Étiquette : étrangeté

  • L’affaire « Tante Bibi », suite : l’hypothèse « Mademoiselle Bibal » résiste, et se renforce de l’initiale « B. » de son prénom…

    Ce jour,

    voici que je découvre un nouveau document passionnant

    pour mon enquête d’identification de qui est qui

    en les familles Bibal-Gaudin-Courteault, de Saint-Jean-de-Luz,

    du vivant de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937).

    …

    …

    Il s’agit cette fois du faire-part de décès de Monsieur Edmond Gaudin,

    décédé chez lui à Saint-Jean-de-Luz _ 41 rue Gambetta, la Grand’ Rue _ le 28 décembre 1920, en sa 77éme année

    _ Edmond Gaudin était né à Saint-Jean-de-Luz le 17 novembre 1844, fils cadet de Martin Gaudin, tonnelier (Ciboure, le 9 octobre 1788 – Saint-Jean-de-Luz, le 22 avril 1864, Grand’ Rue, N° 4) et Catherine Goyetche, marchande (Saint-Jean-de Luz, le 13 août 1799 – Saint-Jean-de-Luz, le 24 juin 1875, Rue Neuve, N° 8), qui s’étaient mariés à Saint-Jean-de-Luz le 26 janvier 1831,

    et époux, à Saint-Jean-de Luz, le 27 janvier 1875, d’Annette Bibal (Saint-Jean-de-Luz, née le 28 avril 1845, et fille de Pierre Bibal, maître au cabotage (Saint-Jean-de-Luz, 5 septembre 1806 – Saint-Jean-de-Luz, 12 septembre 1855) et Victoire Dupous (Saint-Jean-de-Luz, 9 juin 1822 – Saint-Jean-de-Luz, 16 décembre 1903), qui s’étaient mariés à Saint-Jean-de-Luz le 26 avril 1843 ; Annette Bibal-Gaudin décèdera à Saint-Jean-de-Luz, quelques jours avant le 23 novembre 1936 : le 21 novembre 1843) _ ;

    …

    vraisemblablement miné par le décès, tués ensemble, le jour même de leur arrivée sur le front,

    à  Oulches-Hurtebise

    _ sur le chemin des Dames, près de Craonne, dans l’Aisne _

    le 12 novembre 1914,

    de ses deux derniers fils

    _ Charles, l’aîné de la fratrie des sept enfants Gaudin-Bibal, né à Saint-Jean-de-Luz le 19 novembre 1875, est décédé, disparu, à Bimbo, dans le fleuve Congo, le 12 septembre 1910, à l’âge de 34 ans ; et Louis, le benjamin de la fratrie, né à Saint-Jean-de-Luz le 23 février 1886, est décédé de maladie le 2 novembre 1899, à l’âge de 13 ans _

    Pierre (né à Saint-Jean-de-Luz le 7 février 1878) et Pascal Gaudin (né à Saint-Jean-de-Luz le 31 mars 1883),

    âgés de 36 et 31 ans.

    …

    …

    Voici ce faire-part

    _ passionnant pour notre questionnement

    à propos de l’identité précise des divers membres de la famille Bibal-Gaudin _ :
    …

    …

    Madame Edmond GAUDIN ;

    Mademoiselle Marie GAUDIN, Monsieur Henri COURTEAULT, Conservateur adjoint aux Archives Nationales, et Madame Henri COURTEAULT, Madame Charles GAUDIN ;

    Monsieur Edmond GAUDIN, Monsieur Pierre COURTEAULT, Mademoiselle Anne-Marie COURTEAULT ;

    Madame Charles GAUDIN, Mademoiselle B. BIBAL, Madame Pascal BIBAL ;

    Monsieur et Madame Paul GAUDIN, Mademoiselle Marie GAUDIN, Monsieur Eugène GAUDIN, Monsieur l’Abbé Jean GAUDIN, Monsieur et Madame Marcel GAUDIN et leurs enfants, Mademoiselle Thérèse GAUDIN, Monsieur Henri GAUDIN, Monsieur et Madame François BIBAL, Mesdemoiselles Marie et Elise BIBAL, Monsieur et Madame Grégoire BIBAL, Monsieur Joseph BIBAL ;

    Les familles LABORDE, DUPOUY, BORDES, AGUEREGARAY, DOUGIER et MANES ;

    Ont l’honneur de vous faire-part de la perte douloureuse qu’ils viennent d’éprouver en la personne de

    Monsieur Edmond GAUDIN,

    leur époux, père, beau-père, grand-père, beau-frère, oncle, grand-oncle, cousin et petit-cousin décédé le 20 décembre 1920, en son domicile, à Saint-Jean-de-Luz, rue Gambetta N° 41, dans sa 77e année, muni des Sacrements de l’Eglise.

    PRIEZ POUR LUI !

    Saint-Jean-de-Luz, 41 rue Gambetta,

    Paris, 7 rue Denis-Poisson 

    …

    …

    Qui donc est qui ?

    …

    Attelons-nous à la tâche de l’explicitation,

    qui va nous réserver quelques surprises et découvertes !

    …
    …

    Madame Edmond GAUDIN

    est _ comme il est explicité au déroulé du bas du faire-part _ l’épouse du défunt, et donc sa veuve :

    Annette Bibal, née à Saint-Jean-de-Luz le 28 avril 1845, fille de Pierre Bibal, maître au cabotage (né à Saint-Jean-de Luz le 5 septembre 1806 et qui y est décédé le 12 septembre 1855, Grand’ Rue N° 20) et de Victoire Dupous, àgée de 52 ans à la date du mariage de sa fille Annette avec Saint-Martin Edmond Gaudin, le 30 septembre 1874, à Saint-Jean-de-Luz ; Victoire Dupous est née à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1822 _ décédée à Saint-Jean-de-Luz le 16 décembre 1903. Annette Bibal-Gaudin décèdera à Saint-Jean-de-Luz au mois de novembre 1936 _ à ce jour, je dispose seulement de l’avis de Remerciements de sa famille, daté du lundi 23 novembre 1936, consécutif à ses obsèques ; cf mon article du 1er juin : … ;

    …

    Les trois suivants sur le faire-part du décès d’Edmond GAUDIN, sont ses deux filles et sa belle-fille : sa fille désormais aînée, Marie-Bernardine, dite Marie ; sa fille cadette Marie-Dorothée-Jeanne, dite Jane, précédée sur le faire-part, comme il convient, de son époux, Henri Courteault ;  ainsi que sa belle-fille, Magdeleine Hiriart-Gaudin, veuve de son fils aîné Martin-Marie-Charles, dit Charles, disparu, lui, dans le fleuve Congo le 13 septembre 1910 :

    …

    Mademoiselle Marie GAUDIN,

    la fille désormais aînée du défunt, est née à Saint-Jean-de-Luz le 3 mars 1879 ; et, demeurée célibataire, elle y décèdera le 8 décembre 1976, à l’âge de 97 ans ;

    Marie Bernardine Gaudin est la grande amie _ de toute leur vie _ de Ravel à Saint-Jean-de-Luz, et celle qui participe à la réception et au logement chez les Gaudin au 41 rue Gambetta, dès leur enfance-jeunesse _ nous possédons fort peu de renseignements documentés sur les possibles voire probables venues de Maurice Ravel enfant (et de sa famille) à Saint-Jean-de-Luz (et Ciboure ?) avant 1900, année des 25 ans de  Maurice Ravel : telles quelques anecdotes rapportées par divers membres de la famille Gaudin, dont celle à propos de son « jeu de chat« , encore enfant, sur le piano, moqué par sa chère vieille grand-tante Gachucha Billac, la gouvernante impérieuse et adorée des enfants Gaudin ; et cela jusqu’au petit-fils (fils de Charles et et neveu des autres enfants Gaudin) Edmond Gaudin, né le 30 juin 1903, sur les économies duquel Gachucha veillait affectueusement _ et jusqu’à la mi-1924 ; puis à la Villa Mirentchu, ensuite, quand celles qui restaient de la maisonnée Gaudin (Annette Bibal-Gaudin, sa fille Marie Gaudin, sa petite-fille Anne-Marie, dite Annie, Courteault _ qui a vécu là, à Saint-Jean-de-Luz, avec sa grand-mère Annette et sa tante Marie : elle suivait sa scolarité au Cours Sainte-Odile _, ainsi que la « tante Bibi » _ ne l’oublions pas ! _), changèrent de domicile _ entre le 21 juin et le 5 août 1924 : au cours du mois de juillet probablement…

    En l’absence de correspondance à ce jour connue du jeune Maurice Ravel avec les membres de la famille Gaudin _ la jeune Jane et la jeune Marie : ce sont elles ses correspondantes luziennes _ antérieure au mois d’août 1901, nous demeurons dépourvus de documents tangibles concernant de possibles _ voire probables _ séjours de Maurice Ravel, avec ou sans d’autres membres _ sa mère, son frère _ de sa famille, au Pays basque, à Saint-Jean-de-Luz _ et Ciboure ? _, en son enfance et sa prime jeunesse _ en 1901, Maurice Ravel a déjà eu 26 ans le 7 mars ; il n’est certes plus un enfant au piano… _ :

    est-ce par sa « chère » marraine et grand-tante Gachucha Billac _ sœur de sa grand-mère Sabine Delouart, décédée, elle, à Ciboure le 22 décembre 1874, peu de temps avant sa propre naissance à Ciboure le 7 mars 1875 _, qui était gouvernante dans la maison Gaudin du 41 rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz, que Maurice Ravel fut accueilli et reçu, là, par la famille Gaudin ? _ lui qui ne disposait d’aucun lieu appartenant à sa famille directe où pouvoir aller résider commodément à Ciboure… La commodité d’hébergement à Saint-Jean-de-Luz, ce sera la maison des Gaudin ; leur hospitalité…

    On sait _ par lettres conservées et accessibles (in l’indispensable monumentale Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel publiée par Manuel Cornejo), mais aussi par photos ! Et Étienne Rousseau-Plotto nous offre plusieurs de bien intéressantes photos à examiner de près en son précieux Maurice Ravel _ Portraits basques… _ que Maurice Ravel séjourna chez les Gaudin, au 41 de la rue Gambetta, à diverses reprises avant la Grande Guerre : en 1901, 1902 et en 1914, par exemple. Mais possiblement _ ou vraisemblablement _ aussi auparavant… Et là les documents d’appui _ pour le moment _ font défaut ; manquent !

    …

    Monsieur Henri COURTEAULT, Conservateur adjoint aux Archives Nationales,

    est, lui, l’époux, le 22 avril 1908, à, Saint-Jean de-Luz, de la sœur cadette de Marie Gaudin, Jane ; et donc le gendre _ unique _ du défunt Edmond Gaudin ;

    Henri Courteault a fait tout sa carrière aux Archives Nationales à Paris ; né à Pau le 26 août 1869, il décèdera Directeur des Archives Nationales le 2 novembre 1937, après une courte maladie, à l’âge de 68 ans, à Saint-Jean-de-Luz ;

    …

    et Madame Henri COURTEAULT,

    est Marie-Dorothée-Jeanne Gaudin-Courteault, dite Jane, la fille cadette du défunt : née à Saint-Jean-de-Luz le 16 octobre 1880, mariée à Henri Courteault le 22 avril 1908 à Saint-Jean-de-Luz, c’est à Saint-Jean-de-Luz aussi qu’elle décèdera, veuve depuis le 2 novembre 1937, le 28 mars 1979, à l’âge de 98 ans ;

    …

    Madame Charles GAUDIN

    est Magdeleine Hiriart-Gaudin (née à Saint-Jean-de-Luz, le 11 mars 1875, elle y décède le 15 juin 1968, à l’âge de 93 ans) _ elle est une des deux filles (l’autre, Marie, demeurera célibataire) de Dominique Hiriart et de son épouse Marie-Anne Imatz ; cf mon article du 26 mai dernier : … _,

    la belle-fille du défunt en tant qu’épouse, et veuve, de son fils aîné Charles Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 19 novembre 1875 – fleuve Congo, 13 septembre 1910) ;

    et c’est par elle, en tant que fille de Dominique Hiriart, petite-fille de Marie Etcheverry-Hiriart et arrière-petite-fille de Marie-Baptiste Delouart-Etcheverry _ cf mes articles précédents, et en particulier, j’y insiste, celui du 26 mai dernier : … _, que la branche de la famille Gaudin issue d’elle, via le fils unique de Magdeleine et de Charles, Edmond Gaudin (né à Saint-Jean-de-Luz le 30 mai 1903, il y décède le 28 décembre 1988), est parente, cousine, avec Maurice Ravel-Delouart…

    Magdeleine Hiriart-Gaudin est en effet le maillon crucial de ce cousinage des Gaudin et Lenoir d’aujourd’hui, à Saint-Jean-de-Luz, avec le cibourien Maurice Ravel-Delouart ! _ cf aussi mon article du 12 avril dernier : …

    …

    Monsieur Edmond GAUDIN, Monsieur Pierre COURTEAULT, Mademoiselle Anne-Marie COURTEAULT,

    les trois suivants sur le faire-part du décés, le 28 décembre 1920, de Monsieur Edmond Gaudin,

    sont les trois petits-enfants, Gaudin et Courteault, du défunt :

    …

    Edmond GAUDIN

    né à Saint-Jean-de-Luz le 30 mai 1903 (il y décèdera le 28 décembre 1988, à l’âge de 85 ans)

    est le premier petit-fils de l’Edmond Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 17 novembre 1844 – Saint-Jean-de-Luz, 28 décembre 1920) qui vient tout juste de décéder, en sa 77 éme année ;

    Cet Edmond Gaudin-ci _ qui a alors 17 ans _ est le fils _ unique _ du fils aîné du défunt, Martin-Marie-Charles Gaudin, dit Charles (Saint-Jean-de-Luz, 19 novembre 1875 – fleuve Congo, 13 septembre 1910), et de la bru du défunt, Magdeleine Hiriart-Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 11 mars 1875 – Saint-Jean-de-Luz, 15 juin 1968), la cousine au troisième degré de Maurice Ravel ;

    sur ce cousinage des Hiriart-Gaudin avec les Ravel-Delouart, cf les deux seules lettres, ou cartes postales _ et ce fait interroge ! _ connues et publiées à ce jour _ que sont devenues les autres ? _ qui aient été échangées par ces deux cousins, Magdeleine et Maurice (datées des 8 octobre 1910 et 24 novembre 1914, aux pages 246 et 403 de la très précieuse Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel éditée par Manuel Cornejo) ;

    le mystère demeurant _ cf mon article du 28 mai dernier : … _ sur la rupture tant mémorielle que documentaire _ apparemment du moins : pour ce qui est publié et à ce jour accessible de la correspondance, si elle n’a pas été détruite… _ sur ce cousinage ravelien des présents descendants Gaudin et Lenoir des Hiriart-Gaudin, via les personnes de Magdeleine Hiriart-Gaudin _ leur grand-mère et arrière-grand-mère _ et de son fils Edmond Gaudin _ leur père et grand-père _ ;

    qui se sont

    ou bien tus _ quel étrange silence ! à quel(s) événement(s) pourrait-ce donc être dû ? _ comme dans la cas de Magdeleine, pourtant une conteuse volubile et ouverte et charmante auprès de ses petits-enfants, Charles-Paul Gaudin (1938 – 2006) et Maylen Gaudin-Lenoir ;

    ou bien ont minimisé (au point d’en carrément nier _ même si ce fut en douceur… _ l’effectivité) un tel cousinage de Maurice Ravel avec eux,

    ramenant les expressions de « Ma chère cousine« , de Maurice à Magdeleine, le 8 octobre 1910, et de « Mon cher Maurice » et « Votre cousine« , de Magdeleine à Maurice, le 24 novembre 1914, à de simples marques d’affection dépourvues de réalité effective…

    …

    Pareille rupture-coupure tant mémorielle que documentaire fait donc question : on peut légitimement s’interroger sur ce que furent les rapports entre Magdeleine Hiriart-Gaudin et son cousin au troisième degré Maurice Ravel, lors des venues et séjours de celui-ci à Saint-Jean-de-Luz, étant donné que le 34 rue Gambetta du domicile des Hiriart _ Maurice Ravel ne manquant pas de prier « sa cousine«  Magdeleine d’adresser aussi à ses parents, Dominique et Marie-Anne Hiriart, ainsi qu’à sa sœur, Marie Hiriart, ses « sentiments bien affectueux« , en sa lettre de condoléances du 8 octobre 1910, pour la cruelle perte de son époux (et leur gendre, et beau-frère) Charles Gaudin : « Nous sommes tous (sic) bien avec vous, de tout cœur, en cet affreux moment. Nous sommes vraiment affectés de la perte de ce bon Charles, qui nous était si sympathique « … ; et je remarque ici, au passage, tout ce qu’implique cette affirmation des liens effectifs de connnaissance des Ravel-Delouart et des Hiriart, antérieurement à la venue attestée à Ciboure trois longs mois de l’été 1911, un an plus tard, de Maurice Ravel accompagné de sa mère Madame Ravel-Delouart et son frère Edouard Ravel… _ (et de Magdeleine Hiriart-Gaudin _ une maison dont héritera Magdeleine aux décès de ses parents Dominique Hiriart (survenu entre 1926 et 1929) et Marianne Imatz-Hiriart (décédée le 9 juillet 1932) ; là se trouvait, en effet, ce qui avait été d’abord l’atelier de menuiserie, puis le magasin de meubles, de Dominique Hiriart ; je me demande ainsi quel fut le domicile de Magdeleine Hiriart à partir de son mariage (vers 1901-1902) avec Charles Gaudin, puis à partir de son veuvage, à l’automne 1910 ? A-t-elle été domiciliée un moment, ou pas, au 41 rue Gambetta, au domicile des Bibal-Gaudin ? Voire, à partir de juillet 1924 à la Villa Mirentchu. Nous l’ignorons à ce jour ; mais probablement pas… _) est tout proche _ presque en face _ du 41 rue Gambetta ; comme, aussi, de la Villa Mirentchu, rue du Midi, les domiciles successifs _ avant et après le mois de juillet 1924 _ des Gaudin…

    De même qu’il est légitime de s’interroger sur ce que furent les liens d’amitié _ bien réels, madame Gaudin-Lenoir le confirme _ entre Maurice Ravel (né en 1875) et son petit-cousin Edmond Gaudin (né en 1903), en sachant que cet Edmond Gaudin-ci posséda très tôt une automobile, avec laquelle il emmena se promener son cousin Maurice par tout le Pays basque _ Labourd, Guipuzcoa, Navarre _ au cours des séjours luziens de celui-ci _ Maurice loge alors rue Tourasse (chez Madame Galichet), où il dispose d’un piano qui lui permet de composer sereinement ; et il vient déjeuner à la Villa Mirentchu, toute proche _ à partir de l’été 1927 _ Madame Maylen Gaudin-Lenoir me le détaille très aimablement ; cf aussi la remarque rapide et précieuse d’Étienne Rousseau-Plotto à la page 205 de son Maurice Ravel _ Portraits basques ;  _ et au début des années 30. On sait aussi _ la fille d’Edmond Gaudin, Madame Lenoir, met l’accent là-dessus _ qu’Edmond Gaudin fut un des tous premiers, sinon le premier même, à s’apercevoir des prémices des troubles neurologiques de Maurice Ravel, l’été 1932, lors de baignades sur la plage de Saint-Jean-de-Luz – Donibane, ou de corridas à Bayonne et à Saint-Sébastien – Donostia : ne plus savoir nager ; ne plus pouvoir prononcer certains mots ; ne plus pouvoir correctement orthographier ou même écrire, à certains moments, même si encore passagers alors…

    …

    Pierre COURTEAULT

    né à Paris le 21 avril 1910 (il décèdera à Ascain le 15 décembre 2006, à l’âge de 96 ans)

    est, après son cousin Edmond Gaudin, le second _ un premier fils était né à ses parents, Henri Courteault et Jane Gaudin-Courteault, en 1909, à Saint-Jean-de-Luz, mais il est décédé à l’âge de trois jours… _ des trois petits-enfants d’Edmond Gaudin qui vient de décéder ; il est le fils de l’archiviste Henri Courteault et son épouse Jane Gaudin-Courteault. Il a 10 ans ce 28 décembre 1910.

    …

    Anne-Marie, dite Annie, COURTEAULT

    née à Paris le 26 septembre 1913, est la troisième et dernière des trois-petit-enfants d’Edmond Gaudin ;

    elle est la fille de Henri Courteault et son épouse Jane Gaudin ;

    dite Annie dans la famille, et alors que ses parents vivent à Paris, la petite Annie, peut-être à la suite du décès de son grand-père Edmond Gaudin et du sentiment de solitude dépressive affectant sa grand-mère Annette Bibal-Gaudin _ qui souffrait aussi d’asthme _, va demeurer à Saint-Jean-de-Luz auprès de sa grand-mère Annette et de sa tante Marie Gaudin (ainsi que de la « Tante Bibi« ) ; elle y poursuivra sa scolarité au Cours Sainte-Odile _ je note qu’Annie Courteault participe aux fêtes de fin d’année scolaire de cette institution données à la Pergola en 1929 et en 1930 ; Annie aura alors 15 et 16 ans. Ce 28 décembre 1920, elle a 7 ans.

    Maurice Ravel aura beaucoup d’affection pour la petite Annie, et ne manquera pas de lui adresser des cadeaux à l’occasion de chaque Noël et nouvelle année ; ainsi que de lui adresser à l’occasion des cartes postales lors de ses voyages à l’étranger _ notamment aux États-Unis, en 1928. Annie épousera Edouard Vidal à Neuilly-sur-Seine le 2 mai 1947 ; et décèdera à Saint-Jean-de-Luz le 21 août 1994, à l’âge de 80 ans _ je remarque aussi, au passage, que reposent réunies dans le même caveau du cimetière d’Aïce Errota, à Saint-Jean-de-Luz, Marie Gaudin, sa sœur Jane, sa nièce Annie, et le mari ce celle-ci, Edouard Vidal (décédé, lui, le 19 juin 1999). 

    …

    Madame Charles GAUDIN, Mademoiselle B. BIBAL, Madame Pascal BIBAL ;

    les trois suivants sur le faire-part du décés, le 28 décembre 1920, de Monsieur Edmond Gaudin,

    sont les trois belles-sœurs du défunt :

    …

    Madame Charles GAUDIN

    est Jeanne-Marie-Françoise-Louise (dite Louisa) Schlaegel, née à Hasparren le 28 janvier 1850 _ où ses obsèques auront lieu le 19 août 1929 ; elle avait 79 ans _ ; elle est l’épouse, et veuve _ depuis pas mal de temps déjà : Charles Gaudin serait décédé vers 1902 : le 9 novembre 1897 (ai-je appris le 2 avril 2021) _, de Charles Gaudin, né à Saint-Jean-de-Luz le  septembre 1843, le frère aîné du défunt, et donc une des belles-sœurs, côté Gaudin, du défunt. Et réputée bonne pianiste _ confirmation familiale de ce 2 avril 2021.

    …

    Mademoiselle B. BIBAL,

    est elle aussi _ surtout ainsi placée sur le faire-part _ une belle-sœur du défunt, Edmond Gaudin, mais cette fois côté Bibal. Elle est _ forcément, et en tant que belle-sœur, et en tant que que Bibal _ une sœur demeurée célibataire (« Mademoiselle« ) d’Annette Bibal _ j’ai déjà eu l’occasion (en mon article du 1er juin : ) de constater les très nombreux décès soit en bas âge, soit assez jeunes, des enfants du couple formé par Pierre Bibal (Saint-Jean-de-Luz, 5 septembre 1806 – Saint-Jean-de-Luz, 12 septembre 1855) et son épouse Victoire Dupous (Saint-Jean-de-Luz, 9 juin 1822 – Saint-Jean-de-Luz, 16 décembre 1903) dont le mariage a eu lieu à Saint-Jean-de-Luz le 26 avril 1843. Entre ce mariage du 26 avril 1843 et le décès de Pierre Bibal, le 12 septembre 1855, sur au moins 8 enfants (dont j’ai pu relever les noms sur des actes de décès, délivrés à Saint-Jean-de-Luz) qui naquirent à Pierre Bibal et Victoire Dupous : Jean-Baptiste, l’aîné (en 1844), Annette, la seconde (en 1845), Pascal, le troisième (en 1847), Marie (en 1847 ou 48), Léon (en 1849), Justine (en 1850), Marie (en 1852) et Marie-Martine (en 1853), seule demeure encore vivante ce 28 décembre 1920 parmi cette fratrie des 8 dont j’ai pu jusqu’ici constater l’existence, Annette Bibal (née le 28 avril 1845), l’épouse et veuve du défunt Edmond Gaudin. Les 7 autres enfants Bibal dont j’ai pu relever les noms sont en effet tous déjà décédés à cette date du 28 décembre 1920 : Jean-Baptiste, matelot (décédé à Rochefort, le 18 février 1871), Pascal, artiste peintre éminent (son épouse Dorotea de Iburuzqueta-Gaudin étant ici déclarée veuve : à quelle date ? et où ? nous l’ignorons. Ce qui est assez intriguant pour un artiste important !), Marie (décédée le 13 mars 1849), Léon, peintre décorateur (décédé le 28 avril 1884), Justine (décédée le 31 mars 1854), Marie (décédée le 13 mars 1855) et Marie-Martine (décédée, célibataire, le 15 octobre 1870). Reste donc cette demoiselle B. Bibal, dont est difficile de situer l’année de naissance (restant aussi l’éventualité d’une naissance gémellaire !) Les créneaux de grossesse possible pour sa mère (et de naissance pour cette B. Bibal) se restreignent aux années 1846, 48, 51, 54 et 1855… Mes recherches sont demeurées vaines jusqu’ici ; mais je vais bientôt en avoir la solution. J’ignore, surtout, pour quelles raisons c’est seulement avec l’initiale B., et pas avec son prénom complet (!), que cette demoiselle B. Bibal figure ainsi en ce faire-part : qu’avait-elle donc d’un peu singulier ?..

    En tout cas, cette « Mademoiselle B. Bibal » représente la toute première option pour identifier la fameuse « Tante Bibi » des lettres (du 20 octobre 1921, 15 août 1930 et  3 janvier 1933) de Maurice Ravel à son amie Marie Gaudin _ cf là-dessus mon article du 1er juin : … Mais je me souviens aussi que que dans sa lettre du 20 octobre 1921 à Marie Gaudin, Maurice Ravel se demandait si « Tante Bibi » « se prêterait » d’assez bonne grâce, ou pas, à se laisser embrasser : qu’est-ce qui pouvait donc en elle faire difficulté ? De même, elle semble avoir l’habitude de s’habiller en noir…

    Mais voici qu’avec ce faire-part de décès de décembre 1920 viennent peut-être d’apparaître quelques concurrentes « Demoiselles Bibal » pour mon identification de « Tante Bibi » ! La plausibilité de justesse de mon hypothèse du 1er juin n’équivalant pas tout à fait à la certitude absolue et définitive de sa vérité… Il va nous falloir examiner _ un peu plus bas, et de près _ cette nouvelle situation.

    …

    Madame Pascal BIBAL,

    la troisième des belle-sœurs du défunt Edmond Gaudin, et à nouveau côté Bibal, est l’épouse, et veuve, de Pascal Bibal, le frère d’Annette Bibal-Gaudin, peintre important, né en 1846 ou 47 _ sans plus de précision ! et dont on apprend ici, au moins (c’est déjà ça !), qu’il est déjà décédé au mois de décembre 1920 ; mais sans davantage de précision non plus : pourquoi ce qui pourrait bien s’apparenter à mes yeux à une sorte de black-out ? Il y a là comme une étrangeté qui soulève la curiosité… Mais il est déjà décédé en 1910., nous allons bientôt l’apprendre… Les toiles de Pascal Bibal sont, elles, bien connues ! Et de valeur ! _,

    soit Dorotea de Iburuzqueta, née à Zarautz (Guipuzcoa) en 1855, qui a épousé Pascal Bibal religieusement à Zarautz le 23 janvier 1877, puis civilement à Saint-Jean-de-Luz le 13 juillet 1878 ; leur fils (et futur peintre important lui aussi, François-Ignace Bibal, est né à Saint-Jean-de-Luz le 17 septembre 1878 _ une rue du quartier Urdazuri porte son nom. Données intéressantes.

    Pascal Bibal et son épouse Dorotea ont eu _ nous l’apprenons précisément ici même par ce faire-part de décès (de décembre 1920) de leur père et beau-père, Edmond Gaudin _ au moins 5 enfants, neveux et nièces du défunt Edmond Gaudin : François-Ignace _ cela est pleinement avéré ; cf aussi son livret militaire… _, Marie, Élise _ c’est plus que vraisemblable du fait de leur position en ce faire-part : entre les deux frères François-Ignace et Grégoire Bibal... _, Grégoire _ cela est avéré déjà par son livret militaire _, ainsi, aussi, que Joseph Bibal _ ce dernier point vient d’être confirmé par l’attestation de l’association de Joseph Bibal avec son frère Grégoire (et leur ami architecte Eduardo Albarran), à La Havane au début des années 30, en la « Compania Albarran y Bibal SA » (cf aussi Los Propietarios de Cuba 1958, de Guillermo Jimenez Soler, en 2006) ;

    à la différence du cas, plus loin, des enfants (dont un fils prénommé Jacques) du neveu du défunt et de son épouse, Monsieur et Madame Marcel Gaudin, auxquels enfants un sort très rapide et global est fait, avec l’expression non détaillée « et leurs enfants« , (mais ces enfants-là ne sont, après tout, que des petit-neveux, et non des neveux du défunt, Edmond Gaudin,

    le cas des enfants de Pascal Bibal et son épouse Dorotea, lui, est donc soigneusement détaillé en ce faire-part : François-Ignace, Marie, Élise, Grégoire, et enfin Joseph ;

    Joseph Bibal qui est donc bien, lui aussi, un neveu du défunt, et pas un petit-neveu, de la génération suivante…

    Ce sont là des exemples de ce que l’on peut apprendre par déductions d’un document tel qu’un tel faire-part de décès…

    …

    Il est maintenant avéré que divers membres de la famille de Pascal Bibal, sinon lui-même et son épouse (?) _ celle-ci, native de Zarautz (Guipuzscoa), a aussi vécu un temps à Bilbao (Biscaye) _ ont séjourné au moins un certain temps à Cuba, comme l’attestent les documents militaires mentionnant la présence à La Havane, en 1905, de François-Ignace Bibal ; et celle, à La Havane aussi, de son frère Grégoire Bibal en  1930, 1931 et 1932, pour ce qui concerne au moins ces documents militaires…

    …

    Monsieur et Madame Paul GAUDIN, Mademoiselle Marie GAUDIN, Monsieur Eugène GAUDIN, Monsieur l’Abbé Jean GAUDIN, Monsieur et Madame Marcel GAUDIN et leurs enfants, Mademoiselle Thérèse GAUDIN, Monsieur Henri GAUDIN, Monsieur et Madame François BIBAL, Mesdemoiselles Marie et Elise BIBAL, Monsieur et Madame Grégoire BIBAL, Monsieur Joseph BIBAL ;

    …

    Il s’agit ici des neveux et petits-neveux, côté Gaudin comme côté Bibal, du défunt Edmond Gaudin _ et à mon avis, les cousins et petits-cousins annoncés en suivant, concernent plutôt des membres des familles citées ensuite ; dont j’ai, d’ailleurs, du mal à découvrir les apparentements…

    …

    Côté Gaudin,

    il s’agit des enfants et petits enfants du frère aîné d’Edmond Gaudin, Charles Gaudin, né à Saint-Jean-de-Luz le 12 septembre 1843, et décédé à Saint-Jean-de-Luz le 9 novembre 1897, et de son épouse Louisa Schlægel, née à Hasparren le 28 janvier 1850 _ ils se sont mariés à Hasparren le 30 septembre 1874 ; et Louisa Schlægel-Gaudin, qui décèdera au mois d’août 1929, à l’âge de 79 ans, sera enterrée à Hasparren. Cependant l’avis d’obsèques de Louisa Schlægel-Gaudin, publié dans la gazette locale, en 1929, sera, constatons-le, bien succinct, se bornant à mentionner, sans autres précisions, les « familles Schlægel et Gaudin« … Qu’en déduire ? Un relâchement un peu sévère des liens familiaux des Gaudin postérieur à 1920 ? et au décès des deux frères Gaudin, Charles et Edmond ?.. C’est fort possible. Les obsèques de Louisa Schlaegel, veuve de Charles Gaudin, auront lieu à Hasparren le 19 août 1929.

    …

    Soient :

    …

    Paul GAUDIN,

    Marie-Justin-Paul, dit Paul Gaudin : né à Saint-Jean-de-Luz le 26 juillet 1875, de profession commis, et son épouse, au Mexique (à Hidalgo del Parral, État de Chihuahua), Marie Salomé Inarra _ pas de descendance _ ;

    …

    Marie GAUDIN,

    Catherine-Louise-Marie, dite Marie Gaudin : née à Saint-Jean-de-Luz le 9 décembre 1877, célibataire (et qui décèdera à Saint-Jean-de-Luz le 6 avril 1945) _ excellente pianiste, elle aussi : Ravel l’a bien connue… _ ;

    …

    Eugène GAUDIN,

    Jean-Marie-Eugène , dit Eugène Gaudin : né à Hasparren le 5 septembre 1880, employé, et célibataire (et qui décèdera _ tombé (ou poussé hors) d’un train _ à Magnac-sur-Touvre (en Charente), le 1er avril 1921) ;

    …

    l’Abbé Jean GAUDIN,

    Charles-Marie-Jean, dit Jean Gaudin : né le 8 septembre 1882 (et qui sera curé à Bayonne en 1922) _ je n’en sais pas davantage ; si : il est décédé en 1940 _ ;

    …

    Marcel GAUDIN,

    Marcel-Marie, dit Marcel Gaudin : né à Hasparren le 4 septembre 1884, de profession employé (et qui décèdera à Orthez le 24 novembre 1959), et son épouse mexicaine Maria de la Concepcion (dite Concha) Legarda ;

    ainsi que leurs enfants _ Lilita (qui épousera Josh Howland) ; Charles (dit Carlitos, qui épousera Monica ?) ; et Jacques (qui épousera Simone Lasalle-Cales) _, dont leur fils Jacques Gaudin _ peut-être né à Orthez _ : tous petits-neveux du défunt ;

    …

    Thérèse GAUDIN

    Marie-Thérèse, dite Thérèse Gaudin _ sur laquelle je n’ai trouvé aucun renseignement : Marie-Thérèse, dite « Thésée« , célibataire, a connu Pancho Villa au Mexique, puis s’est faite carmélite… _ ;

    …

    et Henri GAUDIN,

    Xavier-Joseph-Henri, dit Henri Gaudin : né le 12 septembre 1889, de profession mécanicien, alors célibataire (et qui décèdera le 6 août 1953) _ Henri Gaudin épousera, le 6 octobre 1923 à Saint-Sébastien (Guipuzcoa) Jeanne Draper (Port-Vendres, 26 juin 1890 – Saint-Jean-de-Luz, 20 juin 1969 ; leur fille Henriette Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 9 juillet 1924 – Saint-Jean-de-Luz, 1er novembre 2009) épousera Henri Aguillon (Laruns – Les Eaux Chaudes, 30 août 1920 – Versailles, 6 août 2015), qui auront 7 enfants Aguillon : Maïté Aguillon (née en 1946 ; qui épousera Michel Richonnier (?, 1943 – Bruxelles, 25 février 2019)) ; Pierre Aguillon (qui épousera Zita Schirru) ; Paul Aguillon ; Françoise Aguillon (née le 5 mai 1952, qui épousera Bertrand de Cherisey) ; Danièle Aguillon ; Jean Aguillon (qui épousera Christine ?) ; et Catherine Aguillon (décédée en 2010) _ ;

    …

    …

    Côté Bibal,

    il s’agit des enfants _ au moins cinq avérés en ce faire-part de décès de décembre 1920 : François-Ignace, Marie, Élise, Grégoire et Joseph… _ du frère cadet d’Annette Bibal-Gaudin, Pascal Bibal, né à Saint-Jean-de-Luz en 1847 _ sans plus de précision _, artiste peintre de très grande qualité _ dont j’ignore la date du décès : avant ce mois de décembre 1920, nous l’apprenons par déduction ici ; je me suis déjà exprimé plus haut sur cette étrangeté d’absence d’informations biographiques détaillées concernant un artiste de sa qualité ! pour en juger sur pièces, cf les images de tableaux de mon article du 27 mars dernier : … _ et de son épouse _ ils se sont mariés religieusement à Zarautz le 23 janvier 1877 ; puis civilement à Saint-Jean-de-Luz le 13 juillet 1878 _ Dorotea de Iburuzqueta, née à Zarautz en 1855 :

    …

    Soient les neveux suivants du défunt :

    …

    François BIBAL,

    né à Saint-Jean-de-Luz  le 17 septembre 1878, fils de Pascal Bibal et son épouse Dorotea de Ibuzqueta, et, comme son père Pascal Bibal, peintre tout à fait remarquable (François-Ignace-Victor Bibal, après avoir résidé _ ainsi que le révèle son livret militaire _ notamment à La Havane (en 1905), puis à Saint-Jean-de-Luz (en 1914, au 41 rue Gambetta), puis à Auch (en 1917), décèdera à Ainhoa en 1944 _ sans plus de précision ; et je trouve déjà cela plutôt étrange, à nouveau : le web est en général bien plus bavard… Non : Ignace-François-Victor Bibal est décédé en son domicile 5 Place Maréchal Foch, à Saint-Jean-de-Luz, le 26 mai 1944 _),

    et son épouse, Marie-Rose _ dont j’ignore le nom de jeune fille, la date et le lieu de naissance ; je connais son prénom par la mention de celui-ci, Marie-Rose, sur sa tombe ; elle décèdera en 1963 ; car elle repose auprès de son mari François-Ignace Bibal au cimetière d’Aïce Errota à Saint-Jean-de-Luz ; on pourra se rendre compte de la qualité de l’œuvre picturale de ce dernier, en se reportant aussi aux images de tableaux de mon article du 27 mars :  Marie-Augustine Porterie, née à Auch le 22 mars 1874, est décédée en son domicile du 5 Place Maréchal Foch, à Saint-Jean-de-Luz, le 11 décembre 1962… _ ;

    …

    les sœurs Marie et Élise BIBAL,

    sont _ ainsi situées dans le faire-part de décès d’Edmond Gaudin : leur oncle _ des sœurs cadettes de François-Ignace Bibal _ mais j’ignore présentement tout d’elles ; probablement leur naissance est-elle advenue entre celle de leur frère aîné François-Ignace, le 17 septembre 1878, à Saint-Jean-de-Luz, et celle de leur frère cadet, Grégoire Bibal, le 3 mai 1882, à Saint-Jean-de-Luz, lui aussi ; et peut-être à Saint-Jean-de-Luz, elles encore (et même au 41 de la rue Gambetta : la maison Dupous-Bibal-Gaudin, héritée des Benoît, boulangers plus avant dans le siècle…) ; elles aussi, Marie et Élise Bibal, étant des nièces côté Bibal du défunt, Edmond Gaudin _ ;

    …

    Grégoire BIBAL,

    né le 3 mai 1882 à Saint-Jean-de-Luz, fils lui aussi de Pascal Bibal et son épouse Dorotea de Ibuzqueta, a été peintre, puis architecte de profession, lit-on sur sa fiche militaire :

    considéré comme insoumis le 11 octobre 1915, il a vécu et vivra un moment hors de France, notamment à Bilbao _ et là, un moment, auprès de sa mère déjà devenue veuve (avant décembre 1920) _, et plus tard (notamment en 1930 – 1932 _ mais auparavant déjà : en 1927-28, par exemple _) à La Havane, à Cuba ; s’étant volontairement présenté au bureau de recrutement de Bayonne le 16 août 1929 (!), il sera laissé en liberté provisoire à Saint-Jean-de-Luz (rue du Midi, Villa Mirentchu _ le fait est bien sûr à relever ! auprès de sa tante paternelle Annette Bibal-Gaudin et de sa cousine Marie Gaudin _). Condamné le 18 octobre 1929 par le Tribunal militaire permanent de Bordeaux à 6 mois de prison avec sursis pour insoumission en temps de guerre, il ne subira pas de détention préventive. Et il sera libéré du service militaire le 14 octobre 1931. En 1930-31-32 _ ce livret militaire est un des rares documents concernant Grégoire Bibal auquel j’ai pu jusqu’ici accéder ; on trouve cependant aussi mention de lui à Cuba, en tant qu’architecte et aussi homme d’affaires, en collaboration avec son frère Joseph, dans les années 30 au moins… _, on le retrouve résidant à nouveau à Cuba _ où son frère François-Ignace avait lui aussi déjà résidé, par exemple en 1905 _ en 1930, 31 et 32. 

    Mais au-delà de ce que révèle son livret militaire, nous apprenons aussi que, présent et actif à La Havane, d’août 1927 à décembre 1928, et en collaboration avec son confrère architecte Eduardo Albarran Machin, Grégoire Bibal construisit le théâtre Auditorium (nommé aujourd’hui Teatro Amadeo Roldan), le plus important théâtre de La Havane _ situé au coin des Calles San Ignacio et Obispo.

    …

    Préciser l’histoire de ces Bibal artistes peintres _ et maintenant architecte _ luziens _ il y a aussi le cas de Léon Bibal (Saint-Jean-de-Luz, 1849 – Saint-Jean-de–Luz, 24 avril 1884, rue Gambetta N° 41), artiste-peintre lui aussi, décédé à l’âge de 35 ans, et frère cadet de Pascal Bibal _, dont le détail des vies est si mal connu, serait assurément enrichissant !

    …

    Joseph BIBAL,

    est le benjamin _ et cinquième ; j’ignore sa date de naissance : postérieurement à 1882 _ de la fratrie des enfants de Pascal Bibal et son épouse Dorotea de Iburuzqueta, après ses frères et sœurs François-Ignace, Marie, Élise et Grégoire Bibal...

    Au début des années 30, on trouvera Joseph Bibal à La Havane, où, avec son frère architecte Grégoire _ et leur ami architecte Eduardo Albarran Machin _, il fondera la « Compania Albarran y Bibal SA« , dont il sera, lui, Joseph, le président. Bien plus tard, le 17 mai 1954, et toujours à La Havane, sera fondé « El Banco de la Construccion« , dont Joseph Bibal sera ici encore le président. Il sera aussi vice-président de la « Union Petrolifera Aurerra – Jarahueca » _ cf Los Propietarios de Cuba 1958, de Guillermo Jimenez Soler, en 2006…

    Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si les frères Grégoire et Joseph Bibal sont mentionnés parmi les plus importants propriétaires de l’ère Batista, à Cuba, au moment de la Révolution et l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro, en 1958 _ j’ignore la date du décès, peut-être à Cuba (ou bien en exil ?), de chacun de ces deux frères : Grégoire et Joseph Bibal

    _ ce 14 avril 2022, une passionnante conversation téléphonique avec Pascal Courteault (fils de Pierre Courteault et Jane Gaudin), m’apprend, entre autres précieuses informations, que Grégoire et Joseph Courteault se sont en effet exilés de Cuba en 1958, pour venir s’installer en Floride, où ils possédaient déjà une propriété. Et c’est probablement là qu’ils décèderont : une hypothèse qui reste, bien sûr, à confirmer…

    …
    …

    Pour finir, il me faut revenir réfléchir un peu sur les Demoiselles BIBAL, Marie et Élise, qui auraient pu faire concurrence à Mademoiselle B. BIBAL pour le qualificatif-titre de « Tante Bibi » des trois lettres, en 1921, 1930 et 1933, de Maurice Ravel à son amie Marie GAUDIN.

    …

    Mais si Mademoiselle B. BIBAL a rang de belle-sœur pour le défunt Edmond GAUDIN, en tant que très probable sœur (cadette) de sa veuve, née Annette Bibal, et donc très probable tante de leur fille et destinataire de ces trois lettres,

    …

    il n’en va pas de même des Demoiselles Marie et Élise BIBAL, qui prennent place, elles, sur le faire-part de décès de leur oncle Edmond Gaudin dans le rang des neveux et nièces, et petits-neveux et petites-nièces, du défunt ; et qui ont donc seulement rang de cousines pour Marie GAUDIN…

    …

    On ne saurait donc qualifier ni nommer aucune des deux, ni Marie, ni Élise, »Tante Bibi« ,

    …

    d’autant qu’il est peu probable qu’elles aient vécu toutes ces années _ 1921, 1930, 1933 _ au 41 rue Gambetta ou _ à partir du mois de juillet 1924 _ à la Villa Mirentchu _ c’est déjà beaucoup (pour notre recherche) qu’elles figurent sur le faire-part de décès de leur oncle Edmond GAUDIN ; elles devaient avoir toutes deux autour de 40 ans à cette date du 20 décembre 1920. En aucune de ses lettres à Marie GAUDIN, Maurice Ravel ne fait allusion à quelque membre de la maisonnée autre que celles toujours citées : la grand-mère Annette, son amie Marie, la petite-fille Annie, et la « Tante Bibi« … Que sont devenues les demoiselles Marie et Élise BIBAL ? Ont-elles vécu hors de France (en Espagne, à Cuba) auprès de leur mère veuve, Dorotea ?… C’est possible. En tout cas, je n’ai trouvé jusqu’ici aucune autre trace de ces deux « Demoiselles Bibal » en dehors de leur mention sur ce faire-part de décès de leur oncle Edmond GAUDIN, le 20 décembre 1920. Il arrive aussi que les familles se dispersent.

    …

    Et l’expression « Tante Bibi » n’a cours qu’au singulier dans les clins d’œil répétés _ en 1921, 1930 et 1933 : « Tante Bibi«  vit à demeure auprès de sa sœur Annette, de sa nièce Marie et de sa petite-nièce Annie, toutes les trois luziennes elles aussi à demeure ; semblant presque faire partie du décor… _ de Maurice à son amie Marie GAUDIN, de 1921 à 1933, du moins parmi la correspondance accessible et publiée.

    …

    La « Tante Bibi » _ de Marie GAUDIN _, ,  pourrrait être née entre 1846 et 1855 ; et les cousines Marie et Élise BIBAL, entre 1879 et 1881.

    La « Tante Bibi« , B. BIBAL, née autour de 1850, avait donc, en 1920, autour de 70 ans ; comme elle aura autour de 86 ans au moment du décès de sa sœur aînée Annette (Madame Edmond GAUDIN), qui décèdera, elle, à l’âge de 91 ans, au mois de novembre 1936.

    …

    …

    L’hypothèse de mon article du 1er juin, , tient donc toujours. Et se renforce même :

    d’une initiale, B., pour un prénom !

    …

    Le « Mademoiselle Bibal » de l’avis de Remerciements du 23 novembre 1936, à l’occasion du décés d’Annette BIBAL-GAUDIN, vient, avec cette découverte du Faire-part d’annonce du décès de Monsieur Edmond GAUDIN du 28 décembre 1920, de recevoir l’initiale B. de son prénom !

    …

    Nous avançons…

    …

    …

    Ce samedi 8 juin 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En hommage à Claude Lanzmann (1925 – 2018) et son « Lièvre de Patagonie », en 2009 (III)

    En hommage à Claude Lanzmann

    (Bois-Colombes, 27-11-1925 – Paris, 5-7-2018),

    …

    qui nous a quitté avant-hier, jeudi 5 juillet,

    …

    et à son superbe Lièvre de Patagonie (en 2009)

    ainsi qu’à son œuvre cinématographique (dont le magistral Shoah ),

    …

    re-voici

    en sept épisodes (des 29 juillet, 13, 17, 21 et 29 août, et 3 et 7 septembre 2009)

    la lecture que j’avais faite, de ce 29 juillet à ce 7 septembre 2009,

    de son Lièvre de Patagonie ;

    …

    et pour ce jour le troisième volet :

    La joie sauvage de l’incarnation : l’ »être vrais ensemble » de Claude Lanzmann _ la nécessaire maturation de son génie d’auteur III

    …

    …

    L’abord de l’homme était plutôt rugueux.

    …

    Mais l’œuvre est magistrale !

    …

    …

    — Ecrit le lundi 17 août 2009 dans la rubrique “Cinéma, Histoire, Littératures, Philo, Rencontres, Villes et paysages”.
    …
    …

    Après mes deux premiers articles d’introduction au « Lièvre de Patagonie« 

    du 29 juillet _ « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I » _

    et du 13 août 2009 _ « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ quelques “rencontres” de vérité II » _,

    …

    voici,

    et juste avant l’exposé (IV) de l’objet de mon analyse : la singularité du « génie » d’auteur de Claude Lanzmann,

    …

    voici le tout dernier volet (III) de mon « introduction« ,

    à propos de la nécessaire maturation de ce « génie« -là,

    un « génie » proprement « cinématographique » ;

    mais assez à l’écart, par son « estrangement« 

    …

    _ ce mot, rare (d’un état ancien du français : présent chez Montaigne ?..), vient à la bouche de Claude Lanzmann, et deux fois : page 419 et page 440 ; cette seconde fois à propos de ses rapports de « communication« , ou plutôt « intelligence«  (et dans toute l’amplitude, ici, de ses acceptions), avec « trois des protagonistes les plus importants de « Shoah«  », les tchèques Richard Glazar et Filip Müller et le slovaque Rudolf Vrba :

    « Outre le fait qu’ils étaient tous trois des personnalités d’exception, à la fois par leur intelligence, leur survie miraculeuse, leur héroïsme, leur capacité à analyser leur expérience,

    je ne pouvais leur parler qu’en une langue étrangère ;

    _ cela fait partie des « contraintes » merveilleusement (paradoxalement !) fécondes qu’évoque ailleurs (que dans ce « Lièvre de Patagonie« ) Claude Lanzmann ; peut-être dans le passionnant recueil que réunit en 1990 Michel Deguy, aux Éditions Belin, « Au sujet de Shoah, le film de Claude Lanzmann« , et qui comporte cinq articles importants de Claude Lanzmann lui-même ; à moins que ce ne soit dans sa contribution personnelle, sous forme d’entretiens (en « trois séances de travail » : les 26 janvier, 18 avril et 14 octobre 2006) avec Jean-Michel Frodon, intitulée « le travail du cinéaste » (pages 111 à 125) en cet autre recueil « sous la direction de Jean-Michel Frodon«  : « Le cinéma et la Shoah _ un art à l’épreuve de la tragédie du 20e siècle« , paru aux Éditions des Cahiers du Cinéma en 2007… _,

    …

    et l’estrangement _ voilà le terme lui-même peu courant ! _, autre nom de l’éloignement que j’ai évoqué plus haut _ Claude Lanzmann nous renvoyant ici à un développement, page 419, à propos du « coup de foudre violent et partagé«  (page 420) éprouvé lors de sa rencontre, au restaurant Fink, à Jérusalem, en novembre 1970, avec « une femme parfaitement énigmatique, pour moi sans nom

    _ mal perçu quand l’ami commun, Uri Avnery, les avaient très rapidement présentés l’un à l’autre : « il me présenta à elle en allemand«  (page 418)… _,

    sans origine, sans biographie ; je me trouvai véritablement en terra incognita, dépourvu d’un seul repère qui me permît _ à cet instant, et face à l’énigme de sa beauté, de son regard, de son visage  _ d’accéder à elle. » Car « je n’avais pas retenu le nom de celle que j’imaginais être la maîtresse d’Avnery ; il l’avait chuinté

    _ « Angelika Schrobsdorff » ; elle était berlinoise ; et Claude Lanzmann, tombé éperdument amoureux, l’épouserait un peu plus tard : en octobre 1974… _

    inaudiblement ; mais peu m’importait ; elle me fascina dès le premier regard ; sa présence chez Fink, à Jérusalem, en Israël, était pour moi un absolu mystère. » Et Claude Lanzmann, alors, de le détailler, cet « absolu mystère« , page 419 : « Pareille beauté n’existe pas là-bas ; mais pas davantage en France ou ailleurs. Je ne pouvais la relier

    _ « relier«  : ainsi procède toujours l’effort de connaissance : une tentative de familiarisation avec de l’inconnu, d’abord insituable, et venant nous troubler et nous inquiéter par là ; en rattachant cette nouveauté insituable pour soi à du déjà tant soit peu repéré ou déjà connu… _

    …

    Je ne pouvais la relier à rien ; ni aux Juives les plus belles que j’avais pu connaître, qui ne suscitaient en moi aucun sentiment d’estrangement

    _ et voici, page 419, la première occurrence de ce très beau vieux mot !

    que Claude Lanzmann réutilise page 440 à propos de cette « condition paradoxale d’approche » : conservant la distance de la singularité à préserver !.. ne pas réduire (a fortiori une « vraie » personne…) à quelque chose comme du cliché !

    cette seconde fois, à propos des singularités exceptionnelles, et des personnes elles-mêmes, et de leurs « témoignages« 

    (sur « le dernier rail, la dernière bifurcation, quand il est absolument trop tard ; quand l’irrémédiable va s’accomplir« , page 532 : le moment de la mort quand « dans le noir se livre ce que Filip Müller appelle « le combat de la vie, le combat de la mort », chacun tentant d’attraper un peu d’air pour respirer une seconde de plus« , page 535, dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau ; alors que « les malheureux qui en furent les victimes n’eurent _ eux _ aucun savoir, aucune connaissance de leur propre fin : jusqu’au dernier instant, jusqu’à ce qu’on les précipitât, à coups de fouet de matraque, de massue, à l’intérieur de la chambre de mort«  ; « ils ne connurent rien d’Auschwitz, ni le nom, ni le lieu, ni même la façon dont on leur ôtait la vie. Ils ont terminé leurs jours _ eux _ dans le noir, entre quatre murailles de pierre lisse, dans un véritable « non-lieu » de la mort«  _ pages 535-536 )

    …

    à propos des singularités exceptionnelles, donc,

    de Richard Glazar, Filip Müller et Rudolf Vrba _,

    …

    Je ne pouvais la relier, donc, à rien ; ni aux Juives les plus belles que j’avais pu connaître, qui ne suscitaient _ elles _ en moi aucun sentiment d’estrangement

    ni à celles que j’avais croisées dans d’autres contrées »…

    …

    voici _ je reprends l’élan de ma phrase de départ ! _ le tout dernier volet (III) de mon « introduction« ,

    à propos de la nécessaire maturation de ce « génie« -là,

    un « génie » proprement « cinématographique« , donc ;…

    mais assez à l’écart, en effet, et par son propre « estrangement« ,

    ce « génie » cinématographique de Claude Lanzmann,

    …

    de la plupart des canons en cours de « tous les professionnels de l’audiovisuel« ,

    ainsi que Claude Lanzmann les nomme et les rassemble, page 511…

    …

    A cette fin de saisir la singularité de l’aventure existentielle et de l’histoire de l’accomplissement, après maturation et pas mal d’improbables, voire d’impossibles, détours, du « génie  cinématographique«  qui a éclos en Claude Lanzmann

    _ mais tout « génie » a sa propre (singulière !) aventure, imprévisible : il « arpente« (page 504, et ailleurs !) des sentes non déjà balisées, ou parcourues par d’autres ;

    « opaque«  à lui-même qu’il est, pour commencer, en ses débuts, ce « génie«  ;

    et grâce, aussi, à pas mal de risques, et donc aussi de courage, pour affronter et vaincre sa propre « annihilation« … : c’est un « parcours du combattant » ! ; pour surmonter et dépasser  les obstacles, et l’incompréhension première (ainsi que la terrible force d’inertie) des esprits (et corps) un peu moins « géniaux » et plus « conformistes » que lui… _,

    …

    j’ai donc dû, pour cette fin-là, et le plus attentivement possible, relire tout « Le Lièvre de Patagonie«  !.. afin de le moins possible négliger ou perdre du suc de son « essentiel«  : capital à mes yeux

    sur ce qu’est le travail, toujours « hors-norme« , de l’œuvre

    …

    _ « ce qu’il pouvait y avoir de hors-norme« , Claude Lanzmann l’écrit lui-même, en 1981, à Jan Karski,

    de ce qui n’était encore, que son « projet« , en cours, complexe (et même absolument désordonné : encore bien trop « opaque« …), de « réalisation« , alors,

    depuis sa décision, après « toute une nuit, une nuit de feu » (page 429)« pascalienne«  ! (page 430) de marche « dans Paris« , « au début de l’année 1973« (page 429) de s’y lancer et consacrer,

    de « Shoah«  :

    …

    « je me sentais

    _ devant la proposition, à Jérusalem, de son « ami Alouf Hareven, directeur de département au ministère des Affaires étrangères israélien » :

    « Il n’y a pas de film sur la Shoah ; pas un film qui embrasse l’événement dans sa totalité et sa magnitude, du point de vue des Juifs. Il ne s’agit pas de réaliser un film sur la Shoah ; mais un film qui soit la Shoah. Nous pensons que toi seul _ qui venais de réaliser le film « Pourquoi Israël« … _ es capable de le faire. Réfléchis. Nous connaissons toutes les difficultés que tu as rencontrées pour mener à bien « Pourquoi Israël« . Si tu acceptes, nous t’aiderons autant que nous le pourrons« , page 429 _,

    …
    je me sentais

    _ tel l’alpiniste qu’il avait appris à devenir auprès de son beau-père René Dupuis, ou du guide (« de haute montagne« ) Claude Jaccoux dans le massif du Mont-Blanc (cf les pages 387 à 390) _

    au pied d’une terrifiante face Nord inexplorée«  ;

    …

    « je quittai Alouf abasourdi et tremblant _ cette conversation dut avoir lieu au début de l’année 1973 _ et rentrai à Paris, ne sachant quoi décider ;

    mesurant l’immensité de la tâche, ses impossibilités qui me paraissaient _ assez réalistement !.. _ innombrables ; craignant de ne pas pouvoir relever ce défi incroyable.

    …

    Cependant, quelque chose de très fort et même de violent en moi me poussait à accepter : je ne me voyais pas _ après les « près de trois ans de travail » (page 427) du premier film « Pourquoi Israël« … _ reprendre mon ancien métier _ fragmentaire ; pas d’auteur complet (avec « final cut » !..) d’une œuvre qui en quelque sorte « se tienne« … _de journaliste ; cette période de ma vie était révolue.

    …

    Mais dire oui signifiait renoncer à toutes les prudences et sécurités ; m’engager dans une entreprise dont je ne savais ni le terme _ le fruit réalisé, l’œuvre : accomplie ou avortée… _ ni le temps qu’elle allait requérir _ ce serait dans pas moins de douze années ! _ ; c’était choisir l’inconnu _ un trou noir, peut-être : un gouffre sans fond ; sans sol ultime où se tenir… _ ; je me sentais au pied d’une terrifiante face Nord inexplorée_ jusqu’alors ; et meurtrière… _, dont le sommet demeurait invisible, enténébré de nuages opaques« …

    …

    « Je marchai _ ce début d’hiver 1973 _dans Paris toute une nuit, une nuit de feu,

    j’affermissais ma résolution en me disant qu’une chance unique m’était offerte ; qu’elle exigeait le plus grand courage ; qu’il serait indigne et lâche de ne pas la saisir.

    …

    (…)

    Je clarifie aujourd’hui _ commente rétrospectivement son effort de mémoire, Claude Lanzmann _, et je regrette de le faire, les pensées bien plus confuses _ que ce résumé-là _ qui se combattaient en cette nuit pascalienne.

    …

    Au matin, à bout de forces, avant de plonger dans un calme et noir sommeil,

    je téléphonai à Alouf Hareven pour lui dire mon consentement », page 430) _

    …

    voici,

    en une lettre de 1981

    à Jan Karski,

    qui s’impatientait, déjà un peu,

    alors que son « témoignage«  (majeur !) sur la Shoah en Pologne _ « sa présence dans le film serait irremplaçable«  (page 511) _ avait été « tourné aux États-Unis en 1979«  (page 510) ; et, de fait, le film ne lui sera, une fois vraiment terminé, montré que le 23 octobre 1985 !

    …

    _ mais alors, ce 23 octobre 1985 :

    « la première projection à laquelle Karski assista, dans un cinéma de Washington, l’enthousiasma au point qu’il m’écrivit dix lettres de coulpe battue ; il fut mon plus fervent supporter ; et je me souviens avec un émotion que j’ai encore du mal à contrôler des trois jours que nous passâmes ensemble pour la première du film à Jérusalem« … _

    …

    voici comment Claude Lanzmann,

    je reprends ici le fil et l’élan de ma phrase,

    le dit lui-même au « grand«  (l’adjectif vient sous la plume de Claude Lanzmann à la page 510) Jan « Karski« 

    _ l’auteur de l’encore si scandaleusement méconnu, et actuellement indisponible !!! « Mon témoignage devant le monde _ histoire d’un secret » _,

    qui s’impatientait, déjà un peu

    « que le film ne soit pas achevé, alors qu’il m’avait, selon lui, laissé tout le temps pour y parvenir« , « deux années«  après « avoir tourné avec lui«  (page 511) :

    …

    je cite :

    « lui expliquant, pour la première fois, je crois _ avant quelques autres interlocuteurs _, la dimension unique _ voilà ! et très loin des « normes » en usage chez les professionnels de l’audiovisuel et dans l’industrie cinématographique ! _ que je voulais donner à mon travail,

    tentant de lui faire éprouver ce qu’il pouvait y avoir _ telle en est la formulation précise _ de hors normes et même de révolutionnaire _ là est l’expression que je voulais donc souligner _ dans un pareil projet,

    qui prétendait tout embrasser et montrer _ oui ! faire « ressentir«  ainsi ! à ce qui consentiraient à le regarder et écouter «  vraiment » : pas mal y renoncent…  _ ce qu’avait été du point de vue des Juifs eux-mêmes le désastre« , page 511 _

    …

    afin de le moins possible négliger ou perdre du suc de son « essentiel«  : capital à mes yeux sur ce qu’est le travail, toujours en partie, ou « avec quelque chose de« ,« hors-norme« , sinon (de) « révolutionnaire« ,

    de création (du « génie«  vrai) d’un artiste ! et de sa « loi«  :

    …

    le terme de « loi«  (de l’œuvre), absolument décisif, une fois « découvert«  (ou devenu pleinement conscient) par Claude Lanzmann, revient à de multiples reprises en cet immense livre qu’est « Le Lièvre de Patagonie« 

    et en est une des clés, selon moi ;

    pas seulement à cette occurrence-ci de la page 502, à propos de l’ordre même de son « plan de travail«  :

    …

    « Mon premier voyage en Pologne avait eu lieu _ seulement : le projet avait commencé au début de 1973 _ en février 1978 _ à Treblinka. Je fis, à mon retour, un bref séjour en Israël pour revoir Srebnik après m’être rendu à Chelmno _ après Treblinka _ ; puis me lançai dans la préparation très complexe d’un tournage _ forcément à organiser ! _qui se déroulerait dans plusieurs pays.

    Le premier tour de manivelle eut lieu six mois plus tard à Treblinka, autour du 15 juillet ; et, à partir de là, gagné par la même urgence _ de tourner, maintenant ! _, j’enchaînai les campagnes, à Corfou, aux États-Unis, en Israël, en Suisse, en Autriche, etc., pendant ces trois années, jusqu’à la fin 1981.
    Je revins quatre fois tourner en Pologne.

    …
    Il m’arrive encore de me demander ce qu’aurait été
    « Shoah » si j’avais commencé mes explorations par ce pays, comme la logique commandait de le faire, au lieu de vagabonder _ voilà… _ d’abord partout ailleurs dans le monde.

    …

    Je sais _ maintenant : avec tout le recul de la rétrospection ! de ce livre même qu’est « Le Lièvre de Patagonie«  _ que j’ai obéi _ cependant _ à une loi différente (de celle de cette « logique » organisée :

    …

    on peut la spécifier, cette « loi« , appréhendée petit à petit, et dans la « brume« , le « brouillard« , voire les épais « nuages« , de l’acte permanent de « création«  ici, y compris toutes les complexes démarches les plus concrètes (et administratives) de terrain qu’elle impliquait aussi !

    comme étant de l’ordre de l’invention du « génie«  _ cf l’analyse magnifique qu’en donne le « génial« , lui-même, Kant en sa non moins géniale « Critique de la faculté de juger« … ; y revenir souvent ! _

    …

    de l’ordre de l’invention du « génie«  :

    …

    celui de Claude Lanzmann lui-même ;

    …

    distinct, par exemple, d’un « génie«  philosophique « pur » (= conceptuel pour l’essentiel…), tel que celui qui mobilisa, très jeune déjà (« un philosophe-né », lui, le qualifie Claude Lanzmann, page 140), un Gilles Deleuze, par exemple

    (cf page 167 : « le génie manifeste de Gilles«  : dans la « création de concepts«  ; cf son « Qu’est-ce que la philosophie ?« …),

    …

    Je sais que j’ai obéi _ je reprends l’élan de la phrase de Claude Lanzmann _ à une loi différente

    contraignante, opaque à mes propres yeux et d’un autre ordre : celle de la création«  : je vais y consacrer l’article principal à venir : le numéro IV !

    …

    Dans le cas, ici _ qui nous occupe tout spécialement _, de Claude Lanzmann,

    son « génie«  propre, qu’il lui a fallu peu à peu, et de bric et de broc, par paliers et par strates, et « liens«  (surtout !) complexes et touffus, découvrir et « élaborer« , « construire« , « machiner« , mettre en œuvre

    …

    _ par exemple, au moment de l’élaboration de son premier film, « Pourquoi Israël« , de 1971 à 1973,

    et en fréquentant les « Yekke _ c’est ainsi qu’on nommait, en Israël, les Juifs allemands _, dans le calme et ombreux quartier de Rehavia« ,

    dont « les « Sämtliche Werke » (Œuvres complètes) de Goethe, de Schiller, de Hölderlin, de Hegel ou de Kant, beaux volumes reliés qui emplissaient les rayonnages des appartements » (de ces « Yekke« , donc)

    _ par exemple « la bibliothèque de Gershom Scholem, fabuleuse caverne d’Ali Baba de la grande culture juive«  qui l’avait tout particulièrement « émerveillé«  (page 421) _

    faisaient monter à mes yeux d’irrésistibles larmes sans que j’en comprisse vraiment _ alors _ les raisons«   :

    …

    « Israël, l’Allemagne, les deux années que j’y avais passées _ au final des années 40, à Tübingen, puis à Berlin _, la Shoah, Angelika

    _ Schrobsdorff, rencontrée par le plus grand des hasards, un tristement pluvieux et glacial soir de novembre 1970, chez Fink (un restaurant de Jérusalem) et qu’il épouserait en octobre 1974 ; avec Gershom Scholem pour « témoin de nos épousailles juives« ,« sous la houppa, à la fin d’un jour d’octobre encore très chaud » _

    se nouaient en moi à d’insoupçonnables profondeurs », peut-on lire, à la page 420_

    …

    le « génie » propre de Claude Lanzmann,

    je reprends le fil et l’élan de ma phrase,

    est un  « génie«  de « témoin«  montreur (et « passeur« ) de vérité par son œuvrecinématographique (sans exemple : à rebours de la plupart des pratiques communes à la plupart des professionnels « de la profession« …

    …

    cf la phrase importante, pages 243-244 : « la posture de témoin qui a été la mienne dès mon premier voyage en Israël _ d’août à décembre 1952 _, et n’a cessé de se confirmer et s’engrosser au fil du temps et des œuvres _ un point capital ! et combien justement revendiqué par lui ! _, requérait que je sois à la fois dedans et dehors,comme si un inflexible mandat m’avait été assigné«  : c’est magnifiquement juste ! ;

    …

    et celle-ci, page 511, plus décisive peut-être encore, face à tous ceux qui s’impatientaient des longueurs infinies, et de l’élaboration, de la conception ; et du tournage ; et enfin du montage : « une opération longue, grave, délicate, subtile« , est-il dit page 509 ; car « c’est la construction du film _ seule ; sans nul commentaire surplombant ! _ qui est la clé et le moteur de son intelligibilité ; qui permet au récit d’avancer _ sans chevilles, ni rail unique grossier _ et d’être compréhensible _sensiblement, en toute la richesse de sa complexité : lumineuse, par ce travail ! _ pour le spectateur«  qui la reçoit, toujours page 509 ;

    …

    voici cette phrase cruciale de la page 511 :

    « J’avais plus de foi en moi qu’en tous les professionnels de l’audiovisuel ; et d’abord pour une très puissante raison : j’avais la force _ conquise épreuve après épreuve, ces douze ans durant de l’aventure si improbable, au départ, de « Shoah » ! _ de prendre mon temps«  ; ce point est, d’ailleurs, capital pour tout authentique créateur : il ne doit obéir, au final, et contre vents et marées même, qu’au rythme propre (= la « loi« même !) de l’œuvre elle-même ; de la création ! en son « opacité«  même première ; ainsi qu’à l’intérieur même de ses contraintes, et de tous ordres, d’ailleurs, qui, ainsi, même si c’est apparemment paradoxalement, font par là même partie intégrante de la « loi«  à la source jaillissante de cette création et de cette œuvre !)

    …

    Dans le cas de Claude Lanzmann,

    son « génie«  de « témoin«  montreur (et partageur) de vérité par son œuvre (sans exemple) cinématographique, donc,

    a eu besoin d’un peu plus de patience et d’une riche et complexe,

    « opaque«  aussi, il le dit aussi à plusieurs reprises, nous venons de le voir,

    maturation :

    …

    page 249, cette remarque rétrospective particulièrement lucide, à propos la « découverte«  (de ce que Sartre a qualifié alors, en 1953, de la part du jeune Claude Lanzmann, il venait juste d’avoir vingt-sept ans, de « la particularité juive«  dans le jeune État d’Israël, en son second semestre de 1952, donc) ; et de la renonciation à « écrire« immédiatement « dessus« … :

    …

    « Je remis tout cela à plus tard,

    conscient que j’avais à grandir, à vieillir

    pour résoudre, dans un autre plan que celui où je me les posais alors _ un plan historico-journalistique, en l’occurrence alors _, les questions qui s’étaient levées en moi _ on ne peut pas tout de suite écrire, changer en livre

    _ plutôt que le livre, son medium (à lui, d’« auteur« , Claude Lanzmann) sera le film,

    il le découvrira assez tardivement (par son reportage pour l’émission de télévision d’Olivier Todd, « Panorama« , sur les bords du canal de Suez, pendant la meurtrière « guerre d’usure«  israëlo-égyptienne, au début 1968 ; cf les pages 408 à 410) _

    …

    on ne peut pas tout de suite écrire, changer en livre

    la matière

    _ encore trop brute (ou pas assez « articulée« , faute d’assez disposer, alors, de clés…), pour l’heure, en ces années 1952-53 : « matière«  dénuée pour le moment, donc, de sa vraie « forme«  (ou « Gestalt« , dit-il ailleurs en son livre : page 442) _

    de sa vie ; ce qui est souvent le défaut des professionnels de la littérature. J’étais un homme des mûrissements longs _ voilà un facteur essentiel ! _ ; je n’avais pas peur de l’écoulement du temps ; quelque chose m’assurait

    …

    _ avec justesse ! celle de la patience du « pêcheur » attentif à la réelle « imminence » (d’une proie « guettée«  et attendue…) :

    …

    cet important mot « imminence«  _ annonciateur de pratiques ultérieures : celles de « recueillement«  de « témoignages » : parfois en « pêcheur«  ; d’autres fois en « chasseur« , aussi _  est présent deux fois dans le livre :

    …

    page 386, à propos des « bonheurs de l’attente et de l’imminence«  lors de la chasse au sanglier avec son beau-père René Dupuis, en Haute-Marne, « posté « ventre au bois » sur une sente gelée et verglacée« , « dans de grands domaines forestiers proches de Colombey-les-deux Églises« , dans les années soixante de son mariage avec l’actrice de théâtre Judith Magre ;

    …

    et page 441 à propos du projet, hélas inabouti

    _ « avec beaucoup de regret. Et de peine«  : « Dov mourut malheureusement d’une crise cardiaque avant que je pusse tourner« … _

    d’aller pêcher « en Méditerranée, non loin de Césarée« , avec « Dov Paisikovitch, boucher à Hadera » et « l’homme le plus silencieux que j’ai connu«  (page 440) ; mais « le silence est aussi un mode authentique du langage«  :

    …

    « originaire de Transylvanie, il avait été déporté à Birkenau avec sa famille au moment où l’extermination des Juifs de Hongrie était à son comble, en mai 1944 (…) ;

    et même si « on ne pouvait le comparer en rien à _ l’extraordinaire _ Filip Müller

    …

    _ « il n’y aurait jamais deux Filip Müller ; jamais _ une autre fois… _ cette voix de bronze, et la reverbération, la vibration de son timbre, qui se poursuit longtemps après que ses justes et dramatiques paroles ont été proférées ; jamais cette profondeur de pensée, cette haute réflexion sur la vie et la mort, forgées par trois années d’enfer » ; si bien que de« tous les membres du commando spécial d’Auschwitz » ayant réussi à « survivre » que Claude Lanzmann a retrouvés et connus, « aucun n’égala _ en « force de témoignage« … _Filip Müller ; et je sus qu’ils ne seraient pas dans le film. Sauf _ mais, lui, Dov Paisikovitch, pour « sa jeunesse et son absolu mutisme » !.. _ est-il précisé page 440… _,

    …

    il _ Dov, donc : le « silencieux« , lui… _ me plaisait ; et je lui rendis plusieurs fois visite dans sa boucherie, convaincu que sa jeunesse et son absolu mutisme avaient _ eux aussi ! _ leur place dans la tragédie que le film aurait à incarner » ;

    …

    « comme j’aime moi-même la pêche

    …

    _ nous y voilà !

    cf page 67, sa découverte de la pêche, l’été 1938 : « nous passions nos vacances à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère, chez un directeur d’école républicain, Marcel Galtier, que j’adorais parce qu’il m’instruisais de tout

    _ »instruire«  est aussi un mot qui vient à la bouche de Claude Lanzmann à propos de ses rapports (infiniment riches!) avec Simone de Beauvoir ; cf page 253 : « M’instruire était pour elle une façon de tout appréhender d’un oeil neuf, lui redonnant l’émotion _ = la fraîcheur ! _ des premières fois » : une « fraîcheur » à apprendre à trouver, saisir, re-trouver, re-vivre (ressusciter !) et ne jamais gaspiller… ; par exemple cinématographiquement… _,

    et d’abord de la pêche à la mouche dans les étroites et serpentines rivières à truites des hauts plateaux de l’Aubrac« … _

    …

    comme j’aime moi-même la pêche,

    l’attente, l’imminence _ voilà les réalités décisives (et fécondes) ici ! j’y reviendrai ! _,

    je m’étais dit : « On ne parlera pas ; on pêchera ensemble ; et je raconterai son histoire en voix off« . Dov avait accepté ma proposition ; il mourut malheureusement d’une crise cardiaque avant que je pusse tourner« , page 441, donc… _

    …

    quelque chose m’assurait,

    donc, je reprends l’élan de la réflexion de Claude Lanzmann, page 249, à propos de son « insuffisance de maturité«  (d’auteur !) en 1953,

    que mon existence atteindrait sa pleine fécondité

    _ et « géniale«  : c’est en effet de l’œuvre propre du « génie« , à la Kant, qu’il s’agit, en cette vie d’un authentique créateur (d’exposition, « dévoilement« , ainsi que « transmission«  et « partage« , de la vérité de ce qui a pu advenir à un peuple) que cette vie « féconde« , oui ! (en une œuvre géniale, telle que « Shoah« …) de Claude Lanzmann _

    quand elle entrerait dans sa seconde moitié » : soit, en comptant bien, seulement à partir des quarante-deux ans de Claude Lanzmann : à la date de la parution du « Lièvre de Patagonie« , cela donne à partir du 27 novembre 1967… ; et en 1953, Claude venait d’atteindre ses vingt-sept ans…

    …

    voici, donc,

    ce sera l’article final,

    l’article « principal » (IV) sur cet « immense livre » qu’est « Le Lièvre de Patagonie«  de Claude Lanzmann :

    il portera sur la « loi » de la création du « génie«  de l’artiste ;

    Claude Lanzmann dit aussi, page 504, « le travail de la vérité«  :

    les deux lui sont, en effet, absolument indissociables !..

    …

    « Loi » qui lui fut aussi un « mandat » (page 493)

    de révélation, transmission et perpétuation, enfin,

    d’une vérité (tragique) longtemps contournée et étouffée,

    sinon « annihilée« …

    …

    Titus Curiosus, ce 17 août 2009

    …

    …

    Ce samedi 7 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • De très belles photos, sans légende : Gabrielle Duplantier, « terres basses »

    Aux Editions lamaindonne (sic), la photographe Gabrielle Duplantier _ sans plus de précision ! _ publie un livre de photos à dominante sombre,

    et dépourvu de la moindre légende : terres basses, sans majuscules.

    …

    Le titre de l’ouvrage, le nom de l’auteur, et le nom de l’éditeur, n’apparaissent que sur la tranche _ gris plutôt sombre _

    du livre,

    en bleu très clair, et en caractères très inégaux :

    en tout petit pour l’éditeur ;

    en moyen pour le titre ;

    et en plus grand pour le prénom et le nom de l’auteur, munis chacun d’une majuscule.

    …

    Sur la couverture, et sur la quatrième de couverture,

    une grande photo en noir et blanc, collée.

    …

    A l’intérieur, 

    avant la double page en noir, portant à droite le prénom et le nom de l’auteur : Gabrielle Duplantier,

    et juste en dessous, le titre, Terres Basses, tous avec des majuscules cette fois ;

    et sur la page en noir de gauche, et cette fois en très petit, et à peine lisibles, deux inscriptions l’une au-dessus de l’aire, tout à gauche :

    Á Patricia Rosa

    Á Alberto Rosa,

    une photo avec un liseré blanc sur sa gauche sur une page de droite,

    puis sur six doubles pages, six photos couvrant l’ensemble des deux pages.

    …

    Suivent alors pas mal de doubles pages (45) consacrées à une seule photo, sombre pour la plupart, couvrant tout l’espace ,

    et quelques pages uniques (20) portant une photo, avec un liseré blanc.

    …

    Puis, sur une page blanche, en pas très grand, les mots Life is a Light in Matter,

    avec en dessous, en un peu plus petit, le nom de son auteur, A. Rosa.

    …

    Et au verso, pour finir, sur une page blanche de gauche,

    et en bas à gauche,

    les diverses mentions légales :

    dont paru le 7 mars 2018 _ le jour de naissance et anniversaire de mon petit-fils Aurélien.

    …

    Une impression d’étrangeté domine…

    …

    …

    Ce mercredi 11 avril 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • La joie sauvage de l’incarnation : l’ »être vrais ensemble » de Claude Lanzmann _ la nécessaire maturation de son génie d’auteur III

    Après mes deux premiers articles d’introduction au « Lièvre de Patagonie« 

    du 29 juillet _ « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I » _

    et du 13 août 2009 _ « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ quelques “rencontres” de vérité II » _,

    …

    voici,

    et juste avant l’exposé (IV) de l’objet de mon analyse : la singularité du « génie » d’auteur de Claude Lanzmann,

    …

    voici le tout dernier volet (III) de mon « introduction« ,

    à propos de la nécessaire maturation de ce « génie« -là,

    un « génie » proprement « cinématographique » ;

    mais assez à l’écart, par son « estrangement« 

    …

    _ ce mot, rare (d’un état ancien du français : présent chez Montaigne ?..), vient à la bouche de Claude Lanzmann, et deux fois : page 419 et page 440 ; cette seconde fois à propos de ses rapports de « communication« , ou plutôt « intelligence«  (et dans toute l’amplitude, ici, de ses acceptions), avec « trois des protagonistes les plus importants de « Shoah«  », les tchèques Richard Glazar et Filip Müller et le slovaque Rudolf Vrba :

    « Outre le fait qu’ils étaient tous trois des personnalités d’exception, à la fois par leur intelligence, leur survie miraculeuse, leur héroïsme, leur capacité à analyser leur expérience,

    je ne pouvais leur parler qu’en une langue étrangère ;

    _ cela fait partie des « contraintes » merveilleusement (paradoxalement !) fécondes qu’évoque ailleurs (que dans ce « Lièvre de Patagonie« ) Claude Lanzmann ; peut-être dans le passionnant recueil que réunit en 1990 Michel Deguy, aux Éditions Belin, « Au sujet de Shoah, le film de Claude Lanzmann« , et qui comporte cinq articles importants de Claude Lanzmann lui-même ; à moins que ce ne soit dans sa contribution personnelle, sous forme d’entretiens (en « trois séances de travail » : les 26 janvier, 18 avril et 14 octobre 2006) avec Jean-Michel Frodon, intitulée « le travail du cinéaste » (pages 111 à 125) en cet autre recueil « sous la direction de Jean-Michel Frodon«  : « Le cinéma et la Shoah _ un art à l’épreuve de la tragédie du 20e siècle« , paru aux Éditions des Cahiers du Cinéma en 2007… _,

    …

    et l’estrangement _ voilà le terme lui-même peu courant ! _, autre nom de l’éloignement que j’ai évoqué plus haut _ Claude Lanzmann nous renvoyant ici à un développement, page 419, à propos du « coup de foudre violent et partagé«  (page 420) éprouvé lors de sa rencontre, au restaurant Fink, à Jérusalem, en novembre 1970, avec « une femme parfaitement énigmatique, pour moi sans nom

    _ mal perçu quand l’ami commun, Uri Avnery, les avaient très rapidement présentés l’un à l’autre : « il me présenta à elle en allemand«  (page 418)… _,

    sans origine, sans biographie ; je me trouvai véritablement en terra incognita, dépourvu d’un seul repère qui me permît _ à cet instant, et face à l’énigme de sa beauté, de son regard, de son visage  _ d’accéder à elle. » Car « je n’avais pas retenu le nom de celle que j’imaginais être la maîtresse d’Avnery ; il l’avait chuinté

    _ « Angelika Schrobsdorff » ; elle était berlinoise ; et Claude Lanzmann, tombé éperdument amoureux, l’épouserait un peu plus tard : en octobre 1974… _

    inaudiblement ; mais peu m’importait ; elle me fascina dès le premier regard ; sa présence chez Fink, à Jérusalem, en Israël, était pour moi un absolu mystère. » Et Claude Lanzmann, alors, de le détailler, cet « absolu mystère« , page 419 : « Pareille beauté n’existe pas là-bas ; mais pas davantage en France ou ailleurs. Je ne pouvais la relier

    _ « relier«  : ainsi procède toujours l’effort de connaissance : une tentative de familiarisation avec de l’inconnu, d’abord insituable, et venant nous troubler et nous inquiéter par là ; en rattachant cette nouveauté insituable pour soi à du déjà tant soit peu repéré ou déjà connu… _

    …

    Je ne pouvais la relier à rien ; ni aux Juives les plus belles que j’avais pu connaître, qui ne suscitaient en moi aucun sentiment d’estrangement

    _ et voici, page 419, la première occurrence de ce très beau vieux mot !

    que Claude Lanzmann réutilise page 440 à propos de cette « condition paradoxale d’approche » : conservant la distance de la singularité à préserver !.. ne pas réduire (a fortiori une « vraie » personne…) à quelque chose comme du cliché !

    cette seconde fois, à propos des singularités exceptionnelles, et des personnes elles-mêmes, et de leurs « témoignages« 

    (sur « le dernier rail, la dernière bifurcation, quand il est absolument trop tard ; quand l’irrémédiable va s’accomplir« , page 532 : le moment de la mort quand « dans le noir se livre ce que Filip Müller appelle « le combat de la vie, le combat de la mort », chacun tentant d’attraper un peu d’air pour respirer une seconde de plus« , page 535, dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau ; alors que « les malheureux qui en furent les victimes n’eurent _ eux _ aucun savoir, aucune connaissance de leur propre fin : jusqu’au dernier instant, jusqu’à ce qu’on les précipitât, à coups de fouet de matraque, de massue, à l’intérieur de la chambre de mort«  ; « ils ne connurent rien d’Auschwitz, ni le nom, ni le lieu, ni même la façon dont on leur ôtait la vie. Ils ont terminé leurs jours _ eux _ dans le noir, entre quatre murailles de pierre lisse, dans un véritable « non-lieu » de la mort«  _ pages 535-536 )

    …

    à propos des singularités exceptionnelles, donc,

    de Richard Glazar, Filip Müller et Rudolf Vrba _,

    …

    Je ne pouvais la relier, donc, à rien ; ni aux Juives les plus belles que j’avais pu connaître, qui ne suscitaient _ elles _ en moi aucun sentiment d’estrangement

    ni à celles que j’avais croisées dans d’autres contrées »…

    …

    voici _ je reprends l’élan de ma phrase de départ ! _ le tout dernier volet (III) de mon « introduction« ,

    à propos de la nécessaire maturation de ce « génie« -là,

    un « génie » proprement « cinématographique« , donc ;…

    mais assez à l’écart, en effet, et par son propre « estrangement« ,

    ce « génie » cinématographique de Claude Lanzmann,

    …

    de la plupart des canons en cours de « tous les professionnels de l’audiovisuel« ,

    ainsi que Claude Lanzmann les nomme et les rassemble, page 511…

    …

    A cette fin de saisir la singularité de l’aventure existentielle et de l’histoire de l’accomplissement, après maturation et pas mal d’improbables, voire d’impossibles, détours, du « génie  cinématographique«  qui a éclos en Claude Lanzmann

    _ mais tout « génie » a sa propre (singulière !) aventure, imprévisible : il « arpente«  (page 504, et ailleurs !) des sentes non déjà balisées, ou parcourues par d’autres ;

    « opaque«  à lui-même qu’il est, pour commencer, en ses débuts, ce « génie«  ;

    et grâce, aussi, à pas mal de risques, et donc aussi de courage, pour affronter et vaincre sa propre « annihilation« … : c’est un « parcours du combattant » ! ; pour surmonter et dépasser  les obstacles, et l’incompréhension première (ainsi que la terrible force d’inertie) des esprits (et corps) un peu moins « géniaux » et plus « conformistes » que lui… _,

    …

    j’ai donc dû, pour cette fin-là, et le plus attentivement possible, relire tout « Le Lièvre de Patagonie«  !.. afin de le moins possible négliger ou perdre du suc de son « essentiel«  : capital à mes yeux

    sur ce qu’est le travail, toujours « hors-norme« , de l’œuvre

    …

    _ « ce qu’il pouvait y avoir de hors-norme« , Claude Lanzmann l’écrit lui-même, en 1981, à Jan Karski,

    de ce qui n’était encore, que son « projet« , en cours, complexe (et même absolument désordonné : encore bien trop « opaque« …), de « réalisation« , alors,

    depuis sa décision, après « toute une nuit, une nuit de feu » (page 429) « pascalienne«  ! (page 430) de marche « dans Paris« , « au début de l’année 1973«  (page 429) de s’y lancer et consacrer,

    de « Shoah«  :

    …

    « je me sentais

    _ devant la proposition, à Jérusalem, de son « ami Alouf Hareven, directeur de département au ministère des Affaires étrangères israélien » :

    « Il n’y a pas de film sur la Shoah ; pas un film qui embrasse l’événement dans sa totalité et sa magnitude, du point de vue des Juifs. Il ne s’agit pas de réaliser un film sur la Shoah ; mais un film qui soit la Shoah. Nous pensons que toi seul _ qui venais de réaliser le film « Pourquoi Israël« … _ es capable de le faire. Réfléchis. Nous connaissons toutes les difficultés que tu as rencontrées pour mener à bien « Pourquoi Israël« . Si tu acceptes, nous t’aiderons autant que nous le pourrons« , page 429 _,

    …
    je me sentais

    _ tel l’alpiniste qu’il avait appris à devenir auprès de son beau-père René Dupuis, ou du guide (« de haute montagne« ) Claude Jaccoux dans le massif du Mont-Blanc (cf les pages 387 à 390) _

    au pied d’une terrifiante face Nord inexplorée«  ;

    …

    « je quittai Alouf abasourdi et tremblant _ cette conversation dut avoir lieu au début de l’année 1973 _ et rentrai à Paris, ne sachant quoi décider ;

    mesurant l’immensité de la tâche, ses impossibilités qui me paraissaient _ assez réalistement !.. _ innombrables ; craignant de ne pas pouvoir relever ce défi incroyable.

    …

    Cependant, quelque chose de très fort et même de violent en moi me poussait à accepter : je ne me voyais pas _ après les « près de trois ans de travail » (page 427) du premier film « Pourquoi Israël« … _ reprendre mon ancien métier _ fragmentaire ; pas d’auteur complet (avec « final cut » !..) d’une œuvre qui en quelque sorte « se tienne« … _ de journaliste ; cette période de ma vie était révolue.

    …

    Mais dire oui signifiait renoncer à toutes les prudences et sécurités ; m’engager dans une entreprise dont je ne savais ni le terme _ le fruit réalisé, l’œuvre : accomplie ou avortée… _ ni le temps qu’elle allait requérir _ ce serait dans pas moins de douze années ! _ ; c’était choisir l’inconnu _ un trou noir, peut-être : un gouffre sans fond ; sans sol ultime où se tenir… _ ; je me sentais au pied d’une terrifiante face Nord inexplorée _ jusqu’alors ; et meurtrière… _, dont le sommet demeurait invisible, enténébré de nuages opaques« …

    …

    « Je marchai _ ce début d’hiver 1973 _dans Paris toute une nuit, une nuit de feu,

    j’affermissais ma résolution en me disant qu’une chance unique m’était offerte ; qu’elle exigeait le plus grand courage ; qu’il serait indigne et lâche de ne pas la saisir.

    …

    (…)

    Je clarifie aujourd’hui _ commente rétrospectivement son effort de mémoire, Claude Lanzmann _, et je regrette de le faire, les pensées bien plus confuses _ que ce résumé-là _ qui se combattaient en cette nuit pascalienne.

    …

    Au matin, à bout de forces, avant de plonger dans un calme et noir sommeil,

    je téléphonai à Alouf Hareven pour lui dire mon consentement », page 430) _

    …

    voici,

    en une lettre de 1981

    à Jan Karski,

    qui s’impatientait, déjà un peu,

    alors que son « témoignage«  (majeur !) sur la Shoah en Pologne _ « sa présence dans le film serait irremplaçable«  (page 511) _ avait été « tourné aux États-Unis en 1979«  (page 510) ; et, de fait, le film ne lui sera, une fois vraiment terminé, montré que le 23 octobre 1985 !

    …

    _ mais alors, ce 23 octobre 1985 :

    « la première projection à laquelle Karski assista, dans un cinéma de Washington, l’enthousiasma au point qu’il m’écrivit dix lettres de coulpe battue ; il fut mon plus fervent supporter ; et je me souviens avec un émotion que j’ai encore du mal à contrôler des trois jours que nous passâmes ensemble pour la première du film à Jérusalem« … _

    …

    voici comment Claude Lanzmann,

    je reprends ici le fil et l’élan de ma phrase,

    le dit lui-même au « grand«  (l’adjectif vient sous la plume de Claude Lanzmann à la page 510) Jan « Karski« 

    _ l’auteur de l’encore si scandaleusement méconnu, et actuellement indisponible !!! « Mon témoignage devant le monde _ histoire d’un secret » _,

    qui s’impatientait, déjà un peu

    « que le film ne soit pas achevé, alors qu’il m’avait, selon lui, laissé tout le temps pour y parvenir« , « deux années«  après « avoir tourné avec lui«  (page 511) :

    …

    je cite :

    « lui expliquant, pour la première fois, je crois _ avant quelques autres interlocuteurs _, la dimension unique _ voilà ! et très loin des « normes » en usage chez les professionnels de l’audiovisuel et dans l’industrie cinématographique ! _ que je voulais donner à mon travail,

    tentant de lui faire éprouver ce qu’il pouvait y avoir _ telle en est la formulation précise _ de hors normes et même de révolutionnaire _ là est l’expression que je voulais donc souligner _ dans un pareil projet,

    qui prétendait tout embrasser et montrer _ oui ! faire « ressentir«  ainsi ! à ce qui consentiraient à le regarder et écouter «  vraiment » : pas mal y renoncent…  _ ce qu’avait été du point de vue des Juifs eux-mêmes le désastre« , page 511 _

    …

    afin de le moins possible négliger ou perdre du suc de son « essentiel«  : capital à mes yeux sur ce qu’est le travail, toujours en partie, ou « avec quelque chose de« , « hors-norme« , sinon (de) « révolutionnaire« ,

    de création (du « génie«  vrai) d’un artiste ! et de sa « loi«  :

    …

    le terme de « loi«  (de l’œuvre), absolument décisif, une fois « découvert«  (ou devenu pleinement conscient) par Claude Lanzmann, revient à de multiples reprises en cet immense livre qu’est « Le Lièvre de Patagonie« 

    et en est une des clés, selon moi ;

    pas seulement à cette occurrence-ci de la page 502, à propos de l’ordre même de son « plan de travail«  :

    …

    « Mon premier voyage en Pologne avait eu lieu _ seulement : le projet avait commencé au début de 1973 _ en février 1978 _ à Treblinka. Je fis, à mon retour, un bref séjour en Israël pour revoir Srebnik après m’être rendu à Chelmno _ après Treblinka _ ; puis me lançai dans la préparation très complexe d’un tournage _ forcément à organiser ! _ qui se déroulerait dans plusieurs pays.

    Le premier tour de manivelle eut lieu six mois plus tard à Treblinka, autour du 15 juillet ; et, à partir de là, gagné par la même urgence _ de tourner, maintenant ! _, j’enchaînai les campagnes, à Corfou, aux États-Unis, en Israël, en Suisse, en Autriche, etc., pendant ces trois années, jusqu’à la fin 1981.
    Je revins quatre fois tourner en Pologne.

    …
    Il m’arrive encore de me demander ce qu’aurait été
    « Shoah » si j’avais commencé mes explorations par ce pays, comme la logique commandait de le faire, au lieu de vagabonder _ voilà… _ d’abord partout ailleurs dans le monde.

    …

    Je sais _ maintenant : avec tout le recul de la rétrospection ! de ce livre même qu’est « Le Lièvre de Patagonie«  _ que j’ai obéi _ cependant _ à une loi différente (de celle de cette « logique » organisée :

    …

    on peut la spécifier, cette « loi« , appréhendée petit à petit, et dans la « brume« , le « brouillard« , voire les épais « nuages« , de l’acte permanent de « création«  ici, y compris toutes les complexes démarches les plus concrètes (et administratives) de terrain qu’elle impliquait aussi !

    comme étant de l’ordre de l’invention du « génie«  _ cf l’analyse magnifique qu’en donne le « génial« , lui-même, Kant en sa non moins géniale « Critique de la faculté de juger« … ; y revenir souvent ! _

    …

    de l’ordre de l’invention du « génie«  :

    …

    celui de Claude Lanzmann lui-même ;

    …

    distinct, par exemple, d’un « génie«  philosophique « pur » (= conceptuel pour l’essentiel…), tel que celui qui mobilisa, très jeune déjà (« un philosophe-né », lui, le qualifie Claude Lanzmann, page 140), un Gilles Deleuze, par exemple

    (cf page 167 : « le génie manifeste de Gilles«  : dans la « création de concepts«  ; cf son « Qu’est-ce que la philosophie ?« …),

    …

    Je sais que j’ai obéi _ je reprends l’élan de la phrase de Claude Lanzmann _ à une loi différente

    contraignante, opaque à mes propres yeux et d’un autre ordre : celle de la création«  : je vais y consacrer l’article principal à venir : le numéro IV !

    …

    Dans le cas, ici _ qui nous occupe tout spécialement _, de Claude Lanzmann,

    son « génie«  propre, qu’il lui a fallu peu à peu, et de bric et de broc, par paliers et par strates, et « liens«  (surtout !) complexes et touffus, découvrir et « élaborer« , « construire« , « machiner« , mettre en œuvre

    …

    _ par exemple, au moment de l’élaboration de son premier film, « Pourquoi Israël« , de 1971 à 1973,

    et en fréquentant les « Yekke _ c’est ainsi qu’on nommait, en Israël, les Juifs allemands _, dans le calme et ombreux quartier de Rehavia« ,

    dont « les « Sämtliche Werke » (Œuvres complètes) de Goethe, de Schiller, de Hölderlin, de Hegel ou de Kant, beaux volumes reliés qui emplissaient les rayonnages des appartements » (de ces « Yekke« , donc)

    _ par exemple « la bibliothèque de Gershom Scholem, fabuleuse caverne d’Ali Baba de la grande culture juive«  qui l’avait tout particulièrement « émerveillé«  (page 421) _

    faisaient monter à mes yeux d’irrésistibles larmes sans que j’en comprisse vraiment _ alors _ les raisons«   :

    …

    « Israël, l’Allemagne, les deux années que j’y avais passées _ au final des années 40, à Tübingen, puis à Berlin _, la Shoah, Angelika

    _ Schrobsdorff, rencontrée par le plus grand des hasards, un tristement pluvieux et glacial soir de novembre 1970, chez Fink (un restaurant de Jérusalem) et qu’il épouserait en octobre 1974 ; avec Gershom Scholem pour « témoin de nos épousailles juives« , « sous la houppa, à la fin d’un jour d’octobre encore très chaud » _

    se nouaient en moi à d’insoupçonnables profondeurs », peut-on lire, à la page 420 _

    …

    le « génie » propre de Claude Lanzmann,

    je reprends le fil et l’élan de ma phrase,

    est un  « génie«  de « témoin«  montreur (et « passeur« ) de vérité par son œuvre cinématographique (sans exemple : à rebours de la plupart des pratiques communes à la plupart des professionnels « de la profession« …

    …

    cf la phrase importante, pages 243-244 : « la posture de témoin qui a été la mienne dès mon premier voyage en Israël _ d’août à décembre 1952 _, et n’a cessé de se confirmer et s’engrosser au fil du temps et des œuvres _ un point capital ! et combien justement revendiqué par lui ! _, requérait que je sois à la fois dedans et dehors, comme si un inflexible mandat m’avait été assigné«  : c’est magnifiquement juste ! ;

    …

    et celle-ci, page 511, plus décisive peut-être encore, face à tous ceux qui s’impatientaient des longueurs infinies, et de l’élaboration, de la conception ; et du tournage ; et enfin du montage : « une opération longue, grave, délicate, subtile« , est-il dit page 509 ; car « c’est la construction du film _ seule ; sans nul commentaire surplombant ! _ qui est la clé et le moteur de son intelligibilité ; qui permet au récit d’avancer _ sans chevilles, ni rail unique grossier _ et d’être compréhensible _ sensiblement, en toute la richesse de sa complexité : lumineuse, par ce travail ! _ pour le spectateur«  qui la reçoit, toujours page 509 ;

    …

    voici cette phrase cruciale de la page 511 :

    « J’avais plus de foi en moi qu’en tous les professionnels de l’audiovisuel ; et d’abord pour une très puissante raison : j’avais la force _ conquise épreuve après épreuve, ces douze ans durant de l’aventure si improbable, au départ, de « Shoah » ! _ de prendre mon temps«  ; ce point est, d’ailleurs, capital pour tout authentique créateur : il ne doit obéir, au final, et contre vents et marées même, qu’au rythme propre (= la « loi«  même !) de l’œuvre elle-même ; de la création ! en son « opacité«  même première ; ainsi qu’à l’intérieur même de ses contraintes, et de tous ordres, d’ailleurs, qui, ainsi, même si c’est apparemment paradoxalement, font par là même partie intégrante de la « loi«  à la source jaillissante de cette création et de cette œuvre !)

    …

    Dans le cas de Claude Lanzmann,

    son « génie«  de « témoin«  montreur (et partageur) de vérité par son œuvre (sans exemple) cinématographique, donc,

    a eu besoin d’un peu plus de patience et d’une riche et complexe,

    « opaque«  aussi, il le dit aussi à plusieurs reprises, nous venons de le voir,

    maturation :

    …

    page 249, cette remarque rétrospective particulièrement lucide, à propos la « découverte«  (de ce que Sartre a qualifié alors, en 1953, de la part du jeune Claude Lanzmann, il venait juste d’avoir vingt-sept ans, de « la particularité juive«  dans le jeune État d’Israël, en son second semestre de 1952, donc) ; et de la renonciation à « écrire«  immédiatement « dessus« … :

    …

    « Je remis tout cela à plus tard,

    conscient que j’avais à grandir, à vieillir

    pour résoudre, dans un autre plan que celui où je me les posais alors _ un plan historico-journalistique, en l’occurrence alors _, les questions qui s’étaient levées en moi _ on ne peut pas tout de suite écrire, changer en livre

    _ plutôt que le livre, son medium (à lui, d’« auteur« , Claude Lanzmann) sera le film,

    il le découvrira assez tardivement (par son reportage pour l’émission de télévision d’Olivier Todd, « Panorama« , sur les bords du canal de Suez, pendant la meurtrière « guerre d’usure«  israëlo-égyptienne, au début 1968 ; cf les pages 408 à 410) _

    …

    on ne peut pas tout de suite écrire, changer en livre

    la matière

    _ encore trop brute (ou pas assez « articulée« , faute d’assez disposer, alors, de clés…), pour l’heure, en ces années 1952-53 : « matière«  dénuée pour le moment, donc, de sa vraie « forme«  (ou « Gestalt« , dit-il ailleurs en son livre : page 442) _

    de sa vie ; ce qui est souvent le défaut des professionnels de la littérature. J’étais un homme des mûrissements longs _ voilà un facteur essentiel ! _ ; je n’avais pas peur de l’écoulement du temps ; quelque chose m’assurait

    …

    _ avec justesse ! celle de la patience du « pêcheur » attentif à la réelle « imminence » (d’une proie « guettée«  et attendue…) :

    …

    cet important mot « imminence«  _ annonciateur de pratiques ultérieures : celles de « recueillement«  de « témoignages » : parfois en « pêcheur«  ; d’autres fois en « chasseur« , aussi _  est présent deux fois dans le livre :

    …

    page 386, à propos des « bonheurs de l’attente et de l’imminence«  lors de la chasse au sanglier avec son beau-père René Dupuis, en Haute-Marne, « posté « ventre au bois » sur une sente gelée et verglacée« , « dans de grands domaines forestiers proches de Colombey-les-deux Églises« , dans les années soixante de son mariage avec l’actrice de théâtre Judith Magre ;

    …

    et page 441 à propos du projet, hélas inabouti

    _ « avec beaucoup de regret. Et de peine«  : « Dov mourut malheureusement d’une crise cardiaque avant que je pusse tourner« … _

    d’aller pêcher « en Méditerranée, non loin de Césarée« , avec « Dov Paisikovitch, boucher à Hadera » et « l’homme le plus silencieux que j’ai connu«  (page 440) ; mais « le silence est aussi un mode authentique du langage«  :

    …

    « originaire de Transylvanie, il avait été déporté à Birkenau avec sa famille au moment où l’extermination des Juifs de Hongrie était à son comble, en mai 1944 (…) ;

    et même si « on ne pouvait le comparer en rien à _ l’extraordinaire _ Filip Müller

    …

    _ « il n’y aurait jamais deux Filip Müller ; jamais _ une autre fois… _ cette voix de bronze, et la reverbération, la vibration de son timbre, qui se poursuit longtemps après que ses justes et dramatiques paroles ont été proférées ; jamais cette profondeur de pensée, cette haute réflexion sur la vie et la mort, forgées par trois années d’enfer » ; si bien que de « tous les membres du commando spécial d’Auschwitz » ayant réussi à « survivre » que Claude Lanzmann a retrouvés et connus, « aucun n’égala _ en « force de témoignage« … _ Filip Müller ; et je sus qu’ils ne seraient pas dans le film. Sauf _ mais, lui, Dov Paisikovitch, pour « sa jeunesse et son absolu mutisme » !.. _ est-il précisé page 440… _,

    …

    il _ Dov, donc : le « silencieux« , lui… _ me plaisait ; et je lui rendis plusieurs fois visite dans sa boucherie, convaincu que sa jeunesse et son absolu mutisme avaient _ eux aussi ! _ leur place dans la tragédie que le film aurait à incarner » ;

    …

    « comme j’aime moi-même la pêche

    …

    _ nous y voilà !

    cf page 67, sa découverte de la pêche, l’été 1938 : « nous passions nos vacances à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère, chez un directeur d’école républicain, Marcel Galtier, que j’adorais parce qu’il m’instruisais de tout

    _ »instruire«  est aussi un mot qui vient à la bouche de Claude Lanzmann à propos de ses rapports (infiniment riches!) avec Simone de Beauvoir ; cf page 253 : « M’instruire était pour elle une façon de tout appréhender d’un oeil neuf, lui redonnant l’émotion _ = la fraîcheur ! _ des premières fois » : une « fraîcheur » à apprendre à trouver, saisir, re-trouver, re-vivre (ressusciter !) et ne jamais gaspiller… ; par exemple cinématographiquement… _,

    et d’abord de la pêche à la mouche dans les étroites et serpentines rivières à truites des hauts plateaux de l’Aubrac« … _

    …

    comme j’aime moi-même la pêche,

    l’attente, l’imminence _ voilà les réalités décisives (et fécondes) ici ! j’y reviendrai ! _,

    je m’étais dit : « On ne parlera pas ; on pêchera ensemble ; et je raconterai son histoire en voix off« . Dov avait accepté ma proposition ; il mourut malheureusement d’une crise cardiaque avant que je pusse tourner« , page 441, donc… _

    …

    quelque chose m’assurait,

    donc, je reprends l’élan de la réflexion de Claude Lanzmann, page 249, à propos de son « insuffisance de maturité«  (d’auteur !) en 1953,

    que mon existence atteindrait sa pleine fécondité

    _ et « géniale«  : c’est en effet de l’œuvre propre du « génie« , à la Kant, qu’il s’agit, en cette vie d’un authentique créateur (d’exposition, « dévoilement« , ainsi que « transmission«  et « partage« , de la vérité de ce qui a pu advenir à un peuple) que cette vie « féconde« , oui ! (en une œuvre géniale, telle que « Shoah« …) de Claude Lanzmann _

    quand elle entrerait dans sa seconde moitié » : soit, en comptant bien, seulement à partir des quarante-deux ans de Claude Lanzmann : à la date de la parution du « Lièvre de Patagonie« , cela donne à partir du 27 novembre 1967… ; et en 1953, Claude venait d’atteindre ses vingt-sept ans…

    …

    voici, donc,

    ce sera l’article final,

    l’article « principal » (IV) sur cet « immense livre » qu’est « Le Lièvre de Patagonie«  de Claude Lanzmann :

    il portera sur la « loi » de la création du « génie«  de l’artiste ;

    Claude Lanzmann dit aussi, page 504, « le travail de la vérité«  :

    les deux lui sont, en effet, absolument indissociables !..

    …

    « Loi » qui lui fut aussi un « mandat » (page 493)

    de révélation, transmission et perpétuation, enfin,

    d’une vérité (tragique) longtemps contournée et étouffée,

    sinon « annihilée« …

    …

    Titus Curiosus, ce 17 août 2009