Étiquette : Edouard Ravel

  • La genèse luzienne du Trio de Maurice Ravel : au « travail » (ou « au turbin ») chez les Gaudin, au 41 rue Gambetta, puis à la Pension Ongi Ethori, 23 rue Sopite, de mars à août 1914…

    Une très intéressante lettre de Maurice Ravel à Annette Bibal-Gaudin, du 1er février 1914, plante excellemment le décor de la genèse luzienne du Trio :

    « Chère Madame Gaudin, Je ne vous ai pas encore souhaité la bonne année. Aussi ai-je pris la résolution , si cela ne vous dérange pas, d’aller vous la souhaiter de vive voix. J’ai plusieurs choses à terminer, et, à Paris, c’est devenu impossible – voilà ! Depuis le matin, les gens viennent me distraire sous les prétextes les plus différents et les plus inutiles. J’en ai assez – de cette « distraction« -là, de ces « dérangements » venant importuner le travail même des œuvres, la priorité sacrée du compositeur… J’avais résolu d’aller dans les environs de Paris, mais j’y serais tout aussi dérangé. Il faut que je mette au moins 800 kilomètres – voilà  ! – entre les aimables et fâcheux visiteurs et moi – et Saint-Jean-de-Luz est idéalement à même d’offrir cette concentration nécessaire à ce travail sacré « des choses à terminer » demeurant en chantier pour Maurice Ravel. Et on sait combien parfois de très longues années durant sont ainsi demeurées en chantier, sur le papier et en la tête, bien des œuvres, et des œuvres majeures, de Maurice Ravel, entre une idée soudainement jaillie d’inspiration de départ et l’achèvement de cette œuvre, parfois sous le coup de demandes un peu pressantes de quelques commanditaires… Pouvez-vous me recevoir pendant un mois ? Dites-moi franchement si cela vous cause le moindre embarras. Si, comme je le souhaiterais, cela ne vous dérangeait pas trop, je partirais aussi vite que possible, mardi soir par exemple » – le 3 février.

    ..

    La lettre suivante publiée par Manuel Cornejo en son édition de la Correspondance de Maurice Ravel, et adressée à l’ami Cipa Godebski, en date du 14 février suivant, est effectivement rédigée au domicile des Gaudin, 41 rue Gambetta, à Saint-Jean-de-Luz ; et si cette lettre-là n’évoque pas encore le prochain « Trio« , elle indique tout de même ceci de bien intéressant pour une autre œuvre à venir, et déjà en gestation à Saint-Jean-de-Luz, elle aussi (!), « Le Tombeau de Couperin » – une œuvre dont le titre apparaît pour la première fois dans la Correspondance de Ravel seulement le 2 janvier 1915, en une lettre à Theodor Szántó (pianiste et compositeur hongrois (1877-1934), et ami de Ravel, qui fit découvrir à celui-ci les musiques de ses compatriotes Béla Bartók et Zoltán Kodály, excusez du peu !..  Alors que l’allusion à une « transcription« , par Ravel, d’une forlane de Couperin (Louis Couperin (ca.1626-1661) ; et pas son neveu François (1668-1733) !) est déjà présente dans la lettre à Cipa Godebski dont je vais maintenant citer un passage, et qui est en date, cette lettre, du 14 février 1914, soit presque un an auparavant la formulation de ce titre, « Le Tombeau de Couperin« , pour les pièces de cette ci-devant « suite française » pour le piano commencée d’être composée à Saint-Jean-de-Luz, au domicile des Gaudin, 41 rue Gambetta ; une lettre dans laquelle Ravel avait dit « transcrire » une forlane de Couperin. Et c’est ainsi que le titre « Le Tombeau de Couperin » fait référence à l’admirable auteur de « Suites françaises » pour le clavier (dont fait partie le sublime « Tombeau de Monsieur de Blancrocher« …) qu’est le merveilleux Louis Couperin, qui fut bien présent, en chair et en os, à Saint-Jean-de-Luz, en 1659, parmi la troupe des musiciens officiant aux noces royales de Louis XIV et l’Infante Marie-Thérèse, dans la tribune de  l’église saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de Luz, lors de la cérémonie de ce mariage : ce que peut-être Maurice Ravel savait, même si le nom de Louis Couperin n’est pas explicitement présent dans sa Correspondance, telle du moins qu’elle a été jusqu’à’ici retrouvée… – :

    « Excusez-moi : j’étais en plein turbin… alors… (…) Je travaille fenêtres ouvertes, par un temps de printemps. Parfois un petit cyclone, une averse. Le lendemain, il n’y paraît plus rien – et c’est bien là le mode de fonctionnement du temps disons « météorologique » de cette côte basque natale de Maurice Ravel, où il est fort utile d’avoir en permanence à portée de sa main un parapluie ; l’ondée, vite emportée par les vents de l’Atlantique, ne durant pas très longtemps non plus… Entretemps, je turbine – « je turbine« , « en plein turbin« , ce sont-là des mots et des expressions qui reviennent souvent sous la plume de Maurice Ravel, dont le père, Joseph, était ingénieur – à l’intention du pape : vous savez que cet auguste personnage (…) vient de lancer un nouvelle danse, la forlane. J’en transcris une de Couperin – voilà, voilà ! Et c’est probablement ici la merveilleuse forlane du très proche à venir, et à Saint-Jean-de-Luz même, « Tombeau de Couperin« , qui vient ici pointer un tout premier petit bout de son nez !..  Je vais m’occuper à la faire danser au Vatican par Mistinguett et Colette Willy en travesti – et ce qui bondit ici, c’est l’humour volontiers anti-clérical de Maurice Ravel (et sa  famille)… Ne vous étonnez pas de ce retour à la religion : c’est l’atmosphère natale qui veut ça. Voici l’Angelus. Je dégringole pour aller dîner« …

    …

    C’est seulement le 19 mars suivant, alors que Maurice Ravel loge chez ses amis Gaudin 41 rue Gambetta, que dans une lettre à son amie Ida Godebska, Ravel évoque pour la première fois en sa correspondance le Trio pour piano, violon et violoncelle qu’il commence alors à composer :

    « Songez que j’ai passé 36 heures devant ma table de travail sans prendre autre chose que du bouillon aux œufs. Je travaille maintenant au Trio – sans davantage de présentation ni explication ici de sa part : il a probablement déjà dû en parler… – et vous demande de le proclamer, afin que l’on se doute aussi peu que possible que j’ai passé ces derniers temps à autre chose – Rapport à Durand – l’éditeur de Ravel : l’éditeur serait-il donc suspicieux ?.. – , vous comprenez« …

    …

    Et deux jours plus tard, le 21 mars, en une lettre à son amie Hélène Kahn-Casella, Ravel écrit ceci :

    « Je travaille au Trio malgré le froid, la tempête les orages, la pluie et la grêle » – contre vents et marées, en quelque sorte, et à l’abri des importuns…

     

    Puis, le 25 mars, et toujours en la demeure des Gaudin, c’est à son éditeur Jacques Durand cette fois que Maurice Ravel s’exclame :

    « J’ai terminé le 1er morceau du Trio – Modéré. Les autres – qui seront au nombre de trois : Pantoum, Passacaille et Final ; et le Trio sera achevé à Saint-Jean-de-Luz le 30 août 1914… – semblent bien se présenter. …et cela par un temps spécialement affreux » – peu propice à céder aux tentations des distractions locales…

    …

    Et à son amie Ida Godebska, ce même 25 mars – et toujours « turbinant » rondement… –  :

    « Mon Trio, dont le premier mouvement est achevé, ne me permet pas de le laisser refroidir » – ici, c’est l’œuvre qui commande et dicte le tempo…

    …

    Et encore à la même Ida Godebska trois jours plus tard, le 28 mars, évoquant à nouveau son Trio :

    « Je rentre de Lyon ici – à Saint-Jean-de-Luz, chez ses amis Gaudin – , pour travailler au Trio, que je veux achever avant de revenir à Paris » – un retour qui n’adviendra qu’à la mi-novembre 1914 ; le Trio étant, lui, achevé à la fin du mois d’août ; mais entre-temps aura surgi la guerre, renversant tout…

    …

    Le 8 avril suivant, Maurice Ravel est de retour à Saint-Jean-de-Luz d’un voyage-éclair à Lyon et Genève, et réside toujours chez les Gaudin, au 41 rue Gambetta, ainsi qu’en témoignent deux lettres adressées à Hélène Kahn-Casella, le 8 avril  et le 10 avril, la seconde envoyée depuis Fontarabie : « Je suis dans la joie. On se croirait en plein été. La procession arrive (ça vaut la peine)« … 

    …

    …

    Mais c’est ensuite à la Pension Ongi Ethori, 23 rue Sopite – et plus chez ses amis Gaudin, 41 rue Gambetta – , que, de retour depuis Paris à Saint-Jean-de-Luz le 20 juin suivant, Maurice Ravel a choisi de s’installer, afin de travailler, pour le terminer, à son Trio, comme l’indiquent deux lettres adressées le 24 juin, l’une à son éditeur Jacques Durand :

    « l’installation – à la Pension Ongi Ethori, avec un piano qu’il a fallu y faire venir – est terminée. Je vais me mettre au travail : pour me mettre en train, j’ai déjà commencé à faire des gammes«  – le compositeur veut chaque fois rassurer son éditeur ! –  ;

    …

    et l’autre à son frère Edouard Ravel :

    « Je vais te demander de m’envoyer tous les cadres à tourniquet qui sont dans ma chambre, dans le salon et peut-être dans l’antichambre. Je veux parler uniquement des petits, qui contiennent des estampes simples – 6, je crois -, Tu mettras dans le même colis toutes les estampes de format simple. Et aussi les gravures représentant des costumes de différents pays, que je voulais emporter, et que je n’ai pas eu le temps de chercher. Elles doivent se trouver dans ta chambre, sans doute dans l’armoire. C’est tout pour cette fois. Mais fais vite : le roi d’Espagne a manifesté le désir de visiter mon studio et je tiens à le bien recevoir » – finalement le roi d’Espagne ne viendra pas rendre visite à Maurice Ravel… – , ainsi que : « Maman est à Ciboure – et ici c’est un détail bien intéressant qu’on apprend au passage : c’est à Ciboure que réside donc à ce moment Marie Delouart-Ravel (1840-1917) en cet été 1914 ; mais où et chez qui ? : chez un parent, tel que les Goyenague ? à la Pension Anchochury, de sa lointaine cousine Marie-Dominique Anchochury (Ciboure, 11 août 1840 – Ciboure, 16 octobre 1918) ? Ce serait bien précieux pour nous, qui nous intéressons à la parenté basque de Maurice Ravel et sa mère, de le découvrir… – et t’embrasse,

    moi aussi »,

    …

    Et le 28 juin, sa lettre à Cipa Godebski recommence à évoquer le Trio, via le contexte – un peu trop distrayant, l’été venu… – de villégiature et de festivités, qui menace d’un peu trop près le travail d’achèvement de ce Trio – dont le 1er mouvement, Modéré, a été terminé dès le 25 mars précédent, au domicile des amis Gaudin… – :

    « J’ai commencé à travailler au Trio malgré les réjouissances de la St-Jean : hier, feux devant l’église et sur la place. Celui-ci, laïque, augmenté de pyrotechnies et à la même heure que l’autre, pour embêter le clergé. Demain, toro de fuego.(…) Je descends dîner, il y a des muchurdiñac – des rougets – , et il ne faut pas que ce soit trop cuit.« 

    …

    Et le 30 juin, à Lucien Garban – (1877-1959), son condisciple au Conservatoire et ami, que Ravel qui fera entrer en 1919 aux Editions musicales Durand – :

    « Voilà une dizaine de jours – le 20 juin précisément – que j’ai quitté Paris (…) 35° au moins y aidant, je travaille au Trio et à Zazpiac Bat – pas mal d’éléments de cet ambitieux projet symphonique basque (« Zazpiak Bat » signifie littéralement « les sept provinces font une« ), plus tard abandonné, seront repris et intégrés au magistral Concerto (en sol)… – , malgré les nombreuses réjouissances : pelote basque, feux de la St-Jean, toros de fuego, et autres pyrotechnies. Les jeux d’eau sont pour après-demain. L’établissement des bains de mer n’ouvre que le 1er juillet, et j’attends ce jour-là avec une impatience que la température rend légitime. (…) Ma mère – présente, donc, mais à Ciboure, elle – vous envoie son bon souvenir« . 

    …

    Le 4 juillet suivant, à son confrère compositeur et ami Alfredo Casella, Ravel précise, toujours à propos de ce travail qu’il a en chantier :

    « Ici (la chaleur) est supportable, parce qu’il y a la mer – et puis après tout j’aime ça. Je travaille : il y a des jours où ça ne vient pas ; d’autres où j’espère augmenter du double un bagage si faible en comparaison de Nouguès – un compositeur (1875-1932) sur la prolixité duquel les plaisanteries étaient alors monnaie courante… Je travaille même le piano : à mon retour, je donne un récital.« 

    …

    Et le 18 juillet, à Hélène Kahn-Casella :

    « Malgré le beau temps, voici trois semaines – c’est le 20 juin que Ravel, de retour à Saint-Jean-de-Luz, s’est installé à la Pension Ongi Ethori 23 rue Sopite…  – que le Trio n’avance pas, et me dégoûte. Mais aujourd’hui, je me suis avisé qu’il n’est pas si nauséabond… et le carburateur – toujours ce vocabulaire d’ingénieur qui plaît à Ravel – est réparé« …

    …

    Et encore le 20 juillet, à Edwin Evans – (1874-1945) critique musical anglais – :

    « Je suis installé ici – à la Pension Ongi Ethori – depuis un peu plus d’un mois – le 20 juin précisément – , et tâche d’y mener à bonne fin mon Trio, pour me mettre aussitôt à d’autres œuvres – le travaillant déjà : les pièces de ce qui deviendra « Le Tombeau de Couperin« , mais d’autres œuvres encore, dont « La Cloche engloutie« , laissée définitivement en plan, et le poème symphonique « Wien« , qui deviendra, lui, en 1920 « La Valse« , autre sublime chef d’œuvre… Car je profite des vacances pour rattraper les fatigues inutiles et le temps perdu à Paris » – où il ne supporte plus de demeurer, trop dérangé qu’il y est dans son travail suprêmement exigeant de composition : Ravel est perfectionniste.

    …

    Et le 28 juillet, à Lucien Garban :

    « C’est affreux : on ne voit plus le soleil ; il fait froid. Le Trio s’en ressent, qui stagne« …

    …

    Et surtout à Jacques Durand – son vigilant éditeur – , le 31 juillet :

    « Je continue à travailler, assez lentement encore, il est vrai, mais plus sûrement. Je compte sur la participation du temps qui se remet au beau. Ce matin j’ai repris mes ébats nautiques qui, je l’espère, vont émoustiller l’inspiration » – un angle admissible, en effet, du point de vue de l’éditeur…

    …

    Et toujours à l’éditeur Jacques Durand, cette lettre, le 2 août, particulièrement intéressante sur les divers projets musicaux alors en cours de Maurice Ravel – probablement là en réponse directe à des remarques de celui-ci, en tant que commanditaire et donneur d’ordres… – :

    « Pourtant – à quelle remarque critique ou exigence de son éditeur Ravel répond-il ici ? – , je me sentais en une période féconde de production. Tout en m’acharnant au Trio – ce que pourrait lui reprocher l’éditeur ?.. –  d’autres œuvres, pièces de piano, poèmes symphoniques, étaient en projet : de nombreuses notes m’en sont témoin – Ravel éprouvant ici un assez étonnant besoin de se justifier. C’est du devoir – impérieux, certes – de reconnaissance qui me lie étroitement à vous – par contrat et par amitié, les deux… – que je veux parler. IL est le seul qui m’ordonne de m’incliner – voilà ! – devant votre décision, quelle qu’elle soit : vous n’avez qu’un mot à m’envoyer : j’abandonnerai tout aussitôt mon Trio – bigre ! rien que cela : renoncer à son Trio !.. – , et les autres choses – les poèmes symphoniques, probablement… – , et vous confectionnerai tant de morceaux de piano– nous y voilà donc !!! Telle est donc la priorité éditoriale de Jacques Durand ! – que vous désiriez. J’y mettrai assez de conscience, ou à défaut assez d’habileté, pour que mon éditeur et ami ne soit pas trop mécontent » – c’est donc d’œuvres pour le piano que Jacques Durand a en priorité besoin : mais Maurice Ravel y souscrit aussi avec les pièces qu’il met au point de sa « suite française » pour piano… C’est que Ravel, très inventif et original, a toujours plusieurs fers au feu, dont certains n’aboutiront à la réalisation finale que de longues années de maturation plus tard ; c’est ainsi que sa création fonctionne…

    …

    Le 1er août 1914, la guerre est déclarée. Voilà qui change tout !

    …

    Je cite ici un extrait de la lettre du 3 août suivant à l’ami Cipa Godebska :

    « Depuis avant-hier … ce tocsin, ces femmes qui pleuraient , et surtout l’enthousiasme horrible de tous ces jeunes gens… _ et tous les amis qui ont dû partir, et dont je n’ai point de nouvelles… Je n’en peux plus : ce cauchemar de toutes les minutes est trop atroce. Je crois que je vais devoir fou… ou que je vais céder à l’obsession… – de se faire engager aux armées, d’une façon ou d’une autre. Vous pensez que je ne travaille plus ? Je n’ai jamais autant travaillé avec une rage plus folle, plus… héroïque« …

    …

    Et le lendemain 4 août, cette lettre à son ami aussi Maurice Delage :

    « Oui, je travaille ; et avec une sûreté, une lucidité de fou. Mais, pendant ce temps, le cafard travaille aussi, et tout à coup me voilà à sangloter sur les bémols ! Naturellement, quand je descends et que je me trouve devant ma pauvre maman – elle est présente, non loin celui, de lui, à Ciboure ou à Saint-Jean-de-Luz, cet été -là 1914… – , il faut que j’aie l’air calme, sinon rigolo… vais-je pouvoir continuer ? Voilà 4 jours que cela dure, depuis le tocsin« …

    …

    Puis, le 12 août, ce bref extrait de lettre à Jacques Durand :

    « Il faut que mon Trio – le travail sur ce satané Trio se poursuit donc : Ravel ne l’abandonne pas… – soit très bien : sais-je si ce ne sera pas une œuvre posthume ? »…

    …

    Et le 19 août, cette déclaration à Maurice Delage à propos du Trio :

    « En tout cas, je termine toujours mon Trio – œuvre posthume ? – « … 

    …

    Et encore le 29 août, à Alfredo Casella, cette fois :

    « Je termine mon Trio«  – avec toujours ce possessif significatif : Ravel y tient, à son Trio ! Et à très juste titre, il s’y « acharne« …

    …

    Jusqu’à cette déclaration à Jacques Durand, ce même 29 août 1914 :

    « Cher ami, je termine demain mon Trio, 3 ou 4 jours pour le recopier.

    Est-il prudent – et utile – de l’envoyer ? Où ?

    Dès la semaine prochaine, j’irai me présenter à Bayonne » – afin , pour Maurice, antérieurement réformé, d’essayer de se faire engager…

    …

    Et puis, ces deux missives suivantes, le 8 septembre, à Ida Godebska :

    _ « Chère amie,

    Comme vous le prévoyiez, mon aventure s’est terminée de la façon la plus ridicule : on ne veut pas de moi parce qu’il me manque 2 Kilogs.

    Avant de me rendre à Bayonne, j’ai passé un mois – le mois d’août 14 – à travailler du matin au soir, sans seulement prendre le temps d’aller prendre un bain de mer. Je voulais terminer mon Trio que j’ai travaillé en œuvre posthume. Cela ne veut pas dire que j’y ai prodigué le génie, mais bien que l’ordre de mon manuscrit et des notes qui s’y rapportaient permettaient – en cas de son décès – à tout autre – tel un Lucien Garban, par exemple – d’en corriger les épreuves – Maurice Ravel a seulement le souci de sa postérité : par son œuvre…

    Tout cela est inutile : il n’en résultera qu’un trio de plus – est-ce là vrai désespoir ? ou fausse modestie ? – , un échange de correspondance inopportun… et une amitié de moins – peut-être est-ce là allusion aux frictions du compositeur avec son éditeur Jacques Durand, peu favorable, semblait-il, à la réalisation de ce satané Trio par Ravel, et lui préférant des œuvres pour piano, plus faciles à vendre  pour lui…  Je ne compte pas les 2 jours de fièvre qui ont suivi mon retour de Bayonne, et dont j’ai pensé crever. Me voici dans l’inaction : Je ne me sens plus le courage de me remettre au travail. – ce ne sera cependant pas tout à fait le cas : le travail sur la « suite française » pour le piano, à la François Couperin (clairement évoquée dans la lettre à Cipa Godebski le 14 février précédent), et qui s’intitulera mais un peu plus tard, pas tout de suite, « Le Tombeau de Couperin » (ce titre de « Tombeau » pouvant être venu à Ravel au moment plus tardif des dédicaces aux amis tombés au champ d’honneur, les uns après les autres au fil des années de la guerre) qui a déjà été commencé, donc, bien avant le déclenchement de la guerre, au mois de février 1914, chez les Gaudin, va continuer à se poursuivre à la Pension Ongi Ethori, et a été « aux 3/4 »  accompli, déjà, à Saint-Jean-de-Luz cet été et ce début d’automne 1914, dira plus tard, en l’achevant en 1917 à Lyons-la-Forêt, Maurice Ravel… Mais on comprend fort bien combien ces temps si horribles de guerre, avec tous ces morts et toutes ces destructions, ont pu très gravement troubler Maurice Ravel en son travail musical… J’espérais me consacrer aux blessés transportés à Saint-Jean-de-Luz« … ;

    …

    et le 9 septembre à Jacques Durand :

    _ « Mon cher ami,

    Avez-vous reçu la carte dans laquelle je vous demandais si je devais envoyer mon Trio ? Je pense qu’il serait encore moins prudent, et moins nécessaire, de vous le faire parvenir dans les circonstances actuelles. (…) Je vais tâcher de me remettre au travail – et ce sera au moins pour partie fait : « aux 3/4 » du moins pour les 6 pièces (« Prélude« , « Fugue« , « Forlane« , « Rigaudon« , « Menuet« , « Toccata« ) qui constitueront au final, en 1917, « Le Tombeau de Couperin« … – , malgré toutes les préoccupations qui me hantent.

    (…)

    Si ceci vous parvient, veuillez me répondre à ce sujet – il s’agit ici de la situation pécuniaire très difficile des Ravel… – et à celui du Trio » – Ravel y tient décidément beaucoup… Et c’est de fait un immense chef d’œuvre…

    …

    La note de bas-de-page n°2, aux pages 587-588 de la nouvelle édition Gallimard – collection Tel de la Correspondance de Maurice Ravel par les soins de Manuel Cornejo, précise très judicieusement les 4 premières dates d’exécution de ce Trio en la mineur pour piano, violon et violoncelle de Maurice Ravel, qui lui a coûté tant d’efforts…  :

    …

    _ à la mi-novembre 1914, dès son retour de Saint-Jean-de-Luz à Paris, Maurice Ravel, propose une interprétation par lui-même au piano du Trio, en présence de Jacques Durand, son éditeur… ;

    ..;

    _ puis, peu après, au domicile privé du violoncelliste Joseph Salmon, a lieu une première audition privée de ce Trio de Ravel par Alfredo Casella au piano, George Enesco au violon, et Joseph Salmon au violoncelle ;

    …

    _ le 28 janvier 1915, à la salle Gaveau à Paris, se produit la première audition publique du Trio, par Alfredo Casella au piano, Gabriel Willaume au violon et Louis Feuillard au violoncelle ;

    …

    _ et enfin, le 20 mai 1915, une seconde audition publique du Trio a lieu encore Salle Gaveau, par Alfredo Casella au piano, George Enesco au violon, et André Hekking au violoncelle…

    …

    …

     Et maintenant, je vais pouvoir en venir à ce que l’on peut induire de la Correspondance accessible de Maurice Ravel à propos du second chef d’œuvre « aux 3/4 » réalisé  en 1914 à Saint-Jean-de-Luz, au 41 rue Gambetta, au domicile des amis Gaudin, puis au 23 rue Sopite, à la Pension Ongi Ethori, je veux dire cette « suite française » pour piano seul que Ravel intitulera « Le Tombeau de Couperin« , et qu’il achèvera, pour le dernier de ces quarts, après sa démobilisation, en 1917, à la Villa Le Frêne, à Lyons-la-Forêt – un autre lieu paisible propice et même nécessaire à la création – , au domicile de sa marraine de guerre, Madame Fernand Dreyfus (1871-1958) – le « Menuet » de ce « Tombeau de Couperin » étant dédié à Jean Dreyfus (1896-1917), décédé au champ d’honneur à Roncourt (Somme) le 14 octobre 1917, beau-fils de Madame Fernand Dreyfus…

    …

    À suivre, par conséquent…

    …

    …

    Ce lundi 21 juillet 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En poursuivant mes recherches sur les parentés cibouriennes, via sa mère, de Maurice Ravel…

    En continuation de ma lecture de deux articles de Jean-Noël Darrobers (1910 – 2004)
    que m’a très gentiment adressés Manuel Cornejo :
    ...
    Darrobers, Jean Noël, Marins et corsaires. Les ancêtres cibouriens de Maurice Ravel, Ekaina. Revue d’Études Basques[Saint-Jean-de-Luz], n°22, 1987, p. 78-94.
    …
    Darrobers, Jean Noël, Les ancêtres maternels de Maurice Ravel, Cahiers de l’I.R.H.M.E.S. Mélanges savoisiens de l’Opera Seria à Maurice Ravel [Genève, Éditions Slatkine], n°4, 1997, p. 139-159.
    …
    …
    Bien sûr les deux articles de Jean-Noël Darrobers sont extrêmement intéressants ; j’y ai encore appris de nouveaux éléments factuels.
    Je les préciserai plus tard.
    …
    …
    Darrobers s’intéresse à préciser scrupuleusement l’ascendance Delouart de Ravel _ via sa mère, née Marie Delouart _,
    et s’amuse à contrer la partialité un peu aveugle du chanoine Narbaitz ;
    Pierre Narbaitz _ Ascarats, 25-3-1910 – Cambo-les-Bains, 16-8-1984 _ qui semble s’être opposé _ mazette ! _ à la publication d’une partie des travaux _ un peu plus objectifs que les siens _ de Jean-Noël Darrobers _ Bayonne, 25 décembre 1910 – 2004 _, ainsi que celui-ci le mentionne _ mais oui ! _ en son article récapitulatif de 1997.
    …
    Combien peuvent se révéler terribles, à l’occasion, ces ecclésiastiques si pleins de componction !
    …
    Et donc Darrobers se focalise essentiellement, lui aussi, à son tour, sur les ancêtres Delouart aux XVII et XVIIIèmes siècles.
    Et lui les montre, ceux de la branche aînée comme ceux de la branche cadette, un peu plus clairement _ sans hagiographie excessive _ tels qu’ils ont vraiment été, en leurs contextes historiques précis, souvent tragiques _ et c’est d’ailleurs passionnant : sur l’histoire de Ciboure et son port au XVIIIème siècle tout particulièrement.
    …
    …
    Alors que ma curiosité, ainsi que l’indique mon titre _  _, va, elle, aux « parentés cibouriennes » de Ravel, via sa mère, et au moment de ses séjours basques : à partir de 1901 et 1902 _ quand ceux-ci, du moins, sont avérés par la correspondance connue (à ce jour) de Maurice Ravel. D’autres les précédèrent, à suivre les témoignages, très précieux, des membres de la famille Gaudin.
    Fait hélas défaut la correspondance « basquaise«  de Maurice Ravel antérieure à sa lettre à Jane Gaudin du 2 août 1901 (pages 77-78 de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo.
    De même les premières photos de Maurice Ravel à Saint-Jean-de-Luz et Ciboure présentes dans le Ravel _ Portraits basques d’Étienne Rousseau-Plotto ne sont pas antérieures à 1901 (?) – 1902 (pages 54 et 61). 
    …
    Et donc aux branches collatérales, aux divers cousins de Ciboure : dont bien des noms me parlent _ puisque depuis mon enfance je suis un familier attentif et curieux de Saint-Jean-de-Luz…
    …
    …
    C’est ainsi que le parrain _ effectif, le 13 mars 1875, à l’église Saint-Vincent de Ciboure _ de Maurice Ravel, Simon Goyenague (21 novembre 1821 – 18 avril 1890), s’avère être le cousin germain de la grand-mère de Maurice Ravel, Sabine Delouart (11 mars 1809 – 24 décembre 1874),
    ainsi que de la demi-sœur de celle-ci _ et grand-tante de Maurice, en plus d’être sa marraine _, Gachucha Billac (née à Ciboure le 15 mai 1824 ; et décédée très âgée, mais on ne sait quand précisément _ probablement avant 1916 : Maurice Ravel parlant alors d’elle au passé, en une lettre (datée du 20 septembre 1916) à son amie luzienne Marie Gaudin… ; en fait, Engrace Billac est décédée à Saint-Jean-de-Luz, au domicile des Gaudin, 41 rue Gambetta, le 17 décembre 1902 _) !
    …
    Puisque ce Simon Goyenague était le fils aîné de Marie Delouart (Ciboure, 7 août 1786 – 1872), épouse _ le 28 février 1821, à Ciboure _ de Michel Goyenague (Ciboure, 11 janvier 1790 – 20 novembre 1849) :
    c’est-à-dire le fils aîné de la seconde sœur cadette _ c’est-à dire en fait la troisième au sein de la fratrie des quatre enfants (repérés à ce jour) de Gratien Delouart et Sabine Laxague _ de Marie-Baptiste Delouart (Ciboure, 29 juin 1782 – Ciboure, 28 août 1855) ;
    laquelle était l’arrière-grand-mère de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937),
    la grand-mère de sa mère Marie Delouart (Ciboure, 24 mars 1840 – Paris, 5 janvier 1917)
    et la mère de sa grand-mère Sabine Delouart (Ciboure, 11 mars 1809 – Ciboure, 24 décembre 1874).
    …
    Marie Delouart ne tenait probablement pas trop _ me semble-t-il, du moins ; mais peut-être fais-je erreur… Et j’ignore à quelle(s) date(s), avant son séjour avéré de 1911, Marie Delouart-Ravel est revenue à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz, après la naissance, en 1875, de son fils aîné, Maurice… _ à ce que son mari Joseph, ni non plus ses fils !, en sache(-ent) trop de ses attaches et parentés (un peu bancales) cibouriennes ;
    c’est, en effet, seule, sans son mari, que Marie Delouart-Ravel s’est rendue à Ciboure pour les obsèques et la succession de sa mère Sabine Delouart décédée à Ciboure le 22 décembre 1874 ;
    et n’est rentrée à Paris rejoindre que son mari que trois mois après la naissance de Maurice, qui  avait eu lieu le 7 mars 1875…
    …
    …
    Et il faudrait aussi établir précisément si Joseph Ravel, le père de Maurice, est venu, ou pas, à Ciboure _ pour quelques brèves vacances _ avant son décès en octobre 1908 :
    la chose n’est pas très claire dans la Correspondance de Maurice, me semble-t-il  _ mais bien des lettres manquent ! _; mais je dois y regarder de plus près… Ainsi Joseph Ravel s’est-il rendu, ou pas, à Ciboure en 1901 et en 1902, lors des deux séjours que fit _ pour 1901, un doute semble-t-il demeure _ à Saint-Jean-de-Luz, chez les Gaudin _ 41 rue Gambetta _, son fils Maurice ?..
    …
    Cependant, il faut relever que des voyages vers Ciboure et Saint-Jean-de-Luz dans la voiture que possédait et conduisait Joseph étaient envisagés dans plusieurs lettres de Maurice Ravel à ses amies luziennes Jane et Marie Gaudin, ces années-là ! Mon hypothèse tombe donc ainsi…
    …
    …
    De même qu’existe une ambiguïté entre la date supposée de la rencontre de Joseph Ravel (qui avait 41 ans) et Marie Delouart (qui avait 33 ans), en Espagne, et peut-être à Aranjuez, en 1873 ;
    et leur mariage à Paris, le 3 avril 1873.
    …
    À quel moment Madame Feix _ ou plutôt Félix ? j’avais suivi la graphie erronée donnée par Etienne Rousseau-Plotto en son livre, page 30…_, l’amie modiste  parisienne _ au 15 rue du Faubourg-Saint-Honoré _ de la luzienne Annette Bibal _ ou plutôt de sa mère Victoire Dupous-Bibal. Étienne Rousseau parle, lui, toujours à la page 30 de son livre, de Catherine Goyetche, épouse de Martin Gaudin, mère d’Edmond Gaudin, et bientôt belle-mère d’Annette Bibal, mais seulement à partir du mariage le 27 janvier 1875, à Saint-Jean-de-Luz, de son fils Edmond avec Annette Bibal… _, a-t-elle donc, lors de son passage à Saint-Jean-de-Luz, emmené Marie Delouart avec elle _ en diligence _ à Madrid _ ou la modiste parisienne ouvrait une de ses succursales _ ? A préciser aussi… La chronologie affichée semblant un peu trop bousculée _ 1872 semblant plus vraisemblable, déjà, que 1873… 
    …
    Et qui s’en est jusqu’ici avisé ?.. _ les légendes hagiographiques (ou fake news) ont la peau assez résistante…
    …
    …
    Et encore _ et la question est bien intéressante _ :
    comment existait déjà ce lien, en 1872, entre la luzienne Annette Bibal (née à Saint-Jean-de-Luz le 28 avril 1845) et la cibourienne Marie Delouart (née à Ciboure le 24 mars 1840), au point que la première se fasse remplacer par la seconde pour le séjour espagnol à Madrid en compagnie de la modiste parisienne Madame Félix ?..
    …
    …
    D’autre part, Maurice qualifie la cousine _ pas directe, il est vrai ! Via les Larrea : le 31 juillet 1839, Jean Anchochury, marin, né à Ciboure le le 14 août 1804, avait épousé Claire Martina Larrea, née à Ciboure le 9 novembre 1811, et fille de Dominique Larrea, capitaine de navire, et son épouse Marie Legarralde ; alors que le 30 avril 1823, à Ciboure, Jean Delouart, né à Ciboure le 27 août 1788 avait épousé Marguerite Larrea, née à Ciboure le 18 décembre 1798 ; et que, à Ciboure, le 23 avril 1856, Jacques Goyenague (fils de la troisième sœur Marie Delouart) a épousé Catherine Larrea, née à Ciboure le 9 octobre 1832… Etc. Ces familles cibouriennes, du quartier de Pocalette, étaient la plupart d’entre elles, et par de nombreux liens, étroitement apparentées… _
    Dominica Anchochury de sa mère de « vieille amie » de celle-ci… _ en une lettre du 19 juillet 1911, page 267 de la Correspondance.
    …
    Maurice Ravel connaissait-il leur cousinage ? Ne serait-ce que par les sœurs Anchochury _ ou plutôt les belle-sœurs, Isabelle et Marie-Dominique : Isabelle Dithurbide, née à Ascain le 18 janvier 1858, avait en effet épousé le frère de Marie Dominique Anchochury, Grégoire Anchochury (né à Ciboure le 2 mars 1853) à Ciboure le 2 juillet 1878. Par conséquent, il s’avère que Marie Dominique Anchochury et Isabelle Dithurbide qui tenaient ensemble en 1911 la Pension Anchochury, 28 rue du Quai à Ciboure, n’étaient pas sœurs, mais bien belle-sœurs (ajout du 3 mars 2025)… _, chez lesquelles, en leur pension du 28 rue du Quai, Ravel et sa mère _ veuve depuis octobre 1908 _ ont logé, l’été 1911
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    Ajout du lundi 3 mars 2025 :
    …
    Marie-Dominique Anchochury (Ciboure, 11 août 1840 – Ciboure, 16 octobre 1918) et sa belle-sœur Isabelle Dithurbide (Ascain, 18-janvier 1858 – Ciboure, 4 janvier 1932), épouse _ à Ciboure, le 2 juillet 1878 _ du frère de Marie-Dominique, Grégoire Anchochury (Ciboure, 2 mars 1853 – Ciboure, 15 octobre 1918) tenaient donc, ensemble, la Pension Anchochury, 28 rue du Quai à Ciboure ; et je remarque au passage que le frère et la sœur, Grégoire et Marie-Dominique Anchochury, sont décédés (à leur domicile de ce 28 rue du Quai à Ciboure) deux jours consécutifs, les 15 et 16 octobre 1918, probablement de la grippe espagnole qui sévissait alors ; des faits que j’au pu établir lors de ma consultation des actes de décès conservés aux archives de la mairie de Ciboure, le mercredi 9 octobre 2024…
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    Maurice Ravel lui-même avouera bien plus tard, dans une intéressante lettre _ de la fin des années vingt : une lettre à Henry Prunières du 7 septembre 1927 (page 1126 de la Correspondance) _, qu’il n’a jamais eu le temps de vraiment s’occuper à éclairer _ si peu que ce soit… _ ses parentés cibouriennes :
    …
    « Pour ce qui est de mon arbre généalogique, l’essence en est si complexe _ et surtout lacunaire et/ou escamotée _ que je n’ai jamais eu le loisir _ voilà ! _ de l’analyser : ma  mère est née à Ciboure d’une famille de marins _ pour ce qui concerne en effet tous les hommes de son ascendance Delouart _, comme presque tous les Basques de la côte _ à ces époques, en effet. Il y a dû y avoir de tout : des capitaines au long cours jusqu’à de simples pêcheurs _ en effet. La plupart _ beaucoup, en effet ! _ de ces ancêtres _ masculins _ sont partis pour « les Amériques » et n’en sont jamais revenus » _ et ce fut bien le cas, en une très grande proportion, entre les disparus, jamais revenus, les tués dans les combats navals de l’époque, et les simplement péris en mer, ou dans la rade de Saint-Jean-de-Luz, noyés…
    …
    Ses amies luziennes Marie et Jane Gaudin lui suffisaient amplement _ de même que la mer, la plage, le ciel, le vert profond et tendre de la campagne et de la montagne proches de ce qu’il nommait « son cher pays natal« .
    Et c’était surtout le travail musical qui ne lui manquait pas…
    …
    …
    Je poursuis mes recherches sur les parentés cibouriennes de Maurice Ravel, en me centrant plus précisément ici sur sa grand-tante Gracieuse Billac _ la demi-sœur de sa grand-mère Sabine Delouart.
    …
    Celle que dans ses lettres à son amie luzienne Marie Gaudin, Maurice nomme affectueusement

    « ma chère tante Gachuch » (lettre du 16 octobre 1902, page 82),
    puis _ serait-elle donc décédée entre temps ? C’est probable ! Elle était née en 1824… : oui, Engrace Billac est décédée au domicile des Gaudin le 17 décembre 1902, je l’apprendrai plus tard, aux archives d’état-civil de la mairie de Saint-Jean-de-Luz _ « ma pauvre tante Gachucha » (lettre du 20 septembre 1916, page 537) ;
    …
    ainsi que, plus largement, sur les Billac (tant ceux de Ciboure que ceux de Saint-Jean-de-Luz).
    …
    …

    Or, il se trouve que j’en suis bien vite venu à me demander si c’est bien à Gracieuse Billac
    _ probablement déjà décédée le 20 septembre 1916, alors qu’elle était bien vivante encore en octobre 1902 : elle décèdera le 17 décembre suivant… _
    que s’appliquent les expressions _ assurément familières _ de Maurice Ravel
    « je vous embrasse toutes les trois, ainsi que la tante Bibi » (lettre du 20 octobre 1921, page 764 de la Correspondance),
    « Qui est-ce qui sera en noir au concert ? Bibi (pas le Bibi femelle, bien sûr… et encore !) » (lettre du 15 août 1930, page 1250),
    et « Je vous souhaite, à Madame Gaudin, à vous et à Bibi, toutes sortes de prospérités » (lettre du 3 janvier 1933, page 1300)
    dans ces trois lettres de Maurice Ravel à Marie Gaudin, en 1921, 1930 et 1933.
    …
    Et la réponse est non ! La « tante Bibi » n’est pas la « chère tante Gachuch« , Gracieuse Billac _ significativement devenue en 1916 « ma pauvre tante Gachucha »…
    …
    Les expressions « tante Bibi » de 1921, la « Bibi femelle » de 1930 et la « Bibi » de 1933
    de ces diverses lettres adressées à Marie Gaudin à Saint-Jean-de-Luz,
    ne pourraient-elle pas désigner, plutôt qu’une tante côté Ravel-Delouart _ le côté de Maurice, l’auteur de la lettre _, une tante côté Gaudin-Bibal _ le côté de Marie Gaudin, la destinataire ! _ :
    en l’occurrence la belle sœur _ côté Bibal, et non côté Gaudin, semble-t-il : l’épouse, non pas de l’oncle Charles Gaudin (le frère aîné d’Edmond Gaudin, le mari d’Annette), Louisa Schlaegel-Gaudin (Hasparren, 28 janvier 1850 – Hasparren, 19 août 1929), mais de l’oncle Pascal Bibal (le frère d’Annette) _ d’Annette Bibal-Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 28 avril 1845 – 21 novembre 1936) _ et tante, en effet, de Marie Gaudin, côté Bibal : puisque épouse de son oncle Pascal Bibal, le frère cadet de sa mère Annette _, alors probablement déjà veuve de Pascal Bibal _ dont j’ignore aussi jusqu’ici la date du décès _,
    Dorotea Bibal-Iburuzqueta,
    épouse (à Zarauz, le 23 janvier 1877 pour le mariage religieux) de Pascal Bibal (né à Saint-Jean-de-Luz en 1847),
    et née à Zarauz, en Guipuzcoa, en 1855 _ et je regrette de demeurer pour le moment dans l’ignorance des dates de décès et de Pascal Bibal, et de son épouse Dorotea. J’ignore encore alors l’existence de Bernardine Bibal, la petite sœur d’Annette, et benjamine de la fratrie des Bibal, qui est née le 22 août 1855…
    …
    Quant à la « Madame Gaudin » de la lettre à Marie Gaudin du 3 janvier 1933,
    il s’agit de la mère de la destinataire _ et maîtresse de la maison, héritée de ses parents Victoire Dupous et Pierre Bibal ; ainsi que, à la génération précédente, de la mère de Victoire Dupous (née le 9 juin 1822 à Saint-Jean-de-Luz), Françoise Benoît (Saint-Jean-de-Luz, 2 octobre 1786 – Saint-Jean-de-Luz, 13 septembre 1855), elle-même fille du boulanger de la Grand’ Rue François Benoît (Saint-Jean-de-Luz, 1746 – Saint-Jean-de-Luz, 17 avril 1728) _, soit Annette Bibal-Gaudin,
    née à Saint-Jean-de-Luz le 28 avril 1845,
    fille de Pierre Bibal (maître en cabotage, Saint-Jean-de-Luz, 5 septembre 1810 – Saint-Jean-de Luz, 12 septembre 1855 _ ce dernier était fils de Jean-Baptiste Bibal, armurier (né à Hasparren), et Catherine Geyre _,
    et de Victoire Dupous (née à Saint-Jean-de Luz le 9 juin 1822 _ j’ignore la date de son décès : il s’agit du 16 juin 1903 ; Victoire Dupous, veuve Bibal, décède en son domicile du 41 rue Gambetta (ajout du 11 octobre 2021)… _) ;
    au domicile de laquelle Victoire Dupous _ déjà veuve de Pierre Bibal, décédé à Saint-Jean-de-Luz le 12 septembre 1855 _, au 41 de la Grand’ Rue _ plus tard rue Gambetta _, était décédé, le 12 avril 1865, son père Jean-Baptiste Dupous, boulanger _ né à Urrugne en juin 1800, fils de Jean-Baptiste Dupous (dont les parents étaient ardéchois, d’un village nommé Saint-Thomas) et Etiennette Berindoague (née à Hendaye, mais tôt réfugiée à Saint-Jean-de-Luz en raison de l’occupation d’Hendaye par les Espagnols en 1793…) ; le mariage de Jean-Baptiste Dupous-père et d’Etiennette (ou Estonta) Berindoague, avait eu lieu à Saint-Jean-de-Luz le 10 juin 1793, et les mariés avaient alors 26 et 27 ans. Jean-Baptiste Dupous, qui était cordonnier, est décédé à Gibraltar, en 1812 ; et son épouse Etiennette Berindoague est décédée chez elle, Dupousbaita, à Urrugne (au pas de Béhobie), le 7 janvier 1821. Fin ici de l’incise.
    Annette Gaudin-Bibal décèdera nonagénaire le 21 novembre 1936…
    …
    …
    Je remarque qu’en ces échanges épistolaires de Maurice Ravel avec les Bibal-Gaudin _ en l’occurrence en la personne, ici, de son amie Marie Gaudin (1879 – 1976) _ du 41 rue Gambetta (à partir de 1923, ce sera de la maison « Mirentxu » de la toute proche rue du Midi) à Saint-Jean-de-Luz,
    les membres à demeure de la maisonnée sont, dès la fin décembre 1920, exclusivement des femmes :
    ou bien célibataires, comme Marie Gaudin _ mais aussi, je l’apprendrai un peu plus tard, Bernardine Bibal (née à Saint-Jean-de-Luz le 12 août 1855) ; ou la jeune Annie Courteault (née le 26 septembre 1913) _ ;
    ou bien veuves, comme Annette Bibal-Gaudin _ son époux (depuis le 27 janvier 1875) Edmond Gaudin, né le 10 novembre 1844, est en effet décédé le 28 décembre 1920 _, ainsi que sa belle sœur Dorotea Iburuzqueta-Bibal : celle qui selon moi serait la vraie « tante Bibi » _ même si j’ignore le moindre détail de ce qui permet à Maurice Ravel de la désigner familièrement ainsi, sinon la coutume de ses amies Gaudin… Ici je fais erreur ! ; car j’ignore encore l’existence de Bernardine Bibal.
    De même que j’ignore, surtout, la date du décès du mari de Dorotea, Pascal Bibal, peintre (né en 1847 à Saint-Jean-de-Luz).
    Je note cependant qu’au mariage civil de Pascal Bibal et Dorotea Iburuzqueta, le 13 juillet 1878 à Saint-Jean-de-Luz, parmi les témoins des mariés figurait un Léon Bibal, peintre lui-même ; né en 1849, il était frère et d’Annette et de Pascal Bibal ; et il décèdera à Saint-Jean-de-Luz le 28 avril 1884, à l’âge de 35 ans. Ainsi Pascal Bibal, puis son fils François-Ignace Bibal (Saint-Jean-de-Luz, 17 septembre 1878 – Ainhoa, 1944 _ non : Saint-Jean-de-Luz, le 26 mai 1944, 5 place Maréchal Foch : ajout du 11 octobre 2021 _), s’inscrivent-ils dans une lignée familiale Bibal d’artistes-peintres (dont fera aussi partie Grégoire Bibal, qui sera aussi et surtout architecte : à La Havane)… Même si dans sa correspondance connue à ce jour, Maurice Ravel n’en dit mot…
    …
    Avec, cependant, à l’occasion, lors de quelques vacances, la présence, aussi, dans cette maisonnée Bibal-Gaudin de Saint-Jean-de-Luz
    de la sœur _ devenue parisienne _ de Marie Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 3 mars 1879 – Saint-Jean-de-Luz, 8 décembre 1976), Jane Courteault-Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 16 octobre 1880 – Saint-Jean-de-Luz, 28 mars 1979), et de sa fille Annie Courteault (Paris, 26 septembre 1913 – Saint-Jean-de-Luz, 21 août 1994) _ non, Annie Courteault réside à Saint-Jean-de-Luz, auprès de da grand-mère Annette ; elle y poursuit sa scolarité.
    …
    …
    Voilà donc qui serait la « tante Bibi » de la lettre de 1921 : Dorotea Iburuzqueta-Bibal _ non : il s’agit de Bernardine Bibal, la plus jeune sœur d’Annette…
    …
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    Son époux, Pascal Bibal, peintre mieux que très estimable, a contribué à la restauration _ et c’est bien sûr à relever : qui sait cela aujourdhui à Saint-Jean-de-Luz ? _ de la voûte de l’église Saint-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz !
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    Mais ce n’est pas à lui, Pascal Bibal, que nous devons le seul portrait connu de la mère de Maurice Ravel, Marie Delouart ; mais à Édouard Ravel (Versoix, 5 mars 1847 – Genève, 8 mars 1920), le frère, artiste-peintre lui aussi, de son mari Joseph Ravel…
    Oncle paternel de Maurice ; et qui, à sa mort, en 1920, fit de Maurice son légataire universel…
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    Mais de Pascal Bibal, on connait surtout le beau portrait suivant,
    d’une dame basque :
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    Et encore ce fascinant tableau de « groupe de famille en un intérieur » _ qui sont-ils donc ? Les Bibal-Gaudin ?  Peut-être…
    On aimerait en savoir davantage… ; j’ai découvert depuis que ce très beau tableau n’est hélas pas de Pascal Bibal ; mais d’un peintre belge, nommé Pierre van Caillie _ :
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    Et nous remarquerons aussi que Pascal Bibal et son épouse Dorotea Iburuzqueta _ j’ignore hélas les dates de leurs décès à tous deux _
    sont les parents du peintre basque bien connu François-Ignace Bibal (Saint-Jean-de-Luz, 17 septembre 1878 – Ainhoa, 1944) _ une rue de Saint-Jean-de Luz, dans le quartier d’Urdazuri, porte son nom…
    …
    …
    Dont voici un lumineux Sur la terrasse au pays basque,
    probablement peint à Ainhoa _ le beau village labourdin où celui-ci passa les dernières années de sa vie _ :
    …
    …
    sur la terrasse au pays basque by françois ignace bibal
    …
    …
    Bien sûr, j’ai communiqué tout cela à Manuel Cornejo _ l’éditeur magistral (quelle somme !) de la Correspondance de Maurice Ravel _,
    qui me répond vite et très aimablement : et c’est ainsi aussi que la connaissance progresse.
    …
    …
    Ce qui m’étonne un peu,
    c’est qu’à part le chanoine Narbaitz et Jean-Noël Darrobers
    _ centrés, les deux, sur les racines basques de Ravel (et les Delouart, quasi exclusivement) _,
    nul cibourien, ou luzien, n’ait mené _ du moins à ma connaissance jusqu’ici : mais celle-ci est forcément parcellaire… _ les recherches un peu pointues auxquelles je m’adonne présentement sur les cousinages cibouriens des Delouart-Ravel… _ même si Maurice Ravel, homme d’une parfaite discrétion, ne s’en revendiquait certes pas. C’est dans le « cher pays natal« , le paysage, surtout, qu’il venait retrouver des forces de concentration (et de joie !) pour sa création. Et personnellement (un peu basque via mes ancêtres béarnais Bioy ; j’ai des cousins Bioy à Hasparren…) je ressens cela dès que j’aperçois la silhouette de la Rhune, ou les rouleaux de l’océan vus du haut des falaises de schiste sur lesquelles ils viennent s’abîmer : sur la corniche d’Urrugne, ou à la pointe (bien-aimée) de Sainte-Barbe…
    …
    …
    Bien des cibouriens, les descendants des Billac, des Goyenague, des Larrea, des Passicot, des Cerciat, des Etchepare, des Anchochury, etc., etc., disposent de savoirs que je n’ai pas sur leurs arbres généalogiques…
    …
    À suivre et à continuer de creuser, donc…
    …
    …
    Ce mercredi 27 mars 2019, Titus-Curiosus – Francis Lippa