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  • Question : lesquels des « Tirages Fresson » de Bernard Plossu, sont ceux que je préfère ?.. Et en venir enfin aux images d’intérieurs

    Pour _ presque _ terminer _ peut-être en secrète beauté, du moins pour moi, au plus intime et chaleureux de ce dont se réjouit mon for intérieur.. _le petit panorama de mes 13 images préférées

    _ choisir, hiérarchiser, ne serait-ce que très subjectivement, est une nécessité pragmatique permanente, et cela pour tout un chacun, et vis-à-vis de tout, sans la moindre exception : eu égard à l’urgence souvent ultra-pressante du présent (non extensible) de l’action, et plus largement de la vie (non perpétuelle), qui commande… _

    parmi les 80 de ce « Tirages Plossu » de septembre 2020, aux Éditions Textuel,

    …

    j’en viens maintenant aux images d’intérieurs,

    de l’ami Bernard Plossu

    _ et ce mot d’« Intérieurs«   n’est pas sans m’évoquer irrésistiblement le film très émouvant, et de tonalité grave, de Woody Allen, en 1978…

    en ce magique album :

    …

    pour lui, déjà, à sa table de travail,

    opérer le choix, ainsi que la compatibilité de mise en page _ ou en espace _, de ses images

    est, chaque fois, très littéralement, crucial…

    …

    …

    J’ai donc ici choisi 4 images de ma liste première de 13 images préférées

    _ cf mon article du 5 novembre dernier : … _ :

    …

    …

    page 17, « Giverny, France, 2011« 

    …

    page 27, « Livourne, Italie, 2014« 

    …

    page 43, « Chez les Mirabel, Ardèche, France, 2012« 

    …

    pages 64-65, « Jumièges, France, 2017« 

    …

    …

    auxquelles je rajouterai deux autres :

    …

    d’une part,

    l’image qui faisait partie de ma liste complémentaire de 22

    …

    page 19 , « Livourne, Italie, 2014« 

    …

    et d’autre part,

    l’image qui ne faisait partie ni de ma liste des 13 préférées, ni de ma liste complémentaire des 22 autres,

    page 57, « Milan, 2008« .

    …

    …

    Assez étrangement,

    de ce photographe voyageur invétéré marcheur-randonneur,

    et de par diverses contrées très lointaines du monde (et de chez lui),

    …

    ce sont en effet ces images-là d’intérieurs

    _ mais le plus souvent des « intérieurs«  situés ailleurs que chez lui, en son domicile (même si en existent, tout de même aussi, quelques exceptions, par exemple page 34 : « La Ciotat, France, 2014« , voire page 84 : « La Ciotat, France, 2014« ) ; des « intérieurs«  seulement de passage, pour lui ; et assez souvent des chambres, anonymes, de halte rapide inconséquente (récupérer un peu, dormir…), notamment et surtout dans des hôtels de très brefs passages ; et assez souvent, aussi, ailleurs qu’en France, au cours de ses randonnées passionnées (et souvent éreintantes) de quêtes photographiques « sur le terrain« , quel qu’il soit… ; et donc lors de moments un peu creux, où, normalement, il n’y aurait pas d’image intéressante à saisir ! Tel est donc le paradoxe brûlant de ces si intensément poétiques, et profondément attachantes, images d’« intérieurs« -là… :

    probablement leur faut-il, en effet, à ces images d’« intérieurs«  qui vont être saisies, un très puissant quotient viral d’étrangèreté propre, voilà !, pour que le réel entr’aperçu, l’espace d’un éclair, de son regard iconique assez infaillible, ait pu susciter, de la part du photographe qu’est très fondamentalement (et quasi en permanence ! voilà : quasiment sans relâche…) Bernard Plossu, le déclic décisif quasi instantané de la prise de vue (et ne perdons pas non plus de vue que ce déclic donne aussi lieu, de fait, à dix mille prises, qui se révèleront, in fine, la très grande majorité d’entre elles, du moins, très pauvres en un quelconque intérêt iconique ; même si c’est aussi seulement à la revoyure hyper-attentive de ses milliers d’images encore dormantes en planches-contact que se découvrira presque miraculeusement l’image a priori ratée qui se révèlera, alors, à l’acuité extraordinaire du regard si formidablement incisif de l’« artiste«  (il n’aime pas ce mot) une très étonnante merveille (à la façon de la découverte patissière des sœurs Tatin à Lamotte-Beuvron ; même si ce n’est là qu’une légende…) ;

    et je renvoie à nouveau ici à la très étrange image (« abstraite« …), prise chez lui, à La Ciotat, de la page 84… _

    qui me surprennent, m’attirent, me retiennent, et me touchent le plus, par cette charge même d’étrangèreté au cœur le plus profond du plus proche et du plus intime _ mais toujours avec une extraordinaire pudeur ! _,

    saisies, donc, en des lieux de pause relative, d’instants voués à un certain repos photographique, au cours du voyage de quête d’images, en ces lieux d’a priori plus faible intensité de rencontre du surprenant, ces lieux calmes où l’on va pouvoir cesser de rechercher des images « à saisir« , et puis pouvoir fermer les yeux et dormir, ou tranquillement se restaurer un peu, pour reprendre des forces, et repartir demain, d’un bon pied, en sa quête… 

    …

    …

    L’image légendée « Giverny, France, 2017 » de la page 17

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    ;..

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    est pour moi une merveille absolue _ de mouvements : à notre tour, nous sommes gentiment invités à nous avancer (avec infiniment de respect ! pas du tout en voyeurs indiscrets et malotrus…) de pièce en pièce de la maison _,

    tant par la douce flamboyance _ pardon de l’oxymore ! _ du bleu céleste des deux merveilleusement lumineuses grandes portes en enfilade, dans la maison de Monet, et aussi l’angle de vue légèrement oblique de cette image, qui nous invite bien poliment à pénétrer un peu plus avant, par-delà les successifs tapis, vers la pièce au sol rouge (s’agit-il une nouvelle fois d’un tapis ? peut-être… ; et là est le cœur même de la force de l’image !) dont on n’appréhende, sur l’image, qu’un étroit oblong rectangle rouge _ mondrianien ? _, par l’entrebâillement de la seconde des grandes portes bleues, et qui débouche sur encore une autre porte, à peine perceptible, elle aussi, en un nouvel étroit rectangle, cette fois-ci verdâtre, au-dessus du rectangle rouge du sol de la pièce qui la précède..,

    que par ce qu’elle nous perpétue, aussi, bien sûr, de l’intimité même, chez lui, du peintre Monet (Paris, 14 novembre 1840 – Giverny, 5 décembre 1926), en sa demeure enchantée de Giverny.

    …

    Cf, bien sûr cette merveille qu’est le « Monet intime » de Bernard Plossu, en la co-édition Filigranes et Musée des Impressionismes, en 2012 : un autre chef d’œuvre absolu de Plossu !

    …

    Cette image me rappelle aussi, plus personnellement, une image qui m’est familière, en son intime étrangèreté, à elle aussi :

    une superbe toile du peintre bordelais Guillaume Alaux (1856 – 1912), comportant, elle aussi, une enfilade de portes, en un intérieur de campagne ; mais dépourvue, elle, du moindre bleu…

    …

    …

    « Wow » ! dirait l’ami Plossu…

    Cette image est fascinante !

    …

    …

    L’image légendée « Livourne, Italie, 2014« , de la page 27, est-elle aussi un chef d’œuvre absolu.

    …

    …

    Bernard Plossu à la galerie arrêt sur l’image galerie

     

    …

    …

    qui pourrait même, et à la perfection, signifier l’étrangèreté absolue de l’intimité plossuienne, réduite ici au minimal d’une exigüe, et a priori terne, assez anonyme chambre d’hôtel, avec son mobilier élémentaire, sinon rudimentaire, en attente d’occupation très éphémère… :

    …

    un petit lit _ pas encore défait : le voyageur découvre seulement la chambre _, un fauteuil, une petite table,

    et une fenêtre protégée de rideaux légers filtrant une lumière un peu vive _ possiblement celle du jour _ :

    …

    cette fois-ci en cette ville portuaire, elle-même déjà un peu étrange _ avec son port assez important, et un notable très ancien quartier juif : qu’en reste-t-il désormais ?.. _, et assez peu toscane,

    qu’est Livourne,

    où a vécu l’étrangissime Amedeo Modigliani (Livourne, 12 juillet 1884 – Paris, 20 janvier 1920).

    …

    On sait aussi le goût affirmé de Bernard Plossu pour la peinture italienne de la première moitié du XXe siècle _ Fabien Ribéry, en son superbe article « Michel Fresson, le traducteur, par Bernard Plossu, photographe« , citait les noms (« avis aux chercheurs« , ajoutait-il !..) de Telemaco Signorini, Stefano Bruzzi, Raffaelo Sernesi, Angiolo Tommasi, Cesare Bertolotti et Giovanni Fattori…

    …

    …

    Ce camaïeu de gris, ici pris en couleur,

    est lui aussi, en ce somptueux « tirage Fresson« ,

    proprement sublime.

    …

    …

    Re-wow !!

    …

    …

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    …

    …

     

    La troisième image, à la page 43 de ce trésor de « Tirages Fresson« ,

    d’entre les 13 de mon premier choix préférentiel,

    est, elle aussi, proprement admirable, 

    de lumineuse minimalité splendide.

    …

    …

    image

    …

    …

    Son référencement est assez peu précis géographiquement (« Ardèche« ),

    mais très précis, en revanche, en mode d’amitié : « Chez les Mirabel » (Annie et Bernard) :

    …

    assez probablement au Pont d’Aleyrac, commune de Saint-Pierreville.

    …

    …

    L’image, simplissime,

    nous présente le départ, vers l’étage, d’un tout simple escalier de bois, tout noir, et rectiligne,

    dont paraît, quasi frontalement, l’élancement des six premières marches ;

    en appui sur du noir, un noir bleuté, qui s’enfonce dans l’ombre, et colonise quasi entièrement la partie en bas à droite de l’image…

    …

    Les dominantes de couleur sont, outre le somptueux noir bleuté de l’escalier et de son appui jusqu’au sol,

    le jaune ocré du mur de fond de ce rez-de-chaussée, 

    ainsi que le bleu-vert qui, de sa diagonale ascendante, suit la montée de l’escalier, et mange rectilignement l’important jaune ocré du mur jusqu’à _ pour l’image saisie _ la hauteur approximative de la rampe de l’escalier.
    Le sol, au premier plan, lui, est gris.

    …

    …

    Ici encore, nous nous trouvons devant l’invite de l’image à un mouvement, ici ascendant,

    vers l’étage…

    L’image n’a rien de statique.

    …

    …

    L’image que j’ai choisie ensuite, la quatrième,

    en cette section d’images d’ »Intérieurs » plossuiens,

    ne concerne pas, cette fois, un intérieur habitable, dans lequel se loger et résider, ne serait-ce qu’un court moment,

    non.

    …

    …

    Car l’image légendée « Jumièges, France, 2017« , aux pages 64-65,

    concerne cette fois l’assez vaste dépôt d’un musée,

    dans lequel  cohabitent, en un certain désordre _ non accessible, d’ordinaire, aux visiteurs _, les vestiges précieux et émouvants de quelque statues gothiques de l’abbaye _ en ruines _ de Jumièges, en Normandie.

    …

    …

    Cette image,

    à dominante ocre jaune,

    et dynamisée par des lignes verticales,

    valorise le contraste entre le chaleureux éclairage du jour, dans les deux pièces du premier et du second plans,

    et,

    d’une part, le gris de la pierre des statues déposées ici,

    et, d’autre part et surtout, le fond noir central de la pièce du fond,

    qui recèle diverses précieuses têtes, pieusement conservées, qu’on y aperçoit, lointainement…

    …

    Un bel hommage _ lumineux ! _ au travail humble et indispensable de la conservation patrimoniale,

    dans les Musées… 

    …

    …

    Ma cinquième image d’ »intérieur » fait, elle, partie de ma liste complémentaire de 22 ;

    …

    et elle ne concerne pas une pièce d’habitation, mais, comme pour l’image « Chez les Mirabel, Ardèche, France, 2012« ,

    un escalier.

    …

    …

    Mais, en cette image de la page 19, légendée « Livourne, Italie, 2014« 

    _ autre merveille minimale absolue ! _

    il s’agit très probablement cette fois-ci d’un escalier d’hôtel ;

    …

    et peut-être même de l’escalier modern’ style _ un peu à la Mallet-Stevens… _ de cet hôtel où se situait aussi la chambre de la sublime image de la page 27,

    semblablement légendée _ je le souligne au passage _ « Livourne, Italie, 2014 » …

    …

    Ainsi ces deux images, toutes deux saisies à Livourne en 2014, faisaient-elles possiblement partie de la même planche-contact…

    …

    …

    Prise au niveau d’un palier d’un étage,

    s’ouvrant lui-même sur un couloir,

    dont on ne discerne pas très clairement sur quoi ce dernier vient assez vite buter _ quelque chose (?), là-bas, au fond, brille d’un éclat métallique… _,

    …

    l’image,

    prise cette fois à nouveau d’un très léger biais,

    nous offre une vue sur quatre des volées de ce large escalier modern’ style,

    possiblement de béton, et tout blanc :

    …

    la volée de l’étage même où est prise l’image

    _ mais, étant donné l’angle de la prise de vue, donnant le sentiment d’avancer, et presque, déjà, de monter un étage plus haut… _ ;

    l’amorce d’une volée descendante, au bas à droite de l’image ; 

    et deux volées montantes _ vers un étage supérieur _,

    la seconde de ces deux volées montantes -là occupant le coin en haut à droite de l’image.

    …

    La rampe, sans la moindre aspérité, et qui semble en aluminium, brille.

    …

    Et cette fois encore, l’image nous donne le sentiment d’un mouvement de déplacement, ici ascensionnel,

    de ce très fonctionnel, large et moderne, escalier d’hôtel…

    …

    La couleur qui domine est un tout simple blanc, net,

    parfois teinté de rose dans ce qui résulte d’effets d’éclairage sur trois des volées de cet escalier…

    …

    …

    Une image marquante, oui,

    d’un lieu on ne peut plus normal et banal _ dépourvu du moindre pittoresque anecdotique _,

    qu’a su saisir, de son cadrage à la fois dynamique et éminemment pondéré, le regard (et le geste) photographique(s) de Plossu :

    une merveille de poésie de la presque banale normalité ;

    …

    à laquelle la couleur de ce « tirage Fresson« 

    vient apporter son nimbe de poésie vraie, au sein de la plus pure quotidienneté

    d’une modernité qui cependant dure, ne vieillit pas.

    …

    Quel regard !

    …

    …

    Enfin,

    je me suis permis d’ajouter une sixième image « d’Intérieur« ,

    alors que je ne l’avais retenue ni dans ma première liste de 13,  ni dans ma liste complémentaires de 22 ;

    …

    et, de plus,

    alors que celle-ci ne concerne pas, elle non plus, un intérieur dans lequel se loger et résider un certain moment,

    mais, cette fois, l’intérieur d’un café, ou d’un restaurant _ c’est difficile à discerner : un café, plutôt ; on y passe un court moment… _, à Milan.

    …

    Mais l’image impose incontestablement sa puissante présence

    au regardeur, qui finit par vraiment s’y attacher _ une image peut ainsi s’imposer…
    …

    …

    L’image « Milan, Italie, 2008« , page 57 _ inédite, probablement : elle non plus, en couleurs, ne fait pas partie des images exclusivement en noir et blanc du catalogue de l’exposition milanaise de 2008, « Attraverso Milano« … _, est, comme presque toujours chez Plossu, minimalement légendée

    _ puisque cela suffit amplement au repérage mémoriel de Plossu : il s’agit, je le répète, d’un repérage que Plossu effectue seulement pour lui-même, pour son archivage mémoriel rudimentaire mais efficace, et en rien (ou si peu !) pour le regardeur de l’image ; l’image, pour Plossu, doit (et c’est même impératif pour lui !) en quelque sorte se suffire (iconiquement) à elle-même, et ne rien détourner d’elle le regard du spectateur ; même si une image photographique a nécessairement la majeure partie de sa provenance, à l’exception de l’idiosyncrasie du regard singulier propre du photographe, dans le réel extérieur visible (à peu près commun, au départ), auquel accède la photographie que celui-ci « prend«  ; une photographie ne peut jamais être totalement « abstraite« , même parcourue (et charpentée) qu’elle est d’une « abstraction invisible« … Et même si ce qui intéresse surtout Plossu est bien l’« ambiance«  à capter, par cette image sienne, du réel à l’instant même croisé, et dont une part de vraie « poésie«  un peu secrète, discrète, humble, pudique,  a été, en un éclair, décelée à révéler, avec douceur, sans jamais de violence, par la simple grâce de la capacité de l’image du réel entr’aperçu, à, d’un geste (photographique) immédiat, fulgurant, réussir à réaliser ensuite, secondairement, et sur une surface sensible : la pellicule, puis, au tirage, le papier, pour l’image iconique qui en résultera… _ :

    …

    « Milan, Italie, 2008« .

    …

    …

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    …
    …

    L’image,

    mise en tension par quelques lignes obliques, eu égard à la position et l’angle de prise de vue du photographe par rapport à la configuration du lieu même de ce café _ ou peut-être restaurant : café, plutôt… _,

    est animée surtout par les puissantes lignes verticales des larges rayures rouge vif et blanc des banquettes,

    et le rouge framboise de la sorte de nappe _ en est-ce bien une ? c’est difficile de se prononcer… _, au premier plan.

    …

    Nous sommes ici, en partie du moins _ voire à moitié _, déjà dans la puissante veine « abstraite« , qui a une certaine prédilection de Bernard Plossu,

    quand le réel qui se présente, ainsi que l’angle et le cadrage de la prise de la vue, se prêtent bien à offrir de telles puissantes et consistantes images…

    …

    Et peut-être pourrait-on généraliser davantage

    ce trait de la façon de procéder de Bernard Plossu :

    …

    ce serait à lui de le confirmer, ou infirmer…

    …

    …

    Mais pour ce qui me concerne, je demeure viscéralement attaché aux images figuratives du réel,

    avec la qualité _ disons géographico-historique, civilisationnelle _ de leur ancrage…

    …

    J’aime savoir _ et apprendre, pas à pas _ où ont à se mettre les pieds : aussi bien ceux du photographe que ceux des regardeurs de l’image,

    car nous sommes alors sous le charme poétique intense d’une télétransportation…

    …

    …

    Voilà :

    …

     de ce « Tirages Fresson » de Bernard Plossu,

    qui vient de paraître, ce mois de septembre, aux Éditions Textuel,

    …

    je viens successivement de me pencher ici

    sur mes images personnellement préférées :

    …

    de « nature« ,

    de « villages« ,

    de « villes« ,

    d’ »avec vue sur la mer« ,

    et aujourd’hui d’ »intérieurs« .

    …

    Soient les 5 articles successifs suivants :

    …

    …

    …

    après une première série de 5 premiers :

    …

    …

    …

    Il me faudra maintenant me relire,

    et méditer une petite synthèse commode de tout cela…

    …

    …

    Ce jeudi 12 novembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Question : lesquels des « Tirages Fresson » de Bernard Plossu, sont ceux que je préfère ?..

    Pour commencer,

    et avant de répondre précisément à la question savoureuse _ et délicate _ de mon titre annoncé,

    …

    voici, en ouverture de mon « propos« ,

    …

    une sorte d’Avant-propos,

    …

    afin de situer un peu ce nouvel opus plossuien, de 2020, consacré à ses si fascinants « tirages Fresson« ,

    en une série

    comportant déjà, au moins

    _ d’autres m’échappant possiblement, voire probablement !.. _

    deux autres albums qui m’avaient, en 2008 et 2013,

    ébloui,

    fasciné,

    enthousiasmé,

    enchanté ;

    …

    et dont les exemplaires comportent chacun, de la main de Bernard, une dédicace personnelle :

    …

    « Pour mon ami Francis,

    ces 41 années en couleur » ;

    …

    et « Pour Francis et sa famille,

    with love et en couleur« …

    …

    …

    Le voici donc, ce petit Avant-propos : 

    …

    …

    En regardant bien soigneusement les 80 images du merveilleux « Tirages Fresson » de Bernard Plossu,

    qui vient tout juste de paraître aux Éditions Textuel, ce mois de septembre 2020,

    …

    j’ai à la fois repris

    le splendide « Plossu Couleurs Fresson » (catalogue d’exposition, à Nice, au Théâtre de la Photographie et de l’Image, en décembre 2007)

    et le magnifique « Couleurs Plossu _ séquences photographiques 1956 – 2013 » (aux Éditions Hazan, en juillet 2013),

    à des fins, déjà, de confrontation des images ;

    …

    et, surtout, je me suis demandé lesquelles de ces images,

    et pour quelles raisons,

    je préférais,

    entre toutes, en ce nouveau somptueux opus-Plossu…

    …

    …

    Bernard Plossu lui-même se méfie pas mal des critères d’appréciation des images _ et des siennes, aussi, forcément… _,

    rejetant le critère _ bien trop esthétisant (à la Sebastiaõ Salgado…) _ des « belles images« ,

    au profit des « bonnes images » ;

    qu’il prend soin, d’ailleurs, aussi, et tout aussitôt, de relativiser _ il me semble l’entendre le dire ! _ :

    …

    car de « mauvaises images« 

    peuvent bien s’avérer mille fois plus intéressantes,

    saisissantes,

    que les « bonnes« , et a fortiori _ bien trop _ « belles« …

    …

    Car c’est la vertu de vérité poétique _ invisible, pudique, cachée, et donc inaperçue jusqu’alors _ du réel _ le plus prosaïque ou quotidien, pas du tout spectaculaire… _ qu’il s’agit,

    et presque par hasard, et même par _ génial _ ratage,

    qu’il s’agit d’aider à _ lui-même, ce réel ; et paradoxalement sans soi (= sans narcissisme, ou exhibitionnisme aucun, de la part du photographe) _ se manifester,

    par la médiation la plus fine et légère possible,

    et instantanée _ l’espace d’un éclair ! _,

    de la capacité d’acuité du regard du photographe qui vient la « prendre« , la « capter« ,

    la « cueillir« , « accueillir » et « recueillir« , sur la pellicule elle-même très fine de son appareil-photo, 

    avec la plus grande douceur, pour ne pas la briser _ la heurter, lui faire violence… _,

    cette « vérité poétique » de l’image réelle approchée et ainsi entr’aperçue, 

    en son mystère secret,

    à la volée _ dansante _ miraculeuse de son fulgurant geste photographique…

    …

    Il y faut beaucoup d’attention-concentration,

    et sérénité…

    …

    …

    D’où la puissance d’émotion _ poétique, elle-même aussi, à son tour : venant partager un petit quelque chose de ce que vient proposer de follement délicat et ténu, mais incroyablement puissant, pour qui s’y penche, l’image contemplée… _ du regardeur

    _ là, sur la page du livre ou sur la cimaise d’exposition, s’offrant, en un présent intense, à son regard de regardeur de ces images disposées là et offertes _,

    de cette improbable, et modeste, nécessairement humble _ et dénuée de brusquerie : j’ai déjà parlé de la « douceur Plossu« … _, image :

    qui nous saisit, nous, regardeurs de ces images,

    d’étrange heureuse admiration…

    …

    …

    Ce mardi 3 novembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’entretien d’Hélène Cixous avec Francis Lippa : « podcast de la semaine », après « vidéo de la semaine » précédente

    Double récompense

    sur le site de la librairie Mollat

    pour l’entretien du jeudi 23 mai dernier, à la Station Ausone,

    d’Hélène Cixous avec Francis Lippa,

    à propos du magnifique 1938, nuits, aux Éditions Galilée, d’Hèléne Cixous.

    …

    Ce vendredi 14 juin, en effet,

    au podcast de cet entretien

    est décerné le label « podcast de la semaine » de la librairie ;

    …

    alors que le vendredi 7 juin à la vidéo de cet entretien

    avait été décerné le label de « vidéo de la semaine« 

    de cette même librairie Mollat.

    …

    …

    Assez étrangement,

    l’impression ressentie au visionnage de la vidéo 

    diffère de l’impression ressentie à l’audition du podcast.

    …

    …

    Voici ce qu’avant hier j’écrivais de mes impressions là-dessus à un ami,

    en accompagnement d’un lien à cette vidéo :

    …

    …

    La vidéo de mon entretien avec Hélène Cixous chez Mollat est parue ;

    …

    et étrangement, à ma grande surprise _ tant je préfère le pouvoir de la voix à celui de l’image _, cette vidéo apporte (et découvre) beaucoup par rapport au podcast :
    …
    probablement du fait d’une certaine théatralité _ dénuée de toute ostentation : elle lui échappe plutôt ; et est absolument « naturelle«  ! et splendidement éloquente… _
    d’Hélène Cixous
    en ce qui vient sourdre d’elle dans l’entretien
    à partir de pertinentes questions ;
    …
    théâtralité soft et en rien exhibitionniste, chez elle,
    que l’on peut ressentir déjà à l’écoute, dans les inflexions et les rythmes naturels _ extraordinaires ! _ de sa voix,
    mais qui devient ici absolument visible _ aussi _, patent _ fulgurant même _, à l’image.
    …
    J’en suis le premier tout étonné…
    …
    Bien sûr le visionnage _ mais c’est déjà le cas de l’audition _ requiert un temps dont on ne dispose pas forcément
    dans le monde hyper-bousculé et sur-occupé d’aujourd’hui,
    du fait des conditions de travail _ pressurisé _ de la plupart…
    …
    Mais qui sait ? L’expérience en est assez significative.
    …
    Ce cas d’Hélène Cixous est en tout cas bien intéressant…
    De même que son œuvre _ magistrale.
    …
    J’espère qu’un jour, après Osnabrück, elle s’intéressera aussi à Dresde,
    où sa grand-mère a peut-être _ même si elle en disconvient au micro quand je le lui demande _ passé les années d’Hitler au pouvoir, de 1933 à 1938 ;
    même si il est plus commode pour l’auteure du livre qu’elle est peut-être d’abord ici
    de mettre en avant le théâtre et l’image de la cité d’Osnabrück _ plutôt que Dresde ;
    qui a aussi sa part, passablement chargée, au sein de l’Histoire allemande sous Hitler.
    …
    Car c’est bien à Dresde que sa fille Ève était venue pour la dernière fois rendre visite en Allemagne à sa mère Rosie, peut-être en 1934…
    Et pas à Osnabrück…
    …
    Et il est peu probable que le consul de France à Dresde, en 1938, ait pris la peine d’écrire à Osnabrück, et tout spécialement à Rosie Klein,
    pour lui conseiller de fuir au plus vite l’Allemagne après la Kristallnacht, grâce à son passeport français…
    …
    Il me semble par conséquent que c’est plutôt à Dresde que ce contact _ et amical conseil _ consulaire a eu lieu…
    …
    Les deux villes sont toutes deux très emblématiques _ cf la Dresde au quotidien des jours du nazisme, de Victor Klemperer en son extraordinaire Journal… : un témoignage absolument indispensable ! _,
    mais pas pour les mêmes raisons.
    …
    Mais il faut aussi souligner que l’écriture d’Hélène Cixous, en ce 1938, nuits, est d’abord de l’ordre de la littérature ;
    et pas de l’ordre de l’enquête historique…
    …
    D’ailleurs, au cours de l’entretien,
    l’auteure nous prévient elle-même de ne pas prendre nécessairement pour vérité de fait sa présentation dans 1938, nuits, du document de Siegfried-Fred Katzmann _ qu’elle aurait peut-être, affirme-t-elle non sans humour, inventé… _ ;
    alors que ce document de Fred Katzmann est accessible _ et de son initiative _ sur le web…
    …
    …
    Même si Hélène Cixous met aussi en relief la nécessité pour son récit _ de littérature d’absolue liberté… _ de disposer d’un fond historique _ de grande dimension en son fond tragique _ de vérité.
    …
    …
    Ce vendredi 14 juin 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Enfin de justes mots en français sur Venise : Jean-Paul Kauffmann, en son sensuel « Venise à double tour »

    Longtemps je me suis irrité 

    contre l’incapacité de la plupart des Français à trouver des mots justes

    sur Venise

    _ cf ma série d’articles du second semestre 2012 (26 août, 4 septembre, 31 octobre, 23 décembre et 30 décembre) :

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     ;

     ;

     ;

    .

    …

    Et là,

    je découvre le Venise à double tour de Jean-Paul Kauffmann

    _ qui, lui, valorise, au passage, le regard sur Venise, et de Sartre, en son trop méconnu La Reine Albemarle, ou le dernier touriste ; et de Lacan, via divers témoignages, dont le La Vie avec Lacan, de Catherine Millot, ou le film de Gérard Miller, Rendez-vous chez Lacan ; et, de Lacan lui-même, sa conférence, Le Triomphe de la religion.

    …

    …

    Enfin un Français vraiment curieux _ et de fond ! il s’y consacre à plein temps ; et tout le temps qu’il faut vraiment à sa quête : au moins plusieurs mois… _ de la Venise la plus intime et la plus secrète _ qui est _ ;

    …

    à l’instar de ce vrai vénitien _ retrouvant sa Venise quittée un long moment (pour des raisons de travail loin d’elle) _ que fut le Paolo Barbaro (Ennio Gallo, 1922 – 2014)

    de son merveilleux et magique _ un indispensable !!!! _ Petit Guide sentimental de Venise

    _ un titre français absurde, pour cette merveille qu’est son Venezia La Città ritrovata _ L’idea di città in una nuova guida sentimentale… Et il se trouve que la traductrice de ce trésor est Nathalie Castagné, avec laquelle je me suis entretenu le 9 avril dernier chez Mollat…

    …

    Tenter de « retrouver« 

    étant pour Jean-Paul Kauffmann _ comme cela avait été le cas pour le vénitien Paolo Barbaro (l’ingénieur hydraulicien Ennio Gallo) de retour en sa chère cité un trop long temps quittée _ la clé du regard curieux, intensif et infiniment patient que Jean-Paul Kauffmann va porter des mois durant sur Venise, via sa quête, que rien n’arrête, de maints trésors cachés (tenus sous de puissants scellés) de celle-ci, en vue de se mettre une seconde fois en présence d’une image singulière dont la source _ en quelque sombre église vénitienne, lui semble-t-il _ n’a jusqu’ici pas été localisée par lui…

    …

    Au départ du récit, le trésor à « retrouver« 

    se situerait, dans l’esprit du chercheur du moins, en quelque sanctuaire d’église un peu obscure, pénombreuse…

    D’où le choix radical d’inspecter seulement des églises, à l’exclusion de tout autre monument : palais, scuole religieuses, musées, etc… : il est déjà bien malaisé de parvenir à remettre la main sur une si précieuse _ minuscule _ aiguille en une si _ gigantesque _ meule de foin…

    …

    …

    La quête présente de Jean-Paul Kauffmann est donc précisément ciblée, du moins en son presque anodin _ ou futile, mais tout de même marquant, et surtout carrément obsédant _ départ

    _ et ne serait-ce pas là, mais à son corps défendant, cela nous devons le lui accorder, seulement un hitchcockien Mac Guffin (le terme est prononcé à la page 49) ? _ :

    …

    « retrouver«  _ et il y parviendra, même si ce sera, in fine, très obliquement, et ailleurs que là où il cherchait… : il le confiera in extremis, à la toute dernière page de ce récit _, re-éprouver la sensation _ étrangement puissante : au point de l’amener-contraindre à s’installer, lui, ainsi, plusieurs mois durant à Venise… _ éprouvée lors de son premier _ très éphémère _ passage _ plutôt que séjour : ce fut très court, et même évanescent… _ à Venise, l’été 1968 ou 1969, l’auteur ne se souvient même plus très bien de l’année, de retour d’un long voyage en Crète, Grèce et Yougoslavie ;

    et pas vraiment « retrouvée«  telle quelle, en sa singularité du moins, depuis, lors de fréquents _ et même réguliers _ séjours à Venise, cette sensation

    (face à « une peinture qui miroite« , page 19 ;

    …

    et à la toute fin du récit reviendra l’expression : « la fameuse peinture qui brillait dans la pénombre lors du premier voyage« , page 327 _ le verbe « miroiter » étant, mine de rien, diablement important ! même si l’auteur semble n’y prêter à nul moment attention, ni même ne s’y attarde : pas un seul mot de commentaire réflexif ou méditatif ne lui est consenti… _) ;

    en dépit des nombreux séjours renouvelés _ depuis 1988 (son retour du Liban) tout particulèrement _ de l’auteur en cette ville, accomplis précisément pour confronter cette étrange et toujours puissante _ bien que vague _ émotion primale éprouvée jadis _ sur le mode d’une étrange obsédante « douceur« … _ face à une image « miroitante » bien réelle _ mais en quelque sorte égarée en les arcanes-tiroirs de sa mémoire, faute, aussi, de pouvoir en situer (et retrouver, revisiter, revoir) le lieu singulier de la scène-événement primitive _ à la sensation d’un présent qui la rafraîchirait, ou pas ; afin de comprendre peut-être enfin les raisons de cette marquante impression d’alors :

    …

    « depuis cinquante ans, je ne cesse de revenir bredouille _ de mes recherches de cette peinture à Venise. La poursuite exigerait d’être menée plus rondement _ en s’y consacrant pleinement, méthodiquement et exclusivement : systématiquement. La chasse _ voilà ! (cf l’exergue du livre, emprunté à Pascal : « Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses« …)_ n’a rien donné jusqu’à présent. On n’attrape pas une ombre _ brouillée, pas assez consistante, parce que demeure aussi mal localisé le site de l’advenue de l’émotion insidieuse persistante à laquelle donna lieu cette peinture « miroitante » : « qui brillait dans la pénombre » de quelque sanctuaire sacré, pensait-il…

    …

    En tout cas, je m’obstine _ à rechercher-retrouver le lieu (très probablement une église) de cette « image miroitante » puissante. L’obstination plus que la force d’âme m’a permis dans le passé de résister à l’enfermement« , nous confie-t-il alors à la sauvette, sans  s’y attarder, page 18.

    …

    Alors, en effet _ en situation (sauvagement rude) d’otage, au Liban, du 22 mai 1985 au 4 mai 1988 _, « je devais à tout prix identifier (des) épaves de la mémoire. Ce jeu _ actif et exigeant _ me permettait _ lui seul _ de tenir debout _ en tant que personne encore un peu humaine. Il consistait à mettre un nom _ précis ; pensons aux animaux qui ne possèdent pas cet atout… _ sur des moments, des scènes, des événements qui n’étaient que des flashs _ évanescents et étrangement forts à la fois. Et la relative cohérence (avec trous, cependant) de la mémoire est bien ce qui peut assurer tant bien que mal, de bric et de broc, l’unité infiniment complexe (et toujours un peu problématique : à trous…) de l’identité de toute personne humaine (via des mots, tout particulièrement, qui donnent un contour un peu précis, et tenu, formé, à ces images le plus souvent flottantes) : les philosophes nous l’apprennent. D’où la tragédie d’effondrement irrémédiablement destructeur d’Alzheimer…

    …

    Ces impressions, je les avais vécues naguère, mais leur contour _ voilà _ était _ là _ estompé » _ cf ici ce qu’apporte comme ressource essentielle et fondamentale le concept idéal d’idée (jusqu’à le sacraliser en Idée) chez Platon…

    …

    Et pages 19-20 :

    …

    « dans l’enchaînement des séquences qui ont composé ce séjour _ passé _, de nombreux espaces vides, en tout cas mal comblés _ laissés vagues, indistincts et confus _, m’ont toujours empêché de localiser avec précision _ voilà ! _ l’image _ vénitienne _ disparue : une peinture qui miroite _ voilà ce qui demeure d’elle encore ; et à quoi se raccrocher : le miroitement lumineux d’une peinture ; on remarquera aussi le retour, à plusieurs reprises, et à des moments de révélation cruciaux, du mot « illumination« … Qu’avais-je vu exactement ? Je n’ai cessé _ depuis _ de le chercher _ dans les églises de Venise. Les églises ouvertes _ déjà explorées jusqu’ici dans l’espoir de cette retrouvaille _ n’ayant rien donné, je vais à présent me tourner vers les églises fermées _ au public depuis lors. L’objet _ perçu-aperçu une fois, autrefois : « miroitant« … _ de ma quête y est enfoui _ et donc à exhumer-retrouver et revoir : voici le nouveau défi (très concret, très matériel, lui) qui vient se surajouter à (et en) cette quête sensitive, à partir de ce qu’a laissé émotivement comme trace fugace conservée, la mémoire.

    …

    Mais on ne déverrouille pas si facilement une église, surtout vénitienne, avec ses tableaux, ses autels incrustés de gemmes, ses sculptures _ tout cela évidemment très précieux.

    …

    Venise _ la richissime alors _ a thésaurisé _ voilà ! _ un patrimoine artistique d’exception _ et qui, d’ailleurs, donne assez vite carrément le vertige, à la visite de cette accumulation-surdose exhibée de trésors : notre capacité d’attention-concentration comporte en effet des limites ; et se lasse-fatigue plus vite que les muscles de nos jambes parcourant (jubilatoirement) le labyrinthe des Calli, à Venise. De l’air ! Je pense ici à ma propre sensation d’étouffement éprouvée tout particulièrement en l’église des Carmine, face à l’impossible (à mes yeux !) accumulation des toiles peintes accrochées partout sur les murs, sans le moindre espace vide d’un peu de respiration ; une impression jamais ressentie en aucune église ailleurs qu’à Venise, par exemple à Rome… Ni encore moins en France. Réglementé et surveillé jalousement. (…)

    …

    Beaucoup d’églises sont _ désormais _ fermées à jamais _ peut-être _, faute de prêtres et de fidèles _ et même de Vénitiens continuant à vivre-résider à demeure dans la Venise insulaire même : chaque année cette Venise insulaire perd de ses habitants. Certaines, menaçant ruine, soutenues par des étais, sont interdites pour des raisons de sécurité _ certes : et plus que les usures naturelles du temps même, c’est le défaut d’entretien de la part des hommes qui défait-déchiquète, jusqu’à l’irréversibilité, un jour, de la ruine, les monuments : le défi de les restaurer devenant, à un certain seuil de décomposition, matériellement insurmontable. Quelques unes ont changé d’affectation _ faute de capacité suffisante d’entretien de toutes par l’Église ou les autres institutions qui en ont la responsabilité, aujourd’hui. Elles sont transformées en musées, bureaux, entrepôts, appartements, ou encore salles de spectacle _ et pouvant re-devenir alors, à l’occasion, accessibles à une visite.

    …

    Les églises closes de Venise, surtout celles qui s’ouvrent _ comme capricieusement _ de temps à autre, suscitent en moi un état de frustration insupportable _ : suscitant le défi ultra-vif et on ne peut plus concret de remédier à cette frustration de visite par ses propres efforts et sa sagacité, quasi héroïquees, à obtenir de les faire exceptionnellement ré-ouvrir… Impossible de prévoir leur accès. (…)
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    Mon séjour à Venise, je vais le consacrer _ voilà ! du sacré se cachant effectivement en cette entreprise kauffmannienne… _ à _ tâcher de _ forcer les portes _ le plus souvent, et il faut le souligner, belles, ou du moins profondément émouvantes ; cf là-dessus l’œuvre picturale particulièrement touchante de Roger de Montebello ; qui a choisi de carrément vivre (depuis 1992) à Venise _ de ces sanctuaires _ puisque ce ne peut être qu’en un tel sanctuaire ecclésial qu’eut lieu le miracle si marquant (et désormais obsédant) de la rencontre de « la peinture qui miroitait« … Approcher _ quel sport herculéen ! _ des administrations réputées peu localisables _ déjà leurs sous-officines se cachent à force de discrétion ! _, régentées par une hiérarchie aussi contournée qu’insaisissable. La burocrazia _ abusant bien peu charitablement et jusqu’à l’absurde de son pouvoir (de refuser d’ouvrir).

    …

    J’ai repéré depuis longtemps _ voilà : ces verrous, chaînes et cadenas sont des provocations pour la passion de la curiosité ! _ diverses églises toujours cadenassées.« 

    …

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    …

    L’enquête, narrée en les moments les plus décisifs _ d’avancée, ou blocage et impasse : ils forment des étapes, des paliers haletants du parcours de recherche _ de son défilement, se révèle bien sûr passionnante déjà par son détail, savoureux ; et amène l’auteur à méditer, au passage, sur la peut-être plus lointaine origine _ que ce flash vénitien de 1968 ou 69 _ de cette persistance mémorielle de l’impact de l’émotion éprouvée face à une telle image ; origine liée, nous le découvrirons, à l’histoire en amont, durant l’enfance, de la formation même de la sensibilité religieuse _ et catholique davantage que chrétienne _ de Jean-Paul Kauffmann. Et c’est là un des éléments forts et fascinants de ce livre…

    …

    Sur cette distinction entre « chrétien » et « catholique« , cf les éclairantes remarques de l’auteur aux pages 130-131 :

    …

    « Le côté catholique l’emporterait _ l’auteur reste prudent _ davantage (que le côté chrétien) chez moi _ à la différence de son épouse Joëlle.

    Le rapport _ tridentin, jésuitique peut-être même _ à l’image, au visible, au spectacle. La dialectique de la loi et du désir. Et cette façon d’avoir listé les sept péchés capitaux ! Ce sont tout de même ces vices qui mènent _ partout _ le monde _ Jean-Paul Kauffmann leur est en effet très sensible. Reconnaissons aussi que, à part l’avarice et l’envie _ deux passions tristes _, ils donnent du sel à notre condition humaine _ laquelle serait bien plate et fade sinon…

    …

    Voilà pourquoi je me sens _ très sensiblement, sinon sensuellement même, mais oui _ lié à cette religion _ catholique.

    …

    La rémission des péchés est une invention géniale _ diabolique ? Il n’y a aucune faute, aussi grave soit-elle _ vraiment ? _, qui ne puisse être remise. Avec le catholicisme, on trouve toujours des arrangements _ en en payant le prix (assez infime) de la contrition : c’est plutôt commode ! Quiconque commet une faute sait qu’il sera _ toujours _ accueilli à bras ouverts et reconnu _ pardonné ! _ en tant que pécheur.

    La vraie indignité n’est pas d’enfreindre, mais de prétendre _ auprès de l’autorité maternelle ecclésiale, qui ne pardonnerait pas cela ! _ ne pas avoir enfreint« …

    …

    …

    Et aussi ceci, page 144 :

    …

    « Le catholicisme, religion de l’incarnation _ et du mystère de la présence réelle dûment éprouvée _, on le ressent à Venise plus qu’ailleurs _ thèse cruciale décisive pour le devenir personnel existentiel de Jean-Paul Kauffmann lui-même ; et sa fidélité singulière aux séjours vénitiens.

    Ce corps souvent nié ne cesse ici _ tout spécialement, à Venise _ d’être _ hyper-sensuellement _ glorifié. S’il existe une ville qui nous fait croire à l’ambivalence du christianisme, qui a toujours su jouer supérieurement _ Venise est aussi la cité des ridotti… _ sur la dialectique du bien et du mal, c’est bien _ la marchande et habile _ Venise.

    …

    La peinture traite de sujets sacrés, mais elle ne cesse d’exalter _ tridentinement et post-tridentinement, pour séduire _ la nudité, la chair, la beauté des corps _ des anges et des saints.

    …

    Je sais bien que les liens entre la religion catholique et la culpabilité ne sont plus à démontrer, mais ils me semblent manquer _ pour ce qui concerne le penchant mis sur la culpabilité _ dans « la ville contre nature » » _ qu’est décidément Venise (le mot est de Chateaubriand) ; la Venise de ce « grand vivant«  qu’a été Casanova, probablement le Vénitien emblématique de sa ville, si on le comprend bien, à revers des clichés… Et Sollers appartient lui aussi à cette famille d’esprits (portés sur le charnel)…

    …

    La superbe expression « grand vivant« , empruntée à Cendrars, se trouve à la page 318 :

    …

    « En 1988, quelques semaines après ma libération _ du Liban _, je suis allé me réfugier _ raconte ici Jean-Paul Kauffmann _ dans la ville d’eau de Karlovy Vary en Tchécoslovaquie, l’ancienne Karslbad. (…) J’étais sonné, indifférent. Je ne ressentais _ voilà le péril _ aucun appétit, aucune sensation. Ma seule envie _ voilà, au milieu de cette terriblement asséchante acédie  _ était d’aller visiter le château de Duchcov _ anciennement Dux _ où Casanova _ le Vénitien par excellence ! _ avait vécu les dernières années de sa vie comme bibliothécaire du comte de Waldstein. (…) On avait pris à tort mon souhait pour un caprice. Ce n’était pas une lubie. Je me sentais perdu, je ne savais pas à quel saint me vouer _ voilà. Casanova n’était pas un saint, mais certainement un homme selon mon cœur _ voilà le cri du cœur de Jean-Paul Kauffmann ! Ce n’était pas tant le don Juan libertin qui m’importait que le « grand vivant » (Cendrars), l’homme supérieurement libre _ oui _, toujours gai _ voilà ! _, dépourvu de tout sentiment de culpabilité _ pleinement dans l’alacrité… Sa devise, « Sequere deum » (Suis ton dieu), n’était pas si éloignée du « Ne pas céder sur son désir » de Lacan _ qui plaît bien, aussi, à Jean-Paul Kauffmann. Cette visite à Duchcov m’avait redonné un peu de tonus » : cette confidence personnelle de Jean-Paul Kauffmann nous en apprend pas mal sur sa religion personnelle, pas très éloignée, au final, de la philosophie sensualiste du bonheur d’Épicure et Lucrèce…

    …

    A relier à ce passage-ci inaugural du récit, pages 15-16-17 (du chapitre premier) :

    …

    « Pourquoi choisir Venise ? Pour mesurer le chemin parcouru _ le livre est aussi une sorte de bilan (heureux) de vie (désirante). Venise n’est pas « là-bas », mais « là-haut », selon le mot splendide de Casanova. Il existe sans doute bien des hauteurs de par le monde où l’on peut jouir d’une vue étendue sur le passé, mais je n’en connais pas d’autres où l’histoire nous saisisse à ce point pour nous relier _ voilà : c’est ici l’objectif _ à notre propre vie _ vue d’en-haut. (…) Comme toute chose ici-bas _ dont l’individualité des vivants sexués _, Venise va vers sa disparition. C’est un achèvement qui n’en finit pas, un terme toujours recommencé, une terminaison inépuisable, renouvelée, esquivant _ voilà _ en permanence l’épilogue _ et lui survivant. La phase terminale, on l’annonce depuis le début. Elle n’a pas eu lieu. Elle a déjoué _ par son combat permanent de survie et résilience contre ce qui la menace au quotidien _ tous les pronostics. Cette conclusion ne manquera pas de survenir pour nous tous ; Venise, elle, passera _ encore _ à travers.

    Voilà pourquoi la Sénénissime représente pour moi la ville de la jouvence et de l’alacrité » _ où reprendre des forces, mieux encore qu’à Duchcov ; et revoici ce mot décisif : « alacrité« …

    …

    Et page 67 :

    …

    « S’il y a une ville qui n’est pas dans la nostalgie, c’est bien Venise. Mon envoûtement _ voilà _ vient peut-être de là. Elle fait totalement corps _ voilà, en ses formes maintenues contre vents et marées… _ avec son passé. Aucun regret _ ici _ de l’autrefois. Aucune aspiration au retour. Pas besoin d’un déplacement. La translation du temps, on y est  » _ en voilà le secret…

    C’est ici l’analogue pour le temps, de ce que, pour l’espace, René de Ceccatty, en son Enfance, dernier chapitre, nomme, à la page 306, la « télétransportation« … Voir là-dessus mon article du 12 décembre 2017 : .

    …

    …

    Et déjà pouvait se lire page 87 :

    …

    « On ne s’ennuie jamais _ l’ennui serait-il l’ennemi insidieux principal de Jean-Paul Kauffmann ? _ dans une église vénitienne.

    Le champ visuel paraît illimité _ mais est-ce bien un avantage ? Il suffit à l’œil de se fixer _ mais le peut-il aisément, face à pareille profusion de propositions : accablante ? _ dans n’importe quelle direction pour être mis face _ voilà _ à la réalité (sic) des corps : corps suppliciés, corps extatiques. Toute cette chair _ voilà _ exhibée !

    Ici, l’incarnation règne en maître« …
    …

    …

    Ce jeudi 13 juin 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa