Étiquette : François Couperin

  • La somptueuse beauté, tendre et discrète, et qui touche, de François Couperin en ses Messes : la « Messe propre pour les couvents » (en 1690), par Olivier Latry sur les Grandes Orgues de la Chapelle Royale de Versailles, et l’Ensemble vocal « Chant sur le Livre alterné », dirigé par Jean-Yves Haymoz…

    C’est un peu pour me nettoyer l’ouïe de la musique trop peu naturelle de Pancrace Royer (Turin, 1703 – Paris, 1755) _ cf mon article d’hier 8 mai « « … _ que je suis venu, très vite, rechercher le réconfort de la sublime discrétion et tendresse d’intimité de François Couperin (Paris, 1668 – Paris, 1733) en ses sublimissimes Messes _ pour orgue _ de 1690.

    …

    Ce François Couperin qui affirmait : « J’aime beaucoup mieux mieux ce qui me touche, que ce qui me surprend » ; une parole que Laurent Brunner _ le directeur de la Collection Château de Versailles Spectacles _ commente très justement : « un manifeste de sa musique, et son ancrage dans la tradition française« …

    …

    …

    Et cela en partie sous l’encouragement du bel article de ce jour même, de Frédéric Muñoz, « Les Messes pour orguee de Couperin, avec Olivier Latry et Jean-Yves Haymoz, à Versailles« , sur le  site de ResMusica.

    …

    …

    Dans la magnifique et généreuse nef de la Chapelle royale de Versailles, les deux Messes pour orgue de François Couperin rehaussées d’un plain-chant lumineux _ emprunté pour l’occasion au grand Henry Dumont (Looz, 1610 – Paris, 1684) _ sonnent en gloire sous les doigts inspirés d’Olivier Latry.

    …

    …

    Les Messes pour orgue de François Couperin sont largement représentées au disque. De nombreux organistes intéressés par l’orgue classique français ont proposé leur version, traduisant souvent de fort belles réussites par le choix des instruments _ un élément toujours, bien sûr, capital _ et des diverses propositions de plain-chant alterné. En effet, depuis les années 1950 et la naissance d’une discographie vinyle en plein essor, on a vu fleurir au fil des années une trentaine de versions, mettant en valeur tel ou tel orgue historique. André Marchal fut l’un des premiers, à l’orgue du Prytanée militaire de La Flèche (Sarthe). Cette période fut celle de la redécouverte des répertoires classiques français et surtout d’une manière de jouer qui se voulait déjà historiquement informée, avec en particulier Michel Chapuis en tête _ oui _ qui révéla alors ces œuvres à la fin des années 60 sur le magnifique instrument historique de Saint-Maximin _ oui. D’autres musiciens suivirent cette voie, y compris certains peu habitués à ce répertoire. Pierre Cochereau, initié aux notes inégales (manière particulière de rythmer les croches), enregistra suivant ces enseignements ce livre d’orgue à Notre-Dame de Paris. Par la suite, ces pièces, devenues familières aux mélomanes, tentèrent de nombreux organistes jusqu’à nos jours, offrant un choix discographique abondant _ en effet.

    …

    …

    Vers l’âge de vingt ans, François Couperin compose deux Messes pour orgue qui resteront _ en effet… _ ses seules compositions dédiée à cet instrument. La première dite « à l’usage ordinaire des paroisses pour les fêtes solennelles » s’adresse à un orgue d’importance, de 16 pieds, tel que l’on pouvait en trouver dans les cathédrales ou de grandes églises comme Saint-Gervais à Paris où il était titulaire _ oui ! _, comprenant un pédalier de large tessiture. L’écriture réclame des caractéristiques bien précises sur le type d’instrument, l’auteur indiquant les mélanges de jeux à utiliser. La seconde Messe dite « propre pour les couvents de Religieux et Religieuses » est écrite pour un orgue de plus petite taille (8 pieds) que l’on trouvait habituellement dans les abbayes, avec un pédalier plus court, ce dont Couperin tient compte dans son écriture.

    …

    …

    A Versailles, les proportions de l’orgue sont intermédiaires, et conviennent pour ces œuvres dans leur ensemble. Olivier Latry offre ici une très belle version _ oui !!! _, par une utilisation très mesurée et véridique de l’orgue, à la fois rayonnante et intime _ et là l’essentiel est magnifiquement dit. Les tempi sont parfaitement adaptés _ et c’est aussi important, bien sûr _ à l’acoustique généreuse de la chapelle, et l’ornementation chatoyante qui agrémente le discours renforce l’émotion _ forte, en sa délicatesse _ de cette musique, notamment dans les pièces méditatives que sont les Tierces ou les Cromornes en taille. L’orgue est utilisé suivant _ bien sûr _ l’une ou l’autre des Messes à l’échelle _ différente _ d’un instrument de cathédrale ou de couvent.

    …

    …

    Chaque cathédrale, chaque diocèse, utilisait un plain-chant qui pouvait varier dans sa présentation. Les mélodies, l’ornementation, l’homophonie ou la polyphonie étaient autant de paramètres qui fluctuaient _ oui _ en fonction des lieux et des traditions. Au XVIIᵉ siècle, le compositeur Henry Du Mont écrit plusieurs Messes royales en plain-chant musical. Ces œuvres sont idéales _ voilà _ pour la pratique de « l’Alternatim », c’est à dire un dialogue alterné entre les versets de l’orgue et l’ordinaire de la messe, suivant ici la technique du chant sur le livre _ voilà _ qui rajoute une ou plusieurs voix, dont certaines sont improvisées _ tout cela étant important… Ainsi, tout le texte de la liturgie est _ ainsi _ exposé soit à l’orgue, soit au chœur. C’est la Messe du 6ᵉ ton de Dumont qui a été choisie ici pour s’insérer harmonieusement avec les interventions musicales de Couperin pour sa Messe pour les Couvents, et la Messe IV « Cunctipotens genitor Deus » choisie par Couperin lui-même pour celle « à l’usage des Paroisses ».

    …

    …

    Fidèle à cette pratique du chant sur le livre, Jean-Yves Haymoz dirige le groupe vocal _ éponyme _ en mettant l’accent sur la variété des interventions : plain-chant tantôt à la basse, au ténor, à une ou plusieurs voix, faisant de cette version une découverte _ généreuse et superbement venue _ dans toutes les possibilités que peut offrir une simple ligne de mélodie latine. Les six voix mixtes du petit groupe vocal _ Clémence Carry, Marthe Davost, Jeanne Lefort, Cyril Escoffier, Marc Mauillon, Jean-Marc Vié _ forment ainsi un ensemble équilibré _ oui _ qui joue à parts égales _ oui _ avec l’orgue. Le déroulement musical de la Messe est ainsi complet, y compris le motet incontournable placé à la fin de la cérémonie, juste avant la conclusion de l’ensemble : le fameux Domine salvum fac Regem (Seigneur, sauvez le Roy).

    …

    …

    Cet enregistrement devient désormais _ voilà ! _ l’une des références _ discographiques _ de l’œuvre en ce lieu emblématique _ qu’est la Chapelle Royale du Château de Versailles, achevée de construire en 1710 _ où François Couperin fut lui-même organiste titulaire. Sa musique rayonne _ oui, en tendresse et humilité _, portée par des musiciens spécialistes de cet art baroque français. Encore un très bel ensemble dans la collection autour de l’orgue historique du Château de Versailles, enrichi par une prise de son véridique et une iconographie très soignée.

    …

    …

    Pour commencer,

    j’écoute en boucle le merveilleux CD Château de Versailles CVS082 de la sublimissime discrète « Messe propre pour les couvents«  _ avec, intercalé, le plain-chant tiré de la « Messe du Sixiesme ton«  de Henry Dumont _, par Olivier Latry aux Grandes Orgues de la Chapelle royale du château de Versailles, et l’Ensemble vocal « Chant sur le livre » dirigé par Jean-Yves Haymoz _ un CD enregistré du 5 au 9 janvier, et /ou bien du 4 au 6 avril 2022…

    …

    …

    Avec ici en court extrait (de 3′ 39) cette vidéo-ci…

    …

    …

    Une réalisation musicale et discographique splendide ! _ quelle élévation de tout ! _,

    d’Olivier Latry et Jean-Yves Haymoz, donc…

    …

    …

    Ce mardi 9 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour préciser et approfondir un peu l’écoute du très intéressant CD « François Couperin _ the Sphere of Intimacy » de Christophe Rousset et ses Talens lyriques, avec le ténor Cyrille Dubois…

    Afin d’approfondir un tantinet davantage l’écoute du très intéressant CD « François Couperin _ the Sphere of Intimacy » de Christophe Rousset et ses Talens lyriques, avec le ténor Cyrille Dubois _ soit le CD Aparté AP 281 _,

    telle que commencée à aborder le 14 janvier dernier en un article mien un peu trop rapide :

    « « ,

    …

    je désire y revenir davantage,

    avec cet article-ci, en date du 20 avril dernier, lui,

    et intitulé « Couperin chez lui« ,

    de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia :

    …

    …

    COUPERIN CHEZ LUI

    « Couperin intime » ? Pléonasme _ bien sûr ! Quasi tout chez Couperin ressort du soi _ le plus intime et délicat _, d’un univers intérieur qui entrouvre _ légèrement, sans la moindre pesanteur aucune, jamais… _ sa porte, clavecin, orgue, il faudra y ajouter les Airs, si rarement _ en effet _ enregistrés, non pas coulés dans l’abondante source des airs de cour, mais bien dans un autre registre _ plus personnel _, même si les airs sérieux en reprennent parfois les canons, Couperin jouant la carte du simple _ oui _ contre les raffinements qui les avaient envahis.

    …

    …

    Rien de plus naturel, de plus évident, que les six Airs sérieux mâtinés de références antiques, on s’imagine bien devant le ton intime que leur donne Cyrille Dubois, Couperin les chantant, s’accompagnant lui-même au clavecin. C’est_ très _  heureux de les chanter ainsi, sans maniérisme jusque dans les ornements qui décorent la délicate Brunette (« Zéphire, modère en ces lieux »), couchant les notes dans les jolies poésies des textes, de les faire sans façon.

    …

    …

    Les pièces de clavecin tirées du cahier que Ballard publia en 1707 leur font écho, portraits _ eux aussi délicats _ avant tout de silhouettes féminines brossés avec poésie et tendresse _ voilà _ par Christophe Rousset, comme pour faire écho aux poésies galantes des Airs, les trois Sonates fatalement moins ; tout écrites pour la chambre qu’elles soient, elles élargissent _ davantage _ l’horizon, le petit clairon de hautbois et de violon de La Steinkerque surtout, mais elles sont si finement _ oui _ réalisées et s’ajoutent avec bonheur à une discographie plutôt mince, mettant un émouvant nuancier à ce disque soudain versicolore _ voilà.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    The Sphere of
    Intimacy

    …

    François Couperin
    (1668-1733)

    …
    Les Pèlerines. Air sérieux, 1712
    « Qu’on ne me dise plus ». Air sérieux, 1697
    La Sultane. Sonate en quatuor, ca. 1695
    « Doux liens de mon cœur ». Air sérieux, 1701
    La Pastorelle. Air sérieux, 1711
    « Doux liens de mon cœur ». Air sérieux, 1701
    La Superbe. Sonate en trio, ca. 1695
    Les Solitaires. Air sérieux, 1711
    Brunette. Air sérieux, 1711
    La Steinkerque. Sonate en trio, ca. 1692
    « Souvent dans le plus doux sort ». Air à boire
    etc.

    …

    …

    Cyrille Dubois, ténor
    Les Talens Lyriques
    Christophe Rousset, direction

    …

    …

    Un album du label Aparté AP281
    …

    …

    Photo à la une : le claveciniste et chef Christophe Rousset –
    Photo : © Eric Larrayadieu

    …

    …

    Une très réussie réalisation discographique, donc…

    …

    …

     

    Ce mardi 25 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Joseph Marchand (1673 – 1747) et la naissance du violon français, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles (suite)…

    Dans la continuité de mon article du 29 mars dernier «  »

    et toujours à propos du triple album AParté AP 301 des « Suites » pour le violon et la basse, en 1707, de Joseph Marchand (1673 -1747) par le oh! Trio,

    …

    voici ce mercredi 5 avril 2023, sur le site Discophilia, un article intitulé « Apogée du violon français » de Jean-Charles Hoffelé consacré à cette superbe réalisation discographique _ du label Aparté _ d’un jeune ensemble polonais, le oh! trio, explorant le répertoire baroque français étrangement bien trop ignoré et délaissé par les violonistes baroques français d’aujourd’hui…

    …

    …

    APOGÉE DU VIOLON FRANÇAIS

    …

    …

    Dans la longue théorie des musiciens et compositeur de la famille _ et homonymes ! Joseph n’a pas de lien de parenté avec le mieux connu claveciniste et organiste Louis Marchand ! _ Marchand, Joseph, basse de violon à la Chapelle Royale puis à la Grande Bande, musicien courant des concerts des petits appartements de Louis XV, avait corps et bien disparu _ de l’horizon (de connaissance et fréquentation) des musiciens et de la plupart des musicologues _, et c’est un peu un miracle que quatre amis polonais _ Martyna Pastuszka, Krzysztof Firlus, Anna Firlus et Jan Čižmář _ aient retrouvé ces somptueuses Suites pour les exhumer au disque.

    …

    …

    Pas moins de trois CDs où parait l’épanouissement _ alors en voie de déploiement _ de l’influence italienne (jusqu’à l’usage du double trille) intégré au style noble de la suite française, airs et danses, pièces en portrait, chaconnes ou siciliennes pour conclure, Sonates pour ouvrir, souvent la nostalgie la plus étreignante (l’Air II de la Sixième Suite) voisine avec des danses toujours élégantes.

    …

    …

    Musique de pur plaisir, et des plus raffinées _ dans le voisinage de l’œuvre absolument contemporaine de François Couperin (1663 – 1733) _, mais aussi rêveries un rien crépusculaires _ un peu à la Marin Marais (1656 – 1728) _ que magnifient des interprètes audiblement sous le charme de leur découverte _ oui ! _, prenant soin de varier les couleurs : Anna Firlus prend l’orgue positif dans la Deuxième Suite, le luth de Jan Čižmář s’invite dans la Troisième Suite, la viole de gambe de Krzyzstof Firlus contrechante avec tendresse au long de cet émouvant recueil sauvé de la poussière des bibliothèques.

    …

    …

    Et si demain les quatre amis exploraient le legs, plus italianisant encore, de Jean-Baptiste Anet le fils _ 1676 – 1755 _ ?

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Joseph Marchand
    (1673-1747)

    …
    Suites de Pièces mêlée de
    Sonates pour le violon
    et la basse (1707)

    …

    {oh!} trio
    Jan Čižmář, luth

    …

    Un album du label Aparté AP301
    …

    Photo à la une : © DR

    …

    …

    Ainsi la très intéressante notice de ce CD _ d’Evangelina Kopsalidou, s’inspirant de la rubrique de Bernard Bardet concernant « les Marchand«  dans l’indispensable « Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles » de Marcelle Benoît, aux Éditions Fayard, en 1992… _ dresse-t-elle un tout à fait bienvenu panorama historique de l’école française de violon _ cet instrument italien si tard venu en France _ à l’époque baroque :

    …

    après le premier livre de Sonates pour violon de François Duval, publié en 1704, puis en 1707 et 1711, avec ces Suites & Sonates pour le violon & la basse de Joseph Marchand, les Sonates pour violon de Sébastien de Brossard, Elisabeth Jacquet de La Guerre et Jean-Fery Rebel, les œuvres pour violon de la génération de Jean-Baptiste Anet et ses élèves, Louis et François Francoeur, Jean-Baptiste Sénaillé.

    Puis, une génération plus tard, à partir de 1725, viendront Jean-Marie Leclair, Jean-Pierre Guignon, Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, Louis-Gabriel Guillemain.

    Vers 1750, la troisième génération est celle de Jean-Baptiste Cupis, Jean-Baptiste Canavas, Joseph-Bernabé Saint-Sévin l’Abbé le fils.

    Et à la fin du siècle, la quatrième génération de Pierre Vachon, Nicolas Capron, le chevalier de Saint-Georges et surtout _ le bordelais _ Pierre Gaviniès.

    …

    …

    Une réalisation discographique exemplaire, donc.

    Et à suivre…

    …

    …

    Ce mercredi 5 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos de l’indispensable legs, toujours à inlassablement réactiver, de la lucidité d’imageance poïétique des chefs d’oeuvre majeurs des génies de la littérature mondiale _ ou la profonde vérité du « Ce qui demeure, les poètes le fondent », de Friedrich Hölderlin…

    En apostille-ajout à mon article du 14 février dernier « « ,

    ceci,

    et un peu « retravaillé » encore, à la relecture devenant ré-écriture _ à la Montaigne en ses indispensables « Essais » _,

    qui me paraît mériter, à lui seul, ce petit tiré-à-part-ci d’aujourd’hui :

    …

    …

    mon « Lire ‘Liquidation’ d’Imre Kertész, ou ce qui dure d’Auschwitz« , achevé de rédiger le 13 janvier 2006, est enfin redevenu accessible, grâce à Nathalie Georges-Lambrichs _ qui a réussi à le « récupérer » sur une ancienne sauvegarde sienne, qu’elle est, non sans difficulté (elle n’en avait plus le souvenir…), parvenue à réactiver : ouf ! immense merci à elle ! _, tel que j’ai, sur ce blog même, mis en ligne en mon article du 8 novembre 2022 : « « ,

    où ce très long texte mien _ plus long, mais c’était absolument nécessaire, que le texte de Kertész, dont il est n’est qu’une modeste, mais exigeante, lecture-commentaire, et un patient déchiffrage… _ de lecture-commentaire-déchiffrage du « Liquidation » de Kertész,

    est miraculeusement redevenu effectivement accessible _ il n’a finalement pas été « liquidé« , ouf !, réduit au pur néant, lui, par l’accident de mon précédent ordinateur (soudainement un jour kaput !) où je le conservais sans sauvegarde aucune… _ à de patientissimes lectures !!!  ;

    ce très très grand texte de Kertész qu’est ce chef d’œuvre étourdissant _ en son époustouflante complexité archi-enchevêtrée d’écriture par lui, l’auteur, mais aussi de lecture, par nous, ses lecteurs : pour ne pas nous y perdre, il nous faut, à nous lecteurs, très sérieusement nous y accrocher ; et c’est ce très patient effort-là que s’efforce de retranscrire, avec jubilation aussi et surtout, mon texte de lecture-commentaire-patient déchiffrage… _, de « Liquidation« , se re-révélant hélas ces jours de maintenant plus prémonitoire que jamais _ « Ce qui dure d’Auschwitz » avais-je, et à mon tour comme prémonitoirement, sous-titré ce modeste mien « Lire ‘Liquidation’« , qui, et cela à mon vif étonnement (!), résiste fort bien à la relecture, 17 ans après sa rédaction, achevée le 13 janvier 2006 !.. _ avec le présent retour de l’incroyable barbarie déchaînée sur ces décidément malmenées _ Boutcha, Irpin, Marioupol, Bakhmout, etc. _ terres d’Ukraine ;

    relire ici, du très grand historien américain Timothy Snyder, pour commencer, son indispensable lucidissime « Terres de sang : l’Europe entre Hitler et Staline » (et désormais Poutine !)

    _ et relire aussi, éventuellement et superfétatoirement, mes articles de commentaire, celui très détaillé, du 26 juillet 2012 « « , et celui, synthétique et rétrospectif, lui, du 4 mars 2022 « « , sur ce magistral travail de l’historien Timothy Snyder en ce magnifique et plus que jamais indispensable « Terres de sang : l’Europe entre Hitler et Staline« …

    Et où nous mesurons aussi _ et c’est à cela que je veux bien sûr en venir ici _, tout ce que nous pouvons devoir, voilà !, par nos lectures, à la lucidité de poïesis la plus fine et la plus juste sur le réel des plus géniaux écrivains,

    tel, en cette occurrence-ci, un Kertész…

    …

    …

    Oui, voilà bien ce qu’apporte l’imageance des plus grands génies visionnaires _ et je repense ici à ce qu’en présente ce dialogue essentiel et fondamental de Platon, à propos de la puissance propre du poétique, qu’est son petit Ion… _, écrivains et artistes ;

    et il nous est plus que jamais indispensable, à nous les lecteurs de ce qui demeure encore de ces génies, de venir toujours et à nouveau, et génération après génération, les lire, et revenir, de nouveau, de nouveau, et génération après génération, il me faut le redire, venir et revenir encore les lire et les relire, et les méditer, tant sont puissamment destructrices les forces d’effacement, de dénégation négationniste, ainsi, d’abord, que d’oubli !, à inlassablement combattre et renverser…

    …

    …

    Car, de ces génies visionnaires,

    les regards, via _ et c’est bien cela seul qui vraiment porte et transporte jusqu’à nous, d’abord inattentifs, et oublieux que nous sommes, de l’essentiel  _, leurs plus que jamais vivantes_ à dimension temporelle d’éternité, mais oui ! puisque d’éternité il n’y a réellement que dans le temps de vies humaines (mortelles, c’est là un pléonasme) : toute vie (sexuée du moins) passe, et est promise à passer un jour définitivement, et il appartient donc à chacun, individu de passage, d’apprendre le plus vite possible, tant qu’il est temps, à saisir au vol ce que vient très furtivement et très brièvement offrir et mettre à notre portée le généreux et très malicieux (et tranchant aussi !) Kairos… _ parlantes et vibrantes voix _ oui, les voix ! je dis bien les voix : qu’il nous appartient, à nous les lecteurs, d’apprendre à percevoir, recevoir, écouter, et alors clairement enfin entendre, en leurs ténus et fragiles souffles-respirations, ainsi qu’intonations et accents, même : ce qui est le propre du seul, mais puissant en ses effets, poïétique, du moins quand ces effets du poïétique sont effectivement bien reçus et intégrés par la conscience la plus lucide du lecteur à son intelligence actuelle des situations… _ précieusement maintenues ainsi activement parlantes, déposées qu’elles sont, pour ce moment du moins où elles subsistent et durent un peu pour nous, en livres, et en livres accessibles à la lecture, ainsi que, et surtout, à la pensée-méditation à venir du lecteur, dans les rythmes souples et colorés de ces phrases _ surtout , car c’est leur allure et leur rythme singuliers qui importent !_, lignes, pages de ces livres-là, nous demeurent donc ces regards via les voix, plus que jamais présents, ces extra-lucides regards-là visionnaires, via les voix parlantes et vibrantes de vie, il me faut le souligner, en l’éclat de la beauté, oui, de la beauté, de ces œuvres et chefs d’œuvre, qu’à nous, leurs potentiels _ en voie de devenir d’un peu plus effectifs, si possible… _ lecteurs, ils ont su, tel un infiniment précieux legs, nous laisser à venir méditer _ en dialoguant un minimum avec eux _ ; charge à nous de les écouter et les entendre, ces voix, et accéder, par leur écoute musicale, à ces regards perspicaces et vifs-là.

    La vraie lecture étant un réel et très effectif _ wirklich, dit Hegel… _ dialogue :

    un entretien actif _ de muses : à la François Couperin... _ des deux côtés, auteur et lecteur ainsi en dialogue _ les muses en dialogue, donc ; encore à la François Couperin… Et on peut comprendre ainsi, au passage, ce qui me rend aujourd’hui particulièrement impatient de la publication, le 6 juin prochain, aux Éditions du Canoë (de Colette Lambrichs), de l’ « Ut musica, ut poïesis«  du cher Michel Deguy ; comme pour continuer avec lui la conversation entamée à la Station Ausone le 9 mars 2017, autour de son vibrant « La Vie subite« … _, et entre lecteur et auteur, quand survient le miracle de cette grâce, voilà, de s’entendre vraiment l’un l’autre.

    …

    Immense merci donc à eux tous, ces plus grands des auteurs !!!

    Pour l’imageance poïétique de leurs vibrantes musicales voix, toujours vivantes et parlantes, en acte _ quand leur puissance est ainsi un peu richement activée _, pour nous, quand nous lisons vraiment leurs grands livres…

    …

    Lire et lier, relire et relier, étant consubstantiels.

    …

    …

    Ce jeudi 23 février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa