Étiquette : Esa-Pekka Salonen

  • Apprendre à aller à la rencontre un peu poussée de l’oeuvre d’un compositeur contemporain, tel que John Adams ; ou le talent pédagogique rare et très éclairant de Karol Beffa en incarnation de Kairos musical…

    La culture artistique, et celle par exemple musicale, est grandement ouverte, presque à l’infini…

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    Mais il n’est pas forcément facile ni évident de se trouver, déjà, face _ par quelque concours de circonstances que ce soit : y entre aussi bien du hasard… _ à _ ou d’aller vers _ une œuvre d’un compositeur de musique dont on ne connaît alors rien des tenants et des aboutissants : il y faut une certaine dose importante de curiosité ;

    ainsi qu’apprendre à faire déjà un peu sien, à l’instant éminemment bref du moment juste, ce que le malicieux Kairos, croisé à son furtif _ et quasi brutal _ passage, passe généreusement nous offrir en fait d’occasion à saisir, sous forme d’une première approche nôtre, pouvant venir se métamorphoser, ou pas, en vraie et profonde _ ou plutôt à approfondir… _ rencontre _ cf là-dessus mon «   » du 26 octobre 2016…

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    Ainsi, prendrai-je l’exemple de l’œuvre musical de John Adams _ né le 15 février 1947 à Worcester (Massachusetts) _, à laquelle Karol Beffa consacre deux des chapitres de son « L’autre XXe siècle musical » : « L’irruption du minimalisme américain » et « John Adams El Dorado« .

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    De John Adams, je ne dispose jusqu’ici que d’un unique CD : le CD Warner 5 55051-2 « Harmonielehre« , avec le City of Birmingham Symphony Orchestra, sous la direction de Simon Rattle, en un enregistrement de 1993.

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    C’était lors d’une émission de France-Musique (La Tribune des Critiques de Disques, diffusée le 28 février 2016) consacrée à cette œuvre, que j’avais découvert d’un peu près _ ou, du moins, commencé à approcher… _ cette œuvre, à travers la confrontation _ aux oreilles un peu sagaces de Bertrand Dermoncourt, Emmanuelle Giuliani et Jean-Charles Hoffelé _ de diverses interprétations ;

    et j’avais éprouvé alors le désir de m’en procurer un exemplaire discographique : celui-là, que j’avais pu dénicher…

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    Mais cette curiosité-là s’était révélée plutôt seulement intellectuelle, sans le déclenchement d’un véritable enthousiasme, faute d’une profonde séduction éprouvée…

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    Or, il se trouve que

    le chapitre que Karol Beffa consacre à « El Dorado » (de 1991) aux pages 181 à 200 de son « L’autre XXe siècle musical«  _ cf mon article du 27 mars dernier : « « … _ m’a très fortement incité à rechercher dare-dare l’écoute de cette œuvre-ci ;

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    et surtout, et plus encore,

    et à défaut de pouvoir me procurer le CD Nonesuch de l’interprétation de cet « El Dorado » par Kent Nagano, désormais indisponible sur le marché (!!!),

    que l’écoute attentive des podcasts disponibles sur le web des deux parties de cette œuvre : celui de la partie I (« The Machine in the Garden« , 12′ 40), et celui de la partie II (« Soledades« , 16′ 09), pour une écoute d’une durée totale de 28′ 49, dans l’interprétation de Kent Nagano dirigeant l’Orchestre Hallé, pour un CD Nonesuch 79359 paru en 1996,

    m’a, elle, emporté, et enthousiasmé !

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    Sur cet « El Dorado » de 1991, j’ai trouvé aussi ce significatif et intéressant commentaire, signé Trimalcion, en date du 22 mai 2005, sur un blog intitulé « Les archives du sombre et de l’expérimental« ,

    en phase avec l’analyse détaillée très précise que donne Karol Beffa en son chapitre « John Adams El Dorado« , aux pages 181 à 200 de son passionnant « L’autre XXe siècle musical » :

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    « Composé dans la foulée de « The death of Klinghoffer » _ l’opéra composé en 1992 _, « El Dorado » est une œuvre pour orchestre qui en reprend les acquis en terme de liberté rythmique et harmonique _ voilà _, à savoir que John Adams n’est à ce moment-là plus _ seulement _ un compositeur « répétitif » ou « minimaliste » ; il mêle ces anciennes amours à un langage d’un raffinement orchestral inédit _ tout à fait séduisant… _, et abandonne aussi définitivement l’hypertonalité qui régnait encore dans la musique de Glass ou de Reich pour user d’harmonies très chromatiques, le tout renvoyant de plus en plus sa musique à celle de Ravel ou de Debussy _ oui ! _, l’esprit post-moderne en plus. « El Dorado » joue sur un violent contraste _ oui… _ entre les deux mouvements qui le composent _ ainsi qu’y insiste bien sûr aussi Karol Beffa. Le premier est une énorme machine bringuebalante _ justement titrée « The Machine in the Garden« … _ qui se met en mouvement progressivement et qui, devenue folle, finit par tout ravager sur son passage, dans un long crescendo de plus de douze minutes, qui voit graduellement la destruction totale du paysage dressé en début de mouvement. La nouvelle verve musicale _ dionysiaque, voilà _ du compositeur américain s’y déploie de manière spectaculaire. Le second mouvement _ titré « Soledades« … _ est au contraire rythmiquement et harmoniquement « pur », apaisé aussi. Il débute par quelques notes au synthétiseur, dont le timbre donne à ce début une tonalité presque new-age ; puis les échelles modales grimpent vers des harmonies plus hautes et plus lumineuses, la vitesse s’accélère cette fois-ci sans irrégularité, et le climax de cette seconde partie n’est que majesté, absence de troubles _ sérénité apollinienne élyséenne. Difficile de dire à quoi renvoie exactement la thématique du mythe d’El Dorado dans l’esprit d’un type comme John Adams, et le pourquoi d’une telle pièce. Pure jouissance symphonique, ou correspondances secrètes avec des fragments de l’histoire des États-Unis ? En tout cas un disque _ Nonesuch 79359 (publié en 1996) bien mieux que _ recommandable » _ de l’Orchestre Hallé sous cette direction fine et acérée de Kent Nagano, en un enregistrement dans les studios de la BBC à Manchester en juillet 1993…

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    Le très grand talent pédagogique, calme _ quasi à voix basse et sans pathos _, de Karol Beffa, en ses livres, comme en ses Leçons, Conférences, Entretiens divers disponibles, a ainsi constitué cet indispensable maillon déclencheur de la chaîne seule vraiment féconde des curiosités et enthousiasmes qui font une véritable culture, musicale ici _ pour ce qui est de cet « El Dorado«  de John Adams _,

    éclairée, passionnée et profonde…

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    Et nous ne manquons que trop de tels puissants passeurs de culture authentique vraie… 

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    Ce mercredi 30 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Bien écouter John Adams, en suivant les appréciations laudatives de Karol Beffa

    Pour qui désirera s’initier à _ et écouter un peu de _ l’œuvre _ importante _ du minimaliste américain John Adams (né à Worcester, Massachussets, le 15 février 1947),

    dont traitent les chapitres « L’irruption du minimalisme américain dans le paysage musical français » (pages 161 à 180) et « John Adams _ El Dorado » (pages 181 à 200), de « L’autre XXe siècle musical«  de Karol Beffa,

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    voici quelques podcasts _ magnifiques ! _ à écouter ici de deux de ces œuvres majeures de John Adams, en 1991 et 1997-98  :

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    _ d’une part, celui de la partie I (« The Machine in the Garden« , 12′ 40) et celui de la partie II (« Soledades« , 16′ 09) de son chef d’œuvre de 1991, « El Dorado » : pour une écoute d’une durée de 28′ 49 ;

    dans l’interprétation ici de Kent Nagano dirigeant l’Orchestre Hallé, pour un CD Nonesuch paru en 1996 ;

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    _ et d’autre part, celui de « Naive and Sentimental Music« , de 1997-1998 comportant trois parties 1) « Naive and Sentimental Music » (d’une durée de 18′ 10) ; 2) « Mother of the Man » (d’une durée de 15′ 09) ; et 3) « Chain to the Rhythm » (d’une durée de 10′ 58) : pour une écoute d’une durée totale de 44′ 04 ;

    dans l’interprétation ici d’Esa-Pekka Salonen dirigeant le Los Angeles Philharmonic, pour un CD Nonesuch paru en 2002.

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    Une musique qui vous subjuguera.

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    Ce dimanche 27 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Lise Davidsen, ou le déchaînement du calme au milieu de la tempête

    Découvrir une voix _ son timbre, son souffle _ peut être merveilleusement jouissif.

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    Ainsi en va-t-il du charme totalement prenant

    de la voix de la jeune sopano norvégienne Lise Davidsen,

    menée ici par le gant de velours d’Esa-Pekka Salonen

    à la tête de l’Orchestre Philharmonia

    en un programme Wagner – Richard Strauss

    qui déroule somptueusement :

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    il s’agit du CD Decca Lise Davidsen _ Decca 483 4883.

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    Voici ce qu’en chronique The Guardian :

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    Davidsen: Wagner and Strauss review – powerhouse soprano’s stunning debut

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    Davidsen/Philharmonia/Salonen
    (Decca)

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    Her voice is the calm at the centre of a storm of music by Wagner and Strauss in Davidsen’s worth-the-wait album

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    Wonderfully dark and dramatic … Lise Davidsen in Ariadne auf Naxos, Glydebourne, 2017...
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    Wonderfully dark and dramatic … Lise Davidsen in Ariadne auf Naxos, Glydebourne, 2017. Photograph: Robbie Jack/Corbis via Getty Images

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    N
    o emerging soprano has made quite the same stir recently as Lise Davidsen. Here, finally, is her first solo CD. It covers Wagner and Strauss repertoire recorded by many of the greatest voices – and yet several of Davidsen’s versions go straight towards the very top of the playlist.

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    Lise Davidsen album artwork.
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    Lise Davidsen album artwork. Photograph: AP

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    It’s not just the voice – though that is special in itself, gleaming and electric in tone, and buoyed by a seemingly endless supply of breath. It’s also the way she is able to create a still fulcrum even while all Wagner and Strauss’s orchestral manoeuvres churn around her.

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    First we hear two big scenes for Elsa, heroine of Wagner’s Tannhäuser, the full-beam excitement she switches on for Dich, Teure Halle turning to dignified resignation in Allmächt’ge Jungfrau. Then it’s Strauss: a powerhouse performance of Es gibt ein Reich from Ariadne auf Naxos, half a dozen orchestral songs, and the Four Last Songs.

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    “It’s not my responsibility to interpret. I am just the messenger” says Davidsen of her approach to Strauss, and it serves her well, though some interpretation has certainly gone into her wonderfully dark and dramatic Ruhe, meine Seele. There is, however, perhaps room for a little more individuality if she wants to make the iconic Four Last Songs truly her own – there’s a weightiness to her singing here that means they don’t soar quite as freely as they could.

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    It was the Philharmonia that gave the premiere of the Four Last Songs, in 1950. Here, conducted by Esa-Pekka Salonen, they give Davidsen solid support throughout, even if the textures can be murky. The soprano at the 1950 premiere was Davidsen’s fellow Norwegian Kirsten Flagstad. But I’d say a better comparison is with Janet Baker, who said so much by seemingly doing so little, and who would create an awed sense of vulnerability by paring her big voice down to the point where it risked cracking – as Davidsen does here in Strauss’s Morgen !, dancing with heart-stopping delicacy around Zsolt-Tihamér Visontay’s violin solo. The Baker mention alone should tell you how much this disc has been worth the wait.

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    Ce lundi 10 juin 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un sublimissime « Mandarin merveilleux » de Bela Bartok par le génial Esa-Pekka Salonen : un prodigieusement décoiffant CD Signum Classics

    Avant l’article que je me promets sur la très belle (et très riche) rentrée d’automne d’Outhere Music,

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    voici un sublimissime (!!!) « Mandarin merveilleux » du merveilleux Béla Bartók dirigé par le toujours grandissime Esa-Pekka Salonen dirigeant le Philharmonia Orchestra _ un décoiffantissime CD Signum Classics (SIGCD466).

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    En ayant rencontré, presque par hasard, un unique malheureux tout petit exemplaire posé comme négligemment sur l’étagère Nouveautés de mon rayon « Musique » de la librairie Mollat,

    je ne l’ai, bien sûr, pas laissé s’échapper,

    au milieu d’autres très beaux CDs, bien exposés ceux-là _ et en plusieurs exemplaires, ceux-là _, ce jour-là de la semaine dernière :

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    un parfait « Cello Concertos » de CPE Bach par l’excellent _ à suivre _ violoncelliste Nicolas Altstaedt (CD Hyperion CDA68112),

    un très réussi _ vraiment ! _ « Don Quixote and other Suites & Concertos » de Telemann, par un très bon Apollo’s Fire dirigé par Jeannette Sorrell (CD Avie AV2353),

    un superbe « Breathtaking _ a cornetto and a voice entwined » (avec des pièces de Cazzati, Corradini, D’India, Palestrina, Sances, Marini, Merula, Carissimi, Tsoupaki, Bassani, et Alessandro Scarlatti) par Hana Blazikova, soprano, et Bruce Dickey, cornetto (CD Passacaille 1020),

    et un concert live « Verdi – Dvorák String Quartets« , par Christian Tetzlaff & Florian Donderer, Hartmut Rohde et Maximilian Hornung, pour Verdi ; et Yura Lee & Katharine Gowers, Florian Donderer et Frans Helmerson, pour Dvorák, dans la superbe collection _ que je suis depuis plusieurs années, et ne manquerais pour rien au monde ! _ du magnifique Spannungen Chamber Music Festival (CD Avi-Music 8553358).

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    Or voici que ce matin, je découvre sur le site de Jean-Charles Hoffelé que je consulte chaque jour, un excellent article _ http://www.artalinna.com/?p=6278#more-6278 _, intitulé « Meurtre« , que je m’empresse bien volontiers _ et sans commentaire ! _ de reproduire ici :

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    MEURTRE

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    26 OCTOBRE 2016 JEAN-CHARLES HOFFELÉ

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    Salonen dirige son Bartók en compositeur : textures tranchantes, harmonies ébarbées, rythmes inflexibles, une grammaire plutôt qu’une action me disais-je entendant le vacarme de l’Intrada où Bartók aura retranscrit son affolement devant les bruits de New York : cauchemar de mégapole que le chef finlandais éclaire au néon.

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    Avant, on vous faisait Le Mandarin merveilleux « en suite », pour la soirée d’orchestre. Je crois bien ne l’avoir jamais entendu in extenso à Paris avant de le découvrir réglé par Boulez à Londres, retournant à la BBC. Mais avant lui, ce n’était que concert, plus du tout action. Le meurtre même, son gore, le sang, le sexe paraissaient à peine, dévorés à la va-vite dans une coda qui brillait trop pour un agonisant ou même pour un orgasme.

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    János Ferencsik le premier aura rétabli au disque le ballet intégral – même Peter Bartók n’osa pas demander à Tibor Serly la pantomime en entier, hélas ! –, puis Pierre Boulez l’imposa, chorégraphie plus sensuelle que morbide et de toute façon le massacre commencé, perdue dans un diagramme de sons, une abstraction lyrique, blanchie de chœurs.

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    Si Salonen commence façon concert, quasi factuel, il plante pourtant le décor : glaçant. Tout ce qui suit de la pantomime de séduction est feutré, bergien, c’est Lulu et le Mandarin, feulé par un orchestre qui s’abandonne dans une battue très libre où la partition de Bartók semble se lover. Fascinant. Mais lorsque les assassins paraissent, alors le génie du chef-compositeur éclate ; la proclamation des couteaux, la course poursuite haletante, le massacre, la grande phrase au contrepoint de trombone et de tuba ici déclamée comme jamais, ça vous atomise Le Sacre du printemps, vous le fait décoratif.
    La timbale et la grosse caisse tonnent, la petite harmonie déploie sa phrase qui saigne, les chœurs des spectres paraissent, le sang coule, inexorable. Salonen dirige tout ce qui suit comme un rite, musique affreuse, dont les cordes pleurent littéralement. Un supplice.

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    Difficile après cela de s’engager dans la fantaisie de couleurs et de rythmes de la Suite de danses, aussi précisément détaillée que la rende Salonen. Je suis encore dans ce sordide et sublime Mandarin, mais j’entends tout de même le ton âpre, les rythmes ritualisés qu’y mettait jadis György Lehel : comme il sait faire sonner son Philharmonia « hongrois » !

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    Le disque offre aussi, en fil-up, des Contrastes splendides, imaginatifs, insolents, où le piano de Yefim Bronfman se cabre devant la percutante clarinette de Mark van de Wiel, personnage incroyable qui démêle ses arabesques mordantes avec le violon de violoneux parfait de Zsolt-Tihamér Visontay.

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    Sacré disque !

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    LE DISQUE DU JOUR

    cover-salonen-bartok-imslpBéla Bartók (1881-1945)
    Le Mandarin merveilleux,
    Op. 19, Sz. 73 (ballet intégral)
    Suite de danses, Sz. 77
    Contrastes, Sz. 111

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    Yefim Bronfman, piano
    Zsolt-Tihamér Visontay, violon
    Mark van de Wiel, clarinette
    Philharmonia Voices
    Philharmonia Orchestra
    Esa-Pekka Salonen, direction

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    Un album du label Signum Records SIGCD466

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    Un CD admirable !

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    Titus Curiosus, ce mercredi 26 octobre 2016