Étiquette : indispensable

  • Découvrir le sublime Klenke Quartett dans un époustouflant parfait CD « Ravel – Schulhoff – Erkin », en un programme magnifiquement composé et une lumineuse prise de son superlative…

    Découvrir le sublime Klenke Quartett dans un époustouflant parfait CD  Accentus music  ACC 30607 « Ravel – Schulhoff – Erkin«  _ enregistré au Studio Residence Paliesius, en Lithuanie, au mois de février 2023 _ :

    …

    quel choc musical !

    _ je n’en ai hélas pas pu dénicher de podcast ni de vidéo disponible sur la toile pour vous le faire partager ;

    si, l’ami Bernard Séve, auquel j’avais adressé à 9h 31 ce dimanche 1er septembre cet article, vient de me communiquer par retour presque immédiat de courriel, à 10h 00, le très précieux podcast de ce magistral CD, que lui a su trouver… Grand merci !

    …

    Quelle extraordinaire lumière !..

    _ restituée grâce à une prise de son d’une clarté somptueuse !

    …

    …

    C’est ce matin que j’ai eu à ma disposition ce CD magnifique chez mon disquaire préféréré, auquel j’avais pris soin d’expressément le commander, suite à ma lecture gourmande de l’article « Deux mondes »  du toujours très avisé Jean Charles Hoffelé sur son blog Discophilia en date du 15 juillet dernier _ ne serait-ce que pour le sublime Quatuor de Ravel !!! Et en quelle interprétation ici ! Ainsi que quelle stupéfiante superlative prise de son, il faut le souligner…

    …

    …

    DEUX MONDES

    La clarté féline _ oui _, où se diffractent les lumières de l’harmonie, quel saisissement _ absolu !!! _ dès la première page du Quatuor de Ravel selon les Klenke. Leur longue fréquentation de Mozart _ regardez et écoutez donc ici leur prestation mozartienne en cette brève vidéo (de 4′ 24) que j’ai pu dénichée sur le Net… _ a épuré leur jeu, précisé leurs polyphonies, élevé leurs chants. Fabuleux simplement _ oui, oui, oui _, et plaçant l’opus de Ravel dans le grand concert de la nouvelle musique du début du XXe siècle _ c’est tout à fait cela, en effet, et pour le plus grand bien de notre écoute excellemment renouvelée et tellement admirative de ce chef d’oeuvre de Ravel .. Les quatre amies _ Annegret Klenke, Beate Hartmann, Yvonne Uhlemann et Ruth Kaltenhaüser, il faut évidemment citer leus noms _ ne sacrifient pourtant pas la tendresse du « Très doux » de l’Allegro, ni la vigueur de l’Assez vif. Mais cette précision parfaite _ voilà, voilà ! _ fait entendre les audaces _ sidérantes _ de l’harmonie plus qu’aucune autre version depuis celle des Italiano _ mais oui, et c’est formidablement étonnant.

    …

    …

    Tout bascule dans le Très lent, vrai « Schattenhaft », sorte de petite Nuit transfigurée où se dit un conte hanté. Magie noire des quatre archets murmurant, du Dutilleux déjà ? Mais non, après le raptus façon Scarbo du Final, j’aurai voulu m’immerger dans le Deuxième Quatuor de Schönberg, sa suite logique si l’on en croit le regard des Klenke.

    …

    …

    Elles lui auront préféré les 5 Pièces _, superbissimes ! composées en 1923 : quel chef d’œuvre ! _ de Schulhoff _ Erwin Schulhoff :Prague, 8 juin 1894 – camp de Wülzburg, 18 août 1942… _, formidablement enlevées _ voilà ! _, et le Quatuor d’Erkin _ Ulvi Cemal Erkin : Constantinople, 14 mars 1906 – Ankara, 15 septembre 1972 ; un très important compositeur turc, qui a étudié à Paris entre 1925 et 1930, notamment auprès de Nadia Boulanger ; son très marquant « Quatuor« , composé en 1935-36, fut créé le 22 avril 1938… _,strict, même dans ses usages distanciés des musiques populaires, pièce maîtresse de son catalogue des années trente dont elles n’édulcorent pas les âpres beautés _ voilà, voilà. Pourtant Schönberg aurait parfaitement répondu et prolongé leur génial _ et c’est parfaitement juste ! _ Ravel

    _ peut-être, mais, quant à moi, je me réjouis pleinement de ré-écouter, aussi superbement interprétées ici par les Klenke, ces percutantes puissantes « Fünf Stücke für Streichquartett » de Schulhoff, de 1923 ; ainsi que de découvrir ce très beau « Quatuor«  d’Erkin, en un programme si magnifiquement composé par ces merveilleuses musiciennes, dont je découvre enfin par ce CD l’existence…

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Maurice Ravel (1875-1937)

    …
    Quatuor à cordes en fa majeur, M. 35

    …

    …
    Erwin Schulhoff (1894-1942)

    …
    5 Pièces pour quatuor à cordes, WV 68

    …

    …
    Ulvi Cemal Erkin (1906-1972)

    …
    Quatuor à cordes

    …

    …

    Klenke Quartett

    …

    …

    Un album du label Accentus ACC30607
    …

    …

    Photo à la une : les membres du Quatuor Klenke – Photo : © Uwe Arens

    …

    …

    Bref, uu CD absolument indispensable !

    Et pas seulement pour ce « Quatuor » de Ravel à l’écoute génialement renouvelée ici…

    …

    Et par un Klenke Quartett dont il faut de toute urgence découvrir et parcourir l’entière discographie…

    …

    Et avec _ je le répète _ une superlative lumineuse prise de son de cet excellent label Accentus music !

    …

    …

    Ce samedi 31 août 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le magistral « Les Matériaux de l’art » de Bernard Sève (aux Editions du Seuil) : un indispensable amer pour naviguer et s’orienter au mieux désormais en philosophie de l’art…

    En réponse à l’envoi, vendredi 16 février dernier, de Bernard Sève

    d’une excellente très judicieuse recension, dans la revue Art Press, par Jérôme Duwa, sous le titre de « Comparer les arts« , de son magistral « Les Matériaux de l’art« , paru le 16 octobre dernier aux Éditions du Seuil,

    …

    voici le courriel matinal de ma réponse à ce que j’avais qualifié en un précédent courriel à Bernard Sève, en date du 30 octobre dernier, de « désormais indispensable amer de la philosophie de l’art « ,

    afin de se repérer idéalement en ce champ infiniment riche, toujours ouvert, et un peu complexe, de l’Esthétique philosophique :

    …

    En effet, cher Bernard,

     
    la recension que réalise pour Art Press Jérôme Duwa sait excellemment dégager l’essentiel de ton très riche travail,
    et en l’insérant brillamment, et fort utilement pour le lecteur, dans le cadre des philosophies classiques de l’art (Hegel pour commencer…).
     
    Et ce n’est pas là une mince réussite, étant donné l’extraordinaire précision du détail extrêmement ample et varié, très original, des justissimes analyses que tu as su mener ;
    même si tes propres synthèses de fin de chapitre sont déjà, chaque fois, précieusement lumineuses pour le lecteur, l’aidant en son orientation dans la très grande diversité des champs (et œuvres particulières, à l’occasion) très minutieusement explorés…
     
    Avec la très claire mise en évidence de ton concept effectivement crucial de « degrès d’artisticité » …
     
    Le paradoxe de l’art, de tout art, venant de sa très audacieuse (voire quasi diabolique) « création », mais qui n’est, bien sûr, jamais complètement « ex nihilo »,
    car toujours à partir de quelque chose de déjà là, un « matériau », oui, de départ, de base si l’on veut, et assez souvent immatériel, qui donne à l’ « artiste » l’impulsion « inspiratrice – respiratrice » presque folle (à couper le souffle et lui donner d’autres rythmes que ceux qu’il avait pris jusqu’alors), de le travailler, ce « matériau » -là, le re-travailler, le reprendre, le battre et rebattre, le combattre, au moins le défier, aller plus loin et au-delà de lui, plus ou moins contre, ou plus ou moins amoureusement, ou en dialogue, avec lui, aussi…
    Et cela toujours en un contexte, hic et nunc, mais aussi en même temps au-delà, plus loin, ou à côté de lui, sur ses marges, et selon diverses intentions plus ou moins (et plutôt moins que plus : un art n’étant jamais réductible à une simple technique purement fonctionnelle et calculée-programmée) clairement maîtrisées ni en leur départ, ni en leur arrivée, ni en leur processus : c’est toujours une aventure quelque part, et à divers degrés risquée pour qui ose s’y lancer et s’y aventurer, à son corps défendant presque toujours, et donc avec courage …
     
    Oui, le travail d’exploration des démarches essentielles et fondamentales, cruciales, de l’art que tu as réalisé là, est proprement magistral tant en son ampleur qu’en sa parfaite justesse…
     
    Donc bravo à cette lucide et très claire recension de Jérôme Duwa, qui sait en effet aller à l’essentiel, et situe ce superbe travail en son contexte et surtout en sa très féconde portée philosophiques…
     
    Un travail à urgemment et très largement faire connaître !
     
    Francis 
     
    P. s. :
    je compte proposer ton livre lors de la réunion à venir du bureau de notre Société de Philosophie de Bordeaux
    pour le programme des 4 conférences (retransmises en vidéo) à choisir, de notre prochaine saison 2024 – 2025, à la Station Ausone de la Librairie Mollat…
     
    Cf ici la vidéo de mon entretien du 22 novembre 2022 avec Pascal Chabot  à partir de  son « Avoir le temps _ essai de chronosophie » (aux PUF)
    et la vidéo de mon entretien du 9 janvier 2024 avec François Noudelmann à partir de  son « Les Enfants de Cadillac » (en Folio) ;
    et chaque fois avec un aperçu panoramique sur l’ensemble de leur œuvre philosophique…
    Et aussi la vidéo de mon entretien du 25 mars 2022 avec Karol Beffa à propos de son « L’Autre XXe siècle musical » (chez Buchet-Chastel).

    …

    …

    Les matériaux de l’art

    …

    On compare souvent les arts du point de vue de leur forme, Bernard Sève fait le pari inverse : il les compare du point de vue des matériaux qu’ils mettent en œuvre. Rien n’est plus concret que les matériaux, rien n’est plus invisible _ c’est-à-dire invisibilisé par l’œuvre nouvelle. On voit le tableau sans penser aux pigments. Ces matériaux sont matériels (argile, bronze) ou immatériels (thème musical, scénario dramatique) ; tous commandent _ voilà : souterrainement _ une séquence conceptuelle rigoureuse : outils et techniques, pratiques corporelles, coopérations et collaborations, fragilités et restaurations, usages seconds.

    …

    Prenant en compte une centaine d’arts différents, le livre propose des rapprochements étonnants. Il ne se contente pas d’élargir considérablement les manières de comparer les arts, il propose une conceptualité neuve _ voilà. Ecartant la question classique « comment distinguer l’art du non-art ? », il développe la notion d’artisticité _ cruciale, fondamentale ; et comportant divers degrés… Ce concept beaucoup plus fécond repose sur l’idée qu’il n’y a pas de césure, mais une continuité entre art et non-art. L’art se décline par degrés _ voilà.

    …

    La conception que nous nous faisons couramment des arts et de la logique de leur développement historique en est profondément modifiée. Le foisonnement des pratiques artistiques n’est pas un problème, mais une condition _ même _ d’intelligibilité _ par le foisonnement fécond er proprement créatif, par hybridations, des imageances, pour reprendre ce concept que m’a inspiré l’amie Marie-José Mondzain … Comprendre cette diversité permet de s’approcher au plus près de ce qu’il peut y avoir d’artistique dans tout geste technique.

    …

    …

    Un livre indispensable !!!

    …

    …

    Ce lundi 19 février 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Jouir en toute plénitude de « Tutti i Madrigali » (de 1587 à 1638) de Claudio Monteverdi dans le magnifique coffret de 11 CDs Naïve OP 7547 du Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini, enregistrés de mai 1993 à janvier 2021…

    Le Coffret de 11 CDs Naïve OP 7547 « Tutti i Madrigali » de Claudio Monteverdi par le Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini, paru le 3 novembre dernier,

    est un incontestable monument musical.

    …

    …

    Claudio Monteverdi (Crémone, 15 janvier 1567 – Venise, 29 novembre 1643) a publié 8 livres de Madrigaux (en 1587, 1590, 1592, 1603, 1605, 1614, 1619 et 1638) ;

    auxquels s’ajoute un neuvième, posthume, publié en 1651 _ sur une période de  51 ans, et même 64 ans en tenant compte du livre posthume.

    …

    …

    Or, les enregistrements de ces 9 Livres de Madrigaux de Claudio Monteverdi par le Concerto Italiano sous la direction de Rinaldo Alessandrini, s’étalent sur une période de 28 ans, allant de mai 1993 à janvier 2021 :

    …

     

    _ d’une part, de mai 1993 à décembre 2005 pour les Livres 4, 2, 5, 8 et 6 ;

    _ et, d’autre part, de mai-juin 2019 à janvier 2021, pour les Livres 3, 7, 9 et 1 ;

    …

    _ avec, il faut le souligner, un enregistrement charnière, en avril 2016, à Caserte, pour 3 pièces capitales du Livre 8 (un Livre déjà enregistré en février 1997, janvier 1998 et décembre 2005) :

    …

    le « Combattimento di Tancredo i Clorinda » _ écouter ici le podcast d’une durée de 22′ 10 _,

    le « Lamento della Ninfa » _ regarder ici la vidéo d’une durée de 4′ 45 _,

    et le Madrigal « Hor che’l ciel e la terra«  écouter ici le podcast d’une durée de 10′ 27…

    …
    …

    Voici l’article que Jean-Charles Hoffelé vient de consacrer à ce magistral coffret Naïve, sous le titre explicite de « Tutti i Madrigali« , sur son site Discophilia, avant-hier 15 décembre 2023 : 

    …

    …

    TUTTI I MADRIGALI

    Contrairement à La Venexiana qui aura prestement bouclé _ entre janvier 1998 et juillet 2006 _ son intégrale quasi expressionniste _ le coffret de 11 CDs Glossa GCD 920929 : à ré-écouter, bien sûr ! _, Rinaldo Alessandrini et son Concerto Italiano auront frôlé les trois décennies _ entre mai 1993 et janvier 2021 _ pour assembler tous les Livres et les réunir dans cette boîte essentielle _ oui _, naïve reprenant les Livres parus chez Opus 111, chez Arcana _ et pieusement thésaurisés… _, le chef ayant parfois substitué des versions plus récentes pour certains madrigaux tirés des albums que j’ai chroniqués ici même et qui proposaient autant d’itinéraires libres dans un univers dont chaque affect, chaque mélisme, les mots, les souffles, les couleurs, prouvent une adéquation idéale _ voilà.

    …

    …

    Depuis, Les Arts Florissants, surtout Philippe Herreweghe et son Collegium Vocale, ont apporté d’autres éclairages, mais sont encore loin d’avoir bouclé le cycle _ mais pour moi, et tant importent ici et la culture et la langue, seuls des Italiens se révèlent idoines !

    …

    …

    Pourtant, ils ne diminueront probablement pas le sentiment d’évidence _ oui _ qui se dégage de ces onze galettes, cette conscience si prégnante de l’harmonie, l’équilibre _ voilà _ entre le souci esthétique et la puissance des textes qui culmine dans un Combattimento historique _ oui _, tout entier porté par le Testo de Raffaele Giordani, la pure beauté des voix et la violence des sentiments, la suavité et la stupeur, un univers que Monteverdi aura porté à son acmé, renouvelant le genre, l’immergeant dans un théâtre des passions tout entier enclos ici. Définitif.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    Claudio Monteverdi
    (1567-1643)

    …
    Il primo libro de madrigali a cinque voci, SV 23–39
    Madrigali e canzonette a due, e tre, voci … libro nono,
    SV 168–178

    Il secondo libro de madrigali a cinque voci, SV 40–59
    Il terzo libro de madrigali a cinque voci, SV 60–74
    Il quarto libro de madrigali, SV 75–93
    Il quinto libro de madrigali, SV 94–106
    Il sesto libro de madrigali a cinque voci, SV 107-116
    Concerto: settimo libro de madrigali, SV 117–145
    Madrigali guerrieri, et amorosi, … libro ottavo, SV 146–167

    …

    Concerto Italiano
    Rinaldo Alessandrini, direction

    Un coffret de 11 CD du label naïve OP 7547
    …

    Photo à la une : Rinaldo Alessandrini – Photo : © DR

    …

    …

    Voici aussi,

    sur le site de Classiquenews,

    un entretien avec Rinaldo Alessandrini d’Alban Deags, en date du 4 décembre dernier, à propos de ce même coffret Naïve :

    …

    …

    ENTRETIEN avec Rinaldo ALESSANDRINI à propos de son intégrale des Madrigali de Claudio Monteverdi que fait paraître l’éditeur Naïve sous la forme d’un coffret événement, incontournable pour Noël 2023.

    …

    Que représente cette intégrale réalisée pendant 30 ans ? Comment le Concerto Italiano a abordé la langue montéverdienne en un geste interprétatif décisif ? Et dans quelle stratégie instrumentale et linguistique ? En quoi les madrigaux de Monteverdi sont-ils essentiels pour l’élaboration de l’écriture baroque ? En quoi ont-ils favorisé l’émergence de l’opéra ? Quelle expérience en a tiré lui-même Rinaldo Alessandrini ?… 

     

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : Comment expliquez de votre point de vue la réussite et l’accueil positif de votre intégrale des madrigaux ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Je ne pense pas être en mesure d’expliquer les raisons d’un accueil aussi positif. Généralement nous essayons de travailler pour obtenir le meilleur résultat possible, en espérant que cela plaise au plus grand nombre. En ce sens, les critiques négatives peuvent parfois être incompréhensibles, même s’il faut tenir compte des goûts individuels et donc de la possibilité que quelqu’un n’aime pas notre travail. Mais il ne fait aucun doute que l’accueil positif réservé à notre travail nous plaît et nous dit que le travail a été bien fait.

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : Parmi les madrigaux sans instruments, lesquels vous semblent les plus marquants et représentatifs ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Il est très difficile d’identifier « le meilleur de » dans plus de deux cents madrigaux, surtout ceux sans instruments. Il faut également tenir compte du fait que le style monteverdien s’est transformé à plusieurs reprises _ oui ; et la notice du coffret rédigée par Rinaldo Alessandrini le détaille superbement… _ au cours de sa vie. Tous les madrigaux ne s’expriment pas de la même manière, utilisant des stratégies expressives et linguistiques très différentes. Il y en a de très connus, mais parmi les moins connus, il y en a (beaucoup) d’une beauté absolue.

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : Parmi les derniers plus dramatiques avec instruments, quels sont ceux qui vous ont marqué le plus ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Peut-être « Hor che’l ciel e la terra » et « Vago augelletto » dans le huitième livre.

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : A travers les 8 Livres quelle évolution l’écriture de Monteverdi suit-elle ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Le langage de Monteverdi n’évolue pas (comme cela arrive toujours en musique), mais change en fonction des modes poétiques _ telle est donc la clé (poétique !) de ces changements. En ce sens, la relation entre poésie et musique ne sera jamais suffisamment considérée : l’importance et la présence de la poésie au XVIIe siècle sont quelque chose que nous ne connaissons pas aujourd’hui. Le style de Monteverdi est né de la réflexion d’un besoin de changement linguistique, qui conduirait le madrigal à devenir un véhicule d’émotions et de sentiments humains. La proximité de certains compositeurs, Luzzasco Luzzaschi _ ferrarais _ prémierement, et d’autres pour lesquels Monteverdi avait une grande estime, l’amène à réfléchir à une nouvelle manière de composer. L’influence de certains poètes (Tasso, Guarini, Marino, pour ne citer que les plus connus) ont créé les conditions pour la création de nouvelles stratégies musicales. Il faut également considérer que Monteverdi fut le seul compositeur à fixer des objectifs stylistiques à la fois dans le madrigal et dans l’opéra : aucun compositeur de madrigaux (au moins jusqu’au milieu du XVIIe siècle) n’a jamais composé d’opéras.

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : Sur le plan interprétatif, à quels défis avez-vous été confronté pour la réalisation du cycle entier ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Le cycle s’est achevé en 30 ans environ _ 28 ans : de mai 1993 à janvier 2021. Il est donc facile d’imaginer à quel point notre méthode de travail a changé au cours de cette période. Mais l’élément constant a toujours été l’adhésion au texte, selon des critères d’imitation et de création d’images sonores _ voilà. En ce sens, le travail sur le texte n’exclut pas, outre sa compréhension détaillée, l’étude de ses propriétés sonores et de prononciation. La pureté du son des voyelles de la langue italienne est un moyen idéal _ et c’est fondamental _ pour construire un son d’ensemble.

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : Y a t il des poèmes / des poètes que vous estimez mieux que d’autres ? Pourquoi ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Les choix poétiques ne peuvent être considérés comme séparés de la réalisation musicale _ bien évidemment… En ce sens, chaque texte mis en musique par Monteverdi semble être absolument parfait pour l’idée musicale avec laquelle le compositeur voulait donner du son aux paroles. Il faut aussi considérer que l’énorme diffusion de la poésie a donné à certains textes une grande popularité _ en effet. Très souvent, les choix des compositeurs ont privilégié certains textes en particulier, démontrant une plus grande fonctionnalité d’un point de vue musical. Il est donc difficile de porter un jugement sur la poésie indépendamment de la musique. Et il est certainement trivial de donner un avis positif sur la « Canzoniere » de Petrarca, sur le “Rime” du Tasso ou sur le « Pastor fido » de Guarini. Ce sont des œuvres universelles.

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : Sur quels critères avez-vous choisi les chanteurs ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : En 30 ans d’enregistrement, l’équipe de chant a changé à plusieurs reprises. Chanter des madrigaux (ou de la musique d’ensemble) nécessite des compétences vocales et d’écoute différentes des autres répertoires. C’est un travail très proche de celui d’un quatuor à cordes _ oui : d’une extrême finesse d’écoute (et justesse) réciproque… _, où l’aspect technique du travail du son et de l’intonation prend du temps _ bien sûr. En ce sens, les chanteurs qui ont participé à nos travaux ont été choisis pour leur passion _ voilà _ pour ce répertoire ainsi que pour leur disponibilité technique.

    …

    …

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : Avec le recul que représente ce cycle dans votre travail musical ?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Le travail sur le madrigal montéverdien a accompagné presque toute ma vie musicale _ voilà. Découvrir à quel point la musique peut être au service d’un texte est une expérience surprenante. En ce sens, Monteverdi est peut-être le meilleur professeur disponible.

    …

    …

    CLASSIQUENEWS : En quoi le cycle est-il représentatif du Concerto Italiano?

    …

    RINALDO ALESSANDRINI : Le travail sur le madrigal de Monteverdi (et sur le madrigal en général) signifiait la redécouverte et la réappropriation d’une culture poétique et musicale pratiquement perdue avec l’opéra romantique : Verdi, par exemple, était l’un des détracteurs de Monteverdi _ tiens, tiens… L’apport (et la compétence) du travail linguistique est essentiel _ absolument ! _ dans le madrigal italien. Notre effort n’était pas seulement de redonner vie à la musique, mais de montrer clairement comment le madrigal intense, en tant que synthèse sublime de nombreux éléments culturels, nécessite une approche qui n’oublie aucun aspect _ en effet… _ lié à ces compositions.

    …

    …
    Propos recueillis en novembre 2023 
    Photos : Rinaldo Alessandrini, directeur musical du Concerto Italiano © Emilie Moysson

    …

    …

    …

    …

    Voici aussi, et cette fois en date du 7 juillet 2017, sur le site ResMusica, un très intéressant article de Pierre Degott intitulé « Nuit, théâtre, histoires d’amour et de guerre avec Monteverdi et le Concerto italiano« ,

    paru à l’occasion de la publication du CD charnière dans le parcours monteverdien de Rinaldo Alessandrini, enregistré en avril 2016 à Caserte,

    et qui a probablement conduit Rinaldo Alessandrini à reprendre et achever _ en mai-juin 2019 pour le Livre 3, octobre 2020 pour les Livres 7 et 9, et  janvier 2021, pour le Livre premier _ ses enregistrements laissés, depuis 2005, inachevés, des Livres de Madrigaux de Claudio Monteverdi…

    …

    …

    Nuit, théâtre, histoires d’amour et de guerre avec Monteverdi et le Concerto italiano

    …

    …

    Ce dimanche 17 décembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • La perfection du triple album « The three seasons » vivaldiennes, de Giuliano Carmignola (suite) : un éblouissant voyage inouï au coeur de l’invention infinie du génie musical d’Antonio Vivaldi

    Comme en accomplissement de mon article «  » d’hier mercredi 1er novembre,

    …

    ce jeudi 2 novembre 2023, cet article-ci, parfaitement intitulé « Les Trois âges » _ de la prodigieuse invention du génie musical d’Antonio Vivaldi (Venise, 4 mars 1678 – Vienne, 28 juillet 1741) _, de Jean-Charles Hoffelé sur son excellent site « Discophilia » :

    …

    …

    LES TROIS ÂGES

    Le titre de l’album, dévié de celui du plus célèbre opus du Prêtre Roux, n’en fait pas mentir le sujet. Ce voyage _ très _ éclairé déroule un fil rouge entres les trois périodes distinctes _ voilà ! _ qui ont fait varier non la syntaxe vivaldienne, d’emblée clairement ancrée, mais son sensible _ c’est-à-dire sa présentation (et variations) par le compositeur au fur et à mesure de sa création…

    …

    …

    Les opus de jeunesse montrent cette dilection particulière _ certes _ pour l’invention, le goût des surprises _ oui _, une fantaisie alerte _ oui, d’une extraodinaire vivacité ; et tout simplement vie… _ où pas une ombre ne paraît _ oui ; et il s’agit aussi de se faire un nom, via, non seulement ses concerts, mais aussi ses publications… C’est le virtuose _ oui _ qui se saisit de ce concerto vénitien, qu’avec Marcello et Albinoni il aura fait émerger de la lagune, une fête _ généreusement _ débordée déjà de couleurs _ oui : à la Véronèse… _ que Giuliano Carmignola célèbre _ comme nul autre ! _ d’un archet brillant, ivre plus d’une fois de tant de soleil dans les écrins dorés où l’enchâssent l’Accademia dell’Annunciata et Riccardo Doni.

    …

    …

    La première maturité _ en quelque sorte estivale _ impose _ ensuite _  une autre esthétique, autant de concertos dramatiques, rappelant qu’entre temps l’opéra _ oui ! _ a envahi le catalogue vivaldien, faisant de son violon une prima donna _ voilà… Des teintes plus sombres s’invitent, surtout le discours s’intensifie _ oui _ et l’harmonie elle-même se charge d’affects _ oui _ que le violon lisse en phrasés ou déploie en roulades dans un orchestre de plus en plus symphonique. Mais même là, le violoniste équilibre son jeu entre ferveur et splendeur _ oui _, espressivo et méditation _ oui : écoutez ses sublimes mouvements lents… _ : les Largos, les Adagios sont sous son archet de vrais airs d’opéra où s’invitent autant des personnages _ et d’affects intensément émouvants _ que l’écho sonore de la Sérénissime.

    …

    …

    L’ultime période émancipe _ expérimentalement en quelque sorte, tant le génie de l’invention de Vivaldi se défie lui-même sans cesse, et très ludiquement… _ le violon des propres canons que Vivaldi avait développés, l’écriture se charge en traits revêches (et d’une difficulté diabolique qui semble répondre aux nouveaux défis posés par la jeune génération menée par Pietro Locatelli). Surtout une tourmente gagne _ somptueusement _ chaque concerto, assombrissant le discours jusque dans l’élévation spirituelle de certains, une intranquillité qui rapproche l’ultime Vivaldi de ce Sturm und Drang qui paraît _ bientôt _ de l’autre côté des Alpes. Cet espressivo trouve en Giuliano Carmignola _ né à Trévise le 7 juillet 1951 : celui-ci a donc une maturité de 72 ans lors des séances d’enregistrement de ce triple album (de 210′), en janvier, puis février, puis mars 2023, à Abbiategrosso, en Lombardie… _ mieux qu’un interprète, un créateur _ explorateur-révélateur-inventeur, à son tour, oui ! _ qui aura fait de l’univers Vivaldi le cœur battant _ oui _ de son _ propre _ art, enfin magnifié par cette Accademia dell’Annunciata débordée de couleurs, en idéale harmonie _ oui, oui _ avec son violon _ si magistralement poétiquement _ éloquent.

    …

    …

    Belle édition. Lisez _ aussi, en plus des 6 très judicieuses pages intitulées « Donner du temps au temps » d’Olivier Fourès… _ le long entretien _ de 5 pages, et très justement intitulé « Une vie avec Vivaldi« … _ accordé par le violoniste à Massimo Rolando Zegna.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    The Three Seasons
    of Antonio Vivaldi

    …

    Antonio Vivaldi (1678-1741)

    …

    CD 1
    Concerto pour violon
    en la majeur, RV 343

    Concerto pour violon
    en ré mineur, RV 240

    Concerto pour violon
    en ré majeur, RV 230

    Concerto pour violon en sol mineur, RV 332
    Concerto pour violon en mi majeur, RV 265
    Concerto pour violon en ré majeur, RV 210

    …

    CD 2
    Concerto pour violon en ut majeur, RV 189
    Concerto pour violon en sol mineur, RV 333
    Concerto pour violon en fa majeur, RV 289
    Concerto pour violon en ut mineur, RV 197
    Concerto pour violon en sol mineur, RV 330
    Concerto pour violon en si bémol majeur, RV 380

    …

    CD 3
    Concerto pour violon en ut mineur, RV 201
    Concerto pour violon en si bémol majeur, RV 371
    Concerto pour violon en la majeur, RV 353
    Concerto pour violon en si bémol majeur, RV 367
    Concerto pour violon en sol mineur, RV 327
    Concerto pour violon en si bémol majeur, RV 380
    Concerto pour violon en si mineur, RV 390

    …

    …

    Giuliano Carmignola, violon
    Accademia dell’Annunciata
    Riccardo Doni, direction

    …

    …

    Un album de 3 CD du label Arcana A550
    …

    …

    Photo à la une : le violoniste Giuliano Carmignola – Photo : © DR

    …

    …

    Un triple album vivaldien indispensable !!!

    Absolument jubilatoire ! Oui !

    …

    …

    Ce jeudi 2 novembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa