la magie de l’enchantement est bien présente – et très prégnante : radieuse ! – au rendez-vous de l’écoute de ce CD Machaut magnifique, stupéfiant de beauté…
Cf aussi l’excellent article, parfaitement détaillé et éclairant, d’Yves Beuvard dans l’article « MACHAUT, Messe et pièces profanes – une approche essentielle, renouvelée et gratifiante » de Forumopera.com , hier 28 septembre :
Le XIVe siècle, celui de la guerre de Cent ans, de la peste à Marseille et de la papauté en Avignon, est aussi celui de l’Ars Nova. Fascinant par sa vie aventureuse, par ses écrits comme par sa musique, Guillaume de Machault est une figure, sinon la figure, centrale de ces temps tourmentés et on s’étonne – oui – qu’hormis le cercle restreint des spécialistes, il soit si peu connu, chanté et célébré, particulièrement en France. La Messe, première messe unitaire signée du même compositeur – et c’est à relever – , est justement célèbre, bien que rare au concert. Celle-ci, un motet, deux rondeaux, deux ballades et un virelai figurent au programme, éclairant bien l’œuvre de Machault, immense, même si aucun lai n’a été retenu. Non content de s’être hissé au meilleur niveau dans le répertoire de la Renaissance, Chanticleer a élargi celui-ci à toutes les expressions, du jazz aux musiques actuelles. Il ose maintenant aborder Machault (*), toujours si neuf malgré le temps qui nous sépare. L’ensemble fut fondé dès 1978 par un musicologue (**) avec le concours de quelques chanteurs de ses amis.
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La messe de Nostre Dame (Ci commence la messe de Nostre Dame, précise le manuscrit de Voguë ***) fut écrite pour une circonstance précise : elle devait être chantée tous les samedis à l’autel de la Rouelle, de la récente cathédrale de Reims, dont Machault et son frère Jean étaient chanoines, dans la dernière partie de leur existence. L’exiguïté de la chapelle limitait le nombre de chanteurs, et les treize voix de Chanticleer correspondent à l’effectif des chantres de l’édifice. Chantée strictement a cappella, donc dépourvue de toute doublure instrumentale – voilà – , la messe qui nous est offerte – en cet admirable CD Delos – suit scrupuleusement la partition, sans que l’on sache à quelle transcription moderne l’ensemble se réfère (****), d’autant que la musica ficta invite à des lectures parfois différentes.
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Les parties supérieures, triple et motet, à l’ambitus large, sont confiées à des falsettistes et à des ténors. Les deux autres, teneur et contreteneur à des barytons et basses. Sans transposition, heureusement dépourvu de toute doublure instrumentale – re-sic – , l’ensemble trouve une homogénéité de timbre, des équilibres et une lisibilité – limpidissime – hors du commun. Parfois légèrement nasalisée (les intonations), sans jamais tomber dans les outrances du Clemencic Consort, l’intonation ajoute à l’étrangeté de cette musique. Sans oublier les entrées polyphoniques, où, délibérément, chacun attaque sa note par une brève inflexion, sorte d’appoggiature, avant que l’accord s’impose. A la différence des Hilliard, dont la lecture accentuait la rythmique, le legato de chaque partie, d’une parfaite précision, confère une linéarité, une souplesse – voilà, voilà… – admirables à l’ensemble. La lisibilité, certainement favorisée par la prise de son, est exceptionnelle – absolument ! C’est bluffant.
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Si l’alternance du plain-chant avec les Kyrie (ici scrupuleusement répété trois fois) et le Christe fait défaut, nous ne sommes pas moins plongés dans cet univers fascinant – oui. A la différence des autres parties, relevant du style de motet (isorythmique), le Gloria et le Credo font appel à une écriture syllabique, née du conduit (ainsi dépourvu de hoquets). Leur progression fluide, est ponctuée par la lente déclamation de Jesu Christe, puis de Maria Virgine, discrètement ornée, comme le suggèrent les recherches les plus récentes, avec les césures voulues par Machault. Pour conclure chacun de ces deux mouvements, l’intériorité aérienne des Amen est stupéfiante de beauté – oui. La plénitude contemplative, empreinte de ferveur, du Sanctus et de l’Agnus emportent l’adhésion – aussi.
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Même si aucune version ne laisse indifférent, c’était à Parrot puis à Dominique Vellard que l’on devait l’essentiel de l’écoute la plus convaincante, de la hauteur à la prononciation latine (bien différente de celle, italienne, que nous connaissons depuis seulement 150 ans). Il faudra maintenant compter avec Chanticleer. Une plongée où la spiritualité, le recueillement s’éclairent d’une approche musicale aussi fondée que lumineuse et vivante – oui, oui, oui.
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Seuls regrets, qui n’altèrent pas la qualité de l’enregistrement : l’absence du propre de la messe, dont la monodie éclaire la polyphonie dans un contraste valorisant, et la notice, exclusivement en anglais.
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S’il est un virelai populaire, souvent enregistré, c’est bien Douce dame jolie. Il est ici confié à trois solistes, dialoguant, sur une percussion soulignant le caractère dansant du virelai. Les cinq autres pièces seront chantées a cappella, avec les qualités confirmées de chacun des chanteurs. Deux, trois, voire quatre d’entre eux, vont tisser les textures polyphoniques avec art. La prononciation, très travaillée, selon les informations les plus pertinentes, en est exemplaire. La lisibilité – toujours – itou.
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Un constant bonheur – voilà – que cette immersion dans un univers fascinant – oui – , tant religieux que profane.
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(*) Malgré l’argumentaire de Machabey (I, pp. 13 sqq), l’orthographe de Machaut (sans « l ») [aime assez à chahuter sans elle] semble avoir supplanté celle de Machault, dont les graphies du temps sont variées.
(**) Louis Botto, victime du SIDA en 1997, âgé de 45 ans seulement.
(***) L’intitulé « Messe du sacre de Charles IV », dû à l’abbé Lebeuf (XVIIIe S), non fondé, a été abandonné.
(****) Chailley, Cross, De Van, Gennrich, Hübsch, Ludwig, Machabey, Schrade, Stevens, pardon pour les oublis, les transcriptions modernes de la Messe sont nombreuses, indispensables, faute de lire dans le livre une notation complexe.
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Une merveille d’interprétation-incarnation limpidissime, en effet, par Chanticleer, à San Francisco…
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Ce mardi 29 septembre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Pourquoi la si belle tragédie en musique « Médée et Jason« , créée à l’Académie royale de musique le 24 avril 1713, de Joseph-François Salomon (Toulon, avril 1649 – 5 mars 1732), et que vient de si splendidement nous révéler le somptueux double album Château de Versailles Spectacles CVS 189 « Médée et Jason » de l’ensemble a nocte temporis de Reinoud Van Mechelen – enregistré à Namur du 11 au 14 juillet 2025 – , est-elle demeurée si longtemps ignorée des interprètes baroqueux, au concert comme au disque ? Par incuriosité ?.. C’est assurément une assez étonnante, voire dérangeante, énigme pour tous les amoureux du répertoire baroque français…
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Écoutez déjà ici, en forme de délicieuse mise en bouche, cette splendide Ouverture (d’une durée de 4′ 18)…
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Et ne vous privez pas de regarder cette très remarquable vidéo de présentation (d’une durée de 2′ 40) de Reinoud Van Mechelen et Benoît Dratwicki…
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Le magazine Diapason de ce mois de mars 2026 vient de décerner à ce double album-révélation un Diapason d’or, argumenté par un très juste article de Loïc Chahine,
Reinoud Van Mechelen, un orchestre exemplaire et une belle équipe de solistes où brillent particulièrement Mélissa Petit et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur font revivre cette tragédie en musique oubliée de 1713.
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Né à Toulon, Joseph-François Salomon reçoit une formation à la maîtrise de la cathédrale d’Aix-en-Provence, intègre le Chapitre. Il devient sous-diacre en 1666, est nommé organiste… mais quitte son poste en 1671. On le retrouve à Versailles parmi les instrumentistes qui prennent part à la création du Triomphe de l’Amour de Lully en 1681 ; il joue de la viole lors de représentations à l’Académie royale de musique en 1682, participe au concours de recrutement des sous-maîtres de la Chapelle royale en 1683, reçoit une charge d’ordinaire de la Musique du roi entre 1706 et 1713. C’est sur le tard, en 1713 – il a cinquante-quatre ans –, qu’il livre son premier opéra, appelé à un grand succès : Médée et Jason. « Avec cinq reprises en moins de quarante ans, c’est incontestablement l’un des piliers – voilà ! – du répertoire de l’Académie royale de musique au milieu du XVIIIe siècle », indique Benoît Dratwicki dans la notice. Bien plus que la partition de Charpentier, vite tombée dans l’oubli, c’est en effet l’œuvre de Salomon sur un livret de Pellegrin (à qui l’on doit également celui d’Hippolyte et Aricie – de Jean-Philippe Rameau – ) qui assure la présence de l’infanticide –Médée – sur la scène de l’Opéra de Paris au siècle des Lumières.
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La musique se place dans la lignée de Lully, toujours attentive – et c’est heureux ! – à la clarté de la déclamation – oui ! Salomon soigne les monologues qui introduisent les actes : celui de Jason, au III, et celui de Créuse au IV sont parmi les sommets de la partition. L’écriture possède aussi un charme typique de la première moitié du XVIIIe siècle français, qui transparaît dans les danses, délicieuses.
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Incarnations
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Les trois protagonistes s’équilibrent parfaitement. Comment pourrait-on détester le Jason de Reinoud Van Mechelen ? La sensibilité au mot, les phrasés parfaits, l’idéal mélange de passion et de tenue : la haute-contre allie – oui, oui – toutes les qualités. On aime autant la Créuse de Mélissa Petit, soprano aussi touchant que corsé, au sens aiguisé du discours et de ses gradations ; rarement la rivale de Médée aura trouvé incarnation si aimable. D’incarnation, il est bien question chez Marie-Andrée Bouchard-Lesieur qui habite le rôle de la magicienne : le timbre est opulent, immense et presque terrible, le caractère hors norme. Bref, la chanteuse rend à Médée sa démesure : – immense – merci ! Seul le timbre âpre, voire élimé, de Cyril Costanzo n’a pas la noblesse attendue pour le roi Créon, et son expressionnisme déplacé agace plus d’une fois. On s’en console avec des seconds rôles bien tenus.
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Si l’on a pu regretter naguère dans la direction de Van Mechelen un refus du grandiose, le prologue – somptueux, en effet – prouve que le chef s’est libéré de cette réserve : trompette et timbales tonnent dans le Bruit de guerre, le chœur exulte. On admire partout – mais oui – un orchestre à la pâte généreuse et colorée. Ces hautbois gouailleurs dans la Marche des habitants du bord de la Seine ! Ecoutez encore le prélude qui ouvre la scène 3 de l’acte I : quelle tragique majesté ! L’usage des percussions, dans les limites du bon goût, n’obère jamais l’agrément mélodique des danses. Il fallait bien ces séductions orchestrales pour faire revivre dignement Médée et Jason : avec les trois premiers rôles, A nocte temporis est le grand vainqueur de cette résurrection réussie.
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Joseph-François Salomon
1649-1732 Médée et Jason. Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Médée), Mélissa Petit (Créuse), Cyril Costanzo (Créon), Reinoud Van Mechelen (Jason et direction), Chœur de chambre de Namur, A nocte temporis. CVS (2 CD). Ø 2025. TT : 2 h 21’.
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Mais il nous faut aussi citer ici le très bien documenté article de Clément Demeure sur le site de forumopera.com en date du 5 février 2026 :
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SALOMON, Médée et Jason
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5 février 2026
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Un beau simple
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Après Céphale et Procris, Reinoud van Mechelen et son ensemble continuent d’explorer les raretés – voilà : très injustement oubliées ! – du catalogue de l’Académie royale de musique. Une rareté ici couronnée de succès en son temps – mais oui! et à fort juste titre… – : on n’a guère retenu le nom de Joseph-Français Salomon, mais sa tragédie de Médée et Jason, créée en avril 1713, fut redonnée en octobre de la même année, puis 1727, 1736 et 1749.
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Instrumentiste toulonnais employé à la musique ordinaire du roi, Salomon a plus de 60 ans quand il fait jouer ce premier opéra – il n’y en aura qu’un autre – Théonoé, créé à l’Académie royale de musique le 3 décembre 1715… Mlle Journet, élève de Marie Le Rochois, incarne Médée, avec Cochereau et Thévenard en Jason et Créon. Le livret est signé sous pseudonyme par l’abbé Pellegrin, futur auteur d’Hippolyte et Aricie de Rameau. Les auteurs s’inscrivent dans le goût du moment pour le terrible – voilà… Sans renoncer – non plus – à une mesure toute française – et qui est consubstantielle à tout le goût français, on ne le soulignera jamais assez… – , le public aime à s’émouvoir d’horribles situations ; des hordes de démons envahissent la scène, les opéras s’achèvent dans la noirceur. Dans une veine similaire, on peut (ré)écouter – mais oui ! – Callirhoé de Destouches (1712), Hypermnestre de Gervais (1715) ou Polydore de Stuck (1720) – merci beaucoup de ce très judicieux rappel…
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L’épisode corinthien – meurtrier, avec ce comble de l’horreur qu’est l’infanticide de ses propres enfants… – qui scelle dans la violence la vengeance de Médée est parfaitement connu, et avait déjà été traité par Charpentier notamment. Conscient de cela, Pellegrin prend des partis intéressants. Renonçant au deus ex machina ou à la robe empoisonnée, il resserre l’intérêt sur les états d’âme des protagonistes – voilà – , peignant Jason, Créuse avec bien des nuances – oui. L’inquiétude et le doute rongent les nouveaux amants, les divertissements se déploient quand l’horreur s’apprête : tout cela est très fécond – absolument ! – sur le plan dramatique. Créon lui-même apparaît plus bonhomme que d’habitude, tandis que Médée, dont la menace est évoquée d’emblée, s’impose en magicienne terrible dès son entrée à l’acte II, suivie d’un spectacle infernal. Ainsi, l’intérêt va croissant jusqu’à de très beaux actes IV et V, où le décalage entre ce qui est dit et ce qui se trame s’exacerbe.
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Salomon ne marque pas par son audace ; son langage a pourtant quelque-chose d’évident et expressif, et le Mercure de France loua pertinemment le « beau simple » de l’œuvre – voilà, voilà… Citons néanmoins quelques hardiesses, comme le duo Jason-Créon du IV, dont les frottements harmoniques évoquent déjà Rameau – mais oui… – , tout comme le groupe des furies au V. Jason et Créuse ouvrent respectivement les actes III et IV par de fort beaux épanchements, et les divertissements, bien caractérisés et jamais longuets, nourrissent pleinement la dramaturgie – tout cela est fort juste.
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Reinoud van Mechelen s’affaire – avec subtilité et parfaite justesse – à la baguette tout en incarnant Jason avec la suavité et l’expression – radieuse – qu’on lui connaît. Le rôle est d’un bel intérêt, et c’est lui – qui survit – qui clôt l’opéra de façon poignante. A nocte temporis respire avec tendresse, danse avec grâce – voilà, voilà… – et se cabre avec vigueur selon les atmosphères – très tranchées, en effet de ce drame… Tandis que le gracieux et le sentiment coulent de source, les scènes « terribles » restent – cependant – un peu sages.
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C’est aussi que Marie-Andrée Bouchard-Lesieur s’efforce de canaliser son ample et beau mezzo, avec une intelligibilité fluctuante. Cette Médée jouit d’un indéniable charisme vocal sans pour autant s’imposer autant qu’on le voudrait – ah !.. Un peu légère en Créuse, Mélissa Petit se saisit du rôle avec finesse mais sans relief particulier – ah !..Cyril Costanzo prête sa voix moelleuse à Créon, et récite avec une belle clarté. Il trouve des accents justes et équilibrés pour sa scène de folie – les avis sur les performances des chanteurs de la part de Clément Demeure et Loïc Chahine, dans Diapason, sont, on le constate ici, diamétralement opposés… Les rôles de confident·es (Arcas, Nérine, Cléone) sont bien tenus, Annelies Van Gramberen et Lore Binon s’arrogeant aussi Europe et Melpomène dans le prologue. Les solistes des divertissements (et autres furies), issu·es du Chœur de chambre de Namur, assurent leurs interventions efficacement, même si quelques limites se font entendre çà et là. Les parties chorales n’appellent – elles – que des louanges, qu’il s’agisse de gazouiller les plaisirs ou de faire tonner les puissances maléfiques.
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Encore une – bien – belle découverte à porter au crédit de Reinoud van Mechelen – incomparable défricheur déjà... – et du Centre de musique baroque de Versailles.
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Soit un double CD indispensable pour tout amoureux de ce merveilleux répertoire baroque français, bien trop méconnu !!!
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Ce samedi 28 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Le CD Signum classics SIGCD921 « Gluck Arias « de la mezzo-soprano suédoise Ann Hallenberg, avec The Mozartists dirigés par Ian Page – enregistre à Kilburn, Londres, du 15 au 17 juillet 2024 – est tout simplement un régal de musicalité.
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Jeter ici un coup d’œil à cette brève vidéo de présentation du CD…
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L’article d’Olivier Rouvière sur Forumopera.com en date du 24 août 2025 intitulé « Plus de technique que d’émotion« , comparant chaque d’interprétation d’Aria de Gluck par Ann Hallenberg en ce CD avec une interprétation par une autre chanteuse en divers autres CDs, est simplement chichiteux…
L’élégance et l’art d’Ann Hallenberg en ce récital-ci sont, une nouvelle fois, magnifiquement irrésistibles,
et emportent l’adhésion…
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Ce vendredi 5 décembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
C’est bien l’incroyable révélation d’un sublime chef d’œuvre – enfin exhumé ! – du Baroque français, la tragédie en musique en un prologue et cinq actes « Suite d’Armide ou Jerusalem délivrée » – créée à Fontainebleau le 14 octobre 1704, et plusieurs fois rejouée en privé, mais jamais mise au répertoire de l’Académie royale de musique ; avec une unique source musicale conservée, à la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris… – , que le génie d’interprétation de Leonardo Garcia Alarcon (La Plata, 1976), dirigeant sa Cappella Mediterranea et son Chœur de chambre de Namur – toujours magnifiques ! regardez cette brève vidéo (de 3′ 10) du chœur « Unissons nos cœurs à jamais« … – , vient mettre splendidement à la disposition de notre écoute avec le magnifique double CD Château de Versailles Spectacles CVS 125 (Collection Opéra français n° 12 « Suite d’Armide ou Jerusalem délivrée«
– regarder ici cette brève vidéo de présentation (de 1′ 30) par Leonardo Garcia Alarcon lui-même… – ,
avec aussi un casting parfait de chanteurs idoines : Marie Lys (Hermione), Véronique Gens (Armide), Gwendoline Blondeel (la Voix de Clorinde, une Suivante d’Armide, une Nymphe), Cyrille Dubois (Renaud), Nicolas Scott (Adraste, Alcaste, un Vieux Berger), Fabien Hyon (Vaffrin, un Guerrier), Victor Sicard (Tancrède), David Witczak (Ismen, Tissapherne)…
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De ce très marquant et magnifique (!!!) événement musical et discographique, ont tout récemment témoigné,
On pourrait croire qu’il s’agit d’une curiosité, mais c’est tout le contraire – que oui ! Servi par un cast impeccablement choisi, cet enregistrement, né d’un concert donné en 2023 au salon d’Hercule de Versailles et soulevé par la direction ardente – oui – de Leonardo García Alarcón, met en lumière un compositeur pour le moins inattendu – de nous tous jusqu’ici ! – et une œuvre singulière – absolument !
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…Le régent Philippe d’Orléans en 1715, par J.-B. Santerre
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De ce prince, le Régent, on savait en somme – assez – peu de choses. Qu’il avait mené une vie de plaisirs, passablement dissolue, allant de petits soupers en soirées galantes avec ses « roués » – oui, oui… – , qu’il avait passé nombre d’années à attendre la mort de Louis XIV, son oncle, avant d’assurer la Régence (de 1715 à 1723) pendant la minorité de Louis XV.
On se souvenait aussi de la mélancolie de Philippe Noiret dans Que la fête commence de Bertrand Tavernier (et de la gaillardise chaffouine de Jean Rochefort dans le rôle de l’Abbé Dubois).
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Ce qu’on savait un peu, c’est que cet homme de volupté et de goût – oui – , mais assez avisé en politique, était fort cultivé, qu’il dessinait et gravait, et collectionnait les tableaux. Qu’il fit décorer le Palais-Royal, à Paris, qui lui était échu en apanage, dans un style nouveau préparant les courbes aimables du Louis XV.
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Mais surtout que Philippe d’Orléans, fils de Monsieur, frère de Louis XIV, et de la Princesse Palatine, était fort mélomane. Que tout en s’intéressant à la géographie, aux mathématiques ou à l’optique, il avait pris des leçons de musique (et de composition) auprès de Charpentier – excusez du peu ! – , puis de Bernier, Campra et enfin Gervais à partir de 1700-1701. Saint-Simon, qui ne l’estimait guère, concède que « le duc d’Orléans aimait extrêmement la musique ; il la savait jusqu’à composer ». Le prince pratiquait le clavecin, la guitare, la flûte traversière, la viole de gambe et le chant, et avait bon goût : faisant nommer Charpentier et Bernier à la tête de la Musique de la Sainte-Chapelle ; favorisant Campra, protégeant Marais, Forqueray, Desmarest, Hotteterre, etc. ; faisant du Palais-Royal un foyer d’italianisme – voilà – , y accueillant des castrats, Pasqualino Tiepoli et Pasquale Betti, et nommant Charles-Hubert Gervais surintendant de sa musique.
Gervais, justement, collabora (jusqu’à quel point ?) à l’élaboration de Penthée, l’autre opéra du Régent, et de cette Suite d’Armide dont vraisemblablement il assura la direction lors de la création le 14 octobre 1704 dans la galerie des Cerfs du palais de Fontainebleau où séjournait alors la cour.
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Puis l’opéra fut redonné au Palais-Royal : « Il y eut au Palais-Royal un divertissement qui charma tous ceux qui eurent le bonheur de s’y trouver. Plus de 80 Concertans des plus habiles dans leur Art y firent répétition sous la conduite de Mr Gervais d’un Opéra intitulé Suite de l’opéra de Renaud & Armide. La surprise des Auditeurs fut grande, & quoiqu’ils eussent attendu beaucoup ce qu’ils entendirent fut trouvé beaucoup au-dessus de ce qu’ils attendaient. […] Je crois ne devoir rien dire davantage de ce divertissement, sinon qu’il semble qu’Apollon Dieu de la Musique ait versé ses connaissances dans le sein de quelqu’autre Dieu : je dis quelqu’autre Dieu, parce qu’il est des hommes que leur naissance et leur mérite mettent au dessus des Dieux de la Fable », écrit le Mercure Galant, dont les allusions à la « naissance » et au « mérite » désignent le Duc sans avoir à le nommer.
Ce qui est étonnant dès le prélude orchestral au premier monologue d’Herminie qui ouvre l’opéra, c’est la beauté et la richesse de l’orchestration (rappelons qu’on est là quelque trente ans avant – mais oui ! – l’Hippolyte et Aricie de Rameau…). Un opulent tissu de cordes et des contrechants de flûtes à bec colorent en arrière-plan une déclamation qui s’inscrit dans la postérité de la tragédie lyrique de Lully, où Marie Lys est superbe de passion contenue, de diction, de phrasé et de timbre. L’air assez bref « Qu’à son trépas » qui suit le long récitatif et s’appuie sur d’étonnantes cordes graves (violes de gambe et « basses de violons ») donne à Marie Lys l’occasion de montrer combien sa voix semble avoir encore gagné en richesse dans les graves, sans avoir rien perdu de sa lumière dans le registre supérieur.
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Tandis que la malheureuse Herminie se désole que Tancrède, non seulement la réduise en esclavage, mais reste de surcroît rétif à son amour, Armide se lamente de n’avoir pas eu plus du succès avec Renaud (l’ami de Tancrède) qui est resté sourd à ses ardentes sollicitations… Résolue à se venger, elle promet d’épouser celui (d’Adraste ou de Tissapherne ou de « cent guerriers fameux ») qui occira Renaud.
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…Fragonard : Renaud dans les jardins d’Armide (vers 1760). Musée du Louvre
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Italianismes
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Véronique Gens, à qui la redécouverte de la tragédie lyrique doit tant, dessine une Armide vengeresse, à la voix certes plus mûre, mais royale de phrasé et de douleur blessée. « Je chercherais moins sa perte si je l’avais moins aimé », dit-elle… Gens a l’art de rehausser la poésie du baron de Longuepierre qui n’est peut-être pas de la qualité de celle de Philippe Quinault, et fait un usage copieux de fatal courroux, atteinte mortelle, charme affreux, juste vengeance, et autre cruel vainqueur…
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Mais le Régent lui aussi l’améliore sérieusement : il passe avec naturel d’un style récitatif déclamé (sans doute, comme Lully, avait-il écouté la Champmeslé) à des airs plus mélodiques (qui témoignent de son goût pour la musique italienne). On remarque son habileté à animer le discours, en changeant le tempo à la fin du dialogue des deux femmes, sur « L’Amour causa mes malheurs ».
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On remarque aussi un certain penchant au sarcasme dans le duo des prétendants, rivalisant de panache surjoué : Adraste (le ténor Nicholas Scott) et Tissapherne (la basse-taille David Witczak) comme les valets, Vaffrin, l’écuyer de Tancrède, et la suivante d’Armide (le ténor Fabien Hyon et le soprano Gwendoline Blondeel) mêlent leur voix pour un finale du premier acte qui semble s’inscrire dans la tradition de la comédie-ballet.
Ce qui est plus personnel, c’est le pathétique de la nouvelle déploration, « Dans cette nuit de trouble et de douleurs », d’Herminie (Marie Lys, décidément magnifique) racontant à Vaffrin les avanies de Tancrède : c’est d’abord un arioso, très souple, que ponctue le continuo, dans une écriture calquée sur les affects du texte ; de là, insensiblement, on passe à nouveau sur « heureux et chers liens » à un air tendre où elle évoque la douceur de la captivité, quand, prisonnière de celui qu’elle aimait, son ennemi, elle le voyait sans cesse. Ce syndrome de Stockholm donne lieu à une mélodie effusive sur un lumineux accompagnement des cordes, d’une belle inspiration.
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De même que la fière plainte, « Amour, funeste amour » d’Armide sur un ostinato mordant de cordes graves, aux effets dramatiques puissants.
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Autre témoignage d’un talent d’orchestrateur très singulier (qui permet à la Cappella Mediterranea de déployer toutes ses couleurs), la « symphonie » précédent l’invocation de l’enchanteur Ismen (à nouveau David Witczak, qui peut là faire sonner toute sa puissance, un beau timbre très plein de baryton et son agilité dans les ornements).
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Dans une scène très théâtrale (on ignore tout bien sûr d’une éventuelle mise en scène), Philippe d’Orléans fait appel à des bassons obligés, sur un tapis de cordes graves et des roulements de timbales imitant le tonnerre, pour des effets spectaculaires qui semblent préfigurer Spontini voire Berlioz.
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En avance sur son temps
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Cette scène fantastique est bâtie largement, avec, non moins pittoresque et colorée, une danse des Démons, à nouveau très appuyée sur les basses, scandée et vigoureuse, sur quoi surenchérit un chœur des Démons (le Chœur de Chambre de Namur comme toujours parfait – oui – de précision et de couleurs variées).
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Le cantabile d’Ismen qui s’ensuit, très large, montre à nouveau les multiples talents du prince. Qui sans doute disposait d’interprètes de première force (il en avait les moyens) si l’on en juge par la difficulté et l’âpreté du monologue d’Armide, disant à la fois sa joie de terrasser bientôt Renaud et sa douleur de le perdre.
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C’est à nouveau une manière d’arioso, très tragédie lyrique, montant jusqu’au plus haut de la tessiture, et s’interrompant pour de brèves ritournelles mélodiques, et des fusées des violons. L’ultime phrase,, « Et tu pourras alors le suivre et mourir de douleur d’avoir percé son cœur », est une manière de lamento, qui à nouveau sonne très en avance sur son temps.
Évidemment qu’on s’interroge : quelle est la part de la réalisation de l’orchestration par Leonardo García Alarcón dans le chatoiement de l’orchestre ? Une part aussi difficile à mesurer que celle de Charles-Hubert Gervais, qui peut-on penser n’est pas mince… * voir note importante en bas de page !
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Une dramaturgie qui a de la force
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Le livret a ses faiblesses (les clichés cités plus haut), mais d’un point de vue dramaturgique il a de la force.
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Ainsi l’apparition de Tancrède (on change de personnage principal) au troisième acte. Victor Sicard dit autant qu’il chante, et avec beaucoup de largeur, et même de grandeur, la longue plainte du héros, se morigénant d’avoir tué Clorinde. Là encore le Régent (ou Gervais) passe avec décontraction du récit à l’air, pour revenir au récit, et ainsi de suite. Et que dire de la scène fantastique en Technicolor de la tempête, du vaste tintamarre, de « l’enchantement » (le mot est dans le texte) au milieu duquel Tancrède entend la voix de Clorinde. Mais ces timbales, ces violons agités, ces éclairs, sont peut-être moins audacieux que le discours décousu du héros, l’écriture hachée disant son désarroi, puis s’apaisant (sur un tapis de flûtes à bec) quand il entre dans le royaume de la mort.
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Contrastant avec la terribilità de l’apparition de Tancrède, celle de Renaud s’entourera d’un frais bocage musical, à renfort de flûtes, pizzicati de cordes et chœur des Nymphes. Autant l’écriture vocale pour Tancrède avait été heurtée et expressionniste, autant celle pour Renaud est séraphique et virginale – oui. Cyrille Dubois est aussi limpide dans ce registre pastel que Victor Sicard est puissant dans le sien. Beauté du timbre, délicatesse des phrasés, fierté des accents – voilà, voilà – dans son dialogue avec la fausse Armide (l’excellente Gwendoline Blondeel), puis éclat de son chant triomphal, « C’est étendre trop loin », Cyrille Dubois déploie toute la palette du héros solaire. Et c’est l’une des réussites de cet enregistrement que ce jeu sur les couleurs de voix.
On mentionnera encore les belles déplorations d’Herminie à l’acte IV. Son lamento « Ô vue, hélas, à mes yeux si chère » sur un tapis songeur de cordes et de flûtes à bec (deux pupitres de « dessus de violon » et deux de flûtes) est d’un pathétique qui lui aussi semble en avance sur son temps. Ces courbes, ces inflexions, semblent augurer une sensibilité nouvelle. De même que le bucolique de la scène du Vieux berger (Nicholas Scott), avec accompagnement de trois hautbois.
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Toile de Jouy et Hameau de la Reine avant l’heure…
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En revanche, le double chœur des Chrétiens et des Sarrasins au début de l’acte V sonne encore très grand genre et Grand Siècle, comme la plainte d’Armide « Attends, Hélas ! Je vais cesser de vivre » où Véronique Gens est superbe de tragique – oui.
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Entrelacs
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Comme si le Régent balançait entre deux époques (c’est le cas, d’ailleurs), il s’offrira encore quelques originalités d’écriture, d’abord le duo d’Armide avec Renaud où les deux voix s’entrelacent et se recouvrent, puis l’élégie de Renaud « Heureux, et trop heureux » (Cyrille Dubois très inspiré – oui ! – ), enfin la nouvelle fusion des deux voix réconciliées, « Ô bonheur trop digne d’envie », culminant en un unisson, « Aimons-nous à jamais », adorné de flûtes, frémissant et sensible.
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Tout comme le duo d’amitié quasi amoureux de Tancrède et Renaud, célébrant leurs retrouvailles : nouvel entrelacs de voix, et non moins charmant, non moins voluptueux, celles d’un ténor et d’une basse-taille.
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Avant une autre symphonie richement colorée et un chœur final triomphant. L’enregistrement a heureusement conservé les applaudissements du public de la Salle de Concerts de Namur, saluant une redécouverte qui a tout d’une révélation.
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* Information puisée à la source (Leonardo García Alarcón lui-même) : Aucune modification n'a été apportée à l'orchestration ; ce qu'on entend ici correspond exactement à la partition du Régent, telle qu'éditée par le Centre de Musique Baroque de Versailles. Ce n'en est que plus étonnant.
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On ne sait trop ce qu’apporta la plume du Régent à l’Hypermnestre de Gervais, quelques parties de tambour ?, mais jusqu’ici ce fut le seul écho de son art, en fait rien. C’est assez dire à quel point la révélation – voilà !!! – de sa Suite d’Armide fait sens.
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Le neveu du Roi Louis XIV s’y révèle un compositeur de première force – absolument ! – , participant au renouveau – post-lullyste (Lully est décédé en 1687) – de la tragédie lyrique dont il avait savouré – dès sa jeunesse : il est né à Saint-Cloud le 2 août 1674 – les arcanes dans sa longue fréquentation des ouvrages de Lully. Son génie s’affranchit – fréqentant des compositeurs familiers du génie italien, tel Marc-Antoine Charpentier qui avait fait le voyage de Rome et appris auprès du grand Carissimi… – des conventions de l’époque – modulations saisissantes, orchestre opulent, débordé de couleurs, vocalité libre. Dans cet art si français qui semble se métamorphoser sous nos yeux pour anticiper Mondonville, des italianismes s’instillent – voilà ! – , un chant expressif éloigne le genre des rigueurs lullystes – à l’instar d’un Collasse composant sur un livret de La Fontaine son « Astrée« …
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Et si Philippe d’Orléans avait écrit avec son Armide le fermoir des grandes tragédies suscitées par son oncle Louis XIV ? Avec lui un âge nouveau paraît, et à l’écoute de cette partition somptueuse – voilà ! – on ne peut que s’étonner – mais oui ! – de la voir enfin seulement enregistrer. Il suffisait d’en voir la musique – mais qui en avait eu vraiment la curiosité jusqu’ici ? – pour en savoir la valeur.
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Leonardo García Alarcón lui rend sa magnificence – oui ! – , animant les intrigues et les sortilèges (les dernières scènes de l’Acte III), ardant les combats (celui à l’écart de la scène de Tancrède et Argant, la bataille qui emplit l’Acte V), suspendant les épisodes lyriques et faisant les divertissements brillants au possible.
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Il a pour lui une distribution parfaite – oui !!! – , Véronique Gens, Armide idéale, Cyrille Dubois, Renaud conquérant au ténor éclatant, Victor Sicard, Tancrède tourmenté, Marie Lys, Herminie touchante, chœurs impeccables, restitution exemplaire qui laissent espérer demain, la résurrection de Penthée par les mêmes – mais oui, mais oui .
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LE DISQUE DU JOUR
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Philippe d’Orléans
(1674-1723)
… Suite d’Armide ou Jérusalem délivrée,
tragédie en musique en 1 prologue et 5 actes
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Marie Lys, soprano
(Herminie) Véronique Gens, soprano
(Armide) Gwendoline Blondeel, soprano (La voix de Clorinde, Une suivante d’Armide, Une Nymphe) Cyrille Dubois, ténor (Renaud) Nicholas Scott, ténor (Adraste, Alcaste, Un vieux berger) Fabien Hyon, ténor (Vaffrin, Un guerrier) Victor Sicard, baryton (Tancrède) David Witczak, baryton (Ismen, Tissapherne)
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Chœur de Chambre de Namur Cappella Mediterranea Leonardo García Alarcón, clavecin, direction
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Un livre-disque de 2 CD du label Château de Versailles Spectacles CVS125 …