Étiquette : esprit

  • de la dimension de profondeur _ et avec intensité ! _ dans la musique française ; et son interprétation : le magnifique exemple Claude Debussy / Nelson Freire

    En prolongement, en quelque sorte de mon précédent article, sur le tout aussi (grandiosement) magnifique « exemple » Jean-Marie Leclair / John Holloway (« dans » l’exceptionnel CD “Sonatas” de Jean-Marie Leclair _ CD ECM 2009 n° 476 6280) : « une merveilleuse “entrée” à la musique de goût français : un CD de “Sonates” de Jean-Marie Leclair, avec le violon de John Holloway« ,

    …

    je viens ici « partager » la joie profonde que donne le CD Decca 478 1111 « Debussy Nelson Freire« , qui vient tout juste de paraître, avec un programme _ tout aussi merveilleusement « choisi » ! _ d’interprétations du Livre I des « Préludes« , « D’un cahier d’esquisses« , « Children’s corner » et « Clair de Lune«  (extrait de la « Suite bergamasque« ) de Claude « de France« ,

    …

    je veux dire Claude Debussy (né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye et mort le 25 mars 1918 à Paris : « Tirili, tirila, je suis tout bonnement de Saint-Germain-en-Laye, à une demi-heure de Paris« )… ;

    CD enregistré à la Friedrich-Ebert-Halle, Harburg, Hambourg, les 11-15 juin 2008…

    …

    La musique requiert,

    pour qui ne se contente pas de la « lire » sur partition,

    la médiation d’une interprétation _ inspirée !!! _ d’un artiste, qui sache la rendre _ elle, la musique ! _ avec humilité et inspiration (« génie de l’auteur, es-tu là ? fais- nous la grâce de venir nous visiter !..« , sous ses doigts, sous sa voix, dans la tension tendre, et très intensément, d’un « jeu »,

    et en un lieu et un instant donnés ;

    …

    la qualité de l’enregistrement offrant, ensuite, la disposition

    _ technologique : commode ! vive le disque ! _

    d’une « répétition » infiniment prolongée :

    …

    répétée donc, à volonté ; mais différente, et à son meilleur « enrichie »

    …

    _ cf ici les analyses irremplaçables de Deleuze (1925-1995) en son (très grand !) « Différence et répétition« , en 1968 ;

    mais aussi le principe des « variations » (baroques), et de « diminutions » (juste avant…) ;

    lire ici « L’Altération musicale » de l’ami Bernard Sève (en 2002) _,

    …

    la qualité de l’enregistrement offrant la disposition d’une « répétition », et à son meilleur « enrichie », donc,

    de la « rencontre » avec l’attention (« requise »), et, « quand ça vient« , souvent, sinon à chaque fois, émerveillée, et non émoussée

    _ et c’est là, sinon à terme (à Dieu ne plaise ! pas trop vite, pas trop tôt, prématurément !..), du moins au fil des écoutes (elles murissent !…), un critère de la valeur des divers éléments placés en « connexion »… _

    d’une écoute qui « doit » _ c’est là son requisit propre ! _ se hisser, elle aussi, à ce niveau de « beauté » des précédents « sens » (en action) des précédents « intervenants » (en la « chaîne » du « donné-rendu » de l’œuvre…) :

    …

    au premier chef desquels _ of course ! _ le compositeur (« auteur » premier : à la source…) et l’interprète sont les « maillons » principaux, mais non exclusifs…

    …

    Chacun « amenant »

    _ sinon « convoquant » (= « faisant venir » ; comme érotiquement : in english, to come !) _,

    au jour « J »

    …

    _ jour de la création de l’œuvre par son auteur-créateur ;

    jour de l’interprétation de l’œuvre par l’interprète (à l’enregistrement _ ou au concert ; ou à « l’audition ») ;

    jour de l’audition (= acte æsthétique _ cf le si merveilleux et nécessaire (de lire) ! “L’acte esthétique” de Baldine Saint-Girons _

    de l’auditeur-écouteur (qui en « jouit »…) _

    …

    chacun amenant, donc,

    tout ce qui peut concourir _ poïétiquement ! _ au miracle du meilleur de la « rencontre » æsthétique, donc…

    …

    Bref,

    …

    et même si je découvre ce matin sur le site de Channel Classics les quelques « réserves » d’écoute _ ou plutôt d’ »audition » (acoustique !) _, quant au travail d’ingénierie du son (pour Decca) de Philip Siney, de Christophe Huss

    _ dont c’est en quelque sorte un « dada » ; et au point, hélas pour lui, de s’en gâcher totalement, et combien souvent, le plaisir !!! _,

    en son article (débutant par un « Et un autre massacre, un !« ) ;

    …

    et même si je découvre les quelques « réserves » d’ »audition » (acoustique !) de Christophe Huss

    quant à la « réalisation » de Nelson Freire,

    …

    Christophe Huss use, tout de même _ ouf ! _ des expressions « le toucher miraculeux«  _ oui ! _

    et « la science de la respiration _ absolument : quelle qualité d’écoute de la musique de la part de l’interprète ! _ de Nelson Freire«  ;

    ainsi que « un des plus grands pianistes de notre temps » !..

    …
    Sur la qualité de l’écoute de Nelson Freire,

    je relèverai, encore, cette remarque du livrettiste Olivier Bellamy, page 6 du livret du CD Decca :

    …

    « Le grand Claude-Achille (…) suggère au lieu d’évoquer. (…) Debussy écoute le vent du monde lui rapporter, d’est en ouest, rumeurs anciennes et sons nouveaux (…). Nul autre que Nelson Freire ne se sent plus proche de cette pudeur féconde _ une belle expression _, de ce raffinement silencieux _ c’est on ne peut plus juste ! Il adore aussi la délicatesse de la dédicace de « Children’s corner«  : « A ma chère petite Chouchou, avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ». Après la mort de Debussy, Alfred Cortot était venu jouer quelques « Préludes«  à sa fille chérie _ Claude-Emma (30 octobre 1905 – 14 juillet 1919), dite « Chouchou«  _ (qui rejoindra un an plus tard son père dans la tombe _ au cimetière de Passy _ ). Il avait demandé à l’adolescente : « Est-ce ainsi que ton père jouait ? » Chouchou avait répondu : « Oui, mais papa écoutait davantage… »

    Ecouter et laisser s’exprimer la musique, voilà le secret.« 

    …

    Et Olivier Bellamy ajoute encore, à la suite :

    « Chopin ne faisait pas autre chose _ en effet… _ : écoutant ce que lui confiait le piano sous la caresse de ses doigts habiles. » Oui ! 

    …

    Bref, ce CD « Debussy Nelson Freire » est un cadeau des Dieux…

    …

    Faites-vous en, déjà, une « petite idée »

    _ même si rien ne convient moins bien à l’écoute musicale qu’une « idée »,

    fût-elle « petite » !… _

    en allant l’écouter :

    …

    car rien ne remplace l’écoute personnelle ; même si, aussi, il vaut mieux « écouter » (vraiment) plusieurs fois…

    …

    Bonne écoute !

    Bon « enchantement » !

    Bon « Debussy Nelson Freire » ! pour vous…

    …

    Titus Curiosus, le 16 janvier 2009

  • Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le « tissage » de l’écriture et de la pensée de Montaigne

    Hier soir, à 18 heures à La Machine à Lire,

    Bernard Sève a pu enfin

    _ et avec quelle flamme ! en sa parole vive, précise et délicate _

    « donner » _ nonobstant la délicate coordination des diverses disponibilités d’agendas des librairies bordelaises et du conférencier, assez fortement requis par ses tâches d’enseignant (de philosophie esthétique _ et notamment auprès de doctorants) à l’Université de Lille-3 _

    pour la Société de philosophie de Bordeaux,

    la conférence sur Montaigne, d’après son si lumineusement éclairant _ mon pléonasme est maladroitement volontaire ! _ « Montaigne. Des règles pour l’esprit« , paru aux PUF en novembre 2007 ;

    …

    que personnellement j’appelais fortement de mes vœux, depuis l’achèvement de ma lecture de ce « sésame » montanien…

    …

    Bernard Sève avait choisi hier soir de diriger aimablement et délicatement notre attention sur ce que j’intitulerais « le tissage » entre l’écriture si idiosyncrasique de Montaigne _ « à sauts et à gambades » ; lui dictant,

    sous la dictée inspirante de son propre génie singulier, déjà,

    ses longues, longues écharpes de phrases si caractéristiques (de sa langue si richement « imagée » d’écrivain)

    à son secrétaire les notant en quelque sorte « à la volée » :

    …

    d’où cette allure de conversation, si vive, et si riche d’humour, du « texte » qui en fixe le parcours _ ;

    …

    Bernard Sève avait choisi de diriger notre attention sur ce que j’intitulerais

    « le tissage » entre l’écriture si idiosyncrasique de Montaigne, donc,

    et le penser

    _ encore plus riche et nuancé que cet « écrire » :

    collant si délicatement aux plus infimes nuances d’un pensable

    si proche, lui-même, de ce que son corps comme son âme,

    si unis, si amis, si mêlés,

    soufflent à son « génie », à sa « fantaisie »,

    à son esprit, précisément _ qu’il lui faut essayer de « régler » _,

    entre l’abîme de la folie

    _ dont nous a parlé hier soir Bernard Sève en cette si vibrante conférence _,

    et « l’entretien des Muses«  _ selon le mot (musical), un peu plus d’un siècle plus tard, d’un François Couperin _ ; « l’entretien _ merveilleux  _ des Muses«  :

    …

    ainsi ai-je pu, à mon tour abonder, en ce sens-là, en rappelant que le dernier mot des « Essais de Messire Michel, Seigneur de Montaigne« 

    _ puisque tel est le titre même que Montaigne a très précisément donné à son livre ! ainsi que nous l’a « rappelé » hier soir Bernard Sève ! (et écrit dans son article « Le « génie tout libre » de « l’incomparable auteur de l’Art de conférer » : ce que l’écriture de Pascal doit à Montaigne » _ in le numéro 55 / 2007 de « Littératures » : « Pascal a-t-il écrit les « Pensées » ?« , aux Presses Universitaires du Mirail) _,

    en son dernier chapitre

    de son ultime livre (« De l’expérience« , Livre III, chapitre 13),

    est une invocation aux Muses et à Apollon.

    …

    Je lis :

    « Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se rangent au modèle commun et humain, avec ordre, mais sans miracle et sans extravagance. Or la vieillesse a un peu besoin d’être traitée plus tendrement. Recommandons-la à ce Dieu

    _ Apollon, donc : le seigneur des Muses… : Apollon cytharède… _

    protecteur de santé et de sagesse mais gaie et sociale :

    « Frui paratis et valido mihi

    Latoe, dones, et, precor, integra

    Cum mente, nex turpem senectam

    Degere, nec cythara carentem. »

    _ sois, traduits, ces vers d’Horace, en l’Ode 31 du livre I (des « Odes« ) :

    « Fils de Latone, puisses-tu m’accorder de jouir de mes biens en bonne santé, et, je t’en prie, avec des facultés intactes. Fais que ma vieillesse ne soit ni honteuse, ni privée de lyre« …

    …

    Je me contenterai de citer ces échanges de courriers électroniques du mois de décembre 2007,

    issus de ma lecture toute fraîche de ce si beau et si utile _ pour pénétrer les merveilles du penser si riche et si précis en l’infinie subtilité de ses diaprures de Montaigne _ « Montaigne. Des règles pour l’esprit » :

    …
    De :       Titus Curiosus
    Objet :     le « Montaigne » de Bernard Sève
    Date :     7 décembre 2007 07:42:39 HNEC
    À :       Frédéric Brahami

    …
    Cher Frédéric,
    …
    Je viens d’achever le « Montaigne » de notre ami Bernard Sève.
    Quel livre éclairant !

    même pour le « montanien » naïf que je suis,
    par rapport aux « montaniens » ô combien cultivés que, lui et toi, vous êtes.
    …
    Quelle entrée précieuse _ que ces « Règles pour l’esprit » _ dans le lacis de l’écriture du matois gascon périgourdin !
    Avec tout ce que cela peut révéler quant aux voies (et voix) multiples du cheminement philosophique,
    je pense notamment aux chemins divers (jusqu’aux sentiers) du « concept »…

    …
    J’ai beaucoup apprécié ton entrée « montanienne » de l’article de laviedesidees.fr
    _ en sa très belle recension « En-deçà, au-delà, du scepticisme« , du 3 décembre 2007 sur l’excellent site de « la vie des idées »… ;

    Frédéric Brahami est l’auteur de livres très remarquables, dont « Le scepticisme de Montaigne » (aux PUF, en 1997) et « Le travail du scepticisme. Montaigne, Bayle, Hume » (également aux PUF, en 2001) _

    à propos du « résumé » : « Tout abrégé sur un bon livre est un sot abrégé ».
    …
    Bernard Sève consacre un chapitre extrêmement intéressant, « Concepts, sentences et thèses« , à cette question,
    avec notamment un détour par les distinctions bergsoniennes
    , dans « La pensée et le mouvant« ,
    entre « concepts raides », « concepts souples » et « concepts individuels »…
    Il cite aussi le travail de Jean-Claude Pariente, « Le langage et l’individuel« , en 1973…
    …
    En tout cas, je me sens proche de ces cheminements-là _ les vôtres _,
    d’où cette « étiquette » de « montanien naïf » que je pourrais sinon revendiquer,
    du moins assumer…
    …
    As-tu reçu le passage _ prolixe _ de mon petit « essai » « Cinéma de la rencontre » ?
    Si tu disposes d’un peu de temps,
    il me plairait bien que tu me dises un petit mot de ce « montanisme » naïf de ma démarche.
    Même s’il faudrait sans doute avoir la patience (et d’abord le temps) de lire l’ »essai » en entier,
    c’est son « tout » qui fait sens,
    même pour un texte qui n’a certes pas le génie de celui de Montaigne…
    …
    Bien à toi,
    …
    Titus Curiosus
    …

    …

     De :      Bernard Sève

        Objet :     Réponse trop brève
    Date :     7 décembre 2007 10:57:29 HNEC
    À :       Titus Curiosus
    …
    Cher Titus Curiosus,
    …
    Merci de tout ce que vous dites du « Montaigne« .  Nous partageons un même amour pour son écriture, sa pensée, sa philosophie.  Je suis heureux que mon approche trouve des échos dans vos propres lectures de Montaigne, cela indique au moins que je ne me suis pas totalement égaré. Je suis intimement persuadé qu’il y a des forces et des richesses inouïes dans Montaigne, que la réduction que l’on fait ordinairement de sa pensée au « scepticisme » empêche, littéralement, de voir. J’essaie simplement d’attirer l’attention sur ces richesses, de les faire voir, c’est tout et c’est beaucoup.
    …
    Vous évoquez la possibilité que je vienne présenter le livre à Bordeaux.  Ce serait avec un très grand plaisir, et ce serait une occasion de vous revoir et de parler viva voce.
    …
    A très bientôt j’espère,
    …
    très amicalement à vous,
    …
    Bernard Sève

    …

    …

    Le 20 mai 2003, j’avais eu le très grand plaisir, et la joie, de présenter Bernard Sève lors de sa conférence dans les salons Albert Mollat, autour de son passionnant « L’Altération musicale _ ou ce que la musique apprend au philosophe » (paru aux Éditions du Seuil en août 2002)…

    …

    …

    De :       Titus Curiosus
    Objet :     Attirer l’attention, faire voir, c’est tout et c’est beaucoup
    Date :     7 décembre 2007 13:36:51 HNEC
    À :       Bernard Sève

    …
    Cher Bernard Sève,
    …
    Comme je vous suis en votre lecture si fine et si judicieuse de Montaigne,
    et comme je partage, aussi, les « règles » pratiques que vous savez en dégager…
    Car Montaigne, sans didactisme, sans profession de foi d’ »enseigner », nous propose modestement son exemple,
    son exemple de « juger »,
    en alerte de justesse, en permanence,
    et joyeusement.

    …
    D’autre part, et surtout,
    il n’y a aucune urgence à me lire…
    J’espère qu’alors, si ce temps vient, vous serez un peu « amusé » de mes « extravagances », de mes « dé-prises » _ vous mettez un peu « en garde » contre elles _,
    et j’ai même hâte _ je suis en train de me contredire, mais c’est une hâte toute « gratuite » et très joyeuse _ de la lecture que vous pourrez faire de mon petit « essai » sur le « Cinéma de la rencontre« ,
    quand il me semblera « terminé ». Quel lecteur de luxe vous ferez !
    …
    Vos remarques _ et « distinguo » _ sur le caractère ou pas d’ »interlocuteur » (de Montaigne) que pouvait lui être La Boétie, sont passionnantes, quant à ce qui sépare « conférer » et cette « amitié » unique de son espèce entre Etienne de La Boétie et lui…
    Pour ma part, je suis assez demandeur d’ »interlocuteur » dans la vie, et bien sûr rarement satisfait : demeurent cependant les livres : ils sont là, à peu près tranquilles dans leur disponibilité à nos questions et réactions…
    Ou le fantasme de la « librairie » montanienne, et ses « prospects »…
    Votre concept de « concept individuel » (d’après Bergson, et peut-être aussi Pariente) est passionnant, et me serait « d’usage », si je ne m’illusionne pas trop.

    …
    Mais je suis, pour l’ »écrire », « du genre » de Montaigne :

    « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , « j’ajouterai » des nuances, à l’infini des précisions, des « détails »…
    Du moins pour ce qui est des nuances du qualitatif.
    J’ai noté aussi votre remarque sur le peu de goût de Montaigne pour les raisonnements mathématiques.
    Il n’aurait pas été un sectateur de Galilée. et son « utile » diffère considérablement de celui d’un Descartes.

    …
    Merci, donc, de votre réponse.
    …
    Et j’avise Corinne Crabos de la Librairie Mollat de votre « disponibilité à refaire le voyage de Bordeaux« …
    …
    Titus Curiosus
    …

    …

    Voilà…

    Hier soir, mon souhait d’écouter viva voce Bernard Sève sur Montaigne a été comblé.

    Merci à lui.

    Merci à la Société de philosophie. Merci à La Machine à Lire. Merci à tous ceux qui ont aidé à ce que Bordeaux et les Bordelais entende un peu ce qui m’apparaît constituer un merveilleux « sésame »

    afin de mieux pénétrer le « monde montanien » ;

    et la parole vive et douce et ferme

    et généreuse

    de celui qui leur fut un grand maire…

    …

    Titus Curiosus, ce 14 novembre 2008

  • La Société de philosophie de Bordeaux reçoit : Bernard Sève ; puis Fabienne Brugère…

    La Société de philosophie de Bordeaux aura le plaisir d’accueillir,
    ce jeudi 13 novembre à 18h à La Machine à Lire (salle annexe, rue du Parlement-Saint-Pierre),
    et mardi 25 novembre dans les salons Albert-Mollat, de la librairie Mollat, 15 rue Vital-Carles,
    …
    les philosophes,
    Bernard Sève
    et Fabienne Brugère,
    …
    à l’occasion de deux conférences de philosophie,
    auxquelles le public le plus large
    est chaleureusement convié
    non seulement à assister
    _ par son écoute attentive _ ;
    …
    mais aussi à participer : par les questions au conférencier,
    enrichissant ainsi, par le dialogue,
    le questionnement
    _ philosophique _ du philosophe-conférencier (de départ :
    questionnement qu’il vient _ tout spécialement _ nous faire partager,
    en venant nous livrer quelques une de ses pistes un peu « personnelles » de recherche…) ;
    …
    questionnement dont celui-ci vient nous donner, en quelque sorte, la continuation du cours, du flux, plus ou moins bouillonnant (de ce questionnement « in progress« ) :

    « la bêtise serait _ Flaubert nous l’a appris _ de conclure« …
    …
    Ouvrant par là un débat dans les (= nos) esprits, dont la démocratie a aussi (bien) besoin : pour redevenir plus vivante…
    …

    …

    Voici ces deux annonces de conférences :

    …

    pour le jeudi 13 novembre, à La Machine à Lire : Bernard Sève ;

    et le mardi 25 novembre prochain, à la Librairie Mollat : Fabienne Brugère.

    …

    …

    Bernard Sève, sur « Montaigne. Des règles pour l’esprit »
    …
    Montaigne est-il seulement un philosophe sceptique ? Il critique certes la raison, sa présomption, son impuissance. C’est le fameux « Que sais-je ? ». Mais la raison n’est pas la seule faculté intellectuelle, ni même la plus importante.

    Les « Essais » sont d’abord une extraordinaire enquête sur la puissance de l’esprit, que Montaigne distingue soigneusement de la raison. Livré à lui-même, l’esprit invente, croit, divague… En somme, il imagine,

    pour le meilleur (l’invention poétique) et pour le pire (le fanatisme religieux).

    Comment « régler » cette puissance fantasque ?
    …
    Bernard Sève est professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à l’Université Lille 3. Il est notamment l’auteur de « La Question philosophique de l’existence de Dieu« , P.U.F. 1994 et 2000) et de « L’Altération musicale, ou Ce que la musique apprend au philosophe » (Seuil, 2002) ; ainsi que de « Montaigne. Des règles pour l’esprit » (paru aux PUF, le 27 novembre 2007).
    …
    Ensuite,

    la Société de philosophie de Bordeaux aura le plaisir d’accueillir, le mardi 25 novembre à 18 h, dans les salons Albert Mollat, 15 rue Vital-Carles,
    …
    Fabienne Brugère, sur « Le sexe de la sollicitude » :

    …
    Pourquoi les femmes restent-elles majoritairement des pourvoyeuses de soin et des mères dans presque toutes les sociétés, même dans celles où les mouvements féministes ont eu un impact certain dans la promotion d’une égalisation des devenirs des femmes et des hommes ? On répond ordinairement : parce que c’est une affaire de nature féminine.
    …
    Alors, la sollicitude, cette relation aux autres sur le mode de la protection, a-t-elle vraiment un sexe
    , le « deuxième sexe » pour reprendre l’expression de Simone de Beauvoir ? Si tout ce qui porte les femmes aux tâches d’amour et de soin est largement culturel, comment déconstruire cette assignation sexuée injuste ; et sauver la sollicitude qui n’est ni la compassion, ni la charité ?
    …
    Pour y répondre, Fabienne Brugère défendra une conception de l’individu qui n’est pas celle de l’individu autonome, performant _ masculin généralement _, prônée par l’ultra-libéralisme économique. La sollicitude doit valoir comme une reconnaissance de l’individu dépendant et, plus généralement, de la vulnérabilité (des humains, des institutions, de la nature).
    …
    Fabienne Brugère est professeure de philosophie à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux3. Elle est actuellement Présidente du Conseil de Développement de la Communauté urbaine de Bordeaux. Elle dirige (en collaboration avec Anne Sauvagnargues) la collection « Lignes d’art » aux PUF. Ses centres d’intérêt sont la réflexion sur l’art, la question des sentiments et du partage entre usage privé et public, le féminisme.

    …

    Ouvrages déjà publiés : « Théorie de l’art et philosophie de la sociabilité selon Shaftesbury« , Champion, 1999 ; « Le goût. Art, passions et société« , PUF, 2000 ; « L’Expérience de la beauté« , Vrin, 2006 ; « C’est trop beau« , Gallimard, Jeunesse giboulées, 2008 ; « Le sexe de la sollicitude« , Paris, Le Seuil, « non conforme », paru ce mois d’octobre 2008.

    …
    Je reprends ma parole :
    j’ai personnellement présenté Bernard Sève, le 20 mai 2003, dans les salons Albert-Mollat, pour son _passionnant _ livre sur la musique, « L’Altération musicale, ou Ce que la musique apprend au philosophe » : c’est un ami…
    …
    Quant à Fabienne Brugère,
    je n’ai pas besoin de la présenter aux bordelais
    : elle enseigne à l’Université Michel-de-Montaigne-Bordeaux-3 depuis l’année 2001, en qualité de maître de conférences, et de professeur depuis septembre 2004… Elle aussi a focalisé sa réflexion, et une partie importante de son enseignement, sur l’Esthétique :
    ce que je me permettrai d’interpréter comme un certain souci de l’altérité (du réel, comme de la personne _ ou « l’autre » ; « souci » quelque peu en crise ces derniers temps-ci _ d’ultra-libéralisme exacerbé, notamment, mais pas seulement…)…

    …

    Je reviendrai  très prochainement sur cette question, à propos du _ passionnant ! et urgent !_ livre de Michaël Foessel, dont je me permets de recommander d’ores et déjà très vivement la lecture : « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« , paru ce mois d’octobre 2008, lui aussi, aux Éditions du Seuil…

    …
    Titus Curiosus, ce 10 novembre 2008