Étiquette : intelligence

  • Les apports de la table ronde de Bègles sur ce qu’a été, à Bordeaux et à Paris, Mai 68

    En mon très bref article d’hier après-midi

    je m’étais contenté d’annoncer la table ronde d’hier soir, à la salle Jean-Lurçat, à Bègles.

    …

    …

    Voici ce jour, un rapide aperçu sur ce que j’en ai pour ma part retiré,

    à travers un courriel _ qui n’a rien de personnel _ adressé à l’excellent Nicolas Patin :

    …

    …

    Cher Nicolas,

    …

    c’est avec le retard d’une nuit de sommeil
    que je m’avise de bien repenser (et y méditer un peu…) à vos échanges d’hier soir à Bègles.

    …

    Ce fut très riche, et donc intéressant.

    …

    Le seul (petit) « cheveu sur la soupe » de cette rencontre (et échanges impromptus) étant
    l’incongruité, là, du modérateur (Xavier Mauduit, né le 21 octobre 1974),
    totalement hors de l’affaire, lui,
    venu qu’il était de (et est resté sur) une toute autre planète _ la planète médiatique ! _ que celle de vous quatre, les intervenants (témoins et historiens) consultés ;
    et n’’aidant en rien à y comprendre quoi que ce soit,
    lui-même n’y entendant rien ; et ne faisant guère d’efforts, non plus pour y comprendre vraiment quelque chose…
    Seuls la lumière du projecteur et la portée du micro semblaient l’intéresser…

    …

    C’est vous qui auriez donc dû faire ce travail de modérateur,
    et à partir de votre propre (riche, lui, et expert) questionnement !

    …

    Mais Xavier Mauduit n’est _ ainsi que sa situation présente _
    que trop représentatif de l’état des acteurs de la scène médiatique télévisuelle !!!
    Et de sa fonction de leurre « poudre aux yeux »…

    …

    Même si votre position, Nicolas,
    _ celle d’historien
    (et forcément, par essence, a posteriori
    de ce qui mérite parfaitement ici le nom d’ « événements », survenus assez improbablement malgré tout,
    au moins dans le tissu qui s’est formé peu à peu de leur suite, de leur « aboutement » :
    d’où le terme de « hasard » prononcé à plusieurs reprises, et à très juste titre, par Laurent Joffrin !) _

    …

    même si votre position d’historien, Nicolas (vous qui êtes né le 26 février 1981),
    différait, forcément aussi, de la position de témoins _ voire d’acteurs _ des faits
    des trois autres intervenants :
    Joëlle Dusseau, née le 5 juillet 1947 ; Noël Mamère, né le 25 décembre 1948 ; Laurent Joffrin, né le 30 juin 1952.

    …

    Ce sont les témoignages de leur vécu singulier des événements _ Fabrice à Waterloo ?.. Ou un peu plus ?.. _
    qui auraient sans nul doute mérité d’être développés et creusés…
    Ce fut l’apport propre et probablement le plus fort de la soirée _ à mes yeux du moins.

    …

    Acteur (-actrice) des faits, c’est en effet le cas de Joëlle Dusseau à Bordeaux ; qui est historienne aussi (y compris de ces faits, en son Mai 68 à Bordeaux) :
    j’ai lu et son Marquet, et son Henriot… Vous savez que j’ai fait des recherches fouillées sur Georges Portmann…

    …

    Et sans doute « acteur des faits » est-ce aussi, au moins un peu, le cas de Laurent Mouchard-Joffrin, alors élève au lycée Lavoisier, dans le quartier latin,
    en tant qu’il fut membre du Comité d’Action Lycéen ces journées de mai-juin 1968.

    …

    Son père, Jean-Pierre Mouchard, est demeuré un proche de Jean-Marie Le Pen…

    …

    Mais Laurent Joffrin n’a pas parlé de ce contexte familial _ sinon que ce milieu « était de droite »…
    Ni non plus des 2 livres qu’il a écrits autour de Mai 68 :
    Mai 68 _ une histoire du mouvement (Points, 2008)
    C’était nous (Robert Laffont, 2004) : un roman…
    Il y a donc là quelque chose qui continue probablement de le travailler…
    De fait, il a lui aussi été très bien hier soir ; car très présent en permanence…

    …

    Noël Mamère était, lui _ à Sarlat ce mois de mai-là _ plus extérieur _ aux événements bordelais…

    …

    A part ça,
    vous-même avez été, cher Nicolas, et comme d’habitude, parfait :
    de compétence, de sérieux, de clarté (dans la synthèse comme dans l’analyse),
    ainsi que d’humour _ mêlé à votre omniprésente et judicieuse rigueur.

    Pour ne rien dire de vos trésors d’invention pédagogique !

    …

    Votre seul (petit) défaut (et dont vous êtes parfaitement innocent !) : ne pas avoir été un témoin ou un acteur des faits mêmes (les événements) de ce mai 68,
    sur le vif (de la bataille),
    mais seulement un essayant d’être
    autant que faire se peut _ puisque que vous êtes spécialiste surtout de l’Histoire allemande ; cf votre récent Krüger, un bourreau ordinaire _, et pour quelques soirs de ce printemps 2018,
    un peu leur historien aussi ; et forcément _ du fait de la discordance des dates et des impossibilités en résultant… _ historien a posteriori…
    Ce qui n’est certes en rien _ par cette possibilité même de simultanéité _ un défaut pour un historien, justement !!!

    …

    Vos lumières _ de contextualisation et dé-contextualisation : permettant l’intelligence de l’enchaînement même, extrêmement complexe, et comportant aussi du hasard, des faits advenus _ sont toujours très précieuses !
    Et en cela, vous êtes un acteur nécessaire et éclairant _ par votre léger déport lumineux dans le dialogue avec les témoins et acteurs de l’Histoire _ d’un tel échange…

    …

    Bien à vous, Nicolas,

    …

    Francis

    …
    …

    Pour qualifier de deux mots

    cet échange de deux heures de la table ronde du Centre Jean-Lurçat de Bègles, hier soir :

    …

    passionnant et instructif, donc.

    …

    …

    Et les plus jeunes parmi le public

    de ce 30 avril 2018

    n’étaient pas les moins attentifs et curieux d’apprendre

    et comprendre

    ce qui advint _ « une libération« , proposa Laurent Joffrin _

    il y a tout juste cinquante ans…

    …

    …

    Ce mardi 1er mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La lucidité époustouflante d’une merveilleuse musicienne : Shani Diluka

    Ecouter parler si bien de sa vie et de son art de musicienne _ mais pas seulement _ Shani Diluka, est assez époustouflant. Quelle lucidité ! Quelle qualité d’intelligence !

    …

    Et c’est cela _ un merveilleux cadeau ! _ que nous offrent ces deux heures de l’émission Les Grands Entretiens _ avec Elsa Boublil _ de ce début d’année 2018, en 4 podcasts :

    …

    podcast 1

    podcast 2

    podcast 3

    podcast 4

    …

    https://www.francemusique.fr/emissions/les-grands-entretiens/shani-diluka-pianiste-1-4-54678

    https://www.francemusique.fr/emissions/les-grands-entretiens/shani-diluka-pianiste-2-4-54699

    https://www.francemusique.fr/emissions/les-grands-entretiens/shani-diluka-pianiste-3-4-54719

    https://www.francemusique.fr/emissions/les-grands-entretiens/shani-diluka-pianiste-4-4-54739

    …

    Débutez en musique, et à ce degré de finesse d’intelligence et de richesse de culture, cette année qui s’ouvre…

    …

    …

    Titus Curiosus – Francis Lippa, ce vendredi 5 janvier 2018

  • Lumière de l’acte même de penser (l’Esthétique… et autre) : la force de la conférence de Baldine Saint-Girons

    C’est aussi à partir

    et au-delà

    du pouvoir de la rhétorique _ à commencer par celle des Anciens, Grecs et Romains… _

    que Baldine Saint-Girons a entrepris, en son Fiat lux _ une philosophie du sublime (paru aux Éditions Quai Voltaire, en 1993),

    son travail proprement philosophique

    de dévoilement, compréhension et analyse

    des pouvoirs _ divers, subtils et d’autant plus efficaces qu’assez mal identifiés par ceux qui d’abord les subissent : notre siècle en expérimentant de nouvelles formes diablement performantes ! _ de l’Esthétique,

    …

    et qu’elle en met au jour,

    de sa formidablement vive intelligence,

    le faisceau hyper-ramifié et ultra-fin des composants et linéaments, lignes de force :

    …

    particulièrement en ses très brillants, magnifiquement justes et merveilleusement fouillés,

    récents livres

    L’Acte esthétique, aux Éditions Klincksieck, paru en janvier 2008,

    et Le Pouvoir esthétique, aux Éditions Manucius, paru en novembre 2009 :

    des travaux _ d’enjeux civilisationnels ! _ décisifs !..

    …

    Avec Francis Lippa, elle a convenu

    que sa conférence, sous une forme un peu dialoguée d’échanges à partir de questions,

    porterait sur la présentation-explicitation de son parcours _ philosophique _

    d’investigation-exploration-analyse de l’Esthétique…
    …

    …

    Le mieux est maintenant

    de l’écouter _ l’enregistrement dure 70 minutes _ ;

    …

    on va en être subjugué ;

    …

    mais ce sera au service _ prioritaire : éminemment rationnel ! _ de l’intelligence

    de ces pouvoirs subtils terriblement incisifs

    ici lumineusement mis au jour

    en démêlant leur riche complexité…

    …

    Je détacherai, personnellement, et en particulier

    …

    _ outre la reprise ici, par la parole (et c’est splendide !..), de l’analyse sublimissime (!!!) du constat de « la paix du soir » sur le Lungomare, à Syracuse, « avec«  ses deux amis siciliens : tous trois « partageant«  et « développant« , ensemble, par leurs paroles se répondant en se déployant (et se déployant en se répondant), le même sentiment « inspiré«  de « présence partagée«  de cette « pace della sera« ,

    …

    ainsi « confirmée«  !.., et allant, plus encore, « s’épanouissant«  en (et par) ce déploiement de paroles co-« inspirées«  s’échangeant ; et ne cessant, ainsi même (et c’est là le miracle presque sans pareil de ce phénomène !), de se préciser (détailler) et approfondir en le ressenti (= l’aisthesis) « activé«  de cette « présence«  en (et par) cette « conjonction«  (objective-subjective) radieuse tout à la fois objectivement constatée et subjectivement, et par les trois co-« présents«  (se répondant…), « éprouvée«  en se le disant, et précisant, et déployant !!! (car telle est la trouvaille ici mise au jour !),

    …

    en ouverture absolument magnifique (pages 39 à 66) de L’Acte esthétique !.. une analyse d’une précision, finesse et justesse tout bonnement géniales ! et je pèse mes mots ! _,

    …

    je détacherai, donc,

    la célébration

    à laquelle Baldine Saint-Girons procède, vers la fin _ vers les 55′ de la conférence… ; et d’après le final en apothéose (!), aux pages 130 à 134, de son Pouvoir esthétique… _, et avec une admirable délicatesse,

    de l’action d’ »enseigner« 

    (des professeurs : Baldine soulignant ici, avec une aussi juste que magnifique éloquence, « le courage du profateor« …),

    en une mission _ cruciale !  :

    …

    aider, si peu que ce soit, « une jeunesse très déboussolée« , dit-elle, à (un peu) mieux « comprendre comment s’orienter« 

    dans le « vivre«  une vie (pour chacun en sa personne et personnalité en puissance : qui peut (ou devrait) accéder à la singularité, en voie d’émergeance alors : face à l’alternative de demeurer immergée et, sombrant, finir par se noyer…) ;

    …

    dans le « vivre«  une vie, en effet, singulière ;

    et précieuse, par là, jusqu’à (impayable et inachetable qu’elle est, ou serait, cette vie singulière-là!) ne pas avoir de prix marchand !.. en dépit de tout ce que peuvent en « penser«  et clamer de par le monde tous les « Directeurs«  (aussi « haut-placés«  soient-ils, « en pouvoir«  : tant politique qu’économique ! et avec « haut-parleurs«  de mondiale diffusion ; tant à L’Oréal qu’au gouvernement de la République, par exemple…),  tous les « Directeurs de ressources humaines«  de par notre monde : l’expression, parlante pourtant, finira bien par être « vraiment«  entendue !.. _

    …

    en une mission _ d’éducation à l’autonomie de la personne et de la personnalité ; cf ce que dit Theodor Adorno de la « vie mutilée » en ses sublimes Minima Moralia _ Réflexions sur la vie mutilée, plus que jamais d’actualité en leur intempestivité ! versus les avancées, à la Attila (« le désert croît«  ; l’herbe ne repousse plus…), du nihilisme de l’ultra-libéralisme... Il y a toujours péril aux endormis (graves) de la vie… _ rien moins que « civilisationnelle« ,

    versus le raz-de-marée du nihilisme _ en sa version de la déferlante de la chimère de la misérable cupidité… _ :

    …

    combien je rejoins Baldine en ce diagnostic

    de la décisivité et urgence

    de cette action professorale _ philosophique, au premier chef… _

    humaine-là !.. :

    …

    …

    tout ce qui vient la « saper« 

    _ et pour quels misérables profits ? de quelques uns de si (consternamment !) ridicules : cela est au passage évoqué avec atterrement ! sans s’y apesantir, bien sûr ; mais c’est dit !) _

    étant par là une atteinte, terriblement grave, au « civilisationnel » :

    rien moins !..

    …
    Je détacherai aussi, en cette si belle conférence de Baldine,

    l’émotion

    se dégageant de son évocation, toute vibrante de vie, en conclusion,

    de sa « lecture« 

    _ romaine d’abord, in situ, lors de sa visite de la grande exposition Sebastiano del Piombo, aux Scuderie del Quirinale (8 février – 18 mai 2008) ; puis activement méditative : patiemment, par le penser et l’écrire, en son studiolo !.. _

    de la Pietà de Viterbe de Michel-Ange et Sebastiano del Piombo,

    …

    « lecture » _ ré-improvisée ! pour nous, vers les 62′ de l’enregistrement _ dont le détail, passionnant _ riche d’une érudition « ouverte«  toujours intensément « curieuse«  en sa prospection (comme il se doit !) : pour l’accroissement de toujours un poil plus d’intelligence de la qualité même du ressenti ! _,

    est _ splendidement ! avec sprezzatura ! voilà ! _ très délicatement narré _ quelle vibrante écriture ! _

    en son plus récent livre paru aux Éditions Passage d’encres en avril 2010,

    La Pietà de Viterbe _ Une double invention de Michel-Ange et Sebastiano del Piombo…

    …

    Le centre-cœur de l’analyse _ tableau à l’appui :

    celui des pages 136-137 du Pouvoir esthétique… _

    étant constitué du démaillage

    aussi hyper-précis que parfaitement _ quelle performance ! _ clair

    _ et renvoyant à maints exemples : que nous pouvons nous figurer… _

    des pouvoirs esthétiques

    entrelacés,

    voire enchevêtrés,

    quand ils ne s’affrontent pas _ comme c’est parfois, ou même souvent, la cas _, mais conjuguent hyper-habilement et redoutablement leurs hyper-subtiles efficacités… 

    …

    Charles Quint aurait pu penser et (se) dire :

    quand le Prince de Machiavel

    et le Courtisan de Castiglione

    forment une seule et même personne

    de pouvoir _ réalisant en quelque sorte ainsi l’auctoritas désirée (par le prince)… _

    idéalement accomplie !

    …

    …

    Comment remercier de tout cela

    et l’auteur

    de ces si lumineux livres

    et la conférencière

    si profondément généreuse

    en son action de penser (avec nous) en acte

    en sa conférence ?!!

    …

    Eh bien ! en nous réjouissant à notre tour

    par l’écoute _ active ! _ de cette superbe conférence

    de cette intelligence à l’œuvre _ lumineusement en acte ! toujours ! _ des modalités

    magnifiquement élucidées _ voilà ! _ des processus esthétiques :

    …

    plus que jamais actifs, eux,

    tous azimuts, et selon tant de styles, dans mille pratiques

    ô combien redoutablement efficaces ! _ cf mon article du 12 septembre 2010 : les enjeux fondamentaux (= de civilisation) de l’indispensable anthropologie esthétique de Baldine Saint-Girons : “le pouvoir esthétique”… _

    dans le monde « comme il va« , c’est-à-dire tel qu’il fonctionne

    et « fait ses affaires » _ son business et son show, son cirque _

    aujourd’hui…

    …

    …

    Revoici,

    en forme de « confirmation« , en quelque sorte,

    la quatrième de couverture du Pouvoir esthétique,

    passablement éclairante, il me paraît ! _ plus que jamais _, en sa présentation :

    …

    « Mettre en évidence «le pouvoir esthétique»,

    c’est souligner l’intrication _ eh ! oui… _ des questions de l’esthétique à celles de l’éthique et du politique _ un point tout à fait capital ! D’où le concept d’« esth-éthique«  très judicieusement développé aux pages 126 à 130..

    Le pouvoir naît d’un vouloir et se heurte à d’autres pouvoirs _ issus d’autres vouloirs : certes… Sous la diversité des apparences, il concerne la force de l’apparaître _ voilà ! _, compris en ses trois temps : projet, stratégie, effets.

    …

    Faut-il _ c’est là le projet _ plaire, inspirer ou charmer ? Rechercher la dignité du beau, la gravité du sublime ou la suavité de la grâce ? Parmi les trois figures de la laideur ou du mal, notre adversaire est-il d’abord la difformité qui dissone, la médiocrité qui enlise, ou la violence qui révulse ?

    Le beau peut être médiocre et violent : il ne saurait manquer d’harmonie.

    De même, le sublime peut être compatible avec la difformité et la violence : il disparaît avec la médiocrité.

    Et la grâce peut être dépourvue de beauté et d’originalité : la douceur ne saurait lui faire défaut.

    …

    À chaque combat _ ainsi _ sa technique _ et donc sa stratégie _ : l’imitation des meilleurs, l’invention du nouveau, l’appropriation de traits gracieux.

    …

    De là des résultats _ et voilà les effets _ divergents : l’admiration va à ce qui plaît, l’étonnement à ce qui inspire, la gratitude à ce qui charme. Rompre les trois cercles maudits du mépris niveleur, de la médiocrité agressive et de l’envie négatrice, tel est l’enjeu.

    …

    Dans quelle mesure ces trois grands types de pouvoir esthétique sont-ils exclusifs, chacun des deux autres ?

    Si Burke dégagea, au milieu du XVIIIe siècle, ce qu’on peut appeler le dilemme esthétique entre beau et sublime, est-on aujourd’hui _ voilà l’enjeu présentissime de la question ! _ fondé à parler d’un trilemme esthétique entre beau, sublime et grâce ?« 

    …

    Nous mesurons alors

    combien les enjeux de ce pouvoir esthétique

    complexe et si étendu en ses effets

    sont bien l’affaire affairissime (!), la plus « affairée » (!)

    des « affaires » _ = business, show et cirque médiatique ! _ les plus en usage

    de notre monde le plus « contemporain » et high tech !,

    qui soit !

    …
    Titus Curiosus, le 27 janvier 2011

  • Le rêve d’ »intersections fécondes » entre journalisme et philosophie : le Libé des Philosophes (et sa manifestation à Bordeaux)

    En ouverture du numéro de Libération du jeudi 2 décembre

    _ le jour du gros accès de tempête de neige, notamment à Bordeaux où se rencontraient, réunis par le quotidien Libération, philosophes, journalistes… et même politiques !.. : le thème fédérateur étant « la philosophie dans la cité« , et les rencontres s’intitulant « Penser l’actualité« , « La Justice gagnerait-elle à philosopher ?« , « Peut-on réduire les inégalités ?« , « Aide, entraide et fraternité : penser la solidarité« , « Délinquance : déni ou délit de culture ?« , « Quelle ville laisser à nos enfants ?«  et, in fine, « La cité idéale, ou l’utopie réalisable« … _,

    …

    et sous le très judicieux titre d’Intersections fécondes,

    …

    Michel Serres _ tel un Leibniz « revenu«  cette fois en corsaire gascon : en vadrouille malicieuse (plutôt que course sauvage…) dans le paysage en voie de mondialisation du bal des monades… _ résumait excellemment

    le pari _ renouvelé cette année-ci encore : ce 2 décembre, donc ! et réussi ! _ de Robert Maggiori,

    le responsable de la rubrique Philosophie de ce quotidien,

    et maître d’œuvre de ce concept de « Libé des philosophes » :

    …

    Depuis qu’a été inventé le Libé des philosophes,

    nous n’avons cessé de réfléchir sur les bénéfices de cette rencontre

    entre journalisme et philosophie.

    …

    Elle produit plusieurs courts-circuits _ voilà ce qui peut se révéler fructueux pour le penser, (souvent un peu) trop ensommeillé en ses (un peu trop) molles habitudes…

    …

    D’abord un temps long _ celui du penser, en sa salubre intempestivité méditative ! Nietzsche osant ici la figure de la « rumination« … _ y coupe la rapidité _ le plus souvent éphémère _ du jour,

    et peut lui apporter des aliments _ c’est déjà çà… _ inattendus.

    Heureusement,

    l’éclair momentané _ quand il est tant soit peu surprenant ! du moins… _ de l’actualité

    réveille _ voilà ! à l’instant du choc de cette rencontre (électrique)… _ une mémoire _ un peu trop souvent un peu trop _ prête _ encline _ à s’assoupir.

    On dirait un long fleuve tranquille enflammé soudain _ de lumière _ par les cascades d’un torrent _ venant enfin, et opportunément, la secouer, cette mémoire alluviale plus ou moins limoneuse un peu trop installée…

    …

    De plus,

    le philosophe creuse _ voilà ! malignement… _ alors que le journaliste _ pressé par son rédacteur en chef et l’attente au jour le jour du lectorat _ galope _ un peu trop éperdument…

    Alors le vertical coupe l’horizontal _ avec fécondité.

    On dirait un carrefour _ tels l’Agora d’Athènes, le Forum de Rome, ou la place du marché de n’importe quel bourg zarathoustréen-nietzschéen... _

    et tout le monde sait que les rassemblements intéressants _ possiblement féconds, donc… _

    ont lieu

    en cette place _ qui s’y prête ;

    cf Kant : « Penserions nous beaucoup, et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ?..«  (in son manifeste contre la censure : La Religion dans les limites de la simple raison : un must !..

    …

    Enfin,

    la philosophie vole _ cf Corneille : « Va, cours, vole ; et nous venge !« , in Le Cid… _ et plane parfois _ un peu trop, en se laissant aller vagabonder (et se perdre) au hasard des courants d’air porteurs : combien ne manquent pas de le lui reprocher (et parfois à raison !!! )… _

    alors que l’actualité a le souci _ professionnellement vital _ de garder les pieds sur terre _ même si pas forcément les mains dans le pétrin (voire le goudron)…

    La seconde force _ bienheureusement, en effet ! _ la première _ sans les ailes de géant de l’albatros baudelairien _

    à atterrir.

    On dirait un aéroport _ hyper-affairé, que ce lieu d’atterrissages impromptus…

    …

    Confluent,

    place de l’étoile,

    piste d’envol ou de retour,

    …

    voilà les trois intersections fécondes

    que Robert Maggiori inventa _ bel (et plus encore : juste !) hommage ! _

    pour le Libé des philosophes.

    …

    Voyons alors

    ce que personnellement j’y ai le plus goûteusement

    glané,

    pour ma (propre) gouverne…

    …

    D’abord, ce qui m’a le plus touché

    et marqué _ c’est une merveille (de pensée) rare !, en plus de poésie ! que cet article tout de discrétion (et humilité) ! _ puissamment,

    se trouve à la rubrique

    _ peu en vue, certes : il fallait assurément aller la dénicher ; elle se cachait sous ce titre magnifiquement actuel ce jour-là (de même qu’éternellement, aussi !) de Partie de neige ; soit le titre même du sublime recueil de poèmes de 1968 (et paru posthume) de Paul Celan : Partie de neige, aux Éditions du Seuil, en allemand et dans la très belle traduction de Jean-Pierre Lefèbvre !.. _

    de la météo

    …

    _ qui l’eût dit ?..

    …

    La page est même indiquée très exactement : « Jeux-Météo«  ;

    …

    sur la partie (gauche) des « Jeux« ,

    le philosophe Marc de Launay commente ainsi une partie d’échecs,

    empruntée au 70e championnat d’Italie, en 2010 (entre les joueurs Brunello et Rombaldini)… :

    …

    « Il en va des échecs comme du langage. (…) Ceux qui continueront à jouer (…) auront plaisir à jouer comme on a plaisir à converser (…). Savoir limité le nombre des combinaisons qu’offrent les lettres d’un alphabet et la grammaire d’une langue

    n’a jamais rendu muet _ certes ! Le jeu sérieux n’est pas ignorant de l’ambition conceptuelle, il taquine l’infini en le sachant illusoire ; il éduque l’esprit à la rigueur des métaphores en révélant une pluralité de combinaisons face à telle disposition générale :

    belle propédeutique à l’appréciation des innovations qui miment l’issue possible hors d’une situation jugée désespérée, mais qu’une raison étrangère nous révèle riche d’une ressource.

    Comme une parole inouïe dissipe des académismes et fait briller les cristaux d’une nouvelle syntaxe.

    Une fois jouées toutes les combinaisons, l’histoire des joueurs et du jeu ne sera pas sans avenir« ... :

    comme c’est superbe aussi !.. _,

    …

    à la rubrique de la météo, donc,

    et sous la plume _ de poète comme de philosophe ! _ de Martin Rueff

    …

    _ dont j’ai fait personnellement la connaissance (je consulte mon agenda) le mardi 8 décembre 2009, lors de sa conférence (très belle : il y convoquait la saison de l’Hiver de Poussin !) pour notre Société de Philosophie de Bordeaux : c’était sur le sujet de Rousseau : le pas et l’abîme, autour de sa lecture de la fiction (comme philosophie, aussi !) de Julie, ou La Nouvelle Héloïse ; puis au cours du repas (toujours très convivial) qui a suivi la conférence ; et surtout par la lecture de son magistral travail sur la poésie et la poétique de Michel Deguy, Différence et identité : Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme culturel _ ; cf mon article sur ce magistral ouvrage, en date du 23 décembre 2009 : la situation de l’artiste vrai en colère devant le marchandising du “culturel” : la poétique de Michel Deguy portée à la pleine lumière par Martin Rueff…

    …

    Martin est revenu ensuite à Bordeaux, le mercredi 12 mai (toujours mon agenda ! pour ne pas complètement perdre le fil des jours qui défilent ; et y raccrocher un peu des efforts, facilités ensuite à partir de ces menus amers-là, de la mémoire qui risquait de se noyer, sans repères…) afin de présenter, et avec Michel Deguy, dans les salons Albert-Mollat, ce grand livre, et important pour mieux comprendre ce qui change (en fait de différence et identité, donc !!!) en ces siècles : le XXème comme le XXIème…

    Cf mon article sur cette conférence-là, cette fois : De Troie en flammes à la nouvelle Rome : l’admirable “How to read” les poèmes de Michel Deguy de Martin Rueff _ ou surmonter l’abominable détresse du désamour de la langue…

    …

    En son propre Partie de neige,

    à la page 21 du Libé des philosophes du jeudi 2 décembre (enneigé à Bordeaux et toute sa région !

    je me suis trouvé sur la route _ heureusement presque tout uniment droite ! _ vers 7h, 7h15, dans des bourrasques ô combien drues de neige, droit devant, le regard mangé par ce que tentaient de percer de la nuit, ainsi ouatée de ces rafales hyper-serrées de flocons, les phares de ma voiture, essayant de gommer le plus possible les pirouettes du verglas, sur le sol, si jamais j’avais à tourner si peu que ce soit le volant, trop brusquement ralentir ou accélérer, pour ne rien dire de freiner, aux ronds-points drastiquement piégeux de la route, heureusement assez peu embouteillée à cette heure : j’étais parti très tôt exprès : à 6h 30 ; les flocons commençaient juste de tomber, en légère voilette de tulle, alors, sur Bordeaux)…

    …

    Martin ne fait pas référence explicitement à Paul Celan (non plus qu’à son recueil de poèmes écrits en 1968 : ni l’un, ni l’autre ne sont nommément cités !) _ sinon par le seul titre de son article quant au temps qu’il faisait, ou pouvait faire, ce jour-là, 2 décembre 2010, en France :

    …

    comment prendre alors le vocable de « Partie«  (de neige) ? A chacun d’essayer sa (ou ses) propositions (s)… Le poème (vrai) est toujours, dès ses signifiants mêmes, polysémique, flottant, ouvert, en sa battue, pourtant nette, forcément, des cartes de ce qui s’y inscrit, à prononcer… _,

    …

    mais Martin, donc,

    faisait beaucoup mieux que cela :

    …

    lui, pensait la neige ;

    et ce qu’elle peut induire, aussi _ en redoublement du penser _ de pensée (alors métaphysique !),

    par exemple pour quelques philosophes :

    …

    ici, ce seront _ ainsi qu’il les indique ou les nomme, nommément, si j’osais dire _ :

    les philosophes de la « théorie des climats » du XVIIIe siècle, Socrate (in Le Banquet), Spinoza, Sénèque, Kant (en l’esthétique transcendantale de la Critique de la raison pure), Lévinas (in De l’existence à l’existant) ;

    …

    auxquels Martin mêle aussi, aimablement _ quant à aider aussi un peu au figurer du lecteur ! lire étant aussi se figurer… _ une kyrielle de peintres (de la neige) :

    …

    « Beerstraaten, Van der Neer, Isaac van Ostade,

    mais aussi Goya ou Courbet« ,

    et Turner ;

    …

    ainsi qu’un _ unique à être nommément nommé ! Mallarmé et Chrétien de Troyes (et Celan !) n’étant, eux, qu’évoqués… _ poète,

    Guillaume de Salluste Du Bartas ;

    …

    ainsi :

    …

    « Turner peint la neige comme au premier jour de la Semaine de Du Bartas :

    « avant tout, matière, forme et lieu »…« .

    …

    Et Martin de le commenter alors ainsi :

    …

    « Neige grand ouvert sur l’ouvert » ;

    …

    pour conclure, au final,

    après un paragraphe consacré à Kant

    et un autre à Lévinas :

    …

    « Neige, nuit blanche. Et ce qui sera sans lumière, il nous faudra

    _ ce « nous«  en ce défi prometteur, pourvoyeur peut-être,

    en cette situation de mission, de devoir (vital ?),

    pourvoyeur

    de courage… _

    le perpétuer« …

    …

    …
    Voici donc

    _ je le recopie manuellement : et je m’en réimprègne encore un peu plus (ou un peu mieux) en le ré-écrivant ainsi mot à mot sur le clavier… _

    l’article Partie de neige, par Martin Rueff,

    en la rubrique Météo du Jeudi 2,

    sur deux colonnes de la partie droite de la page 21,

    en encadrant, en son centre _ hexagonalement _, une carte de France des prévisions météorologiques de ce jour…
    …

    …

    Autant la grammaire des énoncés météorologiques (« il pleut« , « il vente« ) a pu pousser les philosophes à réfléchir en métaphysiciens sur l’ontologie _ voilà ! _ des événements et sur les chaînes _ principalement, voire exclusivement, mécaniques ?.. _ de causalité qu’ils impliquent, (à la fois sur la cause de ces événements et sur l’inscription de ces événements dans la vie des hommes _ on pense à la « théorie des climats » des philosophes du XVIIIe siècle avec leurs causes sans cesse _ répétitivement ? cf ici l’humour de Hume… _ renaissantes), autant l’expérience de la neige a offert un motif de prédilection à ceux qui étaient enclins à méditer sur l’endurance _ hivernale : en « l’hiver de notre mécontentement« … _ des hommes. Si l’on admet le partage _ stoïque _ de ce qui dépend de nous et de ce qui n’en dépend pas, et si l’on reconnaît que la balance est inégale entre l’un et l’autre, il faut supporter la neige comme le faisait Socrate « qui marchait pied nus sur la glace plus aisément que les autres avec leurs chaussures, et les soldats le regardaient de travers croyant qu’il les bravait«  (Le Banquet, 220a).

    …

    Est-ce tout pourtant ? Regardons-la, cette neige qui vient _ indépendamment de nous, comme nous étouffer, asphyxier, en noyant, bientôt, tout…
    …
    Il y a une beauté de la neige comme état _ reposé, ensuite, en ses couches alors horizontalement déposées, étalées, comme majestueusement tranquilles _ de la matière, dans le double spectacle de sa chute (elle est alors rideau _ enduré _ qui voltige, pétales soufflés, mur blanc effilé, tempête au parvis des épousailles, _ mallarméennes _ « tasses de neige à la lune ravie« ) et de sa surface _ déposée, donc, et demeurant longtemps… _ de trop grande clarté _ épiderme, drap, écran, visage exposé, facies totius universi (Spinoza retrouve la formule de Sénèque), support/ surface, ligne blanche d’horizon, horizon blanc de dunes. Le chevalier _ cf l’imaginaire (si vivant !) de Jean Giono dans l’aveuglante blancheur neigeuse alpine de deux ou trois hivers d’Un Roi sans divertissement, du côté de Mens et de Chichiliane : à partir du poème si fascinant de Chrétien de Troyes… _  cherche la trace de sang _ de l’oie agressée _ : un trou, une crête, une crevasse pour ne pas céder au vertige du même _ tel étant le chiffre affolant de l’angoisse. La neige, univocité étale, est pureté purifiante ou pureté étalée _ rêve d’effacement, offrande écartée au soleil, condition de la lumière aveuglante, miroitante ; et d’elle plus que de tout autre spectacle il faudrait dire : c’est la mort d’un soleil blanchi qu’on ne peut regarder en face. Ou peut-être comme l’espace pur désorienté _ aussi ! pour notre perte… _ : le fond comme figure, la figure comme fond, ni droite ni gauche, tout le profond venu à sa surface blanche ; et parfois tes yeux _ même ! _ sont débordés face à l’immensité absente qui dure ; ni béance du chaos, ni confusion à vide _ cependant : et la nuance est capitale… _, la neige…

    _ en sa magie lancinante d’étrangeté poïétique

    en fusion…

    …

    On rappellera que certains peintres se rendirent célèbres par leurs effets _ d’éclats assourdissants _ de neige : Beerstraaten, Van der Neer, Isaac van Ostade, mais aussi Goya ou Courbet. Turner peint la neige comme au premier jour de la Semaine de Du Bartas : « avant tout, matière, forme et lieu« .

    …

    Neige : grand ouvert sur l’ouvert

    _ pour qui s’y affronte, d’abord par le regard (sempiternellement étonné, chaque fois…),

    en son vivant ici une fois encore défié…

    …

    Mais une méditation sur la neige ne devrait rien ignorer non plus de ce que l’esprit humain y investit : l’image offerte à la méditation métaphysique du blanc de néant

    _ autre défi (« métaphysique« , donc, et ainsi…) de l’esprit, qui s’agite…

    …

    La neige constitue une de ces images sans motif où le fond est _ ou devient _ tout _ voilà… On se souvient que « l’exposition métaphysique de l’espace » dans l’esthétique transcendantale de la Critique de la raison pure repose sur une thèse simple : la représentation de l’espace ne peut pas être déduite de l’expérience. Il faudrait qu’elle soit posée comme fondement : « L’espace est une représentation nécessaire, a priori, qui sert de fondement à toutes les intuitions externes. » Et Kant poursuit : « On ne peut jamais se représenter qu’il n’y ait point d’espace, quoiqu’on puisse bien penser qu’il ne s’y trouve pas d’objets. » La neige offrirait l’image de l’espace comme tel dans sa pureté transcendantale _ la neige comme spectacle pur de l’espace, comme exposé métaphysique.

    …

    Mais il y a plus encore : une chose est de dire que la neige est un spectacle métaphysique, autre chose est d’affirmer qu’elle permet l’intuition de la métaphysique elle-même _ l’image de la différence ontologique

    _ en sa différance (mouvante) même, s’offrant à nous défier, pour peu, du moins, que nous consentions à y opposer (et soutenir, tant soit peu, aussi…) un penser singulier…
    …
    Neige : offrande pure _ voilà _ du il y a _ oui ! _, de cet il y a d’avant _ prénatalement ? aussi… _ tout objet _ allégorie pure de l’être comme fable du néant, image du cri _ munchien ? à l’abattoir ?.. _, comme symbole du silence _ advenant, voire advenu, murant… _, temps suspendu et temps qui passe, qui passe suspendu. Analogue à la nuit noire que veille l’inutile insomnie, la neige offre _ oui _ le fait nu _ voilà : et il s’impose… _ de la présence : il y a présence _ du vivant

    dont le souffle tremble, respire, bat.
    …
    Lévinas écrit dans De l’existence à l’existant : « Le fait universel de l’il y a, qui embrasse et les choses et la conscience » ; et il serait important d’appliquer à la neige les évocations de l’insomnie qu’il propose : « Il n’y a plus de dehors, ni de dedans », « ce retour de la présence dans l’absence ne se fait pas dans des instants distincts, comme un flux et un reflux. Le rythme manque _ voici la clé ! _ à l’il y a, comme la perspective aux points grouillants de l’obscurité« . Lévinas précisera : « On ne peut dire non plus que c’est _ tout à fait, non plus : en effet… _ le néant _ absolu _, bien qu’il n’y ait rien« .

    …
    Neige, nuit blanche. Et ce qui sera sans lumière, il nous faudra _ nous ! c’est là un « nous«  plus ou moins ouvert… _ le perpétuer _ en son abondance sourcière, probablement…

    …

    Sourcière de vie…

    …
    …
    Martin Rueff,

    poète et philosophe, enseigne à l’université de Genève.

    (A publié dernièrement) La fin de Superman dans (la revue) Grumeaux, en novembre 2010.

    …

    …

    Je vais poursuivre mon compte-rendu _ partiel et partial, on le ressent… _ de ce riche et très intéressant Libé des Philosophes de jeudi dernier, avant-hier,

    par deux articles aisément accessibles, eux, sur le Net,

    et qui m’ont aussi bien, bien intéressé

    _ en plus qu’il s’agit, là aussi, d’articles d’amis… _ :

    …

    celui, très fouillé et passionnant d’aperçus très riches, très justes _ ainsi que très beaux (mais oui !!! à la fois ! d’un seul tenant !) _,

    de Fabienne Brugère,

    Les Missions des Lumières _ Diderot philosophe en Pléiade,

    lisible sur papier aux pages II et III du Cahier Livres :

    …

    il est consacré au volume Œuvres philosophiques de Denis Diderot,

    publié sous la direction de Michel Delon, avec la collaboration de Barbara de Negroni, dans la Bibliothèque de la Pléïade, aux Éditions Gallimard… ;

    …

    et celui, toujours aussi incisivement piquant et lucidissime (!!!) _ et toujours aussi réjouissant ! _

    d’Yves Michaud,

    Les Pinçon-Charlot : Gold Gotha,

    en la rubrique Pourquoi ça marche , à la page XVIII du cahier Livres :

    …

    il est consacré à l’ouvrage de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot : Le Président des Riches _ Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy,

    aux Éditions Zones…

    …

    J’y ajouterai encore un ultime petit commentaire

    de l’article de synthèse

    paru dans le Libération du lendemain, hier vendredi 3 décembre, à la page 5,

    et sous la plume de Vincent Barros :

    …

    A Bordeaux, «Libération» fait passer l’oral de philo

    et sous-titré : Réflexion. Echos du forum «la Philosophie dans la cité», qui s’est tenu hier dans la capitale girondine.

    …

    Cela,

    en mon article juste à suivre celui-ci,

    donc…

    …

    …
    Titus Curiosus, le 4 décembre 2010

    …

    …

    Post-scriptum :

    …

    De Paul Celan,

    et traduit par Jean-Pierre Lefèbvre, à la page 23 de Partie de neige, aux Éditions du Seuil,

    ce poème-ci

    (et qui donne son titre à tout le recueil) :

    …

    PARTIE DE NEIGE, droit cabrée jusqu’à la fin,

    dans le vent ascendant, devant

    les cabanes à jamais défenêtrées :

    …
    faire ricocher des rêves plats

    sur la

    glace striée ;

    …
    dégager au pic

    les ombres de mots, les empiler par toises

    tout autour du fer

    dans le trou d’eau.

    …

    De Guillaume de Salluste du Bartas (Montfort, 1584 -Mauvezin, 1590),

    à la page 3 de sa Sepmaine (1581), en l’édition d’Yvonne Bellanger

    de la Société des Textes Français Modernes,

    ce passage (du Premier Jour : les vers 25 à 30

    _ d’un poème qui en son entier compte 6494 vers) :

    …
    Or donc avant tout temps, matière, forme et lieu,

    Dieu tout en tout estoit, et tout estoit en Dieu,

    Incompris, infini, immuable, impassible,

    Tout-Esprit, tout-lumière, immortel, invisible,

    Pur, sage, juste et bon. Dieu seul regnoit en paix :

    Dieu de soy-mesme estoit et l’hoste et le palais.

    …

    Et, de Stéphane Mallarmé :

    …
    Las de l’amer repos où ma paresse offense
    Une gloire pour qui jadis j’ai fui l’enfance
    Adorable des bois de roses sous l’azur
    Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
    De creuser par veillée une fosse nouvelle
    Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
    Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
    — Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
    Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
    Le vaste cimetière unira les trous vides ? —
    Je veux délaisser l’Art vorace d’un pays
    Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
    Que me font mes amis, le passé, le génie,
    Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
    Imiter le Chinois au cœur limpide et fin
    De qui l’extase pure est de peindre la fin
    Sur ses tasses de neige à la lune ravie
    D’une bizarre fleur qui parfume sa vie
    Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant,
    Au filigrane bleu de l’âme se greffant.
    Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
    Serein, je vais choisir un jeune paysage
    Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
    Une ligne d’azur mince et pâle serait
    Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
    Un clair croissant perdu par une blanche nue
    Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
    Non loin de trois grands cils d’émeraude, roseaux.