Étiquette : Jean Rondeau

  • Servir et respirer Bach au piano (suite) : l’excellent exemple de Fabrizio Chiovetta (suite) cette fois en son superbe CD « Fabrizio Chiovetta – Bach – Keyboard Suites – BWV 809 – 825 – 831 » de 2015, ou la perspicacité de son choix de la liberté de son très pur, délicat et délicieux, jeu de piano…

    À la croisée des réflexions de mon article d’hier 11 mai « « L’Art de la Fugue « , ou l’art de respirer Bach : exprimer une vie intense et vibrante à l’approche de la rencontre avec Dieu… Ce que nous dit le beau récit inspiré, à son piano, de David Lively en son CD « L’Art de la Fugue » du Palais des Dégustateurs… » et de celles de la série récemment entamée des articles consacrés à mes écoutes des CDs Aparté AP395 « Brahms » – enregistré à Dobbiaco en décembre 2024 – et Aparté AP238 « Beethoven » – enregistré à Dobbiaco en janvier 2020 – de l’excellent pianiste, au jeu pur, Fabrizio Chiovetta, « L’exceptionnel talent de toucher de piano, pur, naturel et élégant, de Fabrizio Chiovetta : son bouleversant « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 ». Comment ai-je pu ignorer jusqu’ici cet art merveilleux du piano qui me va à ce point si fort droit au cœur en sa clarté et absolue pureté ? » et « Approfondir l’appréhension du merveilleusement délié jeu de piano de Fabrizio Chiovetta : son splendide très pur CD « Beethoven – Op. 109, 110, 111 – Fabrizio Chiovetta »…« , en date des 8 mai et 23 avril derniers,

    je désire, ce mardi 12 mai, faire l’éloge de son vraiment superbe CD Aparté AP126 « Fabrizio Chiovetta – Bach – Keyboard Suites – BWV 809 – 825 – 831 » – enregistré à Dobbiaco du 27 au 29 mars 2015   – , dont j’admire la très grande réussite de son choix de la liberté de son très pur jeu de piano (!) jusque dans le sacro-saint Jean-Sébastien Bach, et cela alors que, biberonné au Baroque, et très amateur de clavecin – ainsi à un Pierre Hantaï, à un Benjamin Alard, à un Francesco Corti, va ma prédilection… – , j’ai toujours quelque réticence à me tourner vers des interprétations de la musique pour claviers de Bach au piano…

    …

    Mais, et à l’abri des délires interprétatifs de certains – que j’exècre : je pense, par exemple, au tout fou Jean Rondeau au clavecin… – , j’aime tout particulièrement le jeu libre et pur, inspiré et parfaitement respiré, au piano ou au piano-forte, d’un Stephen Kovacevich, d’un Ronald Brautigam ou d’un Alexei Liubimov, ou encore d’un Ammiel Bushakevitz – une de mes assez récentes découvertes au CD… – , parmi ceux auxquels va ma prédilection de mélomane discophile – à l’inverse, je déteste l’usurpateur Glenn Gould – , nous proposant au CD des interprétations d’œuvres réussissant, en leur absolue spontanéité conquise (par leur inlassable patient, très exigeant et supérieurement probe – et c’est là un réquisitionné absolu ! – travail d’interprète), à nous faire comme accéder à l’improvisation même, sur le champ de sa création au départ en chantier, du compositeur lui-même, tel un Beethoven – spécialement en ses ultimes miraculeux chefs d’œuvre de la fin de sa vie… – , à son piano, et relevant peu à peu sur le papier ce qui vient de sourdre à l’instant tout neuf de son jeu ainsi improvisé et essayé, et qu’il choisit ainsi, en se donnant la peine de l’inscrire alors à l’encre sur une portée de papier, de retenir, et pour l’éternité, à destination de qui – et d’abord de lui-même qui le rejouera – s’attèlera, ensuite – et par la suite des temps à venir – ,  à le rejouer, partition sous les yeux, ou, mieux encore, apprise et désormais sue par lui aussi, l’interprète, par cœur – et par le cœur… – , se l’étant comme vitalement incorporé en ses doigts et en sa tête, et en son corps devenu hyper-sensible, exalté, possédé et transcendé par cette musique, dont il a accepté, lui l’interprète, de se faire l’hôte passager, à l’instant lumineux de son jeu, et ainsi l’hôte aussi de l’autre, le compositeur, qui vient ainsi à ce moment alors musicalement l’habiter…

    …

    Et à cette liste de pianistes auxquels va ma prédilection, j’ajoute désormais, et Aline Piboule – son piano, à elle aussi, admirablement respire ! – , et Fabrizio Chiovetta, que je viens donc de tout récemment découvrir, en leurs CDs, à leur pianos…

    …

    Et de fait, à l’écoute jouissive de cette délicate délicieuse interprétation par Fabrizio Chiovetta de la Suite anglaise n°4 en fa majeur BWV 809, la Partita n°1 en si bémol majeur BWV 825, et l’Ouverture à la française en si mineur BWV 831, je ressens le profond sentiment jubilatoire de liberté, tant du compositeur à son écritoire, que de l’interprète à son clavier : « Ce qui, dans ces œuvres, révèle les ressources de l’improvisateur – nous y voici… – , la fantaisie – voilà ! – de celui qui construit en jouant« , ainsi que le déclare lumineusement Fabrizio Chiovetta à la page 7 du livret du CD, en son entretien de février 2016, à Genève, avec l’excellent écouteur qu’est Sylvain Fort…

    …

    « J’y entends, comme interprète, la liberté stupéfiante – voilà ! – de cette musique. (…) Je suis fasciné par les chemins de traverse que Bach se ménage sans perdre la cohérence du discours. C’est de là que vient l’humanité – a-mécanique – de Bach. (…) L’adoption des formes reçues de la rhétorique musicale n’est que le prétexte à ces jeux infinis – jouissifs. (…) Il y a dans cette inspiration un esprit de pastiche, un humour sérieux que je trouve irrésistibles« …

    …

    Et pour cela, « la liberté de Bach appelle la liberté de l’interprète. La richesse inouïe de l’invention propre à Bach ouvre à l’interprète des dizaines de pistes de possibles, des alchimies illimitées. » Et « j’espère – poursuit Fabrizio Chiovetta – qu’on sent dans cette interprétation, dans ce disque, d’autres possibles – prêts à éclore, adjacents, latents. L’interprète idéal de Bach, selon moi, n’est pas celui qui sculpte une version définitive, mais celui qui fait percevoir à l’auditeur la présence secrète – sous-jacente – d’autres pistes : dans ce cas, on suit Bach à la trace, on voit se profiler des pistes, des hypothèses, qui sont abandonnées mais restent bien présentes à l’esprit« …

    …

    Bach improvisant jubilatoirement à l’envi dans le canevas suivi des formes reçues avec cette fantaisie-là assumées…

    …

    Ce mardi 12 mai 2026, Titus Curiosus  – Francis Lippa

  • Découvrir et admirer le superlatif jeu de clavecin de Pierre Gallon, dans les Suites françaises de Bach, comme dans celles de Louis Couperin…

    Afin de mettre en perspective l’interprétation de l’œuvre entier de Louis Couperin (Chaumes-en-Brie, vers 1626 – Paris, 39 août 1661) par Jean Rondeau – né à Paris le 23 avril 1991  – en son coffret de 10 CDs Erato 5021732837196,

    j’ai entrepris de la comparer aux interprétations de Louis Couperin par d’autres clavecinistes de sa génération, tels que Brice Sailly – né en 1980 – et Pierre Gallon – né le 27 mars 1986 à Falaise – (tous les deux élèves de ma chère amie Élisabeth Joyé), qu’il s’avère que décidément à l’écoute j’apprécie bien davantage…

    …

    D’où ma décision de me procurer les CDs de ces deux interprètes dont le jeu, infiniment plus juste, sans absurdes anarchiques foucades, et sublimement poétique vraiment, me plaît considérablement mieux…

    …

    Et aujourd’hui, c’est l’éloge du jeu de Pierre Gallon que je désire souligner ici…

    Et tout spécialement à l’écoute – avec ici cet extrait – en boucle de son superlatif (!!!) double album L’Encelade ECL 2103 « Bach – Suite françaises – Pierre Gallon – clavecin« , sur un clavecin flamand de l’atelier Marc Ducornet, 2020 – enregistré du 20 au 24 décembre 2021, à Sint-Truiden, en Belgique – , un album dont la parution, le 21 octobre 2022, m’avait alors, et j’ignore pourquoi, échappée :

    rien moins qu’un must sublime de la discographie de Bach…  

    …

    Quelle sublime poésie, aussi, dans ces « Suites françaises » BWV 812 à 119 sous les doigts si justes et si vrais de Pierre Gallon…

    …

    Comme dans celles de Louis Couperin en son merveilleux et incomparable CD « Blancrocher – L’Offrande – Froberger – Couperin – Dufaut – Gaultier » L’Encelade  ECL 3901 – enregistré du 8 au 11 janvier 2019 à Alfortville – ,

    un absolu must lui aussi !

    …

    Parmi les brillantissimes élèves d’Elisabeth Joyé, je ne saurais bien sûr oublier le cher Benjamin Alard – né à Rouen le 13 juillet 1985 – , dont figurent en ma discothèque personnelle deux CDs consacrés, au moins partiellement, à Louis Couperin,

    et comportant tous deux le « Tombeau de M. de Blancrocher » ; 

    _ le CD MarchVivo MV 007 « The Couperin Family – Benjamin Alard » – enregistré Live à la Fundación Juan March à Madrid le 1er février 2020 – , auquel j’avais consacré mon bref article « « The Couperin Family » : un admirable magistral concert de clavecin du merveilleux Benjamin Alard, pour le label Marchvivo, de la Fundacion Juan March !« , en date du 17 janvier 2023 ;

    _ et le CD Classica découvertes N°72 du mois de mai 2005 « Louis Couperin – Johann Sebastian Bach – Benjamin Alard«  – enregistré à l’église Saint-Rémy de Dieppe, pour l’orgue, et à la chapelle de l’hôpital de Bonsecours de Paris, pour le clavecin, au mois de mars 2005 : Benjamin Alard n’avait pas encore 20 ans ; et mon ami Jean-Paul Combet, le créateur-fondateur du merveilleux label Alpha, l’avait découvert à Arques-la-Bataille…

    …

    Ce samedi 13 décembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Mon test Louis Couperin (et Johann-Jakob Froberger) : les interprétations du « Tombeau sur la mort de M. de Blancrocher » (ou Blancheroche) : quid des 4 plages que leur consacre, aux CDs n°1, 2, 3 et 7, le coffret Erato de 10 CDs « Louis Couperin – the complete works » de Jean Rondeau ?.. Jeux de tempi et maniérismes de Jean Rondeau…

    Mon test d’interprétation des musiques toutes deux sublimissimes de Louis Couperin (1626-1661) et de Johann-Jakob Froberger (1616-1667),

    c’est l’interprétation du « Tombeau sur la mort de M. de Blancrocher » de Louis Couperin et du « Tombeau fait à Paris sur la mort de Mr. Blancheroche » de Johann-Jakob Froberger :

    …

    quid, donc ici, des 4 plages que leur consacre, aux CDs n°1, 2, 3 et 7, le coffret Erato 5021732837196 de 10 CDs « Louis Couperin – the complete works » de Jean Rondeau ?..

    …

    À la plage 9 du CD n°3,

    l’interprétation du « Tombeau sur la mort de M. de Blancrocher » de Louis Couperin par Jean Rondeau, sur un clavecin Blanchet – Bruce Kennedy de 2011 – enregistré à Castelmuzio – , d’une durée de 8′ 32, est bien trop lente et surtout infestée d’insupportables maniérismes : écouter et regarder ici cette vidéo de 8′ 32…

    Et même chose pour l’interprétation de la plage 23 du CD n° 1, sur un clavecin Hans Ruckert II, de 1624 – enregistré à Colmar, au Musée Unterlinden.

    …

    Et à la plage 26 du CD n°7,

    l’interprétation du « Tombeau sur la mort de Mr. Blancheroche » de Johann-Jakob Froberger, autre sublimissime chef d’oeuvre, par Jean Rondeau, sur un clavecin Blanchet – Bruce Kennedy de 2009 – enregistré à Castelmuzio – , d’une durée de 9′ 38, est à nouveau et bien trop lente et surtout infestée de maniérismes : écouter ce podcast de 9′ 38…

    …

    L’unique interprétation audible et adorable à mon goût du « Tombeau sur la mort de M. de Blancrocher » de Louis Couperin présente en ce coffret, se trouve à la plage 27 du CD n°2 :

    il s’agit d’un transcription pour violes de gambe réalisée par l’excellent gambiste Philippe Pierlot, et interprétée par un consort de 4 violes réunissant Philippe Pierlot, Anna Lachegyi, Lucile Boulanger et Myriam Rignol – en un enregistrement réalisé à Castelmuzio – , d’une durée de 4′ 23 : un interprétation à nouveau peu lente peut-être, mais très poétiquement habitée, cette fois…

    …

    Voilà pour ce test de ces deux sublimissimes « Tombeaux » de 1652…

    …

    Et à suivre…

    …

    Ce mardi 2 décembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une troisième mise en bouche pour aborder du mieux possible l’écoute attentive du coffret « Louis Couperin » de 10 CDs de Jean Rondeau : aujourd’hui le CD « Le clavecin de Louis XIV – Tome I : La gloire du Soleil » de Brice Sailly (enregistré en juillet 2024 à l’Abbaye de Royaumont)…

    Troisième mise en bouche, donc, pour aborder du mieux possible l’écoute des 10 CDs du coffret Erato « Louis Couperin – the complete works« , de Jean Rondeau :

    …

    après l’écoute du CD Ricercar RIC 427 « Mr Couperin – Louis, Charles, François Ier – Pièces de clavecin » de Brice Sailly – cf mon article du 23 novembre dernier « En prélude à une re-découverte approfondie de l’oeuvre musical de l’immense Louis Couperin, écouter le CD « Mr Couperin – Louis, Charles, François Ier – Pièces de clavecin » de Brice Sailly : une excellente mise en bouche pour percevoir à nouveaux frais un compositeur de génie…« … – ,

    et après l’écoute du CD L’Encelade ECL 1901 « Blanccrocher : L’Offrande – Froberger, Couperin, Dufaut, Gaultier » de Pierre Gallon – cf mon article du 26 novembre « Une seconde superbe mise en bouche à mon approche du coffret de 10 CDs que Jean Rondeau consacre à sa mise à l’honneur de l’œuvre musical de Louis Couperin : le CD « Blancrocher : L’Offrande – Froberger – Couperin – Dufaut – Gaultier » de Pierre Gallon (en 2019), d’une délicatesse infinie… « … -,

    …

    voici maintenant l’écoute, de ce même Brice Sailly, du CD Château de Versailles Spectacles CVS 166 « Le clavecin de Louis XIV The I : La gloire du Soleil » – enregistré du 7 au 9  juillet 2024 à l’Abbaye de Royaumont…

    …

    Et je relève que si Brice Sailly et Pierre Gallon ont été les élèves de mon amie l’excellente Élisabeth Joyé, Jean Rondeau, lui, a été l’élève de Blandine Verlet…

    …

     

    …

    Ce samedi 29 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa