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  • Réception hier du très émouvant « La Femme sans visage », recueil de contributions d’amis qu’elle a profondément marqués par son exceptionnelle humanité, à un hommage vibrant à Simone Gipouloux (1914 – 2024), rayonnante en son sourire libre et généreux…

    Pour marquer ma réception très émue hier 6 juillet du très émouvant « La Femme sans visage« , recueil de contributions d’amis que Simone Gipouloux (Toulon, 25 mars 1914 – Talence, 14 février 2014) a profondément marqués par son exceptionnelle humanité, qu’a réunis Monique Bauer – qui n’a pas connu, elle, Simone, mais a été très fort touchée par les témoignages qu’elle a reçus de diverses personnes concernant l’exceptionnelle rayonnante humanité de Simone… – , et que celle-ci m’a adressé,

    voici ce modeste témoignage de ma part à ce superbe et très simple – avec les purs mots du cœur – vibrant hommage rendu par ce petit livre à Simone Gipouloux, si exceptionnellement rayonnante en sa foncière modestie et humour…

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    …

    D’abord, voici ce tout frais petit courriel de remerciement-réception à Monique Bauer, adressé hier à 17h 07 :

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    C’est avec beaucoup d’émotion que je découvre à l’instant le recueil de très beaux et si justes témoignages – de Chantal Cambronne, Josiane Blasquez, Pascale Dewambrechies, Serge Labégorre, Catherine Cessac, Francis Lippa, Janine Molina, Brigitte Lopez ; c’est moi (qui suis né à Libourne le 12 décembre 1947 et fut élève au lycée de Libourne de 1957 à 1964) qui vous ai fait connaitre les liens de Simone Gipouloux avec Serge Labégorre (Talence, 15 décembre 1931 – Bordeaux, 16 avril 2026), libournais, ami proche de Simone et peintre important, qu’elle a soutenu (un imposant très grand tableau de Serge Labégorre figurait déjà, en 1964, en la salle de séjour de Simone à Libourne, comme, ensuite, en sa maison du 99 avenue Georges Clémenceau à Talence…)  ; et avec Catherine Cessac, qui a été son élève à l’automne 1968, et est devenue une musicologue importante, faisant autorité sur Marc-Antoine Charpentier…  – que vous avez réunis dans ce « La Femme sans visage – A la recherche de la Fille de Mai que je n’ai pas connue, Simone Gipouloux », et que vous venez très gentiment de m’adresser.

     

    Me frappe bien sûr – même si cela ne m’étonne pas du tout ! – la très belle concordance de ces divers témoignages, tous très émus et tous très reconnaissants (de ce que la fréquentation de Simone Gipouloux a pu nous apporter, à chacun, de si précieux pour une vie vraiment « humaine » ), concernant Simone Gipouloux, mon professeur de philosophie, l’année de Terminale, au Lycée de Libourne, l’année scolaire 1963 – 1964, et amie depuis, sur sa vraiment extraordinaire « humanité ».
     
    Mais me dérange aussi, un peu, le titre que vous, qui ne l’avez jamais rencontrée – mais avez entendu si chaleureusement parler d’elle, et de son rayonnement si profond… – , avez choisi de donner à ce recueil : « La Femme sans visage – A la recherche de la Fille de Mai que je n’ai pas connue, Simone Gipouloux » – et cela à partir de votre découverte personnelle de l’existence, et surtout des paroles de Simone Gipouloux présentes dans les deux éditions successives, aux Éditions du Bord de l’Eau, en 2004, puis 2018, de « Filles de mai – 68 mon Mai à moi – Mémoires de femmes« , avec une préface de Michelle Perrot… – , car pour la plupart des témoignants-là de ce recueil, Simone Gipouloux n’était certes ni « sans visage », ni « sans voix », si prégnants et marquants, ce visage et cette voix siens ; et nous continuons donc, chacun d’entre nous, tous, maintenant qu’elle n’est plus physiquement là, depuis le 14 février 2014, à la voir et à la regarder, et à l’entendre et à l’écouter, à converser encore avec elle, en continuant à quelques moments de nos vies singulières, de poursuivre, avec jubilation et humour, notre merveilleuse conversation avec elle…
     
    Quant à la « Fille de Mai », Simone Gipouloux l’était encore moins pour moi, qui la connaissais auparavant, dès 1963, et ne l’ai pas connue en mai 1968, ni les années proches qui ont suivi ; ni ne l’ai jamais considérée comme – ni réduite à – une « Fille de Mai » – ce qu’elle a été et demeure évidemment pour vous, à partir d’abord de vos lectures, puis de vos rencontres témoignant d’elle…
     
    Mais je comprends, bien sûr, que ce que vous, Monique Bauer, pouvez avoir entendu de très marquant d’elle, en sa pourtant foncière et fondamentale humilité, ait pu vous mettre ainsi en pareille recherche-quête d’elle, de sa parole vivante, et même de son visage…
     
    Merci beaucoup, donc, de ce beau recueil de témoignages sur l’ « humanité  » souriante et, à ce degré rare-là, rayonnante – et exemplaire, même si c’est sans le moins du monde l’avoir jamais recherché… – , de Simone Gipouloux. 
     
    Francis Lippa,
    vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux,
    élève de Simone Gipouloux en classe terminale de Philosophie au lycée de Libourne l’année scolaire 1963-64,
    devenu professeur de philosophie en lycée, 42 années durant, à son exemple,
    et ami fidèle depuis…

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    Ensuite et surtout ces deux contributions de témoignage personnel de ma part, et à la demande de Monique Bauer en quête du visage et de la voix de Simone Gipouloux – pour elle « Fille de Mai 1968« … – , en date du 20 juillet 2020 pour le premier, et du 11 décembre 2025, pour le second :

    …

    Simone Gipouloux fut d’abord pour moi ma prof de Philo,
    et probablement la personne dont la rencontre a orienté le plus ma vie ;
    puisque ce que j’ai ardemment désiré, et réalisé, c’est devenir à mon tour, pour d’autres, le modeste maître de philosopher qu’elle a été pour moi.
     
    Ce n’est pas la philosophie que j’admirais, ni devenir philosophe ce à quoi j’aspirais,
    mais bien assumer, comme elle, cette position de montrer comment vivre (et vivre bien)
    nécessite – de chacun et de tous, quel qu’il soit… – cet effort de penser aussi justement qu’on le peut, 
    au plus quotidien du quotidien, avec très grande humilité et une bonne dose d’humour !
     
    À la façon d’Héraclite se moquant de ses admirateurs – surpris ! – le surprenant chez lui, à Éphèse, en train – lui, le philosophe tellement admiré – de faire la cuisine ;
    et leur disant, lui dit « l’Obscur » : « Les dieux sont aussi dans le foyer ».
    Mais oui, c’est bien là qu’ils sont le plus – les dieux…
     
    Ou à la façon des maîtres zen chinois ou japonais, au plus quotidien du quotidien, eux aussi…
     
    Je suis revenu voir Simone Gipouloux à Talence, d’abord rue du Château, une ou deux fois, l’année qui a suivi le bac,
    puisqu’elle avait quitté Libourne, et moi le lycée ;
    puis, dans les années 80 – j’enseignais deux ans de suite au lycée Alfred Kastler, tout proche – , en sa petite maison avec jardin du 99 avenue Georges Clemenceau :
    elle préparait un peu de thé, et nous bavardions un moment, toujours passionnant, avec de la musique dans la pièce ;
    puis ensuite, devenue quasiment aveugle, dans sa chambre de la maison de retraite rue du Lycée,
    où je la surprenais en train d’écouter France-Musique ou France-Culture ; et nous parlions aussi de ses enfants.

    …

    Et puis, en date du 11 décembre 2025,

    en réponse à une demande de complément de témoignage de ma part, émanant de Monique Bauer :

    …

    Simone Gipouloux était rayonnante d’humanité, toujours souriante et accueillante, toujours positive,
    sans jamais la moindre ironie acerbe ou plaintive.
    Ni vanité.
    D’une parfaite modestie et humilité – en son humour inexorablement souriant.
     
    Comme je me représente Montaigne, notre voisin gascon à la formidable conversation.
     
    Et elle a marqué ma vie : j’ai voulu être professeur de philosophie en classe de Terminale à son image d’ouverture formidablement lumineuse et généreuse.
    Une personne rare, et même exceptionnelle.
    Un exemple – d’évidence toute simple mais très forte – de chemin existentiel sûr et heureux.
     
    Et sa figure très amicale demeure très présente en ma pensée.
    Elle m’accompagne régulièrement de sa chaleureuse rayonnante humanité…
     
    Et elle adorait aussi – comme je l’aime, et au quotidien… – la musique.

    …

    Voilà, très simplement,

    pour donner à partager un peu une modeste trace du rayonnement tellement bienfaisant et jubilatoire, avec son sourire et son humour, de la si chère Simone Gipouloux…

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    Ce mardi 7 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Du cliché de l’inapproprié idéologique « devoir de mémoire » au plus juste historiographique « roman national », un courriel à propos de la « table ronde » d’hier soir à l’Amphi Montesquieu de l’IEP de Bordeaux sur la complexité de bien faire comprendre les méthodes et les enjeux de la « Fabrique de l’Histoire » par les Historiens d’Histoire presque contemporaine…

    Suite à mon assistance hier soir (de 17 à 19 h), à l’Amphithéâtre Montesquieu de Bordeaux, à une Table-ronde _ à partir de questions préparées pour cette rencontre par des étudiants de Sciences-Po _ autour de l’exposition « Gurs 1940 » consacrée à ce qu’est « Le devoir de mémoire« , de la 39e saison des « Rencontres Sciences Po Bordeaux – Sud-Ouest« ,

    et dont les invités étaient les historiens Annette Wieviorka (née en 1948),  Sébastien Ledoux (né en 1971), et Alain Chouraqui (né en 1949),

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    voici le courriel que je viens d’adresser ce matin dès 8 h, à son modérateur, Christophe Lucet…

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    Comme je vous ai glissé à la va-vite au terme de votre table-ronde d’hier soir,
    c’était plutôt « Gurs 1940 » qui m’avait incité à venir écouter cette table-ronde réunie à l’Amphi Montesquieu…
    …
    En tant que philosophe,
    vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux,et autour de mon blog Mollat « En cherchant bien« , ouvert le 3 juillet 2008,
    et aussi fils d’un père assistant du Pr Georges Portmann (de 1939 à 1942), et passé (en tant que « T. E.« ) par Gurs en 1942-43,
    je me suis beaucoup intéressé à la démarche historienne…
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    Cf le podcast  écoutable de mon entretien du 25 mars 2010 avec Emmanuelle Picard à propos de son remarquable « La Fabrique scolaire de l’histoire » ;
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    C’est surtout Alain Chouraqui qui hier soir m’a impressionné : je lirai son « Vertige identitaire » et son « Pour résister ».
    …
    Et j’ai compris que c’était surtout les travaux de Sébastien Ledoux
    (surtout « Le Devoir de mémoire : une formule et son histoire », mais aussi, plus secondairement, et c’est un peu dommage, « La Nation en récit »)
    qui avaient servi de base à l’organisation de cette table-ronde…
    …
    J’aurai préféré un regard bien plus critique des étudiants sur _ et le mot est très juste _ cette « formule », bien trop exploitée par les médias et les pouvoirs, de « devoir de mémoire »…
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    Et là-dessus les vigoureuses très bienvenues mises au point d’Alain Chouraqui ont été tout à fait éclairantes ;
    mais ont-elles suffi à bien faire comprendre au public biberonné aux formules ressassées des medias la nécessité de mettre bien plus clairement en critique cette malheureuse expression (idéologisée) de « devoir de mémoire » ? ;
    c’est aux « témoins » que s’impose le devoir de témoigner,
    et pas aux autres, qui ne sont pas des témoins !
    …
    Et pour ce qu’il en est de la compréhension véridique de l’Histoire passée,
    c’est là ce qui appartient essentiellement, au fil des jours de leurs travaux s’enrichissant de leurs mutuelles critiques, aux démarches très exigeantes de ce travail très méthodique des historiens sérieux ;
    qui ont à intégrer aussi, en effet, à leur matériaux (les documents, les archives),
    et en les passant soigneusement au crible de leur critique (pardon du pléonasme !), ces indispensables « témoignages » des « témoins »
    _ dont l’« ère » s’achève, chaque fois, au décès du dernier témoin direct, pour reprendre l’expression d’Annette Wieviorka, dans son important « L’ Ére du témoin », paru en 1998…
    …
    Là-dessus, et pour la Shoah, mettre l’accent sur l’admirable et extraordinaire recueil de témoignages _ souvent d’outre-tombe (tombes qui, dans ces cas, n’ont pas existé !) _ de Saul Friedlander, dans les 2 tomes de son « L’Allemagne nazie et les Juifs » : un indispensable absolu !
    …
    Cf aussi le formidable recueil de témoignages cette fois de témoins indirects et encore vivants de la Shoah par balles du Père Patrick Desbois : «  Porteur de mémoires » 
    …
    Et sur l’histoire de l’Ukraine,
    lire l’excellent et indispensable Timothy Snyder, en commençant par son indispensable lui aussi « Terres de sang _ l’Europe entre Hitler et Staline »…
    …
    Et sur l’historien et le témoignage,
    font justement autorité les travaux subtils et lucidissimes de Carlo Ginzburg, dont « Le fil et les traces » et « Un seul témoin », traduits par notre ami le philosophe Martin Rueff…
    …
    Bien à vous, Monsieur Lucet,
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    Francis Lippa
    vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux
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    P. s. :
    et ici un lien à la vidéo de mon entretien de mardi dernier 22 novembre avec Pascal Chabot sur son « Avoir le temps » (ainsi que sur l’ensemble de son parcours de penser le réel en philosophe),
    pour l’ouverture, à la Station Ausone, de la session 2022-2023 de notre Société de Philosophie de Bordeaux, dont le président est Pierre Crétois (de l’université Bordeaux-Montaigne).
    …
    Un philosophe, spécialisé en épistémologie des sciences humaines, aurait pu être utile aux étudiants de Sciences-Po pour préparer avec un degré supplémentaires d’acuité cette table ronde…
    Et à la formule trop convenue et surtout inappropriée de « devoir de mémoire », l’expression (et pas le mot) de « roman national » aurait pu être judicieusement substituée…
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    Ce vendredi 25 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Et aujourd’hui la photo de Samuel Paty prise sur le vif, en cours, dans sa classe : la puissante passion-joie d’enseigner…

    Après la photo de Samuel Paty prise en vacances en 2008, il y a 12 ans, au bord de la mer,

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    aujourd’hui, et pour la cérémonie _ dans la cour d’honneur de la Sorbonne _ d’hommage au défunt assassiné,

    une photo assez récente de lui, prise _ probablement par un élève _ dans le vif même de l’acte d’enseigner, en classe,

    à côté de l’écran d’un ordinateur portable

    _ le cliché, ici coupé, nous prive de l’élève en bas à droite, dont on n’aperçoit que le sommet du crâne…

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    Samuel Paty, professeur d\'histoire-géographie, a été assassiné le 16 octobre 2020. 

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    Mais ici, la photo est complète :

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    La formidable vivacité du regard _ amusé _, et le geste ouvert des mains _ la droite tenant un stylo _,

    disent tout de sa passion-joie d’enseigner-partager…

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    Il est vivant !

    Il est en classe !

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    Sa bouche, en train de parler, s’adresse à nous,

    qui allons à l’instant _ sur le vif _ lui répondre…

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    Vive le professeur !!!

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    Ce mercredi 21 octobre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les enjeux de pouvoir de la curiosité libre et ouverte : le passionnant « Sérendipité _ Du conte au concept » de Sylvie Catellin, un livre salutaire !

    Rien n’est plus important pour le devenir même _ en qualité ! _ de la culture _  et cela en sa vérité même : contre les impostures de ce qui veut se faire passer (mensongèrement) pour « culture« … _,

    pour la poursuite à vaste échelle de son enrichissement au lieu de son appauvrissement (auto-destructeur) dans le crétinisme de masse du (misérable) psittacisme que savent si efficacement former et développer, à échelle mondiale, les publicitaires stipendiés, faiseurs d’addictions stupides _ d’achats, pour commencer, et pour finir (car c’est bien là leur alpha et leur omega !). ; cf Dany-Robert Dufour : Le Divin marché _ la révolution culturelle libérale… _,

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    que de cultiver vraiment _ et c’est un art ouvert, pas une technique fermée ! _, à commencer dans la pratique quotidienne de l’enseigner : l’enseignant doit apprendre, et sur le tas, en le faisant, à enseigner (how to teach) aux élèves comment eux-mêmes ils peuvent apprendre (how to learn) ! tout en mettant à leur disposition des références les plus judicieuses qui soient ! _ cf là-dessus le tout récent Transmettre, apprendre, de Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi ; et L’École, question philosophique, de Denis Kambouchner _,

    et à cela à tous les niveaux (sans exception) d’écoles, de formations, comme d’institutions de recherche,

    et de manière fondamentalement ouverte,

    …
    la faculté si méconnue et l’art _ étouffé, asphyxié ; mais aussi masqué et nié, en empêchant toute prise de conscience réelle et authentique _ de la sérendipité.

    …

    Au point que l’histoire du mot même qui réussit à les repérer, mettre en évidence et d’abord désigner, est terriblement récente : en usage en anglais, d’abord parmi les cercles de bibliophiles, depuis 1875 (plutôt que 1754, date de sa création _ et hapax pendant plus d’un siècle ! _ en une lettre privée de Horace Walpole à son ami et cousin Horace Mann, à partir du très vieux conte tamoul des Trois Princes de Sarendip, qui inspira aussi le Zadig de Voltaire, en 1748) ; en français depuis 1952, d’abord dans des cercles scientifiques soucieux d’épistémologie ; avant de devenir, mais non sans ambiguïté, fort à la mode au tournant des années 2000, via le web.
    …
    C’est à la double histoire de cette notion et de ce mot, et sa possibilité d’advenir peut-être enfin au statut de concept _ mais un concept fondamentalement paradoxal, comme sont déjà les concepts de génie et de création : l’étrangeté de ce mot exotique de « sérendipité« , tant géographiquement (Serendip = Ceylan) que historiquement (le récit d’origine remontant à la nuit des temps…), connotant fortement l’étrangeté de la chose même qu’il désigne, voisine d’un trafic de l’imagination complexe et probablement risqué, réservé à très peu d’initiés ; voire carrément tabou… _,
    que s’attache le livre très important et absolument passionnant _ tant par ses enjeux (y compris, et peut-être surtout) politiques et économiques, dans la répartition des pouvoirs (dont celui, capital, de créativité) auxquels accepter de consentir de partager avec davantage d’autres…), que par ses apports et analyses _ de Sylvie Catellin, Sérendipité _ du conte au concept, qui paraît ce mois de janvier aux Éditions du Seuil, collection Science ouverte.
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    La sérendipité est la faculté, ainsi que l’art infiniment précieux (de pratiquer celle-ci), de chercher et de trouver « par hasard et sagacité » _ une qualité cruciale ! et un mot lui-même trop bien oublié : Descartes s’y arrêtait fort justement… _ des choses que l’on ne cherchait pas au départ ;
    ou encore l’ »art de prêter attention _ un processus crucial ! de focalisation… _ à ce qui surprend et _ surtout _ d’en imaginer une interprétation pertinente » _ soit le raisonnement même que le génial Peirce qualifie d’« abduction« … _,
    grâce à « l’importance de la prise de conscience par le dialogue ou l’écriture, dans la découverte » même _ au lieu de tout laisser filer dans l’inaperçu à jamais.
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    D’où le « triptyque conceptuel qui pourrait devenir la devise d’une future _ heureusement féconde _ République des Lettres, des Arts et des Sciences : sérendipité / indisciplinarité / réflexivité » ;
    en mettant l’accent sur l’importance, dans la libido sciendi, de « la recherche comme implication subjective _ d’un soi qui entreprend de s’engager vraiment à rechercher sérieusement plus avant… _, qui sert _ aussi _ aux autres par cela même qu’elle est _ intensément, passionnément _ personnelle« .

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    Ce point est capital :

    le processus très riche de découverte par sérendipité implique en effet l’engagement personnel et singulier (et passionné) de la personne pensante _ et cela, chacun, un par un, et existentiellement ; à la fois à part soi, en même temps qu’en échangeant avec les autres ! et surtout avec les mieux qualifiés et ouverts (cf Kant : « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ?..« …), ainsi que dépourvus d’imposture (cf Roland Gori, La Fabrique des imposteurs…) _, en la formation _ nécessairement précise et nécessairement contextualisée en une culture apprise, mais aussi toujours mouvante, jamais arrêtée ni figée : soit une culture vraiment vivante, toujours ouverte, sur le qui-vive, en chantier actif, et pleinement à vif… _ de son expérience propre et, in fine, unique.

    Et qui sera à essayer _ aussi _ de partager avec d’autres personnes-sujets (et non individus-objets techniquement manipulables par d’autres !) en des récits précis et toujours relativement détaillés _ faisant place aux accidents et circonstances empiriques ; à l’ordre triomphant du contingent…

    …

    C’est en cela que « le récit d’enquête _ dans le conte déjà par exemple, tel celui des Trois Princes de Sarendip auquel se référait le curieux et érudit Walpole en 1754 ; ainsi que Voltaire, en 1748 _ est la meilleure démarche _ sans aller jusqu’à forcément passer par l’analyse conceptuelle _ pour transmettre _ in concreto dans une pratique, et en une adresse à des personnes chaque fois bien précises _ l’art de la sérendipité » :

    un art ouvert, subtil et délicat, non strictement duplicable tel quel (mais à transposer, avec esprit…), ni a fortiori massivement programmable par des machines… Et impossible de faire l’impasse de la formation, chacun un par un, de la personne propre !

    …

    En cela, et à quelque niveau que ce soit _ scientifique ou pédagogique, pour reprendre ne seraient-ce que ces deux niveaux cruciaux-là _,

    « il n’y a pas d’autres voies pour susciter la recherche _ à la fois en donner le désir et en esquisser des formes de premières pistes… _, que de raconter _ en son détail empirique et toujours particulier, voire singulier _ comment on cherche _ et, de fait _ on trouve » : soit « enseigner l’art de la recherche en la racontant«  _ ainsi que fait, par exemple, le magnifique récit de François Jacob La Statue intérieure…
    …
    Et cela, face aux tenants des œillères dogmatiques étroites et obtues d’un utilitarisme de rentabilité à courte vue et à tout crin, qui s’obstine, très paradoxalement, à ignorer « l’aspect _ fondamentalement _ imprévisible et non planifiable de la sérendipité«  _ ce qu’illustre, en France, le conflit qui opposa, dans l’entre-deux-guerres, Jean Perrin, partisan d’une science désintéressée et libre, à Henry Le Chatelier, tenant d’une conception utilitaire de la science industrielle ou appliquée, dirigée.
    …
    Car, et cela à toute échelle _ dans la plus modeste petite salle de classe, comme dans le laboratoire de recherche scientifique le plus pointu _,
    « la sérendipité justifie le _ fondamental et vital ! _ besoin de liberté et d’autonomie _ d’imageance active et ouverte à l’inconnu : un concept que m’a inspiré l’œuvre de mon amie Marie-José Mondzain _ des chercheurs » : face à ce qu’ils ignorent et vont pouvoir trouver _ chercheurs que doivent eux aussi être (ou devenir), et fondamentalement, en en prenant le goût, les élèves à l’école : « Edgar Morin _ page 25 de La Tête bien faite Penser la réforme, réformer la pensée, en 1999 _ a suggéré avec raison d’initier dès l’école l’art de la sérendipité« …

    …

    De même que « faire découvrir _ à d’autres _ la sérendipité, c’est _ leur _ faire comprendre que lorsque la science _ c’est-à-dire le chercheur qui tâtonne _ découvre,

    elle _ la science _ est un  art  » :

    celui qu’apprend à mettre en œuvre, et pas à pas, la personne même, singulière, de ce chercheur se livrant courageusement à sa patiente recherche _ un art complexe et jouissif (intensif, passionné) d’artisan qui invente et découvre (avec passion joyeuse et le plus grand sérieux cognitif, ensemble), donc, et non quelque technique mécanique programmable par quelque algorithme, aussi ingénieusement raffiné soit-il par les prouesses renouvelées et avancées de l’ingénierie informaticienne…

    …

    Là-dessus, lire l’ouverture génialissime du Métapsychologie de Freud, par lequel celui-ci,

    tout en offrant, en 1915, à ses détracteurs (qui lui déniaient la moindre légitimité scientifique), de premières formulations de concepts fondamentaux « clairs et rigoureusement définis« , ainsi que doit être en mesure de les fournir toute discipline revendiquant, au-delà du seul fétichisme du mot, le statut authentique de « science« , en l’occurrence ici une formulation des concepts de « Pulsion« , de « Refoulement« , d’« Inconscient« … ;

    par lequel Métapsychologie, donc, Freud fait très hautement entendre la priorité définitivement permanente et absolue du travail de recherche inventive du chercheur, à l’encontre des crispations arc-boutées sur le maintien sacro-saint de la théorie acquise ! ; autrement dit la priorité de l’activité créatrice et infiniment ouverte à jamais en son chantier, génialement féconde à cette condition, de la sérendipité !..

    …

    Et à cette priorité décisive de la recherche dans le devenir des sciences (du moins en leurs moments de « révolutions scientifiques« , selon Kuhn), Sylvie Catellin consacre des pages utiles aux apports (et limites) de Thomas Kuhn par rapport aux thèses de Karl Popper : La structure des révolutions scientifiques versus La Logique de la découverte scientifique…
    …
    Par là,

    « la sérendipité justifie le besoin de _ grande _ liberté et d’autonomie des chercheurs«  _ que tous, et pas seulement les scientifiques, nous humains sommes, dés le simple fait, largement ouvert et inventif (sauf niaiserie indurée à se contenter de répéter les clichés figés et arrêtés du discours dominant), du fait même de parler (et créer, et pas simplement répéter-reproduire, passivement et mécaniquement, nos phrases, comme le montre si bien Noam Chomsky : c’est en effet sur le champ, hic et nunc, que nous avons à construire nos phrases en les improvisant (voilà !) à partir des structures syntaxiques ouvertes et du vocabulaire de la langue reçue et partagée ; ensuite, « le style«  (quand « style » du discours il y a et advient : mais assez vite…) « est l’homme même« , comme l’a bien marqué Buffon… _, en favorisant « ces qualités les plus précieuses que sont la curiosité et la sérendipité, l’audace et la prise de risque » _ même si cela dérange certaines positions (arrêtées) de pouvoir acquises par certains…
    …
    Par ce qu’il est à même de modifier dans le partage _ toujours mouvant _ des pouvoirs entre les individus,

    cet enjeu culturel et pédagogique pleinement humain (et humaniste) de promouvoir l’ouverture puissante de la créativité par une culture de la sérendipité _ mais combien, a contrario, s’en méfient, et agissent pour la raréfier et stériliser, ou au moins réduire à des jeux insignifiants et suffisamment contrôlés… _,

    est donc rien moins que civilisationnel !
    …

    …

    Titus Curiosus, ce 24 février 2014