Étiquette : Eugène Ysaïe

  • Admirer le CD « Kodaly – Sibelius – Ysaÿe » du jeune Simon Tetzlaff, violoncelliste, avec sa sublimissime incarnation de la géniale Sonate pour violoncelle seul Op. 8 de Kodaly, et une miraculeuse « Malinconia » de Sibelius, en un duo magnifique avec le piano de feu de Kiveli Doerken : un flamboyant CD de début pour le très imposant, déjà, Simon Tetzlaff…

    Admirer le CD Hänssler Classics HC 25027 « Kodaly – Sibelius – Ysaÿe » – enregistré au Schloss Engers du 3 au 6 juin 2025 –  du jeune Simon Tetzlaff – né à Bad Homburg en 1997, fils de Christian Tetzlaff, le merveilleux violoniste, et son épouse Diemut Schneider, clarinettiste ; et neveu de Tanja Tetzlaff, magnifique violoncelliste… – , violoncelliste, avec une sublimissime incarnation – wow !!! – de la géniale Sonate pour violoncelle seul Op. 8 de Zoltan Kodaly (1882-1967) – un compositeur que j’admire profondément ! – , et une miraculeuse « Malinconia«  – écoutez ici cette tendresse et cette vie (11′ 34) ! – de Jean Sibelius (1865 – 1957) – un compositeur à l’œuvre duquel j’étais jusqu’ici demeuré insensible, mais oui : « Malinconia » semble avoir été composée lors du décès de son fils, nous apprend Simon Tetzlaff à la page 19 de présentation du livret de ce CD : « Sibelius never confirmed that the piece directly relates to the death of his child, but the grief – and one could even say the maximum intensity of the grief – is immediatly palpable to the listener«  : en effet !.. C’est magique !  – en un duo splendide, flamboyant !, avec le piano de feu de Kiveli Dörken  – née à Dusseldorf le le 13 juillet 1995 ; je ne connaissais pas non plus jusqu’ici cette très imposante pianiste (!) ; mais regardez la ici, en cette vidéo, dans l’Arpeggione de Schubert, déjà avec Simon Tetzlaff (11′ 33)… – :

    voilà ce que vient nous offrir la rencontre de cet irradiant CD de début de Simon Tetzlaff  – regarder ici cette trop brève vidéo de présentation du CD, d’une durée de 38″ – , un CD découvert hier en un coin de la table de nouveautés, inséré au milieu d’autres, de mon disquaire préféré ; et c’est le seul nom de Tetzlaff – le prénom de Simon, lui, ne m’était jusqu’ici pas connu, en sa constellation familiale, et pour cause : c’est son CD de début ! – qui m’a immédiatement fait flasher ;

    pour le bonheur de mon écoute, arrivé chez moi, sur ma platine, avec cette révélation d’un magnifique interprète…

    …

    Tout simplement ADMIRABLE !!!

    …

    Et à suivre !

    …
    Ce dimanche 4 janvier 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La délicate séduction poétique ravélienne de Daphnis et Chloé : un concert…

    Ce jour, sur le site de ResMusica,

    Patrice Imbaud nous signale un beau concert le 20 septembre dernier, à la Philharmonie, à Paris,

    de l’Ensemble Les Dissonances et son directeur, le violoniste David Grimal ;

    …

    dont le morceau de choix était la sublime Suite n°2 de Daphnis et Chloé, de Maurice Ravel…

    …

    …

    Voici l’article,

    justement intitulé « Les Dissonances mènent la danse » : 

    …

    …

    Les Dissonances mènent la danse

    …
    …

    Dans ce concert consacré à la musique de ballet, les Dissonances conduites par David Grimal proposent une judicieuse mise en miroir de la Suite n° 2 de Daphnis et Cloé de Maurice Ravel et du Sacre du printemps d’Igor Stravinski, agrémentée du rare Caprice roumain pour violon et orchestre de George Enesco.

    …

    …

    …

    …

    Un concert comme une invitation à la danse, en même temps qu’un hommage aux ballets russes de Serge Diaghilev _ oui _, mettant en scène deux compositeurs majeurs du XXᵉ siècle, Ravel et Stravinski, liés par une amitié qui ne résistera pas au temps et réputés pour leur talent d’orchestrateur ; deux œuvres quasiment contemporaines (1912 et 1913) représentant deux facettes bien différentes de la modernité, l’une aux allures plutôt impressionnistes, l’autre résolument tribale, barbare et expressionniste. Tendu comme un pont entre ces deux œuvres phares, le Caprice roumain conforte la cohérence thématique de cette soirée par ses accents tziganes et orientalisants.

    …

    …

    Chef d’œuvre incontestable _ oui ! _ de Ravel très fréquemment donné en concert, la Suite n° 2 de Daphnis et Cloé fait une habile synthèse de tous les dons ravéliens par son sens de la danse et son orchestration foisonnante. Débutant par des ondoiements orchestraux des cordes graves, de belle amplitude progressant dans un crescendo bien mené, le Lever du jour fourmille d’évocations naturelles délicatement rendues par les traits des bois (piccolo, hautbois) avant que la flûte de Julia Gallego Ronda, tout à la fois archaïque et voluptueuse, n’entame dans la Pantomime un superbe dialogue avec le violon solo, préludant à une Bacchanale imprégnée d’urgence, tendue et jubilatoire, concluant une interprétation remarquable qui séduit tout à la fois par la cohésion orchestrale, par la clarté de sa texture, comme par les performances solistiques individuelles qui n’entament en rien la rigueur de la mise en place : ce qui n’est pas une mince affaire dans cette partition complexe _ certes _ parfaitement exécutée malgré l’absence de chef caractéristique des Dissonances…

    …

    …

    Après l’élégance orchestrale ravélienne, c’est au violon virtuose de David Grima d’occuper la scène avec le Caprice roumain de George Enesco. Une composition à la genèse laborieuse étalée entre 1925 et 1949, laissée inachevée et complétée secondairement par le musicologue Comel Jăranu. Elle s’inscrit délibérément dans la veine folklorique, avec une orchestration assez fruste qui laisse une large place à l’instrument soliste au sein d’une atmosphère tour à tour tzigane (violon), très « Mitteleuropa » ou parfois plus orientalisante (bois). Elle se déroule en quatre mouvements, hauts en couleurs : un Moderato très expressif aux allures rhapsodiques s’appuyant sur une grande variété rythmique ; un Tempo di hora endiablé où le violon tzigane mène la danse ; un Lento méditatif où s’élève la cantilène du violon dans une longue réflexion teintée de mélancolie précédant un Allegro conclusif marquant le retour à une virtuosité débridée. En bis, dans un climat plus apaisé, l’Aurore, extraite de la Sonate n°5 en sol majeur op. 27 d’Eugène Ysaïe apporte un beau moment de paix.

    …

    …

    Si David Grimal et les Dissonances ont séduit dans la première partie, le constat est hélas plus réservé pour le Sacre du printemps d’Igor Stravinski où il semble que le concept « d’orchestre sans chef » n’atteigne, ici, ses limites. Non pas tant dans les performances individuelles, toutes de haute volée, que dans l’organisation générale du discours, dans la mise en place des plans sonores et dans les équilibres entre pupitres. Les Dissonances nous livrent, hélas ce soir, une interprétation trop peu nuancée, trop monolithique, parfois confuse malgré une dynamique pleine d’allant, parfois à la limite de la saturation, exagérément expressionniste, virant par instants à la foire d’empoigne, échappant à l’envoutement prégnant qui fait le propre de cette partition hypnotique. Dommage…

    …

    …

    Crédit photographique : © Bernard Martinez

    …
    …

    Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 20-IX-2021.

    Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Cloé, suite orchestrale n° 2 ;

    Georges Enesco (1881- 1955) : Caprice roumain pour violon et orchestre ;

    Igor Stravinski (1882-1971) : Le Sacre du printemps, version 1947.

    Les Dissonances, violon et direction : David Grimal

    …

    …

    Ce jeudi 23 septembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa