Étiquette : « Hôtel »

  • Je me souviens… : je me souviens de Felicity Lott chantant sublimement le 20 mai 1992 dans les grandes caves du Château Mouton Rothschild…

    Apprenant avant-hier matin le décès de Dame Felicity Lott (Cheltenham, 8 mai 1847 – Cheltenham, 15 mai 2026) – par Jean-Pierre Rousseau, « Les bonheurs de Felicity Lott (1947-2026)« , par la rédaction de Crescendo-Magazine « Dame Felicity Lott (1947-2026) : une grande dame du chant s’en est allée« … – ,

    je me souviens avec la plus vive émotion – admiration ! – du sublime concert qu’elle avait donnée lors du Mai Musical de Bordeaux de 1992, c’était le 20 mai, dans les grandes caves du château Lafite-Rothschild, dans le Médoc : il y aura exactement 34 ans dans deux jours, c’était hier…

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    Une artiste et une personnalité rayonnante,

    qui parlait aussi ce merveilleux français qu’elle avait même un moment enseigné, comme le rappelle un opportun communiqué d’hommage de l’Opéra national de Paris :

    « La soprano britannique entretenait avec la France une relation profondément affective. Après des études de français – voilà – au Royal Holloway College de Londres, elle choisit de passer une année universitaire près de Grenoble comme assistante d’anglais dans un lycée – à Voiron. C’est là qu’elle s’inscrit au Conservatoire de Grenoble et rencontre la professeure Elisabeth Maximović, qui décèle chez elle un talent rare et l’encourage à devenir chanteuse » – voilà, voilà…

    Et « Dame Felicity Lott porta le répertoire français – oui – avec une diction incomparable, une sensibilité unique et un amour sincère de la culture française – oui, oui, oui – qui lui valurent, tout au long de sa carrière, l’admiration fidèle – et plus qu’amplement méritée ! – du public français« …

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    Ré-écoutons-la donc ici dans ce magnifique « Hôtel » de Poulenc et Apollinaire, avec le piano de Graham Johnson…

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    Ce lundi 18 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter et goûter l’admirable « Hôtel » (extrait de « Banalités) » de Francis Poulenc – Guillaume Apollinaire : le dialogue fécond des imageances idiosyncrasiques à l’oeuvre, exprimé et décrit dans « L’autre XXe siècle musical » de Karol Beffa…

    Les pages 128-129-130 du chapitre « Interlude Francis Poulenc » (pages 125 à 135) de « L’autre XXe siècle musical » de Karol Beffa (qui vient de paraître aux Éditions Buchet – Chastel) consacrées à la mélodie « Hôtel » de Francis Poulenc, en 1940, sur un poème de Guillaume Apollinaire _ un poème publié pour la première fois le 15 avril 1914 dans la revue d’avant-garde éditée à Florence “Lacerba“ _ dans le recueil intitulé « Banalités« ,

    m’ont bien sûr fortement incité à rechercher, pour en écouter et apprécier diverses interprétations, les CDs de ma discothèque la comportant.

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    Et jusqu’ici, j’ai réussi à mettre la main sur 7 CDs proposant cette admirable brève mélodie, « Hôtel » :

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    par Pierre Bernac et Francis Poulenc au piano, en 1950, à New-York _ pour l’écouter (1′ 38) ; la prise de son, très proche, nous fait accéder de très près à l’excellence de l’art de dire de Bernac et de l’art d’accompagner au piano de Poulenc… _ ;

    par Nicolaï Gedda et Aldo Ciccolini, en 1967, à Stockholm ;

    par Felicity Lott et Graham Johnson, en 1993, à Paris _ une merveilleuse lumineuse version ! _ ;

    par Gilles Cachemaille et Pascal Rogé, en 1994, à Corseaux, en Suisse _ c’est tout à fait excellent ! _ ;

    par Véronique Gens et Roger Vignoles, en 2000, à Metz _ une exceptionnelle réussite ; pour l’écouter (2′ 00) _ ;

    par Lynn Dawson et Julius Drake, en 2004, en Allemagne ;

    et par Stéphane Degout et Cédric Tiberghien, en 2017, à Paris _ et c’est très bien aussi…

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    Et sur le web, j’ai déniché ceci _ vraiment superbe !!! _, cette merveilleuse interprétation :

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    par Régine Crespin et John Wustman, en 1967 _ pour l’écouter (2′ 05).

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    Et voici maintenant ce qu’analyse Karol Beffa, page 128, de cet exemple de la mélodie « Hôtel » de Francis Poulenc, à propos de ce qu’il nomme « les saveurs jazzistiques » qui « parsèment nombre des pièces » de Francis Poulenc, et cela en dépit de maintes « proclamations » de « détestation« , voire de « phobie« , du jazz, de la part de Poulenc :

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    « Il est rare que Poulenc utilise l’accord de septième de dominante à l’état pur, il l’enrichit presque toujours d’une neuvième, d’une onzième, éventuellement d’une treizième. Cette construction d’harmonies par empilement de tierces ne surprend pas chez un compositeur post-debussyste. Ce qui est original, en revanche _ nous y voilà _, est l’insistance sur la septième ajoutée, dans les accords majeurs ou mineurs. Sans doute l’inspiration vient-elle du jazz, directement ou par l’intermédiaire de Ravel, la concomitance de certaines innovations harmoniques chez Ravel et chez Duke Ellington faisant qu’il est difficile de déterminer lequel des deux a influencé l’autre. « Hôtel » _ nous y voici ! _, extrait de « Banalités » _ le recueil des 6 mélodies de Poulenc, en 1940, reproduit le titre du recueil des 6 poèmes d’Apollinaire, en 1914 _, est comme un condensé de tous ces traits stylistiques communs à Poulenc, à Ravel et au jazz : enrichissement des accords de septièmes d’espèce et de dominante par ajout de sixtes, de neuvièmes ou de onzièmes, fausses relations intentionnelles, retard de la présence de la basse d’un accord de dominante pour colorer un enchaînement et en différer l’impact. C’est pour toutes ces raisons qu’« Hôtel«  plonge _ superbement _ l’auditeur dans l’atmosphère moite et interlope d’un jazz frelaté« .

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    Et Karol Beffa d’ajouter alors aussitôt, page 129 :

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    «  »Hôtel«  m’a beaucoup marqué.C’est à travers cette pièce et d’autres œuvres vocales que j’ai vraiment pénétré l’univers de Poulenc« _ le mystère attractif et fascinant de son idiosyncrasie de compositeur singulier et marquant.

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    Et toujours à cette page 129 :

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    « Si l’univers harmonique de Poulenc ne m’a guère influencé, je me reconnais en revanche _ toutes proportions gardées _ dans ce que Jean-Joël Barbier a écrit de sa démarche : « Dans Apollinaire par exemple, il ne choisira pas les poèmes les plus célèbres, mais les meilleurs quant au résultat _ musical _ final _ envisagé-escompté-espéré pour l’imageance féconde de la composition à venir _ (…) : ceux qui laissent une marge autour des mots,  ceux qui n’étant pas rigidement cimentés _ le mot n’est pas très heureux _ au départ, justifient un ciment musical, laissant la place à un espace sonore qui, sans faire pléonasme _ bien sûr ! _ avec les mots, leur donnera, au contraire, des dimensions _ poétiques et musicales _ nouvelles ». 

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    Et page 130 :

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    « Poulenc est connu pour avoir été un admirable pianiste et accompagnateur. Et lorsque j’écris _ nous y voici ! _ pour voix et piano, j’essaie de garder à l’esprit le soin extrême qu’il accordait à la partie instrumentale dans ses cycles de mélodies.

    Quant à son écriture vocale proprement dite, là aussi il s’y montre un maître, tant il sait parfaitement ce qu’il peut exiger des voix : émettre les aigus les plus doux, les graves les plus timbrés, et toujours dessiner des lignes souples _ fluides, flottantes, aériennes…

    « Primauté de la mélodie » : ce credo de Messiaen, Poulenc aurait pu le faire sien« …

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    Voilà ce que la création singulière d’un compositeur se mettant à son tour à l’œuvre peut, en dialogue hyper-attentif, apprendre à la lecture et à l’écoute extrêmement précises, jusqu’aux plus infimes détails, des œuvres les plus originales, riches et, en puissance, inspirantes, du travail singulier (et de la poiesis en acte !) d’autres compositeurs éminemment créateurs à leur propre table de travail ; et de leur imageance idiosyncrasique féconde, en cet artisanat patient infiniment exigeant et  précis…

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    « Le style, c’est l’homme même« , disait Buffon :

    le défi étant de parvenir, œuvre à œuvre, pas à pas, coup de crayon à coup de crayon (et de gomme) à réaliser _ ainsi nourrie par ce riche dialogue avec d’autres œuvres marquantes  _ cette singularité sienne _ et très vite ce style propre à soi s’entend, se perçoit et se reconnaît…

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    Ce dimanche 6 mars 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa