Étiquette : Johann-Sebastian Bach

  • « L’Art de la Fugue « , ou l’art de respirer Bach : exprimer une vie intense et vibrante à l’approche de la rencontre avec Dieu… Ce que nous dit le beau récit inspiré, à son piano, de David Lively en son CD « L’Art de la Fugue » du Palais des Dégustateurs…

    C’est un bien beau récit musical, intense et formidablement vibrant du souffle de la vie, sous les doigts magnifiquement inspirés de David Lively – né à Fronton le 27 juin 1953 – que vient nous livrer le passionnant CD du Palais des Dégustateurs PDD 042 « David Lively – Bach – L’Art de la Fugue « – enregistré à Vosne-Romanée les 11 et 12 avril 2024  – que vient de m’adresser en avant-première l’ami Éric Rouyer…

    …

    Une œuvre, « L’Art de la Fugue » (BWV 1080), dans la partition de laquelle, selon l’entretien que David Lively  a eu avec Stéphane Friédérich, qui nous est donné aux pages 4 à 11 du livret du CD, David Lively « entend – et nous transmet au plus près de sa vérité – la voix d’un compositeur très concerné par la mort et la recherche – urgemment concomitante – de la perfection à la fois polyphonique et contrapuntique » en train de sourdre musicalement de ses doigts de compositeur posés sur le clavier – probablement un clavicorde, alors : l’instrument privilégié de l’intimité domestique… Bach ayant une « conscience – particulièrement aigüe surtout à ce moment : la composition de « L’Art de la Fugue«  s’étend de 1737 à 1748, indique le livret… – que le long chemin qui le mène à Dieu va bientôt atteindre sa destination » – ce sera le 28 juillet 1750, et chez lui, à Leipzig.

    …

    David Lively ressentant en cette œuvre « une sorte de dissolution de la matière sonore » – en train de s’opérer au fil des pièces s’architecturant dans la composition… – , précise que pour lui – lecteur de la partition et interprète à son piano – , « il s’agit – de la part de Bach composant – d’une quête – tant spirituelle qu’existentielle : les deux ne faisant qu’un pour Bach… – de l’abstraction de la pureté, de l’invocation, afin de se rapprocher de Dieu – qu’il sert : voilà ! Cette contrainte – que Bach s’impose ainsi à son écritoire – se conjugue avec une – formidable – aspiration à la vie – en et par cette musique – jusque dans les rythmes de danses parfois à peine esquissés« …

    …

    Et « l’expressivité – tant de l’œuvre que de son interprétation... – est essentielle à mes yeux« , souligne David Lively ; « l’idée de dissolution nouant – ajoute-t-il en tant qu’interprète à son piano – ma recherche d’un toucher toujours plus fin » –parfois quasi murmuré, au bord du silence, avec profonde humilité… : « Ici, tout est affaire de respiration – voilà bien l’essentiel ! – plus encore que de tempo » – plus ou moins rapide... – , au point que le silence entre les pièces – s’interprétant au concert comme à l’enregistrement – est, lui aussi, déterminé par une logique musicale » – le plus fidèlement possible à l’instant de l’interprétation…

    …

    Et David Lively d’ajouter ici :

    « La complexité et l’abstraction – d’œuvres (tels les concertos de Busoni et Fürtwangler, ou les œuvres contemporaines d’Elliott Carter) qu’il aime beaucoup jouer – ne m’intéressent qu’à la condition qu’elles expriment une vie intense et vibrante – voilà, voilà ! – à l’instar d’une fugue à trois voix. L’abstraction sans la sensibilité n’a que peu d’intérêt. C’est – bien là – le message de L’Art de la Fugue.« 

    …

    Une interprétation de David Lively qui fait date, même si ce n’est pas au clavicorde…

    …

    Ce lundi 11 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La merveille d’intense spiritualité incarnée authentique de la parfaite Passion selon Saint-Jean (de Johann Sebastian Bach, à Leipzig, le 14 avril 1724) par Lars-Ulrik Mortensen et son Concerto Copenhagen…

    C’est en jetant un rapide coup d’œil au rayon des CDs soldés de mon disquaire préféré que je suis tombé, presque par hasard, sur le double CD Berlin Classics 03020716 de la « St John Passion » de Johann-Sebastian Bach – enregistré à Copenhague du 6 au 10 Avril 2021 et paru le 24 février 2023 – par Lars-Ulrik Mortensen – né à Esbjerg le 9 novembre 1955  – et son Concerto Copenhagen – fondé et dirigé par lui depuis 1999 – , et avec les chanteurs, remarquables, Joanne Lunn, Alex Potter, Nicholas Mulroy et Peter Harvey, que voici à écouter ici en podcast en son entièreté de 111′ 23  :

    une merveille d’intense spiritualité incarnée, authentique, fidèle à la spiritualité profonde de Bach,

    …

    à cent lieues de la version opératique sur-dramatisée  -« un théâtre sacré de passions exacerbées«  avais-je résumé… – récemment donnée par Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion – cf mon article « Et la « Passion selon Saint-Jean » de Jean-Sébastien Bach, en la version révisée de 1749, par l’Ensemble Pygmalion, à l’approche de Pâques : un théâtre sacré de passions exacerbées… » en date du 23 mars dernier…

    …

    Pourtant, bien peu d’articles de reconnaissance de cette splendide réalisation discographique de Lars-Ulrik Mortensen, parue il y a 3 ans, le 24 février 2023, sont accessibles, à ma connaissance, du moins en français… Même si la qualité de Lars-Ulrik Mortensen, tant comme claveciniste que comme chef d’orchestre baroque, est unanimement reconnue… Un fait un peu étrange… Comment la critique a-t-elle pu ainsi passer ici à côté ?..

    …

    Écoutez donc cette perfection d’incarnation de la spiritualité de Bach, en 1724 à Leipzig…

    …

    Ce dimanche 10 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Et écouter à la suite, 10 jours avant le Vendredi-Saint de cette année 2026, la « Passion selon Saint-Matthieu » (BWV 244) et la « Passion selon Saint-Jean » (BWV 245) de Johann Sebastian Bach par l’Ensemble Pygmalion, enregistrées en avril 2022 et avril 2025 : une expérience somptueuse de deux formidables théâtres sacrés, à l’impact prodigieux et tout simplement renversant aujourd’hui encore rien que par la musique de Bach et pareilles bouleversantes interprétations dramatiques de Pygmalion…

    Et maintenant, ce mardi 24 mars – soit 10 jours avant le Vendredi Saint de cette année-ci 2026 – ,

    écouter à la suite la « Passion selon Saint-Matthieu » (BWV 244) et la « Passion selon Saint-Jean » (BWV 245) de Johann Sebastian Bach par l’Ensemble Pygmalion, en les albums Harmonia Mundi HMM 902 691.93 et HMM 902 774.75, enregistrés respectivement à Paris en avril 2022 et à Namur en avril 2025 :

    deux enregistrements magistraux (respectivement de 162′ et 115′) de ces deux subjuguants chefs d’œuvre de toute la musique, qui sont d’abord , au tout premier chef, deux étourdissants formidables théâtres sacrés, venant on ne peut plus réalistement parler – et nous continuons, nous aussi, de nous y croire, d’y assister : c’est tout simplement prodigieux !.. – à leurs publics de fidèles des vendredi-saint de 1724 – le 14 avril 1734 pour la « Saint-Jean« … – et 1727 – pour la « Saint-Matthieu« … – à Leipzig ;

    et qui nous touchent toujours en plein cœur aujourd’hui par le seul impact renversant de cette prodigieuse musique de Bach, et pareilles si bouleversantes dramatiques interprétations de Pygmalion…

    …

    Profonde admiration !!!

    …

    Ce mardi 24 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Et la « Passion selon Saint-Jean » de Jean-Sébastien Bach, en la version révisée de 1749, par l’Ensemble Pygmalion, à l’approche de Pâques : un théâtre sacré de passions exacerbées…

    Et voici que l’Ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon vient nous offrir, à l’approche de cette Pâques 2026, son interprétation de la « Passion selon Saint-Jean » de Jean-Sébastien Bach (BWV 245), composée en 1724, mais en sa version révisée par Bach en 1749, un an avant sa mort, en un double CD Harmonia Mundi HMM902774.75 – enregistré à Namur en avril 2025 – ,

    avec une bien belle équipe de chanteurs : Julian Prégardien, ténor, en l’Evangéliste, How Montague Rendall, baryton, en le Christ, Yin Fang, soprano, Lucile Boulanger, alto, Laurence Kilsby, ténor, Christian Immler, basse, en Pilate, et Étienne Bazola, basse, en Pierre…

    …

    En un article intitulé « Crucifixion » paru sur son site Discophilia le 20 mars dernier, Jean-Charles Hoffelé nous en a donné, comme à son habitude, un intéressant commentaire :

    …

    CRUCIFIXION

    …

    Ceux qui ont appris leur Saint-Jean chez Günther Ramin auront le souffle coupé. Là où le cantor de Saint Thomas faisait émerger – qu’est-ce-à-dire ? – l’appel au Sauveur, Raphaël Pichon et Pygmalion lancent des interjections fulgurantes, emportées dans un tempo fou.

    …

    Manière de faire surgir d’emblée un théâtre sacré qui est l’essence même de la Saint-Jean, Passion avec clous, couronne d’épines, lance, l’œuvre la plus violente – tiens, tiens ! – écrite au XVIII siècle que Raphaël Pichon fait entendre dans l’ultime version – de 1749 – . Bach, une année avant sa mort, continuait de rapprocher sa partition de la version princeps de 1724.

    …

    Trahison, Reniement, Jugement, Supplice, Mort, Mise au Tombeau, l’acuité visuelle déployée par les instrumentistes et les chanteurs déroule le drame – voilà – dans toute sa complexité, le discours preste qu’anime encore un prodigieux – oui ! – Évangéliste (Julian Prégardien osant le cri (Barrabas aber war ein Mörder et sa vocalise de fureur), atteint son acmé dans la comparution devant Pilate (terrible Christian Immler) et la flagellation, en fait un point de non-retour : ensuite l’œuvre va plonger dans la ténèbre jusqu’aux consolations finales du chœur, moment magique.

    …

    L’intensité du geste étreint Pygmalion autant que les acteurs du drame, au sommet – oui ! oui ! – le Christ d’Huw Montague Rendall  – quel merveilleux chanteur !!! – et Lucile Richardot – toujours terriblement magnifique !!! – aussi saisissante dans l’air d’outrage devant le Sauveur enchaîné que dans l’élévation spirituelle d’Es ist vollbracht, mais écoutez avec attention chaque mot du Servus de Laurence Kilsby(Erwäge, wie sein blutgefärbter Rücken), merveilleux ténor – oui, oui…

    …

    Cette Saint-Jean qui rebat les cartes d’une discographie fournie – elle s’approche singulièrement de celle de Peter Schreier par l’esprit sinon par les moyens – s’accompagne de la réédition d’une autre splendeur, la Musique funèbre pour le Prince Leopold d’Anhalt-Cöthen – ma version favorite avec celle de Gustav Leonhardt.

    …

    Déjà Aline Blondiau et Hugues Deschaux veillaient sur le Bach de ce jeune homme inspiré. Douze ans plus tard, ce disque n’a pas pris une ride.

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    Johann Sebastian Bach(1685-1750)

    …
    Johannes-Passion,
    BWV 245
    (version 1749)

    …

    Julian Prégardien,
    ténor (L’Évangéliste)
    Huw Montague Rendall,
    baryton (Le Christ)
    Ying Fang, soprano (Ancilla)
    Lucile Richardot, contralto
    Laurence Kilsby, ténor (Servus)
    Christian Immler, basse (Pilatus)
    Etienne Bazola, basse (Petrus)

    Pygmalion
    Raphaël Pichon, direction

    …
    Un album de 2 CD du label harmonia mundi HMM 902774.75
    ….

    Johann Sebastian Bach(1685-1750)

    …
    Köthener Trauermusik,
    BWV 244a

    …

    Sabine Devieilhe, soprano
    Damien Guillon,
    contre-ténor
    Thomas Hobbs, ténor
    Christian Immler, basse

    Pygmalion
    Raphaël Pichon, direction

    …
    Un album du label harmonia mundi HMM 93221
    …

    Photo à la une : le chef Raphaël Pichon – Photo : © Fred Mortagne

    …

    Un article de Jean-Charles Hoffelé sur cette « Saint-Jean » de Bach à comparer avec celui, intitulé « Un monde en soi« , en date du 15 avril 2022, consacré à la précédente « Saint-Matthieu » de Bach par Pygmalion,

    soit le triple CD Harmonia Mundi HMM 902691.93 de Pygmalion – et je relève au passage que trois chanteurs seulement  sont communs à ces deux Passions enregistrées par Pygmalion :Julian Prégardien, Lucile Richardot et Étienne Bazola…

    …

    À méditer et ré-écouter, en cette approche de Pâques 2026, en une actualité hallucinée…

    …

    Ce lundi 23 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa