Étiquette : Jean-Philippe Rameau

  • Saluer cette fois la reconnaisssance du génie musical de Henry Desmarest (1661 – 1741), le brillant compositeur d’ »Iphigénie en Tauride », ce maillon important, et jusqu’ici oublié, de l’histoire de l’opéra français, entre Lully (1632 – 1687) et Rameau (1683 – 1764)…

    En mon article du 31 janvier dernier, « La bienheureuse assurance désormais rayonnante de l’un peu trop discret jusque là, presque timide, Thomas Dolié, baryton magnifique, à la voix splendide et au jeu délié et intelligent : superbe Oreste d’une radieuse « Iphigénie en Tauride » d’Henry Desmarest (1661 – 1741) et André Campra (1660 – 1744), une tragédie en musique idéalement ressuscitée au disque par le Concert Spirituel et Hervé Niquet…«  ,

    c’était principalement la performance du superbe Oreste de Thomas Dolié, en cette « Iphigénie en Tauride » de Desmarest et Campra _ créée par l’Académie Royale de Musique à Paris le 6 mai 1704 _,  que je tenais d’abord à saluer en ce brillantissime double CD Alpha 1106, du Concert spirituel et Hervé Niquet…

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    Mais ce soir,

    c’est bien d’abord le compositeur Henry Desmarest lui-même (Paris, février 1661 – Lunéville, 7 septembre 1741), qu’en saluant l’excellent commentaire de Pierre Degott que donne de ce double CD Alpha 1106 de l’ »Iphigénie en Tauride » de Desmarest et Campra, en son bel article de ResMusica intitulé « Avant Gluck, Iphigénie en Tauride mise en musique par Campra et Desmarest« , je désire ici cette fois saluer…

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    Belle découverte d’un ouvrage à la genèse _ en effet bien _ difficile _ et cela pour des raisons totalement extra-musicales ! _, créé en 1704 et tombé dans l’oubli après un succès non négligeable. Sous la baguette d’ à la tête du Concert Spirituel, des interprètes expérimentés et d’autres plus jeunes défendent avec ardeur un ouvrage qu’on verra _ en effet _ comme un maillon _ important, bien que jusqu’ici hélas oublié _ dans l’histoire de l’opéra français.

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    Inspiré lui aussi directement de la tragédie d’Euripide, le livret de Jean-François Duché de Vancy et Antoine Danchet _ deux librettistes successifs, pour deux compositeurs eux aussi successifs ! _ pour Iphigénie en Tauride, se distingue à plus d’un titre de celui bien connu de Nicolas-François Guillard, conçu dans les dernières années de l’Ancien Régime pour l’opéra réformé de Gluck. En 1779 les codes de l’opéra n’avaient plus rien à voir _ en effet _ avec ceux de la tragédie lyrique du temps de , et le texte initialement conçu par Duché de Vancy _ pour Henry Desmarest _ répondait aux canons littéraires encore en vogue en 1696, lorsque Desmarest reçut sa commande _ voilà le départ de cette œuvre qui sera composite, lors de sa création à Paris le 6 mai 1704. Condamné trois ans plus tard _ en 1699 _ pour après avoir épousé une jeune fille de la noblesse sans le consentement familial, le compositeur forcé à l’exil _ voilà ! _ fut contraint de laisser derrière lui sa partition inachevée, laquelle fut ensuite remise à , chargé par l’Académie de terminer l’œuvre. Avec l’aide de son collaborateur habituel Antoine Danchet, qui remania certains pans du livret _ de son confrère François Duché de Vancy _, Campra compléta l’ouvrage _ voilà, voilà ! _ dont il dut entièrement composer le prologue et l’ouverture, s’efforçant de couler son écriture dans le style de Desmarest tout en ajoutant ici et là quelques pages virtuoses destinées à souligner le caractère brillant de l’œuvre.

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    De ce travail collaboratif, dû à deux écrivains et à deux musiciens _ oui, oui _, résulte une partition dont nul ne pourra mettre en cause l’unité ou l’homogénéité _ et c’est là déjà une forme d’exploit _, conforme en tout cas au modèle classique de la tragédie lyrique portée à son aboutissement par Lully _ avec la collaboration (ou plutôt la coopération, pour reprendre le juste distinguo proposé par Bernard Sève en son magistral « Les Matériaux de l’art » ; cf là-dessus la vidéo (de 59′ 23″) de notre entretien à la Station Ausone le mardi 14 janvier dernier… L’ouvrage n’en lorgne pas moins vers une écriture vocale plus mélodique, moins dominée par la déclamation propre à l’esthétique française _ marquée par le génie de librettiste de Lully qu’avait été le magnifique Philippe Quinault (Paris, 3 juin 1635 – Paris, 26 novembre 1688) _ et déjà légèrement marquée par l’influence italienne _ initiée par les travaux de Sébastien de Brossard (Dompierre, 12 septembre 1655 – Meaux, 10 août 1730). Même s’il ne s’agit sans doute pas d’un chef d’œuvre absolu, cet ouvrage habile et bien fait _ et un peu mireux que cela… _ constitue à n’en pas douter un maillon _ important ! _ qui manquait à notre compréhension de l’évolution et du positionnement de l’opéra français au tournant du dix-huitième siècle _ voilà, voilà…

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    Confié à des artistes chevronnés aussi bien qu’à une brochette de jeunes chanteurs en devenir, l’enregistrement proposé ici brille par la qualité et l’homogénéité de sa distribution _ en effet : c’est très juste ! Sans doute cette dernière est-elle dominée par , spécialiste du répertoire de l’opéra baroque français, dont on continue à admirer la diction toujours autant magistrale tout en se grisant du léger vibrato qui sait si bien donner couleurs et substance aux mots de livret. À ses côtés, le baryton  campe un Oreste noble et digne, émouvant et convaincant _ superbe ! _ dans les scènes qui le confrontent à sa sœur _ cf mon article « La bienheureuse assurance désormais rayonnante de l’un peu trop discret jusque là, presque timide, Thomas Dolié, baryton magnifique, à la voix splendide et au jeu délié et intelligent : superbe Oreste d’une radieuse « Iphigénie en Tauride » d’Henry Desmarest (1661 – 1741) et André Campra (1660 – 1744), une tragédie en musique idéalement ressuscitée au disque par le Concert Spirituel et Hervé Niquet… » en date du 31 janvier dernier…. en Pylade fait preuve comme à son accoutumée _ oui, oui ; cf les articles que je lui ai consacrés à maintes reprises, jusqu’à celui du 22 janvier Dernier pour saluer sa magnifique prestation dans son récent CD Alpha 1104 « Mozart – Concert Arias » : « Se délecter au charme idéal de Reinoud van Mechelen interprétant des airs de concert de Mozart, en le CD Alpha 1114 « Mozart – Concert Arias – Reinoud van Mechelen – A Nocte Temporis » : quel plaisir !« …  _ de toute sa sensibilité musicale grâce à sa voix de haute-contre parfaitement maîtrisée _ tout cela est fort juste..

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    Le reste de la distribution se montre à la hauteur des têtes d’affiche, et l’on ne manquera pas de citer les belles interventions d’Olivia Doray en Électre, de en Thoas et de en Diane, sans oublier , , , en charge d’un certain nombre de petits rôles certes courts mais essentiels au déroulement de l’action.

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    Très impliqués dans la recherche de couleurs instrumentales riches et variés, les musiciens du Concert Spirituel font la démonstration de tout le panache _ oui _ dont ils sont capables, alternant les moments d’introspection et de recueillement avec les pages plus brillantes qui sont le propre de ce genre lyrique, où la musique de ballet joue _ aussi : à la française ! _ un rôle primordial. La direction d’, précise et incisive, insuffle aux choristes et aux instrumentistes toute l’énergie nécessaire pour donner force et crédibilité _ oui, oui ; et noblesse tragique…  _ à une histoire bien connue de toutes et de tous, qu’on se réjouit d’entendre dans une nouvelle adaptation musicale. Un plaisir pour l’oreille comme pour l’esprit _ c’est là fort bien résumé !

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    Henry Desmarest (1661-1741) et André Campra (1660-1744) :

    Iphigénie en Tauride, tragédie en un prologue et cinq actes.

    Livret de Jean-François Duché de Vancy et Antoine Danchet.

    Avec Véronique Gens, soprano (Iphigénie) ; Reinoud Van Mechelen, ténor (Pylade) ; Thomas Dolié, baryton (Oreste) ; David Witczak, baryton (Thoas) ; Floriane Hasler, mezzo-soprano (Diane) ; Tomislav Lavoie, baryton-basse (L’ordonnateur / L’océan) ; Antonin Rondepierre, ténor (Un habitant de Délos / Triton / Le grand sacrificateur) ; Jehanne Amzal, soprano (Isménide / Une habitante de Délos / Première nymphe / Première prêtresse) ; Marine Lafdal-Franc, soprano (Une habitante de Délos / Seconde nymphe / Seconde prêtresse).

    Le Concert Spirituel, direction : Hervé Niquet.

    2 CD Alpha.

    Enregistrés en janvier 2024 à l’Auditorium du Conservatoire Jean-Baptiste Lully de Puteaux.

    Notice de présentation en français, anglais et allemand.

    Durée totale : 136:00

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    Henry Desmarest,

    que j’ai appris à connaître et beaucoup apprécier, lors de la réalisation par Hugo Reyne _ dont j’étais, cette décennies des années 90, le « conseiller artistique » de la Simphonie du Marais… _ de son CD Astrée-Auvidis « La Diane de Fontainebleau« , enregistré dans la salle de bal du château de Fontainebleau au mois de septembre 1997, et paru en 1998…

    Cf les détails que j’en livre en mon article en date du 9 septembre 2021 : « Le beau chemin parcouru de Véronique Gens dans l’opéra baroque français : de Lully à Charpentier, en passant par Collasse et Desmarets…« ...

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    Henry Desmarest (1661 – 1741) : un compositeur subtil et magnifique, à redécouvrir…

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    Ce mercredi 12 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ma première joie discographique de l’année 2025 : l’ »Iphigénie en Aulide » de Christoph Willibald Gluck, par Julien Chauvin et Le Concert de la Loge, et d’excellents chanteurs : une merveille de réalisation dramaturgique gluckiste…

    Ma toute première joie discographique de l’année 2025, ce vendredi 3 janvier, est celle éprouvée à l’écoute de la splendide tragédie-opéra en trois actes d »’Iphigénie en Aulide » de Christoph Willibald Gluck (dans la version révisée de 1775), dans la réalisation hyper-justissime de Julien Chauvin et son Concert de la Loge, et avec d’excellents chanteurs (ainsi que chœurs) parfaitement dirigés, en une merveille de réalisation dramaturgique gluckiste _ un Gluck aussi bon en son genre (tout aussi idiosyncrasique !) qu’a pu être, en un toute autre genre, le merveilleux génialissime Rameau des « Boréades« … _,

    soit le double CD Alpha 1073, enregistré à Soissons en octobre 2022.

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    Mes impressions, quant à la justesse « gluckiste » de cette réalisation de Julin Chauvin en ce réjouissant double CD Alpha 1073 qui vient de paraître enfin,

    tranchent un peu avec deux appréciations que je trouve pour ma part trop sévères :

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    l’une au concert donné au Théâtre des Champs Elysées en octobre 2022 _ ce même mois où a été enregistré à Soissons ce double CD Alpha 1073 _, et parue dans le magazine Diapason sous la plume de Jean-Philippe Grosperrin, et fort justement intitulée « Le retour d’Iphigénie dans sa patrie » ;

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    l’autre, sur le double CD Alpha 1073  lui-même, parue sur le site Discophilia en date du 27 décembre dernier, et intitulée « Bémols« , sous la plume de Jean-Charles Hoffelé…

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    Le retour d’Iphigénie dans sa patrie

    – Publié le 10 octobre 2022 à 10:35
    Iphigénie en Aulide au Théâtre des Champs-Élysées

    Avec une belle distribution _ exceptée Stéphanie d’Oustrac _, Julien Chauvin fait renaître “Iphigénie en Aulide” dans sa version de 1775, révélant plusieurs pages inédites d’une œuvre trop rarement donnée _ oui.
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    Enfin ! Alors qu’Iphigénie en Tauride est aujourd’hui constamment jouée, Iphigénie en Aulide, qui lança avec faste et fracas la carrière française de Gluck au printemps 1774, a fini par ressembler à une Arlésienne : deux ou trois productions seulement sur des décennies (Montpellier dans les années 1990, Strasbourg en 2008), absence obstinée depuis 1824 à l’Opéra de Paris qui la vit naître. Gratitude donc à une autre scène de la capitale, le Théâtre des Champs-Elysées, et au coproducteur, le Centre de Musique Baroque de Versailles, qui procure en outre ses Chantres (leur prestation est remarquable _ oui ! _) pour l’importante participation du chœur.

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    Si l’enregistrement de Gardiner à Lyon, seule intégrale à ce jour, optait pour la version originale _ de 1774 _, c’est le remaniement de 1775 que ce concert privilégie, révélant plusieurs nouveautés : outre le retour de Calchas au dénouement pour remplacer la théophanie de Diane et rapprocher l’opéra du modèle racinien par l’expulsion du fabuleux, on gagne quelques superbes augmentations aux actes II et III (le baryton David Witcak y excelle _ oui). Il est dommage pourtant d’abréger la grande Chaconne du II, comme de priver le conclusion de son chœur belliqueux (« Partons, volons à la victoire ») introduit par la voix du Grand-Prêtre. Mais il est carrément incompréhensible d’amputer des deux-tiers la merveille de grâce qu’est le chœur avec solos « Que d’attraits ! Que de majesté ! ».

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    Distribution des grands jours

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    L’accueil enthousiaste du public répond d’abord au brillant et à l’expressivité _ voilà ! et c’est capital pour l’intelligence de l’œuvre de Gluck… _ de l’équipe réunie. Judith Van Wanroij a rarement aussi bien chanté : rompue à la rhétorique du répertoire antérieur, elle possède aussi un art supérieur des lignes, sachant servir par le timbre, par la phrase, la dignité souffrante de la protagoniste. Ses adieux au III sont d’un calme frémissant : sublimes. Et quel couple bienvenu _oui, oui ! _ elle forme avec Cyrille Dubois !

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    Le ténor offre la performance la plus impressionnante de la soirée _ et c’est aussi le cas au CD !!! Le feu tumultueux d’Achille est là, avec la souplesse et le brillant insispensables à ce style _ oui, oui. La vie, la générosité qui rayonnent de ce chant exaltent la beauté aristocratique de son français limpide _ et c’est absolument décisif ! La moindre phrase incarne un personnage palpitant, avec cent nuances délicates que balance un pathos aussi saisissant (dès « Cruelle, non jamais ») que des ornements hardis (« Chantez, célébrez votre reine ») : un très grand artiste à son sommet _ oui, oui _, où le rejoint Jean-Sébastien Bou (Calchas) dont la noblesse inspirée est d’un poids inversement proportionnel à la rareté de ses scènes. Quelle apparition au dénouement ! Gluck a bien de la chance avec de tels interprètes _ c’est vrai.

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    Du côté de Mycènes, mitigeons. Tassis Christoyannis allie pourtant grandeur soucieuse et sensibilité dans un Agamemnon émouvant, avec un timbre bien différencié de celui du Grand-Prêtre, mais sa présence est moindre, peut-être en raison d’une assise bornée dans le grave, peut-être aussi parce qu’on le sent plus dépendant de sa partition _ bof, bof…. Quant à la Clytemnestre de Stéphanie d’Oustrac, grande allure en scène, personnalité, timbre opulent et corsé, soit ; mais cette émission très couverte _ hélas ! _, qui tasse le son en l’élargissant, grossit ou émousse considérablement une déclamation qui nécessiterait plus de tranchant, de rigueur prosodique, d’autres finesses aussi. On est alors plus près du « grand tapage maternel » dénoncé par un contemporain de Gluck que de la figure altière d’une reine. Il est vrai que l’interprète pâtit, plus que ses partenaires peut-être, d’un péché mignon du chef : presser le tempo plus que de raison.

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    Rythme, tempo et majesté

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    Julien Chauvin, à la tête de son Concert de la Loge (en grand effectif et en grande forme _ oui _), se montre extrêmement attentif aux structures rythmiques : fort bien. La pertinence est cependant en question quand le choix est fait d’outrer les accents et d’accuser les angles en dépit du caractère du morceau : l’air de Calchas y perd de sa majesté inquiétante, l’entrée de Clytemnestre le « gracieux » prescrit, et sa supplication à Achille sa beauté profonde. Judicieusement attentif aux heurts puissants d’une écriture que certains auditeurs à la création jugèrent vulgaire, le chef ménage aussi des courbes pénétrantes (les cordes dans l’Ouverture, le grand duo d’Iphigénie et d’Achille, la voix de la nature qui gémit dans celle des bois).

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    Mais pourquoi courir ainsi la poste dès que le drame point, ou quand Gluck stipule un Andante ? Cette vitesse, ou plutôt cet emballement (accru par l’instabilité du tempo à l’intérieur d’un numéro, tel le trio du II qui se met à gesticuler), produit dès l’Ouverture je ne sais quoi de hâtif, au bord du brouillon, qui manque l’impératif de tenue tragique. Même l’euphorie expansive de « Chantez, célébrez votre reine » est notée Maestoso dans la partition. Inversement d’ailleurs, les airs plus élégiaques menacent ici de se distendre dans l’alanguissement.

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    La gêne naît ainsi de ces options qui affaiblissent la cohésion organique de la musique en la morcelant (la Chaconne ne fait pas exception), mais la gêne touche d’abord les chanteurs, chœur compris, quand cette précipitation de la conduite met en péril, mécaniquement, l’intelligibilité des paroles, l’égalité du timbre, la respiration d’ensemble, ou simplement sa variété expressive. Il n’empêche : que tous soient loués de nous avoir rendu la première Iphigénie.

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    Iphigénie en Aulide de Gluck.  Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 7 octobre 2022.

     

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    Et :

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    BÉMOLS

    Il fallait une Iphigénie en Aulide sur instruments anciens, _ oui… _ puisque cette Iphigénie manqua au cycle de Marc Minkowski pour Archiv Produktion. Intention louable, que réalise avec l’art qu’on lui sait _ mais oui ! _  Julien Chauvin et son Concert de La Loge. Ce sont eux que l’on entendra d’abord, que l’on guettera au travers d’une équipe de chant qui, hélas !, ne peut rivaliser avec celle assemblée par Sir John Eliot Gardiner dans son enregistrement lyonnais, côté féminin surtout.

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    Judith van Wanroij n’a pas absolument le format vocal d’Iphigénie (à sa décharge, chez Gardiner, Lynne Dawson l’avait à peine plus, gâtée par les micros), mais du moins dans les mots, c’est une tragédienne _ oui _, ce qu’est un brin trop Ou mal… _  Stéphanie d’Oustrac dont la Clytemnestre outrancière _ hélas, et d’un timbre lourd et engorgé pénible à suivre… _ ne peut rivaliser avec l’incarnation stylée _ oui, toujours… _ d’Anne Sofie von Otter.

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    Mais l’Achille de Cyrille Dubois, parfois éprouvé pas la tessiture, impose _ superbement !_  son chant et son personnage, sans parvenir à l’art souverain de John Aller mais le compensant par un sens du texte qui est tout de même l’autre atout majeur d’un enregistrement _ oui, oui _ qui aura osé approcher au plus près _ voilà _ d’une des vérités de cette Iphigénie si peu chanceuse au studio, sinon pour Agamemnon, deux fois parfait, chez Gardiner selon José van Dam, ici _ oui, oui, lui aussi, et comme toujours, est souverain ! _ par Tassis Christoyannis.

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    Trop malheureuse Iphigénie, mais passez la barrière de langue, et en allemand écoutez-y un peu Inge Borkh, torche vive pour Karl Böhm face à la Clytemnestre de Christa Ludwig, un autre Gluck à cent lieues de celui que l’on cherche aujourd’hui sans être toujours certain de le trouver malgré toutes les bonnes intentions _ c’est trop sévère !

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    LE DISQUE DU JOUR

    Christoph Willibald Gluck(1714-1787)
    Iphigénie en Aulide, Wq. 40

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    Judith van Wanroij,
    soprano (Iphigénie)
    Stéphanie d’Oustrac,
    mezzo-soprano (Clytemnestre)
    Cyrille Dubois, ténor (Achille)
    Tassis Christoyannis,
    baryton (Agamemnon)
    Jean-Sébastien Bou, baryton (Calchas)
    David Witczak, baryton (Patrocle, Arcas, Un Grec)
    Anne-Sophie Petit, soprano (La première Grecque)
    Jehanne Amzal, soprano (La deuxième Grecque)
    Marine Lafdal-Franc, soprano (La troisième Grecque)

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    Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
    Le Concert de La Loge
    Julien Chauvin, direction

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    Un album de 2 CD du label Alpha Classics 1073

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    Photo à la une : le violoniste Julien Chauvin, directeur du Concert de la Loge – Photo : © Raoul Gilibert

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    Merci à Julien Chauvin de s’attacher ainsi à tâcher de nous rendre au mieux la dramaturgie gluckiste !

     

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    Ce vendredi 3 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un très juste article, à nouveau, sur l’éclatante réussite des tragiques « Boréades » de Jean-Philippe Rameau dans l’interprétation saisissante de György Vashegyi et la splendide troupe réunie par lui…

    En écho à mon article éminemment laudatif «  » du jeudi 12 septembre dernier,

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    voici, ce jour, un justissime article, à nouveau, du très fiable Jean-Charles Hoffelé à propos de l’enregistrement par György Vashegyi , le Purcell Choir, l’Orfeo Orchestra, et une excellente réunion de chanteurs à leur optimum, des magistrales « Boréades » de Jean-Philippe Rameau ;

    un article intitulé « La Flèche magique » :

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    LA FLÈCHE MAGIQUE

    « Suivez la chasse, allez », de son chant si noble, en trois mots, Sabine Devieilhe pose le tendre personnage d’Alphise face à l’attentive Sémire de Gwendoline Blondeel. La chasse, qui a emporté l’ouverture – Rameau se dispense du prologue, d’emblée tout à sa tragédie (et quelle !) – résonnera au long de cette première scène, cors en appels qui viendront piquer le dialogue et élargir l’espace sonore, jusqu’à l’arrivée de Borilée, formidable Philippe Estèphe, et du haut ténor de Benedikt Kristjansson, Calisis un peu fat.

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    La caractérisation de chaque personnage, apanage de cette version saisissante _ absolument !!! _, fait l’ultime théâtre de Rameau moderne comme jamais _ oui : un aboutissement de tout le magistral œuvre ramélien ! _, le chant si pur et si ardent _ oui : splendide ! _ de Reinoud van Mechelen donnant une ampleur d’émotion et une élégance de style plus entendus depuis le modèle laissé par Philip Langridge – tout aussi stylé, l’Adamas paternel de Tassis Christoyannis – fait entendre dans la nature de son chant que lui seul _ Reinoud van Mechelen, donc _ a la clef du secret d’Abaris, comme Thomas Dolié _ excellent comme à son habitude _ campe un Borée ravageur _ oui.

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    Sur une troupe aussi parfaite _ voilà, voilà ! _, l’orchestre fulgurant _ oui ! et pour quelle inouïe musique !!! _ de György Vashegyi emporte la victoire, fascinant évidemment dans les déchaînements qui unissent les Acte III et Acte IV, mais si juste dans les interrogations et les divertissements de l’Acte I, les charmes amoureux qui font de l’Acte II une parenthèse subtile où la danse s’invite, saisissant dans la tension de l’acte final et dans sa solaire résolution _ tout cela étant justissime. On garde amoureusement la gravure princeps de Sir John Eliot Gardiner, on chérit les audaces de Václav Luks, mais c’est ici qu’on viendra s’émerveiller avec constance devant ce chef-d’œuvre _ oui, oui, oui ! Cf mon propre article « «  en date du 12 septembre dernier… _ qui aura attendu le XXe siècle pour paraître _ enfin…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)

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    Abaris ou Les Boréades,
    RCT 31

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    Sabine Devieilhe,
    soprano (Alphise)
    Reinoud van Mechelen,
    ténor (Abaris)
    Benedikt Kristjansson,
    ténor (Calisis)
    Philippe Estèphe, baryton (Borilée)
    Thomas Dolié, baryton (Borée)
    Tassis Christoyannis, baryton (Adamas, Apollon)
    Gwendoline Blondeel, soprano (Sémire, Une nymphe, L’Amour, Polymnie)

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    Purcell Choir
    Orfeo Orchestra
    György Vashegyi, direction

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    Un album du label Erato 5021732372734
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    Photo à la une : le chef d’orchestre György Vashegyi –
    Photo : © Pilvax Films

     

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    Bravissimo pour cette magistrale _ et indispensable _ réalisation,

    si fidélissime au tragique profond de ce chef d’œuvre, ultime, de Rameau…

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    Ce vendredi 27 septembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Et si la tragédie en musique « Les Boréades » était le chef d’oeuvre des chefs d’oeuvre de Jean-Philippe Rameau ?.. Une magistrale évidence de clarté – lisibilité de l’interprétation de György Vashegyi et sa troupe, de ce sommet de tout l’art français…

    Et si la tragédie en musique « Les Boréades » était bel et bien le sublimissime chef d’œuvre des chefs d’œuvre de Jean-Philippe Rameau ?..

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    Telle est la puissante impression première qui me vient à l’esprit à l’écoute des ultimes minutes de l’enregistrement, en 2 CDs, de ces « Boréades« , tragédie en musique en cinq actes, du double CD Erato 5021732372734 du Purcell Choir et de l’Orfeo Orchestra, sous la direction de György Vashegyi,

    avec les chanteurs Sabine Devieilhe (Alphise), Reinoud Van Mechelen (Abaris), Benedikt Kristjänsson (Calisis), Philippe Estèphe (Borilée), Thomas Dolié (Borée), Tassis Christoyannis (Adamas/Apolllon), Gwendoline Blondeel (Sémire/Une Nymphe/L’Amour/Polymnie) _ superbement enregistré à Budapest du 18 au 21 septembre 2023…

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    Avec une très impressionnante lumineuse force de clarté et lisibilité, à la française, de cette magistrale interprétation _ écoutez-la ici…

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    Et ce n’est là que la toute première impression, mais saisissante, de ma toute première écoute _ des 157 minutes de cet enregistrement…

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    Ce à quoi s’ajoutent les lumineuses présentations, aux pages 22 et 23, puis 24 à 28, de Benoît Dratwicki et, « Les Boréades de Rameau, envers et contre tout« ,  de Sylvie Bouissou.

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    Oui, c’est proprement stupéfiant d’évidence de beauté…

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    Un sommet de tout l’art français !

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    Ce jeudi 11 septembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa