Étiquette : en cherchant bien

  • Un riche passionnant commentaire détaillé « John Adams, l’oeuvre en coffret », du coffret de 40 CDs récemment publié par Nonesuch…

    L’excellent blog musical et discographique du magazine belge Crescendo,

    vient de publier, hier lundi 27 septembre 2022, sous la signature de Pierre-Jean Tribot, un riche, passionnant commentaire très détaillé, intitulé « John Adams, l’oeuvre en coffret« , du merveilleux coffret de 40 CDs que le label Nonesuch _ 075597932204 _ vient de faire paraître,

    et un épatant outil de connaissance et/ou accession à l’œuvre de ce magistral compositeur américain contemporain qu’est John Adams, à l’occasion de ses 75 ans _ John Adams est né le 15 février 1947.

    …

    …

    Cf ce que sur ce blog même j’avais indiqué en mes articles :

     

    …

    _ le 20 mars 2022 : « « …

    …

    _ le 27 mars 2022 : « « …

    …

    _ le 10 juillet 2022 : « « …

    …

    …

    John Adams, l’œuvre en coffret 

    …

    …
    LE 26 SEPTEMBRE 2022 par Pierre Jean Tribot
    …
    …
    …
    …

    …

    …

    John Adams (né en 1947) : Christian Zeal and Activity, China Gates, Phrygian Gates, Shaker Loops, Common Tones in Simple Time, Harmonium, Grand Pianola Music, Harmonielehre, Tromba Lontana, Short Ride in the Fast Machine, The Chairman Dances, Nixon in China, Fearful Symmetries, The Wound-Dresser, Eros Piano, Five Songs, Berceuse élégiaque, The Black Gondola, The Death of Klinghoffer, El Dorado, Chamber Symphony, Hoodoo Zephyr, Violon Concerto, John’s Book of Alleged Dances, I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky, Lollapalooza, Road Movies, Gnarly Buttons, Slominsky’s Earbox, Scratchband, Century Rolls, Hallelujah Junction, Naive and Sentimental Music, El Nino, American Berserk, Guide to Strange Places, On the Transmigration of Souls, The Dharma at Big Sur, My Father Knew Charles Ives, Doctor Atomic, A Flowering Tree, Son of Chamber Symphony, First Quartet, City Noir, The Gospel According to the Other Mary, Saxophone Concerto, Absolute Jet, Roll Over Beethoven, Scheherazade  2, I Still Play, Must the Devil Have All the Good Tunes ? Interprètes divers. 1985-2019. Livrets en anglais. 1 coffret de 40 CD Nonesuch. 075597932294

    …

    …

    A l’occasion des 75 ans de John Adams, Nonesuch propose un plantureux coffret qui est une quasi intégrale des partitions du génial  compositeur américain. Certes, il n’y a rien de neuf ou d’inédit dans cette superbe boîte, mais ce coffret permet d’avoir une vision panoramique _ voilà _ d’une œuvre qui s’affirme comme une immense référence de notre temps particulièrement adulée des publics à travers le monde _ et assez peu accessible, eu égard à l’indisponibilité de la plupart de ces CDs américains Nonesuch ; il fallait le préciser !

    …

    …

    Car John Adams, comme ses compères Philip Glass ou Steve Reich, c’est un phénomène de société dans le monde de la musique de notre temps _ ce n’est cependant pas là le plus important ! Les modes passent et trépassent… Chacune de ses créations est attendue, suivie et commentée par les fans et des acteurs du milieu musical. Certaines de ses partitions sont même devenues des tubes, régulièrement programmées, par les orchestres y compris les formations d’étudiants _ et alors ? _ ; on pense à Short Ride in the Fast Machine ou The Chairman Dances, et certaines de ses œuvres sont multi enregistrés comme Harmonielehre (1985), pièce orchestrale fondatrice _  oui _ dont il existe déjà 7 versions différentes ! _ dont celle, excellente, par Simon Rattle… Phénomènes quasi incroyables pour de la musique savante _ ah ! _ de notre temps ! Ce parcours artistique unique d’un jeune compositeur qui s’affirme au soleil de la Californie, leader d’une nouvelle génération de compositeurs américains et consacré compositeur en résidence auprès du Berliner Philharmoniker pour la saison 2016-2017 _ c’est prêter là bien de l’importance à la pauvre écume du buzz… 

    …

    …

    De cette somme, il faut retenir des axes structurants à commencer par un amour du son _ certes, mais de la musique aussi ! _, que ce soit dans les partitions minimales de ses débuts comme l’envoûtant Harmonium pour chœur et orchestre, sorte de fresque ondoyante, ou dans les créations les plus récentes, à l’image du concerto pour piano  Must the Devil Have All the Good Tunes ?,  coursé échevelée, ébouriffante et endiablée entre le piano et l’orchestre. L’ultra virtuosité _ mais pas gratuite _ est également une marque de fabrique des partitions pour orchestre : la puissance horizontale de Harmonielehre ou la folie straussienne de City Noir, tryptique lyique et explosif, sorte de Vie de Héros des temps contemporains. On peut moins apprécier certaines partitions orchestrales _ ce n’est pas le cas de l’ami Karol Beffa, qui porte cette œuvre-ci aux nues _, comme El Dorado, Guide to Strange Places, ou Naive and Sentimental Music _ que j’apprécie beaucoup personnellement _ qui peuvent manquer de corps _ ah ! _, mais les textures orchestrales sont superbes _ ouf ! _ et taillées avec la plus haute compétence _ et donc… Tout comme il est loisible de trouver un côté démonstratif _ ah ! _ à Lollapalooza pour orchestre, ou au Concerto pour piano Century Rolls, mais comment ne pas admirer la puissance instrumentale _ wow… _ de la symphonie tirée de l’opéra Doctor Atomic. Le sens de la mélodie est aussi une grande qualité _ tiens donc _ de John Adams, équation si rare chez un musicien de notre temps _ de quelles écoles, donc ? _, on peut ainsi fredonner l’air simple de la Grand Pianola Music, l’air de baryton “Batter my heart” de l’opéra Doctor Atomic, ou la ligne chantante de Tromba Lontana, fanfare pour orchestre. On aime aussi l’humour et le second degré _ ouf !  _qui transparaissnt dans des plus petits formats à l’image du John’s Book of Alleged Dances pour quatuor à cordes ou Gnarly Buttons pour clarinette et petit orchestre.

    …

    …

    L’Histoire _ certes _ est également au centre de la démarche artistique de John Adams. L’Histoire par les évènements comme les sujets d’opéras tirés de drames et d’actions de notre époque : la visite du président Richard Nixon à Mao Zedong dans Nixon in China, la prise d’otage des passagers du navire de croisière l’Achille Lauro pour l’opéra The Death Of Klinghoffer, le tremblement de terre de Los Angeles en 1994 pour le bref  I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky ou la Nativité, histoire universelle pour El Nino, opéra oratorio multilingue, creuset de notre humanité.  Les drames de notre temps rattrapent même le compositeur par son On the Transmigration of  Souls, en hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001, commande de plusieurs institutions de la ville de New York et créé par le New York Philharmonic sous la direction de Lorin Maazel en 2002. Cette partition pour grand orchestre, chœur mixte, chœur d’enfants et sons fixés sur une bande magnétique valut à John Adams le Prix Pulitzer et plusieurs Grammy Awards. Cette partition fut même une césure dans la notoriété de ce compositeur classé alors à l’avant-garde qui s’institutionnalisa  _ ah ! _ comme l’une des grandes figures de la musique des USA.

    …

    …

    Mais cette passion de l’histoire est aussi liée à celle de la musique _ enfin !! _ dont Adams est un fin connaisseur _ eh oui ! _ : Beethoven est décuplé et dynamité dans l’incroyable Absolute Jest pour quatuor à cordes et orchestre, Liszt ou Busoni sont orchestrés, Charles Ives, avec  le délicieux pastiche My Father Knew Charles Ives pour orchestre, est au cœur de cet hommage amoureux à ce pionnier de la musique américaine.

    …

    …

    …

    …

    Le génie créatif de John Adams s’appuie _ aussi _ sur une fidélité _ bien sympathique, en effet _ à des artistes ou des institutions : les chefs d’orchestre Edo de Waart, Kent Nagano, Esa Pekka Salonen _ oui _, la violoniste Leila Josefowicz, le San Francisco Symphony Orchestra, le BBC Symphony Orchestra, le Los Angeles Philharmonic, qui mettent toutes leurs compétences artistiques et techniques au service des partitions du compositeur.

    …

    …

    Le label Nonesuch, pierre angulaire de ce coffret _ absolument ! une autre fidélité, et cruciale ! _, accompagne John Adams depuis 1985 et le premier album : Harmonielehre sous la direction d’Edo de Waart au pupitre du San Francisco Symphony Orchestra, mais le coffret emprunte également quelques bandes à d’autres labels _ en effet _ DGG, San Francisco Symphony Media et Berliner Philharmoniker.  Certes ce n’est pas une intégrale, car il manque l’avant-dernier opéra The Girls of the Golden West (son dernier opéra Antony & Cleopatra vient _ lui _ juste d’être créé à l’opéra de San Francisco), et le bref I Still Dance, sorte de mouvement perpétuel pour orchestre, mais ce coffret est finalement indispensable _ bien sûr ! _, fenêtre essentielle _ oui, tout simplement ! _ pour l’art de notre temps.

    …

    …

    L’objet est en lui-même une pièce de collection _ aussi… ; il est en tirage limité… _, complété des 2 généreux livrets, l’un consacré aux informations artistiques, et l’autre à la mise en perspective de l’art de John Adams.   

    …

    …

    Son : 10  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

    …

    …

    Pierre-Jean Tribot

    …

    …

    Un parcours d’écoute musicale fascinant autant que parfaitement réjouissant, voire jubilatoire !!!

    …

    Quel trésor de musique ouverte et festive ainsi accessible !

    …

    …

    Merci beaucoup !!!

    …

    …

    Ce mardi 27 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le répertoire sublime des « Grands Motets » français : une superbe réalisation au disque de trois motets de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711 – 1772) par Gaétan Jarry pour le beau label Château de Versailles Spectacles

    Le label Château de Versailles Spectacles poursuit son très beau travail de réalisation-réactualisation discographique des « Grands Motets » français de Henry Du Mont à Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville

    _ pour le volume n°5 de sa collection « Grands Motets » : les volumes précédents ont été consacrés à des « Grands Motets » de Jean-Baptiste Lully (volumes n°1 et n° 4), Pierre Robert (volume n°2) et Jean-Philippe Rameau (volume n°4)… _

    par un très réussi premier CD de « Grands Motets » français de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (Narbonne, 25 décembre 1711 – Paris-Belleville, 8 octobre 1772),

    …

    soit le CD « Grands Motets » CVS 063 _ comportant les Motets « In exitu Israel » (1753), Dominus regnavit » (1734) et « Cœli enarrant gloriam Dei » (1749)…  _ par Gaétan Jarry à la tête du Chœur et de l’Orchestre Marguerite-Louise

    _ sur le travail de celui-ci, cf  mon article du 19 février dernier « « , à propos de son CD des « Grands Motets«  de Jean-Philippe Rameau (CD Château de Versailles Spectacles  CVS 052)… _

    qui vient de paraître ce mois de mai 1022.

    …

    …

    Entre 1734 et 1753, Mondonville a composé 9 « Grands Motets« ,

    ainsi que 12 « Petits Motets« .

    …

    …

    Avant cet enthousiasmant CD Château de Versailles Spectacles CVS 063 dirigé par Gaétan Jarry, qui vient tout juste de paraître,

    figuraient dans ma discothèque trois CDs, respectivement parus en 1988 pour le label Hyperion, 1997 pour le label Erato, et 1997 encore pour le label Auvidis Astrée, sous les directions

    d’Edward Higginsbottom (CD « De Profundis. Venite exultemus » Hyperion CDA66269) _ comportant « Venite Exultemus » et « De Profundis » _,

    de William Christie (CD « Grands Motets » Erato 0630-1779-1-2) _ comportant « Dominus Regnavit« , « In exitu Israel » et « De Profundis«  : écouter ce CD ici… _

    et de Christophe Coin (CD « Grands Motets » Astrée E 8614) _ comportant « Cœli enarrant« , « Venite Exultemus » et « Jubilate Deo« …

    …

    Mais je m’aperçois aussi que manque à l’appel, paru, lui, en 2016, le CD Glossa « Grands Motets » de Mondonville, le CD GCD 923508,

    par le Purcell Choir et l’Orfeo Orchestra sous la direction de Gÿorgy Vashegyi, qui comporte, lui, « Cantate Domino« , « Magnus Dominus« , « De Profundis » et « Nisi Dominis ædificavit« …

    …

    …

    Le 13 juin dernier, sur son site Discophilia,

    Jean-Charles Hoffelé a consacré une excellente chronique, joliment _ et très justement _ intitulée « Stupeur et tremblement« , à ce tout nouveau excellent CD Mondonville par Gaétan Jarry,

    …

    article que voici :

    …

    …

    STUPEUR ET TREMBLEMENT

    …

    …

    Avec ses Motets à grand chœur, Mondonville refermait brillamment _ oui ! en 1753 _ le grand livre du genre _ importantissime, musicalement, ouvert splendidement par Henry Du Mont (1619 – 1684), qui en a composé rien moins que 69, la musique de 26 d’entre eux nous étant accessible…

    …

    …

    In exitu Israel _ de 1753 _, par lequel Gaétan Jarry et sa vaillante troupe ouvrent ce que j’espère _ et moi aussi… _ être le premier volume d’une série qui devrait se compléter des six autres motets (et qui sait, des Petits motets _ au nombre de 12 _ où les merveilles _ oui ! _ abondent), est l’un des plus saisissantes _ mais oui ! _ musiques du XVIIIe siècle français, son Intrada impérieuse, ses chœurs d’écho ouvrant les flots, son immense air de ténor (Montes exultaverunt) où Mathias Vidal transfigure _ parfaitement ! _ son chant, quel saisissement, qui trouve dans le geste épique de tous mieux qu’une interprétation, une élévation _ tout à fait : en une admirable douceur… Car Gaétan Jarry, derrière le théâtre pétri d’italianismes, n’oublie jamais la spiritualité du verbe comme celle de la musique _ oui _, donnant leur impact aux deux autres motets.

    …

    …

    Le Dominus regnavit _ de 1734  _ imposa Mondonville au public du Concert spirituel et restera l’un de ses plus joués _ en effet… _ dans ses fastes où passe le souvenir du grand style de Delalande, sa roide ardeur est magnifiée par l’élan _ oui _ imprimé ici, alors que le ton plus élégiaque, la ferveur aérienne du Cœli enarrant gloriam Dei _ de 1749 _ fusent dans un arc-en-ciel de couleurs.

    …

    …

    Album saisissant _ tout à fait ! _, qui rappelle le génie si singulier que le genre du motet aura imprimé aux audaces de bien des compositeurs, de Pierre Robert, de Madin, de Montigny, de Blanchard, moins connus que ceux de Du Mont, Lully ou Delalande, qui tous auront illustré les psaumes avec art, mais aucun n’y aura osé faire entrer à ce point le théâtre ! Splendeur ! _ oui !

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
    In exitu Israel (Psaume 113)
    Dominus regnavit
    Cœli enarrant gloriam Dei

    …

    Maïlys de Villoutreys, dessus
    Virginie Thomas, dessus
    Mathias Vidal, haute-contre
    François Joron, taille
    Nicholas Scott, taille
    David Witczak, basse-taille

    …

    Chœur & Orchestre Marguerite Louise
    Gaétan Jarry, direction

    …

    Un album du label Château de Versailles Spectacles CVS063
    …

    Photo à la une : Maurice Quentin de La Tour, Portrait du compositeur – Photo : © DR

    …

    …

    Une superbe réalisation musicale, enthousiasmante donc, que ces interprétations-ci de Gaétan Jarry !

    …

    …

    Ce mercredi 15 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • le Carnet d’un curieux

    Je pense, bien sûr, au texte d’Ouverture, présentant
    (”Au Lecteur” _ comme fait Montaigne en avant de son livre d’”Essais“)
    ces propositions de curiosité,
    découvertes,
    enthousiasmes à partager,

    qui constitueront les envolées et escapades de ce blog : “En cherchant bien… les Carnets d’un curieux“.

    …

    J’y traiterai, en mon style
    _ attentif intensif, c’est-à-dire fouilleur,
    s’embringuant dans le fourré plus ou moins dense du “réel“ et se coltinant un minimum à l’épaisseur et résistance des “choses“,
    en leur lacis déjà dé-lié cependant : par quelque “œuvre“… _,
    du goût de la lecture,
    de la rencontre
    (heureuse) avec les œuvres (d’auteurs _ qui en soient d’un peu “‘vrais”),
    dans le dialogue presque tranquille de deux attentions
    (en direction, ou presque, l’une de l’autre,
    avec juste la fantaisie musarde et amusée d’un brin de décalage) :
    celle de l’auteur et celle du lecteur-spectateur (acteur-regardeur actif, lui aussi, de sa lecture)
    selon la thématique développée par Marie-José Mondzain
    dans son important “Homo spectator” (paru chez Bayard en novembre dernier).

    …

    J’y évoquerai aussi cet antre, mais large et lumineux, qu’est la librairie Mollat,
    dans l’amplitude tranquille de son espace, vaste, déployé,
    et de ses ressources (et hauteurs, et profondeurs), succulentes et joyeuses, de livres ;
    et combien il m’attache, mais oui, personnellement à la ville de Bordeaux…

    …

    J’évoquerai l’ombre tutélaire et protectrice (depuis un 13 septembre 1592)
    _ l’ombre “amie” _
    de Montaigne,
    et l’humour infini _ “tant qu’il y aura(it) de l’encre et du papier” ; ainsi qu’”à sauts et à gambades” _
    de ce merveilleux (et humble) essayeur gascon ;

    …

    Montaigne
    _ le maître (sans disciple),
    dans les couloirs limpides du labyrinthe duquel
    (à qui consent de jouer _ en « diligent lecteur » tout de même ! _ à l’y suivre, ou plutôt ac-compagner, et converser avec !..)
    introduit lumineusement le récent livre, indispensable, de Bernard Sève, “Montaigne. des règles pour l’esprit” (aux PUF en octobre 2007) _

    …

    Montaigne “fondant”
    _ au participe présent du verbe “fonder” _,
    et sans le moins du monde le chercher,
    par la seule grâce (et autorité
    _ non didactique, loin de la chaire et du moindre “titre”) de son espiègle exemple
    cf le défi à “l’indiligent lecteur” : “Quitte mon livre !” _ ;

    …

    Montaigne « fondant » donc
    _ sans rien « fonder » _
    ce qui va tout aussitôt,
    et en Angleterre d’abord (où “il” est aussitôt traduit),
    devenir un genre, et littéraire, et philosophique
    _ lui ne les disjoint certes pas !
    ou plutôt “il” n’est pas, lui, Montaigne, dans (dedans, enfermé dans) les “genres”,
    tant son génie mutin et facétieux
    en même temps qu’il n’y a _ vraiment pas ! _ plus sérieux ni grave,
    est, “à sauts et à gambades”, trans-genres _ ;

    …

    Montaigne “fondant”, donc,
    pour dorénavant en quelque sorte, si j’ose dire
    _ lui n’en sait fichtre rien ! et combien s’en rirait ! _,
    “fondant”,
    si l’on y tient,
    l’”essai”
    _ lui ne disant (et c’est la chose même !) qu’“essais“,
    au pluriel et sans article
    _
    tel, ou tels, par exemple, ceux, très vite (dès 1597),
    ceux de Francis Bacon :
    celui (1561-1626) du tournant du XVIIème siècle élisabéthain,
    pas le génie tourmenté _ pictural _, et sublime, du siècle qui vient de passer (1909-1992, pour cet autre),
    un des « fondateurs », ce Bacon de Verulam là, philosophe et politique (« chancelier d’Angleterre« ),
    par l’”essay“, donc,
    de la “méthode expérimentale” du connaître (qui est un juger)…

    …

    Que le partage de ces goûts (des livres, des Arts) s’exercera
    _ sur ce blog _
    en pleine liberté, ou/et gratuité,
    sur fond
    _ sans trop de présomption (vaudrait mieux…) _
    de “civilisation”,
    dans l’esprit “français” (et gascon
    _ Guilleragues,
    l’auteur magnifique, et discret (en 1669,
    un an juste avant “Bérénice“),
    des (brûlantes de “retenue” _ un prodige ?) “Lettres de la religieuse portugaise“,
    et le diplomate “choisi” par le Roi-Soleil pour “régler” à Istamboul,
    auprès de la peu commode Sublime Porte,
    la “délicate” affaire du Divan,
    survenue, elle, en 1676,
    et qu’il va mener à bien ;
    Guilleragues, donc (1628, Bordeaux – 1685, Istamboul),
    est lui aussi, un bordelais) _ ;

    …

    dans l’esprit français et gascon, donc,
    de la conversation
    déliée, et sa verve toute d’alacrité,
    au meilleur de ce que purent être les “salons” :
    lire ici Marc Fumaroli : “Trois institutions littéraires” (non disponible)  _ Gallimard, en novembre 1994 ;
    et Benedetta Craveri : “L’âge de la conversation” _ Gallimard, en octobre 2002 ;
    et aussi Antoine Lilti : “Le Monde des salons” _ Fayard, en octobre 2005…

    …

    Et cela dans l’ouverture de grand air, ou plein vent,
    de pas trop vissées serré curiosités
    _ j’aime qu’il y ait un minimum de jeu, et que ça flotte ;
    risquer un œil à côté de la perspective incitée,
    en se déplaçant un pas plus loin que la place marquée,
    à peine, un brin, à l’écart, en ce coin-ci,
    passant la porte entrebâillée, ou derrière la palissade _ ;

    …

    dans l’ouverture, donc, d’un peu larges et mobiles (boulimiques ?) curiosités
    plurielles :

    …

    littéraires _ probablement en premier…
    beaucoup, même si ce n’est pas tout, commençant par et sur la lancée du verbe _,
    et notamment d’écrivains de par “le monde entier“,

    philosophiques _ soit une clé : vers l’essentiel (du comprendre) _,

    historiques _ autre clé, de patience, et patrimoniale _,

    artistiques (musicales
    _ à commencer par les commodités discographiques _,
    mais aussi picturales, cinématographiques, théâtrales, photographiques, etc…)
    _ qui sont aussi de l’ordre du fondamental :
    chaque artiste, pour lui, en son aventure esthétique (= de sensation) forcément singulière, et peut-être foudroyante,
    ses sens à lui
    s’éprouvant, grand ouverts ;

    et géographiques aussi,
    à partir
    , je dirais, de villes-”mondes“ (Rome, Prague, Istamboul, donc,
    Lisbonne, Naples, Buenos-Aires, etc… :
    presque toutes
    _ mais dans le “Conte d’hiver“
    la Bohème n’est-elle pas shakespeariennement “accessible” elle aussi “par la mer” ?! _ ;
    presque toutes
    des cités portuaires, ainsi que Bordeaux :
    ouvertes sur le large…
    ) ;
    etc…

    …

    Et, ce, par le tamis décisif
    _ « krisis » : d’où dérivent « crible », « crise » et « critique » (tous « passages« …) _
    d’œuvres “en vérité”…

    …

    Bordeaux n’est-il pas,
    cher Jean de La Ville de Mirmont
    _ “car j’ai de grand désirs inassouvis en moi”
    (chante à part soi “L’Horizon chimérique“,
    avec la musique de Gabriel Fauré aussi, par exemple) _,
    par cette “petite mer“
    que ne cesse jamais tout à fait d’être la Gironde
    (cf la vague du mascaret
    qui remonte, ainsi que les lamproies
    _ cf “Le Livre de la Lamproie” (avec photos _ coucou, Alain Béguerie ! _ et CD-Rom) aux Editions Confluences, en avril 2007 _,
    jusqu’à sinon La Réole, du moins “Gironde“, la bien nommée, sur Dropt) _,
    Bordeaux n’est-il pas, je reprends l’élan de la vague,
    un port ouvert
    _ possiblement _ sur tous les océans du monde,
    et l’opulente gestation limoneuse
    de la mer des Sargasses, par le Gulf Stream ?…

    …

    Avec aussi ce choix d’aérer le texte par le souffle
    (à fleur à peine de la visibilité) de la poésie
    de l’image photographique
    si splendidement en mouvement
    (cf son fameux “flou” :
    marché, dansé, pas à pas, en avançant… dans la vie)
    de l’ami Bernard Plossu
    _ et combien cette amicale “accointance”,
    aérienne

    …

    (voire angélique : un Ange _ rilkien ? :
    “Qui, si je criais, m’entendrait donc, parmi les cohortes des Anges ?”
    celui de Miramar des “Élégies de Duino”, proche de Trieste ? _
    y passe, à l’occasion,
    mais non sur rendez-vous,
    on pourrait presque, sinon, “miser” sur son passage…)

    …

    devrait comme enrichir la réflexion
    -inspiration “en suivant”
    des lecteurs
    : par cette “respiration” texte / image,
    au moins par jours fastes :
    nous découvrirons sur quel espace cela
    pourra donner…

    …

     

    (sans titre) © Bernard Plossu

    …

    Et viendra le premier article,
    à propos de, probablement, l’ouvrage magistral (”d’une vie”),
    et n’éclairant pas _ tout se tenant _ que sur le passé,
    de Saul Friedländer : « L’Allemagne nazie et les Juifs : les années d’extermination 1939-1945« ,

    une priorité de lecture !

    …

    A suivre,

    …

    Titus  Curiosus, pour la signature.

    …

    Mais voilà que je m’avise que,
    en l’adaptant légèrement à la marge peut-être,
    ce texte-ci pourrait faire une “Ouverture”
    _ programmatique, sinon emblématique ? _  potable
    (possible)
    pour ce blog des “Carnets d’un curieux : en cherchant bien…” : qu’en est-il ?..
    à votre avis ?

    …

    Titus Curiosus, donc, ce 20 mai  2008

    …

    Photographie : Sans Titre, © Bernard Plossu