Cher Emmanuel Mouret,
Étiquette : Emmanuel Mouret
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En forme de gratitude envers la grâce de l’art merveilleux d’Emmanuel Mouret
il me paraît bien normal que les créateurs puissent, de temps en temps, recevoir quelques témoignages de « joie » et « gratitude »de ceux qui ont reçu pareillement leurs œuvres…Et c’est bien de la « joie » que procurent vos comédies on ne peut plus sérieuses quant au fond des choses aussi magnifiquement abordéque dans « Un Baiser, s’il vous plaît ! »,ou ce merveilleux « Mademoiselle de Joncquières » : un chef d’œuvre !..À propos de celui-ci,je dois vous dire que j’admire tout particulièrement à la fois celles des scènes, mais aussi ceux des dialogues, qui semblent être entièrement de votre cru,je veux dire ne reposant en tout cas pas sur le texte même de Diderot en son « Jacques le fataliste »…Avec quelle justesse les avez-vous ainsi imaginés et inventés, ces scènes et ces dialogues : le résultat est d’une évidence et vérité magiques !Et cela de façon à incarner extraordinairement lumineusement sur l’écran – et sans jamais la moindre lourdeur : tout ici virevolte ! -, ce qui n’est qu’à peine suggéré, très elliptiquement, par le texte même de Diderot.Chapeau ! C’est admirable de justesse…Et Diderot, dont le récit manie habilement la vivacité malicieuse de l’ellipse (du récit de l’hôtesse, toute occupée et bousculée qu’elle est sans cesse par ses impérieux offices), n’aurait peut-être pas, voilà !, mieux fait…Comment avez-vous donc procédé pour parvenir à ce résultat, avec une si formidable évidence ?De quels textes, de quelles œuvres vous êtes-vous donc si merveilleusement inspiré ?Il est vrai que la langue du XVIIIe français est très souvent magnifique– et personnellement je porte au pinacle l’élégance pointue étourdissante de Marivaux…Et je ne parle pas de tout le reste de vos choix : les lieux de tournage, les décors, les costumes, les musiques.Et la magique direction des acteurs, bien sûr…Non plus que la géniale invention de l’amie-confidente (mais non complice) de la marquise ;ou la cruciale décision de changer ce nom de « Duquênoi » pour celui, noblissime, de « Mademoiselle de Joncquières » ; et d’en faire si justement le titre du film…Une grâce même advient là.Tout est ainsi parfait pour nous mettre immédiatement et continuement dans l’esprit de ce chef d’œuvre de Diderot qui a servi de base à cette histoire, au départ, de « saugrenu mariage »qui vient sublimement renverser les perfides manigances vengeresses sournoises de Mme de La Pommeraye, persuadée qu’elle était d’avoir idéalement réussi son coup :le furtif, à peine visible, mais bien perceptif mouvement de gorge que ne peut réprimer la marquise à l’ultime image du film étant le coup de grâce du puissant démenti que celle-ci se reçoit…Ou ce qui, dans le jeu d’échecs des volontés et des déterminismes, vient malicieusement déjouer les plus machiavéliques calculs…Voilà ce que je me demande, très admirativement, cher auteur…Et encore bravo pour cet extraordinaire travail de préparation et de réalisation.…Je n’ai pas encore eu accès au DVD de votre « Une autre vie » ;et je m’apprête à regarder, non sans impatience, celui de « Chronique d’une liaison passagère », accessible à partir du 24 janvier prochain.Mais j’aime décidément beaucoup votre jeu de variations sur ce thème auquel vous êtes fidèle, et qui vous réussit si bien…Ce vendredi 13 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa……P. s. :…et pour bien mesurer le génial apport cinématographique du film aux ellipses du texte de Diderot (et du très malicieux récit de la truculente hôtesse un peu pressée et bousculée, mais qui sait si pertinemment tenir en haleine et relancer la curiosité de ses deux auditeurs impatients…) en son « Jacques le fataliste et son maître« ,jeter aussi un coup d’œil à mes deux tout récents articles de lecture un peu attentive de ce texte si subtil et réjouissant de Diderot, les 8 et 9 janvier derniers :Un tel art du récit peut donc tout aussi bien être cinématographique, comme le montre ce décidément délicieux « Mademoiselle de Joncquières ».Voilà. -
Pour se repérer dans ma bibliothèque d’articles de mon blog « En cherchant bien » sur des films d’Emmanuel Mouret…
Afin d’obtenir un listing commode et clair des articles que j’ai consacrés sur mon blog « En cherchant bien » à des films d’Emmanuel Mouret
_ le premier film que j’ai vu réalisé par lui, a été, en 2007, « Un baiser, s’il vous plaît ! » ; alors que mon blog Mollat « En cherchant bien » a débuté un peu plus tard, le 3 juillet 2008 _,
j’ai pensé utile de réaliser la liste chronologique de ces articles.
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La voici donc :
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_ le 17 août 2008 : « Emmanuel Mouret : un Marivaux pour aujourd’hui au cinéma«
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_ le 3 juillet 2009 : « Deux comédies épatamment délicieuses sur le jeu de la rencontre et du hasard, l’une à Paris, l’autre à New-York : « Fais-moi plaisir ! » d’Emmanuel Mouret et « Whatever works » de Woody Allen«
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_ le 7 juillet 2009 : « Peut-être le modèle (américain) de l’ »as de la martingale de la drague » du « Fais-moi plaisir ! » d’Emmanuel Mouret«
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_ le 18 avril 2012 : « L’apprentissage (à corps défendant) de l’ »art d’aimer » à l’ère de l’injonction sexuelle et du couple : l’éclairage parfait du film d’Emmanuel Mouret«
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_ le 21 avril 2012 : « Qu’il y a couples et couples : sur « L’Art d’aimer » d’Emmanuel Mouret (suite de la méditation sur l’amour vrai, versus l’angoisse _ et aussi le déni et l’anesthésie _ de son absence…)«
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_ le 21 décembre 2022 : « L’élégance si juste et si vraie _ à la Marivaux, toujours… _ d’Emmanuel Mouret dans un très épatant « Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait »…«
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_ le 2 janvier 2023 : « Pour méditer un peu lucidement sur le « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret, d’après le récit sur « Madame La Pommeraye », extrait du « Jacques le fataliste et son maître » de Denis Diderot…«
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Ce vendredi,
j’ai lu le très intéressant petit essai de Diderot intitulé « Sur les femmes« , paru en 1772 dans le périodique « Correspondance littéraire » de Friedrich-Melchior Grimm, ami de Diderot _ qui figure, utilement, aux pages 7 à 22 du Folio classique 6556 de l’ « Histoire de Mme de la Pommeraye » (édition Yvon Belaval) _ ;
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ainsi que la remarquable préface, intitulée « N’êtes-vous pas Monsieur Diderot ?« , de Béatrice Didier, à son édition, au Livre de poche Classiques n° 3144, des « Contes » de Diderot…
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Et le 24 janvier prochain,
paraîtra le DVD du film de 2022 d’Emmanuel Mouret, « Chronique d’une liaison passagère« …
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Ce vendredi 6 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa
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Le cinéma d’Emmanuel Mouret et Robert Bresson adaptant « L’Histoire de Madame de la Pommeray et du marquis des Arcis » du « Jacques le fataliste et son maître » de Diderot : ce chef d’oeuvre lumineux qu’est « Mademoiselle de Joncquières »…
En conclusion de mes articles précédents de ces 4 premiers jours de janvier 2023 :
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et après avoir une nouvelle fois minutieusement revu le DVD du film d’Emmanuel Mouret,
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j’en viens ce jour à mon objectif premier de comparer les adaptations au cinéma, par Emmanuel Mouret, en 2017-2018, en son « Mademoiselle de Joncquières« , et Robert Bresson, en 1944-1945, en son « Les Dames du Bois de Boulogne« , de « L’Histoire de Madame de La Pommeraye et du marquis des Arcis« , extraite du « Jacques le fataliste et son maître« de Denis Diderot, dont l’intégralité est parue, posthume, seulement en 1796 _ en 1793, et cette date est forcément à relever !, était parue à Londres, sous le titre de « Exemple singulier de la vengeance d’une femme, conte moral. Ouvrage posthume de Diderot« , une traduction de l’allemand en français, par Paul-Jean-Baptiste Doray de Longrais, de « Merkwürdiges Beispiel einer weiblichen Rache, aus einem Manuscript des verstorbenen Diderot gezogen« , traduit en allemand par Schiller, paru dans la revue Rheinische Talia, à Mannheim, en 1785 : avant même que le roman de Diderot ait été traduit en entier…
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L’adaptation de Robert Bresson, transposant en ses marquantes « Dames du Bois de Boulogne« , en noir et blanc, en 1944, à Paris, le conte de Diderot, se centrait quasi exclusivement sur le thème de la vengeance de la femme, Hélène _ interprétée par Maria Casares _, qui se sentant flouée par son amant Jacques _ interprété par Paul Bernard _, jetait dans les bras de celui-ci, la jeune Agnès, une petite danseuse de music-hall _ interprétée par Elina Labourdette _, avec la complicité de la mère de celle-ci, Madame D. _ interprétée par Lucienne Bogaert _,
et évacue complètement le thème du « mariage saugrenu« , « singulier« , qui assure la colonne vertébrale du récit à rebondissements _ et retournement inattendu _ de l’hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf, au centre du « Jacques le fataliste et son maître » de Diderot,
autour de la question éminemment philosophique de la complexité des rapports entre déterminismes divers et libre-arbitre du sujet, telle qu’on peut la trouver dans l’ »Ethique » de Spinoza, la « Théodicée » de Leibniz, ou le « Candide » de Voltaire…
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Une transposition cinématographique (de 82′) un peu trop unidimensionnelle, noire, et restrictive donc _ où est passé le délicieux humour constant, et merveilleusement fluide, de Diderot ?…
Et avec laquelle Robert Bresson lui-même a pris pas mal de distance…
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En revanche, le travail d’adaptation cinématographique d’Emmanuel Mouret, ayant donné naissance à ce superbe « Mademoiselle de Joncquières » (de 105′), en couleurs, et situé dans le XVIIIe siècle de son récit d’origine, mérite, lui, tous les éloges.
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Non seulement Emmanuel Mouret respecte parfaitement les trois thèmes du « mariage saugrenu« , de la « vengeance« , et de « la méchanceté des femmes » qu’a fort bien relevés Henri Lafon, en 2004, en sa Notice de l’édition des « Contes et Romans » de Diderot dans la Bibliothèque de la Pléiade,
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mais il introduit très opportunément un nouveau personnage, en la personne de l’amie-confidente (mais pas complice !) de Madame de La Pommeraye, interprétée par Laure Calamy, qui vient donner un peu plus de visibilité et de chair, par ses interlocutions, à la très perspicace lucidité introspective de Madame de La Pommeraye ;
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il amplifie considérablement l’importance, en l’économie du récit, du personnage de Melle Duquênoy, dont il transforme le nom en « Mademoiselle de Joncquières », au point de baptiser _ très justement ! _ de ce nom _ inventé par lui _ le film,
et de mieux justifier encore, par ce que longtemps celle-ci ne dit pas, puis dit, et surtout fait, le complet retournement d’attitude du marquis des Arcis, une fois qu’il a pris acte qu’il a été joué, puis qu’il découvre vraiment, en quelques rapides jours, la personnalité vraie de son épouse _ superbement interprétée par une assez fascinante Alice Isaaz… _ ;
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et il donne un excellent très riche développement à tout le contexte important de l’évolution de la complexe palette des rapports entre madame de la Pommeraye et le marquis d’Arcis, jusqu’à la décision de celle-ci de se venger terriblement de ce qu’elle ressent comme une infamante trahison de son partenaire…
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Et tout cela par le jeu virevoltant _ jusqu’à l’étourdissement, par la vitesse d’accélération de ses micro-nuances _ du magnifique marivaudage du dialogue _ en le croirait tout entier de la plume de Diderot (ou de celle de Marivaux) : comme on savait parler le français en ce siècle !! _ entre les deux personnages, très brillamment interprétés par de lumineux Cécile de France et Edouard Baer, en de très beaux décors et de superbes lumières, et avec de superbes musiques parfaitement adaptées, pour parfaire l’enchantement, à la variété et micro-évolution ultra-fine des situations…
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Soit un chef d’œuvre de film !!!
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Ce jeudi 5 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa
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Ce qu’apporte la lecture attentive du texte de Diderot, dans « Jacques le fataliste et son maître », à la comparaison des visions des films d’Emmanuel Mouret et Robert Bresson, mettant en images, en couleurs en 2018, et en noir et blanc en 1945, le récit de l’histoire de Madame de La Pommeray et du marquis des Arcis ; et du « saugrenu » et sublime mariage de celui-ci…
Afin de remplir le programme de questions que je m’étais fixé en mon article d’hier « En comparant ce que Robert Bresson, en son « Les Dames du Bois de Boulogne » en 1945, et Emmanuel Mouret, en son « Mademoiselle de Joncquières », en 2018, ont tiré de « L’Histoire de Madame de La Pommeray et du Marquis des Arcis », extraite du « Jacques le fataliste et son maître » de Denis Diderot, publiée en 1796 : une introduction…« ,
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après plusieurs lectures et relectures attentives du texte de Diderot _ « L’Histoire de Madame de La Pommeray et du Marquis des Arcis » _, aux pages 133 à 216, de l’édition Folio classique 763 de « Jacques le fataliste et son maître », en 1973, par l’excellent Yvon Belaval (1908 – 1988) ;
ainsi que sa reprise dans le Folio classique 6556 de « Histoire de Madame de La Pommeray » , en 2018 ;
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ainsi que le revisionnage, à nouveau, du « Mademoiselle de Joncquières » si réussi d’Emmanuel Mouret en 2018,
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voici donc ce jour quelques unes de mes réponses :
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D’abord,
je relève que des trois « thèmes du mariage saugrenu, de la vengeance et des femmes méchantes« ,
retenus par Henri Lafon en sa Notice de l’édition de la Bibliothèque de la Pléiade (« Contes et romans » de Denis Diderot, direction Michel Delon, 2004) cités page 25 dans la Note sur l’édition du petit Folio classique 6556 de 2018 _ avec en illustration de couverture du volume de 128 pages l’image même de la couverture du DVD du film « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret, en cette même année 2018 _, c’est l’expression de « mariage saugrenu » qui constitue bien l’alpha, page 146 :
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« L’Hôtesse _ de l’auberge du Grand-Cerf où Jacques et son maître vont passer la nuit _ : Oh ! c’est un mariage ? (…) Messieurs, prenez-y garde. Cet homme qui est là-bas _ et dont apprendrons, quelques pages plus loin, à la page 156 : « Le plus âgé des deux s’appelle le marquis des Arcis. C’était un homme de plaisir, tès aimable, croyant peu à la vertu des femmes. (…) M. le marquis en trouva pourtant une pour lui tenir rigueur. Elle s’appelait Mme de La Pommeraye« … _ et qui a si rudement traité ma pauvre Nicole _ la petite chienne blanche de l’hôtesse _, en a fait un de bien saugrenu » _ mariage _, lit-on à la page 146 ;
une expression renforcée tout aussitôt par la question du maître : « Et qu’a-t-il donc de si singulier le mariage de cet homme ? » ;
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ainsi que l’omega, page 213, du conte :
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« L’Hôtesse : Et moi, je vous souhaite une bonne nuit. Il est tard, et il faut que je sois la dernière couchée et la première levée. Quel maudit métier ! Bonsoir, messieurs, bonsoir. Je vous avais promis, je ne sais plus à propos de quoi _ le simple thème du mariage (à la page 156) _ l’histoire d’un mariage saugrenu : et je crois avoir tenu parole « , lit-on à la page 213…
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Alors que le mot de « vengeance » _ ainsi que l’expression de « méchanceté des femmes« … _ n’apparaît qu’à la page 174, où c’est encore l’Hôtesse qui parle :
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« Je ne vous ferai point le détail de toutes nos extravagances quand on _ un homme _ nous délaisse _ nous, les femmes… _, vous en seriez trop vains _ vaniteux. Je vous avais dit que cette femme _ abandonnée : Mme de La Pommeray, donc _ avait de la fierté ; mais elle était bien autrement vindicative. Lorsque les premières fureurs _ de n’être désormais plus aimée du marquis des Arcis _ furent calmées, et qu’elle jouit de toute la tranquillité de son indignation _ comment ne pas admirer la si admirable plume de Diderot ? _, elle songea à se venger, mais à se venger d’une manière cruelle, d’une manière à effrayer tous ceux qui seraient tentés à l’avenir de séduire et de tromper une honnête femme. Elle s’est vengée, elle s’est cruellement vengée, sa vengeance a éclaté et n’a corrigé personne ; nous n’en avons pas été depuis moins vilainement séduites et trompées« …
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Et vient alors le récit lentement distillé, de la page 174 à la page 207, de la mise en jeu très soigneusement appliquée des « grands ressorts« _ écrit page 183 Diderot _ de la patiente, et extrêmement efficace en la cruauté extrême de sa vengeance, machination ourdie par l’honnête femme trahie et blessée, soit « le mariage du marquis des Arcis et d’une catin« _, pour reprendre l’expression du maître qualifiant ainsi cet assez « singulier« et bien « saugrenu mariage« , page 203… _, avec ce premier aboutissement-ci, page 207, le lendemain de la nuit de noces du marquis des Arcis et de Melle Duquênoi _ nommée Melle de Joncquières, dans le film d’Emmanuel Mouret : ce nom de Duquênoi (le nom de naissance de la « ci-devant d’Aisnon« , apprenait-on aux pages 197 et 213) pouvant un peu trop nous évoquer aujourd’hui celui de Le Quesnoy (associé à celui de Groseille) d’un film qui n’a vraiment rien à voir avec l’univers si merveilleusement subtil et raffiné de Diderot ici… _ ; « La nuit de noces se passa bien. (…) Mais ce fut le lendemain…« , venait juste d’annoncer la très habile à pérorer (et délicieuse à écouter) Hôtesse, page 206 _ cf les expressions de Diderot à la page 155 : « la passion de l’hôtesse pour les bêtes n’était pourtant pas sa passion dominante, comme on pourrait l’imaginer, c’était celle de parler. Plus on avait de plaisir et de patience, plus on avait de mérite ; aussi ne se fit-elle pas prier pour reprendre l’histoire interrompue du mariage singulier (…). Et l’hôtesse se mit en devoir de goûter le plaisir délicieux de pérorer« … _ :
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« Le lendemain _ donc, de cette trompeuse nuit de noces _, Mme de La Pommeray écrivit au marquis un billet qui l’invitait à se rendre chez elle au plus tôt, pour affaire importante. Le marquis ne se fit pas attendre.
On le reçut avec un visage où l’indignation se peignait dans toute sa force ; le discours qu’on lui tint ne fut pas long ; le voici :
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« Marquis, lui dit-elle, apprenez à me connaître. Si les autres femmes s’estimaient assez pour éprouver mon ressentiment, vos semblables seraient moins communs. Vous aviez acquis une honnête femme que vous n’avez pa su conserver. Cette femme, c’est moi ; elle s’est vengée en vous faisant épouser une _ catin _ digne de _ l’homme bien trop commun que _ vous _ êtes. Sortez de chez moi, et allez-vous-en rue Traversière, à l’Hôtel de Hambourg _ ce tripot _, où l’on vous apprendra le sale métier que votre femme et votre belle-mère ont exercé pendant dix ans, sous le nom d’Aisnon ».
La surprise et la consternation de ce pauvre marquis ne peuvent se rendre« , lit-on immédiatement alors à la page 207.
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Et cela, un peu avant le sublimissime renversement final de ce bien « saugrenu mariage » du marquis des Arcis et la petite Duquênoi, aux pages 210-211 :
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« Levez-vous, lui dit doucement le marquis, je vous ai pardonné : au moment même de l’injure j’ai respecté ma femme en vous ; il n’est pas sorti de ma bouche une parole qui l’ait humiliée, ou du moins je m’en repens, et je proteste qu’elle n’en entendra plus aucune qui l’humilie, si elle se souvient qu’on ne peut rendre son époux malheureux sans le devenir. Soyez honnête, soyez heureuse, et faites que je le sois. Levez-vous, je vous en prie, ma femme, levez-vous et embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous...« .
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Et « le marquis ajoutait : « En vérité, je crois que je ne me repens de rien ; et que cette Pommeraye, au lieu de se venger, m’aura rendu un grand service. Ma femme, allez vous habiller, tandis qu’on s’occupera de faire vos malles. Nous partons pour ma terre, où nous resterons jusqu’à ce que nous puissions reparaître ici sans conséquence pour vous et pour moi… »
Ils passèrent presque trois ans de suite absents de la capitale. »
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Avec cet ultime mot du récit de l’Hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf _ j’y reviens donc _, à la page 213 :
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« Je vous avais promis, je ne sais plus à propos de quoi, l’histoire d’un mariage saugrenu : et je crois vous avoir tenu parole« .
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Demain, je traiterai donc, enfin, des manières de rendre cinématographiquement, et par Robert Bresson, en 1944-45, et par Emmanuel Mouret, en 2017-18, ce merveilleux conte philosophique de Denis Diderot, à propos des destinées sentimentales _ vengeance, mariage saugrenu, méchanceté des femmes… _ de quelques uns, plus ou moins « communs » ou « singuliers« , en l’écriture superbe de Diderot…
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Et cette rare « singularité« , qui est celle de la dignité blessée, ô combien vindicative et si cruellement vengeresse, de Madame de La Pommeraye, s’avèrera aussi in fine _ et in extremis, aux pages 209 à 211 du récit _ être celle du pardon assurément « peu commun » _ « saugrenu« , « singulier« , était-il annoncé dès le début du récit, à la page 146, avec ces mots prononcés alors par l’hôtesse, puis le maître de Jacques ; le terme de « commun« , lui, apparaissant dans la bouche de Madame de La Pommeray en son discours de vengeance réalisé et apparemment, du moins à ce moment, satisfaite, à la page 207 : « Marquis, apprenez à me connaître. Si les autres femmes s’estimaient assez pour éprouver mon ressentiment, vos semblables seraient moins communs » ; et ces mots de « commun« et de « communes« étant d’ailleurs, et en la bouche cette fois de l’auteur lui-même (!), les mots conclusifs de tout ce récit de « L’Histoire de Madame de La Pommeray et du Marquis des Arcis« , à la page 216 de « Jacques le fataliste et son maître« : « Je vous dirai que, si le premier mouvement des autres est court, celui de Mme de La Pommeraye et des femmes de son caractère est long. Leur âme reste quelquefois toute leur vie comme au premier moment de l’injure ; et quel inconvénient, quelle injustice y a-t-il à cela ? Je n’y vois que des trahisons moins communes ; et j’approuverais fort une loi qui condamnerait aux courtisanes celui qui aurait séduit et abandonné une honnête femme : l’homme commun aux femmes communes » ; sauf qu’ici ni le marquis des Arcis, ni la ci-devant courtisane d’Aisnon, la demoiselle Duquênoi, ne se rangeront, in fine, aux comportements de ces « hommes communs » et de ces « femmes communes« … _ du marquis des Arcis,
ainsi que celle, aussi, de la sublime, oui _ et s’il n’est pas dans le texte de Denis Diderot, ce mot de « sublime« est bien prononcé, lui, dans le Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret… _, rédemption de la petite Duquênoi et ci-devant d’Aisnon, se hissant au final de l’histoire à l’état _ extatique : « Levez-vous, je vous en prie, ma femme, levez-vous et embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous… « , page 211 _ d’une magnifique marquise des Arcis :
ce que à quoi savent merveilleusement s’attacher, toute en lumineuse douceur, la caméra et le jeu, magnifique, des acteurs _ ainsi que l’intitulé même _ du Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret…
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Ce mercredi 4 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa
