Étiquette : Ian Bostridge

  • Interpréter ce chef d’oeuvre absolu des « Illuminations » de Benjamin Britten / Arthur Rimbaud, Op. 18 (1939) : le défi périlleux du chanteur…

    « Ce chef d’œuvre absolu que sont Les Illuminations de Britten/Rimbaud« ,

    écrivais-je le 24 octobre 2011, en conclusion de l’article « « , que je consacrais au superbe CD de cette radieuse soprano qu’est Anne-Catherine Gillet (Libramont-Chevigny, 20 janvier 1975), le CD AEon « Barber – Berlioz – Britten » AECD 1113, enregistré à Liège au mois de septembre 2011, avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège sous la direction de Paul Daniel, comportant « Knoxville : Summer of 1915 » de Samuel Barber/James Agee, « Les Nuits d’été«  d’Hector Berlioz/Théophile Gautier, et, donc, « Les Illuminations » de Britten/Rimbaud

    _ cf dans le même sens cet article du 21 novembre suivant (2011), d’Olivier Mabille sur le site de ResMusica, intitulé « Anne-Catherine Gillet : merci et chapeau bas« , où le critique parle fort justement de la quasi « impossible tâche de rendre évidente la prosodie des Illuminations«  : en tout cas extrêmement périlleuse (un réel défi !) pour le chanteur-diseur, ainsi qu’on peut le constater à chaque effort d’interprétation de ce fulgurant chef d’œuvre de Britten…

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    Des diverses interprétations au disque de ce chef d’œuvre absolu _ j’insiste ! _ de Benjamin Britten (et Arthur Rimbaud _ quel extraordinaire poème, déjà !, composé entre 1872 et 1875, et publié, posthume, en 1895… Et quelle sublime musique, en 1939, de Britten ! _),

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    je retiens bien sûr celle, princeps et magnifique, de Peter Pears _ qui n’en fut cependant pas le créateur ; la créatrice fut le 30 janvier 1940 à Londres la soprano Sophie Wyss, avec le Boyd Neel Orchestra sous la direction de Boyd Neel… _, avec l’English Chamber Orchestra sous la direction de Benjamin Britten lui-même, enregistrée à Kingsway Hall au mois de décembre 1963, in le CD London 436 395-2 « Britten – Serenade – Les Illuminations – Nocturne » _ écoutez ce podcast merveilleux (de 22′ 16) ! _ ;

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    ainsi que celle, magnifique aussi, de Ian Bostridge _ un interprète que j’apprécie beaucoup, beaucoup : regardez et écoutez cet extrait (« Villes« ) en cette vidéo (de 2′ 30)… _  avec le Berliner Philharmoniker sous la direction de Simon Rattle, enregistrée à Dahlem-Berlin au mois d’avril 2005, in le très beau CD EMI 5 58049 2 « Ian Bostridge – Britten – Serenade for Tenor, Horn and Strings – Les Illuminations – Nocturne« …

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    Or voici que l’ami Éric Rouyer me fait parvenir un nouveau merveilleux double album de son Palais des Dégustateurs, le CD PDD 035 « Benjamin Britten – Quatuor Béla – Julia Wichniewski« , enregistré du 25 au 27 février 2020 pour les 3 Quatuors, et les 27 et 28 janvier 2022 pour « Les Illuminations« , à La Courroie (Vaucluse), par le Quatuor Béla (Frédéric Aurier et Julien Dieudegard, violons ; Julian Boutin, alto, et Luc Dedreuil, violoncelle) et la soprano Julia Wischniewski,

    comportant, adjointes au 3 Quatuors n°1 Op. 25 (de 1941), n°2 Op. 36 (de 1945) et n°3 Op. 94 (de 1976) de Benjamin Britten, ses sublimes « Illuminations » Op. 18 (de 1939) _ quel extraordinaire chef d’œuvre ! je le répète… _, dont la partie d’orchestre a ici été spécialement transcrite pour quatuor à cordes par Frédéric Aurier… 

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    La partie de chant est spécialement redoutable par son extrême virtuosité, tant de diction que musicale ; et, ainsi que pour toute mélodie chantée en français, le moindre mot, la moindre syllabe, doit être parfaitement compréhensible instantanément, et sans le moindre effort, par l’auditeur :

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    ce qui constitue une certaine gageure _ et même, comme ici, une très périlleuse épreuve… _ pour le chanteur, par conséquent.

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    Il faut donc saluer d’abord le courage de Julia Wichniewski, soprano comme fut la créatrice, à Londres le 30 janvier 1940, la suissesse Sophie Wyss, de relever cet immense défi d’interprétation-incarnation de ces sublimes « Illuminations » de Benjamin Britten…

    Et ne pas trop se hérisser ni a fortiori se bloquer sur les mots ou syllabes mal identifiés à l’audition, sans disposer de l’aide du texte de Rimbaud sous les yeux…

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    Et au passage, je me demande pour quelles raisons ce fut plutôt à une soprano telle que cette Sophie Wyss (La Neuveville – Berne, 5 juillet 1897 – Bognor Regis – Sussex, 25 décembre 1983), plutôt qu’à un ténor, et en l’occurrence son compagnon _ rencontré en 1936, Britten avait 23 ans… _ Peter Pears (Farnham – Suffolk, 22 juin 1910 – Aldeburgh – Suffolk, 3 avril 1986), que Benjamin Britten (Lowestoft – Suffolk, 22 novembre 1913 – Aldeburgh – Suffolk, 4 décembre 1976) confia la création en concert de pareil exceptionnel chef d’œuvre ! :

    il y a là à creuser…

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    Et je consacrerai bien sûr un très  prochain article à l’interprétation de ces 3 si beaux Quatuors à cordes de Benjamin Britten par le Quatuor Béla… 

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    Ce samedi 25 mai 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’inestimable trésor musical des ultimes CDs du merveilleux Lars Vogt, dans Mozart, Schubert et Mendelssohn : le très intense « Schwanengesang » de Schubert de Lars Vogt avec le magnifique Ian Bostridge…

    C’est un peu par hasard que je viens de mettre la main sur un des tous derniers CDs de Lars Vogt _ décédé le 5 septembre 2021 _, enregistrés, tous ceux que je vais citer ici, en 2021, et qui, en l’occurrence, et je me demande bien comment, m’était passé inaperçu à sa  parution le 23 septembre 2022,

    l’intense CD Pentatone PTC 5186 786 : le « Schwanengesang » de Schubert, avec le ténor _ que j’apprécie lui aussi tout particulièrement ! _ Ian Bostridge…

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    Sur cette disparition du cher Lars Vogt _ à l’âge de 51 ans _, magnifique pianiste et magnifique chef d’orchestre,

    ainsi que sur les parutions discographiques qui restaient alors à venir _ après son trancendant CD Mendelssohn « Piano Concertos – Capriccio Brillant« , avec l’Orchestre de Chambre de Paris, enregistré à Paris du 2 au 5 novembre 2021, et paru pour le label Ondine au mois de mars 2022, le CD Ondine ODE 1400-2 ; cf mon article du 11 mars 2022 : « « …_ de ses ultimes bouleversants enregistrements,

    se reporter surtout à mon article «  » du 6 septembre 2022, au lendemain même du décès de Lars Vogt…

    …

    J’y écrivais alors ceci :

    …

    « Un nouveau CD, intitulé « Mozart Clarinet Works« , sous la direction de Lars Vogt, avec les merveilleux Concerto K. 622 et le Quintette K. 582 _ mais hélas pas le bouleversant Trio (avec piano) des Quilles, K. 498 : Lars Vogt aurait pu en être le magnifique pianiste… _, doit paraître _ et ce CD paraîtra, en effet, très peu de temps après, à la date annoncée _ pour le label Mirare _ le CD MIR 626 _, le 22 septembre prochain, avec Raphaël Sévère, le Quatuor Modigliani, et l’Orchestre de Chambre de Paris _ le CD avait été enregistré à Paris du 6 au 8 octobre 2021…

    Mais aussi un autre, un peu plus tard, avec les Concertos pour piano n°9 et 14 de Mozart, toujours à la tête de l’Orchestre de Chambre de Paris _ celui-ci, et probablement lui aussi pour le label Mirare, n’est toujours pas paru, à cette date du 26 juin 2023…

    Et encore un troisième, en une nouvelle interprétation, avec le cher Ian Bostridge, du « Voyage d’hiver » de Schubert _ il s’agit bien de ce CD « Schwanengesang« , avec Ian Bostridge, le CD Pentatone PTC 5186 786, paru, lui aussi, au mois de septembre 2022, le 23, pour être plus précis, sur lequel je viens juste maintenant de mettre la main…« …

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    En revanche, il me faut indiquer aujourd’hui que, à cette date du 6 septembre 2022, n’était pas alors annoncé le sublimissime double album Ondine ODE 1394 – 2D « Schubert Piano Trios – Notturno – Rondo – Arpeggione Sonata« , avec les amis et compères de toujours de Lars Vogt, les magnifiques Christian (au violon) et Tanja (à l’alto) Tetzlaff _ cf mon article du 29 avril dernier «  » _ les enregistrements avaient eu lieu à Brème, du 21 au 25 février 2021, et les 10 et 11 juin 2021 ; et ce double fabuleux CD est paru le 3 février 2023…

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    Pour ce soir,

    j’ai simplement plaisir à partager ici les podcasts des Lieder suivants de ce récent très intense « Schwanengesang » de Lars Vogt avec Ian Bostridge, pour Pentatone,

    enregistré au Wigmore Hall à Londres, au mois de novembre 2021 _ peut-être là l’ultime CD enregistré par Lars Vogt, son très effectif « chant du cygne« … _ :

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    _ « Ständchen » (3′ 34)…

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    _ « Abschied » (4′ 22)…

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    _ « Der Atlas » (2′ 10)…

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    _ « Der Döppelgänger » (4′ 25) …

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    _ « Die Taubenpost » (3′ 55)…

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    Avec noble fidélité…

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    Ce lundi 26 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’apport somptueux du coffret de 3 CDs Decca « The Unreleased Masters » de Jessye Norman (1945 – 2019)…

    Jessye Norman (Augusta, 15 septembre 1945 – New-York, 30 septembre 2019) est sans conteste une chanteuse hors-norme, qui fait l’objet d’une très juste universelle admiration.

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    Or voici que vient de paraître un _ magnifique ! _ coffret de 3 CDs Decca 485 2984, intitulé « Jessye Norman The Unreleased Masters« , d’enregistrements de 1989, 1992, 1994 et 1998 _ avec Kurt Masur, James Levine et Seiji Ozawa _, que la cantatrice avait, de son vivant, refusé de laisser publier…

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    Voici le commentaire plus qu’intéressant qu’en donne _ et sous le titre « Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998« … _ François Lesueur, en date du 23 mars dernier, sur le site de Wanderer :

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    Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA

    Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998

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    François Lesueur — 27 mars 2023
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    Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA

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    CD1 (studio recording)

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    WAGNER (1813–1883) : Tristan und Isolde (1865)

    Prelude

    Act I

    “Westwärts schweift der Blick” (Seemann · Isolde · Brangäne)

    “Frisch weht der Wind der Heimat zu” (Seemann · Isolde · Brangäne)

    “Weh, ach wehe ! Dies zu dulden” (Brangäne · Isolde)

    “Wie lachend sie mir Lieder singen” (Isolde · Brangäne)

    Act II

    “Isolde ! Geliebte ! – Tristan ! Geliebter!” (Tristan · Isolde)

    “Doch es rächte sich der verscheuchte Tag” (Isolde · Tristan)

    “O sink hernieder, Nacht der Liebe” (Tristan · Isolde)

    “Einsam wachend in der Nacht” (Brangäne · Isolde · Tristan)

    “Unsre Liebe ? Tristans Liebe ? Dein’ und mein’” (Tristan · Isolde)

    “So starben wir, um ungetrennt” (Tristan · Isolde · Brangäne)

    Act III

    “Mild und leise wie er lächelt” (Isoldes Liebestod) (Isolde)

    Jessye Norman (Isolde,)

    Hanna Schwarz (Brangäne)

    Thomas Moser (Tristan)

    Ian Bostridge (Seemann)

    Kurt Masur / Leipzig Gewandhaus Orchestra

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    CD2 (live recording)

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    STRAUSS (1864–1949) : Vier letzte Lieder (1948)

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    WAGNER : Wesendonck-Lieder (1857–1858)

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    Jessye Norman

    James Levine / Berliner Philharmoniker

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    CD3 (live recording)

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    HAYDN (1732–1809) : Scena di Berenice Hob. XXIVa:10

    Recitativo : “Berenice, che fai?”

    Cavatina : “Non partir, bell’idol mio”

    Recitativo : “Me infelice!”

    Aria : “Perché, se tanti siete”

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    BERLIOZ (1803–1869) : Cléopâtre H.36

    Allegro vivace con impeto – Récitatif : “C’en est donc fait!”

    Lento cantabile : “Ah ! qu’ils sont loin ces jours, tourment de ma mémoire”

    Méditation : Largo misterioso : “Grands Pharaons, nobles Lagides”

    Allegro assai agitato : “Non ! … non, de vos demeures funèbres”

    Allegro non troppo – Recitativo misurato : “Dieux du Nil”

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    BRITTEN (1913–1976) : Phaedra Op.93

    Prologue : “In May, in brilliant Athens”

    Recitative : “My lost and dazzled eyes saw only night”

    Presto : “You monster ! You understood me too well”

    Recitative : “Oh Gods of wrath”

    Adagio : “My time’s too short, your highness”

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    Jessye Norman

    Boston Symphony Orchestra / Seiji Ozawa

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    Parution du coffret Jessye Norman (1945–2019) The unreleased masters 1989–1998 – DECCA
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    Fallait-il publier ces inédits de Jessye Norman restés sans lendemain, ou bien respecter son choix de ne jamais les rendre publics ? La question reste une nouvelle fois entière à l’écoute de ce coffret que sa maison de disque, Decca, vient de sortir quatre ans après sa disparition.

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    Savoir que quelques scènes issues du Tristan und Isolde avaient été gravées en studio en 1998 était intolérable pour certains fans prêts à tout entendre de leur soprano fétiche, même le plus discutable. Qu’en aurait-elle pensé, elle si exigeante ? Nous ne le saurons jamais. Fort heureusement ce coffret comporte de réelles pépites _ oui ! _ qui dissiperont facilement ces petites polémiques. Les nombreux admirateurs de Jessye Norman savaient que leur idole avait enregistré de larges extraits de Tristan und Isolde en prévision d’une intégrale qui ne vit jamais le jour. Depuis le « Liebestod » enregistré très tôt avec Colin Davis jusqu’à celui donné en concert avec Karajan à Salzbourg en 1988, il n’était pas impossible d’imaginer la soprano américaine s’essayer au rôle dans le calme ouaté du studio, à l’écart du public et de la scène qu’elle n’aura finalement pas le courage d’affronter. Ces essais restés sans lendemain paraissent donc aujourd’hui près de quatre ans après la mort _ le 30 septembre 2019 _ de la diva qui refusa de les voir publiés de son vivant. Faut-il s’en réjouir ou le regretter ? C’est toujours un dilemme, car de tels inédits remettent en question le choix de l’artiste qui devrait en principe être respecté, tout en satisfaisant le plaisir égoïste de fans à la recherche permanente de nouveaux documents. Fallait-il aller à l’encontre de l’avis de Jessye Norman qui n’était pas convaincue du résultat de sa prestation, ou sortir ce coffret sous couvert de lui rendre hommage ?

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    Prenons les sessions d’enregistrement de mars/avril 1998 d’abord pour ce qu’elles sont : des essais réalisés en prévision d’une éventuelle intégrale. Au pupitre, Kurt Masur dirige les forces du Gewandhaus de Leipzig avec l’intensité et l’analyse musicale qui ont toujours été associées à son nom. Dès le prélude où la tranquillité des cordes surprend par leur couleur et leur velouté, le chef instaure une lecture sagement réfléchie et très personnelle du chef‑d’œuvre de Wagner. Sa battue puissante et enveloppante est le gage des grands maîtres, capables en un clin d’œil de faire fusionner les timbres de tout un orchestre que l’on pensait éparpillés, après les avoir entendus se déployer si distinctement les uns après les autres. La sélection du 1er acte débutée par l’intervention asexuée et précieuse du tout jeune Bostridge _ voilà _ en Matelot, laisse la place aux échanges entre l’Isolde d’une Norman agitée, arrogante de ton, face à la Brangaene d’Hanna Schwarz, très en retrait. L’association de ces deux voix n’est sans doute pas la meilleure, mais après tout la mezzo est là pour donner la réplique à la soprano qui dialogue avec un chef qu’elle connait bien et dont l’accompagnement sur mesure est là pour la mettre sur un piédestal. Entourée d’un orchestre aux sonorités sensuelles, Jessye Norman mord à pleine dents dans le texte au risque de manger parfois des mots dans l’état d’exaltation où elle se trouve et de laisser passer de grands aigus plus arrachés qu’il ne faudrait, ou de paraître crispée sur le « Rahe » (vengeance).

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    Arrêté brusquement, ces premiers pas n’ont rien de compromettants mais nous interrogent tout de même : le rôle d’Isolde est-il écrit dans les meilleures notes de la cantatrice et n’est-il pas arrivé un peu tard dans sa carrière ? L’écoute se poursuit avec le duo du second acte. Thomas Moser s’avère d’emblée en grande forme _ oui _ avec un Tristan au registre élancé et au timbre clair. Les retrouvailles du couple après l’absorption du philtre d’amour remplacé par celui de mort par Brangaene, sont explosives, le premier ut d’Isolde superbe, le second également, allégé et visé juste. Masur veille sur ces deux protégés avec un soin paternel, jouant avec une délicatesse chambriste l’introduction du « O sink hernieder » que les deux chanteurs attaquent pianissimo et poursuivent à l’unisson avec une poésie et un galbe vocal magnifiques, se stimulant l’un l’autre. Toute cette partie comme en apesanteur, digne des titulaires les plus aguerris est malheureusement compromise par les appels prosaïques d’une Hanna Schwarz qui ne peut se substituer aux plus grandes, Christa Ludwig en tête. Les choses se corsent dans la conclusion qui met en évidence une Norman aux limites de sa résistance, qui ne parvient pas dans cette section à parer son instrument contre les assauts vengeurs d’une partition dévorante et termine avec une voix blanche et un phrasé heurté trahis à plusieurs reprises par une diction confuse, que même la présence de son partenaire ne peut masquer. Pour finir le « Mild und leise », quoique vocalement profus et élégamment chanté, laisse l’auditeur un peu sur sa faim au lieu de l’entraîner vers les cimes d’une transfiguration annoncée. Rien de honteux ou de dégradant dans ces passages choisis, révélés post-mortem, mais comment ne pas ressentir un certain sentiment de trahison, là où l’artiste avait cru bon de ne jamais autoriser la parution de ce qui pour elle n’en valait pas la peine…

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    Fort heureusement le reste de cet album contient de vrais trésors _ oui. Les Vier letzte Lieder de Strauss donnés en direct à Berlin en mai 1989 en font indéniablement partie. Dirigés par James Levine à la tête du flamboyant Berliner Philharmoniker, ils sont une alternative pour le moins solide à ceux gravés en 1982 avec Masur et le Gewandhausorchester Leipzig pour Decca, souvent présentés comme un must. Plus rapide et moins sombre, cette version inédite nous permet de retrouver la voix souveraine de la diva, qui déploie dès les premières phrases du « Frühling » les grandes orgues de son instrument enchanteur avec une « Wie ein Wunder vor mir » somptueux, allège le « Du kennst mich wieder » et donne à son phrasé des allures de petite fille à l’arrivée du printemps. Ici pas d’inquiétude ou de tourment, mais un plaisir calme et une plénitude vocale qui ne font planer aucun doute sur les pensées de la narratrice. Si dans « September » Levine laisse filtrer dans son commentaire orchestral l’annonce de l’automne et des jours plus courts, c’est parce qu’il donne l’impression de déposer délicatement sur les épaules de sa cantatrice un « châle musical » pour qu’elle ait moins froid. Le « Augen zu » triple piano se fait comme il se doit sourd et extatique tandis que le cor conclut majestueusement le lied. Tout à coup tout s’assombrit, devient mélancolique avec « Beim Schlafengehen », on frissonne aux accents de la soprano qui laisse le violon en solo, transpercer l’espace et venir nous toucher en plein cœur, avant que sa voix de velours ne reprenne le large, en majesté. « Im Abendrot » est pris dans un tempo retenu mais sans langueur affectée ; « O Weiter » est clamé comme une surprise, sans dramatisme avec quelque chose de rassurant, comme une confiance revenue. Norman file la phrase comme si elle ne devait jamais s’interrompre, Levine étire les dernières notes de son orchestre : c’est somptueux _ voilà !

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    D’une pareille eau sont les Wesendonck de Wagner (Berlin toujours mais en novembre 1992) au cours desquels la diva ne cherche pas à assombrir son timbre, pour rester résolument soprano et pouvoir ouvrir grand les voiles. Calme et tempête, torpeur et pas feutrés, Levine manie le mystère jouant sur le même registre que son impressionnante soliste entre rêve étrange et murmure. Rien ne manque à cette lecture déclamée dans un allemand soyeux où chaque mot est articulé, sculpté, taillé comme une pierre précieuse, sauf les appels de Brangaene que Jessye Norman aurait pu, aurait dû chanter, pour suspendre un peu plus le temps à l’issue du dernier lied, « Traüme », repris plus tard dans Tristan und Isolde.

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    Dernier des trois cds, trois scènes pour soprano et orchestre puisées dans trois siècles de musique : Haydn, Berlioz et Britten. Captées elles aussi en concert, au cours de l’année 1994 à Boston, elles démontrent non seulement la variété des répertoires auxquels aimait à se mesurer la Norman et son adaptabilité musicale. La direction un peu sèche d’Ozawa n’obère heureusement pas notre plaisir à écouter la cantate Berenice, dont la soprano assume crânement l’écriture émaillée de vocalises lancées avec vigueur. A l’exception du dernier aigu contestable, ce document est à chérir, comme la Cléopâtre vécue avec un frémissement et une intériorité de chaque instant. S’il ne fallait en garder qu’une, ce serait surement Phaedra d’après Racine dirigée par un Ozawa inspiré, où la voix aussi vive qu’incisive de la diva fait des merveilles. Sa manière de nous susurrer à l’oreille pour avouer qu’elle s’est empoisonnée avec le crescendo vers l’aigu souligné par des cordes grinçantes, juste avant le silence, est inoubliable et mérite à elle seule l’acquisition de ce coffret en hommage à l’un des plus grandes interprètes du XXème siècle _ voilà.

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    C’est tout simplementement somptueux !

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    Ce mardi 11 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un admirable CD « Bridge Britten Debussy Cello Sonatas » (et aussi Janacek…) par Truls Mork et le pianiste Havard Gimse : profond et enchanteur…

    C’est au goût très sûr et l’oreille exercée de Vincent Dourthe _ qui m’a vivement conseillé ce CD _, et à nos passionnants échanges sur les sorties de disques,

    que je dois l’acquisition de ce merveilleux CD de « Cello Sonatas« , le CD Alpha 560,

    …

    par le parfait Truls Mork (né à Bergen le 25 avril 1961), et le non moins parfait _ jusqu’ici je ne le connaissais pas, n’avais pas repéré son merveilleux talent à lui aussi… _ Havard Gimse (Kongsvinger, 15 septembre 1966) _ tous deux sont norvégiens… _,

    …

    dans un programme _ « aussi original que splendide« , commente Patrick Szersnovicz dans un superbe article du numéro de septembre du magazine Diapason, à la page 96 _ de Sonates pour violoncelle et piano,

    des compositeurs Frank Bridge (Brighton, 26 février 1879 – Eastbourne, 10 janvier 1941), Claude Debussy (Saint-Germain-en-Laye, 22 août 1862 – Paris, 25 mars 1918), Leos Janacek (Hukvaldy, 3 juillet 1854 – Ostrava, 12 août 1928) et Benjamin Britten (Lowestoft, 22 novembre 1913 – Aldeburg, 4 décembre 1976),

    …

    soient

    la Sonate pour violoncelle H.125 (1913-1917) de Frank Bridge,

    la Sonate pour violoncelle  L.135 (1915) de Claude Debussy,

    le conte « Pohadka » (1910), de Leos Janacek,

    et la Sonate pour violoncelle Op.65 (1961) de Benjamin Britten.

    …

    …

    Une interprétation par Truls Mork et Havard Gimse qui touche profondément, et enchante durablement

    pour ces musiques qui nous retiennent si intensément…

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    …

    En général, peu de choses me portent vers des CDs au programme musical apparemment aussi composite _ ma préférence allant plutôt à des CDs plus unis d’un seul compositeur _,

    ou bien portés par un (ou des) interprète(s) dont j’ai à cœur de suivre le parcours : ici, il y a pas mal de temps que j’avais été confronté à cet excellent violoncelliste _ mais il en est aujourd’hui’hui pas mal d’excellents ! et je l’ai déjà bien remarqué : Johannes Moser, Julian Steckel, Nicolas Altstaedt (cf par exemple mon bref article du 11 septembre 2019 qui les cite : « « ) ; Daniel Müller-Schott (cf mon article du 23 décembre 2019 : « « ) ; mais aussi l’excellent lui aussi Christian Poltéra, dont je suis très attentivement les successifs CDs (ainsi, à venir très bientôt, le CD BIS 2507 « Haydn-Hindemith«  ; et encore, bien sûr, notre très bon Jean-Guihen Queyras… _ qu’est Truls Mork ; et quant à son complice ici, le pianiste Havard Gimse, carrément son nom ne me disait absolument rien…

    …

    …

    Et le violoncelle dont il est souvent répété qu’il est, avec l’alto, très proche de la voix _ je veux dire la voix humaine, avec la variété chantante et si fine de ses moindres inflexions… Et dont le jeu de l’alliance si contrastée avec le crépitant, voire pétaradant, en sa discontinuité, piano, est si souvent exaltant…

    …

    …

    Quant aux compositeurs de ce CD Alpha 560, et à leurs œuvres propres, si je fréquente, et avec passion, ces génies très singuliers que sont et Claude Debussy et Leos Janacek,

    …

    de Benjamin Britten, certaines œuvres, telles les mélodies, par exemple ses sublimes « Illuminations » (par Peter Pears, mais aussi le cher Ian Bostridge _ duquel je possède la totalité des merveilleux CDs Britten _), me vont droit au cœur…

    …

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    Mais Frank Bridge, lui, dois-je dire,

    m’est _ à part deux ou trois CDs que je possède, mais qui n’ont guère marqué ma mémoire ; cependant, en cherchant un peu en ma discothèque personnelle, je viens de retrouver un passionnant CD Hyperion Helios CDH 55063 (de 2001 ; l’enregistrement date des 10 et 11 juillet 1987) de ses Trios avec piano de 1907 et 1929, et de son Quatuor-Fantaisie avec piano de 1911, par le Dartington Piano Trio : une musique superbe que je suis en train d’écouter !.. De bien belles musiques à découvrir et explorer… _ demeuré un quasi inconnu jusqu’ici…

    À peine me souviens-je de l’intérêt que lui porte, ainsi qu’à toute la musique anglaise du XXe siècle, mon ami mélomane Denis Kambouchner…

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    Quelle émouvante découverte, donc, que cette sublime Sonate de Frank Bridge, de 1913-1917, surtout ainsi interprétée par les merveilleux Truls Mork et Havard Gimse ici…

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    Alors, et avec un tel magnifique programme,

    ce CD de Truls Mork et Havard Gimse me bouleverse.

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    Ce samedi 10 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa