Étiquette : Eric Rouyer

  • Poursuite de la publication par Le Palais des Dégustateurs d’Eric Rouyer, des enregistrements du grand Carlos Païta (1932 – 2015), avec un 10e CD, un superbe CD PDD 055 « Mahler – Symphonie 6 », enregistré live à Liège le 21 novembre 1997 ; ou les enjeux très existentiels d’une œuvre et d’une interprétation diablement incarnées…

    Ce dimanche 27 septembre,

    j’ai le très vif plaisir de faire part de la poursuite de la publication par Le Palais des Dégustateurs du cher Éric Rouyer, des très marquants enregistrements symphoniques – articulant superbement le feu et la parfaite  justesse… – du grand Carlos Païta (Buenos Aires, 10 mars 1932 – Genève, 19 décembre 2015),

    avec un 10e CD que je viens tout juste de recevoir :

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    le superbe CD PDD 055 « Mahler – Symphonie 6 » – enregistré live à Liège le 21 novembre 1997 avec l’Orchestre Philharmonique de Liège… – ,

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    après les 9 précédents marquants  CDs de Carlos Païta, fidèlement publiés par le Palais des Dégustateurs,

    soient les CDs PDD :

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    036 « Chostakovitch n°8 – Bruckner n°8« ,

    037 « Tchaikovsky n°4 – n°6″,

    039 « Moussorgski/Ravel – les Tableaux d’une exposition  – Berlioz – la Symphonie Fantastique« ,

    040 « Brahms n°1 – violin Concerto – Beethoven n°5 et n°8« ,

    043 « Bruckner n°9« ,

    045 « Dvorak n°7 – n°8 – n°9 – Janacek – Taras Bulba « ,

    050 « Mozart n°40 – Richard Strauss – Une Vie de héros« ,

    051 « Chausson Op. 20 – Dukas – la Péri – Lekeu – Adagio pour Quatuor d’orchestre« ,

    et 052 « Mahler n°1 – Wagner – extraits symphoniques du Crépuscule des dieux « …

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    Le livret de ce nouveau CD comporte aussi, aux pages 3 à 9, une très intéressante présentation bien détaillée signée par Jean Lacroix,

    intitulée « Carlos Païta, un Argentin en Belgique« ,

    avec, aussi, une belle photographie, prise en 1990 – probablement après un concert, et pour la signature d’un autographe… – , de Carlos Païta, alors âgé de 58 ans, et Éric Rouyer, alors âgé de 24 ans – il est né à Grenoble au mois de juin 1966 – ,

    tous deux très souriants…

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    Éric Rouyer

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    Cf aussi cet intéressant entretien sur Opus 132 d’André Franck avec Eric Rouyer et André Hirt, pour Pizzicato :

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    « Intensité existentielle » – Carlos Païta dirige la Sixième Symphonie de Mahler

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    18/09/2026

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    Le label français Le Palais des Dégustateurs publie un enregistrement en direct – live : en concert le 21 novembre 1997 – de la Symphonie n° 6 de Gustav Mahler, interprétée par l’Orchestre philharmonique de Liège sous la direction de Carlos Païta.

    Remy Franck a réalisé cet entretien avec le musicologue André Hirt et l’éditeur Eric Rouyer.

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    Quelles ont été les circonstances du concert avec le 6e de Mahler à Liège ?
    Eric Rouyer : Ce concert a été rendu possible en 1997 grâce au soutien du Crédit Communal de Belgique et à l’engagement d’une grande personnalité à qui il faut rendre hommage : Paul Beusen (1944-2023). Initialement le Requiem de Berlioz avait les faveurs du Maestro, puis l’idée d’affronter cette 6ème symphonie de Mahler devint une évidence. Carlos Païta refusa au denier moment que le concert fut radio diffusé et enregistré, et menaça même de tout annuler ; et il fallu l’intervention décisive de son fils Alexandre afin de le persuader du contraire – ouf ! Ce fut son dernier concert, et il avait la prémonition de ce défi ultime puisqu’il confiera dans sa loge à son fils : j’espère que ce n’est pas le dernier. Dès la fin de l’interprétation vous l’entendrez dire Merci à l’orchestre. Il venait pour la première fois de mettre un genou à terre face au destin, et nous conservons des témoignages déchirants et profondément émouvants des musiciens qui ont alors livré une fabuleuse bataille afin de suivre ses indications et permettre de déchirer le destin avec ces coups de marteau terrifiants qui en font une interprétation unique qui se termine dans une aspiration vers la résignation et le vide.

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    Où sont, d’après-vous, les points forts de l’interprétation?
    André Hirt : La 6ème de Mahler est déjà en elle-même « tragique », pour une fois l’intitulé et la réputation conviennent, et l’investissement existentiel est tel qu’on ne sort pas d’une pareille expérience d’écoute sans perdre ses mots, voire s’évanouir toutes les images et les représentations qu’on pouvait se faire d’une telle œuvre. D’une certaine manière, cette interprétation, en l’état unique, comme souvent avec Carlos Païta (Celibidache en prendrait presque ombrage), nous fait nous demander ce que pourrait être une interprétation par le Maestro de la IX° Symphonie de Mahler (on sait qu’il l’a exécutée à Washjngton avant son divorce avec les USA).

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    Quelles sont vos conclusions si vous comparez son interprétation à celles de Bernstein /Vienne 1988, ou Abbado/Berlin 2005 ?
    André Hirt : Il existe tellement de versions majeures, à commencer par celle de George Szell (c’est par elle que j’ai découvert l’œuvre, et en y prêtant à nouveau l’oreille, cette version est très correcte, et je rends ainsi hommage à ce grand chef estimable et courageux), puis, surtout, pendant très longtemps, celle de Sir John Barbirolli, pour finir, parmi les choix hasardeux, Kondrashin et Karajan (je n’évoque pas les plus récentes, même celle de Currentzis). Mais, jamais, la partition n’aura été aussi fouillée, non pas formellement, mais dans ses intentions existentielles – voilà ! – que dans cette unique version disponible de Carlos Païta. Cela dit, je conserve un faible pour les versions de Bernstein, toujours surprenant et authentique.

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    Savez-vous si Païta a dirigé d’autres symphonies de Mahler en dehors des symphonies nos. 1, 2, 6 et 9 ?
    André Hirt : Il a dirigé les quatre. Mais également la 3ème dans des conditions très particulières qui mériteraient qu’on s’y attarde longuement tellement son interprétation est encore hors-norme. Les meilleurs et les plus indulgents, ainsi le supposent-ils, diront qu’il s’agit d’un document, les plus avertis reconnaîtront à la fois des maladresses dues à un orchestre qui n’était sans doute pas au niveau, mais qui parvient, ce faisant, à dégager de l’œuvre sa vérité, peut-être même, dans sa violence, comme jamais (l’hymne à la nature est aussi marquée par son deuil, pire encore, la destruction à laquelle on est en train de la soumettre) sa leçon pour l’avenir, écologiquement s’entend.
    Car dans la musique, on entend plus que ce qu’on entend, on y rencontre l’Histoire, la pensée, et même une vision politique de la nature.

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    André Hirt

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    Que pouvez-vous dire par rapport au répertoire de Païta? Y-a-t-il de œuvres majeures dans lesquelles vous ne le voyez pas du tout ? Oui, autrement formulé : quel genre d’œuvres lui convenait le mieux ?
    André Hirt : Je ne sais pas, et je ne désire surtout pas préjuger depuis qu’on a entendu Carlos Païta, grâce à son fils Alexandre et à la générosité et la passion d’Éric Rouyer, dans Dukas et Lekeu. Carlos Païta était chéri par Ernest Ansermet, c’est tout dire ! Il aimait la musique française, comme en témoigne sa passion pour Berlioz ( un tempérament si proche du sien), la Fantastique et puis sans doute son unique tentative à l’opéra avec La Damnation de Faust). Mais ce sont les sentiers du romantisme, y compris tardif, qui l’ont attiré – voilà ! – , avec Beethoven, Schubert, Wagner (des extraits orchestraux seulement, mais sublimes !), Brahms et Bruckner surtout, et puis Mahler, à un moment, dans les années 80, où en France du moins, il demeurait un inconnu. (À cet égard, la frénésie programmatique autour de Mahler, en ce moment, a quelque chose d’opportuniste et de peu authentique, comme une gélification et une banalisation, je veux dire une esthétisation au lieu d’une vitalisation existentielle – un distinguo bien utile – telle que Carlos Païta a su l’insuffler). Cela, pour dire que Carlos Païta serait plus malheureux encore aujourd’hui, dans les conditions actuelles de l’interprétation et de la mise en marché de la musique qu’à son époque dont il perturbait déjà les codes naissants, d’où son obscurcissement médiatique persistant (désormais anéanti grâce au Palais des Dégustateurs – voilà ! – ), impuissant néanmoins devant la vénération qu’on n’a cessé de lui porter en raison, disons les choses directement, de son honnêteté – oui : son irréfragable désir de justesse.

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    Carlos Paîta a divisé les opinions de son vivant, et il continue de le faire aujourd’hui. Que dites-vous â ceux qui prétendent qu’il est trop brutal ?
    André Hirt : Carlos Païta n’est pas davantage « brutal » – en effet – , mais je comprends ce que vous voulez dire. Je crois que ses interprétations sont, au sens littéral et strict, une plongée – en quelque sorte consubstantielle – dans les œuvres, une osmose – d’incarnation de l’interprétation – au sein desquelles la vie se jouait et se rejouait quant à son sens – voilà… L’intention est de rejoindre le fracas d’un son disparu, celui d’une percée dans ce que le monde et l’Histoire ne savent pas – et ne veulent pas – proposer, qui nous rend métaphysiquement insatisfaits. Carlos Païta est l’un de ces chefs, comme quelques rares autres, dont les visions sont à prendre ou à laisser –oui. Sauf que si on « laisse », la musique échappe et perd sa dimension en s’abandonnant aux rituels mondains – voilà, voilà – des concerts – à ne pas surtout déranger de leur confort attendu – pour une appréciation purement esthétisante – voilà ! – , et par conséquent inconsistante – hélas.

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    Ce dimanche 27 septembre 1026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur le double devenir assez préoccupant du disque (matériel) et des boutiques (ayant pignon sur rue) de disquaires, sur le front des avancées générales de la dématérialisation, à l’horizon de l’enjeu crucial du devenir menacé de la civilisation…

    Sur le double devenir assez préoccupant du disque (matériel) et des boutiques (ayant pignon sur rue) de disquaires,

    voici ce petit matin du 10 septembre, et en forme de suite à quelques uns de précédents articles de ma part, discophile passionné – cf par exemple mon article « Nouvelles remarques de commentaire à mon éloge du disque du mardi 26 mai dernier… » en date du 30 mai 2026, et suite à des échanges de courriels avec Eric Rouyer, et puis Laurent Melin… – , un – un peu commenté par quelques menues farcissures de ma part – significatif article de la direction de ResMusica, « Dernier disquaire classique et jazz de Bruxelles, La Boîte à Musique ferme sa boutique historique  « , qui forcément m’interpelle,

    alors que je suis en train de lire – j’en suis à la page 123 sur 235 que comporte le livre – l’admirable « Nos vies encapsulées – Quel devenir pour l’humanité ? » de mon cher ami bruxellois Pascal Chabot – un ultra-lucide travail de réflexion sur l’essentiel !!! – , qui vient de paraître aux PUF le 27 août dernier, et qui aborde en plein et lumineusement ces cruciales questions…  :

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    Dernier disquaire classique et jazz de Bruxelles, La Boîte à Musique ferme sa boutique historique

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    C’est une page qui se tourne sur les hauteurs de Bruxelles, au terme de plus d’un demi-siècle d’histoire. La mythique boutique La Boîte à Musique, installée au Coudenberg et fondée par la famille de Wouters d’Opplinter, a physiquement – voilà ! – fermé ses portes cet été. Avec elle s’éteint l’un des derniers havres d’écoute – physique, et c’est très précieux – de la capitale belge : un écrin paisible – voilà, voilà – où le temps semblait suspendu, où l’on venait autant pour dénicher un enregistrement rare que pour échanger – et c’est fondamental !!! – avec une équipe hautement spécialisée – et ultra-compétente, ce qui est absolument nécessaire !.. – et croiser d’autres mélomanes passionnés, tant de jazz que du répertoire classique des origines à nos jours.

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    Pour justifier cette fermeture physique, le mot d’ordre paraît tout trouvé : la « dématérialisation » – au sens large – – nous y voici donc ! – de la musique enregistrée et de son commerce. L’argument laisse pourtant perplexe – en effet ! – et n’est sans doute – probablement – qu’un élément parmi d’autres. Car ce serait oublier un peu vite que toute une communauté d’amateurs reste viscéralement attachée – voilà, voilà ! – au support physique – immédiatement à portée de la main, sans transition électronique ! – , au plaisir du texte de présentation, de l’objet et, par-dessus tout, à l’exigence de la qualité sonore – et pour ce qui me concerne, en priorité le fait d’avoir à portée immédiate de ma main ces CDs matériels, sans médiation électronique peu fiable à long terme… Alors même que le vinyle connaît un retour en grâce spectaculaire grâce à des pressages audiophiles et que le marché du CD classique montre une réelle stabilisation – en témoigne l’abondance exceptionnelle – mais oui, mais oui ! et c’est même assez vertigineux… – des nouveautés publiées physiquement en cette rentrée -, la disparition de ce lieu de rencontre – et rencontrer est bien évidemment fondamental – laisse planer un sentiment de grand vide – oui ; et à Bordeaux, j’ai l’insigne chance d’avoir la formidable librairie Mollat, et, au tout premier chef, mon disquaire préféré, à la formidable oreille et probité, Vincent Dourthe : d’inestimable conseil quand nous parlons à l’envi des disques, ceux qui paraissent, ou ceux qui sont déjà parus… Rien ne remplaçant pour moi ces si riches échanges avec lui sur les disques…

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    Pour autant, La Boîte à Musique, fournisseur breveté de la cour de Belgique, ne rend pas – complètement – les armes – ce n’est pas tout à fait encore Waterloo… L’enseigne entame simplement un nouveau chapitre – un aggiornamento, en quelque sorte – de son existence. Face à la mutation profonde des habitudes d’achat – de ses clients – et à la croissance continue de ses ventes à distance – tiens donc… – , la maison fait le choix de redéployer toute son énergie sur l’interface numérique – voilà ! L’expérience se poursuit donc désormais en ligne, sous le bénéfice d’une expédition garantie – de disques matériels – , avec un catalogue de plus de 100 000 références rapidement disponibles, des pièces rares, des promotions régulières. Tout cela sans rompre – tout à fait – le lien humain grâce au maintien d’une ligne téléphonique dédiée aux commandes – mais échanger au téléphone, ce n’est pas du tout la même chose que se parler « en présentiel« , comme ils disent : l’échange téléphonique transmet beaucoup moins que l’échange physique, bien plus subtil… La fermeture physique permettra à l’entreprise de réduire certains coûts – toujours le poids terrible et bien trop peu « subtil« , hélas, de l’économie – , notamment en matière de personnel et de logistique.

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    L’empreinte culturelle de la famille de Wouters d’Opplinter demeure d’ailleurs bien vivante à travers son rôle éditorial majeur dans le paysage culturel belge, avec deux labels :
    Pavane Records : fondé par le regretté Antoine de Wouters d’Opplinter, véritable référence pour les mélomanes belges et français, osant la promotion de répertoires rares – voilà – et de jeunes artistes en devenir – voilà aussi.
    Musica Ficta : label créé en 2004, consacré aux musiques anciennes – oui – , et dont la direction artistique actuelle est confiée à Bernard Mouton.

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    Si la vitrine du Coudenberg a baissé son store, l’esprit du lieu demeure : l’exigence discographique – oui – et l’amour des grandes interprétations – oui, oui – continuent ainsi de tourner, tels les sons et les parfums baudelairiens, dans l’air du soir bruxellois… et belge. (BH)

    Et c’est de rien moins que de l’avenir de la civilisation qu’il s’agit ici, à travers le devenir matériel du disque de musique, et de l’avenir des boutiques de disques ayant pignon sur rue, et assurant leur part, via le disque et ce qui entoure humainement son achat – pas par un simple clic électronique… – , d’une transmission ultra-compétente – et riche de multiples infra-détails qui très heureusement y affleurent, et l’enrichissent… – de la culture musicale la plus authentique auprès des jeunes générations…

    Car nous dansons assurément sur un volcan…

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    Ce jeudi 10 septembre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Deux réactions-réponses (par courriels) à mon article de déception-exaspération à l’encontre du très décevant, et même irritant, CD « Le Violon de Rameau » : les réponses d’Eric Rouyer et Antenor…

    Hier 1er septembre, et pour la toute première fois,

    ce ne sont pas des demandes de précisions concernant des recherches généalogiques de la part de lecteurs ayant trouvé mention sur mon blog encherchantbien.fr d’un membre de leur famille sur lequel ils s’interrogeaient et étaient heureux de découvrir des éclairages jusqu’alors inconnus d’eux,

    mais, cette fois, une réaction-réponse à un article d’appréciation musicale, en l’occurrence l’article en date du 29 août dernier « Quand une jolie idée de projet donne un bien décevant résultat musical dans sa réalisation discographique : le très médiocre CD « Le Violon de Rameau » de Théotime Langlois de Swarte et William Christie…« …

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    Un lecteur, Antenor, en effet, m’a adressé hier 1er septembre à 16h 48, le remarquable courriel suivant de remerciement :

    « Merci beaucoup ! Vous avez exprimé clairement ce que je pensais, bien tristement d’ailleurs, sur ce CD, alors que moi-même je suis aussi un idolâtre de Rameau !
    Alors que sa discographie est plutôt rare et précieuse comparée à d’autres géants du baroque, je trouve qu’il faut être bien outrecuidants pour imaginer un violon et un clavecin rendre hommage à l’opulente musique orchestrale de Rameau… Une basse de viole par exemple eut été du meilleur effet ; on sait à quel point Rameau tient à la basse ! Un autre instrument au continuo, pour étoffer une harmonie qu’on sait riche et variée, peut-être plus de cohérence en effet dans l’assemblage, et plus de relief aussi …
    Dans tous le cas, et surtout en ramiste passionné, je partage votre tristesse !« …

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    Mais au-delà de la réponse un peu trop convenue que j’ai rédigée sur mon blog, j’ai plaisir à donner ici la réponse plus personnelle que j’ai adressée hier soir à Antenor ;

    la voici donc :

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    Sur ce CD « Le Violon de Rameau » que j’ai vertement critiqué sur mon blog encherchantbien.fr , j’ai reçu, le 29 août dernier, en réponse presque immédiate à l’envoi de mon article très critique à l’égard de ce CD, ce courriel amusé d’Éric Rouyer, le patron du label de disques Le Palais des Dégustateurs, avec qui je corresponds régulièrement, comportant simplement ces mots-ci : « C’est la première que vous sortez ainsi les griffes ?! Si rarement que cela apaise l’esprit … Étonnant ! »…

    Car je préfère en effet me taire plutôt que de dire du mal d’une réalisation artistique, me réservant au plaisir du partage de mes enthousiasmes…
     
    Mais le courriel – d’approbation – que vous avez adressé à mon blog, m’a fait du bien.
    Parfois, il faut dire « Halte là ! », et « Reprenez-vous… ».
    Merci donc de votre commentaire à l’appui de mon cri d’indignation musical…
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    La musique que j’aime est en effet celle de la joie, qui est toujours un peu complexe, et pas au premier degré – avec une nécessaire once (légère et douce, et peut-être avec humour…) du tragique de toute vie, mais sans se plaindre surtout… – , comme chez Mozart ou Monteverdi, et tous les plus grands : Ravel aussi… 
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    Ce mercredi 2 septembre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Apprendre à rendre l’hommage qu’il mérite au travail primordial et de feu de l’immense Carlos Païta : une flamme vitale…

    Chaleureuses félicitations au bien bel hommage rendu par Crescendo Magazine avant-hier 14 juin par la plume d’Olivier Vrins en son article « Une première monographie primordiale consacrée à Carlos Païta » au très beau travail – primordial, en effet… – d’André Hirt en son « Carlos PaÏta dans le fracas d’un son plein d’épouvante – physionomie musicale d’un chef d’orchestre » – l’expression est empruntée à Dante : « Un fracaso d’un suon, pien di spavento« … – que publie Le Palais des Dégustateurs de l’ami Eric Rouyer – qui me l’a adressé – sur cet interprète hors-normes – et de feu ! – qu’est, pour jamais, l’immense Carlos Païta (Buenos-Aires, 10 mars 1932 – Genève, 19 décembre 2015)…

     
    Dont le rapport aux œuvres symphoniques qu’il choisit d’interpréter est rien moins que charnel et vital…
     
    D’où le schnaps préventif de quelques membres de l’orchestre qu’il dirigeait pour tenir le choc de la performance attendue bien sûr d’eux…
    Quelque chose d’une crainte sacrée ; pas un simple trac ordinaire…
     
    Merci !
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    Voici donc – avec mes modestes farcissures en rouge – ce bel article d’hommage rendu à Carlos Païta et au livre d’André Hirt, d’Olivier Vrins pour Crescendo Magazine :
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    par Olivier Vrins
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    André Hirt : Carlos Païta, dans le fracas d’un son plein d’épouvante. Physionomie musicale d’un chef d’orchestre, Le Palais des Dégustateurs, 2026, 161 p.

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    Qui entreprend de chroniquer le dernier ouvrage d’André Hirt, consacré à Carlos Païta (1932-2015), marche inévitablement sur des œufs. Personne n’a en effet oublié – et le philosophe – qu’est André Hirt – moins que quiconque – les rebuffades, tantôt condescendantes, tantôt féroces, essuyées par le maestro argentin, lacéré par la plume d’une horde de critiques musicaux, « d’ailleurs essentiellement ‘critiques’ davantage que musicaux (il suffit, comme partout, d’un seul pour que d’autres suivent – panurgiquement… – par opportunisme) au mépris du travail des artistes », souligne l’auteur non sans raison.

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    Fort heureusement, le travail d’André Hirt n’appelle que des éloges. Aussi insensé que cela puisse paraître, il signe ici le premier ouvrage, toutes langues confondues – en effet – , consacré à Carlos Païta. Dans ce précieux document, porté par une plume d’une rare élégance et d’une pertinence plus remarquable encore – oui – , se dessine une tentative de réhabilitation – voilà ! – amplement méritée : une hagiographie assumée davantage qu’une biographie consommée. Elle s’inscrit dans le sillage de la réédition, ces dernières années, de plusieurs enregistrements majeurs du chef sous l’étiquette du Palais des Dégustateurs – oui, oui – , auxquels Crescendo n’a pas manqué de faire écho.
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    Également publié avec le soutien du label dirigé par Éric Rouyer, authentique mélomane guidé par la passion et les coups de cœur – si proche, en cela – oui – , de Carlos Païta –, cet essai rédigé par un autre amoureux de la musique avec la complicité d’Alexandre Païta, fils aîné du chef, s’attache à la personnalité volcanique – de braise à jamais – de son protagoniste : un immense artiste à la réputation injustement ternie, qui ne fit pourtant de mal à personne en suivant son chemin de grand bonhomme.

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    Souvent décrié de son vivant pour sa grandiloquence et sa théâtralité, Païta brilla auprès de certaines des plus prestigieuses phalanges du monde sans jamais avoir été titularisé à la tête de l’une d’elles, nouant « de solides amitiés avec les orchestres anglais et belges, de l’amour même », comme aime à le rappeler André Hirt. D’aucuns eurent la chance de voir cette comète solitaire – singulière – qu’était Carlos Païta à l’œuvre sur la scène de la Philharmonie liégeoise, qu’il fréquenta assidument, ou au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Alexandre évoque avec le sourire sa rencontre avec les musiciens de l’institution bruxelloise qui, avant de pénétrer corps et âme dans le monde inspiré du maître argentin, se donnaient du courage en avalant un verre de schnaps – voilà : le chef intimidait... Ne répondirent-ils pas au fils du chef, étonné de leur légèreté : « Nous sommes prêts à jouer à fond pour votre père, et il nous faut un petit coup d’alcool pour avoir assez de vitalité – voilà, voilà – pour tenir le coup ! »

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    Personnalité hölderlinienne, « faustienne » selon André Hirt – dionysiaque, ajouterai-je… – , Carlos Païta était, nous enseigne l’auteur, un idiot musical – mais un « idiot » au sens originel du terme : une voix irréductiblement originale – singulière, tout simplement – , à l’image d’un Glenn Gould ou d’un Sviatoslav Richter ; l’un de ces artistes qui « sont tous finalement rejetés après une brève période au cours de laquelle, stupéfaits, on les salue comme d’étranges phénomènes (et on les célèbre alors comme tels, mais seulement comme tels !) ». Païta demeura toute sa vie en marge du circuit musical institutionnel – voilà, voilà. Ne dirigeant qu’à un rythme modéré, à rebours de la vogue de son époque – et de la nôtre encore –, il n’enregistra qu’une seule fois – voilà – une poignée– seulement – de chefs-d’œuvre. Il sut néanmoins se montrer aventureux, gravant notamment la Pastorale d’été d’Arthur Honegger ainsi que l’Adagio pour cordes d’un compositeur belge mort à vingt-quatre ans, Guillaume Lekeu.

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    Nombreux sont ceux qui, confrontés pour la première fois à la fougue et à la puissance vitale – de feu – de la narration païtienne, souvent tragique, voire catastrophée, en sortirent ébranlés. Le Requiem de Verdi, que je découvris dans mon adolescence sous l’étiquette « Lodia », détonna en moi comme une bombe. D’autres furent secoués par sa lecture des grandes symphonies : la Première de Brahms, la Cinquième de Beethoven, la Sixième de Mahler, les deux dernières de Bruckner, la Fantastique de Berlioz, la Pathétique de Tchaïkovski, voire la Quarantième de Mozart – peut-être moins inattendue sous la baguette du chef latin que ne l’affirme André Hirt, tant cette œuvre compte parmi les plus tragiques, sinon les plus romantiques, du compositeur salzbourgeois, bien plus sombre, en tout cas, que la « Jupiter » qui lui succède au catalogue.

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    Admirateur de Furtwängler, dont l’influence est palpable, et contempteur de Karajan, le maestro n’eut de cesse de privilégier le sens et la vérité – oui – au-delà du « beau son » – séducteur hédoniste. Matador au tempérament sanguin – et le sang est esprit, nous dit Nietzsche en son Zarathoustra... – , esseulé dans l’arène, aux prises avec une œuvre intimidante – voilà: en sa grandeur ou sa sublimité à affronter pour la servir telle quelle – , dont il entend maîtriser – et servir vraiment – le souffle – formidable, intimidant, terrifiant peut-être même – de ses deux – seules – mains tendues, pressenti par Ernest Ansermet pour lui succéder à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, Païta fut un homme de contrastes, volontiers porté à l’hyperbole ; « sa poésie se nouait à la violence comme chez Baudelaire », écrit justement André Hirt – on pourrait aussi se référer à la puissance magistral de Michel-Ange… Une violence qui « n’est pas dirigée contre les êtres ou même les choses, mais porte sur la contrainte de devoir forcer les portes d’un autre rapport au monde – brut, dionysiaque – , un forçage que la musique exige pour elle-même – voilà, tout simplement – au risque de n’être – sinon – qu’un simple divertissement – superficiel, passager, éphémère, de surface seulement – ou l’objet d’une contemplation – désossée, dénervée, vidée de sa vie – pour les esthètes et les conformistes ». Tout est dit, ou presque… – voilà. Carlos Païta est nietzschéen…

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    Au fil de ce livre magistral, qui se lit d’une traite et se relit ensuite par bribes avec plaisir, Hirt interroge la « grandeur » – la force, la puissance – de Carlos Païta : son art, son répertoire, sa dialectique « inesthétique », sa direction exaltante sinon exaltée, sa vision extasiée du son ; telle interprétation mémorable de la Deuxième de Mahler – dont le surnom de « Résurrection » sied si bien à l’héritage du chef argentin – ; telle autre, sublime quoique déroutante par l’extrême rapidité des tempi, de la Neuvième de Bruckner, quitte à questionner, non sans risques, les intentions déclarées du compositeur ; ou encore cette Neuvième enflammée de Beethoven, demeurée dans les limbes. « La brûlure, voici au moins descriptivement un mot qui serait à même de qualifier la musique de Carlos Païta » ; mais une brûlure qui agit comme une catharsis – voilà ce que réalise seul l’art vrai… 

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    Au-delà de la physionomie musicale d’un chef hors normes, ce que André Hirt défend en filigrane de son ouvrage, c’est la liberté artistique dans ce qu’elle a de plus noble et de plus fondamental : le combat des artistes – et cela quel que soit leur art… – imperméables aux pressions commerciales – évidemment, oui ! – , habités par une vision – pure et vraie, sans concessions… – de l’œuvre – même – qui, précisément parce qu’elle est singulière, ne saurait laisser indifférent – certes pas : mais qu’est un art sinon, sans cela : une pure imposture…

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    À l’heure où « l’uniformisation des interprétations est devenue telle que la nouveauté n’est elle-même validée que si elle peut correspondre à un standard, c’est-à-dire à une attente – intéressée, commerciale, marchande – , qui est le ferment du contraire d’une expérience », dénonce André Hirt, Carlos Païta nous donne à entendre « l’inouï ». Un « inouï » que le Palais des Dégustateurs nous donne de redécouvrir. Mieux : de revivre. Cet ouvrage y contribue dans une large mesure.

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    Une attitude vitale d’artiste parente de celle de Lucien Durosoir (1878-1955), qui me tient tant à coeur,

    dès mon article de découverte très très impressionnée de ses sublimes Quatuors à cordes, en date du 4 juillet 2008  « Musique d’après la guerre« …

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    Ce mardi 16 juin 2028, Titus Curiosus – Francis Lippa