Étiquette : Gustave Samazeuilh

  • L’enchantement Louis Aubert (suite) : la très heureuse confirmation du CD Grand Piano « L. Aubert – Sillages – Violin Sonata – Habanera – Feuille d’images » de Jean-Pierre Armengaud, piano, Alessandro Fagiuoli, violon, et Olivier Chauzu, piano, enregistré en 2012, 2013 et 2014 ; Louis Aubert, immense compositeur, à redécouvrir !..

    Suite à ma découverte, éblouie, du « Sillages » Op. 27 (1908 – 1912) de Louis Aubert sous les doigts lumineux d’Aline Piboule en son passionnant CD Printemps des Arts de Monte-Carlo PRI033 « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » – enregistré à Monaco du 29 juin au 2 juillet 2020 – – cf mon article « L’infini talent, justissime, d’Aline Piboule (suite) : la perfection radieuse élégantissime de son « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert (1877 – 1968), un pur chef d’œuvre à redécouvrir ! » en date du 6 mai dernier – ,

    et à ma commande auprès de mon disquaire préféré, puis réception, du CD Grand Piano GP 648 « L. Aubert – Sillages – Violin Sonata – Habanera – Feuille d’images » de Jean-Pierre Armengaud, piano, Alessandro Fagiuoli, violon, et Olivier Chauzu, piano – enregistré à Ivry-sur-Seine du 5 au 7 décembre 2012, puis le 30 mai et le 1er juin, et le 5 décembre 2013 et aussi les 14 et 15 mars, 25 juin et enfin 15 septembre 2014 – ,

    il me faut absolument témoigner aujourd’hui de ma très intense admiration pour le génie musical du compositeur magnifique qu’est Louis Aubert (Paramé, 19 février 1877 – Paris, 8 janvier 1968) !

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    Dont sa très fine oreille avait fait écrire, d’expert, à Vladimir Jankélévitch, en un article intitulé « Louis Aubert« , paru dans le n°8 de la revue Scherzo au mois d’octobre 1976, ceci,

    d’éminemment significatif :

    « N’eût-il écrit que « Sillages« , les « Poèmes arabes«  et la « Sonate pour piano et violon« , Louis Aubert serait déjà l’un des plus grands musiciens français » – mazette ! Quel compliment !..

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    J’ajoute aussi ici cette superbe appréciation de Jean-Alain Joubert en son « Hommage à Louis Aubert (19 février 1877 – 9 janvier 1968) » selon laquelle ce triptyque pour piano « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert, fait partie des « quatre plus importants triptyques de la musique pour piano du début du XXe siècle« , avec « Gaspard de la nuit » de Maurice Ravel, « Ombres » de Florent Schmitt et « Le Chant de la mer » de Gustave Samazeuilh… 

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    À l’écoute donc, sur ma platine,  de ce CD Grand Piano GP 648 « L. Aubert – Sillages – Violin Sonata – Habanera – Feuille d’images » de Jean-Pierre Armengaud, piano, Alessandro Fagiuoli, violon, et Olivier Chauzu, piano,

    il me faut aussi réviser une toute première – superficielle – opinion portée sur son « Feuille d’images » – pour piano à 4 mains – , publié en 1930, que j’avais trouvé – à une première écoute ; cf aussi mon article du 21 juin 2024 « Un ravissant programme d’ »Enfantines » (Bizet – Debussy – Fauré – Ravel – Aubert) par les délicieux Ludmila Berlinskaya et Arthur Ancelle, en un très réussi CD « Passage secret » musical vers nos jeux de l’enfance…« … – un peu trop expérimental, froid, haché, ce qui n’est pas du tout mon ressenti maintenant sous les doigts savoureux, doux et fluides – écoutez ici ! – de Jean-Pierre Armengaud et Olivier Chauzu : c’est absolument délicieux !..

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    Un immense compositeur, Louis Aubert, à vraiment re-découvrir !

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    Ce vendredi 22 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’infini talent, justissime, d’Aline Piboule (suite) : la perfection radieuse élégantissime de son « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert (1877 – 1968), un pur chef d’œuvre à redécouvrir !

    Ayant reçu hier, chez mon disquaire préféré, la commande du CD Printemps des Arts de Monte-Carlo PRI033 « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » – on peut en lire ici le livret détaillé… –  d’Aline Piboule au piano – un CD enregistré à Monaco du 29 juin au 2 juillet 2020 – ,

    il me faut absolument témoigner, une nouvelle fois, de mon intense admiration pour l’infini talent, tellement juste – à la fois profond et infiniment fluide, subtil et élégant : justissime ! – , de celle-ci, tout particulièrement dans la musique française du XXe siècle, et ici dans l’interprétation des compositeurs Gustave Samazeuilh (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 août 1867), Abel Decaux (Auffray, 11 février 1869 – Paris, 19 mars 1943), Pierre-Octave Ferroud (Chasselay, 6 janvier 1900 – Debrecen 17 août 1936) et Louis Aubert (Paramé, 19 février 1877 – Paris, 9 janvier 1968), tous plus ou moins proches de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937),

    et tout spécialement dans ce chef d’œuvre pas assez couru par les interprètes qu’est le merveilleux « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert, composé de 1908 à 1912, et créé à Paris salle Érard par Lucien Wurmser, le 19 février 1913. Et c’est pour moi le sommet absolu de ce récital…

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    Admirez cette vidéo de « Sur le rivage » (6′ 57), ce podcast de « Socorry » (7’00), et cette vidéo de « Dans la nuit » (5’15),

    les 3 pièces qui composent le « Sillages » de Louis Aubert… 

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    En cherchant un peu des articles à propos de ce très remarquable CD « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » d’Aline Piboule,

    j’ai trouvé celui-ci, intitulé « Marines« , sous la plume de Jean-Charles Hoffelé, en date du 29 mars 2021,

    même si celui-ci ne met pas l’accent sur ce qui, moi, me touche, me séduit, et m’enthousiasme :

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    MARINES

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    Clairs de lune – d’Abel Decaux, publié en 1913 – reste l’un des recueils les plus surprenants – en effet ! – des premières années du XXe siècle, la tonalité s’y abolit, certes ce pourrait être un manifeste de la modernité, et singulièrement en avance dans le paysage musical français, mais comme jadis Marie Catherine-Girod et à revers de Marc-André Hamelin, Aline Piboule ne l’entend pas ainsi.

    Elle est d’abord sensible à l’étrangeté – oui – de ces musiques raréfiées, à leur goût de souffre, à leurs allures de gibet – oui, oui… Tout un monde sonore – davantage même que musical, probablement… – inquiet – et assourdi – , jusque dans son minimalisme, où la musique du silence – à la Mompou (1893 – 1987), oui ; même si sa magique Musica callada ne sera composée qu’entre 1959 et 1967… – s’invite. Elle entrevoit dans la profondeur d’un beau Bösendorfer les abîmes emplis de glas dont s’envolent d’autres noctuelles un peu succubes. Il faut une sacrée imagination – oui – pour incarner – voilà ! – ces fantasmagories, et un sens du toucher – merveilleux ! – , du jeu de pédale, des couleurs, qui puissent les sauver d’une abstraction univoque – et c’est idéalement réussi ! Toute grande version – et c’est encore un euphémisme…

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    L’album s’ouvre sur l’onde marine au clair de lune que Gustav Samazeuilh a saisi – en son « Chant de la mer«  dont c’est le deuxième volet : composée au pays basque (en 1918- 1919), l’œuvre a été créée par Marguerite Long le 20 mars 1920 –  dans son miroitement secret, grande pièce – oui ! – d’une sensualité diffuse – oui – , à revers – lumineux, tendre, ensoleillé – du sinistre clair de lune sur la mer qui clôt le recueil de Decaux.

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    Le disque se refermera par le triptyque admirable – encore un euphémisme – que Louis Aubert composera entre 1908 et 1912, ces Sillages – créés donc le 19 février 1913 – aussi impressionnistes que tout ce que Debussy écrivait alors, harmonies mordorées qui entêtent un clavier fuligineux, plein de parfums, exigeant une vraie science pianistique – oui ! mais jamais surexposée : toujours avec une parfaite élégance… – de son interprète – et inspirés par la verte campagne dominant l’Océan Atlantique à Urrugne, à la chapelle de Socorry, dont le site, isolé et magnifique, est très inspirant ! Et Louis Aubert a adoré le Pays basque de son ami Maurice Ravel…

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    Pour briser – un peu – ces marines, Aline Piboule intercale les – satiriques – Types de Ferroud, titres à la Satie, mais piano opulent jusque dans la charge, avec un peu d’Espagne – L’heure espagnole de Maurice Ravel a été créée à Paris le 19 mars 1911… – pour Vieux beau et un salut à la Phi-Phi de Christiné, une pincée de fausse ironie pour Bourgeoise de qualité, et un strepitoso de trader pour Businessman. Son œuvre de piano mériterait un bel album monographique.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Gustave Samazeuilh
    (1877-1967)

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    Le chant de la mer
    (extrait : II. Clair de lune au large)

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    Abel Decaux (1869-1943)

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    Clairs de lune

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    Pierre-Octave Ferroud(1900-1936)

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    Types

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    Louis Aubert (1877-1968)

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    Sillages, Op. 27

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    Aline Piboule, piano
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    Un album du label Printemps des Arts de Monte-Carlo PR1033

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    Photo à la une : la pianiste Aline Piboule – Photo : © Jean-Baptiste Millot

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    Et je joins aussi ici ce très bel « Hommage à Louis Aubert (19 février 1877 – 9 janvier 1968) » de Jean-Alain Joubert, rédigé du 2 au 5 janvier 2009) :

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    Hommage à Louis Aubert

    19 février 1877 ― 9 janvier 1968 Jean Alain Joubert

    2 au 5 janvier 2009

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    La qualité aristocratique et distante de l’art de Louis Aubert est sans doute la raison principale qui l’éloigne d’une éclatante renommée 1. Robert Bernard

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    Nous étions en 1956 ou en 1957, aux Petites Brandes 2 près de Périgueux.

    Le vieil homme ne jouissait plus de la même notoriété qui avait été la sienne. On sait l’amertume qu’en éprouvèrent Jean Roger-Ducasse et Florent Schmitt. Le grand Fauré fut le maître aimé d’une cohorte d’élèves inspirés ; notre pays connut en ces temps une période de faste musical inégalé, fait qui devint suspect. L’impressionnisme musical se vit malmené par les rafales successives de courants modernistes, et cette pléiade de talents, à l’exception de Maurice Ravel qu’une mort prématurée avait laissé en pleine gloire, fut destinée à connaître un long purgatoire dont ils ne sont toujours pas réapparus aujourd’hui.

    Aubert en éprouvait sûrement de la tristesse, mais il n’avait perdu ni sa dignité, ni sa gravité distinguée. Nous étions en présence du plus parfait des gentlemen.

    Je n’en avais point croisé d’autres jusqu’à ce jour des vacances d’été où je marchais aux côtés de mon grand- père dans le chemin des bois, revenant vers la ferme où il vivait avec ma grand-mère.

    Louis Aubert s’avança pour le saluer et prendre des nouvelles de sa vie, de sa famille. Il l’interrogea sur moi… j’en étais tout intimidé… heureusement mon grand-père était là !

    Mais je garde un doux souvenir de cet homme déjà âgé, mince, un peu vouté et habillé comme à la ville, avec grande distinction. Il était plein de réserve et d’amabilité. Que ces gens de si courtoise éducation font défaut à nos vies d’aujourd’hui. Les croiser était comme un rayon de soleil humain sur nos modestes trajectoires. Aussi, tout naturellement, j’acquiesce au portrait très évocateur qu’en firent Bernard Gavoty et Daniel Lesur, en 1957 : « Ce petit monsieur affairé porte sur un torse bref, un peu voûté, une tête extraordinairement caractéristique. Une chevelure blanche l’auréole. Un nez courbe, tel un sabre, forme la proue du visage. Deux yeux d’une vivacité d’oiseau lui servent de phares. Il va, toujours pressé, d’un pas d’étudiant. Trois quarts de siècles ne l’ont guère vieilli ; Louis Aubert l’éternelle jeunesse ». L’enfant, à la voix de soprano « qui fit sensation parmi les maîtrises des églises », devint un homme « un peu sec, mais au regard fin et bienveillant, un compositeur distingué, sensible, dont la vigueur s’enveloppe de poésie 3 ». Un portrait de l’époque de Habanera (1918) nous le montre fort séduisant. Louis Aubert, un charmeur. En ses premières pièces pianistiques, Guy Sacre 4 s’agace qu’entre « deux mélodies au sirop de framboise » ce dandy… se laisse « aller à une pente délicieuse, celle qu’on voit à la même époque chez Reynaldo Hahn ». Il nous dira qu’un beau jour il fut sauvé de cette suave dérive ! Parlant de cette période assez naturelle où l’individu se recherche et où l’on peut se laisser séduire par

    1 Robert Bernard, Louis Aubert, La Revue Musicale n° VIII, 1927), p. 129.
    2 Lieu-dit de la commune de Coulounieix-Chamiers, situé à la sortie de Périgueux, sur la route de Bergerac.
    3 Paul Bertrand, Le Monde de la musique (Souvenirs d’un éditeur ), (Genève : La Palatine, 1947), p. 240
    4 Guy Sacre, La Musique de piano, dictionnaire de compositeurs et des œuvres, 2 vol. (Paris : Bouquins, Robert Laffont, 1998), page 105 du premier volume.

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    une certaine facilité, Vladimir Jankélévitch se veut plus nuancé, en notant que dans les premières pièces pour piano et mélodies « on découvre, une sorte de poésie rêveuse, un charme secret enfin où se trahit le disciple de Gabriel Fauré 5… ». D’une histoire entendue de la bouche de Madeleine Milhaud (savoureuse et peut-être un peu épicée par sa verve provençale naturelle) et du témoignage de Francis-Paul Demillac qui lui voue un affectueux souvenir, transparait effectivement l’image d’un éternel jeune homme, d’un éternel amoureux.

    Saveur et fraîcheur de la jeunesse sans doute dans ces Lutins de 1903 qui par leur jubilation font écho à Isle joyeuse de Debussy ― son contraire puisque cette Isle leur est postérieure de deux années ! et dans La Forêt bleue, féerie juvénile (composée en 1904, représentée seulement en 1913) géniale préfiguration de Ma Mère l’Oye (1910-1912).

    Louis Aubert reprit le chemin de Chabrier. Mon grand-père, me voyant intrigué, m’expliqua que le personnage qui venait de nous quitter composait de la musique. Savais-je à sept où à dix ans si cela existait (bien sûr ma grand-mère Marie-Rosalie écoutait souvent la radio et chantait avec Piaf et les autres !) ? Mais encore qu’il était à l’Académie 6 et connu et joué dans le monde entier ? Occasionnel et charmant voisin de mes grand- parents, un peu considérable tout de même ! En cette belle maison bourgeoise, carrée, vivait une de ses filles, son gendre et leurs enfants. Et je ne savais pas encore que Pierre, cet homme jeune et vigoureux, gendre du monsieur qui composait de la musique était ce Pierre que je connais bien aujourd’hui et que Marie-Françoise cette petite-fille d’alors, à peine plus âgée que moi, serait aujourd’hui une amie… Non, je ne savais pas ce que signifiait tout cela, ni Chabrier où je n’avais pas l’autorisation de me rendre seul, ni bien sûr La Daminthe à Belvès où bien plus tard, je ferais halte à maintes reprises. Il y eut, autour de ce Belvédère du Périgord Noir, les promenades autour du Moulin de la Pique et sur le chemin qui conduit à Puy-Chanat, lieux ou pendant la guerre avait trouvé refuge le compositeur. J’ignorais tout de cet univers, et de ces personnes plus favorisées que nous par le destin. D’ailleurs à cette époque (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où l’on est obligé de passer aux Petites Brandes pour rejoindre la route nationale), la « maison bourgeoise » avait sa propre sortie sur la route de Bergerac, et nous n’avions que peu de rapports avec ces lointains voisins.

    Et ce Monsieur, sur le chemin des bois, tellement distingué ? Mon grand père, en comparaison, me semblait jeune. La différence était, en effet, celle d’une génération, puisque Jean-Léopold avait vu le jour vingt années après Louis Aubert, en 1897, mais disparaissait en juillet 1972, seulement quatre ans après le décès du compositeur.

    Savais-je si les frondes luxuriantes des chênes centenaires entourant la belle demeure de Chabrier ― nom prédestiné ― avaient eu à s’émouvoir des prémices, voire de l’éclosion d’Offrande, ou de Cinéma ? Nous sommes dans le plausible. Comment aurais-je su alors que ce camarade de jeunesse de Ravel, condisciples dans la classe de Fauré, deviendrait un des plus proches amis du génial compositeur de Daphnis et Chloé (partition dont il refusa, nous conte Manuel Rosenthal 7, d’orchestrer le final, pour la plus grande gloire de Ravel). Ni chez le peintre Paul Sordes, ni chez Maurice Delage, il n’est fait mention de la présence de Louis Aubert. Pourtant il semble bien qu’il eu quelques rapports avec les « Apaches d’Auteuil ». Il commit même de la musique sur le poème Au pays de Léon-Paul Fargue, lui qui selon Valentine Hugo « percevait l’invisible » et pouvait espérer avec Aubert, comme avec Ravel qu’il « ouïsse l’inaudible » et lui donne vie !

    Cromac. La Maison sous les branches, Dont la fenêtre aux yeux en fleurs Écartait ses longues mains blanches, Doucement, sans bruit, sur ton cœur 8

    ΨΨΨ

    5 Vladimir Jankélévitch, Louis Aubert, Scherzo n° 6, octobre 1976, p. 17.
    6 En réalité de l’Institut de France, Académie des Beaux-Arts, en mai 1956.
    7 Manuel Rosenthal, Entretiens avec L. Florin, Bulletin n° 4, juillet 2003, des Amis de la musique française, p. 23.

    8 Léon-Paul Fargue, « Au pays », Pour la musique in Poésies (Paris : Gallimard, Collection Soleil, 1963), p. 150.

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    La France d’aujourd’hui qui ne sait plus rien, qui n’a plus le moindre goût pour la culture ― nos chefs de bataillon montrant ici le plus vil exemple ― sait-elle qui est cet homme discret et délicat, qui écrivait en 1907 ces Six Poèmes Arabes à qui Irma Kolassi donna une juste renommée (les enregistrant même à plusieurs reprises) en arrivant à Paris en 1949, de sa Grèce natale où elle quittait sa condisciple Maria Callas ? Si Paris à re-entendu ces dernières années des pages de sa Forêt bleue 9 ― qui avait connu un vif succès à sa création à Boston en 1913 et à sa reprise en 1924 à l’Opéra-Comique ―, qui garde souvenir de ce grand Monsieur, de cet aristocrate de la musique, qui s’exprimait dans un français d’exception à la radio ? Qui se souvient d’un de nos plus raffinés musiciens, de ses Sillages, subtile partition pianistique, émanant d’un pianiste particulièrement doué pour avoir créé les Valses nobles et sentimentales de son confrère et ami Maurice Ravel ? Le breton s’y souvient des paysages marins de son Paramé natal et de ses ballades en Pays Basque, une terre qu’il avait adoptée. Cette partition est conçue comme un vaste triptyque donné en création à Paris en janvier 1913. Nous faisions, une halte-pèlerinage, une fin d’été, à la chapelle Notre-Dame-de-Socorry ou Notre-Dame-du-bon- Secours à Urrugne, en souvenir de la seconde pièce de ces Sillages qui parle des heures qui passent et nous blessent, la dernière nous emportant vers la mort ; « Vulnerant omnes, ultima necat » est-il inscrit sur le cadran du clocher de l’église au cœur de ce village de la Côte Basque. Ce mouvement de habanera balance et s’accroit jusqu’à l’heure fatale et préfigure la Habanera pour orchestre de 1918 qui connaîtra une renommée internationale et sera dirigée par les plus grands chefs. On se demande d’ailleurs comment cette pièce, si justement populaire, ne s’est maintenue au programme d’aucun concert. La tradition hispanisante ouverte par Bizet eut de nobles et réguliers échos dans notre musique dite française. On sait que l’amitié entre Ravel et Aubert aura contribué à faire découvrir et aimer le Pays Basque Français et Espagnol au natif de Bretagne. D’où ces parfums ibériques, sensuels, chauds et lancinants chez un musicien qui n’y était pas prédestiné. Aubert se laisse encore fasciner par un Orient mauresque qui hante également les partitions de « son frère en art », Maurice Ravel.

    Qui peut écouter ses Saisons de 1937 sans ressentir le puissant lyrisme qui traverse cette splendide partition. Les voix en vocalises, utilisées en tant qu’instrument, sont associées dans l’impressionnisme musical, ainsi que l’analyse Michel Fleury, « à l’idée de vision et de lointain en rapport avec une certaine extase panthéiste 10 ».

    Autre notion chère à Aubert, le temps suspendu, qu’il exprime par l’usage des gammes et des harmonies modales dans Le Tombeau de Chateaubriand (1948). Cette fresque maritime est un hymne au grand écrivain et aux passions qu’ils partagent : les côtes de l’Armor, le vaste océan, le grand large, l’évasion et les édens lointains.

    9 Gustave Samazeuilh s’exprima, dans Musiciens de mon temps (Paris : la Renaissance du livre, 1947), sur ce conte lyrique de Louis Aubert (page 214 & 215). Souvenons-nous qu’au moment de la création de l’œuvre, le compositeur était âgé de quarante ans. Voici ce qu’il nous en dit : « Et je voudrais.. faire sa place à la Forêt bleue, de Louis Aubert qui mit naguère treize ans pour revenir de Boston à l’Opéra-Comique. Le poème, dû à Adolphe Chenevière, est tiré des Contes de Perrault. Si l’action y paraît un peu languissante, surtout au dernier acte, il convient à la nature du musicien de cette Habanera et de ces Poèmes arabes qu’ont justement répandus nos grands concerts. Je n’en veux pour preuve que la poésie élégiaque, l’habile disposition des fréquents chœurs, l’heureuse intervention des thèmes populaires, le tour aisé et allant, la déclamation soignée des dialogues entre le Chaperon Rouge et le Petit Poucet, vainqueurs de l’Ogre titubant et ventru, la sonorité d’un orchestre logiquement, mais toujours ingénieusement agencé. Ce sont là, j’imagine, assez de qualités pour qu’on oublie ce que la scène de la Belle au Bois dormant semble avoir de conventionnel, par suite d’une défaillance du poème à cet endroit, et pour que, sans insister outre mesure sur l’influence bien explicable de Gabriel Fauré et de Claude Debussy en divers épisodes, on apprécie dans cette Forêt bleue de jeunesse, cette recherche de l’expression sensible, d’une atmosphère évocatrice juste qui est vous le savez assez, à mes yeux, un rare mérite, et suffît à faire regretter que la rigueur d’un temps, si dur aux artistes, n’ait pas permis jusqu’ici à son auteur de donner au théâtre une nouvelle œuvre où puisse s’exprimer tout entière la maturité de son talent, comme au concert dans sa capiteuse Habanera, dans les Saisons, et dans cette récente Incantation, d’une si généreuse progression et d’une si brillante facture instrumentale… ».

    10 Michel Fleury, L’impressionnisme et la musique (Paris : Fayard, 1996), p. 122, note 58. Ce procédé fut utilisé par Delius (A song of the High Hills), Ravel (Daphis et Chloé), Aubert (Les Saisons), Vaughan Williams (Pastoral Symphony). L’auteur note que ce procédé révélateur fut utilisé la première fois dans un poème symphonique de Massenet intitulé Visions (1891).

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    N’y aura-t-il personne pour s’enchanter de la poétique Sonate pour violon et piano de 1927, dédiée à la mémoire de Gabriel Fauré, qu’illustra avec élégance et intention la violoniste Marie-Thérèse Ibos, nièce du compositeur accompagnée par Ina Marika au piano. On y trouve, en son Andante, une rémanence d’un thème qui apparait dans Crépuscules d’automne et Poèmes arabes, et « chaque fois ce thème nous parle de volupté, de passion contenue, de rivages lointains 11 ». Musique du soir, de la nuit, de la mer, de la femme…

    Qui enregistrera enfin la version moderne de cette ensorcelante Habanera, si élégamment défendue autrefois par Piero Coppola (en 1930) ou Charles Münch (en 1944) à la tête de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ? Que penser de la frilosité ou de l’ignorance de nos chefs figés à l’idée même d’avoir à s’illustrer dans la conduite de chefs-d’œuvres certifiés bien que méconnus.

    Si Aubert emporte le record de parcimonie en matière d’abondance vis à vis de son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, il dépasse cependant Paul Dukas ou Jean-Louis Florentz plus près de nous. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leurs univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchands du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 12.

    Si Aubert emporte, sur son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, le record de parcimonie, il dépasse cependant Paul Dukas ou, plus proche de nous, Jean-Louis Florentz. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leur univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchand du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 13.

    Aubert est un orchestrateur de premier ordre. Il le fut pour lui-même, il le fut pour les autres. La finesse de son oreille et sa connaissance précise et exceptionnelle du métier lui donnait cette capacité d’utiliser toutes les nuances de l’orchestre et de s’en servir en magicien. C’est le respect du message, du sens profond véhiculé par l’œuvre, qui le préserva, avec constance, des tentations de démonstrations éclatantes, inutiles et gratuites. Jamais ne s’adonna-t-il au jeu d’apprenti sorcier, seule l’inspiration guidait, avec une parcimonie réfléchie et méditée, sa démarche toute aristocratique que tous s’accordent à lui reconnaître. Ainsi que l’exprime parfaitement Robert Bernard « Louis Aubert… semble présenter un cas très rare, sinon unique, dans l’histoire de la musique, par le dosage merveilleusement équilibré de ces éléments qui s’opposent en général : le raffinement de la pensée, son expression totalement sincère et farouchement probe, d’une part, et, d’autre part, la pleine possession de la technique, de ce métier qui confine à la virtuosité 14 ».

    De concert avec l’auteur de La Revue Musicale, nous dirons : « Certainement, Aubert préfère être lu mille fois par un seul ; et, en tous cas, il a des admirateurs qui vivent dans l’intimité de son œuvre et qui savent que la beauté de la plupart des œuvres d’une haute valeur, ne se révèle dans sa plénitude que lorsqu’on l’étudie de près, qu’on s’en assimile les moindres intentions 15 ».

    ΨΨΨ

    « Simple et subtilissime tout ensemble… N’eût-il écrit que Sillages, les Poèmes arabes et la Sonate pour piano et violon, Louis Aubert serait déjà l’un des plus grands musiciens français. C’est peu dire que l’élégance de son

    11 Vladimir Jankélévitch, ibid., P. 17 & 18. 12 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    13 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    14 Robert Bernard, Ibid., p. 130.

    15 Robert Bernard, Ibid., p. 132.

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    écriture est souveraine et son goût pour ainsi dire infaillible, qu’il n’a ignoré aucun des suprêmes raffinements de la délectation sonore… Il y a chez cet artiste exquis, si épris d’ordre et de mesure, une certaine violence contenue que le souci de la forme ne suffit pas toujours à réprimer… Aussi la fougue alterne-t-elle dans ces pages tourmentées avec la rêverie indolente et le douloureux appassionato avec la volupté nonchalante… C’est une fine oreille que Louis Aubert ! Mais s’il n’était que cette fine oreille, il ne nous toucherait pas comme il nous touche… car celui qui n’est pas ému n’est pas non plus émouvant. Le plus important chez Louis Aubert, ― plus important que l’oreille, plus important que tout, c’est le cœur 16… ».

    Lors d’un entretien radiophonique de 1953, avec Georges Charbonnier, c’est Aubert lui-même qui confessait :

    Au fond pour moi, la musique est avant tout humaine, je ne vous le cache pas…

    16 Vladimir Jankélévitch, ibid., p. 20.

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    Louis Aubert : un compositeur qu’il nous faut donc impérativement redécouvrir !!

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    Et quelle intelligence ultra-sensible de la musique caractérise décidément la parfaite droiture du subtil et profond, fluide et si élégant jeu de piano d’Aline Piboule !

    C’est superbe de douce autorité et plus parfaite évidence musicale…

    Merci !

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    Ce mercredi 6 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A la rubrique « Saint-Jean-de-Luz », le détail du concert de Marguerite Long au Golf-Hôtel (de Saint-Jean-de-Luz) le 17 septembre 1918 : Beethoven, Fauré, Chopin, Albeniz, Samazeuilh, Debussy, Liszt, mais pas « Le Tombeau de Couperin » de Maurice Ravel, pour lequel elle n’était pas encore tout à fait émotivement prête…

    En complément de son très précieux courriel d’avant-hier lundi 29 avril en réponse immédiate à l’envoi de mon article « « ,

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    Manuel Cornejo m’adresse ce mercredi 1er mai, à 00h 05, ces très intéressantes précisions-ci :

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    Cher Francis Lippa et ami,
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    Merci beaucoup pour votre article, que je trouve de retour d’une nouvelle journée de recherches dans des archives avec encore de petites découvertes, que je garde secrètes jusque 2025…
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    Je tiens juste à faire deux précisions _ merci ! les précisions sont toujours grandement utiles, ne serait-ce que, et d’abord, pour d’ultérieures recherches : le moindre détail pouvant constituer un formidable indice pour un bientôt fructueux questionnement ! _ :
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    1° le concert de Marguerite Long au Golf Hôtel eut lieu le 17 septembre 1918 _ voilà _ et elle y joua des morceaux de Beethoven, Fauré, Chopin, Albéniz, Samazeuilh _ ami de Ravel, notamment lors de leurs séjours de vacances à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz, compositeur bordelais (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 juin 1867), et que j’ai pu croiser peu de temps avant son décès au mois de juin 1967 , je me souviens de sa haute prestance, à quelques conférences de la Société de Philosophie de Bordeaux (Maurice Dupuy, sur Max Scheler ; Jean Hyppolite, Pensée formelle et Machine ; Etienne Borne, Ethique et Politique), dont je me trouve depuis plusieurs années être vice-président… _, Debussy et Liszt. Pour le détail de ce programme, sans Le Tombeau de Couperin…, voir en libre accès pour tous les internautes ma saisie effectuée dans la base de données Dezède à laquelle je collabore activement : https://dezede.org/evenements/id/92474
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    Et voici ici le détail de ce très beau programme de matinée à 15h 30 au Golf-Hôtel, donné le 17 septembre 1918 (la guerre n’était alors pas finie) pour le compte de la Société Charles Bordes, et au bénéfice des prisonniers de guerre nécessiteux de Saint-Jean-de-Luz, Ciboure et Urrugne :
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    2° mon édition de la correspondance, écrits et entretiens de Maurice Ravel de 2018 regroupant 2.700 documents est hélas épuisée mais… je prépare activement une édition revue, corrigée et augmentée pour 2025, 150e anniversaire de naissance,
    qui comportera environ 150 documents supplémentaires, avec, vous le verrez, des documents supplémentaires en lien avec Saint-Jean-de-Luz… _ ainsi que, peut-être, quelques découvertes miennes concernant la généalogie cibourienne et luzienne, côté Delouart, de Maurice Ravel ; cf à nouveau, et parmi bien d’autres de mon blog « En cherchant bien« , mes  articles « «  et «  » des 17 et 18 août 2022, qui en donnent une utile synthèse, et corrigent des erreurs de précédents biographes pas assez rigoureux de Ravel, concernant en particulier la grand-tante (et marraine) du petit Maurice, Gachucha Billac (Ciboure, 15 mai 1824 – Saint-Jean-de-Luz, 17 décembre 1902) :
    sur l’acte de décès d’Engrace Billac, « domestique, célibataire, âgée de quatre-vingt-trois ans, née à Ciboure, fille de feu Jacques Billac et de feue Marie Delouart, son épouse », décédée au 41 rue Gambetta, au domicile des Gaudin,  figurent les noms de ceux qui sont venus déclarer son décès : « Charles Gaudin, capitaine au long cours, âgé de vingt-sept ans, et Pierre Gaudin, employé, âgé de vingt-quatre ans, voisins (sic) de la défunte« , ces enfants Gaudin dont Gachucha Billac était, depuis leur naissance, la gouvernante (et au domicile desquels elle résidait, 41 rue Gambetta, et recevait son petit-neveu et filleul Maurice Ravel, ainsi ami d’enfance des enfants Gaudin…) :
    Charles Gaudin (Saint-Jean-de- Luz, 19 novembre 1875 – Bimbo, 12 septembre 1910), qui depuis le 28 septembre 1901 était l’époux de Magdeleine Hiriart (Saint-Jean de Luz, 11 mars 1875 – Saint-Jean-de-Luz, 19 juin 1968) la cousine au 3e degré de Maurice Ravel,
    et Piere Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 7 février 1878 – Oulches-Hurtebise, 12 novembre 1914), qui est, avec son frère Pascal Gaudin (Saint-Jean-de Luz, 31 janvier 1883 – Oulches-Hurtebise, 12 novembre 1914), le dédicataire du sublime « Rigaudon«  du sublime « Tombeau de Couperin«  de Maurice Ravel…
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    Ravelamente,
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    Voilà !

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    Toute vraie recherche demande méthode, confiance et optimisme, mémoire et imageance, ténacité, à la fois suite dans les idées et grande capacité d’ouverture, ainsi que, éventuellement, quelques amicales lumineuses, et un peu chanceuses _ telles des bouteilles lancées à la mer dont les messages finissent par rencontrer d’improbables destinataires inconnus, qui, y répondant, engagent une féconde conversation, un vrai dialogue… _, collaborations, en plus, et surtout, d’une vraie passion :

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    des qualités que possède Manuel Cornejo :

    et à nouveau bravo ! et grand merci à lui !..

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    Ce mercredi 1er mai 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Parmi l’offre discographique ravélienne (plus ou moins) récente, deux CDs de réunions d’oeuvres bien spécifiques : orchestrales, par John Wilson ; et pour violon et piano, par Elsa Grether et David Lively… Ou l’éloge du medium disque…

    Ce soir du jeudi 1er septembre 2022, 

    faisant une petite revue d’intéressantes _ ou enthousiasmantes ! _ productions discographiques ravéliennes des huit premiers mois de 2022,

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    je remarque d’une part le CD « Ravel Ma mère l’Oye Boléro (Premières recordings of original ballets) » du Sinfonia of London sous la direction de John Wilson _ le CD Chandos CHSA 5280  _

    et d’autre part le CD « Ravel Complete Works for violin and piano » d’Elsa Grether, violon, et David Lively, piano et direction _ le CD Aparté AP295.

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    Pour le premier, c’est, en effet, un article de Bertrand Balmitgere, « Les Œuvres orchestrales de Ravel chez Chandos : le choc John Wilson« , paru sur le site Crescendo le 20 février 2022,

    et pour le second, un article de Jean-Charles Hoffelé, « Paradis Ravel« , paru sur le site Discophilia, ce jour même, 1er septembre 2022,

    qui ont sollicité et retenu ici mon attention _ mais j’aime tant Ravel…

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    Les œuvres orchestrales de Ravel chez Chandos : le choc John Wilson

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    LE 20 FÉVRIER 2022 par Bertrand Balmitgere
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    Maurice Ravel(1875-1937) :

    La Valse, Ma Mère l’Oye (version ballet), Alborada del Gracioso, Pavane pour une infante défunte, Valses nobles et sentimentales, Bolero (version ballet 1928).

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    Sinfonia of London, John Wilson. 2021.

    Livret en français, anglais et allemand.

    83’45.

    Chandos. CHSA 5280

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    La musique peut tout entreprendre, tout oser et tout peindre pourvu qu’elle charme et reste enfin, et toujours, de la musique. Comment ne pas penser à ces mots essentiels de Maurice Ravel _ restant à interroger ce que Ravel dit bien avec son expression de « rester enfin, et toujours, de la musique«  ; et ne pas devenir autre chose de parasite… _ alors que nous allons évoquer le dernier enregistrement consacré à une partie _ seulement _ de ses œuvres orchestrales par l’excellent chef britannique John Wilson à la tête du Sinfonia of London. Ce disque est une véritable tempête musicale et bouleverse _ voilà _ notre regard sur un pan essentiel _ oui ! _ du répertoire occidental du XXe siècle.

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    A qui doit-on ce bonheur ? A La fidèle restitution des intentions du compositeur par la Ravel Edition, à un orchestre en fusion ou au regard neuf que nous apporte Wilson ? En tout cas la rencontre de ces trois ambitions fait des merveilles pour ne pas dire des étincelles… Pour compléter notre propos nous vous renvoyons à l’interview très éclairante donnée _ à Pierre-Jean Tribot, pour Crescendo _ par le chef il y a quelques semaines _ le 22 janvier 2022 _ au sujet de cet opus _ discographique du label Chandos.

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    Armé d’une légitimité musicologique grâce au travail des équipes de François Dru _ je le connais et l’apprécie (et l’ai rencontré, au moment de ses très remarquables travaux pour Jean-Paul Combet et Alpha, il y a déjà pas mal d’années : il nous a même interviewés une heure durant pour France-Musique lors de célébrations musicales à Versailles, pour le dixième anniversaire du CMBV, en 1997)… _, Wilson peut laisser aller toute sa virtuosité et son allant qui n’ont de pair que celles de sa formation. Quel tandem !

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    Commençons notre tour d’horizon de ce qui est sûrement le disque de l’année 2022 _ rien moins ! C’est dire le niveau de l’enthousiasme de Bertrand Balmitgere … _avec Bolero (dans la version originale et inédite ballet 1928) qui est hors norme et justifie à lui seul _ voilà ! _ l’achat de cet album _ et c’est fait désormais. On en prend plein les oreilles pendant près de quinze minutes, une véritable invitation à la danse qui ne laissera personne stoïque. On en redemande !

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    Le plus dur est fait !? C’est que ce l’on peut se dire après une telle réussite, mais Wilson et ses Londoniens ne s’arrêtent pas là ! La Valse est renversante (c’est le principe vous me direz mais c’est tellement rare…) ! Un tourbillon de sonorités et d’émotions entremêlées, bien servi par des cordes tout simplement hallucinantes. Nous avons rarement entendu cela ces dernières années. Il faut également encenser la prise de son _ de Ralph Couzens _ qui est superlative et participe à la totale réussite de ce projet.

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    Le ballet intégral Ma Mère l’Oye (dans sa version originale inédite telle que restituée par la Ravel Edition _ et c’est bien sûr à relever aussi… _), les Valses nobles et sentimentales et Alborada del gracioso ne sont pas en reste, mais c’est Pavane pour une infante défunte qui achève de nous convaincre. Le rythme lent, élégiaque, sensuel nous étreint littéralement pendant six minutes. Les hautbois chantent, la douceur des harpes, la retenue des cordes, la grâce flûtes tout est là. C’est parfois si beau la tristesse et la mélancolie _ tout particulièrement chez Ravel…

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    Son : 10 – Livret : 10 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

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    Bertrand Balmitgère

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    PARADIS RAVEL

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    Une Sonate avec un Blues, une autre Sonate qui regarde Debussy dans les yeux, un hommage à Fauré, un éblouissant numéro de virtuosité qui n’en est pas un (Tzigane), voilà tout ce que Ravel aura destiné au violon _ voilà _, capturant dans son écriture absolument originale les possibilités de l’instrument dont il magnifie les ondoiements et les griffes de chat.

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    Cette poésie fugace, cette opulence des couleurs, Elsa Grether les saisit du bout de l’archet, féline _ elle-même, donc, en son jeu _, subtile, d’une élégance sans failles, ravélienne absolument _ voilà _, et chantant comme les grands archets français, de Zino Francescatti à Jeanne Gautier, de Jacques Thibaud à Michèle Auclair, y auront chanté.

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    Le piano de David Lively n’est pas du genre à accompagner, d’ailleurs Ravel ne le lui permet pas : à lui l’imaginaire des timbres, soit gamelan, soit cymbalum, toujours impertinent, et poète aussi, et surtout un piano qui n’est pas qu’en noir et blanc : des couleurs, des respirations, des accents, du grand soleil et des sfumatos. Magnifique !, je rêve qu’il nous grave tout le piano solo, et les Concertos tant qu’à faire, car il a la sonorité naturellement ravélienne.

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    Tzigane fabuleux car jamais déboutonné, Première Sonate d’une eau de rêve, Sonate majeure pleine de fantasque, petites pièces parfaites (et de l’émotion dans les Mélodies hébraïques, même étranglées de pudeur), deux ajouts inédits, le songe du Concerto en sol pudiquement (et minimalement) arrangé par Samazeuilh _ je me souviens de lui aux derniers jours de sa vie (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 août 1967) : Gustave Samazeuilh, grand Monsieur très digne et extrêmement cultivé, était en effet un fidèle des conférences de la Société de Philosophie de Bordeaux, auxquelles il venait assister à l’Amphi Alline de la Faculté des Lettres, Cours Pasteur à Bordeaux, quand j’y étais étudiant… _, le Foxtrot de L’Enfant transformé café-concert par Asselin, quelle belle fête au cœur de l’été _ quel enthousiasme en cet article aussi…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Maurice Ravel (1875-1937)
    L’Œuvre complète pour violon et piano

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    Concerto pour piano et orchestra en sol majeur, M. 83 (extrait : II. Adagio assai – arr. pour violon et piano : Samazeuilh)

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    Sonate pour violon et piano No. 2, M. 77

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    Pièce en forme de Habanera, M. 51 (arr. pour violon et piano : Théodore Doney)

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    Sonate pour violon et piano No. 1, Op. posth., M. 12

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    Berceuse sur le nom de Gabriel Fauré, M. 74

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    Five o’Clock Foxtrot (d’après “L’Enfant et les sortilèges, M. 71”)
    (arr. pour violon et piano : André Asselin)

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    Kaddisch (arr. pour violon et piano : André Asselin)

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    L’Énigme éternelle (arr. pour violon et piano : Lucien Garban)

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    Tzigane, M. 76 (Rapsodie de concert)

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    Elsa Grether, violon
    David Lively, direction

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    Un album du label Aparté AP295
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    Photo à la une : la violoniste Elsa Grether et le pianiste David Lively – Photo : © DRà …

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    Réussir à saisir et donner, au concert comme au disque, l’extrême subtilité, si discrète, de la singulière magie enveloppante de l’infini profond mystère ravélien, au-delà de son extrême précision artisanale et étonnamment lumineuse clarté,

    n’est certes pas donné à tous les interprètes…

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    Il nous faut donc rendre infiniment grâce à ceux-ci,

    et remercier aussi le disque de nous permettre d’approfondir la découverte et l’enchantement de ces musiques ainsi interprétées à chaque ré-écoute et re-découverte, oui ! _ pour peu que nous y soyions nous-mêmes assez réceptifs : cela varie aussi… _, à loisir, de ces œuvres, telles qu’eux-mêmes, les interprètes, les ont rencontrées, ressenties, et ainsi données à en partager l’écoute, lors des prises des séances d’enregistrement en studio, ou du live du concert,

    grâce à la permanence un peu durable _ et renouvelable, améliorable surtout, en s’affinant… _, pour nous, mélomanes, de l’objet disque, ainsi écouté et ré-écouté…

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    La gratitude est grande…

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    L’enchantement _ miraculeux, ces rares fois-là, il faut le reconnaître, des prises de tels enregistrements (et j’en ai eu l’expérience personnelle : réussir les prises est toujours infiniment délicat et assez difficile)… _ étant à même ensuite, là, à notre écoute et ré-écoute du disque, de se renouveler et, mieux encore, enrichir, affiner, venir nous surprendre et ré-enchanter _ l’expérience-épreuve de la ré-écoute étant à la fois nécessaire, et l’indice-preuve (résistante) confirmant, ou venant infirmer, cela arrive, la qualité supérieure de l’interprétation de la musique…

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    Merci à de tels disques !

    Ce sont eux que nous attendons et désirons avec ardeur…

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    Ce jeudi 1er septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa