Étiquette : Jean-Luc Clairet

  • Le charme (musical) méconnu et magnifiquement révélé d’Adèle H. par Jean-François Verdier, son très bel Orchestre Victor Hugo, et ses excellents chanteurs…

    D’Adèle Hugo (Paris, 24 août 1830 – Suresnes, 21 avril 1915) _ la seconde fille, après Léopoldine (Paris, 28 août 1824 – Villequier, 4 septembre 1843), et cinquième enfant de Victor Hugo (Besançon, 26 février 1802 – Paris, 22 mai 1885) et son épouse Adèle Foucher (Paris, 27 septembre 1803 – Bruxelles, 27 août 1868) _, on a d’abord en tête le tragique portrait au cinéma du marquant film de François Truffaut « L’Histoitre d’Adèle H.« , dans lequel elle est incarnée par Isabelle Adjani.

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    Mais en 2004, Odile Blanchette alors conservatrice de Hauteville House, à Guernesey, a présenté au compositeur Richard Dubugnon des partitions manuscrites inédites d’Adèle Hugo, écrites lors de son séjour sur l’île avec son père. Persuadé de la qualité de cette musique, Dubugnon demande au directeur des Maisons Victor Hugo Gérard Audinet qu’il lui envoie des copies de ces mélodies. Après plusieurs années d’inventaire, mise au propre, et reconstruction pour certaines, ces partitions sont arrangées et orchestrées par ses soins pour être données en création mondiale par différents chanteurs et l’Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté, d’abord en mars 2023 à Besançon, puis en août 2023 à la Côte-Saint-André lors du festival de musique classique Berlioz.

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    Et voici que vient de paraître pour le label Alpha, un ravissant très très réussi CD « Adèle Hugo – Mélodies sur des Poèmes de Victor Hugo orchestrées par Richard Dubugnon« , le CD Alpha 1086,

    par l’Orchestre Victor Hugo et les chanteurs Adèle Hugo – Mélodies sur des Poèmes de Victor Hugo orchestrées par Richard Dubugnon, et le Chœur de l’Opéra de Dijon, tous placés sous la direction du décidément toujours parfait Jean-François Verdier, chef esemplaire.

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    Voici deux très positifs commentaires de ce ravissant CD,

    sous les plumes de Cédric Manuel, pour Forumopera.com, en date du 10 décembre 2024, intitulé « La Vie d’Adèle« ,

    et Jean-Luc Clairet, pour ResMusica, en date du 11 janvier 2025, intitulé « Adèle Hugo : la révélation » :

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    CD
    10 décembre 2024
    Reconstituées et orchestrées, les mélodies d’Adèle Hugo sur des textes de son père nous sont rendues avec délicatesse et brio

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    On a oublié Adèle Hugo. On l’a oubliée dès après son internement en 1872 sur demande de ce père écrasant qui l’aimait sans la comprendre. On l’a oubliée à sa mort 43 ans plus tard. On a d’ailleurs oublié les deux Adèle de Victor, mère et fille, parce qu’il y avait Juliette et Léopoldine, femme et fille préférées.

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    Puis on a redécouvert Adèle H, un jour, sous les traits d’Isabelle Adjani dans le long-métrage de François Truffaut, obsédée par son officier anglais jusqu’à en perdre la raison, déroutante, capricieuse, violente, jusqu’à devenir ce spectre enfermé, perdue pour le monde, pour un nouvel oubli.

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    « Pauvre Adèle », comme soupirait souvent son père. Lui-même avait-il oublié que sa fille était une artiste et que son monde à elle, c’était la musique ? Le patriarche, ami de Berlioz et de Liszt, savait pourtant bien qu’Adèle était une excellente pianiste et qu’elle avait suivi des cours de composition par correspondance avec Adoplhe Samuel, professeur au Conservatoire et même avec Ambroise Thomas. Mais celui qui aida tant Louise Bertin à se faire un nom n’a pas eu la même prévention pour sa fille.

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    Comme le rappelle la notice de ce très bel album _ oui ! _ consacré aux mélodies que la jeune femme a composées sur des extraits de poèmes de son père, on a redécouvert tardivement _ oui, oui : Odile Blanchette _les partitions de la compositrice qui, telle une Belle au bois dormant, se réveille à travers elles 100 ans après sa disparition.

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    Parfois incomplètes, ces pages couvrent plusieurs années d’écriture reconstituées patiemment, autour de poèmes et d’extraits des Misérables ; de même qu’elles révèlent des courtes partitions instrumentales, qui témoignent d’une inspiration parfois sombre (le « Bourdon ») ou pleine de mélancolie comme ce « Chant sans parole » pour violoncelle et piano.

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    Après ce long travail, les mélodies avec voix ont fait l’objet d’une orchestration subtile _ oui, et très réussie _ confiée par Jean-François Verdier, directeur musical de l’orchestre de Besançon – Victor Hugo (faut-il rappeler que ce dernier est né bisontin ?), à Richard Dubugnon avant de les enregistrer _ à Besançon en avril 2023, et Alfortville le 5 juillet 2024 _ pour le label Alpha.

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    Disons-le d’emblée, on ne boude pas son plaisir _ voilà ! _ en écoutant ces pages aimables, dont la simplicité parfois maladroite de l’autodidacte qui n’en est pas moins douée, n’atténue pas la fraîcheur _ oui, oui _, et elles s’inscrivent _ absolument ! _ dans le style des mélodies de leur temps.

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    Les artistes réunis pour l’occasion autour des musiciens de l’orchestre _ excellent ! _ précité défendent avec une belle conviction _ oui _ ces pages délicates _ en effet _, avec la voix gorgée de soleil qu’Anaïs Constans prête au joyeux « Oiseau qui passe », mais aussi à « Gavroche », avec notamment cette si célèbre et si poignante troisième chanson, celle des barricades, qui s’achève sur le dernier soupir de l’enfant atteint par une balle, « Je suis tombé par terre »… On frémira à l’écoute de l’excellent Laurent Naouri dans « l’Hymne des Transportés » où résonnent les échos poignants des proscrits portés avec lui par le chœur de l’Opéra de Dijon. Karine Deshayes magnifie l’amer « Regret » des Odes et ballades, et Isabelle Druet, le funèbre « Priez pour les morts » (extraits de la « Prière pour tous » des Feuilles d’automne), tandis qu’Axelle Fanyo prête sa voix chaude aux « Chants du crépuscule » et à « Flebile nescio quid » des Feuilles d’Automne, puis dans quelques strophes d’ « Encore à toi » tiré des juvéniles Odes et Ballades. Quant à Sandrine Piau, tour à tour espiègle et grave dans l’étonnante chanson des Châtiments, elle nous entraine délicatement dans la jolie ronde de la « Chanson de Jean Prouvaire », tirée des Misérables.

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    Une belle découverte, trop courte _ 57′ 52 _, qui rend justice _ enfin ! _ à cette artiste malmenée par la vie, écrasée par ses ombres, et pourtant si éloquente.

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    Adèle Hugo : la révélation

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    Le temps est enfin venu _ oui _ de faire entendre la voix des compositrices oubliées par l’histoire de la Musique. D’une constante inspiration mélodique _ mais oui ! _, la production d’ est de celles qui touchent immédiatement au cœur _ c’est très juste. Un très grand disque _ voilà ! _ de mélodies, orchestrées par et interprétées par une pléiade de valeurs sûres _ absolument _ du chant français.

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    Jusqu’ici s’appelait Adèle H. Le film _ en 1975 _ de François Truffaut, pour magnifique qu’il fût, semblait avoir définitivement tracé _ voilà _ pour la postérité le portrait de la dernière-née du grand écrivain français. On croyait tout savoir de celle qui, après que la folie obsessionnelle de la passion amoureuse l’eut éconduite de la société des hommes (c’était le scénario de L’Histoire d’Adèle H.), survécut de fait à ses géniteurs comme à la totalité d’une fratrie trop tôt décimée _  Charles Hugo (Paris, 3 novembre 1826 – Bordeaux, 13 mars 1871 ; François-Victor Hugo (Paris, 28 octobre 1828 – Paris, 26 décembre 1873. Celle qui avait été « une énigme » pour son illustre père (le grand homme de lettres alla jusqu’à confier à l’un de ses poèmes ses doutes quant à sa propre paternité _ tiens, tiens _), et semblait à jamais inscrite sur les tablettes de l’Histoire en femme malade trimballée sur vingt ans dans des maisons de santé, se révèle être aujourd’hui, l’année des 110 ans de sa disparition, une compositrice _ voilà ! Qui plus est, très inspirée _ vraiment…

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    Les 14 mélodies exhumées par les intérêts conjoints d’Odile Blanchette, la conservatrice de Hauteville House (la demeure-musée de Guernesey où Adèle vécut un temps avec son père après l’exil de ce dernier), du compositeur , de , chef de l’, font toutes montre d’un sens mélodique qui n’est pas sans évoquer celui du génie berliozien. Ni sucre, ni naphtaline _ absolument ! Une efficacité qui ne rime jamais avec facilité. Des Châtiments aux Misérables, toutes ces mélodies sans exception déposent leur musique aux pieds des vers du grand homme. Par quel mystère ce dernier, dont l’humanisme continue de percer dans la brume des dérives du Monde, a-t’il pu passer à côté du génie musical de sa propre fille, laquelle apprend-on également, fut non seulement l’auteur d’un conséquent Journal, mais aussi une virtuose du piano ? Quand on connaît le pouvoir thérapeutique de la musique sur le cerveau humain…

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    On aurait pu croire que la mélancolie serait maîtresse de cérémonie de la production musicale d’une jeune femme au destin aussi cahotant : elle est bien là (prégnants Chant du crépuscule I, Nuits de Juin, Flebile Nescio Quid) mais au côté du bonheur (La Chanson de Jean Prouvaire) comme de l’énergie militante (le beethovénien Ce que chantait Gavroche I, très proche de certain lied d’Egmont). Le magnifique Encore à toi réussit même le prodige de réunir les fragrances du grand Hector avec celles du divin Mozart. On a envie de tout fredonner _ mais oui _, voire de faire cortège avec l’irrésistible Hymne des transportés. Bref, un de ces disques enthousiasmants _ c’est parfaitement juste ! _ qu’aussitôt refermé, on a envie de faire rejouer _ oui !

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    L’album, remarquablement conçu _ oui _, entrecoupe ce magnifique florilège vocal de cinq mélodies sans paroles (et même presque sans titres), duos instrumentaux où peuvent briller en toute intimité quelques solistes de l’. Sous la direction de , la phalange bisontine (on reste en pays hugolien, la vieille ville espagnole étant, comme on le sait, la ville natale de l’écrivain) accompagne l’ouverture de cette malle aux pépites avec un recueillement ému. Plus copieux que lors du concert donné en 2023 au Théâtre Ledoux et à l’été qui suivit au Festival Berlioz, le disque l’est aussi en terme d’interventions chantées puisqu’aux pionnières et d’alors, sont accourues d’autres valeurs sûres du moment : , , et même .

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    On serait malvenu de chipoter quelques consonnes évanescentes çà et là, tant on gagne à l’option d’une prise de son qui tient à faire de ce merveilleux bouquet de cantatrices un instrument parmi d’autres, dans le but de faire entendre le superbe travail entrepris sur cinq années par (le compositeur dit, non seulement avoir dû orchestrer, mais aussi trier, compléter). C’est le cœur serré et l’œil humide qu’avec la sublime déploration Priez pour les morts, énoncée comme d’outre-tombe par une d’une somptueuse discrétion _ toujours excellente ! _, on prend congé d’, compositrice française.

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    Adèle Hugo (1830-1915) : Mélodies sur des poèmes de Victor Hugo (Nuits de Juin ; Châtiments ; Chants du crépuscule ; Flebile nescio quid ; Regret ; Chanson de Jean Prouvaire ; Ce que chantait Gavroche I, II et III;Hymne des transportés ; Chants du crépuscule I et II ; L’Oiseau passe ; Encore à toi ; Priez pour les morts). Avec : Karine Deshayes, Sandrine Piau, Axelle Fanyo, Anaïs Constans, sopranos ; Isabelle Druet, mezzo-soprano ; Laurent Naouri, baryton. Choeur (chef de choeur : Anass Ismat) de l’Opéra de Dijon. Orchestre Victor Hugo, direction : Jean-François Verdier. 1 CD alpha. Enregistrés en avril 2023 à l’Auditorium de La Cité des arts de Besançon et le 5 juillet 2024 au Studio de l’Orchestre National d’Ile de France. Notice trilingue (français, anglais, allemand) et livret bilingue (français, anglais). Durée totale : 57:52

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    Une superbe et très marquante réussite tant musicale que discographique, donc

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    Ce vendredi 24 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour compléter le dossier « Bolero – le mystère Ravel » du biopic d’Anne Fontaine…

    Afin de compléter-agrémenter un peu mon article d’avant-hier 9 janvier « La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé… « ,

    je me permets de renvoyer aussi, ce samedi 11 janvier 2025, à deux articles parus sur le site de Resmusica, en dates du 9 mars, sous la plume de Jean-Luc Clairet, « Bolero, le film : deux heures au musée« , et du 23 décembre 2024, sous la plume de Nathalie Filloux, « Ravel Bolero, le livre » :

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    « Bolero, le film : deux heures au musée« , le titre est déjà explicite ;

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    et « Ravel Bolero, le livre« .

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    Bolero, le film : deux heures au musée

    Le cinéma français se penche sur un grand compositeur français. Tous les atouts de la réussite sont réunis _ a priori. Mais la réalisation d’ ne s’affranchit pas suffisamment des carcans de l’hagiographie _ et demeure bien trop à la surface du « mystère » de l’homme Ravel…
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    Ken Russell (The Music lovers) avant-hier, Kirill Serebrennikov (La Femme de Tchaïkovski) hier : de l’Angleterre, de la Russie, et même de la France (Tous les matins du monde, d’Alain Corneau), la voie semblait enfin tracée. D’, entrée en fanfare dans le Septième Art avec le très audacieux _ et très réussi ! Sorti sur les écrans en septembre 1997, ce film est demeuré marquant… _ Nettoyage à sec, également à son meilleur avec le plus récent _ en 2016 _ Les Innocentes, on attendait autre chose que ce Bolero presque impersonnel, déjà destiné à allonger la funeste liste des films banals et compassés consacrés aux dieux de l’histoire de la musique.

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    Bolero est pourtant né sous les meilleurs auspices : la plume originelle de Pierre Trévidic, les mains d’ (embauché aussi pour régler son compte au _ méchant _ critique Pierre Lalo), le corpus envoûtant du compositeur (assez bref, il irrigue abondamment le film), le privilège opportun _ certes _ d’un tournage dans la maison _ si singulière, déjà _ du compositeur (le Belvédère, à Montfort-l’Amaury), une distribution aux petits oignons. Doria Tillier, mécène et amie subtile en Misia Sert, Emmanuelle Devos, merveilleuse Marguerite Long,   délectable Ida Rubinstein (surtout quand elle ne fait que parler, comme l’indiquent des scènes de ballet très découpés), Sophie Guillemin entérinant en Madame Revelot (la gouvernante de ) le splendide retour cinématographique acté en 2023 dans L’Île rouge de Robin Campillo, Anne Alvaro en monument _ splendide, oui, et en dépit de la brièveté de ses apparitions dans le film… _de bonté maternelle : toutes femmes _ oui, je l’ai aussi remarqué… _ (Vincent Perez en Cipa, se chargeant seul du versant de l’amitié masculine) aux petits soins du Maurice le plus célèbre de France, incarné avec une vraisemblance indiscutable _ maisoui ! _ (il joue même les 80 % de la copieuse bande-son) par Raphaël Personnaz.

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    Le Mystère Ravel, sous-titre l’affiche du film. Discret, secret _ c’est d’une incontornable évidence… _, n’a rien lâché _ jamais _ de sa vie intime. Si le musicien est connu sur les cinq continents (le très habile générique début fait se succéder les interprétations les plus inattendues du chef-d’œuvre), l’homme est un mystère dont l’on espérait bien _ en effet ! _ que la réalisatrice allait avoir à cœur de passer la carapace aux rayons X de sa caméra. Lorsqu’elle s’y emploie effectivement, l’objectif s’émeut dont l’on goûte le mouvement délicat au cours d’une scène très gracieuse consacrée aux questionnements de Misia à l’adresse de celui qui avoue de lui-même ne pas beaucoup mettre son cœur à contribution _ du moins son exposition publique… Le Ravel de Fontaine en probable messie _ mais c’est là beaucoup s’avancer : ne pas confondre réalité et exposition publique : Ravel était seulement un homme discret, délicat, et secret… _ du no sex en vogue, voilà qui est habilement effleuré.

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    Dans la foulée de ce presque aveu _ pas vraiment… _, le film, ainsi que son titre l’indique, préfère suivre à pas comptés la genèse de la pièce la plus sexuée _ érotique _ du compositeur : le Bolero, cette danse espagnole du XVIIIᵉ siècle que lui réclama, en 1927, la danseuse des Ballets russes, Ida Rubinstein _ Ravel avait aussi envisagé Fandango…. De ce tube planétaire (un carton final affirme que, tous les quarts d’heure, le Boléro de Ravel démarre quelque part dans le Monde _ mais oui ! _), de cette vache à lait sonnante et trébuchante que des ayants-droits veulent aujourd’hui encore arracher à l’escarcelle du domaine public, Ravel qui, à la fin de sa vie, doutait qu’il en eût été l’auteur, confiera à Honegger : « Je n’ai fait qu’un chef-d’œuvre, c’est le Bolero ; malheureusement il est vide de musique. »

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    Fait d’aller-retours temporels (la tournée américaine de 1928, l’échec à répétition des cinq Prix de Rome, l’armée dont, assez curieusement, Ravel tint à forcer l’entrée _ il en avait été régulièrement exempté pour des raisons de poids et de taille _, la maladie neurodégénérative qui l’emportera trop jeune…), le film radiographie l’élaboration de la scie musicale la plus fameuse de la planète (pensée pour le désopilant Batteur du Bolero de Patrice Leconte _ en 1992 _ avec Jacques Villeret). Comme dans une des éditions discographiques des Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, où l’on peut suit note à note comment Michel Legrand finit par trouver la mélodie « Nous sommes deux sœurs jumelles », , à l’instar d’un guide de musée, suit le travail d’entomologiste de au piano à la recherche du thème que les ouvriers chanteront bientôt sur les chantiers. Elle le montre également _ déjà à l’ouverture, quasi bruitiste, du film _ faire musique de tous les bruits de son quotidien (« Mon inspiration vient des machines », disait-il _ et son père, Pierre-Joseph Ravel, était un très ingénieux ingénieur… _). La leçon de la réalisatrice, dont le père _ Antoine Sibertin-Blanc (1930 – 2012) _ était compositeur et organiste, elle-même danseuse, est certes instructive, mais on la suit d’un œil davantage scolaire que cinéphilique.

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    Anne Fontaine réussit néanmoins presque sa conclusion. Les dernières scènes suscitent l’admiration : dans un très beau noir et blanc, les derniers instants de Ravel font défiler toutes les femmes de sa vie, sans oublier Maman (on sait combien le compositeur s’effondra au décès de cette dernière _ le 5 janvier 1917 _) avant de passer le relais à François Alu, danseur étoile de l’Opéra de Paris, dont le surgissement, l’animalité sensuelle sans entraves, propulse enfin le film à la hauteur qu’on lui souhaitait. Mais la séquence, formidablement filmée et chorégraphiée, est beaucoup trop brève _ probablement. Les deux heures pleines du film n’autorisaient-elles pas toute la place aux seules 15 minutes du Bolero ? On regrette _ pas moi ! _ Claude Lelouch, et son Les Uns et les autres, dont la caméra se laissait envoûter par le sublime en action : le corps de dans la géniale (et intégrale) chorégraphie d’un autre célèbre Maurice français, Béjart.

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    Le dernier plan du film, dédié à la gloire de Raphaël Personnaz en Ravel chef d’orchestre, nous ramène naïvement au musée. Peut-être Anne Fontaine, très documentée, voulait-elle rappeler aussi les mots vachards de la fidèle Marguerite Long : « C’était un très mauvais pianiste et un chef d’orchestre encore pire. »

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    Crédits photographiques : © SND Distribution

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    Boléro. Un film d’Anne Fontaine. Scénario : Anne Fontaine, Claire Barré, avec la collaboration de Pierre Trividic, Jacques Fieschi, Jean-Pierre Longeat. Avec : Raphaël Personnaz, Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos, Sophie Guillemin, Dora Tillier, Anne Alvaro, François Alu, Vincent Perez, Serge Riaboukine, Alexandre Tharaud, Florence Ben Sadoun, Mélodie Adda, Marie Denarnaud.. Musique : Maurice Ravel (1875-1937). Frédéric Chopin (1810-1849). Musique additionnelle et Direction musicale: Bruno Coulais. Distribution : SND Distribution. Sortie le 6 mars 2024. Scope 2/35. Durée : 120:00

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    Et puis : 

     

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    Ravel Boléro, le livre

    Accompagnant l’exposition présentée au Musée de la musique – Philharmonie de Paris jusqu’en juin 2025, le catalogue « Ravel, Boléro », sous la direction de Lucie Kayas, se veut un beau-livre à part entière.
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    C’est la maison de qui ouvre l’ouvrage grâce à une iconographie spécifique, reproduite sur un papier de couleur foncée, bien différenciée. En premier, la plaque en céramique du « Belvédère », ensuite une vue extérieure en dézoomant en quelque sorte, puis les intérieurs, si raffinés _ en effet _ : le salon, la chambre, le bureau, et enfin le piano pour plonger au cœur de l’univers du compositeur. Le ton est donné. D’autres photographies des lieux viendront en pages de conclusion, dont le petit jardin et son bassin moussu, si intime.

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    Dix-huit chapitres structurent l’ensemble sur le modèle des dix-huit entrées de la partition du Boléro. Tour à tour musicologues, compositeurs, écrivains et artistes se succèdent pour évoquer telle ou telle facette ravélienne, illustrée par les images des objets, dessins, tableaux et partitions exposées dans le cadre de l’exposition. Entre chaque section, des extraits de correspondances de Ravel ou à son sujet ponctuent la lecture.

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    L’écrivaine Claire Houdart évoque les influences nouvelles, dont le japonisme, dans la décoration du Belvédère, qu’elle décrit, et que l’on retrouve dans la musique du compositeur. Le musicologue François Dru présente l’écriture et le parcours de la partition d’une œuvre dont « la magie reste entière », « une étonnante machine » pour Pierre Korzillius commissaire de l’exposition, qui va jusqu’à être comparée avec gourmandise à un dessert par le chef Klaus Mäkelä. Le spécialiste de Ravel, Manuel Cornejo nous parle du penchant de Ravel pour un « hispanisme flamboyant » selon le mot du poète René Chalupt, tandis que pour le musicologue Emmanuel Reibel, Ravel reste « un grand enfant émerveillé et farceur », « un magicien de l’orchestre » pour l’éditeur Jean-François Monnard. Le fort attrait du compositeur pour la danse est évidemment central quand on parle du Boléro. « L’âme de la danse peut être perçu dans l’esprit même de ses compositions, dans ses rythmiques et ses pulsations » souligne Claude Abromont. Bien évidemment une section est consacrée à la danseuse Ida Rubinstein commanditaire de l’œuvre, à qui le ballet est dédié et qu’elle danse en 1928. Le chorégraphe Dominique Brun dresse son portrait de femme forte et pionnière (« son goût pour la beauté », « l’intensité de sa présence » quand « sa musicalité la met en mouvement »). Le percussionniste de l’Orchestre de Paris, , parle lui de la difficulté de jouer le Boléro, de l’importance du placement de la caisse claire… La transe est même plus loin expliquée du point de vue d’une psychanalyste. Et pour revenir sur terre, la succession compliquée de  fait l’objet d’un chapitre entier : « une affaire de droits d’auteur ».

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    Ce livre-catalogue, ni biographie du compositeur, ni essai musicologique sur l’œuvre, s’appréhende plus par touches et impressions, notes et pensées, réhaussé significativement par la belle iconographie relative aux collections de la BnF, décrites dans une section par , conservateur général au département de la musique.

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    En somme, un beau-livre qui peut tout à fait mener sa vie par lui même.

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    Voilà ce complément à mon article d’avant-hier « La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé… « …

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    Ce samedi 11 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Et la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris 2024, au Stade de France…

    Et en complément à mon article d’avant-hier 12 août « « ,

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    cet article-ci « La cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris 2024 : Liberté, Egalité, Universalité« 

    d’hier 13 août 2024,

    de la plume de Jean-Luc Clairet, sur le site de ResMusica :

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    Instagram

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    Quinze jours après une cérémonie d’ouverture _ très réussie ! _ qui n’a toujours pas fini de faire couler encre et salive, la cérémonie de clôture, en dépit de quelques aléas, et de quelques longueurs inhérentes au genre, brandit haut rien moins qu’une devise de bientôt deux cents ans d’âge : celle de la France.

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    Quoique l’unisson des commentateurs s’acharne à faire accroire, il y aura bien eu deux types de spectateurs des Jeux Olympiques : ceux qui en auront suivi l’intégralité, friands de performances sportives, et ceux qui se seront contentés de leurs cérémonies d’ouverture et de clôture, curieux de voir ce que , metteur en scène qu’ils avaient apprécié au théâtre, à l’opéra, allait faire de deux soirées destinées à être scrutées dans le monde entier. La première, très voyageuse et d’une audace folle, a fait frissonner jusqu’en France, ce qui ne manque pas d’étonner dans le pays qui a fait du concept de laïcité le maître-mot élémentaire du « Vivre ensemble ». La seconde, quasi-cantonnée dans un seul lieu, sera apparue plus sage même si tout aussi rassembleuse, des 70 000 spectateurs présents dans le Stade de France aux millions d’autres rivés sur leurs écrans trois bonnes heures durant.

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    Depuis le 26 juillet, la barre était de toutes façons placée très haut, ainsi que le rappelle, sur une musique qui n’est pas sans rappeler l’Adagio de Samuel Barber, un prologue alignant les moments hauts en couleur de la cérémonie d’ouverture, dont l’émotion immédiate qu’ils suscitent en dit long sur la place déjà mythique que celle-ci occupe dans la mémoire collective, de cette cavalière nocturne chevauchant la Seine sans dévier de sa route jusqu’à cet embrasement de la vasque olympique qui ne déparerait pas le finale de La Walkyrie !

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    Le Prologue, d’emblée dédié à la jeunesse, séduit avec deux noms encore inconnus du grand public un an plus tôt. La virevoltante Zaho de Sagazan, concentré de grâce _ tristounette, pour ne pas dire funèbre, à mon goût, et manquant singulièrement de voix… _ incarnée en noir et blanc, accompagnée par le Chœur adolescent de l’Académie Hendriks-Haendel dirigé par Jean-Christophe Spinozi, relit _ bien piteusement _ le Sous les ponts de Paris d’Edith Piaf. La nouvelle future « personnalité préférée des Français », le poisson humain Léon Marchand (quadruple médaille d’or) refait faire le parcours inverse à la flamme olympique, du Jardin des Tuileries au Stade de France où il l’éteindra de son souffle.

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    Entre-temps musique et sport se seront épaulés sans relâche. Face à la tribune présidentielle, Zahia Ziouani dirige son Orchestre symphonique Divertimento, né à quelques encablures du stade. La diversité musicale, surtout festive, aura quant à elle été toute relative, avec un répertoire classique clairement à l’arrière-plan _ en effet ! _ : un Fauré inconnu, une pincée des Sirènes de Debussy, une Marseillaise dont l’idéale flamme berliozienne n’a pas été préférée à celle, aux angles plus arrondis, de Victor Le Masne, compositeur de la bande-son de ces JO, notamment de Parade, refrain repris comme un mantra, en signature musicale de ces jeux 2024.

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    Sur le sol du Stade de France, on découvre la pièce maîtresse de la soirée : le planisphère dessiné au sol par la scénographe Emmanuelle Favre, sorte de microcosme du monde, avec ses cinq continents stylisés et reliés par des passerelles. La levée des couleurs du drapeau français donne le la de l’invasion du planisphère par les étendards de tous pays, portés par les athlètes : un moment dont le confraternel coloré réalise le temps d’un soir le rêve d’une seule nation, mais dont le versant micro-trottoir s’avère sur la durée un brin lassant _ ouais _ avec sa pléthore de saluts, de sourires, de cocoricos et de biceps brandis face caméra. On avait entendu France Gall et Philippe Katherine le 26 juillet : le 11 août, on entendra Johnny Hallyday (dont le Que je t’aime semble faire aujourd’hui fonction d’hymne national bis), Michel Polnareff, on s’époumonera avec Charles Aznavour, Joe Dassin, Freddie Mercury au moment du karaoké géant souhaité par un Jolly qui aura même réussi à faire du public une seule nation chantante. On remercie longuement les 45 000 volontaires qui ont joué les bénévoles et sans lesquels l’événement n’aurait tout simplement pas pu avoir vu le jour. Avant que la soirée soit interrompue par un clip (il y en aura d’autres, comme celui consacré au voyage incroyable de la flamme dans les plus beaux sites de France) consacré au Marathon pour tous où chacun aura pu s’élancer dans Paris sur les traces des athlètes, on remet ensuite longuement, très longuement, trop longuement, les dernières médailles de ces JO 2004, celles du marathon féminin. Même la quadruple ceinture de projecteurs implantés aux différents étages du lieu semble frétiller d’impatience…

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    Ce n’est qu’au bout d’une heure quinze, à la tombée de la nuit, que le Stade de France peut enfin entamer sa mue. Le corps cultivé n’est rien si le cerveau ne l’est pas : ce sera la mission des quarante minutes de Records, la partition cosmique de Clément Mirguet, que de parvenir à faire vibrer la fibre culturelle des aficionados.  Doublement bien nommé, Records évoque le record sportif mais aussi, en anglais, Golden Voyager Record, le disque, celui que le monde a envoyé en 1977, via la navette Voyager, aux confins de l’univers, afin de faire connaître le génie humain à d’éventuels extraterrestres. C’est l’un d’eux (très différent de celui dont le réalisateur John Carpenter avait fait en 1984, le héros de son très touchant Starman) que, dans un futur lointain, et dans un foisonnement de lasers qui avait déjà transcendé son récent Starmania, Thomas Jolly fait atterrir du toit du Stade de France sur le planisphère déserté, abandonné aux caprices des seuls quatre éléments : ce Golden Voyager, incarné par le danseur-contorsionniste Arthur Cadre, fascinant insecte d’or immatériel magnifié par la patte du costumier Kévin Germanier, découvre, épars sur les cinq continents, les cinq anneaux olympiques, qu’une armée d’hommes de Vitruve surgis du sol, tombés du ciel (des performeurs du parkour, du street show, du break dance, du cirque et les gymnastes de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris), et chorégraphiés par Kévin Vivès, va réunir à nouveau, dans l’esprit qui anima Pierre de Coubertin en 1894 quand il décida de réanimer la flamme allumée dès les premiers jeux à Olympie 28 siècles plus tôt. Les JO, alors synonymes de trêve dans le quotidien _ au moins, voilà _ déjà houleux des hommes et des femmes de la planète, ambitionnaient rien moins que d’ouvrir les âmes au sentiment du respect mutuel, base de l’entente entre les hommes. Le passage obligé de l’Hymne grec fait se lever des sables du Temps la Victoire de Samothrace. met aussi les spectateurs en scène, faisant de ces derniers la toile de fond en mouvement des fresques qui ornent les vases antiques au moyen de bracelets led. Malgré de superbes plans télévisuels vus du ciel, la caméra semble quelque peu débordée par la sombre beauté du moment, ignorant quasiment les volutes des toiles en folie s’agitant à la surface des continents.

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    Cette performance esthétique gravit un cran à l’apparition d’un piano s’élevant à la verticale sous les doigts d’Alain Roche, vêtu pour le second instant classique de la soirée d’une longue houppelande noire tissée avec des bandes de cassettes VHS ! Le pianiste suisse accompagne Benjamin Bernheim, accouru de Salzbourg, deux jours avant la première des Contes d’Hoffmann mis en scène par Mariame Clément, pour faire découvrir à la planète entière l‘Hymne d’Apollon, le plus ancien de la Grèce Antique, daté du IIème siècle avant notre ère, et harmonisé au XIXème par . Dès les premiers mots (Ô Muse de l’Hélicon), on fond à l’écoute _ mais pas assz sonore ! _ du style ardent et gracieux du ténor français que Jolly a mis en scène dans Roméo et Juliette :  ce très prenant oasis intemporel, véritable instant suspendu, apporte au sidéral Records de l’émotion qui fait défaut au caractère mystico-tribal de sa partition.

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    Une fois les anneaux olympiques réunis, la touche française de jadis, Debussy et Fauré, fait place à la French Touch d’aujourd’hui : (la BO de The Virgin Suicides), (le Nightcall de Drive avec une entrée remarquée d’Angèle), le rappeur cambodgien VannDa et le groupe , quelque peu débordé par la ferveur envahissante des athlètes qui franchissent spontanément les limites du plateau avant d’être plusieurs fois rappelés à l’ordre.

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    Parade poursuit son siège au forceps des cerveaux pour annoncer les allocutions vibrantes de Tony Estanguet « On voulait des images fortes… Paris est redevenu une fête… On s’est réveillé dans un pays de supporters déchaînés qui ne veulent plus s’arrêter de chanter… » et fortes de Thomas Bach : « Vous avez vécu ensemble en paix sous un même toit… vous vous êtes embrassés… vous vous êtes respectés malgré les guerres et les conflits qui déchirent vos pays… Vous avez créé une culture de la Paix… Les JO ne peuvent instaurer la Paix mais ils sont une œuvre de paix… Les premiers JO placés sous le signe d’une parfaite parité hommes/femmes… Ce furent des JO d’une nouvelle ère.»

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    Entonné par la Maîtrise de Fontainebleau, l’Hymne Olympique composé par sert de transition vers la dernière partie de la cérémonie : la maire de Paris, Anne Hidalgo, visiblement comblée, passe symboliquement le drapeau olympique à Karen Bass, maire de Los Angeles, où la flamme olympique se rallumera en 2028. Tandis que Her, étoile montante en son pays, fait retentir le Star Sprangled Banner, les projecteurs pivotent vers le sommet du Stade, où les attendait, en chair et en os, prophétisé par de dommageables divulgâchages, Tom Cruise soi-même, se lançant en rappel dans le vide ! Ironie du sort : tandis que le présentateur-télé évoque les missions impossibles qui ont fait la gloire de l’acteur-cascadeur américain, on assiste aux vaines manœuvres de ce dernier pour libérer le drapeau aux 51 étoiles prévu pour rendre plus flamboyante encore sa vertigineuse descente. Un aléa qui ne l’empêche pas de courir à travers la foule des athlètes dont il serre les mains, qu’il embrasse, d’investir la scène, de s’y emparer du drapeau olympique, de s’enfuir avec lui à moto à travers Paris, de monter avec son engin dans la soute d’un avion qui le conduit à Hollywood, de rouler à tombeau ouvert au sommet de la mythique colline où il peut enfin rajouter trois anneaux aux deux O qui dominaient déjà la célèbre cité du cinéma ! Une bande-annonce digne d’un blockbuster pour signifier que c’est bien sur la Côte Ouest des États-Unis que la flamme que Léon Marchand va éteindre se rallumera. Une Côte Ouest où, en attendant, dos au Pacifique, sur une scène beaucoup plus spartiate _ cheap… _ que le planisphère de Thomas Jolly, défilent quelques gloires de la scène musicale du moment : Red Hot Chili Peppers, Billie Eilish, Snopp Dog, Dr Dre.

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    Retour au Stade de France pour un dernier mot français, et non des moindres. Après que l’on a annoncé que la fête allait continuer avec les tout prochains Jeux Paralympiques, voici que, partie du continent australien, s’avance en direction du continent américain, une dernière interprète, , aussi classieusement sanglée de noir que Céline Dion l’était de blanc au finale de la cérémonie d’ouverture. Avant d’être couronnée par le point final d’un feu d’artifice qui n’est pas sans donner au Stade de France des allures de gâteau d’anniversaire, avant un dernier Parade de pour la route, la chanteuse déroule sobrement la chanson que Jacques Revaux composa en 1967 pour Claude François, My Way. Un ultime, très parlant, et très émouvant symbole que de faire chanter cette chanson, par , chanteuse française qui, bien qu’adoubée aux Victoires de la Musique 2021, puis intronisée en Marraine de la Francophonie par Emmanuel Macron soi-même, avait préféré s’exiler en Belgique en raison du passé colonial français, avant de revenir à Paris. De l’ouverture à la clôture des Jeux Olympiques de Paris 2024, Thomas Jolly, décidément l’homme de la situation _ oui _, aura jusqu’au bout fait en sorte que son pays, la France, remporte la plus belle des médailles d’or : celle de l’universalisme.

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    Crédits photographiques :  photos 1 et 3 © Paris Olympics ; photo 2 @ Paris Olympics 2024 PA Media – Alamy

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    Modifié le 14/08/2024 à 10h41

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    Dont acte.

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    Ce mercredi 14 août 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un très juste retour à la ravelienne « L’Heure espagnole » des Siècles et François-Xavier Roth…

    Ce jour,

    un remarquable très juste article de Jean-Luc Clairet sur le site de ResMusica, intitulé « Une heure en Espagne avec François-Xavier Roth et Isabelle Druet« …

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    Une heure en Espagne avec François-Xavier Roth et Isabelle Druet

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    Le chef des Siècles poursuit son exploration de l’univers ravélien. Pour L’Heure espagnole, il invite Isabelle Druet à remettre sa Concepción sur le métier discographique. Il fait de même avec le Boléro, qu’il enregistre cette fois dans une instrumentation tout à fait inhabituelle.

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    En 2016, Isabelle Druet avait déjà gravé avec Leonard Slatkin (CD Naxos) le premier des deux opéras de Maurice Ravel. Pour paraphraser un célèbre critique (il fut rédacteur en chef du seul magazine d’opéra français), elle a exactement « la voix du rôle ».Comme son actuelle consœur Stéphanie D’Oustrac, comme leur aînée à toutes deux : Jane Berbié. La voix qui convient à cette surprenante pantalonnade, qualifiée en son temps de « vaudeville pornographique », aujourd’hui encore toujours désarçonnante pour qui la découvre, mais, à y réfléchir, finalement pas plus inconséquente que la moindre pièce de Feydeau. Ce succès théâtral de Maurice Étienne Legrand (alias Franc-Nohain) avait séduit le compositeur : d’avril à octobre 1907, il en réalisa la preste version musicale piano-chant, et, en 1909, le complet achèvement orchestral. Composée en même temps que la Rhapsodie espagnole, L’Heure espagnole est, comme ce chef-d’œuvre pour orchestre, l’occasion pour Ravel de mettre en note subtiles les fragrances hispanisantes échappées jusqu’à Saint-Jean de Luz, sa villégiature estivale à deux pas de Ciboure, commune où il avait vu le jour. Une miniature (moins de cinquante minutes de musique) mais un grand orchestre pour un scénario souriant qui professe qu’en amour, le tour de chacun arrive tôt ou tard _ voilà ! _, de quelque milieu social que l’on soit : une philosophie de vie qui méritait assurément son opéra.

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    Entre ses deux soupirants (Don Iñigo Gomez, banquier pesant ; Gonzalve, poète autocentré) et un déménageur dévoué _ Ramiro _ qu’elle fait cavaler entre boutique et chambre, Concepción est une femme qui a fort à faire lorsque son horloger de mari s’absente une heure par semaine. L’héroïne de L’Heure espagnole est une femme entourée d’hommes. De même Isabelle Druet est une cantatrice entourée de la fine fleur virile de l’actuel chant français _ voilà _ : en Don Iñigo Gomez, un Jean Teitgen imposant autant que ravi de s’adonner à l’auto-dérision ; en Gonzalve, un Julien Behr élégant et ivre de sa prose ; en Torquemada, un Loïc Félix mercantile et lucide, tous coiffés au poteau par le Ramiro juvénile de Thomas Dolié, suprême en ravi de la crèche. Les Siècles huilent avec virtuosité les ressorts de cette brève heure d’ horloge que Ravel, dix ans plus tard, complétera par son second opéra _ sur un livret de Colette _ L’Enfant et les sortilèges, les deux œuvres, génialement différentes _ oui _, formant un diptyque idéal dont l’on comprend mal qu’ils soient si rarement donnés dans sa globalité à la scène _ en effet.

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    Si L’Heure espagnole, introduite par une merveilleuse volière de tic-tacs _ oui _, voit son lyrisme systématiquement empêché, inféodé qu’il est au rythme de la conversation _ qui va bon train, oui _, il en va tout autrement pour le Boléro composé vingt ans plus tard : « sans musique », dixit François-Xavier Roth (deux mélodies majeur/mineur et un seul rythme), il n’est que transe hypnotique immortalisant son auteur en charmeur de serpent musical _ oui. Le voici proposé dans une nouvelle édition critique qui réintroduit, à la place de la caisse claire, le tambour (et même deux : initiative qui ferait retrouver le sourire à Jacques Villeret, génial interprète du Batteur du Boléro de Patrice Leconte) : le sarrussophone à la place du contrebasson, et même les castagnettes d’origine, « tous instruments précis pour lesquels Ravel a composé », spécifie encore Roth. Les Siècles rutilent bien évidemment _ oui ! _ dans cette redécouverte….

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    Maurice Ravel (1875-1937) :

    L’Heure espagnole. Loïc Félix, ténor (Torquemada) ; Isabelle Druet, mezzo-soprano (Concepción) ; Julien Behr, ténor (Gonzalve) ; Thomas Dolié, baryton (Ramiro) ; Jean Teitgen, basse (Don Iñigo Gomez) ;

    Les Siècles, direction : François-Xavier Roth.

    1 CD Harmonia Mundi.

    Enregistré à La Seine Musicale, Boulogne-Billancourt les 23 et 24 mars 2021.

    Notice de présentation trilingue (français, anglais, allemand).

    Durée : 64:36

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    Un très lucide article, pour un chef d’œuvre de CD.

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    Ce mercredi 13 septembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa