Étiquette : Jean-Christophe Bailly

  • A propos de diverses traductions en français de l’ »Andenken » de Hölderlin (de 1803) : le souvenir vivant et parlant…

    Je voudrais prolonger ce matin, tôt, mes petites réflexions d’hier « « ,

    en me penchant sur quelques comparaisons de traductions en français de ce poème « Andanken » de Hölderlin se souvenant de Bordeaux et de la Garonne contemplés par lui du surplomb de la colline de Lormont, à l’équinoxe de mars,
    …
    en partant de ceci :…d’abord, bien sûr, le poème même de Hölderlin (composé à son retour de Bordeaux en Allemagne, en 1803) :…

    Andenken

    …

    Der Nordost wehet, 
    Der liebste unter den Winden 
    Mir, weil er feurigen Geist 
    Und gute Fahrt verheißet den Schiffern. 
    Geh aber nun und grüße 
    Die schöne Garonne, 
    Und die Gärten von Bourdeaux 
    Dort, wo am scharfen Ufer 
    Hingehet der Steg und in den Strom 
    Tief fällt der Bach, darüber aber 
    Hinschauet ein edel Paar 
    Von Eichen und Silberpappeln ;

    Noch denket das mir wohl und wie. 
    Die breiten Gipfel neiget 
    Der Ulmwald, über die Mühl, 
    Im Hofe aber wächset ein Feigenbaum. 
    An Feiertagen gehn 
    Die braunen Frauen daselbst 
    Auf seidnen Boden, 
    Zur Märzenzeit, 
    Wenn gleich ist Nacht und Tag, 
    Und über langsamen Stegen, 
    Von goldenen Träumen schwer, 
    Einwiegende Lüfte ziehen.

    Es reiche aber, 
    Des dunkeln Lichtes voll, 
    Mir einer den duftenden Becher, 
    Damit ich ruhen möge; denn süß 
    Wär unter Schatten der Schlummer. 
    Nicht ist es gut, 
    Seellos von sterblichen 
    Gedanken zu sein. Doch gut 
    Ist ein Gespräch und zu sagen 
    Des Herzens Meinung, zu hören viel 
    Von Tagen der Lieb, 
    Und Taten, welche geschehen.

    Wo aber sind die Freunde? Bellarmin 
    Mit dem Gefährten? Mancher 
    Trägt Scheue, an die Quelle zu gehn; 
    Es beginnet nämlich der Reichtum 
    Im Meere. Sie, 
    Wie Maler, bringen zusammen 
    Das Schöne der Erd und verschmähn 
    Den geflügelten Krieg nicht, und 
    Zu wohnen einsam, jahrlang, unter 
    Dem entlaubten Mast, wo nicht die Nacht durchglänzen 
    Die Feiertage der Stadt, 
    Und Saitenspiel und eingeborener Tanz nicht.

    Nun aber sind zu Indiern 
    Die Männer gegangen, 
    Dort an der luftigen Spitz 
    An Traubenbergen, wo herab 
    Die Dordogne kommt, 
    Und zusammen mit der prächtgen 
    Garonne meerbreit 
    Ausgehet der Strom. Es nehmet aber 
    Und gibt Gedächtnis die See, 
    Und die Lieb auch heftet fleißig die Augen, 
    Was bleibet aber, stiften die Dichter.

    …
     
    Puis la traduction de celui-ci, « Souvenir« , par Gustave Roud, en 1967 (cité tel quel par Philippe Jaccottet) :
    …

     » Le vent du Nord-Est se lève,
    De tous les vents mon préféré
    Parce qu’il promet aux marins
    Haleine ardente et traversée heureuse.
    Pars donc et porte mon salut
    A la belle Garonne
    Et aux jardins de Bordeaux, là-bas
    Où le sentier sur la rive abrupte
    S’allonge, où le ruisseau profondément
    Choit dans le fleuve, mais au-dessus
    Regarde au loin un noble couple
    De chênes et de trembles d’argent.

    Je m’en souviens encore, et je revois
    Ces larges cimes que penche
    Sur le moulin la forêt d’ormes,
    Mais dans la cour, c’est un figuier qui croît.
    Là vont aux jours de fête
    Les femmes brunes
    Sur le sol doux comme une soie,
    Au temps de Mars,
    Quand la nuit et le jour sont de même longueur,
    Quand sur les lents sentiers
    Avec son faix léger de rêves,
    Brillants, glisse le bercement des brises.

    Ah ! qu’on me tende,
    Gorgée de sa sombre lumière,
    La coupe odorante
    Qui me donnera le repos ! Oh, la douceur
    D’un assoupissement parmi les ombres !
    Il n’est pas bon 
    De n’avoir dans l’âme nulle périssable
    Pensée, et cependant
    Un entretien, c’est chose bonne, et de dire
    Ce que pense le cœur, d’entendre longuement parler
    Des journées de l’amour
    Et des grands faits qui s’accomplissent.

    Mais où sont-ils ceux que j’aimai ? Bellarmin
    Avec son compagnon ? Maint homme
    A peur de remonter jusqu’à la source ;
    Oui, c’est la mer
    Le lieu premier de la richesse. Eux,
    Pareils à des peintres, assemblent
    Les beautés de la terre, et ne dédaignent
    Point la Guerre ailée, ni
    Pour des ans, de vivre solitaires
    Sous le mât sans feuillage, aux lieux où ne trouent point
    La nuit
    De leurs éclats les fêtes de la ville,
    Les musiques et les danses du pays.

    Mais vers les Indes à cette heure
    Ils sont partis, ayant quitté
    Là-bas, livrée aux vents, la pointe extrême
    Des montagnes de raisin d’où la Dordogne
    Descend, où débouchent le fleuve et la royale
    Garonne, larges comme la mer, leurs eaux unies.
    La mer enlève et rend la mémoire, l’amour
    De ses yeux jamais las fixe et contemple,
    Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure. « 

    …

    Et maintenant et peut-être surtout sa traduction par Philippe Lacoue-Labarthe telle que de sa voix il la dit dans le film « Andenken, je me souviens » (en 2000) :

    …
     
    Le Nordet souffle,
    le plus cher qui d’entre les vents
    Me soit, car il promet la flamme de l’Esprit
    Et bon voyage aux mariniers.
    Mais va, maintenant, et salue
    La belle Garonne
    Et les jardins de Bourdeaux
    Là-bas, à l’à-pic de la rive
    Où s’avance l’embarcadère et tombe le ruisseau
    Tout au fond du fleuve, mais au-dessus
    Regarde au loin un noble couple
    De chênes et de trembles d’argent.
     
    Il m’en souvient très bien encore et comme
    Ses larges cimes, le bois d’ormes les incline
    Au-dessus du moulin,
    Mais dans la cour c’est un figuier qui pousse.
    Là-même aux jours de fête vont
    Les femmes brunes sur
    Un sol soyeux,
    Au temps de mars,
    Lorsque la nuit s’égale au jour,
    Et que dessus les lents embarcadères,
    Lourdes de rêves d’or,
    S’étirent de berçantes brises.
     
    Mais qu’on me tende, pleine
    De l’obscure lumière,
    La coupe parfumée
    Qui me donnerait le repos ; car serait doux
    Parmi les ombres le sommeil.
    Il n’est pas bon
    Que privent d’âme de mortelles
    Pensées. Bon en revanche
    Est de s’entretenir et de se dire
    Ce qu’on pense en son cœur, d’entendre longuement
    Parler des jours d’amour
    Et des hauts faits qui s’accomplissent.
     
    Mais où sont-ils, les amis ? Bellarmin
    Avec son compagnon ? Beaucoup
    N’ont pas le cœur d’aller jusqu’à la source ;
    La richesse en effet commence
    Dans la mer. Eux,
    Comme les peintres, font moisson
    Des beautés de la terre et ne dédaignent pas
    La guerre ailée, ni d’habiter
    Solitaire, à longueur d’années,
    Sous le mât sans feuillage, où ne trouent pas la nuit
    De leurs éclats les jours de fête dans la ville,
    Ni le chant des cordes ou les danses du pays.
     
    Mais c’est chez les Indiens
    Que sont partis les hommes, maintenant,
    Là-bas par la pointe venteuse,
    Au pied des vignes, là
    Où descend la Dordogne,
    Et ensemble avec la splendide
    Garonne, ample comme la mer.
    Il part, le fleuve. Mais la mer
    Retire et donne la mémoire,
    Et l’amour aussi attache avec soin les yeux,
    Mais ce qui reste, les poètes l’instituent.
     
    Texte traduit par Philippe Lacoue-Labarthe pour le film Andenken (Je pense à vous) – Hölderlin 1804, Hors-Œil Éditions, 2000.
    Repris dans Proëme de Lacoue-Labarthe, suivi de Andenken (DVD), avec Jean-Christophe Bailly, réalisation C. Baudillon et F. Lagarde, Hors-Œil Éditions, 2006)
    …
     
    Et encore, aussi, cette note, finale, rajoutée in extremis par l’auteur de l’article,
    en un article de 2002 « Château du Tertre, Margaux.
    consacré à une réception de Philippe Sollers au Château Le Tertre, à Margaux, dans le Médoc :
    …

    La traduction de Souvenir dans le livre de Heidegger est de Jean Launay. C’est lui qui traduit Andenken par pensée fidèle. Sa traduction du poème de Hölderlin diffère de celle que cite Sollers ci-dessus et qui est due à Gustave Roud (1967).

    La traduction est toujours délicate _ certes ! _ et ouvre des voies proches, mais différentes _ voilà ! _, à l’interprétation.

    Ainsi le dernier vers de Souvenir — en allemand Was bleibet aber, stiften die Dichter — est traduit par :
    Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure (Gustave Roud, 1967),

    proche de : Mais ce qui demeure les poètes le fondent (Henri Corbin, Hölderlin et l’essence de la poésie dans Approche de Hölderlin, 1937) _ et il me semble que c’est bien cette traduction-là que nous rapportait Jean-Marie Pontévia _ ;

    ou de :
    Mais les poètes fondent ce qui demeure (Jean Launay, 1962).


    Mais François Garrigue (Œuvres poétiques complètes, Éditions de la Différence, bilingue, 2005) s’en éloigne un peu qui traduit par :

    Mais la demeure est œuvre des poètes.


    Quant à Bernard Pautrat (Hymnes et autres poèmes, Collection Rivages poche, 2004), il préfère traduire par :

    Mais ce sont les poètes qui fondent ce qui reste. 

    Ce qui demeure, la demeure, renvoie au fait d’habiter : « C’est poétiquement pourtant que l’homme habite sur cette terre« , dit Hölderlin dans un autre poème.
    Ce qui reste est aussi ce qui résiste.

    …

    …

    Mais est ici ignorée, probablement parce qu’alors non connue, la traduction de Philippe Lacoue-Labarthe prononcée par lui-même, sa voix, dans le film de Christine Baudillon et lui-même, réalisé à Lormont en 2000…

    ...

    …

    Il me faut ajouter aussi que c’est probablement le souvenir ému de ses travaux avec François Lagarde et Christine Baudillon qui a fait associer à l’ami Pascal Chabot, le souvenir de ce poème (de 1803) de Hölderlin, mais aussi et d’abord le souvenir de ce film-documentaire (de 2000), à cette belle ville de Bordeaux, dont nous foulions mardi dernier les pavés, avec ce vif désir émis par Pascal d’aller de ses yeux voir les puissants flots boueux du beau fleuve Garonne s’écoulant vers la mer.

    …

    Et il me semble que l’ami François Lagarde, décédé le 13 janvier 2017 à Montpellier, était bien là présent, sous cette pluie nourrie de mardi dernier 22 novembre, avec nous qui marchions, dans ces rues de Bordeaux et au bord du large fleuve, à la hauteur du miroir d’eau ;

    en un temps bien vivant et ultra-sensible, en notre échange nourri et confiant de paroles un peu essentielles…  

    …

    …

    Ce mardi 29 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour poursuivre le cheminement de mon regard sur les sublimes « Tirages Fresson » de mon ami Bernard Plossu, deux propositions de lecture…

    Les deux propositions de lectures

    qui me sont venues à l’esprit à ce moment de mon tenace et enchanté cheminement parmi les 80 images de ce sublime « Tirages Fresson » de l’ami Bernard Plossu,

    …

    concernent deux lectures à entreprendre _ dare-dare ! _,

     

    …

    et de deux auteurs très proches de l’ami Plossu :

    …

    …

    la première,

    est celle du « Le Tirage à mains nues« 

    de cet autre magicien tireur _ que les Fresson _ qu’est Guillaume Geneste 

    _ le livre vient de paraître ce mois de septembre 2020, aux Éditions La Main donne ;

    et vient de recevoir le prix HIP 2020 du livre de photographie francophone, dans la catégorie « Histoire de la photographie« … _ ;

    …

    Le tirage à mains nues

    …

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    …

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    …

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    …

    et la seconde,

    celle de « L’Imagement« ,

    de Jean-Christophe Bailly

    _ ce livre passionnant vient de paraître au mois de janvier dernier, aux Éditions du Seuil…

    …

    L'imagement

    …

    …

    …

    …

    …

    …

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    …

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    …

    …

    …

    …

    …

    …

    À suivre…

    …

    …

    Ce mardi 24 novembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Question : lesquels des « Tirages Fresson » de Bernard Plossu, sont ceux que je préfère ?.. Et un postlude, pour les images « tendant vers l’abstraction »

    Dans le choix des deux listes (de 13, puis, complémentaire, de 22) de mes préférences personnelles parmi les 80 images du récent sublime « Tirages Fresson » de Bernard Plossu, aux Éditions Textuel,

    …

    j’ai fait le choix principiel d’écarter les images qui tendent _ une image photographique procède toujours d’un réel originel, qui a ensuite été saisi par le geste du photographe sur une pellicule, puis choisi, puis tiré, puis exposé… _ un peu trop, pour moi, vers l’abstraction,

    …

    alors que je sais bien la place de cœur que de telles images, quasi abstraites, ou plutôt « tendant vers l’abstraction« ,

    occupent au sein du goût personnel de l’ami Bernard Plossu

    _ cf ce qu’il en dit dans ses passionnantes, très précises, merveilleusement détaillées, conversations avec Christophe Berthoud dans l’indispensable « L’Abstraction invisible« , en 2013, déjà aux Éditions Textuel.

    …

    …

    Mais, à quelque niveau, ou moment, que ce soit, opérer un choix nécessite toujours forcément des sacrifices

    _ et en l’occurrence ici, pour moi, celui d’images à ne pas retenir parmi mes préférences personnelles… Et exclure et rejeter (et a fortiori jeter) m’est toujours difficile : mon tropisme de fond est de tout retenir…

    …

    …

    Et en effet, pour moi, ces images « tendant vers l’abstraction »

    _ une telle image ne pouvant bien sûr pas, dans l’absolu, s’abstraire totalement, absolument, de ce réel dont viendra (ou est venue) sourdre, justement, sur la pellicule nécessairement impressionnée, l’image photographique... _

    font plutôt partie de ce que j’appellerais une sorte de « cahier d’exercices » préparatoires du photographe,

    telles ce que sont, pour le peintre figuratif, les dessins préparatoires, les  premiers jets, les esquisses _ du moins avant Fragonard _,

    …

    le travail de « l’artiste«  _ et je sais que Plossu n’aime pas du tout ce terme-là pour lui être appliqué ! _, du moins en une certaine conception classique _ pour un Molière, par exemple ; même si celui-ci s’est aussi amusé à monter des « Impromptus » un peu audacieux, sortant quasi effrontément des normes officielles des genres en cours (et de la cour)… _,

    consistant à _ le plus adroitement et subtilement possible _ effacer dans l’œuvre finale la moindre trace d’effort, de travail long et pénible, difficile, d’exercice préliminaire préparatoire compliqué, afin de donner, a contrario, le plus grand sentiment de « naturel » et d’aisance immédiate possible, de la part de l’auteur de l’œuvre parfaitement accomplie, à qui viendra admirer la grâce aisée la plus évidente, et confondante, de la performance géniale, d’où résulte, comme magiquement, le chef d’œuvre exposé…

    …

    …

    Ces exercices d’abstraction sont donc certes bien intéressants pour comprendre d’un peu près la genèse un peu tâtonnante et complexe, nécessairement, et toujours, d’une œuvre, au fil des réalisations successives _ avec bien des « ratés« , forcément : il existe fort peu de miracles du « premier jet« … _ de son auteur,

    mais n’offrent pas tout à fait _ à mes yeux de regardeur, du moins _ la qualité de sidération admirative la plus sincère des images dont est clairement mieux perçue la filiation _ figurative _ issue du réel perçu en la ressource immensément généreuse de sa profuse concrétude…

    …

    Même si l’artiste est bien sûr, lui aussi, et le premier, placé face à de très nécessaires choix, artisanaux _ de représentation : il s’agit là de sa cuisine interne, de ses démarches d’atelier… _, par rapport à ce si formidablement riche réel à figurer : afin de nous en faire ressentir et partager, sans faisandé trucage, la « poésie » la plus « vraie » de l’ »ambiance« , pour reprendre certains des mots de Bernard Plossu…

    …

    Et ici, c’est moi qui ai à justifier les options esthétiques de mes injustes (!) choix ici…

    …

    …

    Bref,

    parmi les 80 images de ce nouveau proprement merveilleux « Tirages Fresson« ,

    je viens de choisir encore 3 images « tendant vers l’abstraction » :

    …

    …

    à la page 44, l’image référencée « Dans le train, Italie, 2008« ,

    …

    à la page 45, l’image référencée « Barcelone, Espagne, 2019« .

    …

    et à la page 46, l’image référencée « Mexico, Mexique, 1966« .

    …

    …

    Bernard Plossu aime beaucoup, en ses nombreux voyages, se déplacer en train : cela lui donne l’occasion d’images à prendre depuis le compartiment du wagon _ cf son livre « Col treno« , avec Jean-Christophe Bailly, aux Éditions Argol, en 2014

     et cf aussi l’image que j’avais tout spécialement choisie pour l’article inaugural et programmatique de mon blog « En cherchant bien« , intitulé « Le Carnet d’un curieux« , le 3 juillet 2008 :

    …

    (sans titre) © Bernard Plossu

     

    …

    …

      _,

    et cela lui permet de se plonger, l’assez long moment du voyage, dans la lecture suivie d’un livre de littérature,

    qui vient aussi nourrir l’acuité de la sensibilité de sa quête iconique à venir…

    …

    …

    L’image de la page 44,

    légendée « Dans le train, Italie, 2008« ,

    et qui n’occupe que la moitié supérieure de la page de gauche de l’album,

    donne ainsi à percevoir la porte ouvrant sur le couloir d’une voiture _ d’un train, en Italie, en 2008, donc _, avec les deux premières fenêtres du couloir, d’où l’on devine _ à la couleur _ le défilement à grande vitesse du paysage _ de verdure _ traversé. C’est principalement le jeu géométrique des lignes qui anime l’image, avec un contraste dominant de noir et de blanc…

    …

    …

    L’image qui lui fait face, et sur la page entière cette fois _ et la composition de la mise en page est, bien sûr, toujours très importante ! _,

    à la page 45,

    est légendée « Barcelone, Espagne, 2019« .

    …

    …

    Cette fois-ci, l’image, au contenu très riche, ne se laisse pas aisément immédiatement décrypter,

    tant l’entremêlement des lignes et des surfaces colorées _ blanc, gris, noir, avec aussi deux courtes lignes rouges _,

    ne permet presque pas d’identifier ce dont il s’agit en cette scène,

    saisie ainsi _ à dessein _ de très près :

    …

    il pourrait peut-être s’agir là d’un bateau, à quai _ Barcelone est aussi un grand port… _, mais c’est peu discernable…

    …

    Cette image a pour moi quelque chose de kafkaïen _ Franz Kafka : 1883 – 1924 _ ;

    et aussi, vaguement _ mais plus lointainement _, de Juan Gris _ 1887 – 1927…

    …

    …

    Enfin, à la page 46, se trouve l’image légendée « Mexico, Mexique, 1966 » :

    qui compte parmi les toutes premières de la carrière photographique de Bernard Plossu, né en 1945

    _ Bernard Plossu avait alors ses grands-parents maternels qui vivaient au Mexique…

    …

    L’image n’a pas un brin vieilli.

    …

    Il s’agit d’une vue, légèrement de biais, prise à travers les barreaux, noirs, d’une fenêtre très moderne,

    d’un immeuble très moderne, lui aussi, tout blanc, et au semblable fenêtrage noir ;

    …

    avec une unique fine ligne verticale rouge, doublant une fine ligne verticale noire, partageant toutes deux l’image en deux parties égales.

    …

    L’effet obtenu en l’image

    a quelque chose d’un pastiche réussi de la géométrie d’un Mondrian… 

    …

    …

    Ce vendredi 13 novembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un merveilleux « Couler de source » de Jean-Christophe Bailly, dans les Petites Conférences de Bayard

    Jean-Christophe Bailly

    est toujours merveilleux,

    quels que soient les genres _ très variés _dans lesquels il choisit de s’exprimer.

    …

    Avec la plus grande justesse et infiniment de poésie.

    …

    …

    Aujourd’hui,

    il nous offre un magnifique Couler de source

    _ déjà, quel beau titre ! _,

    dans la très originale simplicissime collection _ créée par Gilberte Tsaï _ des Petites Conférences,

    des Éditions Bayard.

    …
    …

    « Les rivières et les fleuves séparent et relient, ils sont là, sans fin, et pourtant ils s’en vont.

    Que se passe-t-il entre le moment où l’eau jaillit et celui où elle finit par se jeter dans la mer ?

    Quel est le destin des gouttes d’eau ?

    Des grands fleuves du monde aux plus petits cours d’eau, des chutes les plus impressionnantes aux méandres les plus calmes,

    Jean-Christophe Bailly fait le récit de ces façonneurs de paysage _ voilà _

    et propose au lecteur un voyage de géographie passionnée _ c’est parfaitement cela !

    Il parle de paysage, de territoire, de nature et d’habitants

    avec érudition, pertinence et poésie » _ tout simplement !

    Et répond aussi aux questions subsidiaires des enfants.

    …

    C’est du très grand art !

    …
    …

    Ce jeudi 14 juin 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa