C’est lors d’un voyage en voiture avec Joaquin Nin depuis Paris jusqu’à Saint-Jean-de-Luz via Arcachon que Ravel, apprenant de la bouche de Nin l’impossiblité pour lui d’orchestrer « Iberia » d’Albeniz – le chef et compositeur espagnol Enrique Fernandez Arbos en possédant l’exclusivité des droits… – , alors que le lui avait demandé Ida Rubinstein pour en faire un ballet pour elle, que Ravel s’attela toutes affaires cessantes à la composition tout l’été de « Fandango », qu’il rebaptisera bientôt « Bolero », avec comme date-butoir la mi-octobre 1928.
Étiquette : Ida Rubinstein
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Une brève synthèse sur la genèse en 1928 du « Bolero » de Ravel…
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Et jusquà son retour précipité à Paris le 13 juillet, c’est au 9 rue Tourasse que Ravel séjourna alors, comme en attestent les deux lettres du 27 juin à Rosina Albeniz née Jordana et à Jeanne et Henri Gil-Marchex, celle du 2 juillet à Roland-Manuel, et celle du 5 juillet à E. S. Craig, comportant cette adresse du 9 rue Tourasse à Saint-Jean-de-Luz. Et Nin racontera plus tard, en 1938, le départ ubuesque de Ravel de Saint-Jean-de-Luz, dans la précipitation, avec une montée dans le train juste au moment du départ et l’envoi des bagages de Ravel par Nin par la fenêtre, une fois le train en marche……C’est alors chez lui au Belvédère à Montfort-l’Amaury, que Ravel se consacre exclusivement à l’écriture de cette œuvre promise à Ida Rubinstein :le 27 août il écrit – très vite – à Jean Jobert, qui venait de lui annoncer la naissance de sa fille Martine : «J’attends moi-même d’être délivré du Bolero que j’ai promis à Ida Rubinstein pour la mi-octobre » ; et le même jour à Joaquin Nin à propos de cette œuvre en chantier : « pas de forme proprement dite, pas de développement, pas ou presque de modulation : un thème à la Padilla, du rythme et de l’orchestre »…Et le 2 septembre, à son amie Georgette Marnold : « Je nage dans le boulot, après y avoir passablement pataugé : esclave d’une parole que je suis bien certain de n’avoir pas donnée avant mon départ pour l’autre monde – les Etats-Unis, pour une vaste tournée de janvier à avril 1928 – j’avais entrepris pour Ida Rubinstei un travail sans intérêt – sur l’ « Iberia » d’Albeniz – qu’après un échange de correspondance entre St-J.-de-Luz, Paris, Montfort, Barcelone, Madrid et St-Sébastien, il nous a fallu abandonner, à ma grande satisfaction mais au désespoir d’I. Rubinstein. Je lui ai alors proposé de réaliser une machine dont j’eus l’idée il y a quelques 3 ans et que je n’aurais jamais mise à exécution, crainte d’être saboté — c’est sans doute la « Danse grotesque Fandango » du ballet Le Portrait de l’Infante commandé en 1923 par Sonia Pavlov, sur un livret d’Henry Malherbe, jamais représenté, qui servit de point de départ au futur Bolero. Tout le monde est ravi. (…) Je reprends les outils: il faut que ce soit terminé à la mi-octobre. Ca le sera : pas de musique, pas de composition : seulement un effet d’orchestre. D’aillleurs je dois être à Oxford le 23 ».Et le 16 octobre, le Bolero dare-dare achevé, Ravel se rendit, de chez lui à Monfort-l’Amaury, à Paris apporter la partition, signer le contrat aux Editions Durand et faire entendre l’œuvre au piano à Ida Rubinstein chez elle……Voilà pour la genèse de cet opus ultra-joué désormais de par le monde entier………Ce mercredi 2 juillet 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa -
La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé…
Ce n’est que ce jeudi 9 janvier 2025 que je prends connaissance, sur mon ordinateur, du DVD M6vidéo 1000837721 « Bolero – le mystère de Ravel« , du film de la cinéste Anne Fontaine, un film sorti en salle le 6 mars 2024…
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Se confronter au « mystère de Ravel« _ sa personnalité fondamentalement discrète et secrète _ n’est certes pas une petite affaire, et on ne peut rien reprocher à l’incarnation _ superbe ! _ qu’offre (-nt) sur l’écran Raphaël Personnaz (et son très réaliste et impeccable mutisme !) au personnage même de Maurice Ravel _ Raphaël Personnaz qui se trouve avoir des attaches familiales bayonnaises…
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Quant à Anne Fontaine,
sa caméra a choisi de mettre l’accent à la fois sur l’énigme de la sexualité _ à distinguer de l’érotisme, patent déjà, lui, dans la musique même de Ravel… _ assez ambigüe (voire ambivalente ; surtout d’après ce qu’on peut en inférer, et qui est bien trop à sens unique, de témoignages ultérieurs (et de fiabilité fragile, pas assez objectifs…) de quelques proches : Roland-Manuel, ou Manuel Rosenthal, par exemple…) de Maurice Ravel, ainsi que ses divers rapports _ toujours très complexes, et pas assez finement dégrossis en ce biopic, du moins à mon goût… _ à quelques femmes un peu marquantes de sa vie _ sa mère, d’abord et surtout, bien sûr !, Marie Delouart (incarnée ici par Anne Alvaro) ; son amie, Misia Sert (incarnée ici par Dora Tillier) ; la pianiste Marguerite Long (incarnée ici par Emmanuelle Devos) ; la danseuse (et commanditaire du « Bolero » !) Ida Rubinstein (incarnée ici par Jeanne Balibar) ; et la fidèle servante Marie Reveleau (incarnée ici par Sophie Guillemin) ; sans oublier quelques prostituées qu’il aimait, a-t-il été prétendu, fréquenter à Paris : là-dessus, cf le détaillé chapitre 12 « Les dames de la porte Champerret« , aux pages 171 à 186 du passionnant et riche « Le Cerveau de Ravel – vie et mort d’un génie« , paru aux Editions Odile Jacob le 8 février 2023 ; mais ces allégations-là offrent bien peu de garanties de vérité objective… _, mais très peu d’hommes _ seulement ici son ami Cipa Godebski (incarné ici par Vincent Perez) ; et le critique, constamment inamical, en effet, Pierre Lalo (incarné ici par Alexandre Tharaud)… _ ;
ainsi que l’emprise progressive de la maladie neurologique du compositeur, qui l’a peu à peu privé _ dès la fin des années 20, et avant même, selon cette biopic cinématographique, la composition (de la mi-juillet au 15 octobre 1928) du Bolero, créé à l’Opéra Garnier le 22 novembre 1928 ; cf par exemple mon article « Une autre intéressante lecture du « Cerveau de Ravel », de Bernard Lechevalier, Bernard Mercier et Fausto Viader » du 20 avril 2023 sur ce passionnant (et décisif sur la question !) « Le Cerveau de Ravel – vie et mort d’un génie » : ce n’est qu’un peu plus tard, seulement (cf là-dessus le chapitre 6 « La lente désagrégation (1929-1932) », aux pages 91 à 103 de ce très riche essai, que se sont manifestés les tous premiers signes vraiment patents de la dégénérescence neurologique qui finira par avoir raison de la vie même de Ravel, le 28 décembre 1937… _ sinon de la maîtrise, du moins d’une certaine aisance _ Ravel a toujours été de la plus extrême exigence à l’égard de son requisit (absolu) d’excellence-perfection de sa musique !.. _, de sa composition :
ce qui est certes loin d’être absurde, mais ne fait cependant pas vraiment avancer dans une découverte un peu fine et profonde _ même si ce n’est bien sûr là qu’un film… _ de l’homme Ravel, en ce résistant « mystère« , décidément, de son idiosyncrasie :
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écoutons bien sa musique _ et toute sa musique ! _, qui nous en livrera quelques pièces…
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Une grosse absence bien fâcheuse, cependant et surtout, à mes yeux, en ce biopic d’Anne Fontaine :
pas une seule image ici des couleurs ni de Ciboure, ni de Saint-Jean-de-Luz _ les images de mer et de plages ont été filmées en Bretagne : Dinard, Perros-Guirrec ! _, ni de son tendrement aimé verdissime pays basque ;
ni, tout particulièrement, de la plus chère amie _ la plus ancienne, la plus fidèle et la plus constante : dès les années de leur petite enfance, lors des séjours luziens, à certaines vacances, du petit Maurice auprès de sa chère grand-tante et marraine Gachucha Billac (Ciboure, 15 mai 1824 – Saint-Jean-de-Luz, 17 décembre 1902), la sœur de sa grand-mère Sabine Delouart (Ciboure, 11 mars 1809 – Ciboure, 22 décembre 1874), et qui durant de longues années, et jusqu’à son décès, le 17 décembre 1902, était la domestique-gouvernante des 7 enfants Gaudin, au 41 de la rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz… _ de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937), la luzienne Marie Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 3 mars 1879 – Saint-Jean-de-Luz, 8 décembre 1976)…
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Ce jeudi 9 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
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Musiques de joie : la formidable jubilation musicale de la frénésie retenue, contenue, de La Valse de Ravel ; par Jean Martinon, par Martha Argerich et Nelson Freire, et par Beatrice Rana
Il y a quelque chose d’une frénésie rageuse mais retenue, contenue,
dans La Valse de Ravel,composée dans la solitude montagneuse de Lapras, près de Lamastre, en Ardèche,entre le tout début de décembre 1919 et le 15 avril 1920_ 50 pages de musique en quatre mois et demi de travail acharné : Ravel est un perfectionniste.……A Lapras, dans les Cévennes,en la résidence secondaire de son ami André-Ferdinand Hérold,où Ravel s’était réfugié, pour pouvoir travailler vraiment au calme dans une solitude absolue _ sans voir personne _,au sortir de la Grande Guerre,et marqué, aussi _ à jamais _, par la perte de sa mère, le 5 janvier 1917.……Car ce n’est qu’un peu plus tard, en janvier 1921, que Maurice Ravel achètera sa petite maison de Montfort-L’Amaury, Le Belvédère :…« C’est à son amie Georgette Marnold, fille de son ami critique musical Jean Marnold, que revient le mérite d’avoir trouvé le Belvédère en décembre 1920. Le 25 mars 1920, le musicien lui avait confié _ la lettre se trouve aux pages 688-689 de l’indispensable Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel réunie très efficacement par Manuel Cornejo _ la mission de lui trouver une maison en ces termes :…Je me suis si bien fait à la solitude – un peu mortelle, c’est vrai : mais ça ne me gêne pas – que je vais vous prier de vous enquérir d’une bicoque à 30 km au moins de Paris. Vous avez le temps : je ne compte pas rentrer avant fin avril. […] Je pense quelquefois à un admirable couvent, en Espagne. Mais, sans la foi, ce serait complètement idiot. Et le moyen d’y composer des valses viennoises et autres fox-trotts
»………Ravel n’avait plus rien pu composer depuis son Trio,à Saint-Jean-de-Luz, rue Sopite, l’été 1914.……La Valse _ pour orchestre _ est une commande chorégraphique,à partir d’un projet déjà ancien,dont Ravel réalisera d’abord _ par commodité pratique de composition _ une version pour piano seul ;ainsi, ensuite, qu’une transcription _ afin d’y inscrire durablement et conserver, pour le piano aussi, quelque chose de proprement orchestral : on sait le génie ravelien de l’orchestration... _ pour piano à quatre mains.……L’œuvre, avant de prendre ce titre_ assez archétypique : « une espèce d’apothéose de la valse viennoiseà laquelle se mêle dans mon esprit l’impression d’un tourbillon fantastique et fatal » :le moindre mot, comme toujours chez Ravel, est capital ! Qu’on y médite !.. _de La Valse,fut d’abord, dans la tête de Ravel, intitulée Wien.……Et de fait, ce fut bien à Vienne, en Autriche,que fut interprétée pour la première fois, et avec grand succès, la version pour piano à quatre mains de La Valse,par Maurice Ravel et son ami Alfredo Casella, le 23 octobre 1920 ;et cela pour la plus grande joie du compositeur………Quant à l’œuvre symphonique chorégraphique_ commandée dans l’optique d’un ballet (destiné au départ à Serge Diaghilev ; et qui n’en voulut hélas pas, au final : Ravel et lui se fâchant alors définitivement !..) ;et l’œuvre fut dédicacée, in fine, à l’amie Misia Sert _,sa première a eu lieu à la salle Gaveau, à Paris, le 12 décembre 1920,par l’Orchestre Lamoureux.……En tête de la partition Ravel a écrit le descriptif _ très explicitement onirique _ suivant :…« Des nuées tourbillonnantes laissent entrevoir, par éclaircies, des couples de valseurs. Elles se dissipent peu à peu : on distingue une immense salle peuplée d’une foule tournoyante. La scène s’éclaire progressivement. La lumière des lustres éclate au ff. Une Cour impériale, vers 1855. »…Soit une démarche _ à la fois fantastique et ombrée de nostalgie _ qui semble anticiper de quelques années le chef d’œuvre d’exil _ au Brésil, très loin de Vienne _ du pur viennois, lui, qu’était Stefan Zweig,le merveilleux et essentiel Le Monde d’hier _ Souvenirs d’un Européen…Et on remarquera que le tapuscrit du Monde d’hier fut expédié par Zweig à son éditeur le 21 février 1942,soit la veille même des suicides conjoints de Stefan Zweig et son épouse, à Petropolis, au Brésil, le 22 février 1942.Soit un legs en quelque sorte testamentaire de la part du viennois.……Pour cette rayonnante Valse orchestrale-ci de Maurice Ravel,j’ai choisi l’interprétation _ magistrale de frénésie contenue, suprêmement élégante en la sensualité si charnelle de ses frémissements presque jusqu’à la fin retenus… ;la personnalité complexe (et résolument tenue secrète) de Maurice Ravel, tant l’homme que le compositeur, demeure mystérieuse ;et c’est seulement en sa musique qu’elle se laisse, encore discrètement, entrevoir… _de Jean Martinonà la tête du Chicago Symphony Orchestra,enregistrée à Chicago, par Decca, le 16 mai 1967_ soit le CD n° 10 du coffret RCA 88843062752.…L’écouter ici avec ce bienvenu podcast de youtube.…C’est une merveille absolue de sensualité.…Quelle intelligence de chefsi intensément ravelien !……Pour la version pour piano à 4 mains de La Valse,j’ai déniché cette vidéo d’une interprétation brillante, forcément, de Martha Argerich et Nelson Freire en octobre 2003 à Tokyo ;et cette autre, par les mêmes, et plus merveilleuse encore, prise vingt et un ans plus tôt, à Munich, en 1982.……Et pour la version pour piano seul,j’aime beaucoup l’interprétation de Beatrice Rana en son récent CD Warner Classics 0190295411091, en 2019 ;ainsi que cette vidéo prise le 3 juin 2019.……On comprend ainsi assez bien ce qui a pu conduire, ensuite, Ravel à composer, en 1928,et sur commande de la danseuse Ida Rubinstein,en un assez similaire projet chorégraphique,son encore plus vertigineux Bolero.……Je remarque ainsi, au passage, le lien très profond qui unit Maurice Ravelau plus consubstantiel, probablement, du génie de l’esprit français,…je veux dire la tendresse la plus sensuelle inscrite en la légèreté la plus aérienne de l’envol,parfois jusqu’au vertige, mais le plus souvent, sinon toujours contenu, du moins retenu, élégant, jamais sauvage,de la danse_ et je pense ici, aussi, au très lucide Degas, danse, dessein du magnifiquement subtil, et très sensuel, lui aussi, Paul Valéry, publié en 1936 :la France (les Suites pour clavecin de Louis Couperin, Rameau, Degas, Ravel, Valéry) est d’abord une civilisation… _ :…le lien très consubstantiel de cette musique française à la danse………Et Ravel, comme Rameau, et comme Louis Couperin,fait très profondément corps musicalement à ce génie français de la joie de la danse.……En leur si parfaite élégance sensuelle, ces trois Valses-ci de Maurice Ravelsont superbement, et « à la française », jubilatoires………Ce mardi 28 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa
