agenda) ; nous l’avons ainsi rencontré deux heures durant dans son cabinet de travail dans le cadre du séjour de quinze jours à Lisbonne de notre atelier de pratique artistique « Habiter en poète«  sur les lieux-mêmes où Antonio Lobo Antunes a fait se dérouler les péripéties de son magnifique « Traité des passions de l’âme« , et notamment dans le quartier de Benfica, où nous avons pu découvrir sa maison natale, le 1er septembre 1942… _ ),

    António Lobo Antunes,

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    quelques nouvelles de son œuvre (en cours) et de sa vie (fragile : dont, aux derniers récents « épisodes« , les « épreuves » et du deuil, et du cancer),

    à partir d’une visite à Madrid pour « rencontrer » ses lecteurs (en langue castillane :

    un public d’importance

    qui vient de lui valoir le « Prix » « Juan Rulfo » de la « Feria Internacional del Libro » de Guadalajara, au Mexique)…

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    « El arte puede vencer a la muerte« 

    ENTREVISTA: ANTÓNIO LOBO ANTUNES Escritor

    MIGUEL ÁNGEL VILLENA – Madrid – 28/05/2009

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    António Lobo Antunes (Lisboa, 1942) se recuperó hace un par de años de un cáncer _ dont acte ! _ y, para alegría de sus lectores, ha publicado después « Mi nombre es Legión » (Mondadori), una novela sobre personajes marginales en una Lisboa periférica _ comme souvent en son œuvre ; lui même est natif du quartier (excentré) de Benfica _ con un policía como hilo conductor. « Sentía vergüenza« , manifestó ayer en Madrid, « cuando me recuperaba de la enfermedad en el hospital porque yo iba a seguir viviendo _ survivre ! _ y otra gente, más joven, iba a morir. Pensé durante mi tratamiento _ médecin, il continue de très régulièrement (voire obsessionnellement) fréquenter, voire pour y passer des heures à écrire, au calme, l’Hôpital Miguel Bombarda… _ que en honor a esa gente hay que dejar testimonio del paso del tiempo y de la vida _ l’expresssion, magnifique, justifiant à elle seule l’article !.. : « laisser témoignage du passage du temps et de la vie« … Un anciano me dijo en el hospital que no estamos preparados para morir, sino para vivir. Es verdad, lo suscribo. Por ello creo que la literatura es la única manera de vencer al tiempo, sólo el arte puede vencer a la muerte » _ soit « témoigner » de ce « passage » (par le temps) comme la « seule » « manière » de « victoire » accessible… António Lobo Antunes est fondamentalement un « lutteur » généreux ; lui aussi…

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    António Lobo Antunes

    António Lobo Antunes

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    Con esa actitud de « las cartas boca arriba » que proporciona haber superado un trance grave, Lobo Antunes compareció ayer ante los periodistas y mantendrá hoy un coloquio con sus lectores en Casa de América tras haber obtenido el premio Fil de literatura en lenguas romances _ le prix « Juan Rulfo« , plus précisément… _ que concede la Feria del Libro de la mexicana Guadalajara. Escéptico _ lui qui n’a pas obtenu le « Nobel » de Littérature de Stockholm (qu’obtint en 1998 José Saramago, dont l’épouse est suédoise) _ sobre las distinciones _ « que ni mejoran ni empeoran _ certes ! ce n’est pas là la vraie gloire : celle que reconnaît un peu mieux la postérité : et c’est pour cela qu’Antonio Lobo Antunes ne se résout pas encore à « décrocher » de sa tâche à l’écritoire !.. Immense merci à lui !!!  _ la obra literaria«  _ uno de los autores europeos vivos más importantes _ et ce n’est pas encore assez dire ! _, traducido a muchos idiomas, desmitificó sin piedad a los escritores. « La literatura representa un mundo« , comentó, « plagado _ lui aussi : il n’y échappe pas… _ de competencia y de envidias. Los escritores deberían ser como los tigres que no se devoran entre ellos. Pero no ocurre así _ en notre « humanité » avec des « petitesses » ; pas en permanence à hauteur du « sublime« … Antes de dedicarme _ le mot est important pour ce très grand bourgeois lisboète avec racines aristocratiques : le titre de « vicomte«  appartenait à son grand-père paternel _ a la literatura _ voilà … _, los escritores me parecían gente muy fascinante ; y luego sufrí una cierta desilusión _ certes, mais est-ce très important ? Cf in mon article du 20 avril 2009, « Un modèle de “leçon de musique”, à l’occasion de la mort de Maria Curcio, “pianiste italo-brésilienne”, à Cernache do Bonjardim (Portugal)« , le mot de Maria Curcio, décédée le 30 mars : “Vous ne pouvez pas être l’ami de tous les grands artistes, parce que tous les grands artistes ne sont pas de grands humains“… Además, en algunas épocas todo este ambiente de premios, traducciones y contratos por libros que no has _ pas encore _ escrito hizo _ il en parle au passé ; et au passé révolu… _ que me sintiera como un Julio Iglesias de las letras » _ vive l’humour !..

    …

    Hasta tal punto este irónico, descreído y brillante _ certes ! _ Lobo Antunes ha puesto las cartas boca arriba después de su enfermedad que se permitió comentar a los periodistas: « Ustedes pregunten lo que quieran que yo contestaré lo que me parezca« . No para de filosofar sobre la vida y la literatura _ indistinctement liées, certes ; une affaire de « grand style » !.. _ este hijo de familia de abogados y médicos, psiquiatra de formación, que fue oficial en la guerra colonial en Angola _ cf sa trilogie « de départ d’écriture » : « Mémoire d’éléphant« , en 1979 ; « Le Cul de Judas« , en 1979 ; et « Connaissance de l’enfer » en 1980 ; ainsi que ses « Lettres de la guerre » (d’Angola : à son épouse, Maria-José ; parues en 2005)… _  y que sostiene que nunca ha escrito sobre aquella terrible experiencia « por respeto a los muertos« . Y en conversación con este diario Lobo Antunes explica, a propósito de su novela « Mi nombre es Legión« , que « las fronteras entre el bien y el mal siempre aparecen muy difusas« . « En la guerra estás matando porque te entrenan para eso y, un rato después, estás salvando vidas _ surtout en tant que médecin militaire… Es cierto además que en las situaciones límite encontramos la parte más sublime _ voilà ce à hauteur de quoi (!) essaie de se tenir en l’écriture ce formidable écrivain ! _ y la más despreciable _ et abjecte _ de las personas« .

    …

    Tras anunciar que escribirá más libros, pese a haber anunciado en alguna ocasión que se cortaba la coleta _ ou comment cesser d’écrire (et « finir en beauté« …) tant qu’il ya en soi des forces de la vie… _, Lobo Antunes sentencia que cada novela es un organismo vivo que el autor debe manejar _ absolument ! Michel Leiris, dans sa grande préface à « L’Âge d’homme« , parle de l’épreuve permanente, à chaque fois (à chaque œuvre !) de la « corne du taureau« … En « Mi nombre es Legión« , aclara, « el policía protagonista se convierte en una especie de escritor que lucha con el material que tiene y que, en este caso, son personajes solos y desarraigados en un ambiente de emigrantes africanos. Son gentes que sólo saben expresarse _ ils ne sont pas écrivains ! _ a través de la violencia porque no pertenecen ya a una África que han perdido ni a una Europa que no las acepta« . En una Lisboa de desarraigados _ comme le plus souvent en son œuvre ; mais dans des quartiers très divers : Lisbonne est très vaste ; et toujours en expansion… _, Lobo Antunes ilustra la reflexión moral entre el bien y el mal con una anécdota escalofriante. « Vivo en un barrio _ du côté de Madre de Deus et de l’Alto de São João ? _ donde acuden travestis y veo, en ocasiones, que llegan clientes en buenos coches con sillitas de bebés en los asientos traseros. Es decir, esos clientes de la prostitución _ un commerce assez actif à l’heure de la prolifération de la pornographie dans les mœurs _ son honrados padres de familia de día y sórdidos demandantes de que los penetren con los tacones por las noches« .

    …

    Vitalista _ oui ! _ y amante de los placeres _ certes : c’est un grand jouisseur _, fumador y buen comedor, admirador de las mujeres atractivas _ en effet, et nous l’avons de visu bien « constaté«  (!) quand nous sommes allés lui rendre visite, en son atelier d’écriture, Rua Gonçalves Crespo, à Lisbonne, ce 19 février 2004 _, Lobo Antunes se siente en España como en casa, aunque añora las gaviotas y el mar de Lisboa _ comme cela se comprend ! Lisbonne fait partie des lieux les plus « magiques«  au monde ! « Toda la península Ibérica debería ser una federación« , proclama uno de los escritores portugueses más seguidos en España. Declara que mantiene una vida aislada _ oui : centrée sur la folie festive de l’écriture ! et quel régal, ensuite, pour nous, de le lire !!! _ y frecuenta poco los actos sociales _ comme il a raison ! _, aunque editoriales, universidades y centros culturales lo reclaman en medio mundo _ il ne leur concède (sous forme de « tournées«  de « corvée«  de « promotion«  éditoriale…) que de rares plages de temps, entre deux écritures (festives, elles) de livres, seulement… Pero sus amigos representan un tesoro _ oui ! et la fidélité, ici, compte beaucoup pour lui _ para Lobo Antunes. « Es más fácil confesarse _ le terme est important _ y hablar _ en toute liberté (et sans conséquences trop sérieuses : en « rigolant« …), à côté de la tâche solitaire (et ô combien « terrible« , elle, pour lui !) d’écrire _ con los amigos que con la familia _ même si l’affection d’António Lobo Antunes pour ses parents (un peu étrange, tout de même), pour ses filles ; ainsi que pour ses frères (mais, aîné, il est placé en situation de « rivalité » avec eux) est capitale… En definitiva, la familia son los amigos que tú eliges« .

    …

    Lire cet immense écrivain _ un contemporain fondamental ! _ qu’est António Lobo Antunes,

    constitue une urgence pour qui veut un peu mieux ressentir et comprendre (en son style) son temps :

    plus vaguement « cotoyé » sinon,

    sans sa lecture…

    …

    Titus Curiosus, le 28 mai 2009