Étiquette : hasard

  • Langon rend hommage à un des inventeurs, langonnais, de la photographie en couleurs, en 1868 : Louis Ducos du Hauron

    En donnant le nom de Louis Ducos du Hauron à une de ses rues,

    la ville girondine de Langon

    rend hommage à un des inventeurs, en 1868 _ à Lectoure _, de la photographie en couleurs :

    …

    Louis Ducos du Hauron (Langon, 8 décembre 1837 – Agen, 31 août 1920),

    pour le centième anniversaire de l’année du décès de celui-ci.

    …

    …

    Louis Ducos du Hauron lors d'une démonstration à la Société française de Photographie en 1897. Il procède à la mise au point sur son Chromographoscope (bulletin SFP).
    …
    Louis Ducos du Hauron lors d’une démonstration à la Société française de Photographie en 1897. Il procède à la mise au point sur son Chromographoscope (bulletin SFP).
    …
    …

    …

    C’est un article _ un peu succinct _ du journal Sud-Ouest qui me l’a appris aujourd’hui :

    …

    « Langon rend hommage à l’inventeur de la photographie couleur« …

    …

    …

    Je remarque aussi que Louis Ducos du Hauron a _ au soir de sa vie _ vécu plusieurs années à Savigny-sur-Orge,

    là même où se trouve, depuis 1950, l’atelier de la famille Fresson.

    …

    …

    Bien sûr, j’ignore complètement si existe, entre cette similitude de lieux _ Savigny-sur-Orge _,

    la moindre corrélation tant soit peu effective : probablement que non… ;

    ou un absolu hasard…

    …

    …

    Ce mercredi 2 décembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Question : lesquels des « Tirages Fresson » de Bernard Plossu, sont ceux que je préfère ?..

    Pour commencer,

    et avant de répondre précisément à la question savoureuse _ et délicate _ de mon titre annoncé,

    …

    voici, en ouverture de mon « propos« ,

    …

    une sorte d’Avant-propos,

    …

    afin de situer un peu ce nouvel opus plossuien, de 2020, consacré à ses si fascinants « tirages Fresson« ,

    en une série

    comportant déjà, au moins

    _ d’autres m’échappant possiblement, voire probablement !.. _

    deux autres albums qui m’avaient, en 2008 et 2013,

    ébloui,

    fasciné,

    enthousiasmé,

    enchanté ;

    …

    et dont les exemplaires comportent chacun, de la main de Bernard, une dédicace personnelle :

    …

    « Pour mon ami Francis,

    ces 41 années en couleur » ;

    …

    et « Pour Francis et sa famille,

    with love et en couleur« …

    …

    …

    Le voici donc, ce petit Avant-propos : 

    …

    …

    En regardant bien soigneusement les 80 images du merveilleux « Tirages Fresson » de Bernard Plossu,

    qui vient tout juste de paraître aux Éditions Textuel, ce mois de septembre 2020,

    …

    j’ai à la fois repris

    le splendide « Plossu Couleurs Fresson » (catalogue d’exposition, à Nice, au Théâtre de la Photographie et de l’Image, en décembre 2007)

    et le magnifique « Couleurs Plossu _ séquences photographiques 1956 – 2013 » (aux Éditions Hazan, en juillet 2013),

    à des fins, déjà, de confrontation des images ;

    …

    et, surtout, je me suis demandé lesquelles de ces images,

    et pour quelles raisons,

    je préférais,

    entre toutes, en ce nouveau somptueux opus-Plossu…

    …

    …

    Bernard Plossu lui-même se méfie pas mal des critères d’appréciation des images _ et des siennes, aussi, forcément… _,

    rejetant le critère _ bien trop esthétisant (à la Sebastiaõ Salgado…) _ des « belles images« ,

    au profit des « bonnes images » ;

    qu’il prend soin, d’ailleurs, aussi, et tout aussitôt, de relativiser _ il me semble l’entendre le dire ! _ :

    …

    car de « mauvaises images« 

    peuvent bien s’avérer mille fois plus intéressantes,

    saisissantes,

    que les « bonnes« , et a fortiori _ bien trop _ « belles« …

    …

    Car c’est la vertu de vérité poétique _ invisible, pudique, cachée, et donc inaperçue jusqu’alors _ du réel _ le plus prosaïque ou quotidien, pas du tout spectaculaire… _ qu’il s’agit,

    et presque par hasard, et même par _ génial _ ratage,

    qu’il s’agit d’aider à _ lui-même, ce réel ; et paradoxalement sans soi (= sans narcissisme, ou exhibitionnisme aucun, de la part du photographe) _ se manifester,

    par la médiation la plus fine et légère possible,

    et instantanée _ l’espace d’un éclair ! _,

    de la capacité d’acuité du regard du photographe qui vient la « prendre« , la « capter« ,

    la « cueillir« , « accueillir » et « recueillir« , sur la pellicule elle-même très fine de son appareil-photo, 

    avec la plus grande douceur, pour ne pas la briser _ la heurter, lui faire violence… _,

    cette « vérité poétique » de l’image réelle approchée et ainsi entr’aperçue, 

    en son mystère secret,

    à la volée _ dansante _ miraculeuse de son fulgurant geste photographique…

    …

    Il y faut beaucoup d’attention-concentration,

    et sérénité…

    …

    …

    D’où la puissance d’émotion _ poétique, elle-même aussi, à son tour : venant partager un petit quelque chose de ce que vient proposer de follement délicat et ténu, mais incroyablement puissant, pour qui s’y penche, l’image contemplée… _ du regardeur

    _ là, sur la page du livre ou sur la cimaise d’exposition, s’offrant, en un présent intense, à son regard de regardeur de ces images disposées là et offertes _,

    de cette improbable, et modeste, nécessairement humble _ et dénuée de brusquerie : j’ai déjà parlé de la « douceur Plossu« … _, image :

    qui nous saisit, nous, regardeurs de ces images,

    d’étrange heureuse admiration…

    …

    …

    Ce mardi 3 novembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les apports de la table ronde de Bègles sur ce qu’a été, à Bordeaux et à Paris, Mai 68

    En mon très bref article d’hier après-midi

    je m’étais contenté d’annoncer la table ronde d’hier soir, à la salle Jean-Lurçat, à Bègles.

    …

    …

    Voici ce jour, un rapide aperçu sur ce que j’en ai pour ma part retiré,

    à travers un courriel _ qui n’a rien de personnel _ adressé à l’excellent Nicolas Patin :

    …

    …

    Cher Nicolas,

    …

    c’est avec le retard d’une nuit de sommeil
    que je m’avise de bien repenser (et y méditer un peu…) à vos échanges d’hier soir à Bègles.

    …

    Ce fut très riche, et donc intéressant.

    …

    Le seul (petit) « cheveu sur la soupe » de cette rencontre (et échanges impromptus) étant
    l’incongruité, là, du modérateur (Xavier Mauduit, né le 21 octobre 1974),
    totalement hors de l’affaire, lui,
    venu qu’il était de (et est resté sur) une toute autre planète _ la planète médiatique ! _ que celle de vous quatre, les intervenants (témoins et historiens) consultés ;
    et n’’aidant en rien à y comprendre quoi que ce soit,
    lui-même n’y entendant rien ; et ne faisant guère d’efforts, non plus pour y comprendre vraiment quelque chose…
    Seuls la lumière du projecteur et la portée du micro semblaient l’intéresser…

    …

    C’est vous qui auriez donc dû faire ce travail de modérateur,
    et à partir de votre propre (riche, lui, et expert) questionnement !

    …

    Mais Xavier Mauduit n’est _ ainsi que sa situation présente _
    que trop représentatif de l’état des acteurs de la scène médiatique télévisuelle !!!
    Et de sa fonction de leurre « poudre aux yeux »…

    …

    Même si votre position, Nicolas,
    _ celle d’historien
    (et forcément, par essence, a posteriori
    de ce qui mérite parfaitement ici le nom d’ « événements », survenus assez improbablement malgré tout,
    au moins dans le tissu qui s’est formé peu à peu de leur suite, de leur « aboutement » :
    d’où le terme de « hasard » prononcé à plusieurs reprises, et à très juste titre, par Laurent Joffrin !) _

    …

    même si votre position d’historien, Nicolas (vous qui êtes né le 26 février 1981),
    différait, forcément aussi, de la position de témoins _ voire d’acteurs _ des faits
    des trois autres intervenants :
    Joëlle Dusseau, née le 5 juillet 1947 ; Noël Mamère, né le 25 décembre 1948 ; Laurent Joffrin, né le 30 juin 1952.

    …

    Ce sont les témoignages de leur vécu singulier des événements _ Fabrice à Waterloo ?.. Ou un peu plus ?.. _
    qui auraient sans nul doute mérité d’être développés et creusés…
    Ce fut l’apport propre et probablement le plus fort de la soirée _ à mes yeux du moins.

    …

    Acteur (-actrice) des faits, c’est en effet le cas de Joëlle Dusseau à Bordeaux ; qui est historienne aussi (y compris de ces faits, en son Mai 68 à Bordeaux) :
    j’ai lu et son Marquet, et son Henriot… Vous savez que j’ai fait des recherches fouillées sur Georges Portmann…

    …

    Et sans doute « acteur des faits » est-ce aussi, au moins un peu, le cas de Laurent Mouchard-Joffrin, alors élève au lycée Lavoisier, dans le quartier latin,
    en tant qu’il fut membre du Comité d’Action Lycéen ces journées de mai-juin 1968.

    …

    Son père, Jean-Pierre Mouchard, est demeuré un proche de Jean-Marie Le Pen…

    …

    Mais Laurent Joffrin n’a pas parlé de ce contexte familial _ sinon que ce milieu « était de droite »…
    Ni non plus des 2 livres qu’il a écrits autour de Mai 68 :
    Mai 68 _ une histoire du mouvement (Points, 2008)
    C’était nous (Robert Laffont, 2004) : un roman…
    Il y a donc là quelque chose qui continue probablement de le travailler…
    De fait, il a lui aussi été très bien hier soir ; car très présent en permanence…

    …

    Noël Mamère était, lui _ à Sarlat ce mois de mai-là _ plus extérieur _ aux événements bordelais…

    …

    A part ça,
    vous-même avez été, cher Nicolas, et comme d’habitude, parfait :
    de compétence, de sérieux, de clarté (dans la synthèse comme dans l’analyse),
    ainsi que d’humour _ mêlé à votre omniprésente et judicieuse rigueur.

    Pour ne rien dire de vos trésors d’invention pédagogique !

    …

    Votre seul (petit) défaut (et dont vous êtes parfaitement innocent !) : ne pas avoir été un témoin ou un acteur des faits mêmes (les événements) de ce mai 68,
    sur le vif (de la bataille),
    mais seulement un essayant d’être
    autant que faire se peut _ puisque que vous êtes spécialiste surtout de l’Histoire allemande ; cf votre récent Krüger, un bourreau ordinaire _, et pour quelques soirs de ce printemps 2018,
    un peu leur historien aussi ; et forcément _ du fait de la discordance des dates et des impossibilités en résultant… _ historien a posteriori…
    Ce qui n’est certes en rien _ par cette possibilité même de simultanéité _ un défaut pour un historien, justement !!!

    …

    Vos lumières _ de contextualisation et dé-contextualisation : permettant l’intelligence de l’enchaînement même, extrêmement complexe, et comportant aussi du hasard, des faits advenus _ sont toujours très précieuses !
    Et en cela, vous êtes un acteur nécessaire et éclairant _ par votre léger déport lumineux dans le dialogue avec les témoins et acteurs de l’Histoire _ d’un tel échange…

    …

    Bien à vous, Nicolas,

    …

    Francis

    …
    …

    Pour qualifier de deux mots

    cet échange de deux heures de la table ronde du Centre Jean-Lurçat de Bègles, hier soir :

    …

    passionnant et instructif, donc.

    …

    …

    Et les plus jeunes parmi le public

    de ce 30 avril 2018

    n’étaient pas les moins attentifs et curieux d’apprendre

    et comprendre

    ce qui advint _ « une libération« , proposa Laurent Joffrin _

    il y a tout juste cinquante ans…

    …

    …

    Ce mardi 1er mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les enjeux de pouvoir de la curiosité libre et ouverte : le passionnant « Sérendipité _ Du conte au concept » de Sylvie Catellin, un livre salutaire !

    Rien n’est plus important pour le devenir même _ en qualité ! _ de la culture _  et cela en sa vérité même : contre les impostures de ce qui veut se faire passer (mensongèrement) pour « culture« … _,

    pour la poursuite à vaste échelle de son enrichissement au lieu de son appauvrissement (auto-destructeur) dans le crétinisme de masse du (misérable) psittacisme que savent si efficacement former et développer, à échelle mondiale, les publicitaires stipendiés, faiseurs d’addictions stupides _ d’achats, pour commencer, et pour finir (car c’est bien là leur alpha et leur omega !). ; cf Dany-Robert Dufour : Le Divin marché _ la révolution culturelle libérale… _,

    …

    que de cultiver vraiment _ et c’est un art ouvert, pas une technique fermée ! _, à commencer dans la pratique quotidienne de l’enseigner : l’enseignant doit apprendre, et sur le tas, en le faisant, à enseigner (how to teach) aux élèves comment eux-mêmes ils peuvent apprendre (how to learn) ! tout en mettant à leur disposition des références les plus judicieuses qui soient ! _ cf là-dessus le tout récent Transmettre, apprendre, de Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi ; et L’École, question philosophique, de Denis Kambouchner _,

    et à cela à tous les niveaux (sans exception) d’écoles, de formations, comme d’institutions de recherche,

    et de manière fondamentalement ouverte,

    …
    la faculté si méconnue et l’art _ étouffé, asphyxié ; mais aussi masqué et nié, en empêchant toute prise de conscience réelle et authentique _ de la sérendipité.

    …

    Au point que l’histoire du mot même qui réussit à les repérer, mettre en évidence et d’abord désigner, est terriblement récente : en usage en anglais, d’abord parmi les cercles de bibliophiles, depuis 1875 (plutôt que 1754, date de sa création _ et hapax pendant plus d’un siècle ! _ en une lettre privée de Horace Walpole à son ami et cousin Horace Mann, à partir du très vieux conte tamoul des Trois Princes de Sarendip, qui inspira aussi le Zadig de Voltaire, en 1748) ; en français depuis 1952, d’abord dans des cercles scientifiques soucieux d’épistémologie ; avant de devenir, mais non sans ambiguïté, fort à la mode au tournant des années 2000, via le web.
    …
    C’est à la double histoire de cette notion et de ce mot, et sa possibilité d’advenir peut-être enfin au statut de concept _ mais un concept fondamentalement paradoxal, comme sont déjà les concepts de génie et de création : l’étrangeté de ce mot exotique de « sérendipité« , tant géographiquement (Serendip = Ceylan) que historiquement (le récit d’origine remontant à la nuit des temps…), connotant fortement l’étrangeté de la chose même qu’il désigne, voisine d’un trafic de l’imagination complexe et probablement risqué, réservé à très peu d’initiés ; voire carrément tabou… _,
    que s’attache le livre très important et absolument passionnant _ tant par ses enjeux (y compris, et peut-être surtout) politiques et économiques, dans la répartition des pouvoirs (dont celui, capital, de créativité) auxquels accepter de consentir de partager avec davantage d’autres…), que par ses apports et analyses _ de Sylvie Catellin, Sérendipité _ du conte au concept, qui paraît ce mois de janvier aux Éditions du Seuil, collection Science ouverte.
    …
    La sérendipité est la faculté, ainsi que l’art infiniment précieux (de pratiquer celle-ci), de chercher et de trouver « par hasard et sagacité » _ une qualité cruciale ! et un mot lui-même trop bien oublié : Descartes s’y arrêtait fort justement… _ des choses que l’on ne cherchait pas au départ ;
    ou encore l’ »art de prêter attention _ un processus crucial ! de focalisation… _ à ce qui surprend et _ surtout _ d’en imaginer une interprétation pertinente » _ soit le raisonnement même que le génial Peirce qualifie d’« abduction« … _,
    grâce à « l’importance de la prise de conscience par le dialogue ou l’écriture, dans la découverte » même _ au lieu de tout laisser filer dans l’inaperçu à jamais.
    …
    D’où le « triptyque conceptuel qui pourrait devenir la devise d’une future _ heureusement féconde _ République des Lettres, des Arts et des Sciences : sérendipité / indisciplinarité / réflexivité » ;
    en mettant l’accent sur l’importance, dans la libido sciendi, de « la recherche comme implication subjective _ d’un soi qui entreprend de s’engager vraiment à rechercher sérieusement plus avant… _, qui sert _ aussi _ aux autres par cela même qu’elle est _ intensément, passionnément _ personnelle« .

    …
    Ce point est capital :

    le processus très riche de découverte par sérendipité implique en effet l’engagement personnel et singulier (et passionné) de la personne pensante _ et cela, chacun, un par un, et existentiellement ; à la fois à part soi, en même temps qu’en échangeant avec les autres ! et surtout avec les mieux qualifiés et ouverts (cf Kant : « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ?..« …), ainsi que dépourvus d’imposture (cf Roland Gori, La Fabrique des imposteurs…) _, en la formation _ nécessairement précise et nécessairement contextualisée en une culture apprise, mais aussi toujours mouvante, jamais arrêtée ni figée : soit une culture vraiment vivante, toujours ouverte, sur le qui-vive, en chantier actif, et pleinement à vif… _ de son expérience propre et, in fine, unique.

    Et qui sera à essayer _ aussi _ de partager avec d’autres personnes-sujets (et non individus-objets techniquement manipulables par d’autres !) en des récits précis et toujours relativement détaillés _ faisant place aux accidents et circonstances empiriques ; à l’ordre triomphant du contingent…

    …

    C’est en cela que « le récit d’enquête _ dans le conte déjà par exemple, tel celui des Trois Princes de Sarendip auquel se référait le curieux et érudit Walpole en 1754 ; ainsi que Voltaire, en 1748 _ est la meilleure démarche _ sans aller jusqu’à forcément passer par l’analyse conceptuelle _ pour transmettre _ in concreto dans une pratique, et en une adresse à des personnes chaque fois bien précises _ l’art de la sérendipité » :

    un art ouvert, subtil et délicat, non strictement duplicable tel quel (mais à transposer, avec esprit…), ni a fortiori massivement programmable par des machines… Et impossible de faire l’impasse de la formation, chacun un par un, de la personne propre !

    …

    En cela, et à quelque niveau que ce soit _ scientifique ou pédagogique, pour reprendre ne seraient-ce que ces deux niveaux cruciaux-là _,

    « il n’y a pas d’autres voies pour susciter la recherche _ à la fois en donner le désir et en esquisser des formes de premières pistes… _, que de raconter _ en son détail empirique et toujours particulier, voire singulier _ comment on cherche _ et, de fait _ on trouve » : soit « enseigner l’art de la recherche en la racontant«  _ ainsi que fait, par exemple, le magnifique récit de François Jacob La Statue intérieure…
    …
    Et cela, face aux tenants des œillères dogmatiques étroites et obtues d’un utilitarisme de rentabilité à courte vue et à tout crin, qui s’obstine, très paradoxalement, à ignorer « l’aspect _ fondamentalement _ imprévisible et non planifiable de la sérendipité«  _ ce qu’illustre, en France, le conflit qui opposa, dans l’entre-deux-guerres, Jean Perrin, partisan d’une science désintéressée et libre, à Henry Le Chatelier, tenant d’une conception utilitaire de la science industrielle ou appliquée, dirigée.
    …
    Car, et cela à toute échelle _ dans la plus modeste petite salle de classe, comme dans le laboratoire de recherche scientifique le plus pointu _,
    « la sérendipité justifie le _ fondamental et vital ! _ besoin de liberté et d’autonomie _ d’imageance active et ouverte à l’inconnu : un concept que m’a inspiré l’œuvre de mon amie Marie-José Mondzain _ des chercheurs » : face à ce qu’ils ignorent et vont pouvoir trouver _ chercheurs que doivent eux aussi être (ou devenir), et fondamentalement, en en prenant le goût, les élèves à l’école : « Edgar Morin _ page 25 de La Tête bien faite Penser la réforme, réformer la pensée, en 1999 _ a suggéré avec raison d’initier dès l’école l’art de la sérendipité« …

    …

    De même que « faire découvrir _ à d’autres _ la sérendipité, c’est _ leur _ faire comprendre que lorsque la science _ c’est-à-dire le chercheur qui tâtonne _ découvre,

    elle _ la science _ est un  art  » :

    celui qu’apprend à mettre en œuvre, et pas à pas, la personne même, singulière, de ce chercheur se livrant courageusement à sa patiente recherche _ un art complexe et jouissif (intensif, passionné) d’artisan qui invente et découvre (avec passion joyeuse et le plus grand sérieux cognitif, ensemble), donc, et non quelque technique mécanique programmable par quelque algorithme, aussi ingénieusement raffiné soit-il par les prouesses renouvelées et avancées de l’ingénierie informaticienne…

    …

    Là-dessus, lire l’ouverture génialissime du Métapsychologie de Freud, par lequel celui-ci,

    tout en offrant, en 1915, à ses détracteurs (qui lui déniaient la moindre légitimité scientifique), de premières formulations de concepts fondamentaux « clairs et rigoureusement définis« , ainsi que doit être en mesure de les fournir toute discipline revendiquant, au-delà du seul fétichisme du mot, le statut authentique de « science« , en l’occurrence ici une formulation des concepts de « Pulsion« , de « Refoulement« , d’« Inconscient« … ;

    par lequel Métapsychologie, donc, Freud fait très hautement entendre la priorité définitivement permanente et absolue du travail de recherche inventive du chercheur, à l’encontre des crispations arc-boutées sur le maintien sacro-saint de la théorie acquise ! ; autrement dit la priorité de l’activité créatrice et infiniment ouverte à jamais en son chantier, génialement féconde à cette condition, de la sérendipité !..

    …

    Et à cette priorité décisive de la recherche dans le devenir des sciences (du moins en leurs moments de « révolutions scientifiques« , selon Kuhn), Sylvie Catellin consacre des pages utiles aux apports (et limites) de Thomas Kuhn par rapport aux thèses de Karl Popper : La structure des révolutions scientifiques versus La Logique de la découverte scientifique…
    …
    Par là,

    « la sérendipité justifie le besoin de _ grande _ liberté et d’autonomie des chercheurs«  _ que tous, et pas seulement les scientifiques, nous humains sommes, dés le simple fait, largement ouvert et inventif (sauf niaiserie indurée à se contenter de répéter les clichés figés et arrêtés du discours dominant), du fait même de parler (et créer, et pas simplement répéter-reproduire, passivement et mécaniquement, nos phrases, comme le montre si bien Noam Chomsky : c’est en effet sur le champ, hic et nunc, que nous avons à construire nos phrases en les improvisant (voilà !) à partir des structures syntaxiques ouvertes et du vocabulaire de la langue reçue et partagée ; ensuite, « le style«  (quand « style » du discours il y a et advient : mais assez vite…) « est l’homme même« , comme l’a bien marqué Buffon… _, en favorisant « ces qualités les plus précieuses que sont la curiosité et la sérendipité, l’audace et la prise de risque » _ même si cela dérange certaines positions (arrêtées) de pouvoir acquises par certains…
    …
    Par ce qu’il est à même de modifier dans le partage _ toujours mouvant _ des pouvoirs entre les individus,

    cet enjeu culturel et pédagogique pleinement humain (et humaniste) de promouvoir l’ouverture puissante de la créativité par une culture de la sérendipité _ mais combien, a contrario, s’en méfient, et agissent pour la raréfier et stériliser, ou au moins réduire à des jeux insignifiants et suffisamment contrôlés… _,

    est donc rien moins que civilisationnel !
    …

    …

    Titus Curiosus, ce 24 février 2014