Étiquette : goût

  • Merveilleux concert « Duphly » samedi à 18 heures à l’Hôtel de Soubise, Chambre du Prince, par Elisabeth Joyé

    En un lieu parfaitement idoine,

    la superbe « Chambre du Prince » de l’Hôtel de Soubise _ 60 rue des Francs-Bourgeois, au cœur du Marais à Paris _,

    dont la décoration, par Germain Boffrand (et peintures de François Boucher, Carle Van Loo, Jean Restout et Charles Trémolières), fut entreprise à partir de 1732 _ Louis XV avait 22 ans _,

    à l’occasion du remariage, le 2 septembre 1732, du second prince de Soubise, Hercule-Mériadec de Rohan-Soubise (1669-1749 _ le prince avait 63 ans),

    avec une jeune veuve de 19 ans, Marie-Sophie de Courcillon (1713-1756, petite-fille du bien connu mémorialiste Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau (l’auteur de cette « mine de renseignements » _ sur le règne de Louis XIV _ qu’est son « Journal d’un courtisan à la cour du Roi-Soleil« ) ; et épouse éphémère _ d’entre l’âge de 15 ans et celui de 17  : mariée le 20 janvier 1729, jeune veuve le 14 juillet 1731 _ du duc de Picquigny _ 1701-1731 _ ) ;

    …

    cet Hôtel, autrefois « de Clisson« , puis « de Guise« , était devenu propriété des Rohan-Soubise en 1700, par achat aux héritiers de Mademoiselle de Guise, décédée en 1686 ;

    et il avait hébergé en ses murs, de 1660 à 1686, Marc-Antoine Charpentier, dont cantates et pastorales constituèrent l’essentiel de la production pour la duchesse de Guise, cousine de Louis XIV et dernière descendante de la célèbre famille…

    …

    Élisabeth Joyé, parmi une assistance extrêmement attentive et chaleureuse, a donné en concert le programme de son si réussi CD « Duphly » Alpha 150 que j’avais chroniqué le 20 juillet dernier : « Comment bien jouer la musique : sur le “Duphly” d’Elisabeth Joyé…« …

    …

    Mes impressions si heureuses du CD

    se sont splendidement confirmées en ce concert de la « Chambre du Prince » de l’Hôtel Soubise,

    un des plus beaux hôtels particuliers, au Marais, du Paris du XVIIIème siècle :

    …

    c’est une gravité légère qui émane tout à la fois sereinement et motoriquement des doigts véloces sans précipitation aucune, jamais, d’Elisabeth Joyé dans les longues phrases tenues que déroule, notamment en sa chaconne, ou en ses rondeaux, et ses courantes, et ses allemandes, de Duphly, notre magique musicienne…

    …

    Au retour à la maison,

    j’ai comparé sa « Forqueray » de Duphly _ la première pièce du disque, en « ouverture » ! ;

    et qui en effet m’avait d’abord comme surpris par sa gravité, sa noblesse, à la toute première audition ! _

    à celle de Skip Sempé

    dans un récent brillant récital de « Pièces de clavecin » françaises (« A French collection » _ CD Paradizo PA0007),

    plein de verve et de brio ;

    …

    voici un extrait du message que j’adressai dès le dimanche, à mon retour à Bordeaux ;

    par retour de courrier à un message d’Élisabeth,

    me remerciant d’être venu de Bordeaux l’écouter à l’Hôtel de Soubise :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Rép : duphly 5 septembre
    Date : 6 septembre 2009 14:43:06 HAEC
    À :   Élisabeth Joyé

    …

    C’est moi qui te remercie
    pour la grâce de ce concert

    et cette réunion amicale chaleureuse !..
    …
    Je viens de récouter et ta « Forqueray » de Duphly
    et celle de Skip Sempé
    _ j’ai vite retrouvé ce CD assez récent parmi mes disques !
    …
    Eh bien, je préfère, et de loin, la tienne, même si tu trouves à « redire » (un peu peut-être…) à cette pièce au CD ;
    la sienne est « énervée » ; et certains passages sont « savonnés » !
    J’aime la note de « gravité (légère)« , toute de profondeur développée, que tu lui donnes
    ainsi qu’à (presque) tout le reste des pièces, d’ailleurs ; elle me ravit absolument !
    C’est toi qui es dans le juste ;

    nonobstant ce scrogneugneu de X. (un critique), pas assez « emballé » (pour aller jusqu’à vouloir y consacrer un « papier« ) !..
    …

    Pour moi,

    à ce concert,

    comme à ce disque,

    c’est à la quintessence de l’esprit et du charme musical français

    que nous avons, magiquement, grâce à Elisabeth Joyé,

    accès : rien moins !

    …
    Et je suis sûr que de par le monde,

    à Prague, à Istanbul, à Buenos Aires,

    sans parler de Tokyo,

    partout où on a encore un grand vivant désir

    et le culte du plaisir

    du charme de l’esprit artistique du goût français,

    …

    un pareil CD et un pareil récital de concert

    seront accueillis avec un tapis de roses !

    …
    Titus Curiosus, ce 9 septembre 2009

    …

    Post-scriptum :

    en avant-concert, j’ai passé le début de l’après-midi de ce samedi parisien

    dans l’enfilade des salles du Louvre, au second étage,

    consacrées à la peinture française :

    …

    Corot, Michallon, Granet,

    Pierre-Henri de Valenciennes,

    Fragonard, Chardin, Watteau,

    Poussin, Vouet, Champaigne,

    Georges de la Tour, Valentin de Boulogne…

    …

    Etonné (et presque écrasé, même :

    je n’ai pas pu m’empêcher de le confier à une famille de visiteurs (américains : il m’a fallu le leur traduire !) assis sur un banc dans une salle consacrée au XVIIème)

    de rencontrer une telle profusion de toiles plus saisissantes de charme tranquille les unes que les autres

    qu’il me semblait, pour certaines (et même bon nombre) d’entre elles, du moins,

    ne pas avoir encore vues ainsi exposées (en ce lieu, lui-même tellement idoine !)…

    …

    Ensuite,

    ayant regagné le Marais, après un tour aux Tuileries (trop de monde faisant la queue au Musée du Jeu de Paume ; et puis je n’apprécie pas du tout l’artificialité vulgaire et people d’un Martin Parr ! c’était l’expo Agustí Centelles que je désirais découvrir !..)

    je me suis posé, attablé à une terrasse d’un café tout proche de l’Hôtel de Soubise,

    au coin très agréablement passant de la rue des Archives et de la rue des Francs-Bourgeois,

    dans la douce attente joyeuse et ensoleillée du concert d’Élisabeth,

    à percevoir, sans rien guetter, surtout, quelques bribes de conversations étayées, de loin en loin, de salves d’esprit de jeunes parisiens (un peu « branchés« ), se narrant, peut-être, à la Éric Rohmer (cf par exemple « Le Goût de la beauté« ), de quasi anodines rencontres de vacances…

  • Comment bien jouer la musique : sur le « Duphly » d’Elisabeth Joyé…

    Pour prolonger un peu la réflexion sur le « jeu » d’interprétation « réussi » de la musique (d’un « compositeur« -auteur d’une œuvre…),

    ce petit échange amical _ « sur le vif » ; et sans rien de « personnel« … _ de correspondance avec Elisabeth Joyé,

    dont le _ merveilleux ! _ CD « Pièces de clavecin » de Jacques Duphly (CD Alpha 150) vient de paraître le 3 juillet, en début de « vacances d’été » :

    …

    à titre de (modestes) « témoignages » (vivants) sur ce que peut être « interpréter«  pour l’artiste-interprète musicien

    et « écouter«  pour l’« amateur« – mélomane…
    …

    D’abord, un petit simple message d’envoi de l’article « L’enchantement du CD “Duphly” d’Elisabeth Joyé : une entrée “de rêve” dans le classicisisme musical français du XVIIIème siècle ! » :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Bravo !
    Date : 15 juillet 2009 17:34:19 HAEC
    À :   Elisabeth Joyé

    …

    Voici mon article sur ton « bijou » :
    l’entrée parfaite (!) pour « découvrir » la musique française du XVIIIème…

    « L’enchantement du CD “Duphly” d’Elisabeth Joyé : une entrée “de rêve” dans le classicisisme musical français du XVIIIème siècle ! »

    Titus
    qui en redemande des comme celui-là !!!

    …

    La réponse de l’artiste :

    …

    De :   Elisabeth Joyé

    Date : 19 juillet 2009 11:49:58 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    cher Titus,

    Je suis vraiment touchée que tu aies aimé mon Duphly. Moi, je n’arrive plus à
    l’écouter !..

    …
    Je joue Duphly le 5 Septembre à Paris pour créer un peu un événement autour de
    cette sortie. Ça me ferait plaisir si tu pouvais être là.
    …
    A bientôt, je t’embrasse Elisabeth

    …

    Ma réponse,

    sur le « mécontentement » (voire les « doutes« …)  a posteriori de l’artiste envers ce que « conserve » le CD :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Ne plus arriver à l’écouter !
    Date : 19 juillet 2009 12:37:52 HAEC
    À :   Elisabeth Joyé

    …

    Bien sûr : tu es la mieux placée pour en juger…
    …
    Cependant, comme déjà tout cela,

    dans la délicatesse de ses infinies inflexions,
    coule de source, je veux dire sans à-coups autres que ceux que semble suggérer la musique même (en son jaillissement « de source » !..) de Duphly !..
    …
    Mais nous savons tous qu’un enregistrement n’est qu’une « saisie«  (= une « prise« ) à un instant « T« 
    de ce qui jaillit de l’écriture notée (pour toujours : sauf quand l’écriture, elle-même, est « reprise » : ce qui advient aussi !) du créateur ; d’autant
    que l’interprétation (à donner ; à « créer« , elle aussi…) déborde aussi très largement la notation elle-même,
    à une époque où celle-ci se précise de plus en plus
    _ la musique tant, alors, diffusée pour se vendre (de plus en plus) en partitions : pour des « amateurs » qui vont l’interpréter « à la maison »  _ ou aux concerts publics : qui débutent ; le « Concert Spirituel« , aux Tuileries, est créé en 1725, il me semble me souvenir… _,
    même si en France je suppose
    qu’on (le compositeur) fait davantage qu’ailleurs confiance au goût (de l’interprète _ pas un vulgaire exécutant mécanique, ni simplement un « déchiffreur » !.. cf cependant les « inquiétudes » à ce sujet, déjà, d’un François Couperin, à propos des « ornements«  (nécessaires !) laissés (un peu trop ?) au goût de l’interprète… _)

    …

    Duphly doit être, il faudrait le vérifier, le contemporain de Carl-Philipp-Emanuel Bach :
    1715-1789, pour Duphly ;
    1714- 1788, pour CPE Bach : je n’ai pas fait exprès !
    Je veux dire l’auteur de l’ »Essai sur l’art de jouer les instruments à clavier« , en 1753  _ en français, aux Éditions Jean-Claude Lattès en 1979 _ : je viens de le rechercher en ma bibliothèque _ qui commence donc à traiter, sur le papier, des « inquiétudes«  de l’« interprétation«  (de « connaisseurs«  et d’« amateurs« ) !!!… : « probablement le plus important traité pratique sur la musique écrit au 18e siècle ». C’est, à un moment d’essor considérable de la diffusion (commerciale) de la musique auprès d’un « public«  d’« interprètes«  de plus en plus large, une sorte de « guide » un peu détaillé et affiné, concernant « le doigté, l’ornementation, l’æsthétique, l’accompagnement et l’improvisation« . Et déjà en 1780, ce « guide » sur « l’art _ et non une simple « technique« …  _ de jouer«  avait atteint sa troisième édition…
    …
    D’où l’importance de la transmission (professorale…) de tout cela : c’est aussi l’œuvre d’une vie…
    Et j’en sais aussi un peu quelque chose en mon propre enseignement,

    même si ce n’est pas « de musique« …
    Ce n’est jamais pareil ; et on s’améliore (même si c’est toujours périlleux) : du moins jusqu’ici !.. Il faut aussi transmettre, à la fois, et la palette des nuances, et l’élan _ en se jetant à l’eau : et c’est aussi comme ça qu’on apprend à nager et faire du vélo !..

    …

    Donc, ne pas trop s’inquiéter du caractère « figé« _ dans la cire, la gravure, le sillon du CD, le marbre _ de l’enregistrement en sa « prise« , en quelques heures d’avril 2008 (en ce beau lieu _ inspirant ! sans nul doute _ d’Assas)…
    Cette « prise« -là (discographique) est déjà « pas mal » du tout !!!
    Elle coule fort bien de source,
    dans le feu d’artifice du jeu de toutes ses inflexions…

    …
    Le son du clavecin me paraît y être aussi pour un peu quelque chose :
    même s’il revient à l’interprète de le faire « sonner » au mieux…

    …
    En tout cas, j’aime infiniment la « gravité » ludique sans lourdeur aucune (de la musique de ce CD « Duphly« ),
    c’est du moins ainsi que je la ressens et qu’elle me touche…

    …
    Bravo…
    …
    Pour le 5 septembre, pourquoi pas ?
    Cela peut se faire…
    …
    J’ai dit de vive voix (au téléphone) toute ma joie de ce CD à Jean-Paul _ Combet : le patron d’Alpha _ ;
    puis je lui ai adressé mon article.
    Mais je ne l’ai pas eu au bout du fil depuis…

    …
    Voilà.
    Et je le réécoute beaucoup, ce CD : il me réjouit chaque fois sans m’en lasser du tout ! et même chaque fois davantage ! en découvrant encore des nuances moins repérées à l’oreille et l’esprit jusqu’alors…

    …

    Une très belle sérénité dans l’élan…
    …
    Voilà, voilà !
    …
    Je t’embrasse,
    …
    Titus
    …

    Et la réponse un peu rassérénée de l’interprète toujours inquiète (cf sa belle photo à un volet de porte du château d’Assas !) :

    …

    De :   Elisabeth Joyé

    Date : 20 juillet 2009 16:49:43 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    Merci encore cher Francis pour ta réponse si rapide.
    Tout ce que tu dis correspond très bien à ce que je sens de cette musique et de
    beaucoup d’autres musiques.

    …

    C’est vrai que je cherche toujours quelque chose qui
    parle, qui soit clair et simple avec un bon rythme. Et je crois que ça s’entend.
    …

    A part le tien, je n’ai pour l’instant aucun autre article écrit _ en juillet, les journalistes sont « aux champs«  : il faudra vraisemblablement attendre la « rentrée« …

    …

    J’espère qu’ils
    seront aussi gentils que toi !
    …
    Je t’embrasse Elisabeth

    …

    Voilà un des secrets de la musique française : de Louis Couperin (ca 1626-1661) à Jacques Duphly (1715-1789), Armand-Louis Couperin (1727-1789 : aussi…) et Claude-Bénigne Balbastre (1724-1799) ;

    mais aussi pour Fauré et Debussy et Ravel et Poulenc…

    …

    Un CD « Pièces de clavecin » de Jacques Duphly (CD Alpha 150)

    aux sources des jaillissants beaux secrets tranquilles, sans effets déclarés, de cette merveilleuse musique

    _ qui fait aussi, en plus (et tout à fait comme son exact contemporain Chardin en peinture !), beaucoup de bien (à l’âme !)…

    …

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Sim%C3%A9on_Chardinhttp://www.musees.angers.fr/accueil/oeuvres-choisies/musee-des-beaux-arts/chardin-peches-et-prunes/http://himmelweg.blog.lemonde.fr/category/linvisible/

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 20 juillet 2009

  • Sur le désir de « France » _ de Cioran

    Un passionnant « essai« , inédit jusqu’ici, et magnifiquement traduit

    _ en une « traduction du roumain revue et corrigée par Alain Paruit » (sic, page 5) _

    par Alain Paruit :

    « De la France« ,

    « Manuscrit déposé à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Fonds Cioran« ),

    de Cioran, en « 1941« 

    _ la date, au bas de la dernière page du manuscrit, est ajoutée « au crayon« , indique l’éditeur (L’Herne) ;

    et de la main de Cioran lui-même,

    indique immédiatement (page 7) Alain Paruit en sa lumineuse préface de deux pages, intitulée « La Métamorphose » :

    …

    « C’est la guerre. Cioran est à Paris

    _ depuis 1937 : « alors titulaire d’une bourse (maintenue jusqu’en 1944) de l’Institut culturel français de Bucarest, il s’était inscrit pour terminer sa thèse de licence sur Bergson à la Sorbonne« , précise encore, page 10, et sous la plume de L. T., cette fois, une très courte « Note biographique«  de deux pages).

    Il écrit au crayon, à gros traits appuyés, « 1941″, comme il aurait écrit le mot « FIN » sur son manuscrit, ce texte qu’il a intitulé « De la France« , en pensant aux moralistes du XVIIIème

    _ ou/et du XVIIème ?.. :

    ce sont La Rochefoucauld et Pascal, qui sont cités (une et sept fois : c’est lui le plus, et de loin !, régulièrement évoqué de tous les auteurs !), bien plus que Mme du Deffand ou Voltaire (les seuls mentionnés, d’ailleurs, de tout le XVIIIème siècle ; et à la seule page 12 :

    « Comme je me serais rafraîchi à l’ombre de la sagesse ironique de Madame du Deffand, peut-être la personne la plus clairvoyante de ce siècle ! « Je ne trouve en moi que le néant ; et il est aussi mauvais de trouver le néant en soi qu’il serait heureux d’être resté dans le néant. » Et Cioran _ l’auteur du « Précis de décomposition«  et de « De l »inconvénient d’être né » _ d’ajouter : « En comparaison, Voltaire, son ami, qui disait « je suis né tué », est un bouffon savant et laborieux. Le néant dans un salon, quelle définition du prestige !«  (page 12, donc) ;

    alors que le nom de « Pascal » revient, lui, le plus et presque continument : aux pages 17, 18, 25, 29, 31, 77 et 85… :

    au hit-parade des noms cités en ce « De la France« ,

    outre celui de « Napoléon«  (cinq fois),

    je relève ceux de « Paul Valéry » _ pour lequel « l’homme est un animal né pour la conversation« … _ et « Baudelaire«  (quatre fois) ,

    de « Racine » (trois fois)

    et de « Madame du Deffand« , « Bergson« , « Rameau » et « Debussy » (deux fois chacun)… ;

    et si je poursuis mon listing (un palmarès éminemment significatif !), pour une occurrence unique,

    voici les noms assurément représentatifs de l’« esprit français«  de « Voltaire« , « Chateaubriand« , « Claude Lorrain » _ « honteux de rêver »… _, « La Rochefoucauld« , « Joachim du Bellay« , « Descartes« , « Rameau« , « Couperin«  _ avec « leur délicatesse et leur refus du tumulte » si rares, page 30 _, « Berlioz« , « César Franck« , « Rousseau« , « Montaigne » _ ou « la douceur«  qui « veille« .., page 70 _ , « Monet » _ dont « un paysage épuise la poésie du visible« … _, « Mallarmé« , « Van Gogh« , et, pour finir en beauté, « François de Sales » :

    les « français d’adoption » (ou de récente date : Napoléon…) n’étant pas les moins « importants » :  Henri Bergson, Claude Lorrain, César Franck, Jean-Jacques Rousseau, Vincent Van Gogh et François de Sales… ;

    fin de l’incise ! _,

    …

    en pensant aux moralistes du XVIIIème _ je reprends l’élan de la phrase d’Alain Paruit _,

    en pressentant peut-être déjà qu’il les rejoindra un jour,

    ne serait-ce que par le style qui en l’occurrence est « contenu ».

    Ne crayonne-t-il pas son portrait prémonitoire _ oui ! _ lorsqu’il les compare aux grands créateurs étrangers ?« 

    _ que sont, dans l’ordre d’apparition des noms dans l’essai : Ruysdael, Dante, Eschyle, Shakespeare, Maître Eckart, Ruysbroeck, Bach, Michel-Ange, Beethoven, Dostoïevski, Novalis et Cervantès…

    …

    On mesure l’importance de cet éloge, par Cioran,

    pour la civilisation d’un « pays » _ celui-là même « du dialogue« , la formule se trouve à la page 34 _ à l’heure même _ depuis juin 40 _ de sa « chute« ,

    à l’occasion d’une méditation détaillée sur 84 pages (de la page 11 à la page 94) sur une « décadence« .

    …

    D’autres, aimant un peu moins, semble-t-il, la « spécificité française« , en la sapant de leur politique prétendument « moderne » _ = d’aggiornamento « mondialiste« … _,

    pourraient en prendre acte,

    dont les parents et grands-parents _ qui de Budapest, qui de Salonique… _ ont pourtant choisi aux heures les plus difficiles pour leur « survie » même, la France _ et sa « civilisation » !!!

    …

    Cioran, page 45 :

    « La France « éternelle », avant de se perdre, deviendra un pays comme les autres«  :

    qu’on le médite un peu davantage, donc, en notre actualité de 2009 !…

    …
    Et page 50, toujours à propos de « la France » et des « Français« , à l’heure sonnant, paraît-il, de l’ »individualisme » mondialisé (des marchés !) :

    « Un pays d’« êtres humains » et non d’individus« …

    …

    Ici,

    je voudrais citer et commenter une interview assez perspicace d’Alain Finkielkraut s’exprimant précisément sur ce « De la France«  de Cioran,

    en un article du 2 avril 2009 du Figaro : « Finkielkraut : « Pour Cioran, ce livre était une honte« , principalement à propos d’un autre livre (antérieur : un « livre sulfureux publié à Bucarest en 1936« ) de Cioran : « Transfiguration de la Roumanie » ;

    voici le passage particulièrement judicieux à mon goût sur ce « De la France« , en cet entretien d’Alain Finkielkraut avec Sébastien Lapaque :

    …

    « Cioran s’est arraché de la tentation totalitaire _ présente dans ce livre ensuite « regretté » et même « vilipendé«  par son auteur, Cioran, qu’est « Transfiguration de la Roumanie« , de 1936 : né le 8 avril 1911, Cioran avait alors vingt-cinq ans… _ en devenant un écrivain de langue française _ oui ! _ et en s’inscrivant en plein XXe siècle dans la lignée des moralistes classiques _ français. Les moralistes ne sont pas des gens qui font la morale, ce sont des gens qui divulguent une vérité douloureuse _ la formule d’Alain Finkielkraut est magnifique de justesse. Il rejoint leur camp dès 1941, à travers le texte charnière intitulé « Sur la France » _ « De la France« , plutôt ! _, qu’on découvre également. C’est un livre écrit en roumain, mais le style est déjà français _ absolument ! _, on le voit merveilleusement dans la traduction d’Alain Paruit _ en effet ! j’y applaudis des deux mains !.. Voir mes remarques plus haut ! Au fond, la réponse des moralistes, c’est la réponse de ceux qui ne sont pas dupes de Rousseau _ ni du « rousseauisme » qui va suivre… Formule magnifique encore (hélas ! ô combien juste !) à propos de ce fossoyeur, aussi, de la musique française, par sa si niaise (= caractérielle !) « résistance«  au génie de Rameau !.. Qu’on jette une oreille à l’accablant « Devin du village » dudit Rousseau pour s’en convaincre, face aux génialissimes « Boréades«  du merveilleux Rameau !!! D’un côté, il y a l’idée d’établir un régime sans mal _ d’où le chemin, méticuleusement pavé, de l’Enfer… _ en trouvant une solution politique _ dissolvante ! _ au problème _ d’existence et coexistence ! _ humain. Et de l’autre, une lucidité inquiète _ à l’infini de son (propre) souci critique et plein d’humour : mon modèle (personnel) étant ici un Montaigne et sa pratique, modeste, d’« essayeur«  ! _ qui nous vaccine _ oui ! la métaphore est excellente _ contre cette tentation. Le désespoir de Cioran ne le conduit d’ailleurs pas nécessairement à une vision noire de la nature humaine. J’ai relevé un passage extraordinaire dans ses « Cahiers«  :

    « Haine et événement sont synonymes. Là où il y a haine, quelque chose se passe. La bonté, au contraire, est statique. Elle conserve, elle arrête, elle manque de vertu historique, elle freine tout dynamisme _ en étant « égard » et « scrupule« … La bonté n’est pas complice du temps ; alors que la haine en est l’essence. »

    On n’imagine pas Cioran faire cet éloge de la bonté. Et pourtant. Lorsque s’évanouit l’idée d’établir un régime sans mal, reste ce que Vassili Grossman _ l’auteur (capital !) de l’immense « Vie et destin«  ; ainsi que de, avec Ilya Ehrenbourg, l’indisponible actuellement : on se demande bien pourquoi, « Le Livre noir« …  _ appelle la petite bonté, la bonté sans régime«  _ une expression encore d’une justesse formidable !

    …

    Bref, voilà un livre passionnant que ce « De la France«  :

    …
    par exemple, ceci, pages 13-14 :

    « Qu’a-t-elle aimé, la France ? Les styles _ au pluriel ! _, les plaisirs de l’intelligence, les salons, la raison, les petites perfections _ discrètes. L’expression précède la Nature. Il s’agit d’une culture de la forme _ oui ! _ qui recouvre les forces élémentaires et, sur tout jaillissement passionnel, étale le vernis bien pensé du raffinement.
    La vie _ quand elle n’est pas souffrance _ est jeu.

    Nous devons être reconnaissants à la France de l’avoir cultivé avec maestria et inspiration
    _ quelles brillantes expressions ! C’est d’elle que j’ai appris à ne me prendre au sérieux que dans l’obscurité et, en public, à me moquer de tout. Son école _ car c’en est une, sans didactisme pesant ! par le jeu : grave et léger à la fois… _ est celle d’une insouciance sautillante et parfumée. La bêtise voit partout des objectifs _ utilitaires : voilà le langage des « communiquants » !.. _ ; l’intelligence _ seulement _ des prétextes. Son grand art _ oui ! _ est dans la distinction _ n’est-ce pas, pauvre Pierre Bourdieu ?.. _ et la grâce de la superficialité _ celle-là même que le Nietzsche de « Humain trop humain » et du « Gai savoir«  enviait aussi, en plus des moralistes français, aux Grecs de l’Antiquité… Mettre du talent dans les choses de rien _ c’est-à-dire dans l’existence et dans les enseignements du monde _ est une initiation aux _ salubres _ doutes français.« 

    …
    Et ceci, sur le goût, pages 15-16 :

    « Un peuple de bon goût ne peut pas aimer le sublime, qui n’est _ alors… _ que la préférence du mauvais goût porté au monumental. La France considère tout ce qui dépasse la « forme » comme une pathologie du goût.« 

    « Le goût se place aux antipodes du sens métaphysique, il est la catégorie du visible _ à portée même de perception : un peu fine… Incapable de s’orienter _ c’est crucial _ dans l’embrouillement des essences, entretenues par la barbarie de la profondeur _ à plaisir embrumée _, il cajole _ avec douceur et non sans infiniment de délicatesse _ l’ondulation immédiate _ à portée de sens, d’aisthesis… _ des apparences _ cultivées… Ce qui n’enchante pas l’œil est une non-valeur : voici quelle semble être sa loi. Et qu’est-ce que l’œil ? L’organe de la superficialité éternelle _ la recherche de la proportion, la « peur » du manque de proportion définit son avidité pour les contours observés. L’architecture ornée selon l’immanence ; la peinture d’intérieur et le paysage, sans la suggestion des lointains intacts (Claude Lorrain _ un Ruysdael salonnard, honteux de rêver) ; la musique de la grâce accessible et du rythme mesuré, autant d’expressions de la proportion, de la négation de l’infini _ conjuré, davantage que nié… Le goût est beauté soupesée _ avec légèreté, délicatesse : sans la lourdeur d’une précision trop mécanique _ élevée au raffinement catégoriel. Les dangers et les fulminances du beau lui semblent des monstres _ qu’il éloigne _ ; l’infini, une chute«  _ dont il importe en permanence de se prémunir… :

    cette magnifique analyse dit tout de l’« acuité de perception«  du penser si remarquablement affiné de Cioran…

    …

    Et encore ceci, pages 86-87, à l’heure de la « mondialisation » :

    « Le risque auquel peut se confronter l’individu flottant au dessus des cultures

    est le « faux moi »,

    la perte de la mesure et du goût,

    le passage à des dimensions fallacieuses,

    à force de frayer avec des valeurs trop diverses.

    Les limitations de la France sont un antidote contre le faux moi _ oui ! _,

    elles sont un barrage du classicisme érigé contre les tendances à la disponibilité et au flou«  _ enivrés (à se perdre…) : ces formules sont magnifiques de lucidité !..

    « La France est une école de l’embrassement limité, une leçon contre le moi illimité«  _ cette formule encore, et le mot de « leçon », est superbe !

    Avec cet avertissement : « Qui n’est pas passé par là

    risque de vieillir en apprenti _ sorcier !.. _ des virtualités _ et des gouffres…

    Une âme vaste enclose dans les formes françaises,

    quel type d’humanité féconde !« , page 87.

    …

    Cioran s’inscrivant lui-même, en conclusion de son essai, page 93 (et en 1941 !), parmi ceux qui, « nés sous d’autres cieux«  et « issus d’un autre sang et d’autres coutumes«  sont devenus les « patriotes«  de la France !

    « N’avons-nous pas tous été, dans les crises, dans les accès ou dans les respirations durables, des patriotes français ?

    N’avons-nous pas aimé la France avec plus d’ardeur que ses fils ?

    N’avons-nous pas été nombreux, en provenance d’autres espaces, à l’embrasser comme le seul rêve terrestre _ en un lieu circonscrit et bien réel _ de notre désir ?« 

    …

    Et en une heure particulièrement menaçante pour la survie de la France, en 1941, donc,

    Cioran conclut ainsi son essai, page 94 :

    « Dans quelque direction, sur quelque plateau ou sentier que nous orientions nos pas,

    la France ne mourra pas seule,

    nous expierons ensemble le goût _ sien et chevillé à son corps _ de la fugacité« … 

    …

    Un très bel essai, et on ne peut plus « actuel« -« inactuel » _ à la Nietzsche _, que ce « De la France » de Cioran…

    …

    Titus Curiosus, ce 19 juillet 2009

  • L’enchantement du CD « Duphly » d’Elisabeth Joyé : une entrée « de rêve » dans le classicisisme musical français du XVIIIème siècle !

    Quelle merveille que le CD « Pièces de clavecin » de Jacques Duphly (1715-1789) que vient nous offrir la magnifique Elisabeth Joyé, sur le si beau « clavecin historique du château d’Assas«  (en Languedoc : clavecin qu’avait si bien servi, il y a quelque temps, Scott Ross, en son « intégrale » des 555 « Sonates » de Domenico Scarlatti… ; Scott Ross est mort au château d’Assas le 13 juin 1989 ; est-il besoin de le rappeler ?)

    que nous propose, ce début d’été 2009, Alpha :

    il s’agit du CD Alpha 150…

    …

    A mes yeux, voilà rien moins que le plus bel enregistrement de « musique baroque » de cette saison 2008-2009 ;

    et, mieux encore, une « entrée » rêvée dans la musique française de la période dite « baroque«  (de l’ »Orfeo » de Claudio Monteverdi, donné à la cour des Gonzague à Mantoue le 24 février 1607, à la mort de Jean-Sébastien Bach, à Leipzig, le 28 juillet 1750, pour aller au principal, et le dire trop vite… ;

    les quatre « Livres » de « Pièces de clavecin » de Jacques Duphly ont paru respectivement en février 1744, octobre 1748, janvier 1758 et le 14 juillet 1768, pour être précis !) :

    …

    un enchantement absolu en son élégance tranquille, heureuse,

    mais non dépourvue d’une certaine gravité,

    en ombre portée, tout simplement, et sans façons aucunes, en quelque sorte, de ses « jeux » :

    …

    à la Chardin, si l’on veut ; un presque parfait contemporain, aussi, c’est à noter : Paris, 1699 – Paris, 1779…

    …

    Car,

    de même que Chardin, qui s’est cantonné aux « Scènes de genre » et aux « Natures mortes » _ à l’exception de (très rares) « auto-portraits« … _, n’a pas accédé à la reconnaissance des « grands genres«  (la « peinture d’histoire« , le « portrait« , le « paysage« ),

    Jacques Duphly n’a pas recherché une carrière à la Cour _ « il n’eut jamais de position officielle« , l’a formulé François Lesure, en sa préface aux « Œuvres pour le clavecin » de Duphly, éditées par Françoise Petit en 1967… _ : il s’est contenté d’enseigner _ avec grand succès _ le clavecin à Paris, à partir de 1742 ;

    Pierre-Louis Daquin, affirme, en ses « Lettres sur les hommes célèbres sous le règne de Louis XV », en 1752, que les dons de claveciniste de Duphly étaient « supérieurs » ;

    qu’il eut raison de gagner Paris (plutôt que de demeurer en poste _ d’organiste _ à Rouen : Carmes, Saint-Louis, Saint-Éloi, Notre-Dame de la Ronde ; ou Évreux : la cathédrale) ;

    Paris où « il passe pour un très bon claveciniste » ;

    précisant encore qu’« on lui trouve beaucoup de légèreté dans le toucher et une certaine mollesse _ « morbidezza« , en italien, c’est-à-dire « douceur« , « tendresse« , au lieu de « dureté« … _, qui, soutenue par des grâces, rend à merveille le caractère de plusieurs de ses pièces« .

    Et Pascal Taskin _ (1723-1793) le « maître-facteur«  de clavecins de l’époque à Paris : « Facteur de Clavessins & Garde des Instruments de Musique du Roi, Eleve & Successeur de m. blanchet, demeure Même Maison, rue de la Verrerie, vis-à-vis la petite porte de S. Merry, a. paris« , comme lui-même se présentait… _ le tient pour un des meilleurs professeurs du moment…

    …

    Dans le livret du CD, Marie Demeilliez rappelle, page 12, à propos de la « notoriété » et « carrière » de musicien à Paris de Duphly,

    que « s’affirmant dès son arrivée à Paris comme l’un des meilleurs clavecinistes de son temps,

    il est l’un des rares musiciens français du XVIIIème siècle à pouvoir vivre de la composition et de l’enseignement du clavecin« .

    …

    Jacques Duphly, « né à Rouen en 1715« , est le « petit-fils du célèbre organiste Jacques Boyvin (1655-1706)« , et « l’élève de François d’Agincourt _ Rouen, 1684 – Rouen, 1758 _, alors titulaire de l’instrument de la cathédrale _ de Rouen _ et organiste de la Chapelle royale » _ à Versailles.

    …

    Cette « gravité« -là, de ton, est parfaitement sensible dans le jeu,

    et la façon de faire sonner le clavecin « historique » du château d’Assas,

    d’Elisabeth Joyé :

    on le constate à comparer l’écoute de ce CD « Duphly » Alpha 150

    à celle du CD « Duphly » Séon du maître Gustav Leonhardt,

    enregistré à la Doopsgezinde Kerk d’Amsterdam en janvier 1973, sur un clavecin David Rubio en 1972, d’après un original de Pascal Taskin (1723-1793, donc) ; et produit par Wolf Erichson…

    …

    Si l’on compare cet enregistrement-ci (CD Alpha 150) d’Elisabeth Joyé

    à l’ »Intégrale  de l’Œuvre pour clavecin » _ c’est-à-dire de l’ensemble des « pièces » des quatre « Livres« … _ enregistrée par Yannick Le Gaillard pour ADDA en 1988,

    soit la durée de la sélection par Elisabeth Joyé (= de 14 titres) pour le CD Alpha : 75 minutes,

    vis-à-vis des 223 minutes de l’ »Intégrale » (soit 51 titres) de Yannick Le Gaillard en 4 CDs,

    on mesure la portée (et le goût !) de la sélection : un tiers de la musique publiée…

    …

    Une pièce seulement des livres II (« La Félix« ) et IV (« La Pothoüin« ) _ ces deux pièces choisies aussi parmi les onze de la sélection de Gustav Leonhardt, en 1973 _ ;

    mais sept du « Premier Livre » et cinq du « Troisième Livre«  :

    …

    dans son livret pour l’ »Intégrale » de Yannick Le Gaillard,

    Jacques Drillon qualifiait le « Premier Livre«  de « traditionnel«  : payant son tribut « aux aînés et à leur puissante leçon » ;

    « le deuxième écrit dans l’euphorie du succès est beaucoup plus italien«  ;

    « le troisième est le livre de la maturité : Duphly y intègre certaines de ses plus grandes pièces, comme sa chaconne, et de l’inspiration la plus élevée, comme « La Forqueray », ou « la Médée » »… ;

    allant jusqu’à qualifier le « quatrième livre«  de « celui d’une certaine décadence« , comme si « le clavecin et sa musique ne pouvaient » plus que difficilement « survivre à leur propre somptuosité« … 

    …

    Dans sa préface, en ouverture au livret du disque d’Elisabeth Joyé,

    Jean-Paul Combet se déclare « particulièrement touché que cet enregistrement d’Elisabeth Joyé ait pu s’inscrire dans la mémoire d’un lieu » tel que le château d’Assas (il vient d’évoquer la « trace artistique » de Scott Ross : « intacte » !).

    Et il poursuit, à propos de la si remarquable interprète _ à laquelle rendent fort bien justice, quant à ses « sentiments« , les six photos prises d’elle à Assas _  :

    « Cette grande pédagogue, si attentive à l’accomplissement de ses élèves (nombreux et illustres ! _ à commencer par Benjamin Alard et Sébastien Delage que j’ai déjà eu l’occasion de citer… _), sait comme personne ciseler le son et faire chanter le clavecin,

    faussement réputé inexpressif.« 

    …

    Puis :

    « Avec Duphly, ce sont les derniers feux de la grande tradition française du clavecin qui brillent _ et avec quelle profondeur et douceur de « charme » ! _ avec l’éclat de ce qui va disparaître.« 

    …

    Pour conclure :

    « L’enregistrement, longuement pensé, préparé et mûri _ oui : avec la splendide fraîcheur de la spontanéité, elle aussi, et comment ! présente !.. _ ne pouvait avoir lieu qu’ici, à Assas, où vivent les _ couperiniennes _ « ombres errantes » de la musique française.« 

    …

    On ne saurait mieux dire !!!

    …
    Et plutôt que de vouloir « voir en Duphly le « Chopin du clavecin » »,

    comme l’évoquait en son livret de 1989 Jacques Drillon,

    c’est plutôt du côté de Debussy que j’irais rechercher quelque « comparaison » (mutatis mutandis !) de style musical,

    en m’appuyant sur l’analyse du génie de « Claude de France » faite par Jean-Yves Tadié en son beau « Songe musical _ Claude Debussy« …

    Cf à ce propos mon article du 10 mars 2009 : « la poétique musicale du rêve des “Jardins sous la pluie”, voire “La Mer”, de Claude Debussy, sous le regard aigu de Jean-Yves Tadié« …

    …

    Un disque d’autant plus beau que sobrement délicat et chantant, en ses moindres souffles et inflexions, que ce CD « Jacques Duphly : Pièces de Clavecin » (CD Alpha 150) par la magique, discrète, délicate, justissime Elisabeth Joyé…

    …
    Titus Curiosus, le 15 juillet 2009