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  • Le trio éruptif de la grande maison climatisée de Sendagaya, à Tôkyô, en juillet 1978 : en affinant le détail de mes relectures de « Mes Années japonaises » de René de Ceccatty

    En poursuivant mes relectures du Mes Années Japonaises de René de Ceccatty

    _ cf mon article d’avant-hier … _,

    …

    je découvre d’infimes détails qui avaient échappé jusqu’ici à la vigilance de ces relectures,

    et dans lesquels sont présents de judicieux indices de ce sur quoi René de Ceccatty ne désirait visiblement pas s’appesantir, mais qui révèle à qui sait le relever-déchiffrer  _ ainsi d’abord qu’à lui-même, aujourd’hui… _ bien des choses capitales !

    …

    …

    Car c’est au lecteur, par la sagacité de son attention non superficielle, ni trop distraite ou oublieuse, de venir chercher _ un peu _ les déceler-repérer-découvrir, ces indices présents, et relier-contextualiser à d’autres indices de cet ouvrage-ci _ à d’autres pages  un peu éloignées de ce récit-ci _, ou bien d’antérieurs de l’auteur _ dans l’œuvre duquel tout, découvre-t-on détail après détail (cf le modèle donné par le récit de L’Hôte invisible), se tient…

    …
    …

    En poursuivant ces relectures, je repère en effet de très discrets détails  _ et certains capitaux pour l’intelligence du tout ! _, dont l’importance m’avait jusqu’alors échappée :
    …
    lire René de Ceccatty demande une grande _ et très suivie _ attention à de minuscules indices, présents, mais _ dans le flux allègre et très fluide du récit _ peu mis en évidence.
    …
    Ce qui, personnellement, me plaît tant !

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    …
    Ainsi, par exemple, le quartier, puis la grande maison, de Sendagaya _ à Tôkyô _, maison climatisée obligeamment prêtée pour le caniculaire mois de juillet 1978 (page 225),
    dont je n’avais pas jusqu’alors perçu _ le nom de Sendagaya, d’entrée, ne me parlait pas assez ! _ qu’y avaient séjourné, le mois torride de juillet durant, non seulement le couple formé par René et sa compagne Cécile, mais, surtout, le mélodramatique trio « hystérisé » que vient former avec eux deux, ce très chaud mois de juillet 1978, R., étudiant ami de René :
    …
    entre rires des uns
    et larmes et plaintes de l’autre
    _ un trio « inverse » du « trio anglais » des landes du Devon, en 1980 (nous est-il indiqué, à la page 225 aussi), un trio formé cette fois de René, R., et leur amie logeuse anglaise (une céramiste, amoureuse et connaisseuse du Japon ; et qui allait très bientôt épouser son ami sculpteur japonais de Kyôto, comme nous l’apprenons à la page 174 ; lequel ne tardera pas à venir la rejoindre en Angleterre ; ce qui allait amener René et R. à quitter la petite maison de poupée de Totnes pour venir-revenir en France, au mois de juillet 1980, et habiter désormais à Paris).
    …
    …
    D’où l’importance aussi de ce que narrent les retrouvailles à Nice, bien longtemps après le Tôkyô de juillet 1978, de René avec celle qu’il nomme « l’ombre blonde » d’un autre trio _ précisément ce couple de Français qui avait prêté à René et Cécile, sa compagne d’alors, ce mois de juillet 1978, leur grande maison climatisée de Sendagaya ; et la maîtresse japonaise du mari… _ ;
    trio marqué, lui aussi désormais, par la trahison et l’abandon _ puis la mort du mari, resté définitivement là, au Japon, avec sa compagne Japonaise.
    D’où la place, alors, du rappel de l’écriture antérieure de Raphaël et Raphaël… 
    …
    …
    Et c’est aussi ce même mois de juillet 1978 qu’avait eu lieu le « basculement » révélateur (page 93) de Kiyosato (dont le détail n’est pas, non plus, narré : l’auteur le laisse dans l’ombre protectrice du non-dit) :
    probablement juste avant _ mais ce n’est pas clairement indiqué ; ce pouvait être pendant, ou après… _ le séjour de ce mois de juillet caniculaire dans la maison climatisée de Sendagaya, au bord de la rivière Kanda _ qui a suivi ce « basculement » de fond, profond, de l’esprit de René sur ses perspectives à long terme d’existence…
    …
    Mais page 78 vient de nous être indiquée par l’auteur, la révélation-confidence, en une lettre à sa mère datée du mois de juin précédent _ lettre conservée, retrouvée et relue quarante ans plus tard _, de la description _ mais absente, elle, ici ! seulement évoqué, le détail de cette confidence de René à sa mère ne nous est pas, lui, livré ! Vis-à-vis du lecteur, l’auteur demeure extraordinairement discret sur tout cela : que tient-il donc à protéger par là ? _ de « la situation où je me suis mis » (sic) avec R. _ formule tout de même parlante en sa sobriété ; mais qu’implique-t-elle plus précisément ? Le début, déjà, d’une cohabitation de René et de R. , à Ichigaya par exemple ? …
    …
    Et déjà, en une lettre précédente du mois de mai, pour l’anniversaire de sa mère (le 22 mai),
    René lui avait signalé « un de mes étudiants à l’intelligence et à la culture exceptionnelles, avec lequel je vais voir des films japonais récents, de « cinéma d’auteur » » ; en fournissant _ l’archive conservée est en cela précieuse ! _ « son prénom et son nom »…
    …
    …
    D’où l’importance de ces expressions-ci
    disséminées _ aux pages 66, 73, 93, 131, 225 ; et c’est moi qui les relie ici entre elles _ dans le cours du récit, alerte et fluide _ et fragmenté _, que, forcément, chapitre vif après chapitre vif _ sans nulle lourdeur, jamais ! _, nous suivons :
    …
    …
    _ page 66 : « Le malheur (…), c’est en juillet 1978 qu’il advint. Ce malheur évident (…), tonitruant, ostentatoire, brutal et sélectif » _ sans plus de précisions : à quoi de tangible peuvent donc se rapporter de si étranges adjectifs ? Le lecteur curieux s’interroge, et reste sur sa faim… _ ;
    …
    _ page 73 : « L’événement de la catastrophe » _ comment éclate-t-il ? et en quoi consiste-t-elle ? _ ;
    …
    _ page 93 : « En juillet 1978, il y avait dix mois que j’étais au Japon. Et déjà tout était écrit _ inscrit dans la structure et la qualité de la situation (et sans doute aussi d’un genre littéraire appliqué à la vie…), mais sans de plus amples précisions, ici non plus. Tout, je crois. La fin de ma vie précédente _ avec Cécile _, le début de mon autre vie _ avec R. _, et, d’une certaine manière, la fin de cette autre vie _ avec R. _ aussitôt _ par anticipation de fatalité, ou obsolescence programmée. Nous sommes allés, R. et moi, dans les hauteurs, à Kiyosato.
    J’avais oublié ce nom qui pourtant m’a obsédé pendant vingt ans.
    C’est à Kiyosato que tout a basculé, que j’ai compris que c’était cette route-là que _ dorénavant _ je prenais,
    la route du Japon, des traductions de littérature, d’une nouvelle forme de pensée, de rapport au monde.
    Mais j’ai fait semblant _ alors _ de ne pas comprendre. Cela s’appelle probablement le refoulement. La culpabilité aussi » _ voilà.
    …
    _ page 131 : « Tous ces juillets _ précédents : de 1967 à 1977 : l’auteur vient de rapidement les passer en revue _ portaient en puissance le juillet le plus terrible, celui de l’année 1978 » _ le plus terrible en quoi ? _.
    …
    _ page 225 : « Dans les parages du quartier Sendagaya _ à Tôkyô. Ce mois de juillet 1978 réclame _ de celui qui, cet automne 2018, quarante annnées plus tard, écrit et se souvient _ une autre visite _ mentale : pour celui qui tâche, parfois très douloureusement, de se ressouvenir avec un peu de précision et justesse (tant objective que subjective) de ces épisodes difficiles et peu glorieux, plus ou moins efficacement refoulés, de son passé. Il ne compte pas pour peu dans le naufrage _ de quoi ? lequel ? Nous ne le saurons pas clairement. (…)
    De ce terrible juillet 1978 où nous étions tous les trois _ tiens donc ! et c’est en cette unique occurrence, ici, que nous le découvrons, en un très furtif et quasi imperceptible passage, page 225 _ dans cette grande maison,
    ne m’est pour ainsi dire rien resté _ de souvenir un tant soit peu tangible, par ces menues sensations ayant résisté à l’oubli _ que la chaleur _ de la canicule _, la voix de Jessye Norman chantant des mélodies françaises et les pleurs de Cécile.
    Elle nous en voulait de ne pas pleurer. Elle accueillait nos rires _ ceux de René et de R. _ en pleurant plus fort » _ et c’est là tout ce qui sera dit de cette situation d’alors aux conséquences destructrices.
    …
    …
    « Malheur« , « catastrophe« , « basculement« , « terrible » _ à deux reprises, dont un « le plus terrible« … _, « naufrage » :
    …
    soient d’éminemment significatifs qualificatifs pour désigner un jalon crucial  du « mélodramatique » épisode étiré _ le mot « mélodrame » est en effet prononcé page 145 : « Il y avait, accompagnant le mélodrame de l’adultère, une légèreté solidaire, probablement, de la duplicité, un comique, dont non seulement j’étais conscient, mais que je recherchais… »… _ des années 1976-1980 pour René, Cécile et R. _ le malheureux trio (brossé en très rapides traits en ces lignes volontairement elliptiques, d’un dire demeurant très allusif) de la villa de Sendagaya, ce mois de canicule de juillet 1978 _,
    entre Paris, Denain, Tôkyô _ à partir du mois de juillet 1978, pour ce qui concerne l’irruption-immixion physique de R. dans ce qui vient former provisoirement ainsi (mais c’est loin d’être fini) un trio dans la grande maison de Sendagaya (page 78) _, Paris, puis Torquay et Totnes _ au cours du printemps 1980 où l’affaire des atermoiements de cet incommode trio finira par se dénouer avec la rupture violente de Cécile, restée, elle, en France, et la dissolution finale du trio (page 173) _, et le retour-installation définitif à Paris, en juillet 1980 pour deux d’entre ce trio éruptif _ qui loueront alors une chambre de bonne « près du métro aérien de Passy », page 177 (et page 218)…
    …
    …
    Cet été-là 1978, 
    après le mois de juillet passé par le trio dans la grande maison climatisée _ prêtée _ de Sendagaya, 
    le mois d’aôut, en suivant, fut passé par eux à Karuizawa (page 192) _ situé au nord-ouest de Tôkyô, en région montagneuse, Karuizawa se trouve dans la proximité immédiate des hauteurs de Kiyosato : que déduire de la chronologie des péripéties alors passablement chahutées du trio ? D’autant que René avait déjà commencé à louer, avant même le prêt pour un mois (celui de juillet) de la maison climatisée de Sendagaya, un second petit appartement, dans le quartier d’Ichigaya, non loin de son appartement de Kagurazaka… _ :
    …
    « Je savais l’atermoiement exclu_ poursuit l’auteur, page 193. Et en même temps, si déterminé que j’aie été, je me laissais porter _ jusqu’à l’ivresse existentielle _ par le flux. Je n’avais aucun sens des responsabilités _ certes _ et j’étais convaincu de ne pas me mentir à moi-même puisque je ne mentais pas aux autres. Erreur ».
    …
    Très vite, René avait en effet trouvé un second logement _ « J’ai déjà pris (dès juin) un second appartement : je vais de l’un à l’autre », page 78 _, à partager avec R., dans le proche quartier d’Ichigaya, pendant qu’il continuait de partager celui de la Villa Kagurazaka _ son logement officiel et le plus effectif à Tôkyô _ avec Cécile :
    …
    « Je ne sais plus jusqu’à quand j’ai gardé l’appartement d’Ichigaya où je fuyais Cécile _ voilà _ pour retrouver R. _ voilà, ici, c’est dit. Sans doute jusqu’à l’automne 1978 où Cécile _ n’en pouvant plus ! _ est repartie pour la France _ ce qui réglait au moins la question du double logement ; mais Cécile n’en appelle pas moins tous les soirs de France ; le lien entre elle et René n’est donc pas coupé. Et il ne le sera, par la violente lettre de rupture de Cécile, que dix-huit mois plus tard…
    …
    Pour louer cet appartement j’avais dû demander la caution d’un ami _ Kôtarô _ que j’avais mis au courant. (…) Il m’aida sans manifester le moindre trouble ni me poser aucune question », page 82.
    « Et, sans m’interroger, sans me demander aucune justification, rien en retour, il avait signé un engagement à payer toutes mes dettes si j’en avais, la propriétaire l’ayant exigé parce que je n’étais pas japonais.
    L’appartement était tout en bois, non loin de la rivière Kanda. (…) Toutes les pièces étaient à tatamis. Là aussi _ comme à la Villa Kagaramuza _, les voisins, de l’autre côté de la rue, jouaient au mah-jong », page 83.
    …
    …
    Un dernier élément, page 204, m’intrigue fortement,
    à propos des conditions _ qualitatives _ particulières du début _ à Tôkyô, au mois d’avril ou mai 1978 _ ainsi que de la fin _ à Paris, au retour de René de Spoleto, fin juillet 1994 _ de la relation sentimentale singulière de René et de R. :
    …
    « Quant à l’amour
    _ le mot est prononcé ; et c’est, me semble-t-il, l’unique fois du récit _,
    il était né _ au printemps 1978 _dans des conditions si douloureuses et tellement culpabilisées
    _ lesquelles donc ? à part la situation (évidente) de l’adultère du trio, elles ne sont à nul moment approchées-détaillées-décrites d’un peu près… _
    qu’il n’avait pu _ et ce tout petit mot, ici, est capital, comme impliquant quelque fatalité-destin irréfragable, ou quelque obsolescence quasiment programmée (?) ; voilà qui donne considérablement à penser, si peu que l’on consente à s’y pencher-méditer-réfléchir… _,
    malgré quinze années de vie partagée _ de mai 1978, à Tôkyô, à juillet 1994, à Paris, donc _,
    se déliter _ fin 1993 et le premier semestre de 1994, avec l’irruption (explosive) d’Hervé dans la vie de René _ qu’avec violence et absurdité ».
    …
    Et nous n’apprendrons pas davantage ici la raison de ces deux très fortes appréciations, non plus que le détail des circonstances impliquées par elles. Le récit en restant à ces allusives très brèves notations-affirmations.
    Que veut-il donc décidément par là protéger, en révélant le moins possible ?..
    …
    …
    Ne se trouveront, mais à propos seulement du début de cet amour, en 1978 (mais aussi 1979), que les expressions, intrigantes déjà pour n’être en rien, elles non plus, explicitées, page 134, de
    _ « scènes violentes dont j’étais l’acteur ou la victime (qui) étaient beaucoup plus spectaculaires _ tiens donc ! _ que ce que je pouvais lire dans les romans japonais ou français que je découvrais ou expliquais en cours » ! ;
    et de 
    _ « la vie hystérique et contradictoire _ qu’est-ce à dire ? _ que j’avais mise en place _ comment ? _, ayant chassé Cécile, l’ayant renvoyée en Europe _ en septembre 1978 _ en prétendant l’aimer encore, alors que mes priorités étaient déjà tout autres, et que je préparais _ comment ? _ ma vie commune avec R. » ;
    …
    et cela, nous est-il précisé, à propos « de sentiments _ lesquels donc ? _ par lesquels je passais _ voilà ! ce fut donc assez complexe… _ durant l’année qui se déroula de mai 1978 à juin 1979 » :
    soit jusqu’au terme de l’effectuation par René, à Tôkyo, de ses deux années de service national actif ; et son retour _ laissant R. , lui, à Tôkyô _ en juillet à Paris, où il retrouvera Cécile, pour encore sept (derniers) mois : en février 1980, René ira rejoindre R. _ ayant fait, lui, le voyage d’Europe _ en Angleterre, dans le Devon. Puis Cécile finira par lâcher enfin prise…
    …
    …
    Il s’agit donc ici de la palette probablement assez composite (et contrastée) des « sentiments » de René à l’égard de R. , tels qu’éprouvés au fil de ces quatorze mois de résidence _ partagée _, alors, à Tôkyô…
    …
    …
    Pour un peu plus de précisions sur les circonstances factuelles et le vécu repensé de la fin-délitement « avec violence et absurdité » (comment ?) de cet « amour » entre René et R., en 1993 et 94,
    il nous faudra tâcher d’aller rechercher quelques bribes de précision dans les récits-romans consacrés à l’histoire d’Hervé, dont, principalement, en son début lui aussi passablement éruptif _ qu’en déduire ? une compulsion de répétition ?.. _, Aimer.
    …
    …
    Sur l’art d’écrire _ assez magique et merveilleux ! _ de René de Ceccatty,
    …
    je remarque cette appréciation que le narrateur-auteur porte lui-même, tout à la fin de ses Années japonaises, page 244, sur l’art de l’écrivain Henri Thomas,
    dont il apprend, lui à peine arrivé à Tôkyô, le décès qui vient de survenir en France le 3 novembre 1993 :
    …
    Henri Thomas, 
    « un écrivain que j’admirais _ voilà _ pour la mystérieuse façon fragmentaire, capricieuse, arbitraire, masquée _ oui pour chacun de ces adjectifs _ dont il livrait quelques épisodes de sa vie d’un passé plus ou moins éloigné. (…) Ses livres témoignaient _ avec délicatesse et élégance _ de ses passions, des drames qui frôlaient la tragédie sans y sombrer. Il en présentait la pénombre, l’aspect irrésolu : cet inachèvement faisait partie d’une métaphysique de son écriture, qui me séduisait » _ René de Ceccatty est aussi un extraordinaire auteur d’articles de lecteur de livres (ici pour Le Monde) : quel double art et de l’analyse et de la synthèse ! quelle vertigineuse acuité-profondeur-amplitude de perspicacité-intelligence de ce qui est !
    …
    …
    Comment mieux caractériser que par ces mêmes mots employés pour l’art, ici, de Henri Thomas
    ce qu’on pourrait qualifier, à son tour, si ce n’est de « métaphysique de l’écriture » _ il n’y a pas d’ambition d’ordre métaphysique dans l’écriture présente de René de Ceccatty ; à la différence de ses tout premiers essais d’écriture en son adolescence… _, du moins de magie splendide de l’art poétique du récit de René de Ceccatty ?
    Et tout particulièrement en ce splendide Mes Années japonaises…
    …
    …
    Quant au fond traité  _ grave et essentiel pour la maturation humaine de la personne même de l’homme René de Ceccatty, en son compliqué parcours sentimental, au-delà de l’auteur de ses livres qu’il est aussi, même si les deux sont consubstantiellement liés ! _ par cet archi-lucide Mes Années japonaises,
    …
    je dirai que
    la conquête par René de la sérénité lui aura été, en effet, longue, compliquée _ à cahots répétés (mais pas chaotique !) : la compulsion répétitive d’impasses affectives n’ayant rien d’un chaos… _, et demeurée un peu longtemps fragile :
    il lui fallait probablement découvrir son vrai « paysage intérieur » personnel,
    ainsi qu’il le narre avec émerveillement aux pages 101 et 382 de son Enfance, dernier chapitre _ cf mon article du 12 décembre 2017 : … 
    …
    Au moins a-t-il su opérer-accomplir ici un lucide et splendidement sensible point-bilan _ peut-être enfin apaisant : c’est ce que nous lui souhaitons _ de ses étapes sentimentales japonaises _ en plusieurs strates : à Tôkyo (septembre 1977 – juin 1979), Torquay et Totnes (février-juin 1980), Paris et Brosses (juillet 1980 – juillet 1994) _ compliquées et mal réglées sur le vif, jadis _ parce que refoulées, non vraiment affrontées-assumées ; et qui continuaient de le travailler encore un peu, par intermittences, ne serait-ce qu’en quelques nocturnes cauchemars ; ainsi que, pour lui, écrivain, faute d’une écriture qui ait été alors à la hauteur des complications affectives à identifier-pénétrer afin de vraiment pouvoir les surmonter _ de son parcours sentimental de personne.
    …
    Et le récit qu’il nous en donne ici _ et maintenant, en un âge désormais quasi pleinement accompli ! _ est tout simplement magistral, en l’allègre et légère _ naturelle _ fluidité _ splendidement conquise _ de cette lumineuse _ dénuée de tristesse comme de pesanteur, et plus encore du moindre didactisme, est-il besoin de le dire ? _ écriture ;
    …
    celle-ci ayant désormais accédé à un vrai pouvoir, aussi _ pour lui-même _, de rémission thaumaturgique personnelle ; même si cela se situe, pour nous ses lecteurs, à la marge de notre lecture enthousiaste charmée.
    …
    À elle seule _ indépendamment, bien sûr, de tout le chemin d’écriture parcouru par l’auteur depuis ses tout premiers ouvrages de jeunesse _, par ses aperçus si justes sur le réel même _ mais oui, car c’est lui qui est ici rejoint _ du monde et des personnes,
    la force rayonnante de beauté vraie (et sobre _ et musicale _) de son livre, se suffit à elle-même pleinement.
    …
    …
    À suivre…
    …
    …
    Ce lundi 22 avril 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Cultiver (en son regard !) la lumière de la luciole et subvertir la carole magique : l’enchantement de l’écrire de Christophe Pradeau

    « Prendre la mesure du monde » _ si vaste et si profond ! _ à partir de l’ »appui » d’une enfance (granitique et forestière) en Limousin (du côté de Lubersac, pour les vacances, au moins) :

    tel est le défi _ superbe ! _ d’écriture

    auquel à choisi de s’affronter Christophe Pradeau en son opus magnifique (quel livre dense et riche et musical !) : La Grande Sauvagerie, aux Éditions Verdier _ et tout récent « Prix Lavinal » du « Printemps des lecteurs » de la librairie Mollat : la réception ensoleillée du Prix eut lieu au village de Bages, des mains de Jean-Michel Cazes, jeudi 3 juin dernier.

    …

    …

    C’est le roman de la naissance,

    compliquée, retardée par des obstacles _ encore trop douloureux pour être frontalement énoncés, expliqués, en son récit maintenant même par la narratrice, la soixante advenue, pour elle, à la page 39 : « à la veille de devenir une petite vieille : cheveux enneigés, poitrine racornie, fessier effondré, yeux vitreux injectés de sang, peau tavelée, varices, cors au pied, gestes tremblés, démarche chaque jour un peu plus mal assurée, lenteur, universelle lenteur comme une glu dans laquelle vous êtes prise« , soit sa plus formidable obsession (l’auteur, lui, Christophe Pradeau n’a, à ce jour, que trente-neuf ans !) _, mais finalement impuissants à l’étouffer,

    d’une curiosité,

    principalement intellectuelle (et affective, familiale, mémorielle surtout ;

    pas amoureuse ou sexuelle : la narratrice restant très elliptique quant à ses amours :

    …

    après une très rapide évocation, page 32, de la « suavité irréelle » _ voilà ! peut-être parce que bien rare en un pays bien rude… _ de « l’âge des premiers rendez-vous« ,

    …

    une allusion, page 83, à une liaison de trois mois, probablement en 1969, l’année de ses vingt-trois ans, un amour, qui la transporte d’Istanbul, où elle résidait alors, dans le quartier de Galata

    _ « Istanbul, où je vécus plusieurs mois, à Galata, dans le jardin d’hiver d’un appartement enchanté _ déjà ! _ d’où le regard s’envolait (une figure majeure de l’idiosyncrasie du personnage ! à la Claude Simon : Le Vent…), porté par les vents étésiens _ quelle chance ! _, fasciné par la violence des courants, la profondeur des ténèbres sous l’écume gris bleu du Bosphore _ en ses mortels vortex… _  charmé (toujours le regard ! plus même que la narratrice elle-même : une « contemplatrice« , en fait, se tenant à quelque distance, ici sur le bateau, devant lequel les « choses vues«  défilent, sans que le reste de son corps s’y mêle ! ; sa « mobilisation«  est celle du regard !) par la nonchalance des caïques, le défilé lent des yalis, leurs façades embrumées par les moucharabiehs, les femmes pensives sur les balcons de bois sombre, penchées,  un mazagran de café dans le creux de la main, au dessus du puits d’encre des eaux fonds (du Bosphore : vertigineusement magique !), debout sur les pontons nacrés de coquillages et de vase, silhouettes minuscules errant (verlainiennement) parmi les terrasses délabrées des parcs _ somptueux, en effet, là _, sous les frondaisons centenaires des pins, des platanes _ j’ai moi aussi constaté leur splendeur stambouliote ! _ , des arbres de Judée ; certains jours de la mi-août, quand la lumière se fait si intense, purifiée des ondoiements huileux de la canicule, que tout, et jusqu’à la ligne d’horizon, se rapproche brusquement _ et sans lunettes _ de vous (tiens ! tiens ! ô le vertige !), j’ai pu croire, Orithie consentante abandonnée au Vent du nord (avec la majuscule !), que rien n’arrêterait mon regard (toujours lui ! à l’avant, en estafette, du reste-du-corps fantassin, plus exposé encore aux blessures, lui ! que la pupille ou l’iris des yeux !) jusqu’au débouché du corridor _ en élévation, sinon lévitation ! _ où m’attendait le spectacle (toujours à regarder-contempler à un peu de distance !) de la brusque floraison d’un détroit en mer intérieure, dépliement des vagues en corolles de colchiques, diaprures, irisations allant se perdre dans les lointains, vers la Crimée (ô le beau nom féminin ! et ce qu’il charrie d’images les plus noires !..) et ses anciens comptoirs gênois, en direction de Caffa, ses rats noirs (les voici !) et ses cadavres buboniques (pestiférés, donc ! pardon du pléonasme !) enroulés comme des fœtus dans le giron des catapultes » ;

    voici alors la chute, et la révélation très elliptique d’un bref amour (de trois mois) : « Je quittai Galata sur un coup de tête pour me perdre de vue (voilà ce que c’est de cesser de privilégier son regard !) en Argentine, sur les hauts plateaux du Chubut, enlevée par des bras moins fermes (hélas pour la narratrice !) mais tout aussi inconstants (hélas encore !) que ceux de Borée _ le vent du Nord _, avant de retrouver, trois mois plus tard, mon nid d’alcyon sur (= au-dessus de ! une position recherchée, nous en aurons confirmation à d’autres reprises, dont l’appartement new-yorkais de la narratrice, donnant directement sur l’East-Side River…) les eaux du Bosphore, mais pour lui dire adieu presque aussitôt : il était plus que temps de regagner la France« … _,

    …

    une allusion à une liaison de trois mois, un amour (entre cette Orithie, elle, et un Borée, l’autre, donc) qui la transporte d’Istanbul

    rien moins qu’en Argentine,

    un peu au nord de la Patagonie, où se situent ces « hauts plateaux du Chubut«  (dont nous ne saurons pas davantage ! _ cf le « En Patagonie«  de Bruce Chatwin (et mon article « la traversée du siècle d’un honnête homme (et beau garçon) en quelques fécondes rencontres d’artistes-créateurs en des capitales cosmopolites : le parcours de Peter Adam de Berlin à La Garde-Freinet, via Paris, Rome, New-York et Londres » sur le livre de Peter Adam « Mémoires à contre vent » qui évoque sa furtivité et sa discrétion personnelles, au passage…) ; ou « Le Lièvre de Patagonie » de Claude Lanzmann (et mes sept articles de l’été 2009, à partir de « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I« …) ; ou les contes de ma cousine Silvina Ocampo, l’épouse de mon cousin Adolfo Bioy… _ ;

    …

    une autre allusion à cet épisode malencontreux de « haute solitude » argentine (« étrangère à un lieu, des habitudes, des coutumes« ), se trouve à la page 49 : « lors des quelques mois que je devais passer, une dizaine d’années plus tard (que l’épisode du Mas Fargeau, lors du recensement de 1965 _ les repères fluctuent, au gré des indices du récit de son passé par la narratrice…), dans un dénuement _ voilà ! _ que plus jamais je ne connaîtrais par la suite _ = rétrospectivement _, sur les hauts-plateaux du Chubut, compagne d’aventure fourvoyée dans une histoire _ d’amour ? ou simili… _ qui ne m’était de rien » : on appréciera la richesse du nuancier de ces expressions…

    …

    et une autre, enfin, non moins brève, page 85, quant à un autre amour (sans guère de suites, non plus : la narratrice demeurera célibataire et sans enfants _ du moins le semble-t-il…) :

    …

    « Je renouai, de fait, à New-Haven _ où se situe l’université de Yale : Christophe Pradeau y a lui-même séjourné ! en son cursus universitaire… _, dans l’une de ces universités alourdies de lierre où le présent semble moins éloigné qu’ailleurs des Pilgrim Fathers et des « colonies perdues », avec des études d’histoire de l’art _ la narratrice ne s’y attarde pas trop en son récit _ que j’avais maintes fois reprises et abandonnées au hasard de mes années d’errance (entre juillet 1967 et août 1970 : elles lui paraissent une « décennie«  !), avec la ferme intention de les couronner cette fois par la rédaction d’une thèse sur l’architecte américain Franck Lloyd Wright, dont je m’entichai (intellectuellement quasiment…) lors d’un séjour à Chicago,

    en m’attardant, tout à la joie inattendue, par nature toujours inattendue _ certes ! non recherchée ! à accueillir seulement ! il s’agit d’une grâce donnée à fonds perdus ; sans calcul d’aucune sorte ! _, d’aimer et d’être aimée (c’est dit ! page 85, donc : sans nulle autre considération !),

    au milieu des splendeurs automnales (d’« été indien« , ou « été des Indiens » ! page 99 : à contempler ! elles aussi…) d’Oak Park. Je vivais à New-Haven depuis deux ans déjà (nous sommes donc en 1972 alors…) et m’apprêtais à commencer un PhD

    quand je fis, dans les stacks de la Sterling Library, la découverte que j’ai dite« , un peu plus haut, aux pages 53 et 62 de cette narration par Thérèse Gandalonie d’une partie (la plus intellectuelle, ou seulement cérébrale : à propos de la « tribu«  des Lambert, issus de Jean-François Rameau, mort d’« expérimenter« , à son entier corps mal défendant, la « grande sauvagerie » du Grand Nord américain) de son histoire à elle, qui vient s’embrouiller, « inextricablement mêlée«  qu’elle est « à la leur« , selon une expression de la page 82, à celle des Lambert-Rameau :

    …

    quand je fis, dans les stacks de la Sterling Library, la découverte

    d’« un petit livre bleu nuit abandonné sur le plateau d’un chariot de reclassement« …

    …

    Je poursuis ici la lecture de ce « tournant » du roman, pages 53-54 :

    …

    « Je savais que quelque chose n’allait pas _ mon regard (toujours lui !) m’en avait tout de suite averti _ mais je n’arrivais pas à dire quoi. Était-ce que le nom de l’auteur

    …

    _ « Le petit livre bleu nuit portait la signature d’un historien (lucquois) dont l’œuvre n’avait cessé (nous sommes ici alors en 1972, à Yale ; et la notation, page 62, est à prendre on ne peut plus à la lettre !!!) de m’accompagner

    …

    (au point que dès qu’elle se mettra à « voyager« , à ses vingt-et-un ans, une fois « passée de l’autre côté, dans le camp des vies mobiles et des curiosités indiscrètes« _ les deux sont liés, à la page 36 _, elle « ne manquera pas » de se rendre, et très vite, à Lucques, « se recueillir«  devant la façade, seulement, de la demeure de ce chercheur très éminent (d’abord pour elle), en forme d’hommage quasi filial (au moins intellectuellement) très ému de sa part (comme si « sa lecture«  de « lui«  constituait l’acte, en forme de « passeport« , de sa véritable naissance (non biologique, cette fois : culturelle !) au monde ! ; « je me figurais, dit-elle, page 53, près d’être déglutie par la boue, par l’hostilité indistincte _ voilà _, sans rien _ jusque là _ à quoi me raccrocher _ c’est décisif _, et empoignant soudain et comme en désespoir de cause, une touffe de mes cheveux, et tirant, tirant de toutes mes forces, et me hissant, à force de tirer, comme si le pouvoir m’était donné _ grâce à lui, enfin ! _ d’être à la fois la sage-femme et le nouveau-né, la main experte et le corps glaireux«  ;

    …

    cf son récit de cela, aux pages 66-67 :

    « Lorsque, à vingt-et-un ans, j’entrepris à mon tour de voyager, ivre de curiosité _ voilà ! _, je ne manquerais pas d’aller me recueillir à Lucques, devant la façade gaufrée de bossages rustiques derrière laquelle le grand historien, qui m’avait éveillée à moi-même et au monde (voilà ! rien moins !!!), avait écrit le meilleur de son œuvre, à commencer par son grand livre sur le Déluge« … ; fin de l’incise lucquoise !)

    …

    Le petit livre bleu nuit portait la signature d’un historien dont l’œuvre n’avait cessé de m’accompagner, donc,

    depuis que j’avais eu la révélation, en le lisant, avec peine, dans une espèce de fièvre heureuse, au cours d’une semaine caniculaire de fin juillet _ je venais tout juste de fêter mes dix-sept ans (en 1963, donc, selon mes calculs de lecteur un peu curieux (et donc assez attentif : à déchiffrer les indices laissés…) : la narratrice sortait de Première et allait passer en Terminale au lycée ! je me souviens que, personnellement, ce fut la lecture du Bruit et la fureur de Faulkner qui me fit procéder à ce genre de « comptes«  en décryptant un roman : je devais être en Première quand je le découvris ; je venais de m’abreuver juste auparavant à Sanctuaire ; et je poursuivrais par Lumière d’août ! Que d’enchantements ! fin de mon incise faulknérienne…) _

    …

    j’avais eu la révélation, donc,

    que l’ennui léger (un défaut de la vision : une invasion de mouches optiques à un excès de luminosité, contracté face à la blancheur aveuglante des salines contemplées du haut des remparts d’Aigues-Mortes) obscurcissant ma vie depuis quelques mois, s’aggravant les dimanches après dîner (ou déjeuner de midi ?) en somnolence accablée, n’était qu’une brume passagère qu’il ne tenait qu’à moi de traverser (par la lecture !) pour entrer de plain-pied dans la vie (soit un élément tout simplement décisif dans l’économie du roman, et le parcours de vie, donc, aussi, les deux allant de pair, de la narratrice !). Assise en tailleur, adossée au figuier

    …

    (d’un jardin dont nous nous finirons par apprendre, tout à la fin, in extremis, la révélation, page 153, de l’importance en sa vie : quand d’une des deux lunettes de l’Observatoire (astronomique) qu’avait édifié, en contrepoint de la lanterne des morts, Octave Lambert, en son Domaine de « La Grande Sauvagerie« , sur la hauteur surplombant les toits d’ardoise et les jardins en terrasse du village de Saint-Léonard, la narratrice découvrit _ proustiennement ! cf la célèbre remarque de Proust sur les opérations de focalisation inverses des télescopes et microscopes !, en son sublime Temps retrouvé ! _, au bout de la-dite lunette, qui n’en bougeait plus (« J’essayais bien de faire pivoter la lunette sur son axe (…) mais l’objectif restait obstinément fixé sur le figuier« …) : « un banc plus qu’aux trois quart enseveli sous les branches chargées de fruits d’un figuier, celui-là même sous lequel _ c’est l’arbre de la connaissance d’Adam et Ève dans la Genèse ! _ je contractai, il y a cinquante ans, le goût de lire« …)

    …

    adossée au figuier,

    mon attention allait du livre (de l’historien de l’art italien), de Paolo Uccello à Nicolas Poussin, de l’immense hostilité verdâtre de leurs Déluges _ sublimes ! les deux _, au spectacle léger du vent _ salvateur : mobilisateur… _ autour de moi, dont j’observais la façon malicieuse _ oui ! _ qu’il avait de s’immiscer sous la nappe _ familiale ! _ dominicale » (au point que « un coup de vent plus fort que les autres arracha la nappe«  qui « en un instant avait franchi le mur du jardin » « pour s’échouer dans les branches des cerisiers du presbytère« …), peut-il se lire page 63…

    …

    « Je savais que quelque chose n’allait pas (quant à ce livre italien découvert par le plus grand des hasards à la bibliothèque Sterling de Yale) _ mon regard (toujours lui !) m’en avait tout de suite averti _ mais je n’arrivais pas à dire quoi.

    Était-ce que le nom de l’auteur (un grand historien d’art italien vivant à Lucques, donc) n’allait pas (mais en quoi donc ?) avec le titre ?

    Certes je savais qu’il _ le pronom (« il« ) est mis ici en italiques ! avec quelle intention ? de quoi est-ce l’indice qui nous est, discrètement, proposé à déchiffrer ainsi ?.. et par qui , l’auteur, Christophe Pradeau ? la narratrice, Thérèse Gandalonie ?.. _ n’avait pas écrit ce livre _ comment le savait-elle ? et pourquoi ne l’avait-il donc pas écrit, « lui« , « ce livre« -là ?.. mystères !!! Cela faisait partie de mon trouble, mais ne suffisait pas à l’expliquer

    …

    _ ce jour-là de 1972 (= « un soir de  blizzard que je m’étais attardée plus que de raison (celle des trop étroitement rationnelles horloges !), dans l’espoir d’une accalmie qui ne viendrait pas, dans l’emmêlement _ un délicieux labyrinthe ! où se perdre afin, peut-être, de parvenir à « se trouver » !.. _ de coursives, de passerelles suspendues, d’échelles et de monte-charges, d’une de ces bibliothèques de la Nouvelle-Angleterre (l’université de Yale, à New-Haven, se trouve dans le Connecticut) dont les portes restent ouvertes jour et nuit, où s’entretient sans discontinuer, tous les jours de l’année, jusque dans les heures les plus hostiles du petit matin, le feu vacillant (mais vaillant : ou la luminescence d’autres sortes de lucioles que celles acclimatées par Antoine Lambert, de Toscane, à La Grande Sauvagerie limousine : celle du regard s’éclairant et de mieux en mieux éclairé des lecteurs de livres !) des lectures buissonnantes (= tous azimuts), la veille patiente (activement : voilà !) de ceux qu’on appelle, dans la langue cornucopienne de la Renaissance, les Lychnobiens (ceux qui vivent à la lueur des lanternes _ coucou les revoilà, les « lanternes des morts » du tout début du roman ! _ ). ») ; fin de l’incise du rappel de l’année, 1972, et du lieu, « les stacks de la Sterling Library« , selon une expression de la page 85… _

    …

    Cela faisait partie de mon trouble mais ne suffisait pas à l’expliquer

    _ je reprends l’énoncé par la narratrice, page 53, du début de la découverte de son sésame (ou début de fil d’Ariane) ; car elle a l’intuition que la révélation viendra de sa lecture d’un livre :

    …

    « J’entretenais, sans trop me l’avouer _ dit-elle aussi, page 52, la narratrice a alors vingt-six ans _, la certitude parfaitement déraisonnable, transposition dans le monde des adultes de je ne sais quelle superstition enfantine _ cf déjà La souterraine, le premier opus romanesque fictionnel de Christophe Pradeau ! _, qu’un livre (j’avais écrit un « monde » !) m’attendait, caché parmi les centaines de milliers à jamais indéchiffrables ou indifférents, un livre écrit non certes à mon usage exclusif mais pour lequel il y avait dans ma vie une place réservée. (…) J’étais en quête d’un livre dont je ne savais rien, si ce n’est qu’il m’arracherait à ce retrait

    _ familial et limousin : ce terme de « retrait » est important, en sa timidité à combattre et surmonter ! Page 67, la narratrice dira aussi, en mettant la main, à la bibliothèque Sterling, de Yale, sur le petit livre à « la reliure bleu nuit » : « J’avais le sentiment grisant et un peu inconfortable d’être sur le seuil d’une pièce défendue » : interdite ! voilà ! _,

    …

    qu’il m’arracherait à ce retrait,

    ce quant-à-soi (figé : tel le sommeil, sous l’effet de quelque « carole« , telle celle dont fut victime la Belle au bois dormant des Contes de ma mère l’oye de Perrault : la narratrice évoque, en plus de ce conte, à la page 25 et de celui de La Barbe bleue, à la page 61, l’inspiratrice, Dorothea Viehmann, de ceux des frères Grimm, à la page 95, ainsi que celle, Arina Rodionovna, qui « enluminerait les nuits de Pouchkine enfant« , à la page 34 ; une « carole magique« , c’est quasi un pléonasme, telle celle qu’infligea la fée Viviane à Merlin, le privant ainsi, en ce « cercle«  immobilisateur, de sa propre puissance d’« enchantements«  : l’expression « carole magique«  se trouve page 85 :

    …

    « plus je progressais dans ma lecture (des deux articles se rapportant à Saint-Léonard dans « le petit livre à la reliure bleu ciel«  du magicien de Lucques), plus je sentais se refermer autour de moi la carole magique dont je croyais bien pourtant avoir pour toujours brisé le cercle _ voilà ! _ en fuyant au loin, à des milliers, des dizaines de milliers de kilomètres de Saint-Léonard. Je sus immédiatement que j’étais faite _ comme un rat ! _, condamnée à tourner en rond dans la ratière _ la voilà _ jusqu’à ce qu’on _ quelque prédateur supérieur ! _ se décide enfin à me briser l’échine« , pages 34-35 ;

    …

    à la façon dont Octave « épouillait La Grande Sauvagerie«  des lucioles que son frère Antoine y avait (de Toscane) « acclimatées«  (en Limousin) : « elles émettaient un bruit sec quand on les brisait sous l’ongle du pouce«  ; si bien qu’« au matin, lorsqu’Octave rentrait se coucher, il avait le bout des doigts vaguement lumineux« , page 150 ; « il restait longtemps, penché sur la cuvette de la salle d’eau, à regarder ses mains avant de les plonger, d’un geste brusque, d’une violence rentrée _ là aussi _, toute tournée en dedans _ voilà ! _, dans l’eau bouillante, encore frémissante, qu’Annette ou la mère de celle-ci avait versée dans la vasque de porcelaine blanche« , page 150 aussi) …

    …

    qu’il m’arracherait à ce retrait
    ce quant-à-soi dont je n’arrivais pas à trouver la sortie,

    à l’impossibilité où j’étais de dire nous _ nous tous, entre nous tous… _ sans rougir,

    tellement j’avais le sentiment depuis que mamie nous avait abandonnés _ la date de sa disparition n’est pas laissée à déduire d’indices (en 1957 ? quand Thérèse est envoyée à Aigues-Mortes « éloignée pour (la) déshabituer de mamie » ?.., page 16)  ; non plus que celle (trois ans auparavant) du décès de la sœur aînée de Thérèse, sa « sœur Anne«  « qui ne voyait rien venir du haut de sa tour abolie« … _de n’être plus autorisée à me réclamer d’une aventure _ familiale _ commune

    _ et la mère de Thérèse, surtout, s’acharnant à détruire, « avec une obstination sauvage _ voilà ! _ que je ne lui connaissais pas encore«  (tiens ! tiens !), page 18, en les brûlant, tous les papiers (ou « papillotes« ) que sa mère avait préservés et conservés,

    notamment des articles de journaux (datant de 1934) ; dont Thérèse ne parvient à sauver que des bribes...

    …

    Si bien que Thérèse :

    « Je me crus longtemps incapable de lui pardonner le regard sans compassion qu’elle avait posé sur la morte,

    la brutalité _ voilà ! _ avec laquelle elle avait entrepris de déraciner _ rien moins ! _ sa mémoire,

    affectant, entreprenant la souche à coups de masse _ mazette ! _, de faire comme si mamie n’avait jamais été parmi nous (…).

    Maman avait décrété une fois pour toutes et pour chacun que l’histoire de nos vies continuerait sans hoquet, sans hiatus,

    avec les mêmes mots qu’elle l’avait fait trois ans plus tôt à la mort de sa fille aînée,

    mais sa résolution avait, cette fois, une âpreté, une intransigeance _ voilà ! _ dans le ton qui coupaient _ bigre ! _ le souffle« , lit-on aux pages 21-22…
    …

    Se découvre ainsi peu à peu comme un secret de famille,

    dont la clé ne sera jamais explicitement, noir sur blanc, donnée par Thérèse Gandalonie,

    qui n’en propose (ou laisse transparaître) que des commencement d’indices,

    et surtout au dernier chapitre,

    quand nous découvrirons que »le jardin au figuier » luxurieusement abondant de la tante Marie-Lou _ comment est-elle apparentée aux Gandalonie ? par quels liens se trouve-t-elle la belle-sœur de la mère de Thérèse ?.. cela reste flou… _ était celui qu’arpenta les trois dernières années de sa mélancolie de vie, Antoine Lambert,

    après sa « rupture » de cohabitation irréversible avec son frère jumeau (mais « aîné« , tout de même !), Octave.

    …

    Ainsi lit-on, d’abord page 37, et au détour d’une phrase,

    cette remarque-ci de Thérèse à propos du « parcours » (ascensionnel : vers « les hauts« …) de sa famille,

    à l’occasion de sa participation, « l’été de ses dix-huit ans« , en juillet 1965, aux opérations de « recensement du canton« , vers « les bas » marécageux des fonds de l’Auvézère :

    …

    c’était une « occasion inespérée de voir s’incarner tous les lieux que je ne connaissais que par leur nom, déchiffrés sur les cartes d’État-major ou sur les panneaux de la signalisation routière, ou saisis au vol dans les conversations, le tohu-bohu de toponymes dont était fait pour moi le pays _ alentour _ de Saint-Léonard et que j’étais bien incapable de situer vraiment _ voilà ! _ les uns par rapport aux autres, je veux dire autrement que sur une carte, dans une réalité _ oui ! _ faite de broussailles et de pêcheries, de chemins de traverse dissimulés sous les fougères ou la bruyère, de tourbières _ en effet ! _ et de haies d’épines infranchissables,

    faute d’avoir été initiée à la réalité _ voilà : à parcourir à pied ! et par son corps, en ses muscles _ de la campagne

    autour du bourg où ma famille,

    qui avait réussi depuis peu à s’extirper _ voilà ! _ de l’existence boueuse des hameaux,

    vivait retranchée, depuis deux générations,

    accrochée de toutes ses forces aux hauteurs minérales _ surplombantes, elles _ conquises de haute lutte _ oui ! _,

    que nous ne quittions pour ainsi dire jamais,

    si ce n’est pour quelques brèves échappées, toujours les mêmes ;

    campagne dont je devais me contenter _ toujours ! indéfiniment ! _

    de scruter avidement _ mais oui ! _ le mystère _ en forme informe de troubles tourbillons (et torsades) _,

    des heures durant,

    du haut _ à distance, ainsi _ de la motte féodale où j’étais assignée à résidence« , aux pages 36-37, donc…

    …

    Puis, aux pages 57-58, ceci :

    « Un soir de printemps, alors que Marie-Lou, arrachée à la boue de son hameau _ voilà ! _ par la grâce d’un mariage morganatique _ avec quel mari, donc ? Pourrait-ce être Antoine Lambert ? _ venait tout juste de monter _ voilà ! _ à Saint-Léonard,

    de s’installer _ largement _ dans la grande maison sous les arcades,

    acquisition récente de sa belle-famille _ qu’est-ce donc à dire ? s’agit-il de la famille des Gandalonie ? ou bien de celle de la mère de Thérèse ? ou bien encore de celle des Lambert, en l’espèce d’un mariage avec un époux de quarante ans plus âgé qu’elle ? Et Antoine est né, lui, en 1871… _,

    dont elle ferait son royaume _ avec jardin luxuriant de palais _

    et où elle me donnerait si volontiers asile _ en situation de tempête ou de guerre (intestine) _ ,

    insoucieuse des reproches, des remarques perfides, de la jalousie rentrée _ elle aussi : pour quelles sombres raisons, donc ?.. _ de sa belle-sœur _ par quels liens précis de famille ? cela demeure imprécisé par Thérèse (et par Christophe Pradeau) _,

    bien décidée à ignorer, fut-ce contre vents et marées, l’interdiction qui lui serait faite de m’ouvrir sa porte,

    un jour que maman et moi nous nous étions affrontées plus sauvagement _ voilà ! _ que de coutume ;

    interdiction que Marie-Lou traita en riant de baroque,

    un mot que jamais je n’avais entendu dans sa bouche et que jamais plus je ne lui entendrais dire ;

    un soir donc, c’était dans les dernières semaines de la guerre… » etc.

    _ en 1944 : comment entendre donc le rapport entre l’expression d’« installation récente » à Saint-Léonard (du fait et de « la grâce d’un mariage pour ainsi dire morganatique« , et de « l’acquisition récente » par « sa belle-famille«  de « la grande maison sous les arcades« ) ?.. Thérèse nous laisse dans l’indétermination… Quid de la justesse des dates ? et de l’inconcordance flottante, ainsi, des temps?..

    …
    Enfin, il y a les confidences de la dernière des Lambert, Agathe (la fille d’Octave, rencontrée par Thérèse au tout dernier chapitre), soit lors de leur unique rencontre à Paris, en 1990 _ semble-t-il _, au domicile d’Agathe, « dans son appartement de la rue de Babylone« , page 126 ; soit en leur correspondance suivie et nourrie (« nous nous écrivions chaque mois de très longues lettres qui prolongeaient en tous sens _ voilà ! _ des récits dont nous savions par avance qu’ils resteraient inachevés, que nous échouerions à leur donner une fin« , page 151) : « plus d’une centaine » de lettres « que nous avons échangées la dizaine d’années que dura notre amitié épistolaire » : ces révélations, d’une écriture beaucoup plus linéaire que celle des chapitres qui les ont précédées, font l’essentiel du tout dernier chapitre « Un trou à la nuit« , en une expression poétique (empruntée au langage populaire, en 1822) dont la signification est magnifiquement plurivoque !

    …

    Un peu plus tard, encore, Thérèse « eut le sentiment de tomber au fond d’un puits« , page 152, quand, d’une des deux lunettes (la méridienne !) de l’observatoire astronomique d’Octave Lambert (mort en 1938 : « on découvrit son corps, déjà en voie de putréfaction, allongé sur le siège de cuir rouge qui commandait la lunette méridienne, dans le secret d’un observatoire où il n’avait plus laissé pénétrer personne depuis le scandale«  de la fuite de son fils « tout juste âgé de dix-sept ans« , « Léonard, le frère cadet d’Agathe, l’héritier du nom, l’espoir de la famille, brillant sujet qui secondait déjà son père à l’observatoire« , page 148, « avec la jeune femme qu’avait épousée Antoine deux ans plus tôt, au retour de sa dernière expédition dans la mangrove indonésienne« , toujours page 148, « le 9 mai 1929″…), ce qu’elle aperçut la transit d’effroi…

    …

    « Les deux frères n’avaient plus échangé un mot depuis plus de deux ans _ à dater de ce 9 mai 1929 ! _ quand Antoine, à la stupéfaction de tous, quitta La Grande Sauvagerie pour s’installer _ en 1931, ou 32 _ à Saint-Léonard« , apprend-on page 150.

    …

    « J’eus beau batailler avec Agathe, l’étourdir de questions et d’objections, il fallut bien à la fin que j’accepte, comme elle m’y invitait, de reconnaître dans la maison où Antoine s’installa, le royaume de Marie-Lou,

    la maison élue entre toutes

    qui incarnait pour moi l’esprit d’enfance, le plus cher, le mieux aimé, le plus secret de mes lieux de mémoire », page 150.

    …

    « Antoine y mourut, moins de trois ans plus tard _ en 1934, probablement… _, emporté par une embolie pulmonaire, à l’âge de soixante-cinq ans _ ce qui donne, maintenant, à la lecture, en 1936 : il était né en 1971… Il y vécut seul avec une jeune femme de quarante ans sa cadette _ Marie-Lou ? « extraite«  de son « hameau marécageux«  d’origine ?.. Née en 1911, elle aurait été la contemporaine d’Agathe, née en 1909… _, dont il ne prenait même pas la peine de dissimuler, au grand scandale des bien pensants, qu’elle ne se contentait pas de tenir son ménage, mais partageait aussi bien volontiers son lit« , page 150 toujours…

    …

    « Je sentais monter en moi une irrépressible envie de vomir, déclare alors Thérèse, page 154, à l’idée que j’avais hérité d’Antoine et d’Octave _ en leur inimitié _ cette lunette restée braquée après leur mort sur la maison qui fut pour moi celle des jours heureux, à l’idée qu’elle m’avait tenue enfermée _ en un regard virtuel, ou en quelque « carole« … _, vingt ans durant ; et je n’avais pas été sans obscurément le soupçonner _ même _, dans la prison d’un regard«  _ virtuel…

    …

    Cependant,

    « hier, en me promenant sur le boulingrin ensauvagé _ qui n’est pas sans m’évoquer celui (bien peigné) des promenades « enchantées«  de la marquise de Sévigné en son château des Rochers, en Bretagne… _, lentement reconquis par la broussaille,

    alors que je venais de saluer, comme je ne manque jamais de le faire chaque soir, en manière de rituel, ma vieille amie la centauresse,

    j’aperçus une toute petite lumière,

    tic-tac fébrile, intermittent,

    froissement furtif dédoublé, de farfadet ou de gobelin _ souvenir ou résurgence, je ne sais, des lucioles

    qu’Antoine avait su naturaliser (en Limousin) sur les hauteurs de La Grande Sauvagerie _ ;

    elle disparut presque aussitôt dans les sous-bois mystérieux, pour nous à jamais inconcevables, de la bruyère,

    si vite que je suis incertaine si je l’ai vraiment vue

    mais sa lumière demeurera en moi _ voilà ! _ :

    je ne désespère pas

    de la cultiver _ mieux encore ! c’est une activité ; ainsi qu’une méthode : un art ! _ dans mon regard _ d’où le titre de mon article pour rendre compte de ce si beau La Grande Sauvagerie _,

    de l’acclimater _ c’est aussi une affaire de pratique régulière ; et d’accommodation _ dans les profondeurs aériennes _ musicales ! _ du vitré« , page 154 _ et nonobstant la maladie des mouches…

    …

    …

    La Grande Sauvagerie est ainsi le roman de la naissance, compliquée, retardée par des obstacles (et des tabous), mais finalement impuissants à l’étouffer,

    d’une curiosité (mobile !)

    celle d’une femme, Thérèse Gandalonie, née au mois de juillet 1946 _ ce n’est pas explicitement précisé, mais on peut en cerner à peu près l’année (et Thérèse passe le bac en 1964… : à l’âge de dix-huit ans ; et l’été dans la foulée, elle participe, de son initiative, aux opérations de recensement du canton) _

    …

    …

    Le récit proposé par l’auteur est en effet celui d’une narratrice : « moi, Thérèse Gandalonie« , se lit-il dès le premier (long et dense : deux pages ; mais excellemment rythmé : ô combien musical ! ;

    …

    enfin un auteur (français) qui n’a pas le souffle court !!!

    tel le jubilatoire Mathias Énard, en son époustouflant Zone ! cf mes 2 articles sur celui-ci : « Emérger enfin du choix d’Achille !.. » et « Le miracle de la reconnaissance par les lecteurs du plus “grand” roman de l’année : “Zone”, de Mathias Enard« … ;

    mais très différemment de lui, aussi… ; deux vrais styles ; chacun en sa pleine « nécessité » !!!) ;

    …

    dès le premier paragraphe, soit à la page 12 :

    …

    « Aujourd’hui encore,

    à chaque fois que le sujet revient dans la conversation,

    il y a toujours quelqu’un pour proposer comme une hypothèse personnelle _ hum ! hum ! _

    l’idée, assez largement partagée pourtant,

    que l’horloge _ celle de « la Place _ la place municipale s’entend, mais on disait la Place«  alors… (il s’agit de l’horloge du « Vieux Logis,

    …

    …

    et son toit à la Mansart« , lira-t-on, encore, page 117,

    avec « son horloge, la girouette qui la surmonte« ) : page 11 _,

    …

    aujourd’hui encore _ donc : je reprends _,

    à chaque fois que le sujet revient dans la conversation,

    il y a toujours quelqu’un pour proposer comme une hypothèse personnelle _ quelle mode ! _

    l’idée, assez largement partagée pourtant, que l’horloge

    l’occulte _ le prétendu « occulté«  (par l’horloge) étant l’énigmatique « lanterne des morts« 

    …

    lanterne.jpg

    …

    par l’évocation de laquelle commence, page 11, immédiatement, le récit de Thérèse :

    …

    « Elle (= la « lanterne des morts« , donc) domine le village, lui-même haut perché«  ; et qui donne son titre, « La Lanterne des morts« , à la première partie (pages 11 à 73) du roman ; la seconde et dernière (pages 77 à 154) s’intitulant, elle, « L’Observatoire« … _ ;

    …

    Aujourd’hui encore, à chaque fois que le sujet revient dans la conversation, il y a toujours quelqu’un pour proposer comme une hypothèse personnelle l’idée, assez largement partagée pourtant, que l’horloge l’occulte,

    qui est encastrée _ cette « horloge » (toute moderne, en quelque sorte), donc _ dans les combles du Vieux-Logis,

    sonnant les quarts, les demies et carillonnant les heures,

    entretenant au plus profond des sommeils l’image _ toute de confiante modernité ! _ de roues dentées et de tempêtes de sable dans des ampoules de verre.

    …

    C’est ce que j’ai longtemps cru, comme tout le monde _ poursuit la narratrice (qui ne va pas tarder à se nommer, quatre lignes plus bas) _ ;

    ce que je répondais aux voyageurs _ on ne disait pas alors « touristes« , en ces années cinquante-soixante : il semble, à un peu calculer, que Thérèse ait vu le jour à Saint-Léonard au mois de juillet 1946… _ qui répugnaient à prendre la route sans l’avoir ne serait-ce qu’entraperçue.

    …
    C’est ce que je continuerais
    _ on remarquera la préférence donnée ici au conditionnel ! _ à prétendre des années après que j’aurais découvert _ à quelle date ? à quelle époque de son enfance-adolescence ? _,

    moi Thérèse Gandalonie,

    qu’il n’en était rien _ en matière d’« occultation » des « repères« … _ ;

    …

    et que, sur ce point comme sur tant d’autres _ voilà à quoi peut « servir » la littérature en façon de « formation » (non didactique !) de la « jugeotte » (plus large que la raison, trop étroite, elle, de la modernité de la « techno-science« , donc) de tout un chacun d’un peu plus « éveillé » ou d’un peu plus subtilement « curieux » (que pas mal d’autres)… _,

    il ne fallait pas accorder une confiance aveugle _ voilà l’œuvre de la crédulité ! _ aux rengaines _ et autres « clichés«  (ce mot est le dernier du chapitre 2, page 50) rapportés et compulsivement partagés _ qui faisaient le fonds des bavardages quotidiens.

    …

    Une fois rappelé, ce que les guides touristiques ne précisaient jamais ou presque, que l’accès en est interdit _ cette « lanterne des morts«  étant incluse dans les murs d’une propriété privée : le Domaine de « La Grande Sauvagerie« … _,

    et qu’il leur faudrait de toute façon se contenter

    …

    _ un mot assez important : la narratrice apprenant (un peu plus tard : page 36) à cesser de « se contenter«  ainsi :

    …

    « Mon enfance prit fin le jour où je compris _ surprise que j’ai longtemps (cependant encore) éprouvée en moi comme une trahison _ que j’étais passée de l’autre côté,

    dans le camp _ voilà ! _ des vies mobiles et des curiosités indiscrètes » :

    ce fut « l »été de (s)es dix-huit ans« , lors de sa contribution (volontaire) à l’opération de recensement du canton, en 1965 ;

    elle qualifiera aussi sa nouvelle « curiosité insatiable« , page 65, de rien moins que de « faim de loup«  qui lui « brûlait le ventre« … :

    …

    la révélation, au Mas Fargeau, pages 42 à 50 (et qui concerne le défi d’un « ça ne s’écrivait pas«  qu’oppose à sa question, à propos du prénom du « petit dernier« , quant à la parole en patois, le père de famille _ de « onze enfants, quatre garçons et sept filles« , page 44 _, à la page 46), est proprement bouleversante ; je n’en transcris ici que la conclusion :

    …

    « J’avais vu _ au cœur de la forêt toute voisine, résume-t-elle en conclusion de son « expédition« … _ un monde autre que le mien,

    et pourtant suffisamment proche _ c’était celui, pour moi désormais inhabitable, de mes aïeux, d’ancêtres dont je ne savais plus rien, pas même le nom _ pour que le choc de l’incompréhensible _ en l’énigme (brûlante) de sa si proche altérité même ! _ résonne indéfiniment _ voilà _ en moi :

    impossible de m’en détourner ou de le tenir à distance,

    de le circonscrire ou _ même _ de _ seulement _ l’émousser

    en le réduisant _ voilà encore ! _ aux dimensions oublieuses d’un cliché » :

    …

    quelle écriture ! quelle vision ! quelle pensée ! chapeau l’écrivain !.. ; il s’affronte au défi d’énoncer l’irréductible ; et il y réussit sublimement ! ;

    se découvrant une irréversible et irrémédiable ! curiosité : « de loup«  ! _

    …

    et qu’il leur faudrait de toute façon se contenter, donc,

    de la regarder à bonne distance,

    cette intrigante et fascinante « lanterne des morts«  sise en un domaine privé,

    …

    j’indiquais bien volontiers aux étrangers _ au village de Saint-Léonard _ comment s’y prendre pour la voir au plus près _ de ce qui leur était accessible, du moins ! _ : traverser le quartier de l’église et gagner les hauteurs du village (…). Nulle part ailleurs le village ne s’ouvre aussi largement vers le nord : il faut se contenter _ encore ! _ de coup d’œils furtifs _ au lieu de regards accédant à la précision de détails mieux parlant : tel le relief des (remarquables) sculptures (dont, tout spécialement, une « centauresse« ) des chapiteaux de la lanterne qui ne se laisse pas même deviner (à tout uniformément « figer dans un noir et blanc charbonneux« , page 14) sur les cartes postales ;

    …

    cf les remarques de la narratrice (bien des années plus tard, et dans une tout autre « position«  à l’égard du Domaine « interdit » (de visite) autrefois, aux pages 118-119 :

    …

    « je préférais de beaucoup rester ici _ voilà ! _ à observer la ronde des heures sur les toitures d’ardoises _ des maisons du village en contrebas (désormais) _ (…) adossée à la lanterne des morts et comme confondue en elle, la peau grêlée sous ma robe légère par le contact du granit, avec au-dessus de ma tête, veillant sur moi, la grâce insondable _ voilà aussi… _ de la centauresse, le sourire que je lui découvrais (maintenant), qu’aucune photographie n’avait su me montrer, parce qu’aussi bien sans doute il faut pour l’apercevoir prendre le temps (eh oui !) de tourner autour de la lanterne, d’épouser (baroquement en quelque sorte !) la torsion (voilà !) qui donne vie (soit l’œuvre de tout art vrai ! son chant ! sa danse ! son mouvement tournoyant nous introduisant, enfin, au réel !) à toutes ces figures sculptées, que l’on peut croire entassées à la va comme je te pousse dans l’étroitesse malcommode des chapiteaux, mais qui gagnent, à être ainsi recroquevillées, à se voir imposer les plus étranges postures, une force de propulsion (comme c’est parfaitement pensé ! et dit !) telle qu’il suffit de les effleurer _ mais avec comme une « mozartienne tendresse » (cf encore l’expression à la page 132, à propos de l’interprétation par Erich Kleiber des Noces de Figaro gravée au disque ! : « un feu qui crépite, suprêmement gai et secrètement mélancolique », « pour la plus libre et la plus aérienne, à la fois la plus méridienne et la plus nocturne des Folles journées...« ) _ ;

    …

    telle qu’il suffit de les effleurer du regard

    pour les retrouver l’instant d’après fichées à tout jamais (car tel est le pouvoir de l’Art vrai !) dans votre mémoire« … ; fin ici de l’incise consacrée aux pages 118-119… _,

    …

    il faut se contenter de coup d’œils furtifs _ je reprends l’élan de la phrase de la narratrice (et de Christophe Pradeau), page 12 _,

    coupés par un mur,

    gênés par un treillis de branchages« , page 12 _ j’y reviens donc : c’est le point de départ de l’« énigme«  qui ne sera résolue qu’à la fin du récit de La Grande Sauvagerie…

    …

    C’est que « s’il multiplie les points de vue sur la vallée, aménagés en promenades où il fait bon bavarder le soir sous les tilleuls,

    le village,

    avec ses façades uniformément tournées vers les séductions méridionales,

    affecte d’ignorer le relief _ mais pas que lui ! nous le découvrirons au fur et à mesure du récit de Thérèse Gandalonie… _ auquel il est adossé,

    l’amas d’éboulis, l’horizon fermé par la roche abrupte, les arbres sombres de la Grande Sauvagerie _ le Domaine incluant cette « lanterne des morts« , donc, dans l’enclos de sa propriété _, et, en position de léger surplomb _ favorisant la visibilité le plus loin possible dans le pays alentour du feu entretenu, à ce dessein de « repérage des égarés«  (par un gabiou à demeure, en sa cabane) à son sommet _, la lanterne (donc !)

    …

    http://mw2.google.com/mw-panoramio/photos/medium/15869791.jpg

    …

    signalée par les guides : une tour de granit un peu courtaude, rongée par la mousse, d’un appareillage fruste, sans grâce«  _ seulement ainsi aperçue, du moins, de (trop) loin, ou (trop) mal rendue par les photographies (pas assez soignées en leur focalisation, ni leur grain) des cartes postales.

    Le récit de la narratrice saura revenir judicieusement là-dessus, en détaillant bien plus justement (et avec cette  « tendresse«  même que nous venons de percevoir, à la page 118, puis à la page 132…) le relief « suave«  des sculptures des chapiteaux et particulièrement le mouvement (« sa grâce insondable » !..) de la « centauresse« …

    …

    A cette « idée assez largement partagée », selon l’expression de la page 12, en ce qui concerne l’ordre de priorité des « repères » _ lanterne des morts (archaïque) versus horloge (moderne) de la Place : sur une maison Renaissance… _ que se destinent les humains,

    répondra ceci, à la page 115,

    en conclusion, cette fois, de l’avant-dernier chapitre,

    et à propos de Jean-François Rameau _ un peintre d’ex-voto, surtout, « cousin à la mode de Bretagne du grand Rameau«  : Jean-Philippe, le musicien, auteur des plus beaux opéras de la tradition française ! _ s’étant affronté à l’énigme _ américaine : québécoise, au départ de Montréal et du Saint-Laurent _ de la « grande sauvagerie » _ sans majuscules, cette première fois ! _,

    au point de livrer

    (grâce à la « gibecière que l’on avait retrouvée près de lui et les quelques pages du Journal qu’elle contenait encore » _ surtout : remis plus tard à sa veuve, Marie Rameau, à Beaune, en Bourgogne, « par un nommé Paul Garenne, maître-teinturier de son état, qui avait bien connu le peintre d’ex-voto à Montréal« , page 133 _ quand ce dernier fut découvert et retrouvé, « le 7 mai 1763 » _ page 108 _ par « un groupe d’enfants jouant sur la berge d’un bras mort du Saint-Laurent » : en « un canoë qui dérivait doucement au fil de l’eau« … _ page 105)

    …

    au point de livrer _ à tricoter (et broder)… _

    cette expression, en forme de « légende » rassembleuse d’une « tribu » (plus qu’une famille !), à ce qui sera sa descendance, descendue de Bourgogne (Beaune) en Limousin (le Saint-Léonard du roman) ;

    …

    où elle traversa le village « un matin tempétueux de la fin octobre 1822« , « dédaignant d’y faire halte, pour s’installer quinze kilomètres plus loin, aux Mayéras, une grosse bâtisse abandonnée depuis plus de vingt ans, qui avait appartenu, avant la guillotine et les aristocrates à la lanterne, à une dynastie de maître de forges« , page 136 ;

    …

    « Deux jours plus tard, on observa une demi-douzaine d’hommes en habit qui allaient et venaient sur le rocher avec des gestes de géomètres. Les travaux commencèrent peu après par lesquels les Lambert prirent officiellement possession du rocher haut-perché sur l’Auvézère

    qui deviendrait, de leur seul fait, La Grande Sauvagerie« , toujours page 136 ;

    …

    « c’est Jérôme et Jeanne-Marie qui auraient baptisé les lieux, en souvenir de Jean-François, dont la mort glorieuse, ou à tout le moins tenue _ et plus encore proclamée _ pour telle, avait grandi _ voilà ! _ avec les années à la hauteur d’un mythe fondateur« , page 137…

    …

    « Et moi _ c’est Thérèse Gandalonie qui parle de son travail de déchiffrage (des carnets) et d’édition (du livre) à New-Haven-Yale : « Il m’avait fallu un peu plus de cinq ans pour venir à bout de l’édition du Journal« , de 1973 à 1978, page 121, pour ces Carnets de Jean-François Rameau _ qui le déchiffrais,

    mêlant sa mémoire à la mienne,

    comment aurais-je pu soupçonner que les carnets de cuir rouge de Jean-François

    me reconduiraient _ on lit bien : à la page 115, donc _, au prix d’un très long _ en temps (plus de « quarante ans d’errance« , l’expression se trouve à la page 32 : soit d’août 1970 à passé 2001, ou davantage…) comme en espace (de par le monde et à travers mers et océans : Thérèse travaillant et résidant alors en permanence aux États-Unis : à l’université de Yale, à New-Haven, dans le Connecticut, de 1970 à 1978 ; puis, ensuite, et continument, à New-York, pour « un poste d’enseignement« , page 121) _ détour ;

    …

    comment aurais-je pu soupçonner _ et nous, lecteurs, donc ! _

    que les carnets de cuir rouge de Jean-François me reconduiraient, au prix d’un très long détour,

    vers le Saint-Léonard de mon enfance,

    …

    qu’ils m’introduiraient sur les hauteurs si longtemps _ proustiennement, en quelque sorte, dans le mouvement même du Temps retrouvé : quand se rejoignent pour s’ajointer (et se fondre, voire confondre) « le côté de Guermantes«  et « le côté de chez Swann« … _ crues inaccessibles _ durant l’enfance de Thérèse, jusqu’à son départ de septembre 1964 (de Saint-Léonard et du Limousin) _ de la Grande Sauvagerie,

    au pied du monolithe noir _ l’immémoriale (archaïque) « lanterne des morts«  ! _ qui veille sur les maisons endormies,

    inquiétant et bienveillant tout à la fois,

    plus haut dressé dans le ciel,

    plus universel

    repère _ voilà ! c’est de cela qu’il s’agit au fondamental ! _

    et plus efficace

    que l’horloge de la Place municipale _ en sa (relative) modernité ;

    idem quant aux « lunettes«  de l’Observatoire astronomique d’Octave Lambert (1871-1938) ! _,

    que j’entends _ de la chambre aux glycines du Domaine : mais cela n’a pas été réellement dit, détaillé, explicité encore, ni vraiment déchiffré par nous (à de menus et rares indices), les lecteurs : cela fait partie de l’« énigme«  qui aimante (tout du long !) la curiosité, à son tour (après celle de Thérèse, la narratrice, en soixante ans de vie de « recherche«  en Histoire de l’Art : à Yale, puis à New-York), du lecteur de ce très riche et merveilleux roman qu’est La Grande Sauvagerie… _, au moment même où j’écris ces mots _ écrit donc Thérèse Gandalonie _, sonner la minuit ?« …

    …

    C’est que Thérèse avait « appris de bonne heure à reconnaître la signature même du réel » à de « foudroyants renversements de perspective« , écrit _ superbement ! (et proustiennement ; il faudrait citer aussi Giono, et sa Thérèse et son « contre«  des Ames fortes…) _ la narratrice, dès la page 34.

    …

    De même qu’un peu auparavant, pages 28-29, faisant le point sur ses premières interrogations quant au Domaine de « La Grande Sauvagerie« , vers 1960-1961 (Thérèse a quatorze-quinze ans au terme du récit du premier chapitre, celui intitulé « Cache-cache« ),

    et même si « je ne fus rien moins qu’éclairée, à vrai dire, par les anecdotes répétitives et les souvenirs confus dont on s’ingénia à nourrir _ très partiellement et très insuffisamment _ ma curiosité _ toute débutante, alors…

    …

    Les récits _ en effet qu’elle osa commencer encore timidement à solliciter _ s’entremêlaient et se se contredisaient ; les noms se superposaient en s’excluant mutuellement ; j’avais l’impression d’être enfermée _ là _ dans un labyrinthe _ oui : pas la géométrie (simplifiée !) du boulingrin du Domaine ! il me rappelle celui de Madame de Sévigné en son château de Bretagne ! celui où elle se promène certaines nuits « enchantées« , à la clarté de la lune… _ de données incompatibles qui ruinait _ pour lors, du moins… _ l’idée même de certitude _ désirée.

    …

    Alors, lorsque l’oppression se faisait trop forte _ de la part de sa mère, tout particulièrement ! jusqu’au « baroque«  ! comme la alla la qualifier un jour la tante Marie-Lou, à la page 58… _, je me glissais, le plus furtivement possible, jusqu’à mon poste de guet, d’où je voyais bien que rien ou presque ne concordait entre ce que j’avais sous les yeux et ce que l’on me racontait. Je n’en chérissais que davantage ma découverte. C’était une cachette superlative, creusée dans l’épaisseur même des choses _ voilà _, un secret dont je devais rester l’unique dépositaire. (…) Vous étiez _ nous confie-t-elle, en nous prenant à témoins ! _ ailleurs, retiré dans une forteresse inviolable, d’où vous ne sortiriez que par votre libre volonté, aux aguets _ voilà ! _ dans un bastion _ avancé _ qui commandait de troublants couloirs perspectifs _ voilà encore davantage ! nous progressons… _, tout un réseau _ à percer à jour ! _ de communications entre le passé et le présent _ encore indéchiffrées… Je restais immobile à regarder _ d’en-bas _ La Grande Sauvagerie, oublieuse de l’heure, les yeux écarquillés, comme s’il y avait quelque chose à déchiffrer que je ne distinguais pas _ = pas encore ! _, une histoire défaite _ quelle juste intuition ! déjà, pour une gamine de quatorze-quinze ans… _, oubliée de tous _ = refoulée, plutôt ; tue ! _, mais qui était là, pourtant, en suspension _ oui _, infusée dans le paysage«  _ entre « lanterne des morts«  et « observatoire«  : c’est superbe ; cela lance l’intrigue vers l’espoir de la résolution (par Thérèse ; puis par nous, à sa suite !) de quelque « énigme« , dès la fin du premier chapitre, « Cache-cache« , aux pages 28-29.

    …

    Tout un apprentissage ; et une résistance aussi !

    …

    C’est ainsi que de la fresque du Déluge de Paolo Uccello, au Chiostro Verde, de Florence (telle qu’elle est commentée par le « reclus de Lucques«  (l’expression se trouve page 84), en son livre découvert par Thérèse « au cours d’une semaine caniculaire de la fin juillet _ je venais tout juste de fêter mes dix-sept ans » (ce qui donne, si mes calculs sont justes, 1963),

    Thérèse tire un enseignement de « résistance« , page 66 :

    …

    « Malgré toute la détresse représentée, je trouvais, surmontant la sensation première de vertige, un réconfort inattendu dans le sentiment que nous avions le devoir de lutter, de ne pas céder sans combattre (voilà !) mais de nous hisser, ne serait-ce qu’un instant, sur la scène (c’en est une ! et elle nécessite de s’y exposer !), faite de mémoire et d’oubli (en l’acte même de l’œuvrer de l’artiste ! si on le prend en son sens métaphorique, cette fois), ballottée par le temps, que l’Uccello nous donne à voir, avec une franchise et une grandeur fortifiante, comme notre lieu propre (voilà !) : l’arène tempétueuse de l’aventure humaine«  : rien moins !

    soit une vocation !.. et bien plus que vitale !

    …

    Et c’est ainsi que « sur le tard, page 62,

    de la lanterne des morts était née petit à petit une autre histoire, secrète celle-là, plus troublante, que personne jamais ne me raconterait, qu’il me faudrait (voilà !) inventer _ c’est-à-dire découvrir en une enquête, méthodique et opiniâtre, de la « curiosité«  ! avec la grâce d’un minimum de chance, aussi ! énonce Thérèse _, en recueillant (patiemment et même follement) indice sur indice _ à la Carlo Ginzburg… _, en recoupant les sources, en ajointant les fragments, en les emboîtant tant bien que mal ;

    tessons brisés de la réunion desquels

    résulterait la solution d’une énigme

    dont j’ai eu les premiers soupçons en avril 1956

    _ ou plutôt 1954 ?.. le « 16 avril 1954«  : cf aux pages 15 et 16 ce que révélaient « de simples coupures de journaux«  qu’avait mises de côté la grand-mère de Thérèse : « ce matin du 16 avril 1954, la lanterne triompha et pour toujours des réserves d’indifférence feinte qui m’avaient si longtemps protégée d’elle. Je ne devais plus dès lors cesser de la sentir en moi, présence étrangère, un peu douloureuse, mais si durablement mêlée à ma vie qu’aucune force ne saurait aujourd’hui l’exciser sans faire voler en éclats ce que je suis devenue. Elle est incrustée dans mon regard« … _

    en lisant, donc, de vieilles coupures de journaux _ préservées et conservées, pour elle, par sa grand-mère _, mais qu’il m’aura fallu près d’un demi-siècle avant d’être capable de la résoudre ;

    et de me décider à mettre en récit le drame secret qui s’enroulait en elle

    comme le serpent dans le couffin d’osier« , page 62…

    …

    Avec Christophe Pradeau,

    en ce magnifique de richesse et densité (et musicalité : nous percevons le souffle de Thérèse, jusqu’en ses non-dits) La Grande Sauvagerie,

    un écrivain de première grandeur, et avec quelle maîtrise, est d’ores et déjà ici, à chanter !

    …

    Titus Curiosus, ce 16 juin 2010