Étiquette : génie du lieu

  • Elisabetta Rasy sur le juste et beau « Alberto Moravia » de René de Ceccaty : dans Le Monde, ce jour !

    Alors que je suis en train de lire

    cette passionnante suite à l’ »Entre nous«  _ paru en traduction française, aux Éditions du Seuil, en 2004 _,

    qu’est « L’Obscure ennemie« ,

    de mon amie romaine Elisabetta Rasy,

    …
    voilà que je découvre à l’instant, en lisant le supplément littéraire du vendredi du « Monde« ,

    un superbe article d’Elisabetta,

    sur ce romain éminent,

    que fut,

    qu’est,

    Alberto Moravia…

    …

    Voici ce très bel article, sous la plume si fine, élégante et justissime, d’Elisabetta Rasy : « « Alberto Moravia », de René de Ceccatty : un mélange d’extrême vitalité et de mélancolie«  

    …

    _ avec mes farcissures ;

    telle une conversation entre nous, même à distance : Elisabetta à Rome, Titus Curiosus à Bordeaux…

    …

    …

      « Alberto Moravia », de René de Ceccatty : un mélange d’extrême vitalité et de mélancolie

    …

    LE MONDE DES LIVRES | 18.02.10 | 11h05

    …

    C’est au matin du 26 septembre 1990, dans sa salle de bains, alors qu’il était en train de se raser, de bonne heure comme toujours, qu’Alberto Moravia est mort. Une chute, une mort rapide. Personne ne s’y attendait. Il était dans sa 83e année, mais paraissait fort, actif, inépuisable tel un jeune homme. Malgré des douleurs à la jambe, il venait de faire un voyage en Irlande. Toute sa vie, d’ailleurs, avait été une invitation au voyage. Notamment à partir de 1924, lorsqu’il avait rejoint, en ambulance et wagon-lit, le sanatorium _ un point crucialement basique de la vie, pour cette biographie _ de Cortina, au milieu des merveilles dolomitiques _ certes ! un cirque plus que grandiose, éblouissant, de cimes plus magnifiques les unes que les autres s’élançant en une précipitation diabolique en une compétition à l’assaut du ciel ! C’est là _ plâtré, alité, souffrant de sa tuberculose osseuse _ qu’il devait _ lui _ devenir non seulement définitivement adulte, mais définitivement écrivain _ formulation magnifique !

    …

    Dans la complète et audacieuse _ et je prends bien note de ces deux adjectifs, chère Elisabetta _ biographie qu’il lui consacre _ « ALBERTO MORAVIA« , en 678 pages… _, René de Ceccatty (1) avoue qu’il n’est pas simple d’écrire l’histoire d’un homme _ un écrivain _ qui a toujours professé sa détestation du passé _ comme si celui-ci le plombait !.. Mais, plus encore, le problème véritable, c’est ce « mélange d’extrême vitalité _ oui ! _ et de mélancolie » _ voilà ! se combattant sempiternellement, jusqu’à la chute brutale finale… _ qui caractérisait l’homme et l’écrivain. Un mélange qui aura hanté _ oui… _ sa vie comme son œuvre, engendré des malentendus, des haines même _ certes _, et émaillé son écriture partout où celle-ci s’est manifestée : romans, théâtre, cinéma, journalisme, essais, discours politiques, poèmes plus ou moins cachés… _ soit une clé…

    …

    Sauf brièvement dans sa jeunesse, Moravia ne vécut jamais à l’étranger. Mais il voyageait beaucoup. Ses mouvements avaient la précision géométrique d’un compas : une pointe appuyée sur Rome, l’autre bougeant dans l’espace : Chine, Bolivie, Japon, Etats-Unis, Inde, Russie, Londres, Paris et, finalement, l’Afrique _ avec retour. Le monde, c’était le voyage : l’autre _ c’est crucial ! _, le regard qui se détend _ en s’éloignant de sa base, de son centre : de sa boîte d’enfermement… _, le plaisir de la distance _ oui : celui du dépaysement ; ou du dé-centrement : le goût de la découverte d’une altérité un peu « vraie«  ; pas trop touristique, seulement, probablement… _, le devoir de témoigner _ aussi : de la réalité « vraie«  du monde ; et du « comparatif«  qu’il offre… ; soit une forme, mais détendue, d’un relatif « engagement«  : celui du « témoin«  qui s’essaye à la justesse du regard, peut-être… ; mais sans didactisme ; ni componction ; surtout pas !.. _, la fin de l’obsession, surtout _ « Ossessione » est aussi le titre d’un film, et majeur, de Luchino Visconti, en 1943… L’obsession, c’était Rome _ voilà ce que nous apporte ici Elisabetta, romaine aussi… _, la ville de sa famille _ mais aussi de La Famille _ voilà ! _ en tant que structure _ un concept magistral ! _ de désir et de pouvoir _, la ville de la politique italienne, la première qu’il ait connue, c’est-à-dire le fascisme. Et le fascisme pour Moravia n’était pas seulement _ voilà, voilà ! _ ce mouvement politique enfermé _ et enfermant ! plombant ! _ dans _ déjà trop longues, certes _ deux affreuses décennies _ pour nous qui le regardons de l’extérieur, de France, en l’occurrence ; le « fascisme« , et sans pratiquer de douteux amalgames (bêtes !), n’est donc peut-être pas, et loin de là, même, terminé, en Italie : même si Elisabetta ne va, certes pas (!), le dire ainsi ! oh non ! elle est toujours très discrète ! même si elle est parfaitement claire à qui lit un peu attentivement !!! _ : c’était le conformisme _ cf le roman presque de ce titre d’Alberto Moravia : « Le Conformiste« , en 1951 ; suivi du film, très beau, aussi, qu’en tira Bernardo Bertolucci, en 1970 : avec (outre la beauté sidérante de Dominique Sanda) l’interprétation assurément marquante, dans le rendu de l’infinie complexité, de Jean-Louis Trintignant… _, le visage obscur, sordide, tenace _ oui ! _ comme une maladie virale du Genius loci italien _ nous voilà loin, bien loin, au plus loin, même, des clichés touristiques, autant qu’idéologiques ! courant nos rues… Merci, Elisabetta !

    …

    Revirements et métamorphoses

    …

    René de Ceccatty ne s’est pas découragé _ il a lui aussi, me semble-t-il bien, un tropisme romain _ devant ce mélange si particulier de mélancolie et de vitalité : il l’a défié _ en s’y confrontant en son livre même. Il n’a pratiqué aucun de ces raccourcis _ vulgarisateurs (à commencer par journalistiques) _, aucune de ces interprétations qui, a posteriori, expliqueraient tout _ par généralisations grossières ; par clichés ! _ de cette contradiction incarnée _ Elisabetta, romaine, et telle que je la connais un peu, pourrait probablement en témoigner un peu, elle-même… _ que fut Alberto Moravia. Il n’a _ certes pas _ occulté aucune de ses parts d’ombre : sa froideur _ le mot secoue ! et pas que peu… _ devant l’assassinat de ses cousins Carlo et Nello Rosselli, abattus par des sicaires fascistes en 1937 en France où ils s’étaient réfugiés _ cela ayant bien des rapports avec le récit, je m’en souviens assez bien, du « Conformiste« , en 1951, donc… _ ; son antifascisme passif (l’expression serait de Mussolini lui-même _ tiens, tiens ! en quelles circonstances ? ce serait à creuser : merci, Elisabetta… _) qui le poussera _ lui, si physiologiquement antitotalitariste _ à chercher protection auprès de notables du régime ou directement chez le Duce _ ah bon !?.. Il n’a pas non plus cherché à rationaliser _ a posteriori ; cf ce concept chez Vilfredo Pareto, en son « Traité de Sociologie générale«  : « Les hommes ont une tendance très prononcée à donner un vernis logique à leurs actions », au § 154, pour être précis : un « vernis«  enjolificateur… _ ses revirements, ses spectaculaires métamorphoses _ voilà _, comme son engagement tardif _ jusqu’aux sièges du Parlement européen _ après que Moravia eut toute sa vie contesté l’idée même de littérature engagée _ voilà ! _ et sans cesse fait profession _ littéraire, artistique : non idéologique ! devant la « critique« , et les medias… ; peut-être auprès de Jean-Paul  Sartre, même, qui aimait tant, lui-même, venir et séjourner longuement, régulièrement, année après année, à Rome (avec Simone de Beauvoir : ils réservaient la même suite d’hôtel ; ainsi que Claude Lanzmann, par exemple, le raconte en son « Lièvre de Patagonie« …) : Sartre et Moravia ont pu se rencontrer, voire dû se fréquenter à Rome, dans ses beaux cafés de la Piazza del Popolo, par exemple ; du moins j’ose le supposer : je n’ai pas lu encore cette biographie « « ALBERTO MORAVIA« «  de René de Ceccaty… _ d’antimilitantisme.

    …

    Non, ce que nous communique avant tout le biographe, c’est, qu’il s’agisse d’amour, d’écriture, de voyage ou de politique, à quel point Moravia aura été une grande figure _ libératoire ! _, non seulement de la littérature, mais de l’histoire du XXe siècle italien _ ce n’est donc pas rien, chère Elisabetta ! De tentatives résolues et renouvelées de « désenfermement«  de la décidément trop « conformiste«  étouffante Italie…

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    Moravia ne se voulait pas italien _ ah ! du moins foncièrement et d’abord ; plutôt fondamentalement un artiste ! en sa singularité non socio-historique ! ou non sociologique, si l’on préfère… _ mais, hasard du destin, il aura été _ intimement, en quelque sorte, tant comme homme que comme auteur, comme artiste _ impliqué _ comme René de Ceccatty le montre bien, en accordant beaucoup d’attention au contexte historique et à ses acteurs _ dans tous les événements, souvent dramatiques (ou tragiques), qui ont accompagné la naissance de la modernité italienne _ c’est important ! Son écriture en est comme le sismographe raisonné _ bien bel hommage à l’écrivain ; et aussi, par là, au biographe qui sait si bien le révéler ! Moravia avait _ à ses propres yeux _ deux missions : sauver la culture, et d’abord la littérature, unique objet de sa foi _ voilà ! Et, plus encore, sauver l’Italie, la sauver d’elle-même et des Italiens _ et ici, c’est l’accent (et la teneur) même de la voix, douce et discrète, mais claire, ferme et nette, de mon amie Elisabetta que je perçois très audiblement, sans jamais aller jusqu’à l’éclat… _, c’est-à-dire du conformisme _ et de son enfermement, comme dedans une boîte au couvercle de plomb ! un concept par conséquent crucial, que ce « conformisme« , en tout son œuvre ! pas seulement pour le seul roman de ce titre de 1951 ! _ qui mêle en un cercle infernal l’hypocrisie et la Mafia _ voilà ! d’où Emberlificoni : cf mon article du 12 décembre 2009 : « L’incisivité du dire de Martin Rueff : Michel Deguy, Pier-Paolo Pasolini, Emberlificoni et le Jean-Jacques Rousseau de “Julie ou la Nouvelle Héloïse”« , en hommage à Martin Rueff (qui partage son temps entre Paris et Bologne)…

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    Dans cette vaste entreprise biographique _ qui est loin de n’être qu’une histoire intellectuelle _ on l’entend bien _ de Moravia _, j’ai apprécié _ en témoin (et amie) privilégiée, à Rome même : le compliment, alors, n’est pas mince !!! _ beaucoup de choses : la richesse de la documentation, la lumière projetée sur des personnages ou des relations peu connus de sa vie, l’analyse de textes majeurs ou mineurs. Mais ce que j’ai surtout aimé, c’est le ton _ voilà _ du biographe qui ne cède ni à l’emphase de l’admiration ni à la froideur critique _ qui donne à « vraiment » approcher et peut-être connaître, donc… C’est le ton de quelqu’un qui s’interroge _ c’est ainsi que l’on avance en sa compréhension : cf Gaston Bachelard ; ou Karl Popper… _, toujours avec respect _ à distance adéquate _, sur ce qu’il découvre _ strate après strate _ dans ses fouilles _ patiemment. Le ton de la discrétion _ celui, aussi, d’Elisabetta elle-même ; et avec quelle élégance ! _ qui fut, malgré sa vie excessive _ c’est-à-dire passionnée (et non sans les tourments de contradictions sans résolutions tranchées définitives) _, l’une des plus séduisantes qualités de Moravia.


    « ALBERTO MORAVIA«  de René de Ceccatty. Flammarion, « Grandes biographies« , 678 p., 25 €.…(1) René de Ceccatty collabore régulièrement au « Monde des livres« .

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    Elisabetta Rasy

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    Article paru dans l’édition du 19.02.10…

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    Un article très éclairant ; et pas que sur Alberto Moravia…

    Sur l’Italie endémique, si j’ose le dire ainsi…

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    En attendant que je termine ma lecture de « L’Obscure ennemie » ;

    j’en suis à la page 65 : le livre en comporte 130…

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    Titus Curiosus, ce 19 février 2010

  • Du devenir des villes, dans la « globalisation », et de leur poésie : Saskia Sassen

     A propos du devenir des villes _ et de la poésie (des lieux) _,

    la rencontre de cet article-interview de Saskia Sassen par Grégoire Allix ce matin sur le site du Monde :

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    Par Saskia Sassen,

    sociologue de la globalisation

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    et, accessoirement, épouse du philosophe-sociologue-historien Richard Sennett ;

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    parmi l’impressionnante bibliographie duquel la curiosité m’amène à retenir,

    en relation avec l’urgence de notre « problème » urbain :

    « Les Tyrannies de l’intimité« , parues aux Éditions du Seuil, en 1979 ;

    « La Famille contre la ville : les classes moyennes de Chicago à l’ère industrielle 1872-1890« , aux Éditions Encres en 1981 ;

    « Autorité« , dans la collection « L’espace du politique« , aux Éditions Fayard, en 1982 ;

    « La Conscience de l’œil : urbanisme et société« , aux Éditions Verdier, en 2000 :

    « Le travail sans qualité : les conséquences humaines de la flexibilité« , aux Éditions Albin Michel, en 2000 ;

    « La Chair et la Pierre : le corps et la ville dans la civilisation occidentale« , aux Éditions Verdier, en 2002 ;

    « Respect : de la dignité de l’homme dans un mode d’inégalité« , aux Éditions Albin Michel en 2003 et Hachette en 2005 ;

    « La culture du nouveau capitalisme« , aux Éditions Albin Michel en 2006) :

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    ces recherches-là, du philosophe Richard Sennet, risquant de ne pas demeurer sans quelque accointance avec la recherche audacieuse (et très performante) de la sociologue et économiste qu’est Saskia Sassen :

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    née en 1949 à La Haye, aux Pays-Bas, et ayant grandi à Buenos Aires, puis en Italie, celle-ci est venue se former à la philosophie et aux sciences politiques en France, à l’Université de Poitiers ; puis, partir de 1969, elle a complété sa formation universitaire par des études de sociologie et d’économie à l’Université Notre-Dame, dans l’Indiana, aux États-Unis

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    Voici l’article-interview :

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    « Redynamiser les villes en les convertissant au développement durable »

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    LE MONDE | 20.04.09 | 15h34  •  Mis à jour le 20.04.09 | 20h42

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    En ces temps de crise financière, Saskia Sassen est la figure incontournable des grands sommets sur la ville. La sociologue de la globalisation (qui publie « La Globalisation, une sociologie« , aux Éditions Gallimard), enseignante à la London School of Economics et à l’université Columbia de New York, était l’invitée du forum Global City, à Abu Dhabi, les 7 et 8 avril.

    Elle doit participer à la World Investment Conference, à La Baule (Loire-Atlantique), du 3 au 5 juin, sur le thème « Investir dans les villes globales« .

    Ces métropoles qui concentrent le pouvoir économique et financier de la planète,

    Saskia Sassen les a décrites dès 1990. Bien avant que le réseau qu’elles forment n’accouche _ en effet... _ de la crise du siècle.

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    La « ville globale », lieu de nouvelles revendications

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    Dans un article paru en 2003 dans la revue « Raisons politiques« , Saskia Sassen introduisait ainsi son concept de « ville globale«  : « Les villes globales du monde entier forment un terrain propice à la concrétisation (…) d’une multiplicité de processus propres à la globalisation. Ces formes localisées représentent, pour une bonne part, ce dont il s’agit lorsque l’on parle de globalisation. La vaste ville du monde contemporain _ ce que Régine Robin qualifie, quant à elle, de « mégapole » (cf « Mégapolis » ; et mon article du 16 février 2009 : « Aimer les villes-monstres (New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires, Londres); ou vers la fin de la flânerie, selon Régine Robin« …) _ a émergé en tant que site stratégique pour une gamme d’opérations inédites (…). Il s’agit là d’un des lieux de liaison où de nouvelles revendications, de la part des puissants comme des défavorisés, peuvent se matérialiser.« 

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    Comment la crise financière a-t-elle un impact sur l’urbanisation du monde ?

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    En fragilisant les économies non urbaines, la crise va accélérer l’exode rural, amenant encore plus de pauvres à gagner les grandes villes pour survivre et aggravant le phénomène des bidonvilles. Cette accentuation de la pauvreté urbaine prend une forme particulière dans les pays riches : aux États-Unis, on voit se multiplier une nouvelle sorte de sans-abri, issus des classes moyennes, qui créent de véritables « villes de tentes« .

    …

    Sous l’effet de la crise, les villes riches voient fondre leurs revenus, donc leurs capacités de développement. En 2008, New York a subi une chute de 10 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) de son produit municipal brut, et Los Angeles de 8 milliards de dollars (6 milliards d’euros).

    …

    Les « villes globales » sont-elles plus touchées que les autres ?

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    Les villes globales fonctionnent comme des « Silicon Valley » où s’inventent des instruments financiers _ hautement performants et dynamiques ! _ complexes et risqués. Elles sont l’infrastructure vivante _ c’est tout dire ! _ de la finance mondiale et de l’économie globale. Quand une crise frappe, elles la subissent de plein fouet.

    …

    Mais, en réalité, la pénétration de la finance _ incisive, efficace et proliférante _dans presque tous les secteurs de l’économie _ susceptibles de permettre des profits maximisés (ou même pas) _ a rendu de très nombreuses villes vulnérables. Ainsi New York et Los Angeles ont deux économies urbaines très différentes _ seule la première est un centre financier _, mais toutes deux ont été violemment _ ce n’est pas rien _ affectées.

    …

    Peut-on dire que les villes, ces dernières années, étaient devenues des produits financiers ?

    …

    Oui. La finance s’est mise à utiliser _ la modernité s’est construite comme une instrumentalisation (cf Machiavel (1469-1527), « Le Prince« , comme Bacon (1561-1626), ou Descartes (1596-1650), « Le Discours de la méthode ; pour ne rien dire de Galilée (1564-1642) ; à laquelle se prétèrent bien opportunément les calculs mathématiques… _ la ville elle-même comme un objet d’investissement, privilégiant le court terme et les taux de rentabilité élevés. On construit des immeubles et des équipements non pour répondre à un besoin économique _ et des valeurs d’usage _, mais par pure spéculation _ voilà la donnée cruciale ! C’est particulièrement net à Dubaï. Aux États-Unis, la crise des subprimes est la conséquence directe de la financiarisation de la ville _ même ! La finance a créé des instruments _ mathématiques et comptables _ extraordinairement compliqués pour extraire de la valeur _ du profit _ même des ménages modestes, en multipliant les prêts immobiliers risqués pour les convertir en produits d’investissement ; et vite les revendre _ soit la valeur d’échange ! _ avec un fort profit _ le revoilà : multiplié !.. Un mécanisme destructeur pour la ville _ voilà le hic ! _ : des millions de logements sont désormais abandonnés _ alors même que se multiplient à vitesse grand V les « villes de tentes« …

    …

    Pensez-vous que le secteur privé uniformise _ un facteur capital : la liquidation du qualitatif (et du singulier) _  les villes par des produits urbains standardisés ?

    …

    La globalisation rend les villes de plus en plus similaires : partout les mêmes quartiers d’affaires, les mêmes centres commerciaux, les mêmes grands hôtels, les mêmes aéroports _ et autres infrastructures (spatio-temporelles) _, quelles que soient les stars de l’architecture qui les signent _ à méditer aussi… Car l’environnement urbain consacré aux économies dominantes des villes globales est devenu une simple infrastructure, nécessaire et indéterminée _ qualitativement… En revanche, on aurait tort de croire que, parce que les villes se ressemblent, leurs économies sont similaires. La globalisation génère et valorise la spécialisation des économies urbaines, au-delà de la compétition que se livrent les villes _ ce qui nécessite des analyses très affinées.

    …

    Dans un monde convalescent _ de quelle maladie, donc ? _, que peuvent attendre les villes du secteur privé ?

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    Le meilleur moyen de redynamiser _ les valeurs ici sont-elles nécessairement unanimes ? partagées ? C’est à mettre en débat (authentiquement démocratique) ! _ nos villes, c’est de les convertir au développement durable. Cela créerait une énorme quantité de travail, qui nécessiterait des partenariats entre le public et le privé. Les entreprises ont un besoin vital des villes, de leurs infrastructures et de leurs réseaux _ selon quelles finalités ?.. A débattre en priorité ! Se ré-approprier le « politique », abandonné aux démagogies populistes… Cela devrait donner aux municipalités les moyens de négocier un engagement plus fort du secteur privé.

    …

    Propos recueillis par Grégoire Allix

    Article paru dans l’édition du 21.04.09

    …

    Passionnant ! Et à creuser bien plus avant… J’y reviendrai, bien sûr ! Notre avenir, comme celui de l’« habiter« , et de l’humain non dés-humanisé _ enjeux poétiques majeurs : c’est là que se « joue » le sens même des « exister«  humains ! _, se jouant (!!!) dans ce devenir des lieux, et d’abord ce devenir des villes ! et de la construction : architecture et urbanisme en première ligne… Que devient la (baudelairienne et benjaminienne) poésie des villes _ c’est pour cela que « Mégapolis » (ou « les derniers pas du flaneur« , tel est le sous-titre : « à la Bruce Bégout« , pourrait-on dire ! de ce grand livre) m’a beaucoup intéressé, déjà ! _ avec cette uniformisation et cette « dé-qualification » de l’« habiter«  ? au mépris du « génie des lieux » et des idiosyncrasies… Walter Benjamin _ et avec lui et la « civilisation » et l‘ »esprit » ! _ va-t-il encore (et mille fois !) être acculé au suicide ?.. En mille Port-Bou de mille « bouts du monde » ?..

    …

    Titus Curiosus, ce 21 avril 2009

  • Vive tendresse de quelques festons baroques praguois

    Sur deux CDs de musique « baroque » praguoise :

    « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout à l’orgue Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague (CD Hortus 3 487720 000539).

    …

    Avant un très prochain article sur une magnifique musique « d’intimité » _ article actuellement « en train »… _ ;

    et un autre sur un merveilleux roman _ qui n’est pas plus de « rentrée », qu’il ne serait d’ »été » !.. _, d’une vraie « écriture » accomplie et qui ne vous lâche pas _ j’en reparle très prochainement (j’en suis à la page 131 ; le livre en comptant 519), à propos de notre « monde » pris avec toute l’ampleur nécessaire « à bras le corps » par l’auteur (= un vrai ! enfin !) de ce « grand » roman ;

    …

    voici un article sur d’intensément doux et pulpeux « festons baroques praguois » musicaux, qui me seraient demeurés « inaperçus » et inconnus _ hélas ! _ si ne me demeurait, en permanence (cf le liminaire _ et programmatique _ « carnet d’un curieux » qui ouvrait ce blog), un goût puissant de Prague, de ses rues, de ses palais et églises longtemps assoupis _ ou baillonnés ? comme ils avaient pu être, auparavant, « baillonnants » _, de sa (riche, complexe et assez tragique) histoire ; et de ses habitants _ qui se souviennent et/ou sont imprégnés de ce vivant passé, affleurant, partout :

    …

    je pense à mon ami Václav Jamek, l’auteur _ en français _ du « Traité des courtes merveilles » (prix Médicis de l’essai en 1989), introducteur (de luxe !) par deux fois (l’hiver 1993 et l’hiver 1994) à la « Prague baroque » _ alors qu’il dirigeait encore la maison d’édition Odéon _, avant de passer par les activités d’ »attaché culturel » de la République tchèque, plusieurs années _ de 1995 à 1998 _, Avenue Charles Floquet (dans le 15ème, à l’ombre de la Tour Eiffel…)…;

    …

    un goût de Prague,

    assorti à un goût du « Baroque »…

    …

    Je veux parler de deux très beaux récitals de « baroque praguois », intitulés,

    le premier (de pièces religieuses _ dont une « Missa Sancti Adalberti » _ chantées avec choeur et solistes) « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et le second (de pièces d’orgue _ à l’orgue Hans Heinrich Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague _ sur la si belle Place de la Vieille-Ville) « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout (CD Hortus 3 487720 000539) :

    deux merveilles !..

    A « dénicher » pour s’en réjouir sans compter !

    …

    Il me faut convenir _ ou confesser ? _ que,

    on peut plus personnellement,

    mon goût

    _ mon idiosyncrasie, fruit sans doute de mon histoire (en partie mittel-européenne) _

    se porte à cette douceur baroque austro-hongroise, avec cet accent

    _ ni viennois, ni (buda-) pestois, mais praguois _

    de « Bohème »

    …

    qui séduisit, aussi, rien moins qu’un Mozart

    qui aima séjourner à plusieurs reprises à la Villa Bertramka de ses amis František et Jozefa Dušek, à Prague _ sur la colline boisée au-dessus de Smichov _,

    et qui composa pour Prague et les praguois quelques unes des œuvres qui portèrent son génie propre à l’incandescence

    _ tel le drama giocoso « Don Giovanni« , donné le 29 octobre 1787 au Théâtre Nostitz _ devenu en 1798 (et redevenu aujourd’hui, après s’être appelé « Týl ») « des États » : Stavovské Divadlo ;

    et  l‘opera seria « La Clemenza di Tito » ; « La Clémence de Titus » (donné le 6 septembre 1791, lui aussi à ce même Théâtre Nostitz à Prague, à l’occasion du couronnement de l’empereur Léopold II comme roi de Bohème) ;

    …

    et lui valurent non seulement le plus intense triomphe, mais aussi la plus chaleureuse affection du public !..

    …

    On peut s’en faire une assez intéressante image en retrouvant l’ »Amadeus » de Miloš Forman _ en 1984 _ qui nous donne à assister à une représentation à la lumière des chandelles de « Don Giovanni« , pour sa première, au (toujours) très beau Théâtre Nostitz, ce 29 octobre 1787, donc…

    …

    Mozart hérite de quelque chose de cette (somptueuse) tradition musicale praguoise _ celle des Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, des Jan-Dismas Zelenka

    (qui durent accomplir leur carrière de musiciens loin de la Bohème et de Prague)…

    …

    Ainsi que de sa ferveur tendre, douce,

    et ô combien vive et vivante

    _ à mille lieues de la mièvrerie (sucrée) qui peut, parfois, se rencontrer à Vienne…

    …

    Prague n’étant pas corsetée par les manières de cour,

    les Grands y venait, en leurs palais et villas de Bohème, s’y détendre, lâcher et relâcher…

    Une gaîté particulière,

    faite, aussi, des hoquets plus ou moins « tendus » _ et c’est un euphémisme _ de toute une Histoire (avec maintes « défenestrations », aussi !), s’y ressentait donc alors

    _ et toujours aujourd’hui,

    notamment à travers les monuments du « Baroque » :

    d’où ce charme unique _ de douceur de violence surmontée _ de Prague

    dans l’air qui s’y respire ; et peut inspirer…

    …

    Aujourd’hui encore, la musique est ainsi toujours bien vivante à Prague

    _ pour peu qu’on quitte les dispositifs proposés aux touristes trop pressés…

    Par exemple, dans les Conservatoires formant les artistes,

    ou au si remarquable Rudolfinum, et ses concerts presque quotidiens d’une incroyable hauteur de qualité, toujours…

    …

    Bref, autour de Johann-Caspar-Ferdinand Fischer

    (Krasno u Lokte _ près de Cheb _, en Bohème occidentale, 1656 – Rastatt, en pays de Bade, 1746),

    musicien assez génial _ autour des « Goûts réunis » (cf François Couperin, ou Georg Philipp Telemann, entre autres) _ ;

    et pas assez enregistré : qu’on se le dise !!! _,

    …

    Fischer introducteur

    _ avec quelques autres

    tels que

    les méconnus

    parce que pas assez interprétés, eux non plus,

    Johann-Sigismund Kusser (Presbourg / Bratislava, 1660 – Dublin, 1727),

    Georg Muffat (Megève, en Savoie, 1653 – Passau, en Bavière, 1704),

    et Philipp-Heirich Erlebach (Esens, en Frise Orientale, 1657 – Rudolstadt, en Thuringe, 1714) _ ;

    …

    Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, donc,

    introducteur du style « baroque » français

    _ appris probablement auprès de Jean-Baptiste Lully à Paris _,

    en pays germaniques

    _ voilà pour l’Histoire de la musique en Europe _ ;

    …

    voici,

    en ces deux superbes « bouquets » _ très différents !!! _ de musique baroque praguoise,

    un florilège d’œuvres d’une très grande « vive » tendresse :

    …

    avec les « Litaniæ Beatæ Mariæ Virginis » et un « Salve Regina » _ ainsi qu’un prélude _ de Johann-Caspar- Ferdinand Fischer,

    de Vojtěch Pelikán, 1643 – 1700 : la « Missa Sancti Adalberti » ;

    de Johann-Ferdinand Richter, 1687 – 1737, deux Psaumes : un « Dixit  Dominus » et un « Laudate Pueri Dominum » ;

    d’Antonín Maschat, 1692- 1747 : un « Jubilate Apparenti Domino » ;

    et de Jan Offner, 1720 – 1759 : un « Alma Redemporis Mater« ,

    pour les œuvres composées pour les piaristes

    _ de l’ »Ordre des Clercs Réguliers Pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles Pies« , fondé à Rome en 1621 par saint Joseph de Calasanz _

    de Slaný

    (non loin de Prague : le collège des piaristes de Slaný fut fondé en 1658 par le comte Bernard Ignác Martinic ; et son église « des Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie« , « mise en chantier en 1674« , ne fut « complètement terminée qu’en 1729 » _ indique le livret du CD Supraphon, page 21) ;

    …

    et,

    avec un « Aria  avec variations » de Fischer,

    de Johann-Kaspar Kerll, 1627 – 1693 : une « Canzona » et une « Passacaille » ;

    de Gottlieb Muffat _ fils de Georg _, 1690 – 1770 : un « Aria sub Elevatione » ;

    de Josef Seger, 1716 – 1782 : deux « Préludes et Fugues« , deux « Toccatas et Fugues« , une « Fantaisie et Fugue » ainsi qu’une « Fugue » ;

    et de Karel Blažej Kopřiva, 1756 – 1785 : une « Fugue » « Supra cognomen Debefe« ,

    pour le récital de Pavel Kohout sur l’orgue Mundt de Notre-Dame du Týn, sur la très belle et mondialement célèbre Place de la Vieille-Ville, au cœur du centre historique de Prague…

    …

    Les interprétations ne recherchent jamais la virtuosité « pour la performance » des artistes,

    tant les instrumentistes

    que les chanteurs

    _ excellents

    (Hana Blažiková, Petra Noskaiová, Hasan El-Dunia, Ondřej Šmíd, Vojtěch Šafarik et Ivo Michl) ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes »

    de la « Capella Regia Praha »

    et des « Pueri Gaudentes » _ ils portent bien leur nom (de « réjouissants ») ! _

    …

    que Pavel Kohout

    sur l’orgue Mundt de 1673 de Notre-Dame de Tyn, à Prague

    _ avec « tout le raffinement de sa sonorité

    et son remarquable état de conservation (il est presque entièrement d’origine)« ,

    indique le livret du CD Hortus page 10 _,

    c’est-à-dire sans intervention (chirurgicale) massive à l’époque « romantique », ou après… _ ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes » que Pavel Kohout, donc,

    sont merveilleux de souplesse et de justesse dans le rendu

    de la tendresse, mouvante, des œuvres

    qu’ils servent là,

    avec simplicité et ferveur

    _ sans la moindre « hystérisation » des contrastes,

    comme cela peut s’entendre

    un peu trop souvent

    au disque ou au concert _ :

    …

    avec douceur et tendresse,

    loin de la moindre mièvrerie (statique)…

    …

    Et je me laisse aller à penser que

    Mozart a dû « percevoir » quelque chose de « cela », à Prague ;

    …

    et qu’il arrive encore, à ce « cela », de « parfumer » l’ »air du temps »

    de cette Bohème-là …

    …

    Bref,

    des CDs que des curiosités un peu timides ne chercheraient vraisemblablement pas à aller « dénicher »,

    parmi (ou en dehors) les bacs des disquaires

    _ mais disponibles au rayon « musique » de la librairie Mollat (merci Vincent !) _,

    et parmi les ré-éditions des sempiternelles mêmes œuvres « bien connues » (et « bien marquées »)

    par des interprètes pas assez audacieux pour sortir davantage des chemins

    un peu trop « battus » par les éditions de disques ;

    …

    des CDs

    que je me permets, donc, de vivement recommander ici

    pour partager la joie _ de « vive tendresse » praguoise _ de bien belles musiques…

    …
    Titus Curiosus, ce 13 septembre 2008

  • Art et tourisme à Aix _ et ailleurs (4)

    Enfin, un essai de synthèse de réflexion _ sur « Art et Tourisme » _, après ces diverses impressions de « terrain » sur quelques uns des sites cézanniens d’Aix
    ainsi que sur Aix-en-Provence elle-même,
    et, en particulier, aussi, la fréquentation à toute heure très importante de l’Office de Tourisme,
    à la Rotonde sur laquelle débouche la promenade archi-fréquentée, et belle, du cours Mirabeau…
    …
    Aix dispose d’un remarquable patrimoine artistique
    architectural
    _ pour commencer : celui de cette très, très jolie ville provençale _,
    …
    mais aussi avec sa large collection de Musées
    _ et pas seulement le très riche et nouvellement splendidement ré-aménagé Musée Granet
    (avec sa magnifique exposition rétrospective « François-Marius Granet » ;
    après la très importante « Cézanne en Provence« , en 2006 ;
    et avant une exposition, pour l’été 2009, « Picasso-Cézanne« ) :
    le Musée du Vieil Aix,
    le Musée des Tapisseries,
    le Musée Paul Arbaud,
    les Fondations Vasarely et Saint-John Perse,
    etc…

    …
    ainsi que son si justement célèbre festival de musique…
    …
    Autant d’atouts
    qui,
    en plus du nom de Cézanne et des sites cézanniens
    et de la « figure de proue »
    de la montagne Saint-Victoire
    dominant la ville ;
    …
    qui attirent en permanence des flots de touristes
    qui viennent y passer et séjourner,
    faisant affluer une importante manne
    financière ;
    à savoir « gérer »
    …
    …
    De fait,
    l’Office de Tourisme d’Aix
    aide à organiser et répartir
    , géographiquement ou urbainement, la demande « touristique » d’Art
    de la part de ses visiteurs
    de satisfaisante manière pour les demandes variées, forcément _ à commencer en fonction de la durée prévue du séjour (notamment hôtelier) dans la ville _,
    des uns
    et des autres…

    …
    Tels ceux, par exemple, qui se satisfont d’un circuit commenté par haut parleur
    en petit train roulant

    à travers les ruelles de la vieille ville…
    …
    Ou ceux qui ont une demande plus « ciblée » :
    mettre leurs pas
    dans ceux des mieux connus des aixois,
    tels Paul Cézanne ;
    ou Émile Zola.

    Pour lesquels ont été rédigés _ par Michel Fraisset pour l’Office de Tourisme d’Aix _ d’excellents fascicules, avec plans de la ville,
    « Sur les pas de » :

    « Sur les pas de Cézanne » ; « Sur les pas de Zola« …
    …
    Il se trouve que
    désirant connaître les auteurs de l’excellent diaporama du Grand-Salon du « Jas de Bouffan »,
    j’ai été acheminé par les très serviables hôtesses de l’Office de Tourisme
    vers le bureau de la responsable de la communication,
    Bernadette Marchand, qui m’a très gentiment fourni le renseignement (« Gianfranco Iannuzzi », auteur de ce passionnant _ très instructif et très beau _ diaporama) que je désirais obtenir pour rédiger mon article ;

    …

    et que, lui signifiant mon haut degré de satisfaction des visites des sites cézanniens,
    je lui ai indiqué l’unique point qui m’y avait un peu « gêné » _ le panneau « L’art m’emmerde«  (selon Érik Satie ; et Ben !…)
    se balançant à la brise juste à l’entrée de l’ »Atelier Cézanne » ; de la responsabilité de Ben, donc ;
    ainsi qu’une expo Ben
    dans l’appentis adjacent à la bâtisse de l’ »Atelier« 
    _ ;
    …
    il se trouve que
    le responsable de l’initiative d’accueillir une expo Ben en ce lieu (de pélerinage cézannien) _ Directeur de l’ »Atelier Cézanne », ainsi qu’Adjoint de Direction et Responsable de la Communication
    de l’Office de Tourisme _,
    Michel Fraisset,
    se trouvait présent en ce même bureau de l’Office de Tourisme…

    …
    Nous avons donc pu, Michel Fraisset et moi-même, échanger _ très aimablement _ un peu,
    là-dessus…

    …
    Donner à connaître (si peu que ce soit ; ou, plus encore, donner _ ou alimenter _ le désir de mieux connaître) d’autres artistes
    à ceux qui viennent « sur les pas de » Cézanne

    _ tel un Jean Amado : passionnant ! cf mon article « Parcours d’Art à Aix _ préambule » _ est excellent ;

    …

    mais je ne suis pas certain qu’un Benjamin Vautier, en l’occurrence,
    « agisse » dans une catégorie (d’Art) du même ordre (d’authenticité et de valeur
    _ objective !)
    qu’un Cézanne
    ;

    …

    ce qui pose la question de ce qu’il en est,
    depuis Marcel Duchamp
    , en 1914,
    de l’art dit « contemporain » ;

    parmi des impostures…
    …
    Sur ce point-là,
    je me situerai personnellement
    , en tant que « spectateur »-« amateur d’Art »,
    plutôt dans la mouvance d’un Jean Clair,
    l’auteur exigeant de « Malaise dans les musées » (en septembre 2007)
    et « Journal atrabilaire » (en janvier 2006) ; « Lait noir de l’aube » (en mars 2007) ; « Autoportrait au visage absent _ Ecrits sur l’art 1981-2007 » (en mars 2008) :
    ainsi que de « La barbarie ordinaire _ Music à Dachau » (en avril 2001)…
    …
    Bref,
    les mal (ou contre) façons d’Art
    agacent

    _ un brin _
    mon épiderme (de curieux d’Art vrai)…
    …
    La question _ de fond _ devient alors
    comment satisfaire la « demande »
    _ qualitativement variée _
    de ces divers « clients »…

    …
    Je reprends ici, et à la lettre près, le très précis paragraphe intitulé « Les Faits »
    _ page 178 de la contribution « Aujourd’hui, l’Atelier Cézanne… » de l’album si riche « Atelier Cézanne » (en 2002, chez Actes-Sud) _
    sous la plume de Michel Fraisset :

    …

    « Comment l’Atelier Cézanne est-il devenu le musée le plus visité des Bouches-du-Rhône en 1999 et le second en 2000 derrière la Vieille -Charité de Marseille ?
    Cette augmentation considérable de la fréquentation
    et des recettes engendrées
    est bien entendu l’effet
    d’actions mises en œuvre dès 1998

    _ « l’équipe mise en place par l’Office de Tourisme d’Aix arrive _ à l’ »Atelier Cézanne » _ fin 1997 » (page 177) _
    et largement développées les années suivantes. »
    …
    Michel Fraisset précise alors :
    « Ces actions peuvent se regrouper autour de quatre pôles :
    La communication, l’animation, la gestion, la commercialisation.
    En premier lieu, l’idée même du « musée » au sens traditionnel est abandonnée.
    On ne parle plus du
    « Musée Atelier Cézanne »,
    mais de l’
    « Atelier de Cézanne »
    ,
    lieu de mémoire et d’histoire,
    mais surtout lieu de convivialité, de partage et d’émotions.
    Il n’y a plus de
    « conservateur »,
    ni de
    « gardiens »,
    ni de
    « droits d’entrée »,
    vocabulaire impropre pour un lieu
    ce culture ouverte.

    …
    Les visiteurs
    sont aussi
    des clients

    _ voilà le point crucial.
    …
    Dès lors leur satisfaction
    doit être prise en compte.
     »
    Fin de ce paragraphe,
    page 178 d’ »Atelier Cézanne » (publié aux Editions Actes-Sud en 2002 par la « Société Paul Cézanne »).
    …
    « Être prise en compte » : mais comment ?
    Financièrement ? _ et seulement financièrement ?..

    …

    Et les « satisfactions » des uns
    « équivalent-elles »
    _ par quels circuits ? _ à la « satisfaction » _ ou « insatisfaction » _ des autres ?..

    Sur quels critères les évaluer ? Est-ce bien de l’ordre _ quantitatif (et visible) _ du « mesurable » ?…

    …

    Comment pèsent ici les diverses _ et peu « homogènes » _ « demandes » :
    « demandes d’Art »
    et « demandes de Tourisme » ?

    …
    La « demande » de ceux qui empruntent le petit train parcourant les ruelles de la Cité aixoise _ un semblable petit train est apparu récemment à Bordeaux _ en écoutant le déroulé
    du discours pré-enregistré,
    est-elle « équivalente »
    à la « demande » de ceux qui se mettent « sur les pas » du créateur Cézanne ?..
    Ou du créateur Émile Zola ?..

    « Sur les pas » étant le titre même

    des remarquables fascicules _ avec plans _ diffusés par l’Office de Tourisme d’Aix, rédigés _ fort pertinemment dans le détail même des renseignement fournis et des localisations données avec beaucoup de précision _ par Michel Fraisset lui-même…

    …

    Chacun _ « acteur æsthétique » (cf l’excellent livre de Baldine Saint-Girons : « L’Acte esthétique » ; ou le tout aussi nécessaire « Homo spectator » de Marie-José Mondzain) _ peut, bien sûr, en « avoir » « pour sa mise » ; ou « pour son argent »
    _ voire pour son désir : même si, là, pour le cas du « désir », c’est considérablement moins facilement,

    et encore ! c’est un euphémisme,

    calculable et encore moins réalisable « à coup sûr » ;
    au contraire, même :

    …

    n’est « agréé » et « reçu » _ et au centuple, qui plus est ! _, ici,
    que ce qui n’était _ même pas _ demandé !..

    prévu, prémédité, imaginé, rêvé !..
    …

    Ah! ce qui peut être rêvé sur le seul nom d’une ville !…

    Sur cela, lire Proust, la « Recherche« …

    …
    La seule précaution à (essayer de) prendre _ pour les metteurs en place des « dispositifs » d’organisation des « visites » _
    étant
    que ne se gêne (pas trop) la « cohabitation » des uns et des autres
    ;

    …

    et en espérant, même _ peut-être avec l’appoint d’un minimum de « pédagogie », mais pas trop « didactiquement » non plus, qui aurait, cette trop didactique pédagogie, le désastreux effet (de fuite) inverse ! _

    que
    les « touristes » de passage
    deviendront
    des « ravis »
    d’une véritable « émotion »
    (= « æsthétique« ) d’Art ;

    …

    et plus de simples consommateurs de « clichés » touristiques

    _ de type « on connaît ! on vient, même, pour çà !.. »

    …
    En cela,
    le « système » des « réservations » à l’Office de Tourisme
    constitue un utile sas
    _ un commode et précieux « goulot d’étranglement », en amont des « flux » d’ »inondation »… _
    à l’égard des risques de « bouchons » (de foule)…
    …

    J’ai en souvenir, par exemple,
    le nombre faramineux d’autobus
    affluant (et s’alignanten kyrielles) aux (immenses) parkings du château de Chenonceaux
    pour y mener des charters entiers de visiteurs de jusque l’autre côté de la planète ;
    quand d’autres lieux (tout aussi beaux et tout proches de Chenonceaux, en Touraine)
    sont encore préservés de ces foules « consommatrices » bruyantes _ et assez peu « vraiment curieuses » _,

    sur le circuit international

    des « tour operators« …

    …
    Qui a vraiment « intérêt » à cela ? et à « faire du chiffre » ?..

    …
    Ou, encore, à Venise, autre exemple, le contraste entre le secteur, passablement encombré (de touristes), entre la Place Saint-Marc et le Pont du Rialto, d’une part,
    et Dorsoduro, si tranquille _ lire le merveilleux livre du dorsodurien Pier Maria Pasinetti (1913-2006) : « De Venise à Venise » (« Dorsoduro » étant le titre original de ce livre, en italien)…
    …
    Comment éviter que l’afflux en grand nombre
    gâte
    la rencontre « personnelle »
    _ et singulière : c’est un « acte esthétique », pas si fréquent, jamais « normalisé », ni, a fortiori, « formaté »… _
    avec l’œuvre
    _ en un Musée, ou en une église _
    ou avec le lieu…

    …

    Se reporter sur ce point

    (de la rencontre-découverte : avec une œuvre ou avec un lieu)

    au magnifique premier chapitre ( intitulé « La paix du soir _ au risque d’halluciner« )

    aux pages 39 à 66 de « L’Acte esthétique » de Baldine Saint-Girons,

    à Syracuse,

    décrivant par le détail ce qu’elle qualifie si justement d’« expérience forte« , indiquant même : « Toute expérience forte est nécessairement datée et localisée : c’était le 29 avril 2005 à Syracuse, à la fin d’une journée intense«  (page 42) ; « j’étais en compagnie d’amis siciliens, tous deux aussi émus que moi par ces hasards objectifs _ l’expression est aussi superbe que magnifiquement juste ! _ : mon collègue _ philosophe _ Giovanni Lombardo, et le jeune Emilio Tafuri » _ car les autres participent pour beaucoup aux rencontres et des lieux, et des œuvres… « Nous cheminions sul longomare, las et heureux. Moins directement heureux peut-être que sensibles à un accord musical inattendu surgi entre le monde et nous : nos sentiments et nos pensées nous semblaient atteindre à l’unisson, malgré des destins séparés. « La paix du soir », ai-je alors murmuré, comme si cette expression m’avait été soufflée. Une douce émotion nous envahit tous les trois. Impossible, semblait-il, de ne pas la reconnaître : elle nous enveloppait et nous absorbait, tissant entre nous un double lien, substantiel et musaïque » (page 43).

    …

    Je poursuis ma lecture : « Devait-elle davantage sa force à un état du monde ou au vocable ? Quels rôles fallait-il attribuer respectivement à la perception mondaine _ syracusaine, ici et alors _ et à sa formulation ? Silencieux et retenant notre souffle, nous croyions bien « entendre » la respiration du cosmos, miraculeusement pacifiée : n’était-ce pas le monde qui nous parlait diirectement à travers l’équilibre éphémère du crépuscule, alors que le jour le cédait au soir ? N’entendions-nous pas cette voix de façon quasi endophasique, presque comme une hallucination verbale ? Pourtant quelque chose de nouveau se produisit, dès lors que nous nommâmes « la paix du soir » ; la force poétique du phénomène du monde sembla décupler«  (page 44).

    …

    Et l’analyse se poursuit… Page 64, Baldine Saint-Girons pose la question : « L’acte esthétique peut-il se programmer ? » ; et elle y répond positivement : « Programmer des actes esthétiques nous est essentiel » (page 65) ; mais cet art demeure, toutefois, extrêmement subtil : « il suffira _ dit optimistement Baldine Saint-Girons _ de se déprendre de toutes choses _ qui retiennent et alourdissent _, de se faire bohémien, de se mettre en voyage _ combien, partis hors et loin de chez eux, y parviennent « vraiment », réellement ? _ : l’ailleurs s’ouvrira« , pose-t-elle, alors, page 65… Soit un acte d’ouverture à une réceptibilité ;

    …

    et à une réception effective, quand celle-ci advient, comme en réponse à quelque demande informulée, forcément, de notre part.

    …

    Et elle conclut ce beau chapitre liminaire de « L’Acte esthétique » par ces mots : « La « vraie vie » dont l’absence nous taraude serait-elle à notre portée grâce à l’acte esthétique, qui suppose un sujet tourné vers le dehors et un monde réenchanté ? Plus on y songe, plus on se demande si le véritable savoir, celui qu’il est inutile d’arborer, mais qui aide à vivre, n’est pas le savoir esthétique. « La paix du soir » pourrait s’élever de la sorte au rang de mathème, mais de mathème secret, dont la force opérative ne se révèlerait qu’à celui qui vacille sous l’aiguillon de l’æsthesis«  _ qu’il nous faut apprendre, avec délicatesse, à « recevoir » et « accueillir » : avec la plus pure _ épurée _ simplicité… Voilà tout ce qui peut se préparer _ sur (voire contre) soi _, mais ne se produit certainement pas _ jamais, du côté de la rencontre avec l’altérité _ sur commande… Ni ne s’achète ! par conséquent…

    …

    Sans compter que la ville, elle-même, doit demeurer vivante ;
    pas rien qu’un « conservatoire de patrimoine »,

    (ou une accumulation de boutiques de « marques » interchangeables, hélas, d’une ville à une autre)
    pour visiteurs étrangers pressés
    consommateurs de « clichés » seulement
    parmi lesquels ils « se figurent » « reconnaître » quelque chose d’ »attendu », déjà, d’eux, sans jamais rencontrer quelque altérité _ objective, et non pas fantasmée, ou virtuelle _ que ce soit !.. C’est qu’elle pourrait bien les « effrayer », pareille altérité…

    …

    Car une ville est tissée aussi, et consubstantiellement, de ses propres habitants…

    …
    Soit une question que se pose aussi, pour le devenir de sa ville,

    l’excellent maire (et philosophe) de Venise,
    Massimo Cacciari (de lui, en français, on peut lire : « Le Dieu qui danse« )…
    …
    Des questions pour non seulement
    l’Office de Tourisme _ et la Ville _ d’Aix-en-Provence,

    …

    mais pour les mairies de villes à important capital patrimonial artistique
    _ telle la mairie de Bordeaux ;

    …

    à l’heure de la candidature au label de
    « capitale européenne de la culture »
    pour 2013.

    …

    Titus Curiosus, ce 7 septembre 2008