Étiquette : humanité

  • Ce que j’apprends d’un blog : l’expo « la photo américaine à la BNF » sur le passionnant blog « Amateur d’Art », de (ou par…) « Lunettes rouges », sur le site du Monde

     Ce que j’apprends _ sur l’art de photographie (et son histoire) _ d’un article : « la photo américaine à la BNF« 

    sur le passionnant blog « Amateur d’Art« , de (ou par…) « Lunettes rouges« ,

    sur le site du Monde ;

    à propos de l’expo à la Bibliothèque Nationale de France « Seventies : le choc de la photographie américaine« , à la galerie photographique du « site Richelieu », 58 rue Richelieu, du 29 octobre 2008 au 25 janvier 2009…

    …

    …

    Je me contenterai, en forme de commentaire minimal

    _ réduit, ici, à l’acte premier (et minimal, au moins, par là) de « LIRE » vraiment _

    surtout de mettre en gras
    après le très remarquable article « 
    la photo américaine à la BNF » _ sur le blog « Amateur d’Art » de « Lunettes rouges« , sur le site du Monde (http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/  ),
    …

    ce qui dans ses commentaires (http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2008/11/24/la-photo-americaine-a-la-bnf/#comments ) vraiment très éclairés,

    …

    attire (= sollicite) mon attention ;

    et nourrira

    et la connaissance, toujours trop lacunaire ;
    et la réflexion ;

    …

    « cultivant » par là

    probablement un peu judicieusement,

    et parfois même  assez jubilatoirement _ youpeeh !.. _

    la curiosité
    et d’un Titus Curiosus ;

    et, en relais,
    celle aussi des curieux qui le lisent _ et/ou le liront…
    …
    Un très rapide commentaire sur les tropismes de « curiosité »

    _ peu artistiques (peu plasticiens, peu musiciens, et même, peu « vraiment littéraires » _

    de nous autres, Français,

    …

    concluera cet article…
    …

    …

    Bonne lecture !
    …
    Voici l’article ;

    que suivront les commentaires

    des lecteurs, souvent fort « cultivés » en matière d’art photographique !..

    ….

    24 novembre 2008
    La photo américaine à la BNF

    La Bibliothèque Nationale Richelieu présente, jusqu’au 25 janvier, une sélection de 320 photographies de sa collection américaine des années 70s. C’est une présentation thématique, plutôt didactique, qui rend bien compte de la période, de l’évolution de la photographie pendant cette décennie. « C’est l’histoire d’une libération, d’une découverte, puis d’un refaçonnage de la vision. » Ici n’est pas le lieu pour un cours d’Histoire (mais la matière en est là), mais sachez néanmoins que l’exposition se déroule en six séquences : des précurseurs, l’influence du snapshot (séquence un peu attrape-tout, mais la plus intéressante), géométrie et espace, paysage, matière et forme, et finalement le miroir obscur (qui s’ouvre vers surréalisme et fantasmes). Ce dont je veux vous parler, c’est ce qui est à la marge,

    ce qui se dévoile soudain,

    ces quelques photos qui soudain vous ébranlent.

    …

    joe-deal1227571940.jpg

    …

    La série « The Fault Zone« , de Joe Deal, vous ébranlerait au sens premier, car ce travail sériel longe la faille de San Andreas en Californie : dans ces paysages habités malgré le danger, on voit ici et là des signes imperceptibles qui détonent dans le calme confortable de l’endroit, des remblais, des rochers amoncelés, des dénivelés. Ce sont des dissonances annonciatrices de catastrophes futures avérées. La série les banalise, les apprivoise, les rend domestiques, jusqu’au jour où la nature furieuse balaiera tout. Ces photos simples, froides, sans apprêts n’en sont que plus inquiétantes (« The Fault zone », San Fernando, California, 1978).
    …

    ken-ruth1227571951.jpg
    …

    Tout aussi frontalement brutale est cette photo de mariage, « The Wedding picture » (1979), de Ken Ruth : ni têtes, ni jambes, le buste et le giron de la mariée en robe blanche brodée, émergent de l’obscurité. L’homme n’est qu’une masse noire informe, on ne voit que sa main puissante et le filet blanc de sa manchette. La main droite de la femme, dans son dos, se crispe sur son bras gauche avec une violence insoutenable. La marque de ces doigts dit la nervosité, l’angoisse, la peur, le désamour. C’est, sans yeux, sans poses, une photo éminemment sentimentale.

    …

    gary-winogrand1227571921.jpg

    …

    Un peu plus loin, une jeune femme, un cornet de glace à la main, rit aux éclats devant un homme sans tête, qui n’est qu’un mannequin de vitrine : ce Winogrand-là (New York, 1972) est comme une revanche sur la photo de mariage.

    …

    bruce-gilden1227571909.jpg

    …

    Les photos de rue sont pour la plupart des scènes de communauté, d’échange, de communion, de confrontation, de désir, mais parfois, au milieu d’une d’elles, apparaît la marge, l’exclusion, la bizarrerie, invisible dans la foule. Bruce Gilden a ainsi su saisir cette femme dans une rue de la Nouvelle Orléans (1987), masse sombre et voûtée que nul ne voit, sinon lui, aux dépens de la chemise rayée du premier plan.
    …

    kenneth-josephson1227571961.jpg

    …

    Le bizarre est aussi une affaire de forme. Kenneth Josephson joue à cadrer de manière étrangère, à faire écho au paysage au sein même de la photo, à insérer un double décimètre indiquant l’échelle du paysage dans un jeu d’abyme, parfois de manière plutôt drôle. Ce que nous voyons ici, est-ce un cadre de photo, ou un cadre de paysage ? Seule l’ombre portée du photographe peut apporter la réponse (Los Angeles, 1982).
    …
    Des anecdotes ? Sans doute, mais, sous ces titres génériques, des anecdotes impensables dans la décennie précédente, des visions différentes, un autre rapport aux gens et aux paysages.

    …

    24 novembre 2008

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    Publié Expos Paris | 18 Commentaires | Lien permanent | Alerter

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    Et maintenant, voici les _ très riches ! _ « commentaires » publiés :

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    Commentaires
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    1.

    Mais fotos em paris.
    Beijos
    Monica
    Rédigé par : irineu | le 25 novembre 2008 à 10:59

    …

    2.

    C’est un beau parcours qui se révèle là. Peut-être le profil d’une autre Amérique. Loin de Mickey, de John Wayne et du bling-bling décérébrant. Et si Obama faisait bientôt de son pays un musée haut, musée bas, que l’on parcourerait (sic) de long en large afin de savourer TOUS ses fruits ? On the road again, je suis prêt. Et vous, CHEESE ?
    Rédigé par : Vince Vint@ge | le 25 novembre 2008 à 11:35

    …

    3.

    Bonjour Marc,

    J’ai trouvé cette exposition assez décevante, peut-être du fait de sa prétention exhaustive. Il y a trop d’absents pour qu’on puisse parler de « photographie américaine des années soixante-dix« . D’abord les artistes conceptuels (Dan Graham avec «Homes For America» aurait constitué un formidable prolongement à Ed Ruscha). Il y a d’autres absents, les photographes du banal, de l’anodin qui ont généralisé l’usage de la photographie couleur (Shore, Meyerowitz, Eggleston). Seule une photo d’Eggleston est présentée ici, et encore, bien cachée et mal éclairée au fond de l’expo. L’accrochage de la seule œuvre d’Ed Rucha est surprenant : un livre accroché au mur, la preuve que cette photo là, continue à être mal appréhendée ici.

    L’expo donne une importance démesurée à la Street Photography démontrant que l’exposition se déroule bien au pays des héritiers de Cartier-Bresson. Les expérimentations photographiques concernent soit des auteurs dont le travail (dépassé aujourd’hui) a « cartonné » dans les années 80 (Les Krim) ou alors des expérimentations formelles qui restent dans le cadre d’une photographie autoréférencée (Burk Uzzle).

    Ces partis pris empêchent de mesurer à quel point les années soixante-dix furent la scène d’un immense brassage entre des pratiques purement photographiques (historiques et “street”), des expérimentations formelles (Shore / Eggleston bien plus que Uzzle) et conceptuelles. Cette période est essentielle dans l’émergence des travaux des photographes / scénographes des années 80 (parmi lesquelles Philip Lorca di Corcia _ dont l’œuvre m’a personnellement beaucoup intéressé, me permettrai-je d’ajouter _ , Jeff Wall et d’autres).

    Enfin, le découpage est un peu trop didactique, en effet. Du coup, il porte atteinte à la lecture de l’œuvre de certains photographes et notamment Friedlander et Winogrand.

    Cela étant dit, si on évacue la question de la prétention initiale de l’expo et que l’on parle de la collection BNF même (puisque c’est de ça qu’il s’agit), il faut reconnaître qu’elle est très belle et que certaines séries sont éblouissantes (Winogrand, Arbus et Larry Clark).
    Rédigé par : Assia Naïl | le 25 novembre 2008 à 11:38

    …

    4.

    Bonjour,

    De quelle décennie parlez-vous? S’il s’agit des années 70, je crains qu’elle ne soit qu’un prétexte : ce que nous voyons à la BNF est tout simplement l’accrochage hasardeux d’une collection, assortie de classifications ridicules et enveloppée dans un concept inopérant. Exactement le genre d’entreprise dont je sortais furieux quand j’avais 20 ans, en me demandant pourquoi les échos publics étaient si unanimes.
    Car que vient faire ici Bruce Gilden, clairement hors-sujet si l’on s’en tient à l’énoncé ?
    Pourquoi encore Shore ou Eggleston (une photo pour lui !) sont-ils quasi-absents, si ce n’est parce que monsieur Lemagny n’aimait pas la couleur ?
    Quelles perspectives la mise en espace nous ouvre-t-elle ?
    Etc., etc., etc.
    Il aurait été tellement simple de déballer la collection et de dire : “Voilà ce que nous avons”. De penser un accrochage pertinent en faisant appel exactement aux mêmes images plutôt que de monter cette recension à prétentions historique, inévitablement biaisée par le matériau disponible.

    Si l’on oublie la forme de cette exposition et le catalogue qui l’accompagne, il faut bien dire que l’on y voit des images magnifiques et que l’ensemble confirme la place de certains _ Baltz par exemple, vers le haut, et Uzzle ou Harbutt, de toute évidence pas au niveau _ alors que d’autres, comme le remarquait le commentaire précédent, sont sacrifiés.
    Quelles que soient les frustrations qu’elle génère, il faut donc voir cette exposition, pour le casting incroyable et l’impact des tirages.
    Y aller averti aidera à s’épargner l’exaspération et à profiter sans retenue d’une matière qui se fait de plus en plus rare.
        Rédigé par : C. | le 25 novembre 2008 à 12:34

    …

    5.

    Au delà de l’exposé historique, ces gens là (les absents, mais aussi Clark, Arbus, Deal, Ruscha…) inventent une nouvelle façon de faire parler la photo, loin de la dénonciation frontale des misères et du discours ressassé sur l’autre visage de l’Amérique.
    On aborde du coup d’autres sujets, l’ennui et la monotonie du quotidien (Eggleston, Shore, Clark, Ruscha). On réinvente le road trip (Shore) et le portrait du territoire (Deal, Ruscha) hors des mythes. On aborde l’inhumanité des lieux où vivre (Dan Graham, même si c’est un gros raccourci) …
    Surtout, la photo dit le moins de choses et ouvre des portes à d’autres lectures. Une photo où on se sent libre de penser, libéré de toute prescription.

    Au final, c’est surtout de ça dont l’expo oublie de parler.
    Rédigé par : Assia Naïl | le 25 novembre 2008 à 12:50

    …

    6.

    Une petite remarque !
    Ne trouves-tu pas étrange qu’il n’y ait qu’une photo couleur _ et en plus qui clôt le parcours ?
    Est-ce le simple fait de l’absence de telles photos dans les collections de la BNF, et si c’est le cas, n’aurait-on pas du être averti ?
    Et si c’est un choix, n’aurait-il pas dû être expliqué plus clairement ?
    Parce qu’on ressort avec l’impression que la couleur, l’existait pas encore ; et ça c’est bien étrange !!
    C’est vraiment ce qui m’a suprise dans cette expo!
    Rédigé par : Alexie | le 25 novembre 2008 à 13:24

    …

    7.

    Oui, l’expo est un peu terne et un peu sérieuse… De là à parler de « visiteur exaspéré au final« , il ne faut rien exagérer…
    Il ne faut pas bouder son plaisir. Les photos sont belles.
      Elles viennent d’une collection gouvernée par des choix, des manques et des ratages (comme toute collection) ; d’où l’absence, je pense, de photos de Stephen Shore, précurseur lui aussi d’une autre vision de l’Amérique…

    J’ai trouvé que l’exposition complétait bien le travail accompli depuis quelques années par certains commissaires, notamment au Jeu de Paume et à Sully, autour de la photo américaine des année 50/70. Cf. Stephen Shore, Ruscha, Friedlander.
    …

    Mais c’est vrai, j’ai eu la chance d’être curieuse et de voir ces expos sans parfois rien connaître de ces artistes…

    Pour ma part, je me suis pris les photos de Larry Clark en pleines gencives (je connaissais son travail de cinéaste, mais non de photographe) _ la série intitulée “teenage lust” est magnifique, très violente et bouleversante.
    Rédigé par : Cécile B | le 25 novembre 2008 à 15:01

    …

    8.

    Sinon, Lunettes rouges, la « wedding picture » … oui … oui … bien sûr …
    J’ai eu du mal à la quitter _ Je l’ai lâchée à regret _ J’y suis revenue.
    Je suis revenue la contempler au moins cinq fois !!!

    Rédigé par : Cécile B | le 25 novembre 2008 à 15:12

    …

    9.

    Je rejoins le concert des déçus.
    Un enchaînement hétéroclite d’œuvres qui, je le confirme, donne très vite le sentiment d’un accrochage aléatoire, en vrac, de pièces qui méritaient mieux que ça.
    Etrange aussi le parti pris de ne pas exposer de photos couleurs, même si il est vrai que la photographie couleur n’a été admise dans les institutions qu’à partir des années 80… Et ça repose donc, et encore, la question de la lisibilité de cette expo qui aurait pu être tout autre chose si elle s’était voulue un peu plus ambitieuse.
    Rédigé par : arslan | le 25 novembre 2008 à 18:34
    …

    10.

    Comme il est dit plus haut, Jean-Claude Lemagny, le conservateur du cabinet des estampes, ne s’intéressait pas à la photographie en couleur, et à peine à celle qui est montrée dans cette exposition…
    C’est la raison de l’aspect fragmenté de cette collection qui, historiquement, n’est pas représentative. La réflexion semblant avoir été réduite au minimum, on ne comprend pas grand-choses aux intentions des commissaires, à la période et à ses enjeux, ou du moins on comprend qu’il faut encore aller puiser dans des anthologies incomplètes pour se refaire l’histoire (ceux qui ont par exemple assisté à la conférence de Larissa Dryansky à la Mep il y a deux ans seront un peu plus avancés).
    Rédigé par : susanna | le 25 novembre 2008 à 19:38
    …

    11.

    Merci de le rappeler avec autant de force, mais, en effet, c’est l’exposition d’une collection, pas un panorama représentatif.
    Elle repose en effet les questions des définitions excluantes de la photographie de la part des critiques et commissaires des années 70s : noir et blanc ou couleur, et prudence face au conceptuel. Ce n’est pas que « Monsieur Lemagny n’aimait pas la couleur« , c’est que sa vision de la photo à cette époque était conditionnée par certains paramètres culturels (disons, pour simplifier, Henri Cartier-Bresson), historiques ou personnels (son père était graveur), et que la collection a été construite sur ces bases (il y aurait sans doute une histoire critique de la collection BNF à écrire, mais ce n’était pas mon propos).

    Mais, à l’intérieur de ce cadre pré-défini, j’ai trouvé, pour ma part, à votre différence, le discours assez clair et le parcours, certes trop didactique, mais plutôt lisible (à l’exception de la série sur les gens ordinaires, incompréhensiblement déplacée), ni aléatoire, ni hétéroclite tant qu’on veut bien en accepter les prémisses.

    Le seul commentaire sur lequel je ne sois pas d’accord est le second d’Assia Naïl :
    “la photo dit le moins de choses et ouvre des portes à d’autres lectures. Une photo où on se sent libre de penser, libéré de toute prescription.
    Au final, c’est surtout de ça dont l’expo oublie de parler.
    ”
    Les photographes dont tu regrettes l’absence auraient certes aussi ouvert des portes, d’autres portes, mais ceux présentés ici me semblent être à même d’offrir des espaces de liberté tout aussi enivrants, que ce soit Larry Clark, Gary Winogrand, John Deal ou Kenneth Josephson. Et c’est là, me semble-t-il, la rupture face aux deux décennies précédentes, ce refaçonnage de la réalité, cette liberté face aux règles établies. J’ai eu le sentiment que l’expo parlait justement de ça, dès la première section d’ailleurs.
    Rédigé par : Lunettes Rouges | le 25 novembre 2008 à 20:28

    …

    12.

    10 posts, l’Amérique intrigue toujours. On veut nous bombarder avec les Chinois, les Russes et les Indiens ; mais, n’en déplaise au marché de l’art qui surgonfle les cotes pour attirer les collectionneurs bling bling de ces contrées-là, les Etats-Unis restent une grande mythologie. Un territoire déjà peinture, photo ou film. Du Cinémascope et du Technicolor en live.
    Rédigé par : Vince Vint@ge | le 25 novembre 2008 à 20:31

    …

    13.

    Lunettes rouges,
    M. Lemagny n’aimait vraiment pas la couleur, et il s’est au fil des ans enfermé dans sa propre utopie. Un regard à son dernier livre, “L’ombre, la matière, la fiction” _ en 1995, publié par Nathan/Bibliothèque nationale _ est édifiant de ce point de vue, quinze ans après sa sortie. Mais Lemagny a fait un gros travail pour aider à la reconnaissance de la photographie en France et on peut lui pardonner de ne pas avoir été totalement réceptif à certains courants. Cette collection, avec ses défauts, reste tout de même un beau morceau.

    Ceci dit, l’exposition est effectivement claire, et, comme vous le dites, il faut accepter les prémisses. Pour ma part, je trouve celles-ci singulièrement louvoyantes. Malgré tout, avec “Objectivités” et ces photos américaines, on a actuellement à Paris de quoi comprendre un peu mieux la photographie d’aujourd’hui.
    Rédigé par : susanna | le 25 novembre 2008 à 21:23

    …

    14.

    C’est un commentaire mal formulé en fait ; et qui contredit en partie le précédent… Tu as raison, ceux que tu cites ouvrent au même titre que les autres et la cellule “Arbus” à l’entrée réjouit dès le premier coup d’œil. Par “c’est surtout de ça dont l’expo oublie de parler”, je pensais plus à la variété des pratiques, y compris celle qui ne figure pas dans les collections, quitte à la mentionner uniquement.

    Pour ceux qui sont exposés, c’est une vraie chance de pouvoir les voir à Paris, comme le dit Susanna. D’autant plus qu’une partie des “absents” est à « la Maison rouge » en ce moment.
    Rédigé par : Assia Naïl | le 25 novembre 2008 à 23:37

    …

    15.

    Je rejoins ce que dit “Lunettes rouges”.

    La BN (et notamment Richelieu) monte régulièrement quelques expos d’ampleur faisant le tour transverse et approfondi d’un sujet (voir il y a bien bien longtemps “Tous les savoirs du monde” ou encore “Proust” ou plus récemment “Artaud”). Elles se tiennent souvent à Tolbiac.

    Pour ce qui est de la BN Richelieu, les expos, bien souvent, me semble-t-il, pour beaucoup les pratiquer, valorisent et donnent à voir aux visiteurs les fonds d’estampes, d’enluminures et de photos (car ces fonds, nationaux, très riches et extraordinaires, se doivent d’être accessibles à tous et toutes et pas seulement aux chercheurs).
    Les commisssaires, contrairement à ce que disent certains posts, s’en cachent rarement et mettent carte sur table dès le début de l’expo.

    Après on peut toujours regretter et critiquer :
    _ la manière dont une collection s’est constituée (c’est toute la question des musées et des bibliothèques : comment être en prise avec le réel, être fouineur, avoir du flair et de l’intelligence, avoir l’esprit d’avant-garde… et les moyens pour le faire)
    ,
    _ les choix frileux ou contestables des commissaires d’expo (mais c’est ausssi la dure loi du goût de quelques-uns et de la sélection dans la sélection !!),
    _ l’état d’esprit de certains conservateurs… régulièrement et volontairement conservateurs…
    _ la muséographie souvent sobre, austère et terne des expos à Richelieu (mais ça fait du bien aussi … Au moins, le regard ne se disperse pas et ne s’attarde que sur les œuvres présentées),
    _ et enfin, et là j’insiste, le constant manque affreux de mise en perspective historique des expos de la BN Richelieu…
    Pour certaines expos _ et par exemple celle-ci, je n’en tiens pas compte… _, je navigue à vue et me laisse séduire. Pour d’autres, c’est plus ennuyeux…
    (voir l’expo “Daumier” extrêmement pauvre à ce niveau _ je ne suis pas spécialiste du XIXème et de la Monarchie de Juillet, de ses turpitudes et de ses mouvements d’opposition révolutionnaires socialistes ou républicains ! Malgré une petite culture générale encore présente, j’en ai bavé. J’ai dû compulser des manuels d’histoire en sortant !!) (mais je m’éloigne de la photo des années 70…)
    Rédigé par : Cécile B | le 26 novembre 2008 à 14:12

    …

    16.

    Chère Cécile B,

    La vie des artistes, mise en contexte historique, me fait penser à cette phrase du toréador et astrologue espagnol du XVIII Diego Torres Villarroel, que “l’Histoire était le pénible exercice de déterrer des cadavres déjà pourris”. L’historien qui se veuille humain ne peut pas s’empêcher de faire son travail avec des remous dans l’estomac.
    Rédigé par : Manuel Montero | le 26 novembre 2008 à 20:32

    …

    17.

    « l’Histoire était le penible exercice de déterrer des cadavres déjà pourris » (Diego Torres Villarroel)
    Oui, j’ai bien connu sa tante, Maria Elena Torres Villarroel del Sol.

    A part ça, la science humaine, et pourquoi ne pas mettre la recherche artistique là-dedans, et la mort font bon ménage, Platon ne disait-il pas : “Philosopher, c’est apprendre à mourir” ?

    Et pensons à la démarche d’un Opalka, rien que ça. Blanc sur blanc, tel une peinture-linceul, ou la chronique d’une mort annoncée.
    Rédigé par : Vince Vint@ge | le 27 novembre 2008 à 19:56

    …

    18.

    Je me devrais d’arrêter le lettrisme que je fais avec mes miettes ? Il est oraculaire, donc une prospection propre à la science artistique. Je peux sentir la mort et nonobstant la mémoire invente une nouvelle vie.
    Rédigé par : Manuel Montero | le 28 novembre 2008 à 01:28
    …

    …

    Pour faire un peu personnellement le point sur tout cela, très riche :

    …

    les commentaires sont certes « inégaux » ; mais beaucoup, et même la plupart, sont fort bien informés (= cultivés) ; et donc on ne peut plus enrichissants pour le lecteur.

    Par là, ce blog-ci (« Amateur d’Art« , de « Lunettes rouges », donc), me paraît même globalement plus précieux à lire en ce qui concerne les interventions des lecteurs-commentateurs

    que ma référence « littéraro-culturelle » (sic) : « La république des livres » ;

    si riche et intéressante, elle, par la densité d’information (sur ce qui se publie) _ et « appréciations cultivées » _ de son auteur, Pierre Assouline ;

    mais un peu moins par la majorité _ à ce qu’il me paraît (et suis bien contraint d’en juger) _ des commentaires de bien des intervenants qui le « squattent » _ avancerais-je :

    …

    voilà qui est me semble-t-il

    _ et c’est sur ce point-ci, que je veux mettre ici mon accent ! _

    révélateur

    des tropismes du « public » « culturel »

    _ je ne peux m’empêcher chaque fois que j’emploie de ce mot-ci, de « culturel« , de ressentir, le regard sourcilleux, et ô combien à juste titre ! de Michel Deguy, penché juste au-dessus de moi, légèrement en arrière, et en surplomb, tout près de mon épaule _ ;

    …

    voilà qui est révélateur

    des tropismes du « public » « culturel » _ et désormais « blogger » _

    français,

    toujours (bien) trop peu assez curieux

    _ peu assez « vrai lecteur », « vrai écouteur », « vrai regardeur » _ ;

    …

    et,

    en conséquence (puis cause, par feed-back) de la faiblesse insigne de cette « curiosité », pas assez « attentive intensive »,

    (bien) trop peu assez familiarisé, aussi (ou non plus, ce « public »),

    pour se frotter _ et avec régularité (et amour, passion !) _ à davantage d’étrangeté _ « inquiétante » :

    …

    soient des « fantômes« ,

    …

    « fantômes » aimés et régulièrement fréquentés, eux, d’un Hervé Guibert

    _ écrivain, auteur de « Vous m’avez fait former des fantômes » (paru aux Éditions Gallimard en octobre 1987) ; et aussi (grand) photographe _,

    et d’un Eugène Green

    _ écrivain, auteur du magnifique et très important « Présences _ essai sur la nature du cinéma » (publié en coédition par Desclée de Brouwer et les Cahiers du cinéma en octobre 2003), homme de théâtre, et aussi (grand) cinéaste ;

    …

    d’Hervé Guibert, vient de paraître, ce mois de novembre, « Articles intrépides _ 1977-1985 » ;

    et d’Eugène Green, ce mois de septembre dernier, « La Reconstruction« _ ;

    ..

    voilà qui est (grandement) révélateur, donc,

    des tropismes du « public » « culturel » (et désormais « blogger ») français

    toujours (bien) trop peu assez curieux,

    je reprends le fil de ma phrase,

    …

    des arts plastiques _ et donc de la photo ! _ ;

    ainsi que de la musique, d’ailleurs ;

    …

    par rapport à l’écrit

    _ je ne dirais toutefois pas : « le littéraire » ;

    soit, et encore une fois, le révélateur symptomatique (!) d’une certaine (bien dangereuse…) superficialité ;

    …

    quand pareilles curiosités _ plus fines… _ me semblent assez mieux partagées par d’autres publics latins,

    usagers des langues (et cultures) espagnoles, italiennes et portugaises, par exemple…

    …

    A moins que ce ne soit là le simple fruit

    de l’impact _ à force de blietzkrieg : bombardement massif et permanent _ du décervelage à immense échelle des media

    et de l’appauvrissement, renforcé encore ces temp-ci, de « l »école » !!!

    …

    Et sur cette question, et ce danger-ci (de la « pulvérisation » de la « culture » en « milieu scolaire »),

    et face à toutes les manœuvres destructrices

    et propagandes anesthésiantes, en constante inflation et avancées,

    lire l’excellentissime « École : mission accomplie » _ eh oui ! _

    du lucidissime Pierre Bergounioux _ « Entretiens avec Frédéric Ciriez et Rémy Toulouse« , paru aux Prairies ordinaires en août 2006…

    …

    Avec les conséquences _ tout bonnement suicidaires ! _ qui sapent au quotidien

    le sol fragile _ tout se tenant et se délitant solidairement… _

    de « civilisation » d’une humanité » « non-inhumaine« …

    …

    Ce que la photographie _ et américaine : elle a ses « lucides » ! _ aussi peut « montrer », quand elle est celle de « regardeurs » sans complaisance, mais libres…

    …
    Titus Curiosus, ce 28 novembre 2008

  • « Two Lovers » _ ou de l’ »humanité » vraie du « care » dans le regard cinématographique de James Gray

    Sur le bouleversant film « Two lovers » de James Gray, sur les écrans français depuis mercredi 19 novembre ;

    et son « usage » sublime du « care » :

    …

    Je sors ébloui et ravi de la première séance (de 11 heures) du 4ème film de James Gray : « Two lovers« 

    _ ou quelque chose, pour moi, comme « du care«  :

    …

    après trois œuvres déjà impressionnantes (de beauté) dans le genre « polar » de ce « très grand » James Gray : « Little Odessa« , en 1994 ; « The Yards« , en 2000 ; et « We own the night » (ou, en français, « La nuit nous appartient« , il y a tout juste un an), en 2007…
    …
    Déjà le titre

    _ en dépit qu’au générique (celui de la v. o.) le titre « Two lovers«  suive immédiatement les noms des deux « premiers » interprètes : Joaquin Phœnix et Gwyneth Paltrow  ; s’agirait-il donc, quant à ces « two lovers« , des deux personnages _ Léonard, Michelle _ que ces deux acteurs-là, ainsi mis en relief, incarnent ?.. _,

    …
    déjà le titre _ « Two lovers« _, donc,

    est ambigü ;

    …

    même si l’amour est d’abord, le plus visiblement _ bien sûr ! _, une relation duelle

    (de deux corps…) ;
    …
    car dans ces relations
    _ plurielles ! _ d’amour-là, dans ce film-ci, « Two lovers« , de James Gray,
    la relation n’est,

    apparait-il ici

    _ et davantage, pourrait-on, donc, dire, que jamais ! : sublimement !!! _ ;

    …

    la relation n’est

    jamais, en aucun de ces (divers) cas d’amour-là (de ce film), simplement

    et uniment

    duelle…

    …

    Pareille « ambiguïté« ,

    si telle ambiguïté il y a bien

    _ ou complexité de quelque chose comme une ambivalence au cœur même de l’amour, ou du désir (amoureux), éprouvé _ ;

    …

    pareille complexité (d’ambivalence) et ambiguïté

    est-elle,

    même,

    profondément voulue _ jusqu’à en faire le cœur battant du titre de son film-œuvre _ ;

    …

    profondément voulue, donc, par l’auteur,

    l’immense artiste qu’est James Gray ?..

    …
    Il nous faut, nous

    _ chacun des « spectateurs«  (actifs

    cf sur ce qu’est

    « être vaiment » « spectator »

    et « L’Acte esthétique« , de Baldine Saint-Girons ;

    et « Homo spectator« , de Marie-José Mondzain) _;

    …

    il nous faut nous y interroger :

    car c’est d’abord à cette énigme (fondamentale !)-là

    de la relation (d’amour) entre deux êtres « humains«  : « non-inhumains« , veux-je dire

    _ cf Bernard Stiegler en son « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » ;

    je reviens toujours, forcément, aux mêmes fondamentaux de ma réflexion æsthétique _ et « humaniste » !.. : les deux sont viscéralement liés, conjoints ! ;

    …

    que ce film « tendre »

    vient frontalement

    et en _ et par _ son immense et terrible douceur _ à distance océanique du mélo !!! _

    sublimement _ Baldine… _ nous confronter…

    …
    Nous sommes confrontés, tout en douceur et délicatesse, à,

    et profondément émus, touchés et complètement remués et retournés, par
    les permanentes ambivalences de l’ »humain » le plus authentique, en cette ambivalente complexité même (de l’amour vrai), qu’il _ nous _ faut, en effet, nous _ « spectateurs » _, « assumer » : comme assez rarement au cinéma,
    en une véritable (modeste en même temps, et sans esbroufe) « œuvre » (d’art) cinématographique.

    …
    De même que les personnages, eux aussi _ (l’amant _ the « lover« ) Léonard, (l’amante _ the « lover« ) Sandra, (l’amante _ the « lover« ) Michelle _, évoluent, changent, se métamorphosent,

    à la fois lentement, quasi insensiblement, sans manœuvre brutale (= esbroufe) de la caméra, ni changement grossier (= vulgarité) du décor _ même si on change (et magnifiquement) de « quartier » (de New-York :

    ô combien amoureusement la ville de James Gray est-elle ici filmée par cet enfant de Brighton Beach, à Coney Island, qu’est James Gray !) _,

    …

    tout est doux, tout se déploie sans brusquerie aucune, ni coup de revolver, pour une fois,

    …

    et sous le choc des « accidents » _ contingents _ qui les effleurent, touchent, blessent, jettent à terre, et, même, à l’occasion, presque les noient,

    littéralement,

    ces « personnages »…

    …
    qui ont

    _ ou/et connaissent, ainsi :

    et il leur faut un minimum de temps, forcément, pour essayer de « s’en remettre » _

    leurs chutes de tension _ dé-préssurisation _, là, à terre…
    …
    Le personnage de Léonard Kraditor _ qu’incarne « magiquement », et magistralement dans sa quintessence (sublime) d’ »humanité » !.. ; quel « acteur » !.. ;

    en ses métamorphoses physiques,

    de la balourdise la plus traînante (et courbure de dos, juste ce qu’il faut, pataude),

    à la grâce de la lumière, et de la danse, et de l’éclat _ de diamant _ de son regard, perçant et « droit »sous le velours d’un voile infinie de tristesse,

    un plus qu’ »évident » Joaquin Phœnix _ ;
    …
    le personnage de Léonard Kraditor, donc,
    un trentenaire célibataire qui vit, loge, habite et travaille chez « papa et maman »,
    est partagé,

    …

    sans compter la toute première fiancée partie, enfuie

    _ présente en forme de photo encadrée au chevet de son lit, dans sa chambre _,

    qu’il n’a pas pu

    _ pour raison médicale (leurs enfants auraient été « porteurs malades » d’une maladie dont ces deux fiancés-là étaient et sont « porteurs sains ») _ ;
    …
    sans compter, donc, la toute première fiancée qu’il n’a pas pu

    épouser ;

    …

    qui l’a quitté et mis au désespoir

    en s’enfuyant,

    et sans que, pour jamais, il puisse la « re-joindre »

    …

    _ d’où plusieurs tentatives de suicide

    dont celle par noyade en ouverture, sublime, du film

    _ tranquillement alentie :

    juste avant, le convoyeur (de la blanchisserie paternelle, nous le découvrirons un peu plus tard) laisse glisser à terre, sur le ponton, ou pont-passerelle, l’étui à vêtements (nettoyés à sec) qu’il était chargé, donc, de convoyer à un client de la blanchisserie : se lit par dessus le porte-manteau du vêtement nettoyé : « we love _ avec un gros cœur rouge _ our customers« … _

    …

    dont celle par noyade en ouverture, donc,

    du film, de depuis un ponton, ou un pont-passerelle, pour piétons : la scène, dans la douceur moite d’un crépuscule d’automne new-yorkais, est proprement « magique » ! ;

    …

    en plus de s’être tailladé les veines du poignet gauche ;
    et de divers séjours à l’hôpital pour « troubles bi-polaires« … ;

    …
    le personnage de Léonard Kraditor, donc, est partagé

    entre deux femmes qu’il aime

    _ et aime aussi physiquenent, charnellement (à l’écran, dans ce que nous donne à voir, ou nous montre, de l’intimité ;

    …

    (sur cette « intimité » du personnage de Léonard,

    je pense ici au magnifique « La Privation de l’intime » de Michaël Foessel ;

    cf mon article « La pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie »  ;

    ainsi qu’au très beau « Amitier » de Gilles Tiberghien :

    cf mon article « L’acte d’ »amitier » : pour une anthropologie fondamentale (du sujet actant)« ) ;

    …

    dans ce que nous donne à voir de l’ »intimité »

    _ = « des liens à » (d’autres sujets _ et non « objets » _ humains), nous a excellemment montré Michaël Foessel _,

    de Léonard

    et des autres _ au moins deux, si l’on en croit le titre : « Two lovers » _ des « lovers in love« ,

    la caméra pudique

    _ toujours superbe de puissance autant que de délicatesse, quant à ce qui secoue physiquement ces amants… _

    du magnifique James Gray) :
    …
    la brune Sandra Cohen

    _ qu’incarne l’excellente, toute de sobriété attentive et tendre (« care« ), Vinessa Shaw _

    qui l’a « remarqué », lui, Léonard, à la boutique (de blanchisserie-teinturerie) où il traîne tant bien que mal sa dégingandée carcasse (et promène erratiquement, sans se fixer sur grand chose, ses yeux de velours) ;

    …

    et à laquelle il plaît (déjà) bien… ;

    …

    et que les deux familles (les Kraditor et les Cohen _ professionnellement alliés : en voie d’association) voudraient (bien) lui voir épouser ;
    …
    et Michelle, une intrigante superbe « voisine » blonde, tout récemment installée _ par un (riche) amant marié _, de l’autre côté de la cour de l’immeuble (de briques de couleur ocre) ;
    …
    tandis que ce personnage de Michelle

    _ qu’incarne (avec beaucoup, beaucoup d’élégance, et de charme, et jamais trace d’hystérie) Gwyneth Paltrow _

    ne parvient pas, « de son côté », à quitter

    l’homme marié
    _ riche, et d’une génération plus âgée que la sienne
    (ce dernier, Ronald Blatt, confie à Léonard qu’il a lui-même un fils _ d’une trentaine d’années, vraisemblablement, lui aussi _ qui lui ressemble étrangement, en son allure quelque peu « empruntée »… _) ;
    …
    ne parvient pas à quitter l’homme marié, donc,

    qui lui-même ne se décide décidément pas à quitter sa (propre) femme-épouse
    pour épouser (et vivre complètement avec) sa maîtresse,
    qu’il vient
    ,
    quand débute le film,
    d’installer (faire aménager), donc, dans le quartier _ un peu délabré : Brighton Beach, sur Coney Island, à New-York  _ où habite encore sa propre mère âgée…
    …

    Soit un portrait d’ »humanité »,

    notamment, et d’abord, de Léonard _ qu’incarne si magistralement Joaquin Phœnix (Chapeau !) ;

    et de Sandra _ splendidement attentive et bienveillante (ou le « care » :

    Sandra offre à Léonard une paire de gants protecteurs),

    en ce qu’en donne la très belle, elle aussi, et non transparente, Vinessa Shaw ;

    …

    sans oublier la figure extraordinairement attentive de la mère, Ruth Kraditor, portée par une radieusement sobre et belle (et aimante) Isabella Rossellini

    _ fille d’Ingrid Bergmann et Roberto Rossellini ;

    à la formidable « humaine » présence…

    …

    Soit une œuvre (de cinéma) majeure _ sublime, oui ! _ de James Gray, que ce « Two lovers« ,

    sur ce qui demeure, encore, un peu, de plus « humain » _ si vulnérable _ dans notre humanité de plus en plus inattentive (= « in-humaine« , barbare)…

    …

    Titus Curiosus, le 21 novembre 2008

  • L’invention verbale des « petites coiffeuses » : à la source du goût des livres

    …

    Post-scriptum (à « Sous la lune :  consolations des misères du temps« ) :

    …

    Arpentant les « Confins de la mémoire«  de ce même Maxime Cohen,

    son premier ouvrage publié (en mars 1998, aux Éditions de Fallois), pour les avoir commandés dès mon début de lecture des « Promenades sous la lune« ,

    j’en découvre ce que la Quatrième de couverture de ces « essais » énonçait très explicitement (et on ne peut plus justement !) ainsi : « Il a conté la naissance de sa passion pour les livres dans un récit _ c’est le terme adéquat ! _, « Confins de la mémoire » (Fallois, 1998)« …

    …

    Par exemple, je lis, page 146, de ce « récit » de « recherche des origines« ,

    dans lequel « le narrateur essaie de _ et réussit à _ retrouver, dans ses souvenirs, le foyer de ses sentiments d’aujourd’hui.

    (…) Il cherche (…) à identifier des états d’âme encore présents, et qui ne cessent de nourrir sa sensibilité« , indiquait la Quatrième de couverture de ces « Confins« -là, en 1998…

    …

    Voici ces extraits des pages 145 – 146

    à propos des « trouvailles langagières«  de deux personnes assez caricaturales, les deux « petites coiffeuses » de Paray-le-Monial (et « petites protégées » de la grand-mère du narrateur) auxquelles le chapitre 12 (pages 141 à 147) est tout entier consacré ;

    d’ailleurs, l’auteur remarque, pages 143-144, « par une bizarrerie que je suis incapable d’expliquer, les personnages qui peuplaient les rues de Paray(-le-Monial

    _ où résidait la grand-mère maternelle particulièrement adorée de Maxime,

    telle la grand-mère de Marcel, ou sa tante Léonie de « Combray« , dans le récit d’ouverture de « La Recherche » de Marcel Proust ;

    …

    et centre, ou pivot, de ce récit des « Confins de la mémoire«  ;

    …

    et qui sont aussi, et d’abord, peut-être, un « tombeau » de sa « grand’mère« ,

    …

    comme les artistes, et notamment les musiciens, en honoraient leurs amis chers défunts :

    par exemple, les quatre « Tombeaux de M. de Blancrocher« , luthiste (Charles Fleury, dit Blancrocher : ca 1607 – novembre 1652),

    mort, ce mois de novembre 1652, d’une chute dans un escalier : le défunt ayant expiré dans les bras de Froberger ;

    « Tombeaux  » de musique « élevés » à la mémoire du luthiste par ses amis Louis Couperin (ca 1626 – 1661) et Johann-Jakob Froberger (1616 – 1667), clavecinistes ; et Denys Gaultier (1597 – 1672) et François Dufault (fl 1629 – 1669), luthistes  :

    …

    un merveilleux « concert »

    construit autour de deux Suites de « pièces en la«  et « en fa » (comportant, la seconde, ce « Tombeau de M. de Blancrocher« ), de Louis Couperin

    _ l’œuvre entier de Louis Couperin est peut-être, par la « profondeur » méditative, intense, infiniment tendre et grave, en son raffinement, le summum de toute la musique française !!! _,

    et de « pièces » (deux d’entre elles, au moins, composées à Paris : une « allemande« , notée « fait à Paris » ; et une « gigue« , « nommée la Rusée Mazarinique« ) de Johann-Jakob Froberger

    _ un très, très grand, lui-même, aussi !!! _ ;

    avec la « Passacaille » (unique) de Luigi Rossi (1598 – 1653), et un « Capriccio » en sol de Girolamo Frescobaldi (1583 – 1643) ;

    …

    vient de paraître en CD par le très talentueux jeune (il est né en 1985) Benjamin Alard (dont chaque disque est une nouvelle splendide réussite : cf ses « Transcriptions pour clavecin » de Jean-Sébastien Bach, CD Hortus 050 : un enchantement, déjà !) :

    il s’agit du CD « Manuscrit Bauyn« , CD Hortus 065 ; je me permets de le recommander très vivement. Fin de l’incise sur le genre (profond et magnifique) des « Tombeaux« …

    …

    les personnages qui peuplaient les rues de Paray

    _ je reprends le fil de ma phrase (et de la citation de Maxime Cohen, page 143) _

    ou qui venaient nous rendre visite,

    ne prenaient pas en moi _ déjà, commenterai-je _ le caractère de personnes réelles.

    …

    Tous

    se résumaient _ le terme est éloquent ! une personne « se résume« -t-elle ?.. _ à un tic, un mécanisme, un mot, une histoire brève : c’étaient des caricatures qui semblaient n’avoir d’épaisseur _ sinon « langagière«  _ ni dans le temps ni dans l’espace » _ soit le seul réel physique…

    …

    Et « ce jeu d’ombres chinoises _ voilà ! _ nous amusait beaucoup mon frère, ma sœur et moi.

    Ma grand’mère semblait même l’encourager _ ah ! ah ! _ lorsque, venant en visite à Paris, elle nous racontait, un après-midi entier, les derniers agissements de ce peuple de fantôches _ réduits au statut de « comparses » sur la scène de ce qui compte vraiment… _

    qui, pour avoir quelque chose d’irréel _ jusqu’à quel point ? et pour qui ? et par rapport à quels critères ? _, n’étaient pas moins exemplaires de la nature humaine toute entière

    par l’excès même de leur schématisme.« 

    …

    Avec ce commentaire surplombant du narrateur : « C’était comme si les ombres de la caverne de Platon eussent été les patrons sur le modèle desquels tout le reste de l’humanité aurait été fabriqué, et non pas les reflets d’êtres plus réels« …

    La restriction est encourageante…

    …

    Voici, après ce préalable de « présentation »,

    l’extrait des pages 145 – 146 à propos des « trouvailles langagières » des deux « petites coiffeuses »

    dont se repaît, encore aujourd’hui (comme en 1998), Maxime Cohen :

    …

    « Quoiqu’il ne sortît de leurs bouches que des coquecigrues

    _ soit le mot même venu sous la plume de Madame de Sévigné dans sa lettre « fantasque »

    (d’une « promenade sous la lune » « dans le mail » des Rochers, le « 12e juin » (de 1680) _,

    elles étaient riches de trouvailles langagières que je ne me lassais pas de goûter

    et que ma grand’mère épinglait plus tard, en privé,

    quand nous nous remémorions en riant les conversations qu’elles nous avaient tenues.

    …

    Car il n’y a pas besoin de dire des choses intelligentes pour les dire plaisamment ;

    mais les plus belles pensées, dites sans invention, tombent à plat.

    …

    Celles des coiffeuses, quoique triviales, étaient excessivement amusantes

    par le ton qu’elles prenaient,

    la mère surtout dont la voix haut perchée et le débit précipité la faisaient ressembler à une serinette,

    et par la truculence de leurs expressions

    dont ma grand’mère se demandait tout haut « où elles allaient les pêcher«  ;

    …

    Avec cette leçon, plus générale _ voire « esthétique », ou « philosophie du goût », si l’on veut… _, qu’en tire alors l’auteur _ et remarque à laquelle je veux en venir, en ce post-scriptum :

    …

    « Je m’aperçus que ce ne sont point les pensées qui créent le plus de plaisirs littéraires : elles donnent de l’étonnement, de la réflexion, du lustre 

    mais c’est l’invention verbale, qui procure les agréments de la langue

    _ les « plaisirs, les agréments« , voilà donc l’aune du goût, ici, de Maxime Cohen, en ces « Essais » ;

    par dessus « l’étonnement« , « la réflexion« , le « lustre«  des « pensées« , même :

    d’où la méfiance assez endémique de Maxime Cohen tant pour la philosophie

    que pour le « réel », en tout cas « brut », lui-même… _

    …

    et les plus grands génies n’en sont pas mieux dotés _ de ce « génie » du verbe _ que les plus obscures commères

    _ provinciales, telle la formidable, elle aussi, « Françoise » du narrateur de « Combray« …

    …

    Saint-Simon ne reproche-t-il pas à Louis XIV une intelligence au-dessous du médiocre,

    et avec cela un don exquis pour s’exprimer,

    une langue courte, nette, resserrée

    _ c’est-à-dire classique : la parole du roi « devant » porter (avec puissance !)… _ ?

    …
    Lui-même _ Saint-Simon _ dépourvu des vues profondes de Montesquieu ou de Gondi _ le cardinal de Retz _, ne brille-t-il point par cette verve

    à laquelle il doit plus de gloire qu’à ses prétentions nobiliaires ?
    …

    Alors, en conclusion, page 146 des « Confins de la mémoire«  :

    « Les petites coiffeuses, à leur manière,

    méritaient la même sorte d’éloge _ que Saint-Simon, Louis XIV (ou la « Françoise » de Proust) … _,

    quoique avec des restrictions encore plus fortes » _ forcément (pour Saint-Simon, du moins)…

    …

    Et : « Ainsi, le peuple des mécaniques de Paray

    vivait-il à mes yeux

    dans un tourbillonnant ballet _ musical, en quelque façon, tout de même _

    dont ma grand’mère _ par sa « science admirable » du contexte (local) et de « la généalogie infinie de ces personnages«  _ seule était capable de démêler tous les pas« …

    …

    « Et lorsque je m’émerveillais de la multitude des aventures qui faisaient l’objet de tant de petites histoires,

    de l’incroyable variété de ces âmes et de ces mouvements qui les agitaient,

    c’est sur un ton d’évidence accablée qu’elle _ Marie-Louise Couesnon, la grand’mère (de Maxime) de Paray-le-Monial _ s’exclamait :

    « Mais mon pauvre enfant,

    mais c’est partout pareil !« …

    …

    Soit la hiérarchie du goût, et, d’abord, de la « sensibilité » de Maxime Cohen,

    ainsi que sa « philosophie des choses minuscules« 

    (l’expression se trouve page 151 des « Confins de la mémoire » ;

    soit son « leibnizianisme », notamment au chapitre « Sur la bibliothèque de Leibniz« , aux pages 260 à 268 des « Promenades sous la lune« ) ;

    …

    soit une affaire d’attention et de focalisations ;

    convenant aussi, bien sûr, aux livres :

    …

    « En cela, les livres furent pour moi le vrai microcosme du monde.

    Toutes les saveurs qu’il _ le monde _ exhale,

    ils _ les livres, en plus du talent même et de l’ »invention verbale » (ou du style, au « naturel ») de leurs auteurs : en leur matérialité première _ les restituent à un lecteur attentif :

    …

    et leurs coins, leurs contours et leurs renfoncements _ artisanaux, physiques _

     n’en exprimaient pas de moins inoubliables _ de ces « saveurs » on ne peut plus physiques _

    que la maison de ma grand’mère ou les rues de Paray » (à la page 153 :

    les deux pages consacrées à ces « saveurs » physiques des livres, pages 153 et 154, sont assez stupéfiantes, même ! :

    « Dès mes premières lectures, j’y trouvai une odeur de gâteau sec dont le plus fort est à la charnière de la page, le long de la reliure. Il faut que le papier soit un peu brûlé pour que cette saveur soit bien développée. Le papier de bois est seul à la donner ; le papier de chiffon en donne une autre. Les éditeurs savent les accommoder de diverses façons, brochés, reliés, cousus, encollés, coupés ou non : tous ont une empreinte distincte » ;

    « En cherchant un peu, on y respire un parfum d’antique. C’est une chose difficile à définir : ce n’est pas une odeur de fleur ni de fruit ni de rien qui ait naturellement une odeur ; on la retrouve dans certains objets _ ce qu’on nommait jadis les fruits de l’industrie humaine : vieilles demeures, vieux meubles, vieux cuirs, vieux vins, vieux chiens. Elle n’existe _ même ! _ que dans cette recension et par cette rémanence _ sans doute ici des opérations-clé ! Il y a dedans une pointe de poussière, mais seulement une pointe ; c’est d’ailleurs plutôt de l’herbe séchée ou de la sciure ou de la carcasse d’insecte. Mais la poussière est faite d’un peu tout cela. »

    Et encore « L’odeur initiale de blé roussi est dominante. C’est une pâte encore moelleuse mais qui a perdu de sa mollesse. »

    « L’odeur change quand on se rapproche de la tranche. Elle est moins fruitée, plus acide. Acide n’est pas le mot juste, c’est aigre qu’il faut dire.

    …

    Si l’on en vient au bois du papier, ce n’est pas du bois vert : pas assez d’amertume ; du bois mort non plus : trop de rondeur. C’est un bois qui est au point extrême de son brûlement. Cette chaleur, les feuilles la communiquent en même temps que le sens de leurs phrases : c’est d’elles qu’elles tirent un peu de la leur« .

    …

    Avec cette conclusion ouverte, page 154 :

    …

    « Mais bien vite, les saveurs se perdent, et il faut tourner la page. En voici une autre ;

    et de nouveau cette puissante imprégnation et mille rumeurs venues d’ailleurs« .

    …

    Suivent encore cinq pages merveilleuses consacrées à la palette des saveurs et goûts des livres

    _ découverts par le narrateur, enfant, dans le second des « deux combles en mansarde » (page 156) du grenier de la maison de la grand’mère de Paray,

    dans lequel « on avait remisé tous les objets que l’usure, l’inemploi, et, cause principale de tous les abandons, la mort de leurs possesseurs _ et utilisateurs _, avaient rendu encombrants dans les lieux ordinaires de séjour. On les avait relégués _ donc, faute d’usage encore _ dans cette partie moins ostensiblement vivante d’une maison que sont les greniers et les caves » ;

    et « c’est là, laissés à eux-mêmes

    comme des marins qu’on a débarqués sur une île

    et qu’on retrouve après vingt ans, sales, hirsutes, rongés de chancres, tout à fait démodés, mais irrésistiblement attrayants et prêts _ tel le « Robinson Crusoë » de Daniel Defoe _ à faire le récit de leur extraordinaire aventure« ,

    qu’ils « gisaient« , ces « vieux livres empilés, tous du second rayon« , dont se régale, ébloui, l’enfant curieux (page 157)… _

    pour cet étonnant chapitre 13 des « Confins de la mémoire« …

    …

    Et le narrateur de citer, « pêle-mêle » : « Danville et Piron« , « Nicole », « les dissertations de Bayle » ; les « contes de Nodier et de Xavier de Maistre,

    le Théâtre de Clara Gazul, la Fanfarlo, les Lettres de la religieuse portugaise et Mimi Pinson »

    _ œuvres dont les auteurs respectifs sont, comme nul ne l’ignore (!) : Prosper Mérimée, Charles Baudelaire, Gabriel-Joseph Guilleragues et Alfred de Musset !!! _,

    « les œuvres légères de Fontenelle« , « un Cazotte que soutenaient philosophiquement des anecdotes du prince de Ligne » ; « les contes de Mme d’Aumont » ; « Florian » ; « Hamilton »

    _ Antoine Hamilton (1646-1720), dont ont été publiés, en 1994, les « Mémoires du comte de Gramont » (son beau-frère), à « L’École des Lettres », aux Éditions du Seuil _,

    « Régnard« , »Gresset ou Piron » ; « les conversations de Carmontelle« , les Essais dans le goût de Montaigne du marquis d’Argenson » et « Duclos » (pages 157 et 158)…

    …

    Avec cette petite phrase de conclusion de ce chapitre :

    « C’est ainsi que (…) j’eus le bonheur d’avoir accès à tant de livres

    qu’il me parut évident, et sans même y penser, que

    s’il existait quelque part des gisements de plaisirs

    _ on notera et retiendra la formule _

    aussi inépuisables

    que ceux que la nouveauté apporte tous les jours,

    c’était dans les livres les plus oubliés des siècles passés. »

    …

    Soit une affaire d’attention

    et de focalisations, donc,

    …

    tant dans ses « Promenades sous la lune »

    que dans ses « Confins de la mémoire« …

    …

    Bref, quelque chose d’une méthode d’ »attention intensive »

    telle que celle à laquelle s’essaie, en toute modestie, un Titus Curiosus..

    …
    Titus Curiosus, ce 28 octobre 2008

  • Sous la lune : consolations des misères du temps

    « Sous la lune »

    …

    (à propos des « essais » : « Promenades sous la lune » de Maxime Cohen, aux Éditions Grasset) :

    …

    c’est-à-dire quelque chose comme quasiment « dans la lune »
    dans (les allées de) son jardin et (parmi les rayons de) sa bibliothèque
    _ soit, peut-être, le « courage, fuyons ! » d’un « repli » (ou « retrait ») hédoniste _ ;
    …
    ou une lecture
    _ tout à la fois « ravie »
    et même tout près, assez souvent, d’être « enchantée »,
    en même temps qu’ »agacée »,
    quelquefois, aussi, « aux entournures », « aux gencives » (au bord des dents ; pas loin de la langue et du palais) _
    des « Promenades sous la lune » de Maxime Cohen, aux Éditions Grasset.
    …
    L’objet un peu étrange _ à identifier _ que représente l’« essai »
    (« Essais » figure bien sur la page de garde ;
    …
    et Maxime Cohen en donne une belle définition, page 72, au chapitre « De quelques essayistes vus de trois quarts » :

    …

    « C’est un mélange incertain et indubitable d’érudition, d’épanchement, de poésie, d’humour, de polémiques et de bavardages étudiés, qui nous délassent en nous instruisant. Il n’est pas nécessaire qu’il soit exhaustif sur le fond, il lui suffit de s’entrouvrir sur un aspect singulier. On n’en attend aucune spéculation tonitruante mais une variation sur ce qu’on connaît déjà, aucune révolution mais une modification de l’angle ou du degré de notre vision. Les thèmes qu’il aborde se retrouvent dans d’autres livres mais pas sous cette forme. Ces dispositions attisent le goût des paradoxes, seul moyen de ranimer un sujet rebattu : un bon auteur d’essais propose les siens au public à la manière d’un médecin qui lui procurerait un remède non pas curatif mais fortifiant« …
    On appréciera…).
    …
    L’objet un peu étrange que représente, donc, l’ »essai »
    de Maxime Cohen en ses « Promenades sous la lune » qu’éditent les Éditions Grasset _ le livre est sorti fin septembre_,
    …
    est à la fois une boîte (de 382 pages) à longs délices (en tiroirs successifs) de vagabondage _ pour le lecteur _ de culture (parfois extrêmement) poussée et raffinée (en leur contenu : peu couru, ou fréquenté, voire unique)
    …
    en même temps qu’un symptôme déjà un peu douloureux (« agaçant », viens-je de dire)
    et somme toute un tantinet inquiétant des nouveaux temps
    _ de barbarie

    (ignorance crasse et incuriosité veule
    assorties à une vulgarité et grossièreté arrogantes et agressives)
    dès à présent à nos portes
    (communes : tous sur un même bateau, « ivre »,
    en notre « présent » partagé
    , tant bien que vaille ;
    …
    alors :
    comment s’en protéger, si peu que ce soit ?) :
    …
    d’où ce « versant doucement vénéneux du présent »
    partagé
    , en effet, par tout un chacun…
    …
    Ces « essais » expriment,
    du moins est-ce là ce que j’y lis, y perçois, y dé-chiffre, dessous la soie (de l’écriture de Maxime Cohen),
    la tentation _ « ambiante », annonciatrice ?.. _ du repli (et retrait) hédoniste
    …
    (à l’écart de la vie partagée :
    ce que Jacques Rancière nomme, dans un bien bel essai, « Le Partage du sensible« , de 2000, déjà _ à La Fabrique)
    …
    la tentation du repli (et retrait) hédoniste, donc,
    sur (et en) son jardin
    _ de curé, en l’occurrence, dans le cas de l’auteur :
    « Maxime Cohen vit entre Paris où il est conservateur général des bibliothèques
    et un petit village de Haute-Normandie où il cultive

    _ « épicuriennement », commenterai-je _
    un jardin de curé« , indique la « Quatrième de couverture »…) ;
    …
    sur (et en) son jardin de curé, dans le cas de l’auteur, donc,
    de ces « essais »
    assez rapides (alertes, véloces, « fa presto« ) :
    l’auteur n’oubliant certes pas de penser _ éditorialement, en quelque sorte ; et poliment, en tout cas _
    au lecteur un peu pressé (en « temps disponible » de sa part : lire en requiert, forcément ! de ce temps de « disponibilité » attentive, et un tant soit peu curieuse…)
    et sans trop de réserves, non plus, de patience :
    …
    plusieurs chapitres (tels « Des manières de lire ce livre » _ page 35 _ et « Où je vous imagine » _ page 143) s’adressant fort obligeamment directement et frontalement à lui, « le lecteur » ;
    …
    en ménageant, par une certaine qualité de la brièveté de l’écriture, la patience/impatience de la lecture :
    …
    « la brièveté sobre et légère est la meilleure compagnie de notre loisir
    _ dit ainsi l’auteur page 257, au chapitre « De la fatigue » _,
    dans notre vie comme dans notre lecture : c’est le nombre d’or d’un ouvrage qui a la prétention d’être lu.« 
    …
    Précisant encore :
    « La peine à réussir certaines de nos entreprises est souvent l’indice irréfutable de notre peu de talent pour elles. L’apologie du travail trouve là une de ses limites inexplorées. Nous ne devrions faire que ce que nous faisons facilement« ,
    en lui adjoignant ce vers du grand La Fontaine (de la fable « L’âne et le petit chien » _ « Fables« , IV, 5) :
    « Ne forçons point notre talent, nous ne ferions rien avec grâce« 
    …
    Alors !…
    …
    Ces « essais » expriment, ainsi, la tentation du repli (et retrait, voire retirement) hédoniste
    sur (et en) son jardin
    ou/et sur (et en)
    sa bibliothèque :

    …
    vers la consolation de (par des) fleurs
    _ pour celles des allées du jardin _
    et de (par des) livres
    _ pour ceux des rayons de la bibliothèque _
    choisis _ livres et fleurs _ ;
    …
    ainsi que,
    comme renfort de satisfaction
    en « nourritures terrestres« , gidiennement, quasi _ mais oui, Nathanaël !.. _,
    le potager, la cuisine, le cellier, la cave à vins
    …
    _ j’adore personnellement le passage, pages 162-163, sur le vin de « Graves » :
    « Lorsqu’on le porte aux lèvres, (…) le vin de Graves nous révèle ce qu’il nous avait dérobé »
    (au prime abord « au nez« , en cette « sorte de grisaille » qui, venait de dire Maxime Cohen, « comme les chefs-d’œuvre, déçoivent le profane étourdi par la renommée« …) : comme c’est bien « senti » !..
    « Mais dès qu’on laisse au temps le soin de décanter cette première impression ; dès que les premières atteintes d’une mémoire encore proche ont enrichi les saveurs d’une seconde gorgée en la chargeant d’une longueur et d’une complexité qu’il est laissé à la troisième d’amplifier puis aux suivantes de parfaire : alors toutes les richesses de ce vin se révêlent au goûteur le moins indulgent, dont l’espérance future de nouvelles dégustations, prometteuses de découvertes illimitées, magnifie en douceur celle qu’il est sur le point d’achever« … _ ;
    …
    et même le grenier (des choses écartées, mais tout de même conservées, pas jetées, ni détruites tout à fait ; et donc « retrouvables », un beau jour…) ;
    …
    en plus de la compagnie _ conversante _ de quelques amis ;
    …
    ainsi,
    peut-être aussi, mais c’est _ volontairement _ plus flou, de la part de l’auteur (toujours assez prudent, du moins en ces pages),
    …
    ainsi que d’amours
    _ « se faisant »

    (c’est presque une gymnastique vivifiante, comme, par exemple, après une maladie ;
    ou bien pour faire la nique aux avancées, naturelles, forcément, du vieillissement physiologique…) _
    …
    ainsi que d’amours, donc,
    de passage
    …
    (l’auteur allant jusqu’à parler, ici, mais toujours fort discrètement à son propos
    _ il a la sainte horreur de se mettre lui-même en scène,
    jusqu’à, même, le reprocher au Montaigne de ses « Essais« ,
    au « style » qualifié, page 43, de « cahoteux » (!..) ;
    …
    l’auteur allant jusqu’à parler, à propos de ces « amours se faisant »
    de « plaisir« , voire d’ »érotisme« ) :
    cf notamment le chapitre page 105, à propos de la satisfaction offerte (dans l’Antiquité) par certaines beautés (viriles) _ ;
    …
    toute cette « consolation », donc,
    vient compenser, en son « quant à soi », les peines et douleurs d’une époque rude,
    sèche, rugueuse,
    pas encore assez douce en son obtuse arrogante grossièreté…

    …
    D’où le choix _ sélectif, si je puis dire, pléonastiquement _ d’un certain dilettantisme
    (en fait de « mode de vie », carrément ; et pas uniquement d’écriture),
    consistant à s’abstraire
    _ pour l’auteur-lecteur-compagnon-ami-jardinier et bibliothécaire _
    le plus possible
    des occasions et risques
    de chagrin et peine de passion,
    et peut-être même sentiment
    ,
    …
    pour ne « retenir », de son « tri » d’exister, que des plaisirs (d’émotions), ainsi,
    « choisis », filtrés, triés sur le volet
    _ et d’excellentes sortes,
    particulièrement « raffinés » en effet, de la plus « haute » gamme, même, en leur rareté, et même « singularité » assez magnifique :
    …
    comme, un exemple entre mille, celui de se délecter du théâtre de Voltaire _ par exemple, « Mérope« , ou « Irène » ;
    de « Mahomet« , l’auteur se contente de citer en note, page 304, la traduction par Goethe en 1802, ainsi que le fait que ce dernier « s’inspira du sujet dans un fragment dramatique éponyme, ainsi que dans des scènes de « Faust » _ ;
    …
    se délecter du théâtre de Voltaire, donc :
    Voltaire ainsi, par Maxime Cohen, « réhabilité » (comme auteur magnifique) en son théâtre ;
    …
    et c’est toute la tradition « classique » _ et pas seulement la tradition dramaturgique classique _ qui peu à peu est mise en charpies _ depuis Stendhal et Victor Hugo en faveur de Shakespeare et contre Racine ! _  par ce qui, sur le marché de l’Art (et de l’ »entertainment« , comme on dit à Broadway et à Hollywood), la « remplace », en l’ère du triomphe de la marchandise et du marketing (et marchandising),
    via la déferlante des « Avant-gardes » (modernistes) successives depuis le début du XIXème siècle « démocratique » (et le XXème bientôt « populiste » _ ou « pipolisé » :

    cf l’excellent « La Privation de l’intime _ mises en scène politiques des sentiments« , de Michaël Fœssel (aux Éditions du Seuil, ce mois d’octobre-ci…)…
    …
    alors que pas un mot, ou guère
    _ me semble-t-il, du moins : je n’en ai pas souvenir ! _,
    n’est consacré à l’œuvre, si brûlante (à mes sens), de Marivaux…
    …
    L’auteur prend, aussi _ ou ainsi _, un (petit) malin plaisir à cultiver _ goûteusement _ le paradoxe :
    page 73, lui-même avait signalé combien les « dispositions » de l’essai, comme « genre », « attisent le goût des paradoxes« ,
    ajoutant même alors, en technicien-praticien de l’ »exercice » : « seul moyen de ranimer un sujet rebattu » ;
    …
    au point qu’on en vient, en lisant plus avant le livre (de 382 « riches » pages), au bord (vertigineux : il y a « gouffre ») de la question :
    …
    ne serait-ce pas là,
    ce livre,
    une (et assez cruelle, même !) parodie
    de l’élitisme éclectique
    d’un certain snobisme ?..

    …
    A deux ou trois reprises, le nom de William Thackeray, « l’auteur du « Livre des snobs« , est évoqué (quatre, en fait : aux pages 78, 141 et 224 : par deux fois) ;
    quant au « Livre des snobs » lui-même, en tant qu’œuvre, veux-je dire, ce serait à vérifier :
    et la réponse est oui : page 224, au chapitre « Sur l’art de traduire« ,
    pour désigner, après l’évocation de la traduction de « Vanity fair » par Georges Guiffrey en 1855, « avec la bénédiction de Thackeray » lui-même,
    …
    pour désigner, donc, « l’auteur du « Livre des snobs« ,
    mais sans rien en dire (ou révéler d’indicatif, cette fois : y réfléchir) davantage…
    …
    L’hypothèse prendrait même un semblant de consistance
    en relevant les « réactions » éminemment favorables _ sinon « complices »,
    si elles n’étaient d’absolue bonne foi, ou tout bonnement, peut-être, de premier degré, voire « naïves », si l’on préfère, de critiques _ d’ »organes de presse » tels que Le Figaro (article intitulé « le gai savoir« , par Etienne Montety, le 18 septembre), ou Valeurs actuelles (article intitulé « contre les dégoûts de la vie, lisez Maxime Cohen« , le 18 septembre, aussi) ;

    …

    Patrick Kéchichian, de même, dans Le Monde (du 19 septembre), étant, lui-même, « très favorable » à ces « Promenades sous la lune« , sans être tout à fait aussi dithyrambique que ses confrères (davantage épris de « classicisme », vraisemblablement) du Figaro et de Valeurs actuelles :

    j’en retiens cette phrase :

    « Érudit bienveillant et universel à la manière de George Steiner (en plus souriant), de Mario Praz, d’Alberto Manguel ou encore de Borges (avec lequel il maintient une certaine distance), Maxime Cohen a écrit le plus beau livre d’heures et de raison que l’on puisse imaginer. On partage, ou non, sa philosophie, entre sophistique et scepticisme. On peut le suivre, ou non, dans ses goûts, ses choix. Aucun obstacle ne vient interrompre ces « Promenades sous la lune« . Seuls notre égoïsme et notre manque de curiosité nous empêcheraient de poursuivre l’intense conversation à laquelle Maxime Cohen nous invite. »

    Excellente balance du jugement…
    …
    Bref,
    son propre plaisir de lecteur,
    sans ses agacements,
    se voit ici
    _ dois-je bien volontiers « reconnaître » _ comme croqué, singé, parodié, porté à la brûlure _ luminescente ! _ de la caricature,
    au point
    d’en être _ ou qu’on en soit _ piqué jusque de colère :
    tant de (terriblement efficace) lucidité…

    …
    L’autorité (du travail sociologique) de « La distinction » de Pierre Bourdieu
    s’en verrait « renforcée »,
    en matière de qualification d’ »élitisme »…
    …
    Maxime Cohen n’est cependant pas
    (tout à fait) un (autre, si c’était possible !) Michel Deguy
    _ dépourvu, lui (philosophe) _ et absolument ! _, de tout maniérisme, dans la sobriété (verte, de verdeur alerte) de sa parfaite (admirable) pure et simple sublime justesse (envers la vérité : quant au réel !..) ;
    lire, par exemple, le très grand « Le Sens de la visite » (aux Éditions Stock, en septembre 2006) ;
    …
    ni (tout à fait), non plus _ et d’une tout autre façon, bien sûr ! _ un (autre !) Renaud Camus
    _ dont on admire le courage des engagements (forts :
    sans bavures, tant ils sont droits, clairs et nets)
    d’écriture et d’existence ;
    …
    avec, aussi, ce qu’il en a récolté (à la tonne, pas à la petite cuillère, ni même à la louche : au tombereau…) d’éclaboussures de boue de « scandale » (en son « affaire« , le printemps et l’été 2000) :
    …
    il faut, ici, lire _ c’est un très grand « Précis de lecture« , et (forcément !) méconnu, négligé (du fait du « scandale »…) _ sa parfaite défense, à la virgule près
    (telle celle _ défense, et non virgule ! _ de Socrate en l’ »Apologie » reconstituée, post mortem, par Platon,
    toutes proportions gardées, bien sûr, mais tout de même :
    que d’injustices
    de beaucoup (!) à « hurler »
    _ sans avoir effectivement ce qui s’appelle « lu » ! « lu vraiment » ; et pas « en survolant » « à la va-vite » (ou/et en maniant des ciseaux ; et œillères)… _ ;

    …

    à « hurler avec la meute
    « des loups,
    ou des chacals) ;
    …
    il faut, ici, lire _ vraiment ; et « en vérité »… _, donc, ce très grand « Précis de lecture« ,
    qu’est le « rare » (et sans majuscules sur la couverture) « corbeaux _ Journal 9 avril – 9 juillet 2000« , édité par « nouvelles impressions », et publié, dans l’urgence _ bousculée, violentée _ de sa « défense », le 8 novembre 2000 ;
    …
    bien des « parleurs » (sur les ondes ; et « écriveurs », sur le papier) « en prendraient »
    _ pour si « mal » (ou si « peu ») « vraiment » lire, peut-être (si nous rêvions un peu !..) _
    « de la graine »…
    …
    Fin de l’incidente à propos de Michel Deguy et de Renaud Camus ;
    desquels j’ai distingué
    tout en l’en rapprochant un peu, aussi,
    Maxime Cohen :
    qu’on en juge_ en les lisant tous trois…
    …
    Maxime Cohen offre, ainsi, une sorte de graffitti _ comme en estampes, ici _ à la Tiepolo (1696 – 1770)
    sur ce que deviennent, à un tournant de pourrissement, les fruits (splendidement matures, juste avant ce « tournant » ; et succulents) d’une culture ou civilisation
    _ pour Giambattista Tiepolo, c’était la Venise des Lumières :
    …
    Venise :
    une cité et une civilisation qui devint, sur le tard (de sa république), putassière :
    Maxime Cohen raconte ce que dit si joliment
    (au très court chapitre « De la plus courte scène érotique de la littérature française« , à la page 186 de ces « Promenades sous la lune« )
    le « salé » (page 203) en même temps que « de grand ton » (page 204) Président (et bourguignon) Charles de Brosses
    (« au chapitre quatorze« , et à la date du 13 août 1739, de ses justement célèbres « Lettres d’Italie« )
    de « la signora Bagatina, en réalité l’épouse d’un noble vénitien qui se prostitue _ elle, pas lui (du moins je le suppose) _ aux étrangers en échange d’un certain nombre de sequins »
    (page 186, donc ;
    pour l’édition des « Lettres d’Italie » du Président de Brosses, du Mercure de France, en 1986,
    le passage se trouve à la page 195 du tome premier),
    …
    en matière de ses rencontres de courtisanes vénitiennes
    _ on se souvient de l’image de celles (« Deux courtisanes« , vers 1510 – 1515) de Vittore Carpaccio (ca 1455 – 1526)_ ;
    …
    voici le passage admiré (« je ne vois rien qui puisse (à « ces quelques mots« ) être préféré chez Sade ou chez n’importe quel pornographe« , « notre président les coiffe haut la main » :
    …
     » Enfin, s’apercevant de ce qui causait mon inquiétude, elle a eu le bon procédé de la lever elle-même au bout d’un instant, en quittant son faux nom et sa fausse décence. Elle a même eu l’air surpris de ma libéralité. »
    …
    Je relèverai seulement que Maxime Cohen a « shunté » de la lettre de de Brosses, à la suite de l’expression « fausse décence« , trois vers
    de l’ »Enfer » (au chapitre viii) de Dante, que voici :
    « E poi che la sua mano alla mia pose
    Con lieto volto, onde mi confortai,
    Mi mise dintro alle segrete cose
    « …
    …
    De même qu’il a coupé l’explicitation par de Brosses de sa « libéralité ; car _ poursuivait-celui-ci _ en faveur du meuble et de l’habillement, j’ai doublé les sequins, ne voulant pas avoir rien mis de médiocre dans une main ornée de diamants« …
    …
    Voilà pour la « grande manière qu’il met, en passant, à tout cela« , conclut son chapitre de trois pages
    quant à Charles de Brosses en goguette « érotique » à Venise, en 1739,
    page 186, Maxime Cohen.
    …
    Venise, donc,
    mûre et blette
    avant (ou « au tournant » de) la chute :

    le premier coup de grâce _ pour l’ État de Venise _ viendra de Napoléon (en 1797 : abdication du doge Lodovico Manin ; fin de la république de Venise) ;
    puis ce seront les Autrichiens qui, au Congrès de Vienne (en 1815), ramasseront (raffleront : pour un bon demi-siècle, jusqu’en 1866) le « tapis » de ce « jeu » (de dupes) ;
    …
    on en jugera par les délicieusement « vertes » aventures du « Senso » de Camillo Boito (ou le « Carnet secret de la comtesse Livia« ) ;
    puis, à son tour, de Luchino Visconti, en 1954
    (avec ce qu’il advient de la rencontre du bel officier autrichien _ de Stewart Granger, dans le film _ et de la plus belle encore comtesse vénitienne _ d’Alida Valli _,
    après l’incident,
    en ouverture (tant individuelle que collective _ bien sûr, comme toutes nos vies, elles « se tissent » serré),
    des tracts (et cocardes tricolores) lancés en pluie des balcons du théâtre de la Fenice (= le Phœnix, animal sachant renaître de ses cendres : le théâtre revivant après avoir brûlé le 13 décembre 1836 ; puis le 29 janvier 1996…),
    en ouverture des « hostilités » de la « révolte » : c’était le 27 mai 1866, à la fin du troisième acte du « Trovatore » de Verdi, aux cris de « Viva Verdi ! » (= « Vive Victor-Emmanuel, roi d’Italie !« )…
    …
    Bref, ces « Promenades sous la lune« 
    _ l’expression est délicieusement (indirectement) empruntée à la plume de la _ tout simplement : au pied de la lettre _ charmante Madame de Sévigné (1626 – 1696), en ses « saisons » (par exemple le 12 juin 1680 ; mais déjà le 21 octobre 1671) passées en son jardin du château des Rochers,
    …
    la mère « rassurant », sur sa (propre) santé et ses humeurs (heureuses, joyeuses, facétieuses, même, en sa faconde)
    par ce que qu’elle en narre (et plus encore par son art même, merveilleusement « libre », « échevelé », de le narrer : quelle « raconteuse » !) ;
    …
    « rassurant », donc, sa très chère fille, Madame de Grignan (Françoise-Marguerite _ 1646 – 1705), demeurant au loin, en Provence,
    en sa nouvelle demeure _ le château de Grignan _ d’épouse
    _ la troisième (le mariage a été célébré le 29 janvier 1669) :
    la première (d’épouse), Angélique-Clarisse d’Angennes, est morte en 1664 ;
    et la seconde, Marie-Angélique du Puy-du-Fou, en 1667 _ ;
    …
    en sa nouvelle (depuis 1669) demeure _ le château de Grignan _ d’épouse, donc,
    du Gouverneur de Provence, François de Grignan (1632 – 1714), de la famille provençale des Castellane-Adhémar
    _ jusqu’à leur fils (enfin !) qui est baptisé de ce double prénom (royal) de « Louis-Provence » (1671 – 1704) _ ;
    …
    qu’elle
    _ marquise de Sévigné, née Marie de Rabutin-Chantal (1626 – 1696),
    tout à la fois bourguignonne (par son père : Celse-Bénigne de Rabutin-Chantal _ 1596 – 1627)
    et parisienne (par sa mère, Marie de Coulanges _ 1603 – 1633 _, place Royale, et au Marais) _
    …
    sait, l’âge venant, puis, bel et bien, venu, et advenu,
    prendre et goûter à loisir son plaisir
    (de veuve joyeusement tranquille) en son château (acquis par elle par mariage, puis _ bien vite _ veuvage, avec le marquis Henri de Sévigné, breton _ 1623 – 1651) ;
    …
    en son château et en son parc
    retiré de Bretagne _ des Rochers, proche de Vitré _,
    et loin d’elle, sa fille adorée :
    …
    je ne résiste pas au plaisir de citer ce merveilleux passage de la lettre « Aux Rochers, ce 12e juin (1680) »,
    lettre débutant par « Comment, ma bonne ? j’ai donc fait un sermon sans y penser ? »
    (page 968 du volume II de la « Correspondance«  de Madame de Sévigné, dans l’édition établie par le regretté Roger Duchêne en 1974, dans la bibliothèque de La Pléiade
    _ le passage se trouve à la page 970 de ce volume II de la Pléiade ;
    et pages 22 & 23 des « Promenades sous la lune« , où le cite jubilatoirement, à son tour, Maxime Cohen :
    …
    « L’autre jour, on vint me dire : « Madame, il fait chaud dans le mail, il n’y a pas un brin de vent ; la lune y fait des effets les plus brillants du monde. »
    Je ne pus résister à la tentation ; je mets mon infanterie sur pied ; je mets tous les bonnets, coiffes et casaques qui n’étaient point nécessaires ; j’allai dans ce mail, dont l’air est comme celui de ma chambre ; je trouvai mille coquecigrues, des moines blancs et noirs, plusieurs religieuses grises et blanches, du linge jeté par-ci, par là, des hommes noirs, d’autres ensevelis tout droits contre des arbres, des petits hommes cachés qui ne montraient que la tête, des prêtres qui n’osaient approcher.
    Après avoir ri de toutes ces figures, et nous être persuadés que voilà ce qui s’appelle des esprits

    _ nous dirions, nous, « fantômes » _,
    et que notre imagination en est le théâtre,
    nous nous en revînmes sans nous arrêter, et sans avoir senti la moindre humidité

    _ nocturne de ce mois de juin en Bretagne.
    Ma chère bonne, je vous demande pardon ; je crus être obligée (…) de donner cette marque de respect à la lune. Je vous assure que je m’en porte fort bien«  :
    …
    la santé de la mère (veuve),
    et plus encore celle de la fille (en âge de procréer),
    entre grossesses successives, couches périlleuses, et craintes (de la part de la mère) des renouvelées velléités (et péripéties) génitrices de l’épouse de M. de Grignan, si sourcilleusement soucieux, lui, d’assurer son lignage
    et d’obtenir des héritiers mâles de sa troisième épouse, Françoise-Marguerite,
    les deux précédentes, Angélique-Clarisse et Marie-Angélique, étant toutes deux mortes de suites de couches ;
    …
    la santé de la mère, comme celle de la fille,
    sont, donc, un sujet permanent d’inquiétude (et discours) en filigrane de cette « libre » correspondance (privée, à cœur ouvert, à fleur d’émotions et « passions ») entre Madame de Sévigné et Madame de Grignan… _
    …
    Bref
    _ je reprends mon fil _,
    ces délicieuses « Promenades sous la lune » de Maxime Cohen, ce mois de septembre 2008,
    forment un « état des lieux »
    ravissant et goûteux _ d’un très « haut » goût, même _
    d’un « état » de civilisation peut-être mûre et blette

    « au bord de la chute » : le nôtre, cette fois
    _ et non plus celui d’une Venise, au tournant des xviii et xix èmes siècles _
    en ce « bel aujourd’hui », blet et assez pourrissant,
    de notre « présent »
    commun, partagé :
    …
    les « sequins » d’aujourd’hui
    « rongeant »
    bel et bien,
    et au galop, s’il vous plaît,
    pas mal de nos « affaires »,
    un peu plus visiblement que d’habitude, ces derniers temps-ci…
    …
    Aussi,

    se mirer (pour le lecteur) en pareil miroir (de lecture)
    est-il en même temps savoureux, délicieux, oui,
    par ce que la curiosité et le goût de la justesse trouvent ici d’ »aliment », et consistant,
    en de très beaux et très justes chapitres
    (et à mille lieues de la plus petite ombre de « lourdeur »),
    tels, en butinant :
    …
    « De Cicéron et des jardins« ,
    « Petit éloge des ordinateurs » (sur la prestesse de l’écrire _ et du penser),
    « A propos du discours de Lorenzo Valla sur la fausse donation de Constantin »
    (au pape Sylvestre _ pape de 314 à 335 _, sur le souci d’établir la vérité des « faits » en « la recherche et l’édition critique » _ page 63 _, « vers 1450« , pour ce travail de Valla _ page 64),
    « Apologie personnelle de l’essai littéraire » (j’y applaudis des deux mains !),
    « De la douceur bénédictine« ,
    « Éloge empoisonné du barde immortel d’outre-Manche » (sur Shakespeare et ses « monstruosités »),
    « Propos sur l’e muet » (capital ! sur ce qu’est le français),
    « Au sujet d’Aristote » (et de son style !),
    « Des vins » (le passage sur les « Graves« , pages 162-163, est d’un très avisé _ et juste ! _ palais ;
    même si l’auteur indique aussi que son « faible va au bourgogne« , quand je suis bordelais !..),
    « De la ponctuation » (sur le rythme ; et le souffle : essentiel !!!),
    « Sur l’art de traduire« ,
    « Critique amusée de Marcel Proust« ,
    « Sur la bibliothèque de Leibniz » (magnifique !),
    « De la conversation » (bien sûr !),
    « Des maladies » (quelle belle justesse d’expérience, après celle de Montaigne),
    « Sur la tragédie de l’Europe classique » et « Éloge vengeur du théâtre de Voltaire » _ frisant un peu, tout de même, le paradoxe _,
    « Contre les romans » (mais oui !),
    « Du juste statut de l’original et de ses copies« ,
    « Sur l’imparfait du subjonctif« ,
    « Adieu à la musique » et « Naufrage souriant de la culture savante« ,
    « De la vieillesse » (oui !),
    « Tombeau de la grande abbesse de Fontevrault » (sur l’esprit des Mortemart,
    une enquête savoureuse, dans la continuation de « lièvres » déjà, mais pas assez, au goût de l’auteur, « levés » par Proust, Saint-Simon, Retz),
    etc… ;
    …
    bref, ces délicieuses « Promenades sous la lune »
    forment un « état des lieux » ravissant et goûteux
    …
    en même temps que, par quelque « angle de regard », écœurant et effrayant
    de l’inconscience (?..) et (auto ?..) aveuglement de l’égoïsme (?) d’un tel _ peut-être celui de l’auteur (?) _ dilettantisme
    (goût exclusif du plaisir, bien dé-taché, à l’écart, du moindre risque d’ »ombre » seulement, même, de chagrin et de peine) ;
    et, peut-être, snobisme…
    …
    refusant
    _ en, semble-t-il, en repoussant a priori l’éventualité : mais est-ce bien le cas ?.. je suis peut-être injuste… _
    un vrai (solidement ancré _ et pas rien que « d’encre » _ dans le réel !) amour,
    une passion,
    un engagement

    avec les suites et conséquences (bien réelles)
    qui nous requièrent
    (en entier, carrément ; sans retour, sans repli, sans retrait, ni retraite) :
    telle qu’un amour réel et des enfants…
    …
    C’est du moins le sentiment que j’ai retiré
    de ce qui m’a paru constituer un « retrait » calculé de soi et pour soi
    sur son seul « quant-à-soi »…
    …
    Je remercie vivement l’ami Patrick Sainton,
    généreux de sa vie et de son art, de son œuvre,
    de m’avoir donné à « rencontrer » ce livre délicieux, passionnant, si riche et si souvent tellement juste,
    et effrayant, tout à la fois,

    sur soi (et d’autres) : en tous cas sur ce qu’il en est
    _ ou m’a, du moins, paru « être » _
    de « versants doucement vénéneux »
    de quelques unes des pentes
    (plus ou moins douces) de notre
    incertain et trouble
    « présent »…

    …
    Il n’empêche :
    comme nous approuvons Maxime Cohen, quand,

    à propos de certaines réticences de Voltaire à l’égard de Shakespeare, au chapitre « Éloge empoisonné du barde immortel d’Outre-Manche »,
    il avance, page 129 :

    …

    les arguments « de Voltaire contre Shakespeare relèvent donc moins de l’histoire du goût littéraire que d’une certaine philosophie de l’histoire »
    _ vers un refus des « formes » et du « style », au profit du laisser-aller des pulsions, vannes grandes ouvertes du « monstrueux »
    et de l’ »inhumain »…

    …
    Ces arguments-là,
    « ce n’est pas Shakespeare qu’ils visent, mais nous _ les « modernes » ! _ qui préférerions dans l’art _ on appréciera l’emploi de ce conditionnel _ ce qui dit non à l’art _ et aux « formes », et au « style » _
    et par là même à l’humanité. »
    …
    Rien moins.
    …
    Ou quand l’esthétique est un enjeu « de première ligne » (« de front ») de la « civilisation »…
    Merci, déjà, de cela, Maxime Cohen…

    …
    Titus Curiosus, ce 24 octobre 2008….