Étiquette : joie

  • Musiques de joie : la tendresse, à la française du très doux François Couperin

    François Couperin

    (Paris, 10 novembre 1668 – Paris, 11 septembre 1733)

    est un musicien tout à fait singulier.
    …
    La joie que sécrète sa musique,
    d’une délicatesse rare,
    est probablement la plus pure expression de la tendresse à la française…
    …
    J’ai choisi ici le Concert « dans le goût théâtral », de 1724,
    soit le huitième de ses dix Concerts dits des Goûts réunis,
    qui font suite à ses quatre premiers Concerts, dits Concerts Royaux.
    …
    Et dans l’interprétation,
    en 1973,
    de
    Sigiswald Kuijken, Lucy Van Dael, Janine Rubinlicht, violons,
    Wieland Kuijken, Sigiswald Kuijken, Adelheid Glatt, violes de gambe,
    Barthold Kuijken, Oswald Van Olmen, Frans Brüggen, flûtes traversières,
    Barthold Kuijken, Oswald Van Olmen, flûtes à bec,
    Bruce Haynes, Jürg Schaeftlein, Paul Dombrecht, hautbois,
    Hansjürg Lange, Milan Turkovic, bassons,
    et Robert Kohnen, clavecin.
    …
    Soit le CD RCA Victor GD 71968.
    …
    …
    Une joie tendre discrète, mais profonde…
    …
    Un répertoire succulent
    qu’on n’entend vraiment plus assez en ce XXIe siècle :
    pourquoi pareille si injuste désaffection ?
    …
    Voir aussi, pour l’exemple, cette vidéo d’extrait de concert.
    …
    …
    Ce vendredi 15 mai 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Musiques de joie : l’allégresse enivrante de Carl Philipp Emanuel Bach (1714 – 1788)

    Carl Philipp Emanuel Bach 
    (Weimar, 8 mars 1714 – Hambourg, 14 décembre 1788)
    fait tout simplement partie de mes musiciens préférés.
    …
    …
    Sa musique,
    _ et cela quel qu’en soit le genre _
    emporte et soulève immédiatement et pour toujours
    l’enthousiasme !
    …
    …
    J’ai choisi ce soir 
    le CD intitulé CPE Bach Concertos & Symphonies
    Deutsche Harmonia Mundi 88843004252,
    enregistré en avril 2013 en la Jesus-Christus-Kirche de Berlin,
    …
    comportant
    le Concerto pour flûte, cordes et basse continue en ré mineur Wq 22,
    le Concerto pour hautbois, cordes et basse continue en Si bémol Majeur Wq 164
    …
    la Symphonie pour cordes et basse continue n° 4 en  Majeur Wq 182/4
    et la Symphonie pour cordes et basse continue n°5 en Si Majeur Wq 182/5,
    choisies parmi les symphonies dites « hambourgeoises » :
    …
    tous et toutes magnifiquement enlevées
    _ Empfindsamkeit oblige… _
    …
    par le flûtiste Jacques Zoon,
    le hautboïste Jonathan Kelly,
    les Berliner Barock Solisten
    …
    sous la direction parfaite du maître de concert le violoniste Gottfried von der Goltz.
    …
    …
    Un répertoire proprement sublime,
    interprété avec la splendeur qui convient !
    …
    …
    La joie est sublimement là.
    …
    …
    Ce mercredi 6 mai 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Musiques de joie : la joie du Concerto italien, de Jean-Sébastien Bach, par Benjamin Alard, ou Pierre Hantaï

    J’avais dans l’idée de poursuivre

    par Johann-Sebastian Bach

    ma série d’écoute de Suites à la française pour l’orchestre,

    selon la pratique festive inaugurée par l’ami Telemann, à Leipzig, au Café Zimmermann…
    …
    …
    Mais la joie bachienne me paraît bien moins festive et jubilatoire,
    au moins dans le style français de ces Suites pour orchestre,
    que la joie ouverte telemannienne :
    …
    ainsi les interprétations, pourtant excellentes, des 4 Ouvertures BWV 1066-1069,
    tant par le Café Zimmermann de Pablo Valetti et Céline Frisch
    que par le Zefiro d’Alfredo Bernardini (et des frères Grazzi),
    …
    ne m’enthousiasment-elles pas autant
    que les si déliées et délurées et tellement festives Ouvertures de l’ami Telemann,
    telles qu’interprétées par Zefiro dans le CD Arcana A 371...
    …
    …
    Serait-ce le style français qui convient moins bien à Bach ?
    …
    …
    Je change donc mon fusil d’épaule ;
    …
    et me tourne, chez Bach, vers son emploi du style italien,
    qui me paraît lui convenir mieux que le style français :
    …
    et j’opte pour la fantaisie plus accomplie du Concerto italien en Fa Majeur BWV 971.
    …
    …
    Soit dans l’interprétation de Benjamin Alard, dans le CD Alpha 180, en 2011 ;
    …
    soit dans celle de Pierre Hantaï, dans le CD Mirare MIR 251, en 2014…
    …
    …
    Ce vendredi 1er mai 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Musiques de joie : la formidable jubilation musicale de la frénésie retenue, contenue, de La Valse de Ravel ; par Jean Martinon, par Martha Argerich et Nelson Freire, et par Beatrice Rana

    Il y a quelque chose d’une frénésie rageuse mais retenue, contenue,

    dans La Valse de Ravel,

    composée dans la solitude montagneuse de Lapras, près de Lamastre, en Ardèche,
    entre le tout début de décembre 1919 et le 15 avril 1920
    _ 50 pages de musique en quatre mois et demi de travail acharné : Ravel est un perfectionniste.
    …
    …
    A Lapras, dans les Cévennes,
    en la résidence secondaire de son ami André-Ferdinand Hérold,
    où Ravel s’était réfugié, pour pouvoir travailler vraiment au calme dans une solitude absolue _ sans voir personne _,
    au sortir de la Grande Guerre,
    et marqué, aussi _ à jamais _, par la perte de sa mère, le 5 janvier 1917.
    …
    …
    Car ce n’est qu’un peu plus tard, en janvier 1921, que Maurice Ravel achètera sa petite maison de Montfort-L’Amaury, Le Belvédère :
    …
    « C’est à son amie Georgette Marnold, fille de son ami critique musical Jean Marnold, que revient le mérite d’avoir trouvé le Belvédère en décembre 1920. Le 25 mars 1920, le musicien lui avait confié _ la lettre se trouve aux pages 688-689 de l’indispensable Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel réunie très efficacement par Manuel Cornejo _ la mission de lui trouver une maison en ces termes :
    …
    Je me suis si bien fait à la solitude – un peu mortelle, c’est vrai : mais ça ne me gêne pas – que je vais vous prier de vous enquérir d’une bicoque à 30 km au moins de Paris. Vous avez le temps : je ne compte pas rentrer avant fin avril. […] Je pense quelquefois à un admirable couvent, en Espagne. Mais, sans la foi, ce serait complètement idiot. Et le moyen d’y composer des valses viennoises et autres fox-trotts »…
    …
    …
    Ravel n’avait plus rien pu composer depuis son Trio,
    à Saint-Jean-de-Luz, rue Sopite, l’été 1914.
    …
    …
    La Valse _ pour orchestre _ est une commande chorégraphique,
    à partir d’un projet déjà ancien, 
    dont Ravel réalisera d’abord _ par commodité pratique de composition _ une version pour piano seul ;
    ainsi, ensuite, qu’une transcription _ afin d’y inscrire durablement et conserver, pour le piano aussi, quelque chose de proprement orchestral : on sait le génie ravelien de l’orchestration... _ pour piano à quatre mains.
    …
    …
    L’œuvre, avant de prendre ce titre
    _ assez archétypique : « une espèce d’apothéose de la valse viennoise
    à laquelle se mêle dans mon esprit l’impression d’un tourbillon fantastique et fatal » :
    le moindre mot, comme toujours chez Ravel, est capital ! Qu’on y médite !.. _
    de La Valse,
    fut d’abord, dans la tête de Ravel, intitulée Wien.
    …
    …
    Et de fait, ce fut bien à Vienne, en Autriche,
    que fut interprétée pour la première fois, et avec grand succès, la version pour piano à quatre mains de La Valse,
    par Maurice Ravel et son ami Alfredo Casella, le 23 octobre 1920 ;
    et cela pour la plus grande joie du compositeur…
    …
    …
    Quant à l’œuvre symphonique chorégraphique
    _ commandée dans l’optique d’un ballet (destiné au départ à Serge Diaghilev ; et qui n’en voulut hélas pas, au final : Ravel et lui se fâchant alors définitivement !..) ; 
    et l’œuvre fut dédicacée, in fine, à l’amie Misia Sert _,
    sa première a eu lieu à la salle Gaveau, à Paris, le 12 décembre 1920,
    par l’Orchestre Lamoureux.
    …
    …
     En tête de la partition Ravel a écrit le descriptif _ très explicitement onirique _ suivant :
    …
    « Des nuées tourbillonnantes laissent entrevoir, par éclaircies, des couples de valseurs. Elles se dissipent peu à peu : on distingue une immense salle peuplée d’une foule tournoyante. La scène s’éclaire progressivement. La lumière des lustres éclate au ff. Une Cour impériale, vers 1855. »
    …
    Soit une démarche _ à la fois fantastique et ombrée de nostalgie _ qui semble anticiper de quelques années le chef d’œuvre d’exil _ au Brésil, très loin de Vienne _ du pur viennois, lui, qu’était Stefan Zweig,
    le merveilleux et essentiel Le Monde d’hier _ Souvenirs d’un Européen…
    Et on remarquera que le tapuscrit du Monde d’hier fut expédié par Zweig à son éditeur le 21 février 1942,
    soit la veille même des suicides conjoints de Stefan Zweig et son épouse, à Petropolis, au Brésil, le 22 février 1942.
    Soit un legs en quelque sorte testamentaire de la part du viennois. 
    …
    …
    Pour cette rayonnante Valse orchestrale-ci de Maurice Ravel,
    j’ai choisi l’interprétation _ magistrale de frénésie contenue, suprêmement élégante en la sensualité si charnelle de ses frémissements presque jusqu’à la fin retenus… ;
    la personnalité complexe (et résolument tenue secrète) de Maurice Ravel, tant l’homme que le compositeur, demeure mystérieuse ;
    et c’est seulement en sa musique qu’elle se laisse, encore discrètement, entrevoir… _
    de Jean Martinon
    à la tête du Chicago Symphony Orchestra,
    enregistrée à Chicago, par Decca, le 16 mai 1967
    _ soit le CD n° 10 du coffret RCA 88843062752.
    …
    L’écouter ici avec ce bienvenu podcast de youtube.
    …
    C’est une merveille absolue de sensualité.
    …
    Quelle intelligence de chef
    si intensément ravelien !
    …
    …
    Pour la version pour piano à 4 mains de La Valse,
    j’ai déniché cette vidéo d’une interprétation brillante, forcément, de Martha Argerich et Nelson Freire en octobre 2003 à Tokyo ;
    et cette autre, par les mêmes, et plus merveilleuse encore, prise vingt et un ans plus tôt, à Munich, en 1982.
    …
    …
    Et pour la version pour piano seul,
    j’aime beaucoup l’interprétation de Beatrice Rana en son récent CD Warner Classics 0190295411091, en 2019 ;
    ainsi que cette vidéo prise le 3 juin 2019.
    …
    …
    On comprend ainsi assez bien ce qui a pu conduire, ensuite, Ravel à composer, en 1928,
    et sur commande de la danseuse Ida Rubinstein,
    en un assez similaire projet chorégraphique,
    son encore plus vertigineux Bolero.
    …
    …
    Je remarque ainsi, au passage, le lien très profond qui unit Maurice Ravel
    au plus consubstantiel, probablement, du génie de l’esprit français,
    …
    je veux dire la tendresse la plus sensuelle inscrite en la légèreté la plus aérienne de l’envol,
    parfois jusqu’au vertige, mais le plus souvent, sinon toujours contenu, du moins retenu, élégant, jamais sauvage,
    de la danse
    _ et je pense ici, aussi, au très lucide Degas, danse, dessein du magnifiquement subtil, et très sensuel, lui aussi, Paul Valéry, publié en 1936 :
    la France (les Suites pour clavecin de Louis Couperin, Rameau, Degas, Ravel, Valéry) est d’abord une civilisation… _ :
    …
    le lien très consubstantiel de cette musique française à la danse…
    …
    …
    Et Ravel, comme Rameau, et comme Louis Couperin,
    fait très profondément corps musicalement à ce génie français de la joie de la danse.
    …
    …
    En leur si parfaite élégance sensuelle, ces trois Valses-ci de Maurice Ravel
    sont superbement, et « à la française », jubilatoires…
    …
    …
    Ce mardi 28 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa