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  • L’énigme de la renversante douceur Plossu : les expos (au FRAC de Marseille et à la NonMaison d’Aix-en-Provence) & le livre « Plossu Cinéma »

    Ce week-end des 22 & 23 janvier, j’ai fait le voyage de Marseille et Aix-en-Provence pour découvrir les expos « Plossu Cinéma » du FRAC (1 Place Francis Chirat, à Marseille, dans le quartier du Panier : bravo Pascal Neveux !) _ pour la période 1966-2009 _ et de La NonMaison (22 rue Pavillon, à la périphérie du quartier Mazarin, à Aix-en-Provence : merci Michèle Cohen !) _ pour la période 1962-1965 _ ; et être présent à la « rencontre », « Le cinéma infiltré« , entre Alain Bergala & Bernard Plossu, en guise (luxueuse ! autant que simplissimement amicale !) de vernissage à la NonMaison de mon amie Michèle Cohen…

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    Couverture, Porquerolles 1963

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    Couverture, Porquerolles, 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    Il existe une énigme de la renversante beauté du Nonart _ comme il pourrait se penser (sans même le dire) à La NonMaison… _ de Plossu : sa clé étant peut-être l’impact du geste aimant photographique… En marchant et dansant, d’abord, probablement… C’est aussi une affaire de « rapport à » l’objet _ c’est-à-dire un « rapport à«  l’autre, autant qu’un « rapport au«  paysage ; les deux n’étant pas, non plus, dissociés : en tension douce ; et même d’une douceur extrême ; mais invisible, cependant, sinon par cet infime (et très rapide) geste à peine perceptible d’un photographier un instant effacé (instantanément) par ce qui suit, et reprend, et prolonge, poursuit, très simplement, la courbe (très douce) du mouvement précédent… Photographier fut à peine une parenthèse ; exquisément polie ; avec le maximum et optimum d’égards…

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    Ou le moyen tout simple qu’a bidouillé le bonhomme Plossu pour « être de plain-pied avec le monde et ce qui se passe« , ainsi que lui-même a pu l’énoncer _ cf le très bel article de présentation de Pascal Neveux, « Bernard Plossu /// Horizon Cinéma« , pages 6 à 9 de « Plossu Cinéma«  _ le livre, magnifique, est une co-édition FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, Galerie La Non-Maison & Yellow Now / Côté photo _, avec ces mots de commentaire de Bernard Plossu : « En apparence mes images sont poétiques et pas engagées. Mais pratiquer la poésie, n’est-ce pas aussi résister à la bêtise ? La poésie est une forme de lutte souterraine qui contribue à changer les choses, à améliorer la condition humaine« …

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    Déjà, nous ne pouvons que prendre en compte, forcément _ face à ce (minuscule) fait (si discrètement) accompli ! _ la dimension temporelle _ cf ce doublement crucial « être de plain-pied avec » et « avec ce qui se passe« , ce qui advient et va (bientôt : tout de suite, instantanément) passer… _ du processus _ mais qui dure, qui ne s’interrompt pas, mais se poursuit, très simplement ; sans pose, ni pause… _ dont l’image photographique va, elle, (un peu) demeurer _ un peu plus longtemps, du moins… _ : quelque amoureuse trace sur une pellicule _ bande passante _ développée ; et voilà qu’il nous la donne _ on ne peut plus gentiment ! _ à regarder, et à partager, pour peu que cela, bien sûr, nous chante ; et nous enchante, alors !.. Quelle improbable joie ! et qui nous comble ! ainsi généreusement offerte et, en effet, partagée.

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    L’expression qui m’est venue est : « la renversante douceur Plossu » ; l’expression de mon titre _ elle m’est survenue à Aix, en repensant à tout cela, le soir (la nuit) du vernissage, dans ma chambre (noire ; nocturne) ; tout cela doucement continuant de me « travailler«  dans l’obscurité d’un penser comme un refrain…

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    Col, “Train de lumière”

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    Col, « Train de lumière« , 2000 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    Et voilà que je découvre _ au matin _ que, page 130 du livre « Plossu Cinéma« , son ami Gildas Lepetit-Castel, dit, lui _ et à son tour, et avec les guillemets ! _ : « l’inadmissible douceur » !

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    Mexico City

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    Mexico City © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    Je lis, c’est l’incipit de l’article : « Le regard de Bernard Plossu, beaucoup en ont parlé avec justesse, cherchant à percer le mystère de ces images _ les photos qu’il nous met sous les yeux… _ empreintes _ et en gardant le parfum, la trainée, d’autant plus prégnante que discrète _ d’une « inadmissible _ nous y voici ! _ douceur » » _ cette expression d’« inadmissible douceur«  est en effet empruntée à Denis Roche, en sa préface pour « Les paysages intermédiaires«  de Bernard Plossu, l’exposition et le livre (aux co-éditions Contrejour/Centre Pompidou), en 1988 ; elle a été mentionnée aussi, déjà, par Gilles Mora en son « Introduction« , page 12, au magnifique « Bernard Plossu : Rétrospective 1963-2006 » des Éditions des Deux Terres accompagnant l’exposition « rétrospective«  de même nom au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, du 16 février au 28 mai 2007…

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    Et Gildas Lepetit-Castel d’ajouter, on ne peut mieux : « Bien sûr, ce n’est pas seulement la douceur qui rend ces images si singulières, c’est également la justesse _ et comment ! et combien ! en plein dans le mille ! comme la flèche de l’archer zen ! _, l’émotion, l’élégance _ magnifique, en sa fondamentale discrétion _, le refus de l’effet _ qui serait facile ; et vulgaire : jamais, au grand jamais, chez Bernard ; tout à fait comme dans le cinéma suprêmement élégant, lui aussi d’Antonioni (cf « L’Eclipse« ) ; et dans celui de Truffaut (« La Peau douce« )…

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    Françoise, Toulouse 1982 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    Et de poursuivre, encore : « autant de caractéristiques qui permettent de reconnaître son regard entre mille _ à coup sûr ! Certains n’y ont vu (sûrement par facilité _ en ce « ne… que« , en effet… _) que du flou _ le voici ! le fameux « flou Plossu« … _, car Bernard Plossu privilégie _ par fondamentale probité, en lui ! depuis son début, et toujours !!! sans jamais si peu que ce soit y déroger : c’est un juste ! _ l’authenticité à la netteté parfaite _ superficielle : sa « netteté«  à lui va plus loin ; elle est en vrai relief ! et condition de combien plus de « vérité«  !

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    Phares, Ardèche 2005 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    D’où cette « infiltration » cinématographique _ c’est l’expression (lucidissime !) d’Alain Bergala _ de sa photo ; selon la formule radicale de Gilles Deleuze, il s’agit bien de « L’image-Mouvement« , en la photo, de Plossu, donc, aussi ; pas que dans le cinéma… Et pour Bernard Plossu, il y a davantage de mouvement (ultra-sensible et immédiat : vif ! au comble de la vivacité ! même…) en sa photo qu’en (presque) tout le cinéma ! Là se trouve sans doute l’intuition originelle de Michèle Cohen (quant à l’œuvre-Plossu), intuition à la source même _ faut- il le souligner ?.. _ de tout ce « Plossu Cinéma« -ci…

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    Et Gildas de continuer : « Ces images ne sont pas floues, mais portent en elles la vie _ en son tremblé-dansé… _, elles témoignent _ tout simplement, en effet, rien que _ du bougé _ voilà _ du photographe, de l’empreinte du geste _ un élément capital ! _ qui les fait naître, comme la touche du peintre marque la toile _ par exemple chez un Fragonard : la couleur multipliant ainsi la vibration du saisi… La fixation s’opère dans l’acte créateur _ voilà _, cette faculté de savoir retenir _ mais parfaitement délicatement… _ les sensations _ en une esthétique stoïcienne, si l’on veut faire savant… _, et non simplement dans un rendu figé«  _ mis à l’arrêt, bloqué ; page 130, donc : c’est magnifique de précision dans la justesse !

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    Patrick Sainton 2000 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    Et voilà qui agace bien des grincheux… Eux « résistant » (très) dur à cette terriblement puissante _ mais c’est un oxymore _ « douceur Plossu« .

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    De même que Barthes disant que « désormais, l’obscène est le sentiment«  (pas le sexe) !..

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    Car nous voici, nous, l’ »homo spectator » _ je renvoie ici à l’indispensable livre de mon amie Marie José Mondzain : « Homo spectator » _ tenus d’opérer, en suivant, dans le mouvement même, dans la danse qui, à notre tour, nous requiert _ de bouger, de danser, nous mouvoir… _, ce ce que mon amie Baldine Saint-Girons qualifie, elle aussi si justement, d’ »acte esthétique » _ en son indispensable, lui aussi, « L’Acte esthétique« …

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    Je me propose, ainsi,

    afin de me confronter ici-même, en cet article, à cette douce énigme _ celle d’un indéfinissable style (ou Nonstyle !!!) Plossu ! en sa fondamentale et fondante « douceur«  !.. _,

    de confronter un texte mien, la dédicace à Bernard Plossu d’un essai (inédit, en 2007) : « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise«  ;

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    avec pour sous-titre _ ainsi que dans les essais américains : on aime là-bas ce genre de précision-ci ! _ : « un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni« , parce qu’un des pôles de ses analyses de la rencontre (de personnes) est la séquence ferraraise _ testamentaire ! à propos d’un amour de jeunesse ; peut-être seulement fantasmé, même… cf « Quel bowling sul Tevere » (« Ce bowling sur le Tibre« , aux Éditions Images modernes, en 2004 : un texte très précieux pour l’exploration du génie antonionien à son jaillir… _ du dernier chef d’œuvre de Michelangelo Antonioni, en 1995 (et avec, un peu, Wim Wenders : pour, d’une part, assurer des « liens » entre les séquences ; et, d’autre part (et surtout), rassurer les producteurs : dans l’éventualité où l’hémiplégique qu’était devenu, depuis son ictus cérébral (survenu en décembre 1985), Antonioni, ne pourrait mettre le point final à ce film…) : « Al di là delle nuvole » (« Par-delà les nuages« ) ;

    soit une clé de tout l’œuvre antonionien ! :

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    je me propose de confronter, donc,

    cette dédicace mienne

    au texte _ tout bonnement magnifique ! _ qu’Alain Bergala a conçu, ce mois de janvier-ci, pour un mur de La NonMaison aixoise de Michèle Cohen,

    en présentation d’un « Passage de l’intime à l’abstraction« , ces années 1962-1965 :

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    celui, « passage« , allant

    des toutes premières photos de Bernard Plossu, celles de son amie Michèle Honnorat, aux alentours de la cinémathèque, à Chaillot, en 1962,

    à l’aventure du « Voyage mexicain« , en 1965…

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    « L’exposition à La NonMaison à Aix est donc _ d’où sa radicale importance en tant que la source de tout l’œuvre Plossu ! pas moins ! _ le début et la fin d’un désir _ de cinéma _, ensemble« .

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    Et « Michèle incarne _ oui : c’est le mot parfaitement juste ! _ tout cela sans le savoir« , commente Bernard Plossu lui-même,

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    en dialogue maintenant,

    et en voiture, entre La Ciotat et Aix _ cela a aussi son importance… _

    avec Michèle Cohen :

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    car « Je rencontre Michèle Honnorat au début des années 60, et je suis frappé _ voilà ! _ par sa beauté cinématographique naturelle _ sic : 

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    l’élégance, même si un peu plus plus tard (!), d’une Claude Jade (celle de « Baisers volés » _ en 1968 _ et de « Domicile conjugal » _ en 1970 _, de Truffaut, mâtinée, pour le regard profond et sombre, d’une Lucia Bosè, celle de « Chronique d’un amour » _ en 1950 _ et « La Dame sans camélias«  _ en 1953 _, d’Antonioni, dont Lucia Bosè était alors la _ « sidérante« , en effet !.. _ compagne ; avant la sublime, elle aussi, Monica Vitti) _ ;

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    Michèle, Paris 1963

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    Michèle, Paris 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    je dis cinématographique parce qu’à l’époque j’allais

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    _ page 16 de ce livre « Plossu Cinéma« , Alain Bergala rapporte, aussi, cet éclairant auto-portrait-ci, aujourd’hui, de Bernard Plossu « en jeune homme«  de dix-sept-ans : « quand je fréquentais la Cinémathèque du Trocadéro : (j’étais) un peu de Truffaut, de Jean-Pierre Léaud et de Samy Frey« …  _

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    je dis cinématographique parce qu’à l’époque j’allais

    tout le temps au cinéma _ d’une très grande qualité, alors _, et très souvent avec elle _ ce facteur-ci a lui aussi son importance.

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    Avec ma Rétinette Kodak, je n’arrêtais pas de la photographier. (…) Mon désir de la photographier me dévorait.

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    Dans ses regards, peu de sourires, une vraie beauté d’écran _ voilà !

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    Michèle, 1962

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    Michèle, 1962 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    Une présence _ le terme capital ! _ incroyable _ tout l’art de Bernard Plossu est (ontologiquement !) une saisie (en quelque sorte : comme il le peut ! et il le peut !!!) de cette présence : « incroyablement« , en effet ; à nous « renverser«  !!! tel un Eugène Atget ! _ ; et moi je me sentais comme un petit garçon _ cela a-t-il fondamentalement changé, face au monde même, pour le grand Bernard Plossu ? _ avec juste mes 18 ans. Serais-je devenu photographe sans un tel modèle ? _ les questions de Michèle Cohen poussent loin, loin, l’introspection poïétique de Bernard Plossu, « entre La Ciotat et Aix-en-Provence« , et « entre août et octobre 2009« , et dans la voiture de Michèle, plus que probablement (cf page 176)…

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    Le travail de ce « Plossu Cinéma«  mène plus loin que jamais jusqu’ici l’analyse et la compréhension de l’œuvre-Plossu !!! Merci Michèle ! Je veux dire Michèle Cohen, ici…

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    En fait, avec elle

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    _ elle, Michèle Honnorat, en un mélange composé de quelque chose de Claude Jade et de Lucia Bosè ;

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    Michèle, Trocadero © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    lui, Bernard Plossu, en un mixte et de François Truffaut et Jean Pierre Léaud (et, plus accessoirement, Sami Frey) :

    Truffaut-Antonioni, voilà la boucle de mon « Plossu Cinéma«  à moi presque bouclée !.. _,

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    en fait, avec elle,

    je me faisais mon film Nouvelle Vague à moi« , page 182 de l’« Entretien avec Bernard Plossu » de Michèle Cohen, qui court de la page 176 à la page 183 du livre « Plossu Cinéma« …

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    Ou comment passer de l’attraction du cinéma _ encore toute juvénile _ à la pratique passionnée (et vitale ! et artiste ! tout uniment ! les deux…) de la photographie !..

    Ou, si l’on préfère, comment on devient le grand Plossu !

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    Avec cette question-clé, maintenant, que Bernard,

    se faisant à son tour le questionneur,

    se met à adresser à la questionneuse perspicace et tenace, dans toute sa (permanente) douceur, Michèle Cohen, page 178 _ soit l’arroseuse arrosée !

    …

    Michèle vient de dire : « Truffaut aussi séchait les cours pour aller à la Cinémathèque ; mais quand il est devenu réalisateur, il a séché la vie _ ce que Bernard n’était, n’est, et ne sera jamais, prêt à faire, lui !!! _ pour ne plus quitter les tournages de film.« 
    …
    Alors Bernard, piqué au vif, se fait le questionneur :

    …

    « Michèle, je te pose cette question : « Est-ce que, quand on arrive à la caisse d’un cinéma et qu’on achète son ticket, c’est pour la liberté ou l’esclavage ? » »

    …

    Michèle n’y répond pas ; esquive provisoirement la réponse… Celle-ci, cependant, affleure vite très peu plus loin, quand, page 179, Michèle déclare : « Dans le « Voyage mexicain« , tu écris que voyager, c’est crever les petits écrans du cinéma _ voilà ! _ pour rejoindre enfin _ voilà : de plain-pied ; sous son pas ; en marchant et cheminant ! _ les grands espaces… Voulais-tu tourner le dos au cinéma et à Paris ?« … Le jeu du questionnement commence à « brûler«  ; même si la voix de Michèle est très douce…

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    Car Bernard répond, comme toujours !, sans barguigner : « Oui« .

    …

    Et il explique, en racontant : « Une après-midi pluvieuse au Quartier latin, en sortant d’un western, j’ai enfourché mon vélo et je me suis dit : « Qu’est-ce que je fous là ? » C’était plus fort _ en terme d’intensité du ressentir, c’est-à-dire du « vivre« , tout bonnement ! _ d’être à _ et avec ! « de plain-pied« … _ Big Sur pour de vrai _ voilà ! _ que de le voir _ seulement des yeux _ au cinéma _ sur un écran toujours trop « petit«  !.. J’avais 25 ans. Je suis allé voir le monde en relief _ et le saisir sur la pellicule ultra-sensible photographique à bout de bras… Ce « relief« -là même du « flou Plossu« , qui tient à la marche en avant _ la plante des pieds au sol ! _ du photographe en son acte décidé (et hyper-sensible : un million de fois plus que la pellicule), « à vif«  et tellement léger à la fois !, de photographier… Le pied, le bras, le doigt suffisent ! C’est un art hyper-gestuel ! Tout y est geste ! Y compris, forcément, les opérations du cerveau ! En hyper-accélération !..

    …

    Bref, « les salles de cinéma, c’était l’enfermement«  : voilà donc la réponse !

    La stagnation stérile…

    …

    « Et depuis que _ parce que « vivre, c’est tellement mieux que d’aller au cinéma » (en position de « spectateur » seulement…) _ je suis revenu en Europe, je suis souvent _ quand Bernard n’est pas « sur le terrain« , ou bien sur la route (ou en train), en « campagne » hyper-active (mais hyper-patiente et hyper-tranquille : hyper-attentive ! à l’imprévu !) photographique ! _ chez moi ; je ne « sors pas le soir » ; je lis _ voilà la nourriture plossuïenne. La lecture a remplacé le cinéma _ moins substantiel dorénavant pour lui : il n’y va quasiment plus.

    …

    Je lis beaucoup, à 80 % la littérature italienne _ Rosetta Loy (l’auteur de « La Première main« ) et Elisabetta Rasy (l’auteur d’« Entre nous«  et maintenant « L’Obscure ennemie« , sa très exacte suite), pour commencer !.. tellement sensitives ! ces deux Romaines magnifiques… _, les nouveaux écrivains de polars réalistes _ pour leur ontologie fruste (du réel!)… En voyage aussi je lis. Je prends le train exprès _ en effet ! _ pour lire !

    …

    Avec les paysages français, italiens ou espagnols _ cf son merveilleux « L’Europe du Sud contemporaine« , aux Éditions Images en manœuvres, en 2000 : un des chefs d’œuvre de Plossu !.. Cherchez-le ! _ qui passent à la fenêtre _ quel luxe, en effet ! qu’un tel défilement (de beauté de paysage) à portée de regard ! Parfait.« 

    …

    Voici donc,

    après cette clé du « Cinéma » de Plossu, délivrée à la curiosité tranquille et douce, patiente, profonde et juste _ hyper-attentive elle-même, comme il se doit : c’est là le gisement à éveiller de sa création personnelle à elle… _, de Michèle Cohen,

    …

    voici ma dédicace (en 2007) à « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise » ;

    …

    puis la suivra le texte du mur : magnifiquement intitulé, par Alain Bergala, « Le Sentiment de l’essentiel » _ qu’a (et qui possède) Bernard Plossu…

    …

    A Bernard Plossu, photographe
    si juste,
    dans ses photos comme dans la vie

    …
    qu’on peut dire
    de ce qu’on peut identifier, instantanément,
    d’une somptueuse et sans chi-chi évidence,
    comme « son style« ,
    …
    instantanément et à la perfection « identifié », et reconnu de soi, en effet
    _ d’où pareille stupéfiante « justesse » : on s’y arrête, on ne peut que l’approuver et même la « saluer »,
    et bien bas,
    d’une quasi imperceptible inclination du menton,
    seulement,
    tant elle est légère, délicate, discrète,
    mais pas moins non plus ! _,
    …
    un « style » avec ce que d’aucuns,
    le « pointant » en zigzaguant un peu de l’index,
    seraient tentés, en balbutiant un peu aussi , de « baptiser »
    _ selon les canons plus ou moins en cours, c’est-à-dire quelques habitudes un peu installées _
    « le flou » ;
    ou, du moins, « avec parfois du flou« ,
    car cela n’a rien, bien sûr, de « systématique » : un style ne peut pas être systématique !
    …
    mais pas « n’importe quel » « flou« , oh que non ;
    ni n’importe quel « avec parfois » :
    il lui faut, justement, à ce « flou« ,
    et en « son » occurrence précise, en « son bain », en « son jus », en « son contexte »,
    en cette circonstance-ci, toute particulière, et si singulière,
    peut-être rare, et peut-être même unique, dans sa contingence absolue,
    tout en étant, l’occurrence (= ce qui arrive, qui survient,
    et qui, d’avoir surgi, maintenant est là,
    tout à fait là,
    on ne peut même guère davantage être plus là,
    comme à son comble de présence),

    …

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    …

    Modène 2001 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

    …

    tout en étant, donc,
    la plus constante, banale, quotidienne _ « le fil même des jours » : surtout lui ! _ ;
    il lui faut, donc, à ce « flou« -ci, ce « poudroiement »,
    ce doux et léger sillage de mouvement
    avec sa mince, imperceptible
    et donc invisible trainée
    de poudre-poussière,
    telle celle d’une étoile filante, d’une comète, de quelque angélique « voie lactée » :
    il lui faut, à cette image _ qui reste,
    et va, ne serait-ce qu’un peu, en son instant,
    demeurer sous et pour nos regards _ ;
    il lui faut
    cette époustouflante sidérante qualité _ est-ce de grain ? _ de toute simple et immédiate « évidence »
    d’ »allure », de « mouvement de danse », de « glissé »
    (de ce qui suit et accompagne amoureusement « l’élan » :
    comme un halo
    à peine _ c’est si légèrement _ vibré ou tremblé)
    _ jusqu’à presque, mais juste avant (par l’é-gard) la caresse _
    il lui faut donc cette qualité, ou grain, d’ »allure » quasi dansé
    du « vrai vivant » et du »vivant vrai »
    _ « qualité de grain d’évidence » combien rare, certes :
    ailleurs qu’en ses photos et que dans lui, au quotidien, veux-je dire _
    il lui faut
     » la justesse », en toute sa précision _,
    …
    qu’on peut dire _ j’y suis _
    de ce style « si juste »
    et si précis
    …
    _ dans, et par, cette sorte de brume qui nimbe
    (pas tout à fait cependant jusqu’à l’embrouillamini et les carambolages du « brouillard »)
    de ce « flou » _ allons-y donc, aussi _,
    …
    qu’on peut dire de ce style
    qu’il est « à la Plossu« 
    …
    _ marque de fabrique libre, formidablement libre
    _ ça aussi, comment ne pas le remarquer et le dire ? _
    sans avoir eu jamais besoin d’être déposée ;
    sans exportation ni contrefaçons possibles, en conséquence :
    pour réussir à contrefaire la « marque de fabrique »,
    ou ce « style« , « Plossu« ,
    il faudrait parvenir à devenir
    ce que la palette bariolée des multiples, divers, variés, vastes, aux dimensions de tous les continents de la planète, et tortueux aussi parfois, chemins de sa vie,
    y compris passages d’épreuves et par le(s) désert(s) _ ô combien divers, les déserts _,
    sont arrivés à faire du « bonhomme Plo«  _ ou, mieux encore, « plo« , sans majuscule (ou « b« , ou « ploplo« ) _,
    comme il lui arrive de conclure avec prestesse ses merveilleux _ de justesse (et beauté : mais est-ce distinguable ?) _ mails,
    mieux repéré dans le monde de la Photo et de l’Art sous l’ »identifiant » « Bernard Plossu »
    …
    Saludo, o Abrazo, y Gracias, amigo.

    …

    Et maintenant,

    « Le Sentiment de l’essentiel« , par Alain Bergala _ avec quelque farcissures miennes : en prolongement de son penser… _ :

    …

    « Les photographes qui inventent vraiment en photographie, ceux qui trouvent _ en général tout de suite _ leur photographie _ = leur style _, sont rarement ceux dont la visée _ carriériste _ est d’entrer dans l’institution de la photographie, d’endosser le rôle social de « photographe » _ Plossu n’est pas « social« , en effet ; ni idéologique ! Il n’est pas dans le « rôle« … Ce sont d’abord les images dont ils ont besoin _ en une très impérieuse « nécessité«  de (tout) leur être-au-monde (d’artistes : dont ils ressentent l’« appel«  profond !) _, et dont le modèle n’existe pas _ ni, donc, nulle part ne pré-existe _, qui les fait s’emparer _ tel est le geste fondateur, et quasi anodin, en même temps _ d’un appareil photo. N’importe quel appareil photo, la technique dans ce premier temps leur importe peu _ c’est seulement l’image elle-même, et en son geste unique, aussi, qu’il leur faut, et urgemment, « sauver«  : en la captant, tel un pauvre croquis sur un carnet à tout faire… Leur horizon de création n’est pas la photographie en elle-même ni pour elle-même, mais d’abord un besoin personnel, impérieux _ de toute première nécessité : en effet ! _, pas forcément conscient : celui de faire des images qui répondent _ en se traçant si peu que ce soit ainsi _ à leur propre désir _ à eux, ces « inventeurs« … _ d’entrer avec le réel _ au lieu de lui passer à côté ! sans que rien du tout en résulte… _ dans un rapport _ ontologique, de vérité : actif (à la puissance mille) ! voilà ! _ qui soit le leur _ en s’y glissant : tout en douceur, en ce rapport « leur« , idiosyncrasique, au réel… ; ne pas passer à côté de sa (seule vraie) vie !!! _, et dont ils n’ont pas forcément les mots _ ce serait déjà trop long _ pour le dire ou le penser _ c’est le dispositif photographique (dont soi-même on est un simple morceau, un simple rouage, une petite bielle : quasi modeste) qui seul agit ! Rien n’est moins futile _ certes : c’est de l’ordre de la gravité ! même si ultra-légère ! et ultra-rapide ! sans la moindre lourdeur ; laquelle, malheureux !, plomberait vilainement tout… _ que ces photos dont quelqu’un a eu intimement besoin _ c’est très exactement cela ! _ dans son rapport au monde _ qui le fait exister, aussi, lui, s’accomplir, se déployer : _ se déployer avec et vers l’objet saisi ; avec (= en compagnie de) et vers (en direction de) l’autre de ce rapport ; et autre absolument capital ! C’est une affaire de respiration (vitale !) : versus asphyxie… Ce qui est futile, c’est de faire de la photographie pour toute autre raison _ certes ! petite, sinon minable ! eu égard à ce « cela«  vital, capital, lui ! _, même artistique au sens social du terme _ et qui ne vaut pas grand chose (trop de pose ! et un penchant de fausseté !), face à pareil « absolu » !.. « Il n’y a pas photo«  du tout, en pareil choix, en pareille alternative !!! forcément rencontrée par tout artiste… D’où la fondamentale probité Plossu. Et la force de vérité des images qui en résultent et qu’il nous donne ! De quoi faire rager bien des jaloux, évidemment ; et leur ressentiment d’« inadmissible » face à la pureté, en effet, quasi angélique, mais oui ! _ et scandaleuse alors ! cf Pasolini ! Par exemple, en son « Théorème« … _, de la vérité d’image du réel que sait capter si délicatement Bernard Plossu : tout innocemment, lui !..

    …

    Regardez bien la vibration _ oui ! _ à nulle autre pareille _ en effet ! _ de ces photos de femme _ Michèle Honnorat avait dix-huit ans, au Trocadéro, en 1962 _ dont il veut enregistrer la beauté sidérante _ voilà _ qui le charme autant qu’elle l’inquiète _ en effet ! et il lui tourne inlassablement autour ;

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    michele_11-gauche.jpg

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    Michèle 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    cf aussi les deux photos éblouissantes de Michèle

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    michele_p57_16-droite.jpg

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    Michèle, 1963  © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    sur le pont du bateau au large de Porquerolles, l’année suivante, en 1963 : peut-être le sommet de toute cette séquence de l’expo à la NonMaison ! _,

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    un ami _ Dominique Vialar _ dont il veut capter la croyance _ = confiance _ qu’il a en lui

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    Dominique Vialar, Paris 1963

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    Dominique Vialar, Paris, 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    _ une image d’une suprême élégance ! : à comparer avec celles (de groupe) des copains de ces années-là, dans cette mine qu’est le « Plossu : Rétrospective 1663 – 2006 » de Gilles Mora, aux pages 29 & 31 du chapitre « Génération nouvelle vague » : images plus anecdotiques, sociologiques (ou biographiques) seulement… : c’est du moins mon point de vue… _,

    …

    un coin de rue du Mexique où résonne sourdement son propre imaginaire cinéma _ tel un bagage en fond sonore du regard.

    …

    Ce qu’il cherche à apprivoiser _ oui ! du réel qu’il aborde (ontologiquement, en quelque sorte) à travers ces divers  « rapports«  aux choses, aux lieux et aux êtres (de chair et de sang)… _ avec ces photos, c’est le mystère du rapport qu’il entretient _ oui, c’est aussi comme une lutte amoureuse… _ avec ces sujets _ lieux et moments compris ! _ proches et pourtant si insaisissables _ faute d’être avec eux tout à fait « de plain-pied«  ! mais l’est-on jamais complètement ?.. Nous cesserions de continuer de marcher… Tout est dit ici, Alain ! Le jeune homme _ de dix-sept et vingt ans _ qui les a prises ne jouait _ certes _ pas au photographe. Au contraire : c’est lui et son rapport à la vie, aux autres, qui était en jeu _ de fait _ dans ces images _ en jeu grave, comme pour le (grand) Michel Leiris de « L’Âge d’homme » et de « La Règle du jeu« , ajouterais-je, pour ma part… Par quel miracle Plossu n’a-t-il jamais perdu _ en effet ! _ ce sentiment du personnellement essentiel _ c’est très exactement cela !!! _ qui imprègne _ et nimbe, si légèrement ; et avec quelle joie luminescente d’exister ! _ ces photos initiales ? _ Merci, Michèle,

    …

    michele-bernard_p183_l1080360-jpg.jpg

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    Michèle Cohen et Bernard Plossu, La Ciotat août 2009, par Guy Jungblut © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    …

    de nous les faire découvrir, « à la source«  même _ « poïétiquement« , pour reprendre le terme du philosophe de l’Esthétique Mikel Dufrenne, en son passionnant « Le Poétique » (aux PUF), en 1963… _ de Plossu, en 1962… C’est proprement à la « poïétique« , même, donc _ rien moins !!! _ de Bernard Plossu que nous fait accéder par son intuition initiale, dès avant l’été 2008, Michèle Cohen, en étant à la source de ce « Plossu Cinéma«  ; je veux dire par là : et les deux expos du FRAC PACA de Marseille et de La NonMaison d’Aix-en-Provence ; et la si belle réalisation du livre qui en témoigne, par Guy Jungblut (avec l’œil _ unique ! _ de Bernard Plossu), de ce « Plossu Cinéma« , aux Éditions Yellow Now…   Cet homme-là a toujours eu _ oui ! _ un besoin intime _ merveilleusement fort en sa terrible douceur ; d’aucuns (trop cérébraux ! ceux-là…) ne le supportent pas ! cela leur est « inadmissible«  ; mais oui, Gildas ! tant pis pour ces tristes !!! et jaloux… _ des photos qu’il a prises toute sa vie » _ sur la privation endémique et galopante de l’intime par nos contrées aujourd’hui, lire, de Michaël Foessel, « La Privation de l’intime » ; cf mon article du 11 novembre 2008 : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie« …

    …
    Alain Bergala, janvier 2010

    …

    Voilà nos manières d’approcher peut-être l’énigme de la douceur du rapport au monde _ et toujours parfaitement « intimement«  ! _ du bonhomme Plossu ; notre ami…

    …

    Le monde en est meilleur !

    …

    A votre tour,

    laissez vous gagner (à la stoïcienne !) à son contact…

    …

    Titus Curiosus, ce 27 janvier 2010

    …

    Post-scriptum :

    …

    Cette (double) exposition (marseillaise et aixoise) m’est d’autant plus _ un peu personnellement _ chère

    que je fus aussi _ un peu, donc _ sur ses fonts baptismaux, avec Michèle Cohen et Pascal Neveux,

    au domicile de Bernard Plossu, le 22 juillet 2008 ;

    sur une intuition fécondissime de départ de Michèle… Vivent les nuits d’été !

    …

    Et enfin,

    cerise sur le gâteau,

    c’est à l’objection de Valéry Laurand, philosophe (spécialiste des Stoïciens) : « et la « rencontre », si ce n’était que du cinéma ? » _ de la « pose« , en quelque sorte ; du théâtral : menteur… _

    que je me suis « essayé » à répondre

    en un (long) essai (inédit : je l’ai adressé seulement à Bernard Plossu et à Michèle Cohen ; car ma réflexion est partie de ma propre rencontre avec le bonhomme Plossu _ et ses diablesses de photos : d’une douceur « confondante » !.. pure, angélique !.. _) intitulé « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise » ;

    …

    car la vérité de ce que nous donne à regarder, en son cinéma, Michelangelo Antonioni _ comme en la séquence ferraraise (inaugurale tout autant que testamentaire) de « Al di là delle nuvole« , en 1995… _,

    …

    moi, j’y crois !

    …

    Aussi, suis-je personnellement ravi que la (double) photo de couverture

    …

    Couverture, Porquerolles 1963

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    Couverture, Porquerolles, 1963 © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

    …

    _ sublime en sa « séquence » (horizontale, panoramique : la ligne d’horizon de la mer prolongeant la ligne du dos de la jeune fille) à la fois contrastée (le charnu d’un corps de jeune femme étalé se livrant, de dos, les yeux clos, au soleil sur le pont d’un bateau / quelques rochers dressés, pointus, hostiles sur une côte d’île au milieu de la mer, sur la droite de l’image), et (très discrètement) signifiante de la complexité de ce qu’est la vie ; et même les amours… _ de ce si beau livre qu’est « Plossu Cinéma« , aux Éditions Yellow Now, et dans la collection Côté photo _ merci Guy Jungblut pour votre travail, une fois de plus, parfait ! si élégant et si juste ! c’est essentiel ! c’est magnifique ! dans toute la diversité, aussi, du « regard«  (unique !) de Bernard Plossu… _, soit la succession de deux images prises l’une juste après l’autre _ et se succédant sur la planche-contact _, l’été 1963 au large de Porquerolles _ la photo de « quatrième de couverture » (avec un superbe cactus proliférant sur la petite terrasse face à la mer)

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    Quatrième de couverture © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    est sous titrée, de l’écriture claire, vive et pausée, tout à la fois, de Bernard Plossu : « La maison de Pierrot le Fou à Porquerolles, en 1976«  ; un hommage à Godard, elle, dont la Marianne et le Pierrot nous ont, pas mal d’entre nous, pas mal marqués (en 1965)… _,

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    signature_couv2.jpg

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    signature © courtesy galerie La NonMaison, Aix-en-Provence

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    la succession _ séquentielle ! cf là-dessus la très riche réflexion de l’article « Photographier en cinématographe«  de Núria Aidelman, en présentation de la section « Le Déroulement du temps«  de l’expo au FRAC de Marseille, aux pages 84-85 du livre…  _ de deux images _ à gauche, Michèle Honnorat prenant le soleil sur le pont du bateau ; à droite, la côte rocheuse, noire, au large, mais pas loin, vers Porquerolles _ sur la planche-contact, qui rappellent, en radieuse beauté, l’Antonioni de soleil et d’ombre de « L’Avventura« , en 1960 _ dont la (magnifiquement) longue séquence de (quasi _ le tout début se passe à Rome…) ouverture se déroule au large de, et puis sur l’îlot (seulement rocheux, peu accueillant à arpenter…) de Lisca Bianca, la plus petite des Îles Lipari (ou Îles Éoliennes), chères aussi (depuis) à Bernard Plossu…

    …

    Je suis _ personnellement _ particulièrement heureux, donc, de ce choix (et hommage) « antonionien » !!! pour ce livre magnifique _ de 192 pages, avec un éventail très généreux de merveilleuses photos _ qu’est ce « Plossu Cinéma« , nous donnant à regarder le parcours d’artiste de Bernard Plossu, de 1962 à 1965, puis 1966 à 2009.

    …

    Le livre est ainsi,

    par cette « récapitulation » d’un bonheur vrai _ d’artiste et d’homme, tout uniment !

    …

    et c’est crucial en ce cas d’espèce ! la perspective « poïétique«  sur la gestation du génie Plossu

    _ Alain Bergala use, lui, de l’expression, également très juste, de « cinéma séminal«  ! pour intituler sa très substantielle et éclairante contribution : « Le Cinéma séminal de Bernard Plossu« , aux pages 16 à 27 de « Plossu Cinéma«  _

    issue du regard (profond !) de Michèle Cohen

    étant à mes yeux la nouveauté fondamentale et capitale, pardon d’enfoncer ainsi le clou !, de ce livre-ci, « Plossu Cinéma« , sur l’œuvre : photographique,

    mais aussi cinématographique !

    …

    _ cf les deux films projetés en permanence et en continu au FRAC :

    soient « Almeria, La Isleta del Moro« , une vidéo couleur de 50′ de Bernard Plossu lui-même, en 1990 ;

    et « Sur la voie« , un documentaire réalisé par Hedi Tahar, sur une idée de Bertrand Priour, en 1997, une production La Houppe, pour FR3 : « sur la manière de photographier«  de Bernard Plossu « depuis les vitres d’un train«  : ici « pendant le trajet La Ciotat-Lyon-La Ciotat, via Marseille, en hommage aux frères Lumière« , Bernard Plossu commentant tout le long ce qu’il voit : « L’équipe avait une 16 mm, une caméra vidéo qui prenait aussi le son ; et moi, j’avais une petite caméra super8. C’est ce jour-là que j’ai filmé ce qui est devenu ensuite la série de photogrammes « Train de lumière« . Comme j’avais aussi mon appareil photo Nikkormat, j’ai collé la caméra super8 au viseur du Nikkormat, et j’ai filmé à travers : verticale et horizontale, double vision !« , commente Bernard Plossu lui-même…

    …

    + la (double) projection, et en avant-première, au Cinémac, du Musée d’Art Contemporain de Marseille, le samedi 27 février prochain, de 14h à 17h, des deux films : « Le Voyage mexicain« , film super8 en couleurs tourné en 1965-1966 (de 50′), par Bernard Plossu lui-même ; puis « Un Autre voyage mexicain« , film en couleurs tourné en 2009 (de 110′) par Didier Morin ;

    …

    de même que « Le Voyage mexicain«  de Bernard Plossu sera redonné le samedi 20 mars au FRAC de Marseille, à 14h30, en présence de Bernard Plossu et de Dominique Païni ; Dominique Païni a écrit l’article de présentation (aux pages 158 à 161 de « Plossu Cinéma ») qu’il a intitulé « Vierge, vivace et le bel aujourd’hui« , consacré aux films de _ ou avec la participation de _ Bernard Plossu : une sélection de photogrammes extraits des films « Train de Lumière », « Sur la voie« , « Le Voyage mexicain«  et « Almeria« , sont visibles aux pages 162 à 175 de « Plossu Cinéma« . Fin de la (beaucoup trop) longue incise à propos de l’œuvre cinématographique (à découvrir !) de Bernard Plossu : tout aussi libre et juste que sa photo… _

    …

    Le livre est ainsi

    _ je reprends ma phrase commencée plus haut _,

    par cette « récapitulation » d’un bonheur vrai _ d’artiste et d’homme, tout uniment ! _ conquis sur fond de deux ou trois précipices, bien réels eux aussi ;

    …

    le livre est ainsi

    magnifiquement plossuïen _ j’espère qu’on voudra bien pardonner l’étalage ici de mon enthousiasme… Mais il n’est pas si fréquent d’approcher d’un peu près, au point d’y participer même un peu, à la joie généreuse d’un tel artiste « vrai«  !

    …

    D’où le qualificatif (rochien) d’« inadmissible » _ de la part des malheureux qui « résistent«  des quatre fers à l’évidence Plossu… : dans leurs forteresses froides (et hyper-sèches) germano-pratines ! _ pour ce que je ressens _ on ne peut plus joyeusement, dans mon cas, provincial que je suis, moi aussi, et du pays (rieur) de Montaigne ! _ comme une « renversante«  « douceur » : étonnamment discrète et pudique _ et la boucle est bouclée…

  • La joie sauvage de l’incarnation : l’ »être vrais ensemble » de Claude Lanzmann _ dans l »écartèlement entre la défiguration et la permanence », « là-haut jeter le harpon » ! (VII)

    Alors, quelle fut la solution poïétique cinématographique d’ »auteur » de Claude Lanzmann ?

    d’œuvre en œuvre « se confirmant » et « s’engrossant«  _ cf l’usage de ces deux verbes à la page 243 du « Lièvre de Patagonie« …)

    …

    depuis l’affrontement à l’énigme de « Pourquoi Israël« 

    jusqu’au projet non, à ce jour encore, réalisé de l’opus cinématographique « nord-coréen«  (= la « brève rencontre de Pyongyang » cette semaine _ et cette « folle journée » du dimanche de canotage sur le fleuve Taedong-gang, tout spécialement ! qui la clôt en apothéose ! _ de la fin août 1958…),

    en passant par le « monument«  (le mot est de Simone de Beauvoir, page du « Lièvre de Patagonie« , page 271 : « Il s’agit d’un monument qui pendant des générations permettra aux hommes de comprendre un des moments les plus sinistres et les plus énigmatiques de leur histoire« ) de « Shoah«  ;

    …

    à propos duquel, « Shoah« , ce jour même, je peux lire dans l’édition papier du « Monde« , à la page 3 du cahier « Littérature » et sous la plume de Yannick Haenel (et Franck Nouchi le « rapportant » en son article) cette phrase importante-ci, que je détache :

    …

    « « Shoah » est un film à venir, écrit Yannick Haenel _ donc, rapporte Franck Nouchi _ dans « Jan Karski« , son dernier ouvrage : « on commence à peine à penser _ rien moins !!! en 2009 : plus de six décennies après la survenue de la « Chose«  ; et encore vingt-quatre plus tard que le film même qui la fait (un peu ; jamais complètement : c’est tellement impossible !) « comprendre«  dans la matérialité précise de ses « détails« , « rapportés«  au plus fidèle par la « reviviscence«  des « témoignages«  si précieusement alors « recueillis« , en cette aventure filmique de ce film, « Shoah« , si singulier lui-même, par Claude Lanzmann !.. _,

    …

    on commence à peine à penser _ tant cela paraît d’abord, et même ensuite, impensable ! sur « l’impensable« , cf page 83 du « Lièvre de Patagonie« , et à propos de la mort et du néant évoqués par un poème de Monny de Boully, dont quatre vers ont été choisis (« j’ai fait graver ce défi immortel sur la stèle qui surplombe la tombe de ma mère, au cimetière du Montparnasse« ), cette expression de Claude Lanzmann, page 83 : « sur la stèle, on peut donc lire aussi quatre vers d’un de ses poèmes _ de Monny, donc, le « Rimbaud serbe« … _, déchirant poème sur la mort et le néant impensables, impensable pensée«  : c’est le cœur de l’énigme même à laquelle tout le « Lièvre de Patagonie«  ose, et en permanence, se confronter !..  _

    …

    on commence à peine à penser

    ce qu’un tel film donne à entendre«  _ le mot est à prendre à la lettre, par ce qui se donne à recevoir, accueillir, via les oreilles et le cerveau, des « récits de parole«  des « témoignages » proférés par la voix, accompagnée de l’expression des visages ; et l’expression en son entier étant aussi « reprise » en chapeau pour donner son titre à l’article de Franck Nouchi sur l’événement (dans l’histoire de notre inculture-culture) que constitue aussi, de fait, ce livre de Yannick Haenel, « Jan Karski« , à propos de ce que, d’abord, surtout, a fait (« fin août«  1942, pour ses deux « venues dans le ghetto«  de Varsovie ; et quelques jours avant « le 11 septembre 1942« , « voir un camp d’extermination des Juifs« ) ; et de ce que, ensuite, a écrit (en 1944 : « écrire un livre était encore une manière de franchir la ligne : une façon nouvelle de transmettre le message, comme si je passais de la parole à un silence étrange _ un silence qui parle« , fait superbement « penser«  et dire Yannick Haenel à Jan Karski, page 142 de son livre) ; Jan Karski ;

    …

    avec, sur la même page du Monde de ce vendredi 4 septembre, encore, un très beau « commentaire » à propos du « mandat » de « témoin »

    (« Une chose est certaine, la posture du témoin qui a été mienne dès mon premier voyage en Israël _ en 1952 _, et n’a cessé de se confirmer et s’engrosser au fil du temps et des œuvres _ voilà ! _, requérait que je sois à la fois dedans et dehors, comme si un inflexible mandat m’avait été assigné« , disait Claude Lanzmann aux pages 243-244 de son « Lièvre« …),

    sous la plume toujours infiniment sensible et justissime _ cf son plus qu’indispensable « « Qui si je criais… ? » _ Œuvres-témoignages dans les tourmentes du XXe siècle« , paru aux Éditions Laurence Teper en 2007 _ de Claude Mouchard ;

    …

    et pas seulement du « mandat de témoin » de Claude Lanzmann lui-même : en tant qu’« accoucheur«  (et « passeur« , aussi, transmetteur à bien d’autres, via ses propres œuvres : de cinéma de « reviviscence » des « témoignages« , précisément) ; en tant qu’« accoucheur« , donc, de « témoignages«  (des victimes, des bourreaux, des témoins plus ou moins extérieurs, ou passifs ou complices, volens nolens : « il s’agissait d’un film, j’étais à la recherche de personnages » s’exprimant eux-mêmes en personne en direct, en quelque sorte, à l’écran ; et pas de documents d’archives, page 432) ;

    …

    c’est à propos du travail, aujourd’hui, d’écrivains, tels que Yannick Haenel pour ce « Jan Karski« , ou Bruno Tessarech, pour « Les Sentinelles » ;

    …

    je lis ce qu’énonce le grand Claude Mouchard :

    « ces deux romanciers nés après guerre, se retournent _ littérairement : à la recherche d’une « ré-incarnation« , pourrait-on dire… : par le souffle du style ! _ sur cette période qu’ils n’ont pas vécue en s’efforçant d’allier _ conjuguer, fondre… _ à leur écriture de « fiction » la connaissance précise _ historiographique _ des événements et si possible (mais là il arrive que les choses se gâtent), une charge de pensée. C’est la preuve qu’une transmission des témoignages s’opère ou se cherche _ aussi et spécifiquement _ en littérature _ en effet ! Cette exigence de transmettre _ oui _ est d’ailleurs d’emblée présente chez Haenel puisque, dans la première partie du livre _ « Jan Karski«  : pages 13 à 34… _, nous découvrons Karski par le regard du romancier, qui lui-même le découvre dans « Shoah« , de Claude Lanzmann _ avant de le « découvrir«  encore, en une seconde partie, pages 35 à 113, en tant que « témoignant directement« , en « auteur«  de son livre, en 1944 (paru sous le titre, en anglais, de « Story of a Secret State » ; le livre est traduit en français en 1948 : « Histoire d’un État secret » _ celui du gouvernement clandestin polonais en exil, à Paris, puis à Londres (ainsi que de son bras armé de la Résistance sur place, dans la Pologne occupée par les nazis et par les soviétiques !) _ ; et re-publié en 2004 sous le titre, cette fois, de « Mon témoignage devant le monde _ histoire d’un secret« , aux Éditions Point de Mire ; son tirage est épuisé… ; avec une nuance  d’importance toutefois : de 1948 à 2004, le « secret«  passe de la clandestinité de l’État polonais au mutisme mal assumé des États alliés à propos de l’Extermination alors en cours des Juifs d’Europe…). Le lecteur devient donc lui-même une manière de témoin _ à son tour ! s’il est, montaniennement surtout, « de bonne foi » ; sinon, « qu’il quitte » de tels « livres » !!! _, qui reçoit ce que l’auteur (Haenel), devenu transitoirement témoin d’une œuvre _ et le film de Claude Lanzmann, en 1985, et le livre de Jan Karski, en 1944 _, lui confie du témoignage _ par deux fois, en le film de Lanzmann (en 1977), et en son propre livre (en 1944) _ d’un autre (Karski), le témoin _ direct, lui _ des faits«  :

    « on est fin août«  1942, page 90, du « Jan Karski » ; « il est allé deux fois dans le ghetto«  de Varsovie (la seconde étant « le jour suivant » le premier : en pénétrant par le « même immeuble, même chemin« ), page 32 ; « une maison de la rue Muranowska dont la porte d’entrée donne à l’extérieur du ghetto, et dont la cave mène à l’intérieur« , page 96 ; ou plutôt « il revient deux jours plus tard« , page 99 ;

    et « quelques jours après sa seconde visite au ghetto de Varsovie, le chef du Bund, qui lui a servi de guide, propose à Jan Karski de « voir un camp d’extermination des Juifs« , page 101 : plutôt que du camp de Belzec lui-même, « il s’agirait _ avance Yannick Haenel _ du camp d’Izbica Lubelska« , page 101 (cf les pages 101 à 105 du livre de Haenel : terribles !) _ ;

    …

    et qui tragiquement échoue, ce Jan Karski de l’Histoire, à faire « reconnaître«  et « interrompre«  : par des interventions ciblées _ par exemple autour d’Auschwitz _ ces « faits« -là, par Roosevelt ou Churchill… _

    …

    Le lecteur devient donc lui-même une manière de témoin, qui reçoit ce que l’auteur (Haenel), devenu transitoirement témoin d’une œuvre, lui confie du témoignage d’un autre (Karski), 

    le témoin

    des faits _ eux-mêmes. Un témoin qui a d’ailleurs, historiquement, un statut particulier. Qu’il s’agisse de la Shoah, du goulag, ou du génocide cambodgien, nombre de témoignages émanent des victimes. Karski, lui, n’était pas juif. Polonais catholique et résistant, ce n’est pas en victime, mais en bystander (même s’il refuse de rester _ seulement _ dans cette position « à côté ») qu’il témoigne de ce qu’il a vu dans le ghetto de Varsovie et dans un camp _ en avant de celui de Belzec. C’est donc un « témoin-messager ». Ils ne furent pas nombreux dans ce cas« …

    Fin de l’incise sur le commentaire si juste de Claude Mouchard ;

    et je termine maintenant ma (toute première) phrase :

    …

    Alors, quelle fut la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann ?

    …

    solution d’œuvre en œuvre « se confirmant » et « s’engrossant« ,

    depuis l’affrontement à l’énigme, d’abord, de « Pourquoi Israël » (1973 _ le titre le dit lui-même !.. affirmativement !) en en proposant, en trois heures et quart de film de « témoignages« , pas moins, une première réponse, un premier éclairage,

    jusqu’au projet non, à ce jour encore du moins, réalisé de l’opus cinématographique « nord-coréen«  (= la « brève rencontre de Pyongyang » cette semaine _ et cette « folle journée« … _ de la fin août 1958…),

    en passant par le « monument » de « Shoah » (1985 _ de neuf heures et dix minutes rien que de « témoignages« , encore…) ;

    ainsi que « Tsahal » (1994 _ de quatre heures et cinquante minutes) ;

    « Un Vivant qui passe » (1997 _ une heure et cinq minutes) ;

    et « Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures » (2001 _ une heure et trente cinq minutes)

    …

    quelle fut la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann

    au « mystère » découvert peu à peu par lui ;

    et qui,

    « vérifié » « dans le désespoir, pendant la réalisation de « Shoah« , lorsque je fus _ pleinement _ confronté aux paysages de l’extermination

    _ tout d’abord (au village de Treblinka, à partir de la page 492 (« le détonateur manquait. Treblinka fut la mise à feu« ) du « Lièvre« … _

    en Pologne« 

    …

    (« confrontation« 

    _ cette « confrontation entre la persévérance dans l’être de ce village maudit, têtue comme les millénaires, entre la plate réalité d’aujourd’hui et sa signification effrayante dans la mémoire des hommes«  qui « ne pouvait être qu »explosive« , page 492 _

    qui fut en effet « alors » _ en février 1978 _, pour lui, Claude, « un bouleversement inouï, une véritable déflagration ; la source de tout« , même !., page 169 : Claude Lanzmann le détaille magnifiquement au chapitre XX, aux pages 490 à 498),

    …

    quelle fut alors la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann

    au « mystère » découvert peu à peu par lui ;

    et

    qui

    « se déclara » à lui, sans doute tout d’abord, en constatant, rétrospectivement, un jour

    _ non précisé dans le livre, autour des deux pages 169 et 170 ;

    …

    et « constat«  qui fait, probablement, pleinement partie intégrante du « travail de deuil«  se poursuivant toujours, toujours, en Claude (« les novembre ne me valent rien, c’est le mois de la mort d’Évelyne« , page 189) de la perte de sa sœur Évelyne, par suicide, le 18 novembre 1966 _,

    …

    en constatant, rétrospectivement, un jour

    la disparition du café « Royal »

    (« un café très animé de Saint-Germain-des-Prés _ un vrai bistrot avec un grand comptoir courbe, de hauts tabourets rouges et une large arrière-salle _ situé juste en face des Deux-Magots, au coin de la rue de Rennes et du boulevard Saint-Germain« , page 169 _ je m’ y suis rendu ce samedi 5 septembre ! à la place du Royal, une boutique Armani…)

    où s’était passé, « en un éclair« , page 170, une scène cruciale (avec la survenue improbable et inattendue _ et très malencontreuse pour Évelyne et son mari, Serge Rezvani… _ de Gilles Deleuze) pour le destin de sa sœur Évelyne, suicidée, dans certaines (longues, souterraines, certes) « suites » (plus de seize ans plus tard) de « cela«  _ = cet « éclair« -là, entre ces paires d’yeux-là, en ce lieu-ci… _, le 18 novembre 1966…

    …

    Alors quelle fut la solution poïétique cinématographique de Claude Lanzmann

    au « mystère » découvert peu à peu par lui

    du « combat » _ voilà le cœur de l’obsédant « mystère » ! _, de l’ »écartèlement entre la défiguration et la permanence » ?..

    des lieux _ à Paris, à Berlin, à Pékin et Shanghaï ; ou Pyongyang !!! _ ;

    …

    ainsi, peut-être aussi que le « combat«  et l’ »écartèlement entre la défiguration et la permanence«  des personnes elles-mêmes qui y sont passées (et, certaines d’entre elles, au moins, ne sont plus ; sinon, pour et par nous, par le souffle vibrant de la mémoire en travail ; et son « imageance » ; versus les forces d’annihilation, et concertées ou pas, de l’oubli…) ?..

    …
    Car « permanence et défiguration des lieux

    sont la scansion du temps de nos vies« , toujours page 169 :

    …

    « dans le temps« , conclut Proust sa « Recherche« …

    …

    Et « ce combat, cet écartèlement entre la défiguration et la permanence« 

    sont bien « la source de tout«  (page 169, toujours)

    de tout l’œuvre lanzmannien ;

    …

    à commencer par la « quête » (de « vérité » et « pour l’éternité«  !) cinématographique (via l’obtention et l’« incarnation«  des « témoignages« ) de Claude Lanzmann cinéaste ;

    …

    à laquelle s’ajoute, peut-être,

    sur un mode de « compensation« ,

    ou pas (c’est à considérer !),

    à l’arrêt _ provisoire ou définitif ? qui le sait ? depuis le « Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures«  paru sur les écrans en 2001… _ de ses tournages,

    …

    à laquelle s’ajoute, peut-être, dis-je,

    la « dictée«  de ce « Lièvre de Patagonie« -ci à Juliette Simont et Sarah Streliski :

    quand la voix « dicte«  (et le livre « recueille ») ce que la caméra et le micro ne captent pas (ou plus !?!) sur la bande unique, en anneau de Moebius, du film de cinéma…

    …

    Nous allons bien voir…

    …

    Avec cette remarque d’apparence d’abord assez anodine que voici, pages 169-170 :

    « Saint-Germain-des-Prés ou le Quartier latin ne sont certes pas des hauts lieux de massacre _ tels Treblinka, Sobibor, Belzec, Majdanek, Chelmno ou Auschwitz-Birkenau _ : que le Royal, la librairie Le Divan, au coin de la rue Bonaparte, à l’autre bout de la place, ou encore, Boulevard Saint-Michel, les Presses universitaires de France, théâtre de mes larcins _ d’étudiant, l’année de « frasques » 1946… cf tout le chapitre VIII _ aient dû, avec tant d’autres, céder _ voilà la « défiguration » !.. _ à la pandémie de la mode, est simplement triste » _ et significatif de la « croissance » rampante rapide du « nihilisme« … _ ;

    …

    mais donnant lieu à la conclusion majeure qui la suit immédiatement, page 170 :

    …

    « Davantage, peut-être :

    …

    vivants, nous ne reconnaissons plus _ à mesure que, peu à peu, et d’abord assez insensiblement, du temps passe _ les lieux de nos vies ;

    et éprouvons _ parfois, à l’occasion, alors un peu brutale, et nous surprenant... _ que nous ne sommes plus

    les contemporains de notre propre présent« , page 170 du « Lièvre« , donc :

    …

    celui-ci, « notre propre présent« , nous filant, hors de perception, entre les doigts et nous échappant, insaisi,

    ayant cessé, assez surprenamment, lui comme nous-même, d’« être vrais ensemble« …

    …

    Quelque chose de notre « co-présence » (et « con-temporanéité«  ! donc…)

    est-il, ou pas, cependant,

    de quelque façon, ou pas,

    « rattrapable«  ?..

    …

    Voilà, en tout cas, la question (ou l’ »opacité« ) à propos de ce « mystère » de l’ »écartèlement » entre « permanence » et « défiguration » se combattant sans cesse

    (et des degrés possibles d’une élucidation éventuelle de celui-ci)

    qu’il me plairait _ sans la défigurer ; ou la détruire… _ d’éclairer un peu ici,

    en conclusion enfin (et synthèse de l’esthétique d’ »auteur » de cinéma de Claude Lanzmann),

    de ma lecture de cet immense, on ne le dira jamais assez, « Lièvre de Patagonie » ;

    et de ce « feuilleton de l’été » de ce blog…

    …

    Indépendamment de la configuration (« défiguration » versus « permanence« , donc) de ce carrefour parisien de Saint-Germain-des-Prés (baptisé « Carrefour Jean-Paul Sartre-Simone de Beauvoir« , qui plus est !),

    …

    et à côté des expériences foudroyantes, elles, des lieux de l’extermination industrielle des Juifs d’Europe sur le territoire de l’actuelle Pologne,

    …

    et à côté, aussi, des cas rapidement évoqués de Pékin et Shanghaï

    (par où Claude Lanzmann est passé lors de ses deux voyages en Chine, en 1958 et en 2004 ; cf ses remarques des pages 328-329 :

    à Shanghaï : « presque cinquante ans après, la métamorphose de la Chine me sauta _ presque « lièvrement« … _ au visage ; m’enthousiasma _ cf aussi le « Les Transformations silencieuses » et « La Propension des choses«  de mon ami François Jullien… _ ; je n’en dirai rien, sauf ceci : à Shanghaï, j’ai pris un bateau qui descendait le Huangpu jusqu’à sa confluence avec le Yangzi Jiang, où les deux fleuves deviennent une mer sans rivages. Pendant les trois heures de la navigation, on éprouve physiquement la puissance de la Chine, la conscience qu’elle a de cette puissance et sa façon orgueilleuse de le montrer« , page 328 ;

    et à Pékin : « Pékin : ses dix périphériques ; ses gratte-ciel qui s’édifient à grande allure, changeant en quelques semaines le paysage urbain au point que les Pékinois eux-mêmes semblent dépaysés _ cf du même François Jullien « Dépayser la pensée« … _ dans leur propre ville devenue épicentre de la mondialisation _ lire aussi le très riche et passionnant « Mégapolis » de Régine Robin ; et mes deux articles sur ce travail en ce blog-ci… _ ; l’éblouissement absolu de la Cité interdite et du temple du ciel enfin offerts à tous ; Pékin le jour ; Pékin la nuit, avec ses restaurants, ses bars, ses prostituées mongoles à forte stature et terrassante beauté« , page 329…) ;

    …

    c’est la comparaison des deux cas de Berlin et Pyongyang

    qui me semble la plus, et de manière assez éblouissante, parlante :

    …

    Pyongyang, elle, est la ville de l’impossible métamorphose d’un peuple tout entier « essoufflé » _ et pas que par le tabac ! _ dans un temps (totalement !) figé qui ne sait rien construire, tout en détruisant beaucoup, dans son temps (étatique) doublement immobilisé :

    …

    « La Corée du Nord a arrêté le temps deux fois au moins : en 1955, à la fin de le guerre ; et en 1994, à la mort de Kim-Il-sung« , page 335… Et « Un demi-siècle de mobilisation _ paralysante ! _, un demi-siècle sans tirer un coup de feu, cela ne peut être et se poursuivre sans un très puissant dérivatif : le tabac. Malgré défilés, pas de l’oie et rodomontades, l’armée coréenne est à bout de souffle. Cela se vérifie d’ailleurs à la faible amplitude de l’élévation, chez eux, du mollet tendu ; dérisoire si on le compare au jeté nazi du même pas de l’oie, grimpant haut, à la perpendiculaire du bassin« , page 337.

    …
    Les solutions cinématographiques pour « donner à voir«  (page 341)

    « de la façon la plus saisissante, tout ce que j’ai narré plus haut _ pages 331 à 341 ; cf aussi mon propre précédent article de cette série _ sur la ville _ de Pyongyang _, le vide, la monumentalisation, la mobilisation permanente, le tabac et l’essoufflement généralisé, la faim, la terreur, la suspension du temps pendant cinquante ans ; montrant que tout a changé ; rien n’a changé ; tout a empiré. Et, sur des plans du Pyongyang contemporain, une voix off, la mienne aujourd’hui, sans un acteur, sans une actrice, sans reconstitution, eût raconté _ sur la bande-son de ce film « à venir« … _, comme je l’ai fait _ en le récit « parlé«  qu’a recueilli, via les doigts, sur le clavier de l’ordinateur, de Juliette Simont et de Sarah Streliski, la page du livre, cette fois _ dans le chapitre précédent, la « brève rencontre » de Claude Lanzmann et Kim Kum-sun. Il s’agirait d’un très minutieux et sensible travail _ de « construction«  riche et complexe, de « vérité » : sans trucages ni artifices séducteurs, mensongers _ sur l’image et la parole, le silence et les mots, leur distribution _ « scandée« , avec les « trous«  du souffle… _ dans le film, les points d’insertion

    _ ultra-sensibles ! la « rencontre » (du souvenir énoncé par la voix du passé, éloigné mais revisité par le récit mémoriel, et des images fortes, en un autre sens, du présent des lieux, vides de la présence recherchée à re-trouver, re-rencontrer, de la ville…) trouvant à miraculeusement s’y « incarner« … _

    …

    Il s’agirait d’un très minutieux et sensible travail sur l’image et la parole, le silence et les mots, leur distribution dans le film,

    les points d’insertion, donc,

    je reprends cette phrase décisive de Claude Lanzmann, page 342,

    du récit du passé _ par la voix off qui se souvient ! au présent de sa vibration ! _  dans la présence _ à l’image : de ce qui se donne à percevoir visuellement dans l’aujourd’hui _ de la ville _ dont l’« opacité«  effarante du « vide » se perce alors et ainsi _ ; discordance et concordance _ luttant avec acharnement entre elles : un « combat » et un « écartèlement » permanent de ce qui se refuse et se laisse pourtant appréhender (mais seulement à qui « cherche«  à « vraiment«  voir et à « vraiment«  entendre _ comme amoureusement : il n’y a que l’amour vrai à ne pas être aveugle ! _ si peu que ce soit, à contresens des « faux-semblants«  !) en « ressuscitant » du fait de ce que vient dire la voix vive du « témoin » qui se souvient, en une « vision » (ou « voyance« , page 285 _ ou même « imageance« , pour reprendre le concept-clé de ma lecture de l’« Homo spectator » de Marie-José Mondzain) hyper-hallucinée autant que très précise ! _ qui culmineraient en une temporalité unique _ un ruban de Moebius _, où la parole se dévoile comme image et l’image comme parole« 

    …

    Les solutions cinématographiques pour « donner à voir«  (page 341)

    « de la façon la plus saisissante, tout ce que j’ai narré plus haut sur la ville » _ de Pyongyang aujourd’hui _ et la « brève rencontre » avec Kim Kum-sun en 1958

    sont passionnantes !

    …

    Et, par contraste, en positif, cette fois, Berlin !

    …

    « J’aimais _ en 1947-48–49 ; page 207 _, j’aime toujours Berlin ; et je n’en aurais jamais fini avec l’énigme _ voilà le passionnant de l’inépuisable singularité des « énigmes » : de villes, comme de personnes (telles que la mère de Claude, Pauline-Paulette Grobermann-Lanzmann-de Boully ; ou sa seconde épouse, berlinoise rencontrée à Jérusalem, Angelika Schrobsdorff)…  _ que l’ex-capitale du Reich, capitale aujourd’hui _ = l’« aujourd’hui«  de l’écriture de ce « Lièvre de Patagonie« … _ de l’Allemagne réunifiée, représente _ encore, toujours _ pour moi. Je peux passer des heures au Paris Bar ou au Café Einstein _ toujours ces merveilleux lieux de rencontres possibles (des autres), et d’une convivialité possible des différences et singularités, que sont les cafés de l’Europe… _, où inlassablement je confronte _ voilà : en « imageance«  ; et victorieusement : dans la joie… _ le spectacle de ces couples de jeunes Allemands, avenants, libres, sérieux, à toutes _ et combien diverses ! riches de leur vivante complexité !.. _ les images de ma mémoire ancienne.

    …

    Depuis 1948, je suis revenu bien des fois à Berlin, mais quelques années après la chute du Mur, au cours d’une croisière sur la Spree, la rivière de la ville, j’avais été saisi _ très positivement _ par l’architecture du nouveau Berlin, légère, aérienne, inventive _ voilà ce qui doit être, au meilleur du « génie » humain ! _ ; qui défiait _ avec l’« esprit«  incisif, créatif et joyeux, au-delà ses ironies mordantes, d’un Brecht ! _ le Berlin en ruines que j’avais connu autrefois ; et sa première reconstruction dont j’avais été _ alors, cet après-guerre _ le témoin ; comme si l’Histoire imposait à cette métropole un recommencement _ affirmatif, vivace : de « lièvre » ironique joyeux en son « bondissement« … _ perpétuel.

    …

    Bien plus tôt, dès 1989, j’avais découvert le Bauhaus-Archiv, le long du Landwehrkanal dans lequel fut jeté le corps de Rosa Luxemburg après son assassinat

    (mon ami Marc Sagnol, grand chasseur de traces juives en Allemagne, en Europe de l’Est, en Russie, en Ukraine, ou en Moldavie, a été le premier à me montrer l’endroit où flottait entre deux eaux son cadavre ; je m’y rends maintenant, sans en saisir tout la raison, à chacun de mes séjours ; c’est comme une obligation intérieure à laquelle je ne puis me soustraire _ comme on le oit même les parenthèses de Claude Lanzmann sont essentielles, capitales ! _),

    et d’autres lieux non construits, de vastes espaces abandonnés au cœur de Berlin de part et d’autre du tracé du Mur.

    …

    J’étais allé à maintes reprises à Berlin-Est pendant les interminables années de la guerre froide, avec un laissez-passer, mais je n’avais jamais vu ces endroits-là, car, jouxtant le Mur, ils étaient interdits.

    …

    Or ces lieux vagues et vides étaient précisément _ c’est ce dont je prenais conscience _ ceux de l’institution nazie. Si je les avais vus avant de réaliser « Shoah », je n’aurais sûrement pas été capable de les lire et de les décrypter _ il y faut l’apprentissage d’une culture « incarnée » on ne peut plus personnellement… A cause de « Shoah », mon regard était devenu perçant et sensible _ l’« expérience«  (afin de bien mieux « percevoir«  : ressentir et comprendre tout à la fois) se formant et se forgeant dans le mûrissement même de ce que vient mettre à notre portée et nous offrir du temps.

    …

    Le nom de la Prinz-Albrecht-Strasse me parlait _ désormais ! _ ; c’était là et dans les environs immédiats que se trouvaient les édifices de la terreur nazie, le Reichssicherheitshauptamt, le Auswärtiges Amt, la Gestapo : le centre du totalitarisme hitlérien.

    …

    Dans un de ces terrains vagues, si on descendait quelques marches, on accédait à une petite exposition souterraine, une enfilade de quelques salles, pas grandes du tout, avec des photographies ; certaines connues, d’autres moins ; légendées de textes sobres et forts _ cf mon article à propos . Le lieu était nommé « topographie de la terreur ». Je m’étais demandé quels Allemands avaient eu l’idée de cela ; et j’éprouvais pour eux, sans les connaître, une sympathie vive. Le passé revivait _ voilà : les « légendes«  « sobres et fortes«  ajoutant pas mal de choses aussi aux « images«  des photos… cf mon article du 14 avril 2009 à propos du passionnant travail de légendage du « Kriegsfibel » de Bertolt Brecht, in « Quand les images prennent position _ L’Œil de l’Histoire, 1 » de Georges Didi-Huberman _

    …

    Le passé revivait

    par ces quelques salles ouvertes dans ce no man’s land que personne _ de si peu que ce soit « autorisé« , « académique« … _ ne revendiquait ; où tout semblait possible _ facteur fondamental de l’« imageance«  de l’« Homo spectator« , comme du « génie«  créatif (pardon du pléonasme !) de l’artiste « auteur« ….
    …
    Je compris alors que Berlin était une ville sans pareille ; car on pouvait à travers ce paysage urbain déchiffrer tout le passé
    _ passablement tourneboulé ! _ de notre temps ; appréhender _ de façon « saisissante » !.. _, comme dans des coupes géologiques, ses différentes _ comme superposées ; et, ainsi conservées, nous demeurant splendidement co-présentes _  strates _ le Berlin impérial, le Berlin wilhelminien, le Berlin nazi, le Berlin allié, le Berlin rouge, communiste _ qui coexistent, se conjuguent, se fondent en quelque chose _ un richissime ruban de Moebius _ d’unique pour l’Histoire du XXème siècle.
    …

    Pour moi, il y avait là une sorte de miracle mémoriel _ l’opposé de l’éradication-annihilation par le vide de Pyongyang, par conséquent _, un fragile miracle qu’il fallait préserver à tout prix. Je pensais que si les concepteurs et les architectes du nouveau Berlin voulaient assumer leurs responsabilités devant l’Histoire, ils ne devaient pas toucher à cela ; mais garder au contraire un vide _ respirant ! _ au cœur de la ville : ce trou, que, par devers moi, j’appelais « trou _ actif ! _ de mémoire ». Je me souviens avoir discouru là-dessus au cours d’un colloque, sans aucun espoir, car les promoteurs immobiliers ont le dernier mot ; et le plein l’emporte toujours _ sur le vide et l’élan (respiratoire, voire dansé !) de la remémoration de la personne singulière ; portée par ses « ailes du désir«  en quelque sorte… Mon « trou » rêvé n’existe plus aujourd’hui : c’est la nouvelle Postdamer Platz, avec son architecture futuriste, souvent admirable.
    …

    En vérité j’ai aimé Berlin dès la première année _ de séjour là-bas, en 1947 ou 48… _ ; j’avais surmonté ma peur de l’Est. L’effondrement du IIIe Reich, la capitulation avaient généré chez les Berlinois une sorte de liberté _ du « génie«  effectif, à l’œuvre (poïétique) : à la Kant… _ débridée et sauvage, alliée à une discipline et un courage inouïs« , pages 207 à 209 :

    ce passage en forme d’« Ode à Berlin«  est particulièrement magnifique…

    …

    C’est le rythme de la scansion qui compte, l’élan et l’effectivité du souffle qui passe par les interstices et les espaces troués entre les strates, pour un sujet vivant qui se souvient et parle (et « crée«  aussi ainsi !) enfin,

    amoureusement…

    …

    Voilà ce « souffle » qui « passe » dans la construction et le montage inspiré des divers « témoignages » des personnes, par les moindres inflexions de leur voix comme par les rumeurs de leur visage,

    dans l’art de « vérité » du cinéma (de l’« être vrais ensemble« ) de Claude Lanzmann,

    en tous et en chacun de ses opus…

    …

    Et voilà aussi pourquoi j’ose encore espérer la « réalisation » filmique de cet impossible opus « nord-coréen » de la « brève rencontre » à Pyongyang en 1958,

    avec le chant de sa voix off sur l’« assise » d’images du vide de la ville monumentalisée d’aujourd’hui !…

    …

    D’où ce sublime hommage, évoqué page 83,

    « défi immortel sur la stèle qui surplombe la tombe de ma mère, au cimetière du Montparnasse«  ;

    ces « quatre vers _ gravés sur le marbre de la stèle pour l’« éternité » de la « présence » des disparus qui juste en contrebas reposent _ d’un des poèmes » de Monny de Boully ;

    …

    « déchirant poème sur la mort et le néant impensables ;

    impensable pensée :

    …

       « Passé, présent, avenir, où êtes-vous passés

         Ici n’est nulle part

         Là-haut jeter le harpon

         Là-haut parmi les astres monotones » »…

    …

    Quel sublime « immortel défi«  ! que celui de la « présentification » à jamais

    de qui « éternellement » on aime…

    …

    Titus Curiosus, ce 7 septembre 2006

  • La joie sauvage de l’incarnation : l’ »être vrais ensemble » de Claude Lanzmann _ la nécessaire maturation de son génie d’auteur III

    Après mes deux premiers articles d’introduction au « Lièvre de Patagonie« 

    du 29 juillet _ « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I » _

    et du 13 août 2009 _ « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ quelques “rencontres” de vérité II » _,

    …

    voici,

    et juste avant l’exposé (IV) de l’objet de mon analyse : la singularité du « génie » d’auteur de Claude Lanzmann,

    …

    voici le tout dernier volet (III) de mon « introduction« ,

    à propos de la nécessaire maturation de ce « génie« -là,

    un « génie » proprement « cinématographique » ;

    mais assez à l’écart, par son « estrangement« 

    …

    _ ce mot, rare (d’un état ancien du français : présent chez Montaigne ?..), vient à la bouche de Claude Lanzmann, et deux fois : page 419 et page 440 ; cette seconde fois à propos de ses rapports de « communication« , ou plutôt « intelligence«  (et dans toute l’amplitude, ici, de ses acceptions), avec « trois des protagonistes les plus importants de « Shoah«  », les tchèques Richard Glazar et Filip Müller et le slovaque Rudolf Vrba :

    « Outre le fait qu’ils étaient tous trois des personnalités d’exception, à la fois par leur intelligence, leur survie miraculeuse, leur héroïsme, leur capacité à analyser leur expérience,

    je ne pouvais leur parler qu’en une langue étrangère ;

    _ cela fait partie des « contraintes » merveilleusement (paradoxalement !) fécondes qu’évoque ailleurs (que dans ce « Lièvre de Patagonie« ) Claude Lanzmann ; peut-être dans le passionnant recueil que réunit en 1990 Michel Deguy, aux Éditions Belin, « Au sujet de Shoah, le film de Claude Lanzmann« , et qui comporte cinq articles importants de Claude Lanzmann lui-même ; à moins que ce ne soit dans sa contribution personnelle, sous forme d’entretiens (en « trois séances de travail » : les 26 janvier, 18 avril et 14 octobre 2006) avec Jean-Michel Frodon, intitulée « le travail du cinéaste » (pages 111 à 125) en cet autre recueil « sous la direction de Jean-Michel Frodon«  : « Le cinéma et la Shoah _ un art à l’épreuve de la tragédie du 20e siècle« , paru aux Éditions des Cahiers du Cinéma en 2007… _,

    …

    et l’estrangement _ voilà le terme lui-même peu courant ! _, autre nom de l’éloignement que j’ai évoqué plus haut _ Claude Lanzmann nous renvoyant ici à un développement, page 419, à propos du « coup de foudre violent et partagé«  (page 420) éprouvé lors de sa rencontre, au restaurant Fink, à Jérusalem, en novembre 1970, avec « une femme parfaitement énigmatique, pour moi sans nom

    _ mal perçu quand l’ami commun, Uri Avnery, les avaient très rapidement présentés l’un à l’autre : « il me présenta à elle en allemand«  (page 418)… _,

    sans origine, sans biographie ; je me trouvai véritablement en terra incognita, dépourvu d’un seul repère qui me permît _ à cet instant, et face à l’énigme de sa beauté, de son regard, de son visage  _ d’accéder à elle. » Car « je n’avais pas retenu le nom de celle que j’imaginais être la maîtresse d’Avnery ; il l’avait chuinté

    _ « Angelika Schrobsdorff » ; elle était berlinoise ; et Claude Lanzmann, tombé éperdument amoureux, l’épouserait un peu plus tard : en octobre 1974… _

    inaudiblement ; mais peu m’importait ; elle me fascina dès le premier regard ; sa présence chez Fink, à Jérusalem, en Israël, était pour moi un absolu mystère. » Et Claude Lanzmann, alors, de le détailler, cet « absolu mystère« , page 419 : « Pareille beauté n’existe pas là-bas ; mais pas davantage en France ou ailleurs. Je ne pouvais la relier

    _ « relier«  : ainsi procède toujours l’effort de connaissance : une tentative de familiarisation avec de l’inconnu, d’abord insituable, et venant nous troubler et nous inquiéter par là ; en rattachant cette nouveauté insituable pour soi à du déjà tant soit peu repéré ou déjà connu… _

    …

    Je ne pouvais la relier à rien ; ni aux Juives les plus belles que j’avais pu connaître, qui ne suscitaient en moi aucun sentiment d’estrangement

    _ et voici, page 419, la première occurrence de ce très beau vieux mot !

    que Claude Lanzmann réutilise page 440 à propos de cette « condition paradoxale d’approche » : conservant la distance de la singularité à préserver !.. ne pas réduire (a fortiori une « vraie » personne…) à quelque chose comme du cliché !

    cette seconde fois, à propos des singularités exceptionnelles, et des personnes elles-mêmes, et de leurs « témoignages« 

    (sur « le dernier rail, la dernière bifurcation, quand il est absolument trop tard ; quand l’irrémédiable va s’accomplir« , page 532 : le moment de la mort quand « dans le noir se livre ce que Filip Müller appelle « le combat de la vie, le combat de la mort », chacun tentant d’attraper un peu d’air pour respirer une seconde de plus« , page 535, dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau ; alors que « les malheureux qui en furent les victimes n’eurent _ eux _ aucun savoir, aucune connaissance de leur propre fin : jusqu’au dernier instant, jusqu’à ce qu’on les précipitât, à coups de fouet de matraque, de massue, à l’intérieur de la chambre de mort«  ; « ils ne connurent rien d’Auschwitz, ni le nom, ni le lieu, ni même la façon dont on leur ôtait la vie. Ils ont terminé leurs jours _ eux _ dans le noir, entre quatre murailles de pierre lisse, dans un véritable « non-lieu » de la mort«  _ pages 535-536 )

    …

    à propos des singularités exceptionnelles, donc,

    de Richard Glazar, Filip Müller et Rudolf Vrba _,

    …

    Je ne pouvais la relier, donc, à rien ; ni aux Juives les plus belles que j’avais pu connaître, qui ne suscitaient _ elles _ en moi aucun sentiment d’estrangement

    ni à celles que j’avais croisées dans d’autres contrées »…

    …

    voici _ je reprends l’élan de ma phrase de départ ! _ le tout dernier volet (III) de mon « introduction« ,

    à propos de la nécessaire maturation de ce « génie« -là,

    un « génie » proprement « cinématographique« , donc ;…

    mais assez à l’écart, en effet, et par son propre « estrangement« ,

    ce « génie » cinématographique de Claude Lanzmann,

    …

    de la plupart des canons en cours de « tous les professionnels de l’audiovisuel« ,

    ainsi que Claude Lanzmann les nomme et les rassemble, page 511…

    …

    A cette fin de saisir la singularité de l’aventure existentielle et de l’histoire de l’accomplissement, après maturation et pas mal d’improbables, voire d’impossibles, détours, du « génie  cinématographique«  qui a éclos en Claude Lanzmann

    _ mais tout « génie » a sa propre (singulière !) aventure, imprévisible : il « arpente«  (page 504, et ailleurs !) des sentes non déjà balisées, ou parcourues par d’autres ;

    « opaque«  à lui-même qu’il est, pour commencer, en ses débuts, ce « génie«  ;

    et grâce, aussi, à pas mal de risques, et donc aussi de courage, pour affronter et vaincre sa propre « annihilation« … : c’est un « parcours du combattant » ! ; pour surmonter et dépasser  les obstacles, et l’incompréhension première (ainsi que la terrible force d’inertie) des esprits (et corps) un peu moins « géniaux » et plus « conformistes » que lui… _,

    …

    j’ai donc dû, pour cette fin-là, et le plus attentivement possible, relire tout « Le Lièvre de Patagonie«  !.. afin de le moins possible négliger ou perdre du suc de son « essentiel«  : capital à mes yeux

    sur ce qu’est le travail, toujours « hors-norme« , de l’œuvre

    …

    _ « ce qu’il pouvait y avoir de hors-norme« , Claude Lanzmann l’écrit lui-même, en 1981, à Jan Karski,

    de ce qui n’était encore, que son « projet« , en cours, complexe (et même absolument désordonné : encore bien trop « opaque« …), de « réalisation« , alors,

    depuis sa décision, après « toute une nuit, une nuit de feu » (page 429) « pascalienne«  ! (page 430) de marche « dans Paris« , « au début de l’année 1973«  (page 429) de s’y lancer et consacrer,

    de « Shoah«  :

    …

    « je me sentais

    _ devant la proposition, à Jérusalem, de son « ami Alouf Hareven, directeur de département au ministère des Affaires étrangères israélien » :

    « Il n’y a pas de film sur la Shoah ; pas un film qui embrasse l’événement dans sa totalité et sa magnitude, du point de vue des Juifs. Il ne s’agit pas de réaliser un film sur la Shoah ; mais un film qui soit la Shoah. Nous pensons que toi seul _ qui venais de réaliser le film « Pourquoi Israël« … _ es capable de le faire. Réfléchis. Nous connaissons toutes les difficultés que tu as rencontrées pour mener à bien « Pourquoi Israël« . Si tu acceptes, nous t’aiderons autant que nous le pourrons« , page 429 _,

    …
    je me sentais

    _ tel l’alpiniste qu’il avait appris à devenir auprès de son beau-père René Dupuis, ou du guide (« de haute montagne« ) Claude Jaccoux dans le massif du Mont-Blanc (cf les pages 387 à 390) _

    au pied d’une terrifiante face Nord inexplorée«  ;

    …

    « je quittai Alouf abasourdi et tremblant _ cette conversation dut avoir lieu au début de l’année 1973 _ et rentrai à Paris, ne sachant quoi décider ;

    mesurant l’immensité de la tâche, ses impossibilités qui me paraissaient _ assez réalistement !.. _ innombrables ; craignant de ne pas pouvoir relever ce défi incroyable.

    …

    Cependant, quelque chose de très fort et même de violent en moi me poussait à accepter : je ne me voyais pas _ après les « près de trois ans de travail » (page 427) du premier film « Pourquoi Israël« … _ reprendre mon ancien métier _ fragmentaire ; pas d’auteur complet (avec « final cut » !..) d’une œuvre qui en quelque sorte « se tienne« … _ de journaliste ; cette période de ma vie était révolue.

    …

    Mais dire oui signifiait renoncer à toutes les prudences et sécurités ; m’engager dans une entreprise dont je ne savais ni le terme _ le fruit réalisé, l’œuvre : accomplie ou avortée… _ ni le temps qu’elle allait requérir _ ce serait dans pas moins de douze années ! _ ; c’était choisir l’inconnu _ un trou noir, peut-être : un gouffre sans fond ; sans sol ultime où se tenir… _ ; je me sentais au pied d’une terrifiante face Nord inexplorée _ jusqu’alors ; et meurtrière… _, dont le sommet demeurait invisible, enténébré de nuages opaques« …

    …

    « Je marchai _ ce début d’hiver 1973 _dans Paris toute une nuit, une nuit de feu,

    j’affermissais ma résolution en me disant qu’une chance unique m’était offerte ; qu’elle exigeait le plus grand courage ; qu’il serait indigne et lâche de ne pas la saisir.

    …

    (…)

    Je clarifie aujourd’hui _ commente rétrospectivement son effort de mémoire, Claude Lanzmann _, et je regrette de le faire, les pensées bien plus confuses _ que ce résumé-là _ qui se combattaient en cette nuit pascalienne.

    …

    Au matin, à bout de forces, avant de plonger dans un calme et noir sommeil,

    je téléphonai à Alouf Hareven pour lui dire mon consentement », page 430) _

    …

    voici,

    en une lettre de 1981

    à Jan Karski,

    qui s’impatientait, déjà un peu,

    alors que son « témoignage«  (majeur !) sur la Shoah en Pologne _ « sa présence dans le film serait irremplaçable«  (page 511) _ avait été « tourné aux États-Unis en 1979«  (page 510) ; et, de fait, le film ne lui sera, une fois vraiment terminé, montré que le 23 octobre 1985 !

    …

    _ mais alors, ce 23 octobre 1985 :

    « la première projection à laquelle Karski assista, dans un cinéma de Washington, l’enthousiasma au point qu’il m’écrivit dix lettres de coulpe battue ; il fut mon plus fervent supporter ; et je me souviens avec un émotion que j’ai encore du mal à contrôler des trois jours que nous passâmes ensemble pour la première du film à Jérusalem« … _

    …

    voici comment Claude Lanzmann,

    je reprends ici le fil et l’élan de ma phrase,

    le dit lui-même au « grand«  (l’adjectif vient sous la plume de Claude Lanzmann à la page 510) Jan « Karski« 

    _ l’auteur de l’encore si scandaleusement méconnu, et actuellement indisponible !!! « Mon témoignage devant le monde _ histoire d’un secret » _,

    qui s’impatientait, déjà un peu

    « que le film ne soit pas achevé, alors qu’il m’avait, selon lui, laissé tout le temps pour y parvenir« , « deux années«  après « avoir tourné avec lui«  (page 511) :

    …

    je cite :

    « lui expliquant, pour la première fois, je crois _ avant quelques autres interlocuteurs _, la dimension unique _ voilà ! et très loin des « normes » en usage chez les professionnels de l’audiovisuel et dans l’industrie cinématographique ! _ que je voulais donner à mon travail,

    tentant de lui faire éprouver ce qu’il pouvait y avoir _ telle en est la formulation précise _ de hors normes et même de révolutionnaire _ là est l’expression que je voulais donc souligner _ dans un pareil projet,

    qui prétendait tout embrasser et montrer _ oui ! faire « ressentir«  ainsi ! à ce qui consentiraient à le regarder et écouter «  vraiment » : pas mal y renoncent…  _ ce qu’avait été du point de vue des Juifs eux-mêmes le désastre« , page 511 _

    …

    afin de le moins possible négliger ou perdre du suc de son « essentiel«  : capital à mes yeux sur ce qu’est le travail, toujours en partie, ou « avec quelque chose de« , « hors-norme« , sinon (de) « révolutionnaire« ,

    de création (du « génie«  vrai) d’un artiste ! et de sa « loi«  :

    …

    le terme de « loi«  (de l’œuvre), absolument décisif, une fois « découvert«  (ou devenu pleinement conscient) par Claude Lanzmann, revient à de multiples reprises en cet immense livre qu’est « Le Lièvre de Patagonie« 

    et en est une des clés, selon moi ;

    pas seulement à cette occurrence-ci de la page 502, à propos de l’ordre même de son « plan de travail«  :

    …

    « Mon premier voyage en Pologne avait eu lieu _ seulement : le projet avait commencé au début de 1973 _ en février 1978 _ à Treblinka. Je fis, à mon retour, un bref séjour en Israël pour revoir Srebnik après m’être rendu à Chelmno _ après Treblinka _ ; puis me lançai dans la préparation très complexe d’un tournage _ forcément à organiser ! _ qui se déroulerait dans plusieurs pays.

    Le premier tour de manivelle eut lieu six mois plus tard à Treblinka, autour du 15 juillet ; et, à partir de là, gagné par la même urgence _ de tourner, maintenant ! _, j’enchaînai les campagnes, à Corfou, aux États-Unis, en Israël, en Suisse, en Autriche, etc., pendant ces trois années, jusqu’à la fin 1981.
    Je revins quatre fois tourner en Pologne.

    …
    Il m’arrive encore de me demander ce qu’aurait été
    « Shoah » si j’avais commencé mes explorations par ce pays, comme la logique commandait de le faire, au lieu de vagabonder _ voilà… _ d’abord partout ailleurs dans le monde.

    …

    Je sais _ maintenant : avec tout le recul de la rétrospection ! de ce livre même qu’est « Le Lièvre de Patagonie«  _ que j’ai obéi _ cependant _ à une loi différente (de celle de cette « logique » organisée :

    …

    on peut la spécifier, cette « loi« , appréhendée petit à petit, et dans la « brume« , le « brouillard« , voire les épais « nuages« , de l’acte permanent de « création«  ici, y compris toutes les complexes démarches les plus concrètes (et administratives) de terrain qu’elle impliquait aussi !

    comme étant de l’ordre de l’invention du « génie«  _ cf l’analyse magnifique qu’en donne le « génial« , lui-même, Kant en sa non moins géniale « Critique de la faculté de juger« … ; y revenir souvent ! _

    …

    de l’ordre de l’invention du « génie«  :

    …

    celui de Claude Lanzmann lui-même ;

    …

    distinct, par exemple, d’un « génie«  philosophique « pur » (= conceptuel pour l’essentiel…), tel que celui qui mobilisa, très jeune déjà (« un philosophe-né », lui, le qualifie Claude Lanzmann, page 140), un Gilles Deleuze, par exemple

    (cf page 167 : « le génie manifeste de Gilles«  : dans la « création de concepts«  ; cf son « Qu’est-ce que la philosophie ?« …),

    …

    Je sais que j’ai obéi _ je reprends l’élan de la phrase de Claude Lanzmann _ à une loi différente

    contraignante, opaque à mes propres yeux et d’un autre ordre : celle de la création«  : je vais y consacrer l’article principal à venir : le numéro IV !

    …

    Dans le cas, ici _ qui nous occupe tout spécialement _, de Claude Lanzmann,

    son « génie«  propre, qu’il lui a fallu peu à peu, et de bric et de broc, par paliers et par strates, et « liens«  (surtout !) complexes et touffus, découvrir et « élaborer« , « construire« , « machiner« , mettre en œuvre

    …

    _ par exemple, au moment de l’élaboration de son premier film, « Pourquoi Israël« , de 1971 à 1973,

    et en fréquentant les « Yekke _ c’est ainsi qu’on nommait, en Israël, les Juifs allemands _, dans le calme et ombreux quartier de Rehavia« ,

    dont « les « Sämtliche Werke » (Œuvres complètes) de Goethe, de Schiller, de Hölderlin, de Hegel ou de Kant, beaux volumes reliés qui emplissaient les rayonnages des appartements » (de ces « Yekke« , donc)

    _ par exemple « la bibliothèque de Gershom Scholem, fabuleuse caverne d’Ali Baba de la grande culture juive«  qui l’avait tout particulièrement « émerveillé«  (page 421) _

    faisaient monter à mes yeux d’irrésistibles larmes sans que j’en comprisse vraiment _ alors _ les raisons«   :

    …

    « Israël, l’Allemagne, les deux années que j’y avais passées _ au final des années 40, à Tübingen, puis à Berlin _, la Shoah, Angelika

    _ Schrobsdorff, rencontrée par le plus grand des hasards, un tristement pluvieux et glacial soir de novembre 1970, chez Fink (un restaurant de Jérusalem) et qu’il épouserait en octobre 1974 ; avec Gershom Scholem pour « témoin de nos épousailles juives« , « sous la houppa, à la fin d’un jour d’octobre encore très chaud » _

    se nouaient en moi à d’insoupçonnables profondeurs », peut-on lire, à la page 420 _

    …

    le « génie » propre de Claude Lanzmann,

    je reprends le fil et l’élan de ma phrase,

    est un  « génie«  de « témoin«  montreur (et « passeur« ) de vérité par son œuvre cinématographique (sans exemple : à rebours de la plupart des pratiques communes à la plupart des professionnels « de la profession« …

    …

    cf la phrase importante, pages 243-244 : « la posture de témoin qui a été la mienne dès mon premier voyage en Israël _ d’août à décembre 1952 _, et n’a cessé de se confirmer et s’engrosser au fil du temps et des œuvres _ un point capital ! et combien justement revendiqué par lui ! _, requérait que je sois à la fois dedans et dehors, comme si un inflexible mandat m’avait été assigné«  : c’est magnifiquement juste ! ;

    …

    et celle-ci, page 511, plus décisive peut-être encore, face à tous ceux qui s’impatientaient des longueurs infinies, et de l’élaboration, de la conception ; et du tournage ; et enfin du montage : « une opération longue, grave, délicate, subtile« , est-il dit page 509 ; car « c’est la construction du film _ seule ; sans nul commentaire surplombant ! _ qui est la clé et le moteur de son intelligibilité ; qui permet au récit d’avancer _ sans chevilles, ni rail unique grossier _ et d’être compréhensible _ sensiblement, en toute la richesse de sa complexité : lumineuse, par ce travail ! _ pour le spectateur«  qui la reçoit, toujours page 509 ;

    …

    voici cette phrase cruciale de la page 511 :

    « J’avais plus de foi en moi qu’en tous les professionnels de l’audiovisuel ; et d’abord pour une très puissante raison : j’avais la force _ conquise épreuve après épreuve, ces douze ans durant de l’aventure si improbable, au départ, de « Shoah » ! _ de prendre mon temps«  ; ce point est, d’ailleurs, capital pour tout authentique créateur : il ne doit obéir, au final, et contre vents et marées même, qu’au rythme propre (= la « loi«  même !) de l’œuvre elle-même ; de la création ! en son « opacité«  même première ; ainsi qu’à l’intérieur même de ses contraintes, et de tous ordres, d’ailleurs, qui, ainsi, même si c’est apparemment paradoxalement, font par là même partie intégrante de la « loi«  à la source jaillissante de cette création et de cette œuvre !)

    …

    Dans le cas de Claude Lanzmann,

    son « génie«  de « témoin«  montreur (et partageur) de vérité par son œuvre (sans exemple) cinématographique, donc,

    a eu besoin d’un peu plus de patience et d’une riche et complexe,

    « opaque«  aussi, il le dit aussi à plusieurs reprises, nous venons de le voir,

    maturation :

    …

    page 249, cette remarque rétrospective particulièrement lucide, à propos la « découverte«  (de ce que Sartre a qualifié alors, en 1953, de la part du jeune Claude Lanzmann, il venait juste d’avoir vingt-sept ans, de « la particularité juive«  dans le jeune État d’Israël, en son second semestre de 1952, donc) ; et de la renonciation à « écrire«  immédiatement « dessus« … :

    …

    « Je remis tout cela à plus tard,

    conscient que j’avais à grandir, à vieillir

    pour résoudre, dans un autre plan que celui où je me les posais alors _ un plan historico-journalistique, en l’occurrence alors _, les questions qui s’étaient levées en moi _ on ne peut pas tout de suite écrire, changer en livre

    _ plutôt que le livre, son medium (à lui, d’« auteur« , Claude Lanzmann) sera le film,

    il le découvrira assez tardivement (par son reportage pour l’émission de télévision d’Olivier Todd, « Panorama« , sur les bords du canal de Suez, pendant la meurtrière « guerre d’usure«  israëlo-égyptienne, au début 1968 ; cf les pages 408 à 410) _

    …

    on ne peut pas tout de suite écrire, changer en livre

    la matière

    _ encore trop brute (ou pas assez « articulée« , faute d’assez disposer, alors, de clés…), pour l’heure, en ces années 1952-53 : « matière«  dénuée pour le moment, donc, de sa vraie « forme«  (ou « Gestalt« , dit-il ailleurs en son livre : page 442) _

    de sa vie ; ce qui est souvent le défaut des professionnels de la littérature. J’étais un homme des mûrissements longs _ voilà un facteur essentiel ! _ ; je n’avais pas peur de l’écoulement du temps ; quelque chose m’assurait

    …

    _ avec justesse ! celle de la patience du « pêcheur » attentif à la réelle « imminence » (d’une proie « guettée«  et attendue…) :

    …

    cet important mot « imminence«  _ annonciateur de pratiques ultérieures : celles de « recueillement«  de « témoignages » : parfois en « pêcheur«  ; d’autres fois en « chasseur« , aussi _  est présent deux fois dans le livre :

    …

    page 386, à propos des « bonheurs de l’attente et de l’imminence«  lors de la chasse au sanglier avec son beau-père René Dupuis, en Haute-Marne, « posté « ventre au bois » sur une sente gelée et verglacée« , « dans de grands domaines forestiers proches de Colombey-les-deux Églises« , dans les années soixante de son mariage avec l’actrice de théâtre Judith Magre ;

    …

    et page 441 à propos du projet, hélas inabouti

    _ « avec beaucoup de regret. Et de peine«  : « Dov mourut malheureusement d’une crise cardiaque avant que je pusse tourner« … _

    d’aller pêcher « en Méditerranée, non loin de Césarée« , avec « Dov Paisikovitch, boucher à Hadera » et « l’homme le plus silencieux que j’ai connu«  (page 440) ; mais « le silence est aussi un mode authentique du langage«  :

    …

    « originaire de Transylvanie, il avait été déporté à Birkenau avec sa famille au moment où l’extermination des Juifs de Hongrie était à son comble, en mai 1944 (…) ;

    et même si « on ne pouvait le comparer en rien à _ l’extraordinaire _ Filip Müller

    …

    _ « il n’y aurait jamais deux Filip Müller ; jamais _ une autre fois… _ cette voix de bronze, et la reverbération, la vibration de son timbre, qui se poursuit longtemps après que ses justes et dramatiques paroles ont été proférées ; jamais cette profondeur de pensée, cette haute réflexion sur la vie et la mort, forgées par trois années d’enfer » ; si bien que de « tous les membres du commando spécial d’Auschwitz » ayant réussi à « survivre » que Claude Lanzmann a retrouvés et connus, « aucun n’égala _ en « force de témoignage« … _ Filip Müller ; et je sus qu’ils ne seraient pas dans le film. Sauf _ mais, lui, Dov Paisikovitch, pour « sa jeunesse et son absolu mutisme » !.. _ est-il précisé page 440… _,

    …

    il _ Dov, donc : le « silencieux« , lui… _ me plaisait ; et je lui rendis plusieurs fois visite dans sa boucherie, convaincu que sa jeunesse et son absolu mutisme avaient _ eux aussi ! _ leur place dans la tragédie que le film aurait à incarner » ;

    …

    « comme j’aime moi-même la pêche

    …

    _ nous y voilà !

    cf page 67, sa découverte de la pêche, l’été 1938 : « nous passions nos vacances à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère, chez un directeur d’école républicain, Marcel Galtier, que j’adorais parce qu’il m’instruisais de tout

    _ »instruire«  est aussi un mot qui vient à la bouche de Claude Lanzmann à propos de ses rapports (infiniment riches!) avec Simone de Beauvoir ; cf page 253 : « M’instruire était pour elle une façon de tout appréhender d’un oeil neuf, lui redonnant l’émotion _ = la fraîcheur ! _ des premières fois » : une « fraîcheur » à apprendre à trouver, saisir, re-trouver, re-vivre (ressusciter !) et ne jamais gaspiller… ; par exemple cinématographiquement… _,

    et d’abord de la pêche à la mouche dans les étroites et serpentines rivières à truites des hauts plateaux de l’Aubrac« … _

    …

    comme j’aime moi-même la pêche,

    l’attente, l’imminence _ voilà les réalités décisives (et fécondes) ici ! j’y reviendrai ! _,

    je m’étais dit : « On ne parlera pas ; on pêchera ensemble ; et je raconterai son histoire en voix off« . Dov avait accepté ma proposition ; il mourut malheureusement d’une crise cardiaque avant que je pusse tourner« , page 441, donc… _

    …

    quelque chose m’assurait,

    donc, je reprends l’élan de la réflexion de Claude Lanzmann, page 249, à propos de son « insuffisance de maturité«  (d’auteur !) en 1953,

    que mon existence atteindrait sa pleine fécondité

    _ et « géniale«  : c’est en effet de l’œuvre propre du « génie« , à la Kant, qu’il s’agit, en cette vie d’un authentique créateur (d’exposition, « dévoilement« , ainsi que « transmission«  et « partage« , de la vérité de ce qui a pu advenir à un peuple) que cette vie « féconde« , oui ! (en une œuvre géniale, telle que « Shoah« …) de Claude Lanzmann _

    quand elle entrerait dans sa seconde moitié » : soit, en comptant bien, seulement à partir des quarante-deux ans de Claude Lanzmann : à la date de la parution du « Lièvre de Patagonie« , cela donne à partir du 27 novembre 1967… ; et en 1953, Claude venait d’atteindre ses vingt-sept ans…

    …

    voici, donc,

    ce sera l’article final,

    l’article « principal » (IV) sur cet « immense livre » qu’est « Le Lièvre de Patagonie«  de Claude Lanzmann :

    il portera sur la « loi » de la création du « génie«  de l’artiste ;

    Claude Lanzmann dit aussi, page 504, « le travail de la vérité«  :

    les deux lui sont, en effet, absolument indissociables !..

    …

    « Loi » qui lui fut aussi un « mandat » (page 493)

    de révélation, transmission et perpétuation, enfin,

    d’une vérité (tragique) longtemps contournée et étouffée,

    sinon « annihilée« …

    …

    Titus Curiosus, ce 17 août 2009

  • L’exploration « inspirée » de Jean-Louis Schefer de son goût des « portraits »

    J’ai achevé hier soir la lecture _ pas de première facilité ; il m’a fallu pas mal m’accrocher, parfois, pour poursuivre… ; le livre n’étant pas tout à fait « fait pour le lecteur » : très indirectement seulement ; car c’est avec soi-même (= lui-même) que l’auteur d’abord s’y « explique« , déplie, déploie, découvre un peu, ou beaucoup… _

    j‘ai achevé hier soir, donc, la lecture de « La Cause des portraits » de Jean-Louis Schefer,

    …

    livre que m’avait vivement conseillé son éditeur _ aux Éditions POL _ Jean-Paul Hirsch,

    au café Lavinal, au village de Bages, le jeudi 11 juin dernier,

    lors de la remise « ensoleillée » _ un pur moment de grâce _ du Prix Lavinal à Nathalie Léger, pour son magnifique « L’Exposition » :

    sur lui, cf en priorité mon article du 15 juin (plutôt que celui du 14 ou celui du 17) : « la jubilante lecture des grands livres : apprendre à vivre en lisant “L’Exposition” de Nathalie Léger » ; ce grand livre, très vif et incisif, très aéré (court : de 157 pages toniques !), méritait au moins trois articles pour le « fouiller » un peu ; et « débattre » un peu avec lui : ce à quoi je m’essaie en ce blog…

    …

    Le livre de Jean-Louis Schefer est d’un autre « tonneau« , lui :

    199 pages de phrases parfois infinies de recherche de l’énigme de soi _ aussi et surtout peut-être comme « auteur » (de livres sur des « tableaux« ), et selon certaines « musiques«  ; même si c’est on ne peut plus modestement ; et non sans beaucoup d’ironie, vraiment, à l’égard de soi : Jean-Louis Schefer s’appliquant régulièrement au cours de son enquête la métaphore (kleistienne ?..) des marionnettes _,

    en creusant, avec bien de la cocasserie parfois _ comme un canari un os blanc de seiche (cf la réjouissante description du jeu des « deux infectes canaris » de la « couturière Carabosse«  de la rue Le Marrois, page 106) _, tout ce que peut offrir l’effort de la mémoire,

    à quelques soixante années de distance (de l’été 1947 ou 1948), pour le principal de ce « travail« … ;

    …

    mais l’enquête tire,

    et en vue de l’ »essentiel«  _ pour un jeune auteur de 70 ans : il est né le 7 décembre 1938 _,

    les « ficelles » (de « marionnettes » _ à la Kleist, donc…) de toute une vie,

    de son « éveil« , surtout, _ alors et longtemps resté confus, tout ensommeillé qu’il demeurait : encore immergé dans « la nuit« … _ à ce qui devait se révéler une « vocation » (au déchiffrement de « portraits« …)…

    …

    Ce travail d’enquête ayant, forcément _ comme pour tous les plus grands livres : Montaigne, « Les Essais«  ; Shakespeare, « La Tempête«  ; Cervantès, « Don Quichotte« … :

    tous combien plus auroraux que crépusculaires en leur « lumière«  ! _,

    quelque chose de « testamentaire« 

    en sa vivacité inspirée…

    …

    L’excellente émission de Frédéric Ferney « Le Bateau Libre » du 11 juillet 2009 (la sixième) consacre treize minutes à une très instructive interview de Jean-Louis Schefer sur ce livre ;

    accompagnée, dans la marge, sur le site du « Bateau Libre« , de cette très judicieuse citation (à la page 197, je viens de la retrouver…) de « La Cause des portraits » :

    …

    « Qu’ai-je jamais eu de plus précieux et quel trésor

    _ voilà ! _

    plus sublime ou mieux caché que ces images et scènes suspendues et qui sont désormais dans ma vie le centre vide

    _ oui : d’un maelstrom _

    et l’énigme infinie

    _ et en cela infiniment fascinante _

    vers laquelle

    _ voilà la direction ! _

    je me déplace

    _ et œuvre _

    sans le savoir

    _ jamais assez : on tourne encore autour, en tentant de s’en approcher, en « cabotant«  comme on peut : par l’écriture en acte… _,

    comme si un fil

    _ celui, kleistien, des marionnettes _,

    une malice

    _ qui fait trébucher _

    du chemin, un vice du temps

    _ un clinamen lucrécien ! Jean-Louis Schefer l’évoque lui-même une fois, page 189 _

    me contraignaient

    _ encore et toujours _

    à arpenter

    _ un terme kafkaïen, cette fois, in « Le Château » et « Le Procès«  : autres chefs d’œuvre de la plus haute volée du comique ! cf l’article de mon ami Vaclav Jamek « Les paradoxes de l’humour« , in le n° 415 du Magazine littéraire, en décembre 2002 _,

    peser

    _ la source et l’acte même du « penser«  actif ! _,

    mesurer et manier

    _ cela demeure toujours à réaliser, en effet : de main d’homme… _

    cette matière et cette boue

    _ »homme«  provenant d’« humus » (et de l’humilité)… _

    dont, certainement, je suis fait, ou les bulles de savon

    _ thème de choix, enfantin et ludique, de ces « Vanités«  hollandaises, souvent sublimes, que Jean-Louis Schefer a pu contempler dans les musées du pays d’Almelo et d’Hengelo, ces petites villes et villages découverts, eux, en ces vacances de 1947 ou 48… : « Hengelo, près de Almelo, au nord d’Arnhem, de Deventer, dans la province d’Overijessel, au milieu d’une plaine basse très abondamment irriguée, coupée de routes, de canaux, semée de boqueteaux de trembles, très légers, et de sapins bas, ne montant jamais très haut dans le ciel mais plutôt, de temps en temps, secoués par le vent, rincés par la pluie qui laisse le ciel régulièrement balayé, rafraîchi et où ne monte jamais une trop grande chaleur«  (page 56) _

    les bulles de savon, donc _ telles celles du souffleur de Chardin ! et celles de l’enfance rêveuse décrites aux pages 22 et 23 : en « cette physique d’eau savonneuse et de poussières dansantes aux rayons du soleil« … _,

    soufflées dans des pailles, dont la nacre irisée emporte avec elle les petits visages d’un carnaval de sucre« 

    _ mais dont quelque chose aussi s’est conservé : en quelle « espèce de liquide conservateur ? » (page 25) :

    …

    c‘est la tâche de ce livre d’« exploration«  fervente et inspirée, tout autant qu’ouverte à l’improbable,

    de le (re-)« mettre à jour« , en quelque sorte,

    avec délicatesse, patience dans l’attention aux plus improbables et inaperçus « détails« ,

    et, aussi, une étrange féconde force…

    …

    Le second et avant dernier chapitre du livre, « La Nuit« 

    _ il va de la page 169 à la page 193 ;

    le premier, « Les Voyages« , de la page 9 à la page 168, est la « matière«  même (de sortie de l’« enfance«  et d’initiation à ce qui serait une « éducation esthétique« … : l’expression se trouve page 13 : « mon éducation est esthétique« …) des souvenirs recherchés et « travaillée« , ardemment, en ce livre… ;

    et, l’ultime « Cause des portraits« , est lapidaire : 5 pages à peine de conclusion, et toute provisoire ! _

    creuse la réflexion sur ce face-à-face _ à soixante-dix ans : l’âge était donc venu, cet hiver 2008-2009 de l’écriture fervente de ce livre… _ en un mouvement tournant, à nouveau, de passacaille (ou chaconne) :

    je lis, page 177, ceci :

    …

    « Est-ce pourquoi avançant pourtant

    _ mais justement !!! _

    dans mon âge

    _ le « dans » doit être pris au pied de la lettre : « dedans« … _,

    je marmonne aujourd’hui

    _ jours de l’écrire ; et du penser ; et du « se souvenir«  en cherchant à « dé-chiffrer«  enfin un peu mieux ce qui fut « une sorte d’anabase«  (page 124) du rien moins que « Golgotha de l’enfance«  (l’expression se trouve à la page 191)… _

    ces toutes petites ritournelles

    _ cf l’usage deleuzien (dans « Mille plateaux«  et dans « Qu’est-ce que la philosophie ?« ) de ce concept de « ritournelle«  ici… _

    qui me tiennent dans leurs ficelles

    _ de marionnettes kleistiennes _

    et tirent mes bras

    _ d’agissant comme d’écrivant _

    comme si la toute première marionnette dans laquelle

    _ l’expression est, bien sûr, à relever ! _

    nous avons commencé

    _ ah ! les « commencements d’une vie«  ! n’est-ce pas, François Mauriac ? le très beau (et pas assez connu) texte mauriacien de ce titre est paru aux Éditions Grasset en 1932 :

    nous commençons comme « marionnette«  ;

    pour ne rien dire de ce qui suit et/ou continue ; en fonction des conséquences et des degrés d’un « éveil«  : certains (et bien plus nombreux que les seuls « Sept Dormants d’Éphèse«  !..) continuant probablement de bien dormir, profondément, toujours… _

    n’avait pas grandi

    _ du tout _

    et faisait battre notre cœur ; petites scènes, événements invisibles qui doivent

    _ selon leur logique propre, autonome _

    continuer de parler tout seuls sans mon concours ; ou bien musique dont j’entends la voix monter, et toujours la même : « Erwache Dich, ruft uns die Stimme«  ; la voix qui me relève la nuit, qui dit et chante : « Eveille-toi », qui ne vient pas en même temps que le visage. « Erwache Dich ! », sans doute parce que mon film n’est pas terminé

    _ peut-il l’être jamais ?.. _

    et les voix mal raccordées aux visages parlants »,

    page 177, donc…

    …
    Voici le passage, page 189, qui me paraît très éclairant _ pour des philosophes, du moins _ sur le clinamen qui préside à la compréhension par Jean-Louis Schefer de sa propre « anabase«  :

    …

    « Suis-je alors, comme par magie, affecté d’un retour du temps ?

    _ telle une question proustienne :

    mais est-ce seulement passivement ?..

    Est-ce justement son essence

    _ celle-là même du temps !

    mais y a-t-il « temps«  pour d’autres que des vivants-mortels ?.. _

    qui se constitue

    _ elle a donc une « histoire« , cette « essence du temps« … _

    ou devient visible

    _ phénoménalement, en quelque sorte, alors, et seulement ;

    ou secondairement :

    en une « expérience » plus ou moins ressentie ;

    et plus ou moins clairement ressentie, certes :

    que de degrés !..

    même pour un seul et même individu, en son parcours de vie… _

    non par une succession d’images, de scènes formant des souvenirs,

    mais comme l’économie de la mémoire

    _ même _

    tantôt imaginée comme un système d’épargne

    et tantôt comme une force ;

    et dont le fonctionnement mystérieux obéirait à l’espèce d’effacement fulgurant

    _ hors temps _

    du temps

    que me semble encore désigner le clinamen de Lucrèce :

    là et alors,

    qui ne désignent plus ni lieu ni temps,

    la chose

    _ si difficilement figurable en « images« , en « scènes« … _

    passe à l’état d’être atomique

    _ fondamentalement _

    sans n’être dorénavant plus assignable par aucun repère :

    elle est devenue la pensée même.
    Ce que la métaphore de Lucrèce m’avait semblé présenter comme l’équilibre d’une éternité d’un maintenant

    dans lequel le temps comme succession d’instants

    disparaissait ?« 

    …

    La réflexion se poursuivant à la page suivante, page 190 :

    …

    « Mystère essentiellement infantile des secrets du passé que nous gardons comme des secrets, sur lesquels des images auraient posé leur sceau

    _ bloquant provisoirement ou définitivement l’exploration des métamorphoses :

    page 116, Jean-Louis Schefer use de l’expression « le catalogue des métempsycoses« … _ ;

    et des images qui, tout comme dans les rêves

    _ avec leur « ombilic« … _

    tiennent la place d’un monde dans lequel il n’y aurait ni temps, ni figure.« 

    …

    Et l’auteur de s’interroger :

     » Quelle espèce de durée donner à ces images éparses et comme tissées d’allers et retours perpétuels

    _ car non seulement elles reviennent, mais nous aussi, nous n’arrêtons pas d’essayer de les  décrypter, à l’occasion, en l’impression d’« inquiétante étrangeté« , ou plutôt de « familiarité bizarre« , en nous heurtant régulièrement à elles, pour peu que nous soyons un peu curieux, et osions, tel Persée, affronter Méduse… _,

    comme par le mouvement d’un fuseau passant et repassant sous la trame ? Comment peindre ce brouillard

    _ mon propre « essai » porte le titre de « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise _ ou un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni«  : c’est dire si tout cela vient me « parler«  aussi… _

    et le mouvement de ces atomes dans leur chorégraphie

    _ tout d’abord _

    incompréhensible ?« 

    …

    Jean-Louis Schefer avance alors ceci :

    « Sans doute ne reste-t-il que des atomes ; sans doute aussi la mémoire nous contraint-elle au jeu d’une comédie

    _ cocasse, éminemment drolatique  ! le texte s’y déchaîne parfois, notamment à propos de remarques sur la vie familiale (au sein de laquelle le rôle de pivot de la mère de l’auteur, délicieusement croquée alors… : notamment en son catholicisme « passionné, intransigeant« , qui « doit sans doute nous laver des restes familiaux _ du côté paternel : des Schefer _ d’une fausse religion, le protestantisme, dont il est évident à ses yeux et dans son expérience qu’elle est d’essence mondaine«  (page 156), sans qu’elle en soit, non plus, jamais la dupe !..) _

    dont nous serions moins l’auteur ou le metteur en scène

    qu’un protagoniste d’occasion et de hasard,

    puisqu’à tel moment il nous faut comprendre

    (comme dans l’anonymat terrifiant des rôles où nous placent les rêves)

    que la mémoire était le dernier terme d’abolition du temps.

    Nous n’y faisons pas notre retour comme un acteur

    mais comme une chose 

    égalisée dans l’immense matière du temps

    _ l’expression est magnifique de justesse _

    qui vient de cesser,

    de perdre son rythme,

    de lâcher l’espèce de palpitation

    _ quasi toujours haletante, dans le temps subi _

    du destin ;

    comme rejetés sur la grève

    _ de la mer du Nord hollandaise, en l’occurrence _,

    au milieu de débris d’algues, de coquilles fossiles

    _ si nous atteignons par là un temps plus cosmique,

    non plus décompté en heures, minutes et secondes,

    c’est précisément parce que la mémoire nous fait revenir là

    et tels que nous avons cessé d’être :

    chose à peine,

    empreintes déjà fossiles portées par un autre temps que nous ne savions pas exister

    parce que son ordre n’était que le mystère continu et inapparent de la vie,

    du tableau des phénomènes

    et du déroulement des événements.
    Mais peu de choses passent au tableau,

    bien peu organisent des scènes,

    presque rien n’entre en composition dans une histoire.

    …

    Ainsi

    _ cependant, pour peu qu’on y prête quelque attention et qu’on s’y « focalise« , à contresens des « brouillards«  et des « vues brouillées » où tout dérape… _

    le Golgotha de l’enfance,

    l’aquarium absent

    _ refusé par la mère _

    qui n’a fait qu’alimenter des rêves de poissons captifs,

    ainsi les poussières

    _ lucréciennes : c’est toujours du clinamen qu’il s’agit là… _

    d’un rayon de soleil« ,

    page 191…

    …
    Le résultat, c’est,

    pages 93 et 94, que

    « ces souvenirs _ retrouvés _ ne sont plus miens

    que parce qu’ils sont toute l’attente, dont je suis alors saisi

    _ et « inspiré » !.. en deux mois d’écriture frénétique et sans rature !.. _,

    du style (de la partition, de la musique entière)

    dont je suis désormais la seule possibilité

    _ d’où la mission testamentaire aurorale, bien plus que crépusculaire !

    Ils sont miens parce que sortant du paradoxal anonymat des rêves,

    c’est encore moi tel que je puis me figurer comme le paramètre d’inconnu qui s’ajoute, chaque seconde, au monde

    _ tel un point de vue singulier, monadique (à la Leibniz de « La Monadologie« )…

    Sentant comme un regret, un remords, mesurant une espèce de retard de figure et de langage touchant la vie même

    _ en son flux jaillissant et fécond _,

    je vais doter d’un style ce qui n’est que ma _ forcément modeste _ participation au monde.
    La naïveté de mon langage, la légèreté de ma croyance au monde et ma foi inébranlable en l’existence inexpliquée des autres,

    en somme le besoin même de l’enfance,

    arrangeront tour à tour des tableaux,

    des récits,

    des raisonnements » _ en une œuvre un peu variée, somme toute : mais autour d’un même pivot… Pages 93 et 94…

    …
    Voilà.

    « Je n’ai fait toute ma vie que chercher une seule image

    et recopier mille tableaux

    qui m’ont appris la patience, une délicatesse de touche, le soin des détails,

    à recopier des scènes ou des paysages dont le silence, enfin, était toujours

    moins l’attente d’une action imaginaire

    que celle d’une musique _ la musique des sphères, dont se rapproche un Bach... _ jusque là jamais entendue.

    Les études, latin, allemand, grec, philosophie,

    les livres

    n’ont été que le passe-temps de cette tâche toujours plus urgente

    comme si ma vie, jusqu’à maintenant, avait dépendu,

    et le seul salut dans une guerre qui n’aurait jamais pris fin,

    de l’amitié des Chardin,

    des tourments d’une âme du Greco,

    de la dernière sérénité bleue de Matisse,

    tous ceux avec qui, je crois, j’ai appris la musique la plus secrète« , pages 34 et 35.

    …

    Et le catalyseur-« introducteur«  (= « initiateur«  : il en faut !) de cette découverte existentielle fondamentale

    fut la rencontre, en un train filant vers la Hollande, en 1947 ou 48, de Françoise,

    bientôt, aussi, « fille de Dieu » (page 37) ;

    « épouse du Christ« , elle lui dira alors (à Lisieux) : « reviens me voir, je ne m’appelle plus Françoise« , page 38.

    …

    L’école :

    « La petite vie de laboratoire qu’impose l’école ne réussit qu’à découvrir, comme levant le coin d’un voile, un monde de frustration, sans beauté, sans nuances _ qualitatives _, sans intelligence _ c’est grave ! mais combien juste, hélas, le plus souvent !.. _,

    inaugurant la séparation dramatique de l’intelligence et de la sensibilité,

    ruinant au nom d’une définition obtuse de la réalité _ galiléo-cartésienne (+ Adam Smith…) _ le génie d’intuition que nous portions en nous ;

    et que seule la rêverie forcenée nous permet, des années durant _ par la suite !!! et obstinément… _ de maintenir vivant ou de nourrir« , page 144.

    …

    Car l‘ »enseignement de la réalité«  que pratique l’école « restera sans prise sur la pâte de rêves dont nous avons, tous plus ou moins _ cf Shakespeare… _, été façonnés« , page 153…

    …
    Ce que Françoise lui fait alors découvrir,

    ce sont les « objets vrais, des objets infinis dont la peinture et la musique seraient le reposoir« , page 165…

    …

    C’est que « le monde commence alors _ dans l’enfance _ par être sentimental : sans la rudesse du besoin, sans le tourment du désir, il est _ ce monde pour nous, en effet _ une partition sentimentale

    sur laquelle toutes sortes de choses décident de nos attachements fantômes

    à travers lesquels nous espérons

    _ avec plus ou moins de succès, en nos « rencontres » singulières : notamment d’œuvres d’art… _

    une lumière plus grande et plus douce, une musique plus éternelle«  _ fondamentale, page 181.

    …

    Un livre initiateur d’expérience vraie !

    que cette « Cause des portraits« 

    de Jean-Louis-Schefer…

    …

    A suivre ! Un deuxième volume devant poursuivre la réflexion…

    …

    Titus Curiosus, le 14 juillet 2009