Étiquette : faramineux

  • Un formidablement exaltant « Les Sept Péchés capitaux » de Kurt Weill (et Bertolt Brecht) par une faramineuse Katharine Mehrling en Anna, dans le CD « The Kurt Weill Album » de Joana Mallwitz, pour Deutsche Grammophon…

    C‘est un diaboliquement saisissant « Die Sieben Todsünden » _ créé à Paris au Théâtre des Champs-Elysées le 7 juin 1933 _

    de Kurt Weill (Dessau, 2 mars 1900 – New-York 3 avril 1950) et sur un texte de Bertolt Brecht (Augsbourg, 10 février 1898 – Berlin, 14 août 1956),

    que vient nous offrir, en un abrasif et formidablement décapant CD Deutsche Grammophon 486 5670 « The Kurt Weill Album« , Joana Mallwitz dirigeant le Konzerthausorchester Berlin _ un enegistrement à Berlin aux mois de Janvier et février 2024 _,

    avec, surtout, la très efficacement incisive présence, en Anna, de Katharine Mehrling, accompagnée de Michael Porter, Simon Bode, Micael Naegl et Oliver Zwarg : une équipe de chanteurs absolument idoine pour ce chef d’œuvre enthousiasmant et vénéneux de Kurt Weill…

    …

    …

    Écoutez ici ses 7 moments, c’est bouleversant ! :

    …

    1 : Prolog  (3′ 24)
    2 : Faulheit (4′ 04)
    3 : Stolz (4′ 02)
    4 : Zorn (4′ 11)
    5 : Völlerei (2′ 57)
    6 : Unzucht (4′ 54)
    7 : Habsucht (2′ 53)
    8 : Neid (4′ 26)
    9 : Epilog (1′ 24) 

    …

    …

    À coté d’un article bien peu convaincant (et à côté de la plaque) de Pierre-Jean-Tribot intitulé « Kurt Weill symphonique avec Joana Mallwitz » paru le 29 août dernier sur le site du magazine Crescendo,

    …

    voici un article autrement judicieux du très fin et fiable Jean-Charles Hoffelé, et justement intitulé, lui, « Péchés capitaux« , paru le 16 septembre dernier sur son excellent blog Discophilia : 

    …

    …

    PÉCHÉS CAPITAUX

    Dès l’abrasion  _ voilà : Kurt Weill est merveilleusement abrasif, en effet _ des accords qui ouvrent la Symphonie berlinoise, la messe est dite : Joana Mallwitz et son orchestre signent un disque Kurt Weill majeur, d’abord pour les deux Symphonies, peu mais toujours bien enregistrées (De Waart, Bertini surtout, la Première de Sawallisch, les Seconde de Jansons et de Shani), plongée dans un brasier _ voilà _ qui en exalte la radicalité moderniste _ oui, oui _, mais surtout _ voilà !!! _ pour une interprétation faramineuse _ oui ! _ des Sept péchés capitaux _ de 1933, et sur un texte formidable de Brecht… _ où Katharine Mehrling sera désabusée, cruelle, ironique, fataliste, terrible _ absolument !

    …

    …

    Elle a entendu _ bien sûr _ le modèle laissé par Lotte Lenya _ Vienne, 18 octobre 1898 – New-York, 28 novembre 1981  _, s’en inspire sans copier _ oui _, elle sait les subtilités _ oui, encore _ qu’Ute Lemper _ Münster, 4 juillet 1963 _ y a joutées, à leur égal elle est totalement _ voilà, voilà ! _  Anna, jusque lorsque la narratrice qu’elle devient décrit l’ultime étape du voyage, ce San Francisco où semble passer le souvenir de Lulu face à Jack l’Éventreur _ et c’est encore tout à fait juste… Les boys sont au diapason _ oui _, formidables _ tout à fait !

    …

    …

    Sur son chant blessé _ comme l’apparence que le timbre écorché donne idéalement à la voix de Katharina Mehrling _, Joana Mallwitz met son orchestre délétère _ oui : et c’est là la tonalité majeure de l’œuvre... _, si intimement lié à la voix de la chanteuse _ oui ! _ que déjà je rêve _ moi aussi… _ de les retrouver dans un album herborisant les songs de la période américaine _ dont le bouleversant « Speak low« , par exemple : écoutez-ici l’interprétation glamour d’Anne Sophie von Otter, parmi bien d’autres… _, il ne faut pas qu’elles en restent là !

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    The Kurt Weill Album

    …

    …

    Kurt Weill (1900-1950)

    …
    Symphonie No. 1
    « Berliner Sinfonie »

    …
    Die sieben Todsünden

    …
    Symphonie No. 2
    « Fantaisie symphonique »

    …

    …

    Katharine Mehrling
    (Anna I & II)
    Michael Porter, Simon Bode, ténors
    Michael Nagl, baryton
    Oliver Zwarg, baryton-basse

    …

    …

    Konzerthausorchester Berlin
    Joana Mallwitz, direction

    …

    …

    Un album du label Deutsche Grammophon 4865670
    …

    …

    Photo à la une : la cheffe d’orchestre Joana Mallwitz –
    Photo : © Sima Dehgani/Deutsche Grammophon

    …
    …
    Une intelligence magnifique et justissime du génie de Kurt Weill (et de Bertolt Brecht) !

    …

    …

    Ce lundi 23 septembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les « faramineux Ravel » d’Eduard Van Beinum : un sommet de l’indispensable coffret des « Complete Recordings on Decca & Philips » que, pour notre enchantement, Decca republie ce mois de janvier 2023

    Deux articles de l’excellent Jean-Charles Hoffelé,

    « Le Mage d’Amsterdam« , en date du 15 janvier dernier _ pour la sortie, alors, du déjà magique album « Franck – Ravel : Orchestral Works » Decca Eloquence 482 5491 : je le possède aussi… _,

    et « Valse mortelle« , en date du 29 juillet 2018 _ pour la présente sortie du somptueux coffret de 44 CDs « Eduard Van Beinum Complete Recordings on Decca & Philips » Decca 485 1387, que je me suis emprssé d’acquérir au plus vite… Pour mon immense joie… _,

    …

    viendraient, tous deux, si besoin, bien sûr, en était, confirmer mon absolu enthousiasme musical pour ces publications, en 2018 et maintenant en 2023, de ces transcendantes réalisations discographiques du chef Eduard Van Beinum (Arnhem, 3 septembre 1900 – Amsterdam, 13 avril 1959) pour les labels Decca et Philips…

    …

    …

    Et tout spécialement pour ces (= ses) Ravel,

    la « Rapsodie espagnole« , « La Valse« , et, au-dessus de tout, pour moi, le plus vertigineux « Boléro » :

    …

    écoutez ici ces podcasts !..

    …

    …

    Voici donc ces deux excellents articles de Jean-Charles Hoffelé :

    …
    …

    LE MAGE D’AMSTERDAM

    …

    …

    Premier instrument, la contrebasse. Ce n’est pas si commun. Ajoutez dans l’arbre généalogique pour seule figure tutélaire côté musique un grand père chef d’harmonie militaire. Heureusement, Eduard van Beinum avait un frère, Co, violoniste de talent, il l’accompagnera, se mettant au piano, alors que le plus clair du temps il empoignait sa contrebasse, musicien du rang dans l’orchestre d’Arnhem : d’autres horizons s’ouvrent.

    …

    …

    Mais enfin, une vie avec sa contrebasse risquait de manquer de sel, et au Conservatoire d’Amsterdam Eduard deviendra vite celui qu’on ira chercher pour conduire les concerts de l’orchestre des étudiants : battue claire, geste minimal _ oui _, mais cet œil déjà, qui infuse dans la mathématique des partitions des tendresses, des élans, une poésie _ voilà ! _ ; il sera chef d’orchestre, et, dès les quatre saisons de son magister à la tête de l’orchestre d’Haarlem, imposera un répertoire allant de Bach à Debussy.

    …
    …
    Mengelberg
    remarque son métier très sûr, s’enquiert de sa modestie _ essentielle : face à la musique… _, il lui faut un second, mais efficace, et puis une jeunesse qui ne pense pas à s’imposer. Il l’invite pour un concert avec son Concertgebouw en 1929. Le fluide passe entre cette baguette suggestive et l’orchestre ; Mengelberg, étonné, en fera deux ans plus tard son second, puis en 1938, le comité de l’orchestre préconise que la direction musicale soit partagée avec le jeune homme. La guerre et l’Occupation feront le reste, Mengelberg se perdant dans une collaboration passive qui lui vaudra de devenir un exilé de l’intérieur la Libération venue. Les musiciens du Concertgebouw savaient-ils qu’avec Van Beinum ils changeaient de siècle ?

    …

    …

    Mieux, ils le voulurent, et de toute façon, le seul réel rival de leur poulain, Paul van Kempen, était lui aussi entaché de brun. Le style nouveau – balance parfaite, clarté des lignes, archets réglés, tempos stricts mais mesure libre _ et tout cela est bien sûr capital ! _ – qu’il avait infusé puis imposé face aux gestes démiurgiques de Mengelberg – va permettre au « son Concertgebouw » d’atteindre à ce rayonnement hédoniste que l’expressionisme du geste autocratique de Mengelberg avait relégué au second plan.

    …

    …

    Le violoniste Bronislaw Huberman, à droite, en échange avec Eduard van Beinum à sa gauche – Photo : © Nationaal Archief

     

     

     

     

     

     

    Van Beinum instrumentiste d’abord, savait les beautés capiteuses venues d’un autre âge qui déjà avaient fait la réputation de l’orchestre au temps de son fondateur Willem Kes. En quelques saisons il impose son style, élégant et troublant à la fois _ les deux : à la française, en quelque sorte… _ , où la rigueur de ses lectures qui veulent faire oublier les scories du postromantisme, passent inaperçues sous le foisonnement des timbres, la poétique des phrasés _ oui.

    …

    …

    Le disque s’en mêla assez tôt, Siemens lui demandant dès 1943 quelques gravures (Variations Mozart de Max Reger, Variations symphoniques de Franck avec Géza Anda) qui furent publiées par Deutsche Grammophon, mais ce sera dans cette frontière encore imprécise où se côtoyaient les ultimes pressages 78 tours et le microsillon que le nouveau style du duo Van Beinum–Concertgebouws’imposera. Decca leur fera signer un contrat, dotant les enregistrements de son nouveau système de captation, le « Full Frequency Range Recording » qui captura pour partie les soies et les velours de ce qui était alors le plus bel orchestre d’Europe.

    …

    …

    Une grande session d’enregistrements en janvier 1946 devait ajouter au contrat une close supplémentaire. Après que Van Beinum eut enthousiasmé le public du Royal Albert Hall, remplaçant au pied levé Albert Coates à la tête du London Philharmonic, John Culshaw insista pour qu’ensemble ils gravent la Troisième Symphonie de Brahms, amorce de l’autre part de la discographie du chef neérlandais, bien plus rarement rééditée jusqu’à nos jours. À Londres, le discours de Van Beinum sera toujours plus serré, plus fusant, comme si l’absence des beautés hédonistes de la phalange néerlandaise ardait son style.

    …

    …

    Philips succédera à Decca, captant enfin la magie sonore d’une formation dont l’acoustique d’un Concertgebouw vide avait toujours dérouté les preneurs de son du label britannique. Toute sa discographie officielle, y compris les nombreuses redites entre Londres et Amsterdam, entre le 78 tours, la monophonie et la stéréophonie, est enfin réunie _ voilà ! _ dans cette grande boîte magnifiquement ouvragée, deux textes éclairant l’art du chef, une iconographie abondante, la reproduction des attrayantes (et si inventives) pochettes d’origine, pour mieux accompagner l’auditeur dans ce voyage magique _ oui, oui…

    …

    …

    Classiques parfaits, Bruckner ténébreux (il abordera Mahler avec plus de parcimonie, voir de distance), Schubert et Brahms plus tendres qu’épiques, Debussy et Ravel de pure magie _ absolument ! _, Sibelius fascinant, mais par où commencer vraiment ? Par les sortilèges de sa Shéhérazade, gravure oubliée, où se révèle tout l’art de ce conteur d’orchestre.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Eduard van Beinum
    Complete Recordings on Decca and Philips

    …

    Œuvres de Johann Sebastian Bach, Georg Friedrich Haendel, Johann Christian Bach, Johannes Brahms, Wolfgang Amadeus Mozart, Gustav Mahler, Anton Bruckner, Jean Sibelius, Igor Stravinsky, Franz Schubert, Max Reger, Hector Berlioz, Claude Debussy, Maurice Ravel, Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven, Felix Mendelssohn-Bartholdy, Nikolai Rimski-Korsakov, César Franck, etc.

    …

    London Philharmonic Orchestra
    Concertgebouw Orchestra
    Eduard van Beinum, direction

    …

    Un coffret de 44 CD du label Decca 4851387

    …

    Photo à la une : le chef d’orchestre Eduard van Beinum, à l’aéroport de Schiphol – Photo : © DR…

     

    …

    …

    Et celui de 2018 :

    …

    …

    VALSE MORTELLE

    …

    …

    Il y a un tropisme français chez Eduard van Beinum _ on ne saurait mieux dire ! _ ses Debussy, ses Berlioz, ses Ravel dévoilent une poétique orchestrale _ voilà _ qui aura modifié la nature sonore du Concertgebouw telle qu’il l’avait héritée de Willem Mengelberg.

    …

    …

    Ce mélange détonant d’élégance et de cruauté _ oui ! _ éclate dans une Valse vampirique, d’une suavité vénéneuse _ voilà ! _, étrange course à l’abîme _ bien sûr ! _ dont les envoûtements _ oui _ fascinent : cet orchestre si mobile, qui mord à la vitesse d’un aspic, sait être d’une seconde à l’autre sec puis voluptueux _ c’est cela ! _ ; c’est celui de Ravel-même _ absolument !!! _ , ce qu’illustre au même degré de perfection _ oui _ une Rapsodie espagnole moite, inquiétante, pleine de rumeurs et d’ombres dont les gitaneries n’auront jamais été aussi cante jondo. Mais le Boléro lui-même _ nous y voici ! _ , somptueusement étouffant _ parfaitement ! _, participe de la même _ fascinante et éblouissante tout à la fois _ saturation de l’espace.

    …

    …

    Ce triplé Ravel est faramineux _ c’est le mot !!! _, après lui (ou avant dans l’ordre du disque), les Franck distillent une toute autre lumière. Psyché rêvé, très tendrement composé dans les soieries d’un orchestre décidément faramineux, est cent coudées au-dessus de ce que tous les orchestre français pouvaient alors y faire, et les Variations symphoniques, où le jeune Géza Anda dissipe le brouillard en phrasant tout, sont un modèle de style prenant le contrepied de l’estampe incarnée par Walter Gieseking et Landon Ronald, autre version majeure du 78 tours. Mais c’est à ce Ravel parfaitement délétère que vous irez d’abord _ en effet ! Et en boucle…

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Maurice Ravel (1875-1937)

    …
    Rapsodie espagnole, M. 54
    La Valse, M. 72
    Boléro, M. 81

    …
    César Franck (1822-1890)

    …
    Psyché, FWV 47
    Variations symphoniques pour piano et orchestre, FWV 46

    …

    Géza Anda, piano
    Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam
    Eduard van Beinum, direction

    …

    Un album du label Decca 4825491 (Collection « Eloquence Australia »)
    …

    Photo à la une : © DR

     

    …

    …

    Merci de ces fabuleuses rééditions d’un chef aussi juste…

    …

    …

    Ce lundi 30 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa