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  • Les approches du réel (et de soi) de « Piccola » : « une vie ambiguë », entre trois hommes (plus âgés qu’elle), afin de parvenir à « trouver sa voie », à Rome, en 1990…

    L’écriture cursive, éminemment fluide _ dépourvue de la moindre lourdeur _, de Piccola,

    de Rosita Steenbeek _ aux Éditions Vendémiaire, en ouverture de la collection « Compagnons de voyage« , que crée René de Ceccatty _,

    enchante,

    en plus de son si attachant et lumineux ancrage romain…

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    C’est un récit de formation

    _ paru en version originale en 1994 _,

    celui d’une jeune femme indépendante _ et très cultivée : son père, Jan Wieger Steenbeek (1927 – 2002), qu’elle admirait énormément, enseignait les Lettres à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas _, née en Hollande, à Utrecht, en 1957,

    et venue en Italie et à Rome vers 1984, à la recherche de rôles au cinéma _ à Cineccita _, ou d’interviews d’écrivains et artistes,

    afin, d’abord, bien sûr, de gagner sa vie ;

    mais aussi, plus profondément, et surtout, se découvrir,

    et mieux devenir soi…
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    Sa vie s’est trouvée peu à peu marquée par trois rencontres d’hommes _ Roberto Chiaramonte, Edoardo Pincrini, Marcello Leoni : un riche amant psychiatre, sicilien ; un très grand écrivain, romain ; un très grand cinéaste, romain lui aussi, d’origine romagnole _, tous les trois bien plus âgés qu’elle,

    avec lesquels elle va entretenir des rapports affectifs _ d’amour et d’amitié plus ou moins sexués ; et assez diversement, pour le moins… _ complexes…

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    Au point qu’au mois de juin 1990, page 303 du récit, 

    elle en vient à se demander « combien de temps je pourrais mener cette vie ambiguë _ voilà !

    Je courrais _ très effectivement _ d’un vieux à l’autre ; et pour le reste je ne faisais plus rien« 

    _ soit une absence d’œuvre tant soit peu effective, qui finit par la déranger… Page 287, Edoardo (Alberto Moravia) s’était écrié, à propos de Rome et des Romains : « J’en ai marre de ce peuple, de cette ville et de cette vie. Ici personne ne travaille. Tout le monde en prend trop à son aise. Même les pigeons sont trop gros pour bouger« …

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    Alors que parvenir à « tracer sa voie« 

    (l’expression se trouve page 305, dans la bouche de Roberto _ qui s’est ouvert peu à peu, lui aussi _),

    est probablement l’objectif de fond _ affleurant peu à peu à la conscience de la narratrice _ de cette quête,

    à distance de sa Hollande native et familiale…

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    Et aussi, en découvrant et prenant possession d’une vraie « chambre à soi« , pour reprendre l’expression de Virginia Woolf.

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    Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard si ce lieu, ô combien tranquille, inspirateur, et donc apte à l’écriture personnelle,

    la narratrice le découvre, et s’y installe, dans le courant du mois de juin 1990,

    au retour d’un séjour, au mois de mai, de « cinq jours en Hollande » (l’expression se trouve à la page 290) en compagnie d’Edoardo Pincrini – Alberto Moravia

    _ leur séjour, ensemble, en Hollande est narré de la page 290 à la page 297 _,

    après avoir bien pris conscience de ce qu’elle nommait, page 307, « mon problème de logement : la pension _ où elle résidait alors, située dans le quartier du Ghetto, à Rome _ était de plus en plus bruyante et agitée, et il me fallait trouver une autre solution« .

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    « Un soir _ de début juin 1990, le passage se trouve page 310 _, où j’étais allée à l’Institut néerlandais pour assister à une conférence, j’échangeais deux mots avec un prêtre flamand qui m’annonça qu’un petit appartement s’était libéré dans un vieil immeuble médiéval qui appartenait au clergé belge, non loin de ma pension _ située, elle, dans le Ghetto ; en fait, il s’agit là d’une dépendance de l’église San Giuliano dei Fiamminghi, Via del Sudario, non loin de Sant’Andrea della Valle. Il pouvait me la faire visiter. »

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    « C’était un endroit idéal : église _ San Giuliano dei Fiamminghi _, théâtre _ Teatro Argentina _, bibliothèque _ la Casa Burckart _, m’entouraient, silencieux. Au cœur _ historique _ de Rome, mais protégé de ses rumeurs par des murs épais de plus d’un mètre« , page 312.

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    « J’allais m’y installer, sans la moindre hésitation. (…) C’était un lieu dôté d’une âme » _ voilà ! _, page 313.

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    « Le lendemain matin, je tournai la vieille clé dans la serrure, et un nouveau chapitre _ rien moins ! C’est un tournant majeur pour la narratrice ! _ commença dans ma vie« , page 316.

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    Quelques pages plus loin, pages 320 à 324,

    la narratrice raconte une soirée passée avec Marcello Leoni – Federico Fellini et Guido Anselmi – Marcello Mastroianni _ Guido Anselmi est le nom même du personnage du réalisateur dans Huit-et-demi, de Fellini, en 1963, qu’incarnait Marcello Mastroianni… _, le soir du match de Coupe du Monde de football entre l’Italie et l’Uruguay ; c’était le 25 juin 1990.

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    Ce qui nous permet de dater avec un peu de précision cette installation de Rosita Steenbeek dans sa splendide cellule monacale de la Via del Sudario, si importante pour sa vie enfin féconde d’écrivain, entre la fin mai de son voyage de cinq jours en Hollande, avec Pincrini – Moravia, et le 25  juin de son dîner avec Mori – Fellini et Anselmi – Mastroianni, le soir même de ce match Italie-Uruguay de foot-ball, en 1990.

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    Les entretiens suivis et impromptus, informels pour la plupart, que l’auteur (Rosita Steenbeek) – narratrice (Suzanne), aura, entre février et septembre 1990,

    avec Alberto Moravia (Edoardo Pincrini) et Federico Fellini (Marcello Leoni), 

    vont lui faire accomplir des pas de géants dans cette connaissance de soi et des autres,

    en la richesse, en partie (et d’abord) inconsciente, que ces deux créateurs majeurs vont lui faire, au jour le jour de leurs échanges formidablement ouverts, approcher et ressentir,

    par le partage de leurs propres démarches éminemment singulières (et puissantes, via, tout spécialement, leurs propres parcours de création _ ce que je nomme, avec mon amie Marie-José Mondzain, « imageance« … : un concept qui s’applique particulièrement bien au mode de création débridé et formidablement ouvert d’images mouvantes de Federico Fellini…)

    d’approches _ le terme décidément revient… _ très pointues de la richesse de perception du réel (et de « soi« , en ses rapports extrêmement complexes et riches d’ambivalences aux autres)…

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    Piccola,

    en sa légèreté fluide et lumineuse _ romaine ? _ d’écriture,

    nous fait approcher aussi, de biais _ et en rien doctoralement ! _,

    l’idiosyncrasie de ces créateurs majeurs ultra-lucides que sont Alberto Moravia et Federico Fellini,

    tout différents qu’ils soient l’un de l’autre…

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    La collection « Compagnons de voyage« 

    que vient de créer René de Ceccatty aux Éditions Vendémiaire

    commence magnifiquement !!!

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    Ce lundi 24 août 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Quelques réactions mieux venues à la disparition de Bernard Stiegler, penseur singulier décidément inclassable

    Bernard Stiegler

    (Villebon-sur-Yvette, 1er avril 1952 – Epineuil-le-Fleuriel, 6 août 2020)

    est décidément un penseur singulier, inclassable

    _ du moins au regard de la plupart des membres de la communauté universitaire,

    dont il n’était pas.

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    Voici trois nouveaux articles _ un peu plus consistants, cette fois _ de réception de la nouvelle du décès de Bernard Stiegler :

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    dans Libération (sous la plume de Valentin Denis et Marie Loslier : Bernard Stiegler, penseur de la génération «Thunberg»),

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    Marianne (sous la plume de Philippe Petit : Mais au fait, c’était quoi la pensée de Bernard Stiegler ?)

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    et La Croix (sous la plume d’Elodie Maurot : Le philosophe Bernard Stiegler est mort).

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    TRIBUNE
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    Bernard Stiegler, penseur de la génération «Thunberg»

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    Par Valentin Denis, étudiant à l’Ecole Normale Supérieure de Paris et Marie Loslier, diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris et diplômée en philosophie
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    — 10 août 2020 à 18:05
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    Bernard Stiegler à Paris, le 24 août 2005.
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    Bernard Stiegler à Paris, le 24 août 2005. Photo Ulf Andersen. Getty Images. AFP

    Le philosophe des techniques, mort jeudi, avait à cœur de transmettre sa philosophie à la jeunesse. Refusant de s’enfermer dans une tour d’ivoire, il n’avait de cesse de penser le réel comme on panserait un monde malade.

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    Tribune.

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    Depuis l’annonce de la mort de Bernard Stiegler, le monde a perdu pour nous encore un peu plus de son sens. Dans l’épais brouillard que constitue notre réalité contemporaine, il était bel et bien de ces penseurs lumineux qui contribuent à rendre le monde plus habitable _ oui.

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    La conjonction de son imagination théorique et de ses engagements pratiques, sa lutte contre l’abêtissement généralisé provoqué par la séparation du «penser» et du «panser», inspirait quotidiennement nos travaux de recherches, mais aussi nos combats.

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    Perdre Bernard Stiegler, à l’acmé de sa force, laisse un trou béant d’où nulle consolation ne peut émerger.

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    Nous ne l’avions rencontré en personne qu’à quelques rares occasions, comme ce soir de novembre à la Sorbonne, lors d’une conférence sur le lien entre objets numériques et objets du désir. Après une brève présentation des organisateurs, il avait d’abord remercié les étudiants qui l’avaient invité et les participants qui étaient venus le voir en cette soirée hivernale ; puis il avait commencé sa conférence : sur l’écran était apparue la tribune du Giec qui nous alertait en 2017 sur la situation dramatique de notre planète. Débuter par ce texte, c’était rappeler que toute pensée digne de ce nom doit se confronter au réel et à son urgence _ voilà. Le reste est vain. Son projet théorique ne se séparait pas d’une attention constante _ oui _ à l’état de la société.

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    Philosophe critique

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    Apprendre sa mort, c’est pour nous dire adieu à une voix inoubliable, qui savait porter au langage les pires maux affrontés par nos sociétés tout en constituant un abri paradoxal : la sagesse de cet homme qui semblait voir clair dans le péril avait quelque chose de réconfortant. C’est dire adieu à un enfant des Trente Glorieuses qui se montrait pourtant si soucieux de laisser aux jeunes générations une Terre habitable ; à un de ceux qui avaient compris que le souci de la transmission, du passage entre les générations, doit être réinvesti par la pensée critique _ oui _ plutôt que d’être jeté en pâture aux forces de la régression nationaliste.

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    À une époque où la jeunesse se sent de plus en plus abandonnée, Bernard Stiegler était de ceux qui lui donnaient des raisons d’espérer.

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    En un sens, son attitude évoquait ce que Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, entourés aussi de Herbert Marcuse ou Walter Benjamin, avaient appelé dans les années 1930 la « Théorie critique » – projet interdisciplinaire visant à faire enfin travailler de concert les différentes sciences sociales en vue de produire une critique immanente des sociétés capitalistes. Plutôt que d’enfermer la philosophie dans sa cage de fer, dans ses systèmes clos et ses concepts figés, il fallait partir de notre réalité brisée, décrite par des savoirs empiriques, pour rendre la société adéquate à ses propres désirs d’émancipation. Ces théoriciens œuvraient dans ce qui s’appelle encore, à Francfort, un Institut de recherche sociale – nom que celui de l’Institut de recherche et d’innovation, fondé par Stiegler en 2006, n’est pas sans évoquer. Avec lui, la philosophie recherchait une véritable actualité, au sens où l’entendait Adorno dans sa leçon inaugurale à Francfort en 1931.

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    Encore aujourd’hui, ce n’est plus à la philosophie de nous apprendre, de l’extérieur, quelque chose sur le réel : c’est le réel qui s’impose à la philosophie, laquelle doit s’y mesurer _ voilà _ si elle veut pouvoir en dire quelque chose de vrai _ oui.

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    Figure de la jeunesse écologiste et militante

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    Chez Stiegler, le travail incessant de mise en relation des savoirs _ oui _, à la croisée de la philosophie, de l’anthropologie, de la psychologie, de la sociologie, de l’économie mais aussi de la physique et de la biologie, montrait aux étudiants en philosophie d’aujourd’hui qu’il ne saurait y avoir de salut pour leur discipline dans une tour d’ivoire ; à tous ceux qui croient que les sciences humaines peuvent quelque chose contre l’époque de crises dans laquelle nous entrons, il affirmait la nécessité d’un dialogue permanent _ oui _ entre elles, comme en témoignait la formation récente du collectif Internation, rassemblant des chercheurs et des chercheuses de toutes disciplines et de tous pays.

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    Mais Bernard Stiegler n’était pas qu’un intellectuel pour spécialistes. Son parcours hors normes continue d’impressionner tous ceux qui le découvrent, aussi bien pour sa puissance romanesque que pour la force d’âme qu’il manifeste. Soucieux de la diffusion de sa pensée, il fut aussi un homme de parole, de conférences et de radio, plus hostile à la télévision dont il dénonçait bien souvent la toxicité.

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    Ses récents entretiens pour Thinkerview l’ont amené à rencontrer des jeunes issus de ce qu’il appelait la «génération Thunberg» depuis son dernier ouvrage, le second volume d’une série intitulée Qu’appelle-t-on panser ? – titre qui rend hommage aussi bien à Heidegger qu’à Derrida, maîtres qu’il n’aura eu de cesse de citer, mais aussi de critiquer _ c’est-à-dire continuer à penser, à partir d’eux _, puisque c’était pour lui la seule manière de se rendre digne de leur héritage. Il devenait une des figures intellectuelles tutélaires de la jeunesse écologiste militante, qui trouvait enfin une voix contrebalançant celles des éditocrates de plateaux télévisés l’invitant à retourner en classe pour apprendre sagement les lois inéluctables du marché.

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    Panseur des maux

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    Oui, ses concepts étaient exigeants ; mais comme il le soulignait lui-même, la véritable réflexion ne peut se développer dans le langage de la communication. Pour lui comme pour Derrida, toute pensée était d’abord une expérimentation dans l’écriture _ oui. Et c’est grâce à ce langage proprement philosophique qu’il parvenait à mettre le doigt sur les maux les plus cruciaux de nos sociétés.

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    Médecin de la civilisation, il aimait rappeler, après Nietzsche, que la pensée ne commence pas tant par l’étonnement que par l’effroi _ voilà. Face à cette société malade, qui reproduit aveuglément les conditions de sa propre destruction, Stiegler a réussi à dévoiler pour nous l’ambivalence _ oui _ des techniques en tant qu’elles sont profondément liées au destin de l’humanité.

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    Sans doute n’y a-t-il qu’une manière de rendre hommage au «panseur» qu’il fut : continuer à penser pour soigner le monde malade qui est le nôtre, en développant les organes qu’il avait lui-même élaborés dans cette optique.

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    A nous de le lire, de l’écouter. A nous d’écrire. A nous, encore, de nous battre pour enfin «bifurquer» face aux catastrophes qui viennent. S’il est vrai, comme l’écrivait Walter Benjamin en 1940 peu de temps avant sa mort, qu’une révolution contre le capitalisme et son avorton fasciste rachèterait du même coup tous ceux qui, dans le passé, luttèrent pour une société émancipée, alors peut-être Bernard Stiegler pourra-t-il savourer, lui aussi, cette échappée belle pour laquelle il a tant œuvré.

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    Sa mort nous laisse un monde un peu plus sombre ; mais c’est aussi grâce à sa lumière que nous pouvons continuer à l’éclairer.

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    En attendant ces jours meilleurs, le phare qu’il était continuera de nous guider, vulnérables esquifs tentant de rejoindre la terre ferme par gros temps.

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    Valentin Denis étudiant à l’Ecole Normale Supérieure de Paris , Marie Loslier diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris et diplômée en philosophie

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    – Patxi Beltzaiz / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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    Nécrologie
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    Mais au fait, c’était quoi la pensée de Bernard Stiegler ?

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    Le philosophe Bernard Stiegler est mort

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    Le Collège international de philosophie a annoncé jeudi 6 août le décès de Bernard Stiegler, à l’âge de 68 ans. « La Croix » avait rencontré en 2017 ce penseur. L’occasion d’entamer une méditation sur l’art d’habiter et approfondir sa réflexion sur les territoires et leur mise en réseau.

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    • Élodie Maurot,
    • le 11/08/2017 à 06:55
    • Modifié le 07/08/2020 à 11:54

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    Lecture en 6 min.

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    Le philosophe Bernard Stiegler est mort

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    Bernard Stiegler, philosophe français, est décédé le 6 août 2020.JOSEPH MELIN POUR LA CROIX

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    « Le Collège international de philosophie a la tristesse de faire part de la disparition du philosophe Bernard Stiegler. Un contemporain hors du commun, qui a cherché à inventer une nouvelle langue et de nouvelles subversions. », c’est ainsi que l’on apprenait le décès de l’intellectuel Bernard Stiegler, jeudi 6 août.

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    [ARCHIVE] Article paru le 11 août 2017

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    Difficile d’imaginer environnement plus paisible. L’extérieur, une mare ourlée de verdure, où glissent un majestueux cygne blanc et quelques canards… L’intérieur, un ancien moulin du XXe siècle, grand cube percé de baies vitrées, où le philosophe Bernard Stiegler a aménagé un loft lumineux aux tons crème, dans l’esprit de l’architecture industrielle d’un Mallet-Stevens. Belles hauteurs sous plafond, escaliers métalliques minimalistes qui laissent les perspectives ouvertes, hautes portes coulissantes en bois et en verre rappelant les intérieurs japonais…

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    Un lieu pour vivre et penser

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    À Epineuil-le-Fleuriel, petit village du Cher et patrie du Grand Meaulnes, Bernard Stiegler a aménagé, avec son épouse Caroline, ce lieu pour vivre et penser. « J’aime la nature et les paysans. J’ai absolument besoin de voir les arbres et le ciel, mais je suis un moderniste, raconte-t-il. Je n’avais pas envie de vivre dans une maison rurale pittoresque avec une grande cheminée… Là, ça a été un compromis. »

    Digne d’une revue d’architecture, la maison bénéficie d’une décoration soignée, mais sans ostentation. Peintures abstraites, sculptures, dessins dialoguent avec les livres, offrant un refuge de culture. D’autres objets plus énigmatiques, comme ces algues et fleurs de cocotiers séchées dont les lignes brunes dessinent des sculptures très graphiques, invitent à une évasion poétique. On s’y sent ici et ailleurs.

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    Le moulin, qui appartenait à la famille de sa femme, était à l’abandon depuis les années 1970 « lorsque les grands moulins ont décidé de tuer les petits et de prendre le monopole de la farine boulangère », précise-t-il. Les arbres avaient envahi le bief, les ronces la maison. Tout était à imaginer et à créer. Comme une métaphore du travail du philosophe.

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    Dans ce berceau paisible, loin du tumulte des grandes métropoles mondiales où il se rend régulièrement, Bernard Stiegler peut penser la crise totale que traversent les sociétés occidentales, et ce qu’il appelle la « disruption », ce phénomène d’accélération de l’innovation technologique qui les conduit au point de rupture.

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    Dans son dernier livre (1), il en a donné une description impressionnante, mettant en lien les effets des industries culturelles et des médias de masse, mortifères par leur manière de capter l’attention, d’appauvrir la culture, de formater _ voilà _ les désirs et de libérer le pulsionnel dans un « processus de désinhibition », et ceux de la révolution numérique, qui provoque une synchronisation, une standardisation _ uniformisante _ et un contrôle sans précédent des comportements.

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    Savoir-faire qui se perdent, liens sociaux qui se délitent, transmission entre générations qui ne se fait plus : les symptômes de la crise sont nombreux _ en effet. Pour Stiegler, ce véritable burn-out collectif explique la prolifération des comportements barbares ou auto-destructifs (et notamment la violence djihadiste), « passages à l’acte d’individus devenus littéralement fous ».

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    Le diagnostic est lourd, le « malade » possiblement incurable, mais le philosophe s’est engagé dans l’élaboration d’une thérapeutique, à même de lutter contre cette « nouvelle forme de barbarie comme consumérisme et vénalité généralisée ». « L’optimisme et le pessimisme, dans de telles circonstances, sont indignes, indécents et lâches », juge-t-il. L’impératif est « d’être courageux ».

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    Or il se trouve que pour Bernard Stiegler, le courage est aussi une affaire de lieux _ oui ; et de leur génie… « Il est des lieux qui rendent courageux, comme les lieux de culte, qui sont là pour donner de la force, ou l’architecture de la Grèce ancienne. Heidegger les désigne par le terme de Lichtung : ce sont des clairières. » Des clairières dans l’obscurité et la dureté des temps. « Ils vous donnent le sentiment que l’absolument improbable devient possible. »

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    « J’ai beaucoup réfléchi à ce que veut dire habiter, insiste le philosophe, qui a vécu enfant en milieu rural, sur le plateau de Villebon, avant de rejoindre les tours du grand ensemble de Sarcelles. Je suis réputé pour travailler sur la technique et le temps, mais en réalité mon travail part de la mémoire et du lieu. » _ affirmation cruciale. Nul besoin d’évoquer trop longuement son parcours atypique et son virage tardif vers la philosophie, aidé par les philosophes Gérard Granel et Jacques Derrida, après cinq années de prison pour braquage de banques dans les années 1970. « Je me suis toujours dit qu’après ces cinq années de non-habitat, de non-habitable, j’aurais un habitat », glisse-t-il.

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    L’esthétique ne fait pas tout.

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    À Epineuil-le-Fleuriel, le philosophe, qui ne cache pas être régulièrement victime d’épisodes dépressifs, parvient à surmonter l’angoisse. « Le lieu est beau et réconforte à soi seul », glisse-t-il. Mais l’esthétique ne fait pas tout. Le bon lieu est surtout celui qui permet de retrouver des « capacités », de « déployer une manière de se projeter » _ et s’épanouir vraiment : à la Spinoza. « Pour produire du courage, il faut des lieux encourageants, des communautés encourageantes. À partir de là, tout lieu, même lorsque c’est un non-lieu comme la prison, peut avoir une vertu : la vertu de projeter dans ce qui n’existe pas encore. » _ par imageance féconde.

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    Cette projection dans l’avenir, cette créativité, Bernard Stiegler s’y oblige car les temps l’exigent. En 2005, il a créé l’association Ars Industrialis pour imaginer des réponses concrètes au mal du siècle, une « économie contributive » qui utiliserait à bon escient les nouvelles technologies, dans un esprit démocratique _ oui _, tout autre que celui des princes de la nouvelle économique numérique.

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    Une académie d’été pour chercheurs venus du monde entier

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    Pendant quelques années, Epineuil fut son terrain d’expérimentation. En 2010, il s’y installe à temps plein, accompagné de sa femme et de ses deux plus jeunes enfants, « avec la résolution très ferme de m’impliquer sur ce territoire, de construire un nouveau rapport à la localité ». Pour aider les jeunes du coin, il pense d’abord à créer un collège, mais abandonne devant la complexité de la mise en œuvre.

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    Son projet se transforme en un cours de philosophie sur Platon, qu’il déploie en même temps sur Internet. Il développe aussi un séminaire de recherche et une académie d’été pour chercheurs venus du monde entier.

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    Après cinq années au village, la famille est pourtant rentrée à Paris. « J’ai dû renoncer à vivre ici à cause de nos enfants. Ils étaient en train de s’enliser dans un système scolaire défaillant, pas du fait des personnes, mais d’un ensemble de causes _ instituionnelles _, confie le philosophe. Et pourtant, je ne suis pas du genre à renoncer. »

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    La tragédie de la « diagonale du vide » française

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    Cet « ensemble de causes », dont le philosophe n’a pas fini de tirer les enseignements, c’est la tragédie de la « diagonale du vide » française : le chômage massif qui frappe la région, l’absence d’avenir qui plongent familles et territoires dans la dépression. « Dans la classe de ma fille, qui était au collège à Montluçon, trois jeunes ont fait des tentatives de suicide en une année », alerte-t-il.

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    Le philosophe a le souci de ne blesser personne, mais pense qu’il est aussi temps de témoigner de la désespérance qu’il a rencontrée. « Beaucoup de Montluçonnais se battent pour inverser la tendance, mais ce n’est pas un problème individuel. C’est un problème de portance _ oui. Ici, on n’atteint pas le seuil critique qui fait que l’on se dit qu’on peut élever ses enfants et leur donner un avenir. »

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    Le philosophe Bernard Stiegler est mort

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    Cette expérience ratée l’a toutefois encouragé dans une piste philosophique. Bernard Stiegler a renoué avec la réflexion sur la cosmologie, qui fut chez les anciens « une pensée des échelles », recherchant la bonne articulation entre microcosme et macrocosme. Plus que jamais, il est convaincu qu’il faut repenser l’agencement du local, du régional, du national et de l’Europe, « et que l’on peut utiliser intelligemment le réseau pour cela ».

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    À Epineuil comme en Seine-Saint-Denis – où il est engagé dans un projet d’expérimentation autour de l’économie contributive –, Bernard Stiegler plaide pour l’invention d’une politique territoriale audacieuse. « Les urbanistes prédisent que les villes vont devenir de plus en plus grosses, mais ce n’est pas soutenable, prévient-il. Il faut réinvestir les territoires inoccupés et mettre les lieux en réseau. » _ oui.

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    Reconstruire un monde commun

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    1952. Naissance à Villebon-sur-Yvette (Essonne).

    Dans les années 1970, il exerce différents métiers (ouvrier agricole, manœuvre…), puis ouvre un bistrot musical à Toulouse, où il invite des musiciens de jazz. Parmi ses clients, le philosophe Gérard Granel, professeur à l’université de Toulouse.

    1978-1983. Incarcération à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis au centre de détention de Muret, pour braquage de quatre banques. Gérard Granel obtient d’avoir des livres en prison. Bernard Stiegler reprend des études, en philosophie.

    1984. Directeur de programme de recherche au Collège international de philosophie.

    1988. Enseignant à l’Université de technologie de Compiègne.

    1993. Thèse sous la direction de Jacques Derrida.

    1994. Publie son premier livre La Technique et le Temps. La Faute d’Epiméthée (Galilée).

    1996. Directeur général adjoint de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). En 2002, il devient directeur de l’Ircam.

    2003. Aimer, s’aimer, nous aimer : du 11 septembre au 21 avril (Galilée). Puis en 2004, Mécréance et discrédit (Galilée) et De la misère symbolique (Flammarion).

    2005. Cofonde l’association Ars Industrialis.

    2006. Fonde l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) du Centre Pompidou. Publie La Télécratie contre la démocratie (Flammarion).

    2008. Prendre soin. De la jeunesse et des générations (Flammarion). Puis en 2010, Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue (Flammarion).

    2013. Pharmacologie du Front national (Flammarion).

    2015. La Société automatique (Fayard).

    (1) Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? Les Liens qui libèrent, 470 p., 24 €.

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    Voilà.

     

     

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    Une singularité rare.

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    Ce mardi 11 août 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La naissance de l’art de la diminution instrumentale à la Renaissance et au début du Baroque : un très intéressant travail de la violoniste Leonor de Lera

    Ce matin du 3 août,

    découverte de deux articles,

    Diminution, Division: Distraction Or Artful Enrichment ? sur ClassicsToday (sous la plume de David Vernier)

    et

    Leonor de Lera, pour interpréter la musique de la manière la plus précise possible sur ResMusica (sous la plume de Maciej Chiżyński),

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    consacrés au récent travail de la violoniste Leonor de Lera

    concernant le développement de l’art de la diminution instrumentale, à la jointure de la Renaissance et du début du Baroque ;

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    et à l’occasion de la parution du CD L’Arte di diminuire Works by Marini, Uccellini, Rossi, Kapsberger, others,

    le CD Challenge Classics 72843, par L’Estro d’Orfeo, dirigé par Leonor de Lera, violon baroque.

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    Une réflexion qui me rappelle celle des musiciens d’il y a au moins 30 ans, qui exploraient ce répertoire de la Renaissance et des débuts du Baroque ;

    et tout particulièrement les Traités de diminutions

    qu’ils découvraient _ et dévoraient de curiosité ! _ avec une passion communicative dans quelques bibliothèques italiennes ou espagnoles..

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    Les voici, ces deux articles :

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    Leonor de Lera, pour interpréter la musique de la manière la plus précise possible

     

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    Diminution, Division: Distraction Or Artful Enrichment ?

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    Review by: David Vernier

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    art of dimunitions

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    Artistic Quality: 9

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    Sound Quality: 9

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    For some period during what we now call the Renaissance and Baroque, it was popular practice for vocalists and instrumentalists to embellish or ornament a melodic line by dividing longer note values into many shorter, more elaborate figures as a means of variation. This was nothing so “ordinary” as a little trill or turn, or even a run up or down the scale (although it could include such devices); in fact, we have a modern version of this practice common among most of today’s young pop singers–so if you’ve ever heard one of them sing, say, The Star-Spangled Banner, and think they’re never going to get to the end of a phrase, you know exactly what I’m talking about.

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    Yet, unlike today’s performers, who in these situations are all about sheer emotive expression (and who have no allegiance to things like tempo), these early singers and instrumentalists spent much time actually studying the techniques, which were codified and taught, providing the ways and means to fill the spaces in between notes, introducing, in the most refined manner, as many thrills and spills, flights and flourishes as possible before the demands of tempo and the need to get on with it forced the melody on its way. You may have surmised that I’m not (and truth be told, never have been) a fan of this practice (then or now), the fad of choice and more than that–an essential test of a solo performer’s credentials for a period. An art? Yes, I agree; but necessary? Or in any way a value-added endeavor? I admit that I said as much to the proprietor of this recording, violinist and artistic director Leonor de Lera, when she inquired about a review. We don’t promise anything, and I will very likely not have a positive impression, but I would listen. I was wrong–about the negative impression.

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    This is, for all its immersion in “diminution”, the relevant term for this practice of variation and embellishment, is one of the more attractive, engaging, and eminently repeatable recitals you will hear of 16th and 17th century music for strings–baroque violin, gamba, viola bastarda, theorbo, baroque guitar, harpsichord–and rather than a “distraction”, as is my usual complaint, those embellishments almost invariably enhance the melodies and juice the rhythmic energy, melding neatly into the overall flow of the lines of the supporting instruments.

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    De Lera is an excellent–virtuoso–violinist, and she strives with this program to introduce us to the various compositional forms that tended to incorporate this lively variation style: transcriptions of motets or madrigals from celebrated composers (tracks 3 & 4); arias (track 6); works highlighting the viola bastarda, a viol with exceptional range ideal for playing diminutions (track 7); lively, short, dancing popular tunes (track 13 ). Composers, both familiar and not so well known, include Uccellini, Kapsberger, Marini, and Rossi, as well as De Lera herself, contributing modern but wholly compatible companions to the early works. De Lera’s sonorous, delicately-spun lines and beautifully integrated ornaments are on display everywhere, as are similar offerings from her colleagues, all expert players and ideal ensemble partners.

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    But, there are one or two reminders of this style’s more tedious tendencies–one of them being De Lera’s version of Giovanni Felice Sances’ Usurpator tiranno, a nearly seven-minute-long grind over a relentless, repetitive ground bass (please, make it stop!). And then there’s the concluding (nearly five-minute) “Tarantella” that sounds totally out of place, like a leftover from another recording. You may disagree, of course, and if so, all to the good. All I can say is that, as a very skeptical listener in the beginning, I was won over.

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    Recording Details:

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    Album Title: L’Arte di diminuire

    Works by Marini, Uccellini, Rossi, Kapsberger, others

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    Bravo pour ces passionnantes initiatives !

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    Ce lundi 3 août 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • « Funérailles », l’océanique chef d’oeuvre symphonique de Lucien Durosoir en hommage aux Poilus de la Grande Guerre, superbement chroniqué par Res Musica

    Ce dimanche 26 juillet, sur le site de ResMusica,

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    voici que je découvre

    en m’en réjouissant, bien sûr !

    _ cf mon article du 11 novembre 1919 : … _

    une très belle chronique de Patrice Imbaud

    intitulée Échos de la Grande Guerre par Lucien Durosoir et Patrice Hersant ,

    consacrée au CD Hortus 736 : Sous la pluie de feu, de Philippe Hersant, & Funérailles, de Lucien Durosoir ;

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    un splendide CD

    qui vient clôturer en apothéose la très belle collection « Les Musiciens et la Grande Guerre« 

    que ce label Hortus a consacré aux Musiciens de 14-18

    _ ce CD en étant le volume XXXVI et dernier.

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    La voici :

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    Échos de la Grande Guerre par Lucien Durosoir et Philippe Hersant

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    Un grand merci à Patrice Imbaud et au site ResMusica

    de faire aussi justement largement partager

    la réjouissance tellement méritée de ces œuvres splendides !!!

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    Ce dimanche 26 juillet 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa