Étiquette : fiction

  • Ma réponse à la suggestion que Hélène Cixous prie de se méfier d’une lecture trop biographique de son « Ce qui n’était jamais arrivé », qui paraît demain 9 octobre en librairie : la passion de déchiffrer des énigmes…

    Suite à mes intenses questionnements consécutifs à mes trois premières lectures attentives-intensives successives du « Ce qui n’était jamais arrivé » (de la chère Hélène Cixous) qui paraîtra demain 9 octobre en librairie,

    et à l’étonnement de l’autrice elle-même que « tous ses lecteurs – jusqu’ici – ont été frappés par l’incident du doigt paralysé et par ses réflexions sur la mort, sur le « dernier livre », etc.« …

    Ainsi que de savoir que la plupart de ces lecteurs-ci de ce livre ont « en général été ébranlés – et comment ne pas l’avoir été ?.. C’est si prégnant… – par l’angoisse de fin de vie que diffuse le livre« .

    …

    Mais Hélène se défend que « c’est un livre! », et que « la littérature permet une fiction induisant – mais dans quelle mesure ? et dans quelles proportions ?.. – à l’erreur d’interprétation biographique » des lecteurs…

    Elle dit très souvent qu’ « elle donne, dans ses livres, de faux indices (dates, noms de personnes, lieux)« .

    Et que « lire de manière trop biographique ses récits est une mauvaise approche« …

    …

    Pour sa part, « elle centre beaucoup plus son livre, comme le titre » « Ce qui n’était jamais arrivé » « l’indique, sur la découverte de la lettre – datée de 1935 – de son père à sa mère » donnée – et même reproduite telle qu’elle – aux pages 49 à 52. « De même, elle parle (à travers le récit d’un rêve) de son frère – Pierre Cixous (Oran, 11 novembre 1938 – Pessac, 6 septembre 2023) : Pete… – et du rôle qu’il a joué dans la mort de – Stéphane (Sainte-Foy-la-Grande, 9 mai 1959 – Alger, 1er septembre 1961)  – son enfant handicapé (elle en a parlé à plusieurs reprises dans des livres précédents – surtout le magnifique et terrible « Le jour où je n’étais pas là« , paru en 2000 aux Éditions Galilée… – et de façon toujours cryptée)« .

    …

    Ce à quoi je me permets de répondre ceci :

    …

    Oui, cela, je le sais bien : Hélène Cixous, autrice, s’amuse quasi constamment à brouiller ces/ses pistes biographiques – elle l’a même carrément dit et souligné dans notre entretien (magnifique !) du 23 juin 2019 à propos de son « 1938 – nuits« , à la Station Ausone de la librairie Mollat, à Bordeaux : ainsi fait-elle partir d’Allemagne, en 1938, sa grand-mère Omi Jonas, veuve Klein, d’Osnabrück, alors que celle-ci est factuellement partie de Dresde…

    Et la H. – écrivaine – qu’elle fait parler dans ses livres n’est pas tout à fait l’autrice elle-même : elles deux, Hélène et H., ne cessant même carrément de se parler, dialoguer, l’une en miroir (déformé ? ou bien en révélateur-médiateur légèrement décentré ?) de l’autre…
    Même si tout miroir est plus ou moins déformant…

    Encore plus à 87 (ou 97) ans, comme c’est écrit pour nous égarer page 39…

    Il n’empêche : «  Je pourrais mourir par mégarde » est bien l’exergue tonitruant de ce livre, page 9.
    Et c’est l’épisode angoissant du doigt inerte qui ouvre, page 11, le premier chapitre, « Réveille-toi ».
    Et le dernier chapitre, pages 145 à 176, s’intitule, lui, rien moins que « Si c’était mon dernier livre »…
    Et encore les multiples signes-augures de la vieillesse décapante et in fine mortelle ne cessent de s’accumuler tout le long du livre…
    Je conviens que la découverte-lecture de la lettre de son père Georges Cixous à sa fiancée Ève Klein en 1935 (quel mois exactement ? en juin ? la phototocopie coupe – exprès ? –  la moitié supérieure du chiffre du mois : 6 ?) est en effet décisive,
    et que la question de l’écrire et de ses conditions est une fois de plus cruciale et fondamentale…
     
    Mais, mais…
     
    Et le lecteur-déchiffreur a lui aussi ses propres droits de lecture.
    Le livre et son histoire débordent l’autrice, une fois le livre livré aux déchiquetages de lectures et interprétations des lecteurs plus ou moins patients et curieux…
     
    A contrario, je le concède, le titre dit bien, et même prévient : « Ce qui n’était pas arrivé », c’est-dire le possible alors renoncement à se marier (et enfanter), pour cause de tuberculose, et qui, de fait, n’est pas advenu… Mariage et enfants sont bel et bien « arrivés« …
    …
    Ce mercredi 8 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Le très brillant possible adieu à la recherche de Philippe Desan – alias Jacques Saint-Maur – en son diabolique vertigineux roman-récit « Montaigne – La Boétie, une ténébreuse affaire »…

    Alors que, en mon article d’avant-hier 11 septembre, je posais presque innocemment la question :  « Qu’attendre de la surprise de la fiction que vient nous proposer Philippe Desan avec son « Montaigne – La Boétie – Une ténébreuse affaire » ?..« ,

    …

    ce jour d’achèvement de ma lecture des 376 pages de son roman-récit « Montaigne – La Boétie, une ténébreuse affaire » (qui paraît aux Éditions Odile Jacob),

    …

    il me faut commencer par saluer bien bas le formidable brio jubilatoire de ce récit-roman de Philippe Desan _ né à Saint-Maur-les-Fossés le 16 mai 1953 _, qui nous fait constamment _ mais oui ! _ nous interroger sur ce qui ressort là, en cette écriture, de la malicieuse invention romanesque de sa part _ avec de vraies-fausses preuves en forme d’objets (« Things«  ; cf ici l’article d’Amy Graves « Montaigne and Things« , aux pages 347 à 355 du « Global Montaigne – Mélanges en l’honneur de Philippe Desan« , paru en 2021) ; d’objets montaigniens, donc, bien matériels, affirmés avoir été très effectivement re-découverts fortuitement à divers moments de l’Histoire, et proposés ici en images (dessins ou photos) : le fauteuil de travail de la librairie de Montaigne (page 184), un flacon-fiole en étain en forme de livre, un petit in-octavo, affirmé retrouvé, lors d’une restauration de ce fauteuil, soigneusement caché dans le rembourrage de crin d’un bras large de ce fauteuil (page 231), l’ex-voto déposé par Montaigne en la chapelle de Lorette et affirmé retrouvé tout récemment lors de la réfection d’une cave maçonnée aux Bagni di Lucca (page 256) ; et même un trentième sonnet d’Étienne de La Boétie, affirmé caché, lui, inséré entre les gardes et le vélin d’une précieuse reliure de l’Exemplaire de Bordeaux des Essais (page 164), mais dont les six copies de négatifs de photos que prit Jacques Saint-Maur ont été in fine détruites par lui-même (page 375), en partie, mais probablement pas principalement, pour cause de Secret-Défense d’État impliquant jusqu’au président de la république (pages 296 à 305, puis 317 à 320)… _, et, d’autre part, du portrait véridique, parfois à l’acide, de certaines mœurs et carrières universitaires,

    tant le portrait tracé _ à la David Lodge (« Un tout petit monde« ), ou à la Vladimir Nabokov (« Pnine« )… _ comporte de vraisemblance, sinon même, tout simplement de vérité douce-amère _ au-delà de la jubilation profonde du parcours à rebondissements de la très patiente vraie recherche, step by step, elle-même…

    …

    …

    Un récit délicieux,

    où le lecteur se perd vertigineusement entre vérités matérielles de choses (things) bien effectives et faux-semblants-mirages romanesques fictifs méticuleusement _ diaboliquement ? le diable se cachant tout spécialement dans les détails… _ échafaudés et très ingénieusement montés en son récit par l’ironique narrateur, Jacques Saint-Maur, en une bien jolie façon _ étourdissante, même… _ de régler quelques vieux comptes avec quelques confrères _ dont les clés seront à déchiffrer par les initiés du sérail… _, en forme de feu d’artifices festif pour marquer un peu son entrée en retraite de sa très brillante carrière universitaire de montaigniste éminent ;

    …

    et en rendant aussi et peut-être surtout hommage au difficile voire dangereux parcours à obstacles de certains valeureux chercheurs-doctorants, telle ici la courageuse (ou peu consciente et téméraire) et heureusement résiliente Diane Osborne _ qui ose dévoiler ici, en sa soutenance de thèse à la Sorbonne, l’énormité, rien moins, d’un Montaigne assassin, à Germignan, de La Boétie ! Et nous, lecteurs emportés par la formidable habileté du récit qui nous tient tout du long en haleine, y adhérons presque, avec de telles preuves matérielles (ou quasi) fournies à l’appui en ce récit d’enquête si superbement circonstancié… Toute recherche tenant aussi, bien évidemment, de l’enquête policière.

    Mais aller jusqu’à parvenir presque à nous faire passer Montaigne pour l’assassin de La Boétie : waou !!!

    …

    A moins qu’il ne s’agisse d’une sorte de forme cachée d’aveu de repentir in extremis de la part du maître de thèse lui-même, ayant fait prendre, sous le coup de sa propre passion de chercheur, d’un peu trop inconsidérés de sa part risques à ses jeunes doctorants, l’une d’entre elles, Connie, allant même jusqu’à se suicider, sa carrière compromise :

    …

    « Vous savez comment Jacques est avec ses étudiants. (…) Il veut être le meilleur dans tout ce qu’il entreprend, et il s’attend à ce que ses étudiants fonctionnent de la même façon. Il leur met énormément de pression, peut-être pour réussir lui-même à travers eux. (…) Toujours est-il que Connie rencontra pas mal de difficultés avec une approche jugée peu orthodoxe par la grande majorité des spécialistes de Montaigne. Plusieurs pensèrent même que Connie était manipulée par Jacques. Il avait organisé une cotutelle avec l’université Paris-VII-Jussieu où il avait trouvé deux spécialistes de Freud et de Lacan prêts à codiriger la thèse de Connie avec Paul Rieland. Jacques n’était que le troisième lecteur (…) Toujours est-il que, trois jours avant la soutenance organisée par Jacques à l’université Jussieu, les deux psychanalystes décidèrent qu’ils ne pouvaient pas accepter le thèse de Connie en l’état. C’était une question de territoire. Ils eurent le sentiment que Connie et Jacques marchaient sur leurs plates-bandes. Connie fut dévastée. Elle n’avait plus de soutiens et craignait de décevoir ses parents qui étaient fiers d’elle. Elle se suicida. Une overdose de barbituriques » (pages 278-279)…

    …

    …

    Nous pouvons mesurer ici les endémiques et persistants enjeux, jusqu’au tragique, de ces pauvres querelles de chipotages de territoires et pouvoirs d’universitaires privilégiant l’ »utile » de leur carrière professionnelle sur l’ »honnête » du souci impératif de la vérité…

    …

    …

    Tout cela, même en dehors _ ou à côté _, de l’infinie passion pour Montaigne lui-même, est assez intéressant et significatif de l’expérience réaliste _ et réaliste, Montaigne, sans défendre le machiavélisme, savait l’être ! _ du monde comme il va…

    …

    …

    Ce vendredi 13 septembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Qu’attendre de la surprise de la fiction que vient nous proposer Philippe Desan avec son « Montaigne – La Boétie – Une ténébreuse affaire » ?..

    Qu’attendre de la surprise de la fiction que vient nous proposer _ aux Éditions Odile Jacob _ le très érudit et perspicace Philippe Desan avec son « Montaigne – La Boétie, une ténébreuse affaire » ?..

    …

    …

    Je me le suis demandé en l’achetant tout de même _ sur le nom de Philippe Desan, d’abord ; mais aussi sur la mention de repérage de dates et de lieux très précis en tête de chacun des chapitres de ce livre : un gage de confiance indispensable pour le passionné de repérages spatiaux et temporels d’orientation que je suis ! _, après avoir bien hésité devant pareil scandaleux mélange des genres, entre recherche historique et roman (page 5), voire polar (4ème de couverture)…

    …

    …

    Ce soir, j’en suis _ pour le moment un peu perplexe, pris à total contrepied que je suis de ce que je me représente jusqu’ici de Montaigne à travers la fréquentation de ce que lui-même présente et détaille de sa personne en ses très consubstantiels « Essais« … _, à la page 79 de ma première lecture, peu après le récit du décès _ voire meurtre : indirectement suggéré par une délicate et très habile succession de menus détails-indices suggestifs, mais jamais massivement affirmé comme tel, un tel meurtre de La Boétie de la main même, insistante à diverses reprises, de son ami (« parce que c’était lui, parce que c’était moi…« ) Montaigne… _, le 18 août 1583, d’Étienne de La Boétie, à la page 73…

    …

    …

    Mais attendons bien sûr la lecture exhaustive des 376 pages de cette fiction de Philippe Desan avant de prononcer _ très fervent montaignien que je suis ; cf ce qu’y disait de ma vénération pour mon très admiré voisin Montaigne (j’ai vécu toute mon enfance à Castillon-la-Bataille, et me suis rendu maintes fois à pied à la sublime tour de Montaigne : une promenade d’un peu plus de 16 kilomètres aller-retour…) l’article liminaire de présentation de ce blog même, le 3 juillet 2008 : « « … _ mon tout personnel avis…

    …

    …

    Voici, au passage, ce que j’écrivais de mon affection pour Montaigne en l’article de présentation de mon blog « En cherchant bien » du 3 juillet 2008 :

    …

    …

    J’évoquerai l’ombre tutélaire et protectrice (depuis un 13 septembre 1592) _ l’ombre “amie”... _ de Montaigne, et l’humour infini _ “tant qu’il y aura(it) de l’encre et du papier” ; ainsi qu’”à sauts et à gambades”… _ de ce merveilleux (et humble) essayeur gascon ;

    …

    Montaigne _ le maître (sans disciple), dans les couloirs limpides du labyrinthe duquel (à qui consent de jouer, en « diligent lecteur » tout de même ! à l’y suivre, ou plutôt ac-compagner, et converser avec !..) introduit lumineusement le récent livre, indispensable, de Bernard Sève, “Montaigne. des règles pour l’esprit” (aux PUF en octobre 2007) _ ;

    …

    Montaigne “fondant” _ au participe bien présent du verbe “fonder” _, et sans le moins du monde le chercher, par la seule grâce (et autorité _ non didactique, loin de la chaire et du moindre “titre”… _) de son espiègle _ non didactique, j’insiste, mais très ludique et malicieux _ exemple _ cf le défi à “l’indiligent lecteur” : “Quitte mon livre !”… _ ;

    …

    Montaigne « fondant » donc _ sans rien chercher du tout à « fonder » en fondateur… _ ce qui va tout aussitôt, et en Angleterre d’abord (où “il” est très vite traduit), devenir quasi immédiatement un genre, et littéraire, et philosophique _ lui ne les disjoint certes pas ! ; ou plutôt “il” n’est pas, lui, Montaigne, dans (dedans, enfermé jamais dans) des “genres”, tant son génie mutin et facétieux, en même temps qu’il n’y a, et vraiment pas !, plus sérieux ni grave ; tant son génie mutin et facétieux  est, “à sauts et à gambades”, absolument trans-genres… _ ;

    …

    Montaigne “fondant”, donc, pour dorénavant en quelque sorte, si j’ose dire _ et lui n’en sait fichtre rien ! et combien s’en rirait ! _, “fondant”, si l’on y tient, l’”essai” _ lui ne disant (et c’est la chose même !) qu’“essais“, au pluriel et sans article… _,

    tel, ou plutôt tels, par exemple, ceux, très vite (dès 1597), de Francis Bacon _ Francis Bacon, celui (1561-1626) du tournant du XVIIème siècle élisabéthain, pas le génie tourmenté, pictural, et sublime, du siècle qui vient de passer (1909-1992, pour cet autre) _ ; un des « fondateurs », ce Bacon de Verulam-là, philosophe et politique (« chancelier d’Angleterre« ), par l’”essay“, donc, de la “méthode expérimentale” du connaître (qui est forcément un peser et supposer, sous diverses coutures, un juger)…

    …

    …

    Et juste au moment précis où je m’apprête à mettre en ligne cet article-ci, voici que tombe le courriel hebdomadaire de la Librairie Mollat annonçant la séance de présentation par l’auteur, Philippe Desan, à la Station Ausone, vendredi 20 septembre prochain, à 18 h, de son tout récent livre ;

    …

    présentation que voilà :

    …

    « Philippe Desan est l’un des plus grands spécialistes de Montaigne, c’est avec bonheur _ nous allons bien voir… _ qu’il s’essaye _ voilà ! _ aujourd’hui au roman.

    Dans Montaigne – La Boétie, une ténébreuse affaire, il rend compte de la complexité _ tiens donc… _ de cette amitié légendaire« …

    …

    …

    Ce qui ne fait que renforcer ma curiosité

    _ et je dois encore ajouter que j’ai déjà rencontré Philippe Desan à divers colloques tenus à Bordeaux à l’université à propos de notre très cher Montaigne ; ainsi que lors de présentations de quelques uns de ses travaux montaigniens à la librairie Mollat…

    …

    …

    Ce mercredi 11 septembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Toute première approche de « Nacres », un cahier publié par Hélène Cixous : à déchiffrer…

    Hélène Cixous vient de m’adresser son Cahier intitulé Nacres
    …
    …
    Nacres : cahier
    …
    …
    qui paraît aux Éditions Galilée :
    …
    …
    « un petit livre pour la rentrée« , lui avait demandé son éditeur ;
    « petite demande, voix affectueuse« .
    …
    …
    « Tout ce que je peux te proposer _ lui répond-elle _ c’est un cahier. Ce n’est pas un livre _ un livre, c’est bien davantage apprêté (et travaillé) qu’un simple cahier (de notes). Ce cahier, il est déjà écrit. Il n’a jamais pensé _ Dieu merci pour lui ! _ être un livre. Je n’ai jamais pensé _ forcément ! _ pour livre à un cahier. Livrer _ voilà : tel quel et sans apprêts ; le mot est important : livrer, c’est aussi se livrer… _ un cahier à la lecture _ d’un lecteur étranger _, c’est comme si je sortais en chemise dans un rêve ou en maillot de bain, et au lieu d’aller à la mer, j’irais faire un séminaire. Un cahier ne prétend pas _ le mot est important _ être habitant ou citoyen _ comportant des droits et des devoirs légaux _ de la Littérature _ car la Littérature comporte des conditions-exigences minimales de reprise par l’auteur et de présentation au lecteur à venir : d’apprêts ; sans trop de débraillé… C’est un cabinet pleins d’objets estimables pour moi et probablement sans grande valeur pour un visiteur _ autre que soi. Des bouts et des fragments écrits à l’abri de toute lecture _ et fortiori relecture (d’un autre que soi : un visiteur de passage…). Des pages sauvages, libres de désordonné, sans arrière-pensée, sans visière, sans calcul, sans arme, sans aucune défense _ voici une presque théologie négative de ce qu’est en son essence propre la Littérature _, un ramas de boutons d’or _ de fleurs des champs _, des éclats herbeux _ et en rien gazonnés _ dont le charme _ tout privé _ pour moi réside dans la brièveté _ sans un quelconque souci de suites, ni, a fortiori, de fin, de point final… _, une poussière _ simplement _ d’astres _ tout de même !.. _ sur la terre oisive _ incultivée, libre de son loisir-plaisir, caprice même _ autour de la tour de Montaigne _ mon pays : atteignable à pied en peu d’heures depuis Castillon-la-Bataille… Des souffles. Des battements _ à peine effleurés, presque pas saisis : juste des ombres esquissées, même pas apprivoisées ; elles sont si farouches et fugaces… Même pas des phrases. Même pas des épiphanies, quoique _ si, justement : quelque chose commence, même si c’est à peine, à apparaître, s’esquisser, se profiler, se saisir... Juste une façon de se tenir la main _ pour continuer, pour poursuivre : tant le fil du vivre, d’abord, très probablement, que le fil de l’écrire, ensuite, sans trop de rupture ; les ruptures-cassures, les enjamber… Voir ici la place, ou fonction, des chats (Philia, Théïa) d’Hélène dans ces notes de Nacres…  Sans ambition. Sans loi _ et la Littérature comporte, elle, un minimum d’ambition et de lois ; c’est dit.
    …
    Ce petit volume aura été surpris _ non toiletté _ au saut du lit.
    …
    Je n’ai rien arrangé pour paraître _ et présenter présentable figure (attendue, convenable, sinon convenue). À peine ai-je parfois complété des mots, des phrases nominales, dont l’inachèvement hâtif ne gênait pas le cahier.« 
    …
    …
    Telle est, presque in extenso, la teneur du Prière d’insérer
    que l’éditeur prie l’auteure de glisser, en feuillet séparé, détaché,
    à l’avant de ce qui se présente, malgré tout comme un livre, avec couverture _ et qui, décidément, plaît beaucoup au lecteur que je suis ; et même l’enchante ; en un regard rétrospectif de l’auteure, empreint de prévenances, voilà, à l’égard du lecteur qui s’apprête à lire son livre. Tel un accueil de l’hôte accueillant l’accueillé avec un minimum d’égards nécessaires envers le lecteur (pour peu que celui-ci s’apprête, aussi, de son côté, à vraiment bien le lire ; sinon, « indiligent lecteur, quitte ce livre !« , prévenait Montaigne en ouverture, impérieuse autant que malicieuse, de ses Essais) sur le porche attractif de son seuil d’intimité de ce qui est ici livré : à la lecture.
    …
    …
    Le Nacres _ cahier d’Hélène Cixous a bien sûr passionné le Curiosus-lecteur que je suis.
    Et me lance dans un tout premier questionnement,
    pour essayer de reprendre le fil du souvenir de mes précédentes lectures de l’Œuvre-Cixous.
    …
    …
    En voici de premières amorces :
    …
    …
    Isaac serait-il une pure fiction ?
    …
    La question _ « _ Isaac, c’est son nom, celui de votre amour ?«  _ est posée page 94 :
    …
    « _ C’est une fiction. Tout. Isaac, amour, votre, fiction« .
    …
    Et ici, forcément, l’énigme-Isaac demeure…
    …
    …
    Il faudra que je recherche qui peuvent être les effectifs cousins d’Hélène (pages 44-45, et ailleurs)
    la cousine Pi et son frère Paul-les-Malheureux :
    …
    des Cixous _ ou apparentés : ils viennent d’Oran ! Des Amar ? _, et pas des Jonas ou des Klein….
    …
    … 
    Mon identification _ antérieure ; cf mon article du 12 juin 2018 : … _ de Marcel Dulas, l’homme du portail grippé à déverrouiller d’Arcachon de Défions l’augure,
    se trouve confirmée
    avec l’indication du décès de son frère Tontus René Dulas
    ainsi que le cimetière _ à La Teste, et non loin de l’Éden _ du Natus, page 83 :
    …
    « 17 octobre 2017
    Tontus est mort. En apparence. Pif _ Pierre-François _ me raconte longuement la légende de Tontus René Dulas et le royaume d’Éden (l’habitation des onze Dulas dans la forêt des Landes, hommes des bois, sans école, qui ne vont dans la société extérieure et hostile que pour le service militaire). Mes enfants, élevés _ c’est dit _ par ces forts de la nature, sur le Natus. Natus, nom propre du Bourrier.
    Aller au Natus, expression _ conservée telle quelle  _ de leur enfance.
    Au lieu-dit Natus-de-Haut, le Bourrier créé en juillet 1916 au cimetière national de La Teste, tout ça mes enfants, sous les ordres des Dulas, Chef Tontus, l’ignorent, ils vont au Natus comme à l’Éden, l’Éden des enfants sauvages est un mont de débris immondices de la ville, écharnures, morceaux de carcasses d’avions, casques de guerre.
    (Note : ces cahiers sont des petits-cousins du Natus, des bourriers.) » ;
    …
    …
    de même qu’est nommée, page 69, l’Allée Fustel-de-Coulanges…
    …
    …
    Est indiquée aussi, page 39, l’adresse d’Éve Cixous, rue du Saint-Gothard :
    …
    « Un vilain souci : les Catacombes dégueulent maintenant juste à côté de l’immeuble de maman. Qu’aurait-elle dit ? Si je savais, ça me protégerait. Comme pour « l’avenue René Crotty »  (elle disait). Elle aurait trouvé le nom de cette « sortie » stérilisée, rectum au néon, étrange bouche d’égout au terme d’un long cheminement intestinal embouché d’abord place Denfert-Rochereau.
    Heureusement qu’elle est abritée au fond du jardin Saint-Gothard. Ce Saint-Gothard n’était pas son col. Elle, c’était le Lautaret. Destin à l’esprit farceur : une si petite rue pour un si grand col.
    Écrire le livre des Cols, on y apercevrait Hannibal, Stendhal, Goethe, à cheval, maman à pied, ou à dos de chameau.
    Le mot col, dans la langue d’une sage-femme.« 
    …
    …
    Bref, me voici aux anges ! en cette déchiffreuse lecture…
    …
    …
    Ce jeudi 17 octobre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa
    …
    …
    Post-scriptum :
    …
    Sur le Natus-de Haut,
    lire les articles excellemment détaillés de Patrick Boyer et Jean-Michel Mormone publiés en 2008 et en novembre 2013 dans le bulletin de la Société historique d’Arcachon et du Pays de Buch ;
    ainsi que le livre d’Éric Joly paru en octobre 2013, Un Nègre en hiver, aux Éditions Confluences.