Étiquette : Frédéric Muñoz

  • Belle confirmation d’appréciation du CD Mirare « Emmanuel Arakélian – Oeuvres pour orgue et clavecin – de Louis Marchand »…

    Ce jeudi 23 janvier 2025,

    l’article de Christophe Steyne « Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle« , sur le site de Crescendo Magazine,

    vient amplement confirmer mon propre article « Un magique CD « OEuvres pour orgue et clavecin » de Louis Marchand (1669 – 1732), par un diablement inspiré et rayonnant Emmanuel Arakélian… » du 2 novembre 2024,

    qui lui-même citait l’article de la veille, 1er novembre 2024, « Le « Grand Marchand » sonne en gloire sur deux instruments historiques sous les doigts d’Emmanuel Arakélian« , de Frédéric Muñoz, sur le site de ResMusica…

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    Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle

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    LE 23 JANVIER 2025 par Christophe Steyne

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    Louis Marchand (1669-1732) : Suites pour clavecin en ré (1669), en sol (1703). Livres pour orgue : extraits du Livre I et du Livre II. Grand Dialogue en ut majeur (Livre III). Emmanuel Arakélian, clavecin, orgue. Louis Alix, orgue troisième main. Livret en français, anglais. Décembre 2023. TT 80’49’’. Mirare MIR 740

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    Pour son premier album en solo, Emmanuel Arakélian s’est penché sur un éminent virtuose du Baroque français, dont il aborde les pièces pour clavecin et pour orgue sur deux prestigieux instruments. À notre connaissance, il s’agit du seul disque abordant ces deux versants de l’œuvre pour clavier de Marchand par un même artiste, fruit de la double habileté de l’élève d’Olivier Latry, Michel Bouvard, Olivier Baumont et Blandine Rannou. Le programme alterne séquences pour clavecin (les deux Livres sont là en bon ordre) et pour orgue, celles-là d’une structure moins évidente : entrée en fanfare sur le Grand Dialogue en ut majeur, conclusion sur la Suite en ré, à laquelle ne manquent que les deux redondantes Tierce en taille et Basse de trompette, et dont le sublime Quatuor s’interpose en milieu de CD, encadré par des extraits du Livre II.

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    Même si la toute première contribution entièrement consacrée au legs pour tuyaux reste celle de Michel Chapuis à Souvigny (Harmonia Mundi, 1962), les aînés de nos lecteurs le découvrirent peut-être grâce au vinyle d’une cinquantaine de minutes qu’André Isoir grava une décennie plus tard pour Calliope à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. C’est ce chef-d’œuvre des neveux Isnard, qui a bénéficié d’une récente restauration en 2017, qu’a retenu Emmanuel Arakélian, comme Bernard Coudurier avant lui (BNL, 1993). Il en est l’heureux titulaire, raison suffisante _ en effet ! _, qui nous permet d’admirer _ oui _ ce joyau de la facture française à son apogée (1772-1774), rescapé de la Révolution et des vicissitudes du temps. On imagine combien le Grand Jeu et la Fugue du Livre II, le Grand Dialogue en ut majeur profitent de la formidable batterie d’anches du Couvent Royal, avec Trompette à chaque plan sonore et Bombarde 16’ activable à la Résonance et son pédalier en tirasse. Cette tribune, on connaît la profonde suavité de ses Montres et Bourdons, on s’en délectera dans les Fonds.

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    À l’orgue du Temple de la Fusterie à Genève (Cascavelle), reconstruit par le jeune Pascal Quoirin (son deuxième chantier, quarante ans avant le relevage de Saint-Maximin), François Delor avait proposé un enregistrement vif et piquant. Emmanuel Arakélian s’en tient à une approche plus majestueuse, magnifiée dans l’austère grandeur du Plein-jeu à six parties, à l’instar de Frédéric Desenclos à Sarlat (Tempéraments) _ oui _, puis cisèle des phrasés émus, qu’on appréciera dans tel Trio, exquisément balancé, tel Récit dessiné sur un murmure, telle Tierce en taille exhalée sur une ample rumeur. Outre Chapuis, Isoir et Coudurier à la même console, cette prestation rejoint le meilleur de la discographie, marquée par Marie-Claire Alain à Caudebec-en-Caux (Erato), Jean-Baptiste Robin à Poitiers (Triton) et Marina Tchebourkina à Versailles (Natives).

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    Sous les doigts de Scott Ross, il a vu passer tout François Couperin et tout Rameau, cet emblématique hôte du château d’Assas, attribué à Pierre Donzelague (1668-1747), qu’aujourd’hui visitent Jean Rondeau, Pierre Hantaï et Justin Taylor dans la famille du Dijonnais ou dans les rivages italiens de Bach. Sans alourdir les basses, les micros d’Hugues Deschaux _ le magicien _ discernent sa limpidité mais aussi ses arômes complexes, excités dans la Gigue en plage 6. Philippe Beaussant (1930-2016) disait que la Gavotte de la seconde Suite permet de saisir, par contraste avec le reste de la production du compositeur lyonnais, combien l’art de François Couperin relève du style luthé.

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    Et pourtant, dans les deux cahiers, le toucher d’Emmanuel Arakélian nous rapproche souvent de l’auteur des Idées heureuses et de La Mézangère _ François Couperin. À le bien entendre, rien de plaqué, de claqué, mais une fluidité qui convient parfaitement au Prélude non mesuré, à l’Allemande du lot en sol, et même aux caractères plus incisif de la première Suite, dont la science harmonique apparaît subtilement diffractée, privilégiant le ruissellement des accords. Certes le panache n’est pas absent, mais il se domine, comme dans la Gigue. Ou les ruminations obstinées de la Chaconne, dont Emmanuel Arakélian enserre fermement le gabarit pour mieux l’animer, dans une invention sans cesse recommencée, rappelant ce que Jean-Paul Sartre écrivait des Mobiles de Calder : « il faut vivre dans son commerce et se fasciner sur lui. Alors l’imagination se réjouit de ces formes pures qui s’échangent, à la fois libres et réglées ».

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    Dans cette part du récital pincée aux becs, on n’applaudira pas les machinations ombrageuses qu’exaltait Blandine Verlet (Astrée, 1978), ni plus récemment la démonstration de brio d’Ewa Mrowca (Dux), mais une exemplaire attention accordée à la ductilité _ voilà _ typique de Marchand. À d’autres le contraste forcené, les brassées d’épices : l’interprète avignonnais nous offre une exploration de poète, où l’on peut s’abandonner à la rêverie nonchalante de la Sarabande, sondée non sans détachement, entretenant l’ambivalence envers ce qui s’apparenterait à la componction. Sans esbroufe mais non sans intensité _ oui _, Emmanuel Arakélian réveille l’intensité de ces pages auxquelles il accorde toute sa sensibilité. Dans la paire de Courantes, ces mines vaguement poseuses qu’il esquisse, mais sincères, comme éperdues devant l’indifférence des cœurs, seraient celles du Mezzetin peint par Antoine Watteau.

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    Christophe Steyne

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    Son : 9 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8-10 – Interprétation : 10

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    Un grand CD pour un très grand compositeur ;

    et un article de commentaire d’écoute très riche et très précis…

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    Ce jeudi 23 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un superbe double CD « Bach – Six Partitas » par l’excellent Martin Helmchen, sur une éblouissant Tangentenflügel (Späth & Schmahl, 1790), qu’on a failli laisser filer…

    C’est seulement l’article zxpert et raffiné de Frédéric Muñoz « Les Partitas de Bach sur un piano à tangente, une première avec Martin Helmchen« , paru avant-hier 26 octobre sur le site de ResMusica, qui m’a fait m’intéresser enfin au double CD Alpha 994 « Bach – Six Partitas » de Martin Helmchen sur un Tangentenflügel des facteurs Späth & Schmahl de 1790,

    alors que jusque là nul article, pas même « L’Avenir » de Jean-Charles Hoffelé, en date du 6 juin dernier, ne m’avait fait m’y pencher….

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    Les Partitas de Bach sur un piano à tangente, une première avec Martin Helmchen

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    La découverte d’un instrument historique dans la lignée de ceux qu’avaient pu connaitre Bach a révélé à une approche nouvelle _ et infiniment jouissive _ dans l’interprétation des Partitas, habituellement présentées au clavecin ou sur piano moderne. La relecture est totale et passionnante _ absolument ! _ tout au long des quarante mouvements de ces six suites pour le clavier.

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    Cette nouvelle mouture du cycle des Six Partitas pour le clavier de Bach nous éclaire sur le passage progressif d’un instrument à cordes pincées vers un nouveau concept, celui de la corde frappée _ voilà. Bien sûr déjà le clavicorde avait entrouvert la porte de cette possibilité rendant l’instrument expressif _ en effet. Bach l’avait bien remarqué et on rapporte que c’était à ce niveau-là son instrument préféré. Pour autant il fut quelque peu déçu par les premiers instruments à cordes frappées lors de son voyage à Postdam auprès du roi de Prusse Frédéric II. Sans doute les premiers essais en la matière réalisés par Gottfried Silbermann demandaient quelques améliorations _ probablement… L’idée pourtant fit son chemin _ chez les facteurs de claviers _ grâce à divers systèmes mécaniques et notamment en matière de marteaux.

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    joue un piano à tangente (Tangentenflügel) construit en 1790 par Franz Jakob Späth et Christoph Friedrich Schmahl. Son choix découle tout simplement de la découverte  _ par lui _ de cet instrument récemment restauré et qui l’a inspiré, lui permettant d’aborder de manière nouvelle son interprétation de la musique de Bach _ anticipant sur le parcours musical à venir de son propre fils Carl-Philipp-Emanuel Bach _, impossible de cette manière sur un clavecin ou un piano moderne. Il nous dit ceci : « Tout m’a conquis : les couleurs, la symbiose des caractéristiques du clavecin, du clavicorde et des anciens pianofortes, les registrations (avec le jeu de luth), les possibilités qui s’ouvrent à moi pour rendre la polyphonie et pour chanter sur des touches ! » Certes ce piano fut construit _ en effet _ quarante ans après la mort du compositeur, mais reste le témoin de claviers qui se sont perfectionnés dans le prolongement de ceux connus par les musiciens eux-mêmes. Le principe de base de cet instrument est un petit marteau en bois qui frappe la corde par dessous et qui retombe de lui même pour que la corde vibre librement. Un étouffoir arrête le son lorsque le pianiste lâche la touche.

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    Que donnent ces œuvres à l’écoute sur un tel instrument ? _ et c’est bien là la principale question du mélomane... La première impression est une grande souplesse dans le jeu _ oui, et vie _et donc dans le discours. est un grand pianiste, confirmé sur la scène internationale. Il se met au service de cet instrument et non le contraire, toute la subtilité réside là. Tout instrument à clavier quel qu’il soit (orgue, clavecin, clavicorde, piano…) peut générer un jeu expressif qui s’obtient avec des techniques d’exécution bien différentes de toucher, d’accents de durée etc. Ici c’est bien déjà la technique du piano moderne qui s’invite avec une finesse et une subtilité _ voilà : une vivacité et une douceur très sensibles _ au service du discours musical. Les tempi sont modérés _ oui ! _ ce qui est profondément agréable à l’écoute _ tout s’entend. L’artiste laisse de côté cette course à l’abîme par trop à la mode d’une vitesse à outrance, illusion d’un jeu brillant et virtuose _ en effet ! La captation du piano est subtile _ oui _, chaque détail est clairement perceptible _ voilà ! _ et l’acoustique du studio est harmonieusement maitrisée _ pour un discours musical parfaitement lumineux.

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    Dans une discographie très riche _ oui, de ces chefs d’œuvre majeurs de Bach ! _, cette version s’affirme par son originalité _ sans viser quelque singularité de mauvais aloi… _ en une proposition rationnelle et informée, qui nous instruit encore plus dans la connaissance  _ oui ! _de ces pages merveilleuses _ on ne saurait mieux dire…

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    Johann Sebastian Bach (1685-1750) : 6 Partitas BWV 825 à 830.

    Martin Helmchen, piano à tangente Späth & Schmahl (1790).

    2 CD Alpha.

    Enregistrés en septembre 2022 et janvier 2023.

    Notice de présentation en français, anglais et allemand.

    Durée totale : 71:14 et 72:49

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    Et maintenant l’article « L’Avenir » de Jean-Charles Hoffelé, en date du 6 juin 2024 :

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    L’AVENIR

    Philologique ? Libre surtout _ en sa parfaite fantaisie. Le somptueux _ oui ! _ Tangentenflügel au jeu de luth envoûtant _ parfaitement, en sa vivacité et douceur, qui nous charme _ que joue Martin Helmchen n’aurait _ certes _ pas pu être touché par Bach, sorti des ateliers de deux facteurs allemands quarante ans après sa mort, mais sera l’instrument à clavier favori de _ son fils aussi génial que lui _ Carl Philipp Emanuel.

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    L’univers du père incarné dans l’instrument du fils _ voilà ! _ prend des accents visionnaires, soudain si Sturm un Drang _ oui, oui, oui _, absous des perfections mathématiques que le clavecin poétisait et que le Steinway moderne amplifiait.

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    Dans la nature même _ comme c’est juste ! _ du Tangentenflügel s’entend l’écho de l’intimité du clavicorde _ mais oui… _, une palette de violon, de hautbois, de flûte, de théorbe s’y ajoute, la poésie et la peinture réunies dans un éden sonore _ voilà : jubilatoire sans la mondre hystérie… _ dont Martin Helmchen se régale en ornements, en diminutions, tout un vocabulaire du sensible dont il expurge le bavardage pour exalter l’émotion _ qui tendrement rayonne.

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    Album troublant _ en sa nouvelleté _, qui rappelle que ce pianiste est accessoirement pianiste, mais d’abord poète _ sans doute _, un Orphée enfin ayant trouvé son luth _ aux sons irisés et flûtés _ pour aborder à d’autres rivages que ceux du Romantisme, quoi que…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Johann Sebastian Bach(1685-1750)

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    Les 6 Partitas, BWV 825-830 (Intégrale)

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    Martin Helmchen, clavier (Tangentenflügel Späthe & Schmahl, 1790)

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    Un album du label Alpha Classics 994
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    Photo à la une : le pianiste Martin Helmchen – Photo : © Giorgia Bertazzi

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    Une réalisation musicale _ et secondairement discographique _ qui touche, marque et enchante !

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    Ce lundi 28 octobre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur un trés réussi panorama sur cinq siècles de musique à Florence (entre 1250 et 1750), un bienvenu judicieux aperçu de Frédéric Muñoz sur ResMusica…

    Comme à la rescousse du plaisir que j’exprimais le 3 avril dernier en mon article «  » à propos du double CD « « , l’album Ramée 1206,

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    voici que l’excellent Frédéric Muñoz développe un très intéressant aperçu sur ce superbe et passionnant double album Ramée 1206 en son article « Splendeurs musicales à Florence du Moyen-Âge au Baroque, par La Morra et Theatro dei Cervelli » de ResMusica en date d’avant-hier samedi 20 avril :

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    Accompagnant un livre du même titre d’Anthony M. Cummings consacré à l’âge d’or de la musique à Florence, ce double CD est le reflet sonore idéal pour appréhender cette riche période qui a duré cinq siècles.

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    Deux ensembles spécialisés dans ces répertoires, La Morra et Theatro dei Cervelli, en compagnie du claviériste Francesco Corti, proposent grâce à cette anthologie lumineuse et variée, un passionnant voyage dans le temps.

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    L’album réhabilite quelque peu l’importance qu’a pu avoir Florence dans l’Histoire, en particulier celle de la musique. En effet ce centre culturel est d’avantage célèbre pour les humanistes ou les savants tels Machiavel ou Galilée _ ou pour la peinture… Pour autant, l’art musical occupe lui aussi _ en effet _ une place d’importance puisque cette ville est aussi le berceau du madrigal de la Renaissance _ ou du moins l’un d’entre eux _, de l’opéra _ idem _ et du piano _ du moins son invention. Cinq siècles de musique sont ainsi suggérés et représentés en une grande évocation _ voilà _, permettant en même temps de suivre l’évolution du style musical _ très divers ! _ au cours de ce demi-millénaire.

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    Le premier CD nous plonge dans l’ambiance vocale de la dernière période du Moyen-Age correspondant au XIIIᵉ siècle. C’est une musique dédiée à l’église avec divers chants issus de la tradition grégorienne et d’autres plus spécifiques de l’art florentin. La plupart sont anonymes, mais certains compositeurs émergent dont Francesco Landino ou Andrea da Firenze. Le début de la Renaissance apporte de nouvelles manières de disposer la musique, notamment la polyphonie qui s’installe _ voilà ! _ à la fois pour des œuvres instrumentales ou vocales. Les anonymes sont toujours représentés aux côtés de musiciens tels Alexander Agricola ou Henricus Isaac. La suite de cette période se situant en plein XVIᵉ siècle apporte un cadeau de grande valeur que fit Florence _ mais pas seulement elle… _ au monde musical : le madrigal. Le disque nous en offre plusieurs et on remarque au passage les noms de compositeurs qui ont fait la gloire de cette période, le plus célèbre étant Alessandro Striggio.

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    La fin du premier CD voit le début de l’ère baroque qui occupe également le second CD. L’auditeur retrouve là un style plus familier sous divers aspects de situations (Église, Théâtre, Palais). On entend de grands maitres comme Girolamo Frescobaldi _ le ferrarais _, Antonio Brunelli ou Francesco Feroci. Aux côtés des musiques vocales et instrumentales, la musique pour clavier prend une place importante grâce à la présence d’instruments prestigieux : les orgues à l’église et divers clavecins dans les lieux plus profanes. Quelques anonymes sont encore représentés. Le programme s’achève avec diverses pièces pour orgue de Domenico Zipoli, célèbre compositeur jésuite qui partit au Paraguay _ oui ! Et il y mourut _ évangéliser « en musique ».

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    Deux ensembles nourrissent ce programme par des sonorités vocales et orchestrales des plus raffinées _ oui. La captation sonore dans deux acoustiques distinctes apporte une variété dans les ambiances, ce qui rend l’écoute apaisante. L’ensemble Theatro dei Cervelli est enregistré en Italie à l’église Sainte-Marie de Cortona, là même où se trouve un magnifique orgue historique du XVIIᵉ siècle que Francesco Corti fait sonner avec beaucoup d’élégance _ et de perfection du jeu. Ces œuvres au clavier font apparaitre des thèmes récurrents dont ceux de La Monica ou du Ballo del Granduca. L’ensemble la Morra lui, a été enregistré en Suisse à l’église St-Leodegar de Möhlin. Ces deux ensembles, complètement informés des divers styles successifs qui ont rythmé ces nombreux siècles offrent au mélomane une anthologie de référence _ voilà ! _ dans la connaissance de l’univers musical florentin. Les directions inspirées et éblouissantes de Corina Marti, Michal Gondko et Andrés Locatelli _ ainsi que le jeu du magnifique Francesco Corti ! _ font de cette album une grande réussite _ tout à fait.

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    Musiques de l’âge d’or à Florence (1250-1750) : Compositeurs de la fin du Moyen-Age, de la Renaissance et de l’ère baroque.

    Ensemble La Morra, direction : Corina Marti et Michael Gondko ; Ensemble Theatro dei Cervelli, direction : Andrés Locatelli ; Francesco Corti, clavecin Tony Chinnery (2005) et orgue Cesare Romani (1613) de l’église Sainte-Marie de Cortona (Italie).

    2 CD Ramée.

    Enregistrés en octobre 2022 et en janvier 2023.

    Notice de présentation en français, anglais et allemand. Durée totale : 2:41:57

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    Un double album Ramée passionnant.

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    Ce lundi 22 avril 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ferrare pour mémoire, avec Frescobaldi : une bienvenue contribution de Frédéric Muñoz…

    Avec ce très remarquable article de l’excellent Frédéric Muñoz :

    « Girolamo Frescobaldi, le prince de Ferrare, fête ses 440 ans« …

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    Girolamo Frescobaldi, le prince de Ferrare, fête ses 440 ans

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    Né en 1583, à l’époque charnière de la fin de la Renaissance, apparait comme l’un des plus grands maitres du clavier en Europe à l’orée du baroque, marqué intensément par le premier tiers du XVIIᵉ siècle. Sa renommée dépassera la péninsule italienne, et il deviendra le maitre de nombreux claviéristes tels Froberger, Tunder, Kerll, un savoir qui s’entendra jusqu’à Johann Sebastian Bach.

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    Sa naissance à Ferrare en 1583 et ses premières années de musicien

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    vient au monde le 13 septembre. Très tôt il découvre la musique auprès de Luzzasco Luzzaschi, célèbre compositeur représentant la fin de la Renaissance à qui l’on doit notamment des Madrigaux pour 1, 2 et 3 voix féminines connus sous le nom de Concerto delle dame di Ferrara. Vers l’âge de vingt ans, Frescobaldi se rend à Rome une première fois, puis à Bruxelles pour présenter et éditer sa première œuvre constituant un Livre de Madrigaux à 5 voix. Ce voyage jusque dans les Flandres lui a sans doute permis de rencontrer Jan Pieterzoon Sweelinck, surnommé « l’Orphée d’Amsterdam », autre immense musicien et disait-on faiseur d’organistes.

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    Sa vie à Rome au service du pape

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    Revenu à Rome après son voyage dans les Flandres, Girolamo Frescobaldi prend, à 25 ans, ses fonctions à la Basilique Saint-Pierre en octobre 1608 auprès du pape Urbain XVIII. Il joue également dans la cathédrale Saint-Jean de Latran, résidence de l’évêque de Rome (le pape) qui possède un orgue monumental de 24 pieds en montre construit par le facteur Luca Biagi en 1599. Cela ne l’empêche pas d’effectuer quelques séjours importants, chez les Gonzague à Mantoue et auprès du duc de Toscane, Ferdinando II ainsi que les Medicis à Florence. Vers 1610 il rencontre Claudio Monteverdi à Mantoue et envisage un temps de s’y installer, mais garde son poste d’organiste du pape à Rome. À nouveau il est attiré ailleurs et notamment à Florence en 1621 auprès de Ferdinand II de Médicis pour lequel il dédie un livre de Canzone. Finalement il revient une nouvelle fois à Rome où sa renommée est devenue internationale. C’est l’époque où il publie ses plus grands recueils, les Fiori musicali et les Livres de Toccate pour clavier. Frescobaldi demeure désormais définitivement à Rome, organiste officiel du Pape jusqu’à sa mort. On sait peu de choses sur ses dernières années, il meurt emporté par une fièvre en 1643, il est enterré dans la Basilique des Saints-Apôtres

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    L’œuvre d’un génie du clavier

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    L’œuvre musicale de Frescobaldi se distingue par un style très personnel, reconnaissable par ses capacités exceptionnelles de mélodiste évoquant souvent l’improvisation. Son discours se caractérise par le chromatisme et la dissonance, la modulation et les ruptures rythmiques. Il excelle dans le contrepoint et reste l’un des pères de la fugue classique. Essentiellement célèbre pour ses œuvres pour clavier, Frescobaldi laisse également divers recueils destiné au chant (Arie musicali, Madrigali, Motets et Messes).

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    Les recueils de compositions destinés au clavier se répartissent en sept Livres écrits entre 1608 et 1645, le dernier étant posthume. On y trouve les principales formes musicales de ce temps destinées au clavier soit pour une utilisation de type profane : Toccate, Canzoni, Balletti, Ciaconne, Passacagli, Ricercari, Capricci… ainsi que des Danses et Fantaisies, ou de type sacrée : Hymnes, Magnificat, Messes. Le clavecin est l’instrument idéal pour traduire ces textes notamment pour les œuvres à caractère profane. Parfois l’orgue est préférable pour des pièces où l’évocation liturgique est évidente : Toccate per l’Elevazione, Messes et Magnificat. De plus on remarque dans sa production l’existence de deux autres Livres de Canzoni pour ensemble d’instruments.

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    Son ouvrage le plus célèbre reste les Fiori Musicali (Fleurs musicales) datant de 1635 et comprenant trois Messes et pièces diverses. Cette œuvre majeure se situe dans ces années fastes du premier tiers du XVIIᵉ siècle qui a vu naitre les plus grands livres d’orgue en Europe. En effet cette époque charnière engendre un nouveau langage. En Allemagne Samuel Scheidt publie sa Tabulatura nova, Jehan Titelouze en France compose ses Hymnes et Magnificat, Francisco Correa de Arauxo édite à Alcalà de Henares sa Facultad organica. Autant de musiques savantes d’esprits supérieurs qui scellent une apogée dans l’écriture pour le clavier au début de la période dite baroque.

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    L’apport de la musique de Frescobaldi pour toutes les générations suivantes

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    De son vivant Frescobaldi instruit de nombreux élèves dont plusieurs allemands : Franz Tunder, Johann Caspar Kerll et le plus célèbre d’entre eux,  _ le magnifique _ Johann Jakob Froberger (1616-1667). Il se rend à Rome auprès de Frescobaldi en 1637 pour travailler durant plus de trois années. A l’instar de son maitre il compose dans les mêmes formes musicales qui en font le plus prestigieux successeur de Frescobaldi et l’un des plus grands maitres du clavier en Allemagne avant Johann Sebastian Bach. Ce dernier se procure un exemplaire en 1713, et s’en inspirera pour plusieurs de ses propres œuvres : Fugue, Canzone… D’autres compositeurs ont bénéficié de son influence dont Dietrich Buxtehude et toute l’école de l’Allemagne du Nord, d’où leur surnom de « Méridionaux du nord » portés par le fameux _ à très juste titre _ Stylus phantasticus. Le rayonnement de l’organiste papal ne faiblit pas au cours du temps et se verra ravivé avec le retour au baroque, initié dès les années 1950. Aujourd’hui, Frescobaldi occupe une place de tout premier rang pour les claviéristes _ oui, davantage que pour les mélomanes jusqu’ici _, tant au niveau de l’étude du clavier que pour sa place au concert et dans une discographie des plus abondante.

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    Crédit photographiques : Orgue de Saint-Jean de Latran © Frédéric Muñoz

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    Ce vendredi 6 octobre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa