Étiquette : jubilation

  • Explorer des variations d’instrumentation dans l’interprétation de Johann Sebastian Bach

    L’œuvre de Johann Sebastian Bach parvenue jusqu’à nous

    est un peu moins copieuse que celle d’autres compositeurs,

    par exemple _ je l’abordais hier même _ celle de Georg Philipp Telemann ;

    ou celle d’Antonio Vivaldi _ merveilleusement conservée à Turin.

    …

    …

    D’où la tentation pour les interprètes de Bach

    d’oser varier l’instrumentation de ses œuvres,

    avec, bien sûr, les accommodations adjacentes nécessaires _ aux œuvres elles-mêmes…

    …

    …

    C’est ce séduisant jeu-là que suivent dans leur très belle réalisation qu’est le CD Glossa intitulé Cross-dressing Bach,

    les excellents Enrico Gatti, violoniste, et Rinaldo Alessandrini, clavecin ;

    en un très jouissif CD Glossa GCD 921210.

    …

    …

    Ces métamorphoses affectent ici

    …

    la Sonate pour violon et clavecin en ré majeur BWV 1028,

    la Partita en sol mineur pour flûte traversière seule BWV 1013,

    la Sonate en ré mineur pour clavecin seul BWV 964,

    le Trio en ré mineur BWV 583,

    la Sonate en sol mineur pour violon et clavecin BWV 1029,

    et la Fugue en sol mineur pour violon et basse continue BWV 1026 ;

    …

    toutes _ à l’exception de la Partita, transposée pour le violon seul _ transformées ici

    en œuvres pour violon et clavecin.

    …

    …

    Des métamorphoses parfaitement réussies.

    …
    …

    Il faut dire que les interprètes et transcripteurs,

    Enrico Gatti et Rinaldo Alessandrini,

    sont _ à mon goût du moins _ parmi les meilleurs _ et plus sérieux, sans esbroufe en leur imageance même _ des musiciens du Baroque… _ j’apprécie tout particulièrement la justesse de jeu d’Enrico Gatti.

    …
    Chapeau, Messieurs !

    Un récital de gala.

    …

    Qui chante avec jubilation _ et sans hystérie.

    …
    …
    Ce dimanche 20 mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Après l’entretien avec Julien Hervier sur son passionnant « Ernst Jünger _ dans les tempêtes du siècle : une intéressante appréciation de Hannah Arendt en 1950 »

    Simplement,

    et avant un article détaillé sur le Ernst Jünger _ dans les tempêtes du siècle, de Julien Hervier, paru ce mois de janvier 2014 aux Éditions Fayard,

    …

    voici un extrait du courriel que je lui adresse ce matin,

    suite à notre _ riche et remarquable _ entretien d’hier soir, jeudi 30, dans les salons Albert-Mollat :

    …

    Hier soir, en arrivant à la librairie Mollat, vers 17h15,
    mon premier geste a été de me procurer le volume II des « Journaux de guerre » (1939-1948) d’Ernst Jünger,
    et en vous attendant, sur la table du 2d étage, j’ai parcouru rapidement votre Introduction (de XXV pages),
    et y ai découvert, à la dernière (page xxxiv), cette très belle citation de Hannah Arendt à propos d’Ernst Jünger,
    accessible dans Penser l’événement (aux Éditions Belin), in Après le nazisme, en 1950.

    …

    La voici, précédée de votre phrase d’introduction :

    « C’est à cette cohérence et à cette honnêteté _ de Jünger _ que rendait hommage Hannah Arendt lorsqu’elle écrivait dans « Reportage d’Allemagne » :

    …

    « Le Journal de guerre d’Ernst Jünger apporte sans doute le témoignage le plus probant et le plus honnête de l’extrême difficulté que rencontre un individu pour conserver son intégrité et ses critères de vérité et de moralité dans un monde _ de violence totalitaire meurtrière _ où vérité et moralité n’ont plus aucune expression visible.

    Malgré l’influence indéniable des écrits antérieurs de Jünger sur certains membres de l’intelligentsia nazie,

    lui-même fut du début jusqu’à la fin un antinazi actif,

    et sa conduite prouve que la notion d’honneur, quelque peu désuète mais jadis familière aux officiers prussiens, suffisait amplement à la résistance individuelle« .

    …

    Et vous ajoutez _ c’est votre phrase de conclusion à cette superbe Introduction _ :

    …

    « Mais Hannah Arendt constate aussi les limites d’une telle résistance intérieure,

    qui déchire la conscience de manière cauchemardesque

    entre les pôles contradictoires de l’activité de survie dans le monde diurne

    et du jugement moral exercé aux moments de solitude nocturne« …

    …

    Or, jusqu’ici de ma lecture, le nom de Hannah Arendt _ je l’avais chaque fois recherché ! _ n’était pas apparu
    dans votre biographie de Jünger qui paraît chez Fayard ;
    pas davantage, d’ailleurs, que dans l’Index de ce Pléïade II.

    …

    Ce matin, mon premier geste a donc été de lire attentivement les 25 pages de cette Introduction,
    que je trouve rien moins qu’admirable(s) !

    …

    Admirable en la double précision-concision de cette synthèse _ lumineuse ! _ qu’elle propose au lecteur
    qui s’apprête à arpenter ces très riches en même temps que si beaux Journaux de la Seconde Guerre Mondiale de Jünger.

    …

    Par votre capacité d’articuler si magnifiquement clairement
    la démarche de Jünger face à l’Histoire

    qui, à lui aussi _ même si c’est d’une autre façon que pour Hannah Arendt _, lui tombe à nouveau, ou encore, ou toujours, dessus,

    …

    avec sa démarche si merveilleuse d’en écrire aussi lumineusement l’expérience qu’il reçoit et construit ;
    expérience du réel forcément complexe, mais aussi si riche :

    celle qui fait de lui l’écrivain vraiment exceptionnel qu’il est,
    par cette singulière qualité d’extrême « acuité de la vision
    qui fait du monde un enchantement«  _ je reprends votre expression de la page 423, que j’ai lue hier soir à la conférence.

    …

    Comme je vous l’ai dit ensuite, c’est cet auteur-là, celui de ces Journaux,
    ou encore celui de ses Correspondances adressées _ dans l’intimité du privé _ à divers interlocuteurs, surtout, bien sûr, de ses amis, auxquels il livre le plus intime de son « juger » _ au sein même de son percevoir et ressentir ! _,
    qui m’intéresse le plus,
    en sa formidable capacité de vérité, de justesse _ y compris poétique : ou plutôt, justement, parce que poétique (mais sans le pathos qu’on associe trop souvent à la poésie : et alors ce n’est plus du tout de vraie poésie qu’il s’agit !)… _

    de l’art de détailler-analyser…

    …

    C’est pour cela que j’ose espérer que vous réaliserez une édition

    _ par exemple à nouveau en Pléïade, et sans nécessairement l’occasion
    (certes commode : et en effet le monde de l’édition fonctionne ainsi, par le repère aisé si évident des dates des anniversaires… : ah le fétichisme des chiffres !!!)

    des commémorations des Guerres mondiales _,
    des Journaux de la grande maturité de Jünger,

    c’est-à-dire les 5 volumes de Soixante-dix s’efface.

     

    Soit le chef d’œuvre de la maturité encore mieux accomplie,

    dans la sérénité des trente-deux années que la prodigalité de la vie allait lui donner encore,

    à Wilflingen, en Souabe, où il s’installe le 15 juillet 1950,

    ainsi qu’en ses voyages de par le monde entier : « frappé par la profusion, la variété, la prodigalité et même le gaspillage insensé qui règnent dans la nature« ,

    écrivez-vous magnifiquement page 422 de votre biographie-portrait de l’auteur…

    …

    Car « les beautés que le voyage nous apporte à profusion

    réclament donc aussi une prédisposition _ et celle-ci doit s’apprendre à cultiver ! _ à les recevoir.

    …

    Plus encore que le pittoresque des êtres ou des lieux

    compte la qualité du regard que l’on porte sur eux. (…)

    …

    Pour lui, c’est bien plutôt l’acuité de la vision

    qui fait du monde un enchantement ;

    …

    Soixante-dix s’efface abonde en instantanés émerveillés,

    son récit est émaillé par des sortes de flashs où l’écrivain se concentre _ voilà ! _ sur une vision qu’il tente de fixer à l’aide du langage _ par son travail de précision… _,

    au lieu, comme la plupart des touristes, de l’enregistrer mécaniquement par la photographie,

    avant de passer précipitamment à autre chose« , écrivez-vous ainsi page 423.

    …

    Cela n’est pas sans me rappeler le bonheur d’écriture et de jouissance du vivre _ mêlés _ d’un Montaigne

    en son sublimissime essai final De l’expérience (Essais III, chapitre 13) ;

    ou l’acmé du bonheur musical (expression d’une semblable gratitude infinie du vivre) d’un Händel

    en la jubilation de son chœur : « Tout bon, il a fait tout bon » _ Deus sive Natura…

    …

    Mais c’est aussi ce que Nietzsche nomme très justement l’épreuve _ très simplement surmontée _ de l’éternel retour du même…

    Et Spinoza, l’accomplissement de la joie.

    …

    A propos de cet art profondément crucial (!) de l’acuité du regard,

    je voudrais vous signaler les très beaux livres de deux de mes amies,
    dont les analyses, chacune à sa façon, rejoignent cette « acuité du regard » de Jünger :

    Homo spectator de Marie-José Mondzain (aux Éditions Bayard),
    et L’Acte esthétique de Baldine Saint-Girons (aux Éditions Klincksieck).

    …

    Voici aussi deux podcasts d’entretiens que j’ai eus avec elles deux dans les salons Mollat :

    celui avec Baldine Saint-Girons, le 25-1-2011, à propos de son Le Pouvoir esthétique (aux Éditions Manucius)
    et celui avec Marie-José Mondzain, le 16-5-2012, à propos de son Images : à suivre _ au cinéma et ailleurs (aux Éditions Bayard).
    …

    Merci encore, cher Julien Hervier, de ces excellents moments…

    …

    Titus Curiosus, ce 31 janvier 2014

  • Le sublime Chopin « en vérité » de Tatiana Shebanova _ in memoriam

    C’est un peu par hasard, l’été 2011, que j’ai découvert, d’abord la collection merveilleuse « The Real Chopin« , en son œuvre complète sur instruments anciens _ un piano Pleyel de 1848 et un piano Érard de 1849, pour commencer ; vient de s’y adjoindre (en novembre 2010) un piano Érard de 1838 pour un CD de Janusz Olejniczak, le CD NIFCCD 030, comportant des Mazurkas (6), des Polonaises (2), des Valses (4), des Nocturnes (3) et la Ballade opus 23 : tous instruments admirables ! _, du Narodowy Institut Fryderyka Chopina, de Varsovie, éditée pour le deux-centième anniversaire de la naissance de Frédéric Chopin (Varsovie, 1er mars 1810 – Paris, 17 octobre 1849)  ;

    puis que, en approfondissant ma recherche, CD après CD, j’ai admiré et aimé considérablement les doigts proprement magiques de Tatiana Shebanova (Moscou, 12 janvier 1953 – Varsovie, 1er mars 2011), en de sublimes cadeaux, l’un après l’autre de 5 CDs _ les CDs NIFCCD 005, 007, parus en 2007, 017 et 018, parus en 2010, puis, cette année-ci, 2012, le CD « in memoriam«  021, comportant les 24 Préludes opus 28 (ainsi que le Prélude opus 45), enregistrés le 30 juin 2009, et la Sonate en si bémol majeur opus 35, dite « funèbre« , enregistrée le 20 avril 2010.. _, de cette musique de Chopin sublimement donnée ici en sa rayonnante toute simple mais sidérante chaleureuse vérité et beauté : sur le piano Érard de 1849 de l’Institut…

    …

    L’Institut Frédéric Chopin de Varsovie a, en effet, publié en novembre 2010 un coffret de 21 CDs

    (numérotés de 000 _ pour un enregistrement de Raul Koczalski (1884-1948) sur un piano Pleyel de 1847, le 21 février 1948 _ à 020 _ les enregistrements des 20 CDs 001 à 020 se sont déroulés de mars 2005 à décembre 2009 (et même le 19 janvier 2010 pour quelque(s) pièce(s) du CD 0018, par Tatiana Shebanova, justement… : probablement la Sonate « funèbre » opus 35 de 1839 _),

    donnant à écouter l’œuvre intégral de Frédéric Chopin sur ces pianos Pleyel (de 1848) et Érard (de 1849) aux sonorités chaleureuses confondantes… Et c’est un élément décisif de leur si réjouissante réussite !!!

    …

    J’avais bien relevé, auparavant, une excellente critique d’un enregistrement Chopin de cette collection par Nelson Goerner, mais je devais alors avoir d’autres centres d’intérêt que la musique de Chopin pour ne pas demander à l’écouter, ni me le procurer… Et c’est probablement le nom du pianiste Howard Shelley qui, en ce début d’été 2010, m’a incité à écouter, puis m’a fait découvrir, CD après CD, avec une jouissance immédiate ! passionnément mêlée à une non moins hyper-jouissive curiosité à profusion comblée !, cette merveilleuse collection d’enregistrements sur instruments anciens de l’œuvre du « real Chopin » !

    …

    Si bien que j’ai demandé à en écouter, après ce tout premier CD Shelley de la collection de l’Institut Frédéric Chopin de Varsovie, d’autres,

    à commencer par les enregistrements de Nelson Goerner, tous mieux qu’excellents, proprement enthousiasmants ! :

    les CDs 003 (les 4 Ballades ainsi que 3 Nocturnes),

    009 (les œuvres pour piano et orchestre autres que les 2 concertos pour piano : les justement fameuses Variations opus 2 sur Là ci darem la mano de Don Giovanni de Mozart, fameuses par le mot d’enthousiasme pur de Robert Schumann pour la musique d’un musicien parfaitement inconnu de lui jusque là et dont il découvrait, à la seule lecture, la partition : « Chapeau bas, Messieurs, un génie ! » ; la Fantaisie sur des Airs polonais opus 13 ; le Rondo de Concert à la Krakowiak opus 14 ; et l’Andante spianato et Grande Polonaise brillante opus 22)

    et 016 (les Mélodies opus 74, Nelson Goerner accompagnant la soprano Aleksandra Kurzak et le baryton Mariusz Kwiecien) ;

    et plus tard le CD 023 (les 9 Mélodies de l’opus 74 pour voix de soprano, Nelson Goerner accompagnant cette fois la délicieuse Dorothee Mields, les chantant une fois en polonais et l’autre en allemand).

    …

    Puis j’ai écouté (et beaucoup aimé aussi) les CDs de Janusz Olejniczak de cette collection :

    le CD 008 (5 Mazurkas, la Sonate opus 35, etc.),

    et le CD 011 (3 Polonaises, 2 Nocturnes, 5 Mazurkas et 1 Valse) ;

    et plus tard, tout récemment, le CD 030, sur un piano Pleyel de 1838, cette fois (6 Mazurkas, 2 Polonaises, 4 Valses, 3 Nocturnes et la Ballade opus 23).

    …
    De même que j’ai extrêmement apprécié le CD 010 de Kevin Kenner (les 4 Impromptus, le Scherzo opus 39, etc.).

    …

    Au total, j’ai acheté ainsi, un par un, 14 de ces 20 CDs, par des artistes divers…

    …

    Mais ma découverte fondamentale fut le jeu magique proprement stupéfiant de grâce et de justesse chopinienne de la magnifique Tatiana Shebanova !

    …

    J’ignorais tout de cette interprète, à l’exception de ce dont m’informaient, au fil de mon écoute de ces quatre premiers CDs _ 005, 007, 017 et 018 _, les notices de ces disques de cette collection de l’Institut Frédéric Chopin de Varsovie ; et ne fus guère récompensé, non plus, par ma recherche sur Google : l’indication, sur un site en anglais, que la musicienne « passes away » _ mais sans mention de date ! _ me troubla profondément, cet été 2011-là, mais je ne réussis ni à la confirmer, ni l’infirmer, nulle part, alors… J’en restais donc à cette hypothétique disparition dont nul media n’avait fait, à ma connaissance, ni mention, ni a fortiori commentaire !..

    …
    Bien sûr, je communiquais _ et fit partager ! _ mon enthousiasme musical à mes disquaires préférés, au fil de mes écoutes (enchantées !) successives ; et je leur commandais illico presto 2 des CDs de Tatiana Shebanova sur lesquels je n’étais pas parvenu à mettre la main…

    …
    Je ne me souviens plus aujourd’hui quel avait été l’ordre de ces écoutes-découvertes progressives miennes de ces CDs Chopin de Tatiana Shebanova ; mais l’enthousiasme ne se démentit certes pas, bien au contraire ! j’étais de plus en plus stupéfait d’enthousiasme pour cette justesse absolue d’interprétation du « real Chopin » !!! de Tatiana Shebanova ; et je remarquais au passage combien les Mazurkas, moins célèbres que les Etudes ou les Polonaises, constituaient sans doute le cœur battant de la création la plus intime et vibrante de sens _ et chaleureuse ! _ de Frédéric Chopin !.. Et les réalisations de Shebanova constituaient le summum de cette magnifique collection : bientôt je me procurais l’intégrale de ces enregistrements en mettant la main sur le coffret des 21 CDs !

    …
    Bref, je proclamais partout haut et fort cette jubilatoire _ et chaleureuse _ admiration…

    …

    Si bien que, quand parut au printemps 2012 _ car la collection d’enregistrements anciens de l’Institut Frédéric Chopin de Varsovie se poursuit : et toujours magnifiquement ! même sans Shebanova désormais : nous en sommes à ce jour au numéro 023… _, en mars ou en avril, un nouveau CD _ proprement sublime ! _, intitulé « in memoriam Tatiana Shebanova« , des 24 Préludes opus 28 (+ le prélude opus 45) et la Sonate dite « funèbre » opus 35, je fus au comble et de la jouissance pour ce CD miraculeux (NIFC CD 021) de justesse de beauté,

    et de la détresse, pour la perte prématurée (hélas confirmée ainsi !) de cette musicienne magicienne qu’avait été Tatiana Shebanova (Moscou, 12-1-1953 – Varsovie, 1-3-2011) :

    …

    je note au passage que Tatiana Shebanova est morte (d’un cancer) 201 ans jour pour jour après la naissance de Frédéric Chopin, le 1er mars 1810 !

    …

    Voici deux messages adressés à mon amie la Fée Morgane pour lui donner à partager cet enthousiasme musical :

    …

    De :   Titus Curiosus
    Objet : Chopin/Shebanova au Fryderyk Chopin Institute de Varsovie
    Date : 19 mai 2012 18:32:19 HAEC
    À :   Fata Morgana

    …

    Voici les 5 CDs Chopin/Shebatova existant
    dans l’édition du Fryderyk Chopin Institute de Varsovie…

    Pour moi,
    la quintessence de Chopin
    se trouve dans les Mazurkas…

    …

    Vient de paraître aussi, mais sans Shebatova hélas, un excellent DVD (Glossa GVD 921114)
    retransmettant un des concerts de l’anniversaire Chopin à Varsovie,
    sur le même piano Érard de 1849,
    avec Nelson Goerner, Kevin Kenner et Janusz Olejniczak (tous très bons !!!)
    et l’orchestre du XVIIIe siècle dirigé par Frans Bruggen,
    pour les œuvres de Chopin avec piano et orchestre : un Chopin mozartien…

    Titus
    …
    Chopin: 24 Preludes, Op. 28

    Chopin:

    24 Preludes, Op. 28

    Prelude Op. 45 in C sharp minor (No. 25)

    Piano Sonata No. 2 in B flat minor, Op. 35 ‘Marche funèbre’

    Tatiana Shebanova (piano)

    …

    This CD has been released in memory of Tatiana Shebanova, who died last year, not long after these recordings were made _ 10 mois et 10 jours très exactement. It shows the exceptional relationship _ voilà ! _ which she had with the historic Erard piano heard here. She fell in love with the instrument the very first time she played it.

    Frederick Chopin Institute The Real Chopin – NIFCCD021

    (CD)

    €16,75

    In stock – usually despatched within 1 working day.

    …

    Chopin: Polonaises, Rondo in C major & Mazurkas

    Chopin:

    Rondo in C major, Op. 73

    working version

    Polonaise No. 10 in F minor, Op. 71 No. 3

    Polonaise No. 1 in C sharp minor, Op. 26 No. 1

    Mazurka No. 41 in C sharp minor, Op. 63 No. 3

    Mazurka No. 20 in D flat major, Op. 30 No. 3

    Mazurka No. 40 in F minor, Op. 63 No. 2

    Mazurka No. 34 in C major, Op. 56 No. 2

    Mazurka in A minor, Op..posth.

    Mazurka No. 46 in C major, Op. 68 No. 1

    Nocturne No. 6 in G minor, Op. 15 No. 3

    Mazurka No. 33 in B major, Op. 56 No. 1

    Mazurka No. 39 in B major, Op. 63 No. 1

    Introduction & Variations ‘Der Schweizerbub’ KKIVa/4

    Polonaise No. 15 in B flat minor B13/KKIVa:5

    Polonaise No. 14 in G sharp minor B6/KKIVa:3

    Galop in A flat major ‘Marquis’, WN 59

    Tatiana Shebanova (piano)

    Shebanova interprets further works by Chopin. She is more than qualified to do so, as she did Postgraduate studies at the Warsaw Fryderyck Chopin Music Academy and since 1983 has given annual lectures at the Chopin Master Classes in Duszniki-Zdrój. She performs on an Erard 1849 fortepiano.

    Frederick Chopin Institute The Real Chopin – NIFCCD018

    (CD)

    €16,75

    In stock – usually despatched within 1 working day.

    …

    Chopin: Walzes, Barcarolle, Berceuse & Ecossaises

    Chopin:

    3 Écossaises, Op. 72 No. 3

    Barcarolle in F sharp major, Op. 60

    Berceuse in D flat major, Op. 57

    Waltzes Nos. 1-14

    Tatiana Shebanova (piano)

    Tatiana Shebanova is one of the most eminent pianists performing today. She is the winner of international competitions in Prague (1969), Geneva (1976) and Brussels (1990), among others. Polish audiences remember her performances during the Tenth International Fryderyk Chopin Piano Competition in Warsaw in 1980, when she received Second Prize and the special prizes for the best performances of a polonaise and a concerto _ c’est à noter !

    The disc features new recordings of the Waltzes, Ecossaises, Op. 72, Barcarolle in F sharp major, Op. 60, Berceuse in D flat major, Op. 57.

    Recordings made on an Erard piano from 1849.

    Recorded in Witold Lutoslawski Polish Radio Concert Studio, Warsaw, 19-20 May 2007.

    Frederick Chopin Institute The Real Chopin – NIFCCD005

    (CD)

    €16,75

    In stock – usually despatched within 1 working day.

    …

    Chopin: Études, Opp. 10 & 25

    Chopin:

    12 Études, Op. 10

    12 Études, Op. 25

    Tatiana Shebanova (piano)

    Tatiana Shebanova is one of the most eminent pianists performing today. She is the winner of international competitions in Prague (1969), Geneva (1976) and Brussels (1990), among others. Polish audiences remember her performances during the Tenth International Fryderyk Chopin Piano Competition in Warsaw in 1980, when she received Second Prize and the special prizes for the best performances of a polonaise and a concerto.

    The disc features new recordings of the Fryderyk Chopin 12 Etudes Op. 10 (1829–1832) and 12 Etudes Op. 25 (before 1837) Erard piano from 1849.

    Recorded in Witold Lutoslwski Polish Radio Concert Studio, Warsaw, 29 September 2007.

    Frederick Chopin Institute The Real Chopin – NIFCCD007

    (CD)

    €16,75

    In stock – usually despatched within 1 working day.

    …

    Chopin: Variations, Mazurkas & Rondos

    Chopin:

    Largo in E flat major, BI 109

    Variations brilliantes in B flat major on ‘Je Vends des Scapulaires’, Op. 12

    Rondo a la Mazurka, Op. 5

    Rondo in C major for two pianos, Op. 73

    _ à deux pianos (l’autre étant le Pleyel de 1848), avec _ Jaroslaw Drzewiecki _ le mari de Tatiana Shebanova _

    Marche Funebre, Op. 72 No. 2

    Fugue in A minor

    Mazurka No. 56 in B flat major, K.IIa/3

    Mazurka No. 58 in A flat major

    Mazurka No. 57 in C major

    Mazurka No. 55 in G major, K.IIa/2

    Moderato in E, KKIVb/12

    Variations in D major for 2 pianos

    Stanislaw Drzewiecki _ le fils de Tatiana Shebanova et Jaroslaw Drzewiecky _

    Variations in A – Souvenír de Paganini

    Variations on a March from Bellini’s I Puritani

    Polonaise No. 16 in G flat major B36/KKIVa:8

    Allegretto in F sharp major

    Waltz No. 17 in E flat major, Op. post., KKIVa:14, B 46

    Wiosna B117

    Tatiana Shebanova (piano)

    Tatiana Shebanova graduated from the Pyotr Tchaikovsky Conservatory in Moscow with a Gold Medal and is a Grand Prix winner of international music competitions in Prague, Geneva and Brussels. She has led an intensely musical life and, as well as being a soloist, has performed piano duets with her husband and son. She is performing on an Erard 1849 fortepiano.

    Frederick Chopin Institute The Real Chopin – NIFCCD017

    (CD)

    €16,75

    Usually despatched in 2 – 3 working days.

    …

    Et cet autre message-ci,

    en réponse à une demande adjacente de conseil de priorité d’écoute :

    …

    De :   Titus Curiosus
    Objet : Les CDs Shebanova sur piano Erard
    Date : 21 mai 2012 06:25:33 HAEC
    À :   Fata Morgana

    …

    Après ré-écoute des 4 CDs du coffret anniversaire,
    et après celle du nouveau CD des Préludes (CD 021),
    voici mon ordre de priorité :

    1) Les Préludes et la Sonate « funèbre » (CD 021)
    2) Les Études (CD 007)
    3) Les Valses (CD 005)
    4) Les Polonaises, Mazurkas, etc. (CD 018)
    5) Les Variations, Mazurkas, etc. (CD 017).

    Les Mazurkas sont le plus intime de Chopin.
    La chaleur des Etudes, et des Valses, est exceptionnelle
    avec cet Érard de 1849 sous les doigts parfaits de Shebanova.
    Quelle perte !

    Titus

    …

    Dossier auquel je me fais un plaisir de joindre encore cette superbe (!!) chronique d’Alain Lompech à la page 94 du numéro de Diapason de mai 2012, à propos de ce même CD « In memoriam Tatiana Shebatova« ,

    auquel le magazine Diapason a attribué un « Diapason d’or » ce mois de mai :

    …

    « On doit à Tatiana Shebanova ce qui me semble être la meilleure intégrale _ rien moins !!!! _ de l’œuvre pour piano de Chopin _ parue chez Dux _, loin devant celles de Vladimir Ashkenazy (Decca), d’Idil Biret (Naxox). Seul Nikita Magaloff (Philips) pourrait s’approcher de cette réussite exemplaire. Hélas !, Shebanova est morte en 2011, à l’âge de cinquante-sept ans. L’Institut Frédéric Chopin lui rend hommage _ « in memoriam« … _ avec la publication d’un récital _ en fait en deux prises : l’une (les Préludes ?..), le 30 juin 2009, l’autre (la Sonate « funèbre » ?..), le 20 avril 2010 _ enregistré, admirablement, sur un Érard de 1849, dont cette grande artiste tire des sonorités ensorcelantes _ oui ! _ de rondeurs sombres, d’éclats feutrés, d’aigus translucides mais pleins et chantants _ tous ces oxymores sont mieux que justissimes ! Ce pianisme somptueux n’est pas mis au service du culte du beau son, il est la logique d’une assimilation du style chopinien _ oui ! jusqu’à l’incarnation ! _ par une musicienne qui en avait pénétré l’essence _ rien moins ! On sent dans ces interprétations une telle intimité _ oui ! _ avec les Préludes et avec la Sonate « funèbre » que toute barre de mesure, toute idée même d’interprétation s’envolent : Shebanova recrée dans l’instant ce qu’elle joue _ voilà ! _ avec une incertitude apparente _ celle du compositeur lui-même improvisant et créant _, qui n’a d’égale que la détermination _ en radieuse jubilation ! _ d’aller au bout de chaque phrase _ avec l’autorité de la justesse la plus rayonnante : formidablement chaleureuse.
    C’est bouleversant. » 

    …

    On ne saurait mieux dire la perfection de justesse de beauté

    de ce travail admirable

    d’une vie

    de Tatiana Shebatova au service _ éminemment chaleureux ! _ du génie même de Chopin

    en sa plus éminente vitalité.

    …

    Si « tout ce qui est beau est difficile autant que rare »  (Spinoza),

    « a thing of beauty is a joy for ever » (Keats)…

    C’est bien à ce degré d’éternité-là qu’ici de plain-pied parfaitement nous sommes !

    …

    Merci Madame !

    …

    Titus Curiosus, ce 30 juin 2012

  • le « continent Durosoir » livre de nouvelles merveilles : fabuleuse « Jouvence » (CD Alpha 164) !!!

    Après une série d’œuvres de Musique pour violon & piano

    (= le CD Alpha 105 _ paru en 2006),

    …

    et le coup de tonnerre des trois chefs d’œuvre (somptueux !!! et faisant date dans l’histoire de la musique française ! qu’on se le dise et qu’on se le chante !!! de par le monde entier !) des trois quatuors à cordes de 1919-1920, 1922 et 1934

    (= le CD Alpha 125 Quatuors à cordes _ paru en 2008 ; cf mon article on ne peut plus significatif (!) du 4 juillet 2008 : Musique d’après la guerre !),

    …

    voici que le « continent Durosoir« 

    (= l’œuvre musical de Lucien Durosoir, composé en quelques 46 opus, entre février 1919, à sa démobilisation de la Grande Guerre (passée plus de quatre ans durant, et sans discontinuer, en première ligne, sur le front des tranchées : à Verdun-Douaumont, à Craonne, à Neuville-Saint Vaast), et 1950)

    s’enrichit pour nous, mélomanes, de sept nouvelles merveilles

    mises ainsi à la disposition de notre jubilation !

    …

    Le programme de ce troisième CD Durosoir est encadré par deux chefs d’œuvre de très amples dimensions (20’55, pour la Fantaisie (Jouvence) ; 24’35 pour le Quintette pour piano et cordes) :

    _ d’une part, et en ouverture, une Fantaisie (pour violon principal, d’une part, et octuor : deux violons, alto, violoncelle, contrebasse, flûte, cor et harpe, d’autre part) intitulée Jouvence, en référence _ mais non sans ironie musicale… _ à un poème de José-Maria de Heredia, le second des Conquérants, dans Les Trophées ; l’œuvre est de 1921…

    _ d’autre part, en final, le Quintette pour piano et cordes en Fa Majeur ; l’œuvre _ merveilleusement trépidante de vie ! _ est de 1925…

    …

    Je remarque au passage le contraste entre,

    d’une part, une forme libre _ et Lucien Durosoir s’y adonne à cœur-joie ! _, la « fantaisie » ; et qui plus est « pour violon principal et octuor » : une formule éminemment singulière ! ainsi qu’un instrumentarium lui-même peu couru pour un octuor (deux violons, alto, violoncelle, contrebasse, flûte, cor et harpe) ! pour ce qui concerne cette pièce merveilleusement colorée et puissante _ et ludique ! c’est du secret de la vraie (!) jeunesse qu’il s’agit ! _ qu’est Jouvence ;

    et, d’autre part, un genre bien reconnu, lui, par la tradition de musique de chambre _ mais, ici encore, interprété avec une joie malicieusement ludique ô combien souveraine ! la note (très, très discrètement !) jazzy du piano apportant une touche qui se situerait quelque part, mais bien plus malicieusement, entre Chostakovitch et Bartok : c’est tout dire !!! _ : le quintette pour piano et cordes…

    …

    _ les cinq autres œuvres _ ramassées, elles, denses, mais toujours sans la moindre lourdeur : élégance ! élégance de la justesse ! à la française… en leur brièveté (couperinienne ?) _ de ce CD Alpha 164 sont toutes destinées à des combinaisons pas trop fréquentées _ d’où des univers chaque fois pleinement singuliers ! même si rapidement dessinés, effleurés… _ de deux instruments _ peut-être, même si aucune de ces pièces n’est de forme « sonate« , dans l’esprit (si ce n’est qu’il s’agit là de « fantaisies«  : de formes libres !) de la série envisagée par Debussy (et demeurée hélas ! inachevée) de six sonates (pour divers instruments) : n’ont été réalisées que celle pour violoncelle et piano, en 1915, celle pour flûte, alto et harpe, en 1915, aussi, et celle pour violon et piano, composée entre octobre 1916 et avril 1917… Debussy est mort le 25 mars 1918.

    …

    Dans ses lettres à sa mère de la période de la guerre, en mars 1918 _ Lucien se trouve au colombier de Suippes (dans la Marne, non loin d’Epernay) avec André Caplet _, il adresse ceci à sa mère demeurant à Vincennes : « Je t’envoie une invitation pour le 8, audition de la SMI _ la Société de Musique Indépendante (1910-1935) _ ; c’est Caplet qui a reçu cela. Le concert est à 3 heures : c’est pratique ; programme superbe et intéressant. La sonate piano et violon de Debussy, par Yvonne Astruc et madame Fourgeaud-Groulez, Ombres de Florent Schmitt, pièces de piano par Loyonnet, et un quintette pour cordes et harpe de Ingelbrecht, et cinq mélodies de Caplet. Un programme magnifique, outre que tu entendras la sonate de Debussy ; je serais heureux de connaître ton impression. Je te prierai même de me l’envoyer, car je travaillerai _ voilà ! _ cette œuvre avec Caplet« .., pages 193-194 de Deux musiciens dans la Grande Guerre, recueil de « Lettres du front«  de Lucien Durosoir à sa mère et des « Carnets de guerre«  de Maurice Maréchal..  .

    …

    Voici ces cinq pièces :

    à l’exception de Caprice (pour violoncelle et harpe ; et dédiée en 1921 à son camarade Maurice Maréchal « en souvenir de Géricourt (hiver 1916-1917)« …)

    et de Berceuse (pour flûte et piano : composée pendant les derniers moments de Louise Durosoir, l’automne 1934 _ celle-ci mourut au mois de décembre _ et que Lucien Durosoir qualifia de « Berceuse funèbre » quand il la « reprit » et « améliora« , en février 1950, pour son Chant élégiaque, en mémoire de Ginette Neveu, pour violon et piano, cette fois),

    dont les titres correspondent à des genres musicaux _ ainsi Frescobaldi donne-t-il à ses douze Capricci pour l’orgue (en 1624) un style fugué, avec des mouvements vifs exigeant « du feu«  dans leur exécution ; quant à la berceuse, Lucien joue assez fréquemment au front la Berceuse de Gabriel Fauré : par exemple, avec André Caplet, les 17 et 22 novembre 1915 (cf les pages 145 et 147 de Deux musiciens dans la Grande Guerre) ; de même que Lucien Durosoir a baptisé Berceuse une de ses cinq Aquarelles (pour violon et piano ; la pièce étant aussi transcrite pour violoncelle et piano) en 1920 : la berceuse a une vertu consolatrice… _,

    les trois autres pièces à deux instruments

    font référence, elles, à des poèmes :

    …

    _ de Leconte de Lisle (il s’agit de la strophe 4 du second poème des Poèmes antiques, Prière védique pour les morts _ le premier poème, Sûrya, étant un hymne védique _, quasi à l’ouverture du recueil _ paru en 1852),

    pour Incantation bouddhique (pour cor anglais et piano, en 1946) : sous la forme d’un exergue inscrit en tête de la partition ;

    …

    et plus directement, par leur titre même reproduisant (sans expressément l’indiquer, toutefois : cela pouvant ne pas se remarquer…) le titre d’un poème :

    _ de José-Maria de Heredia (le poème Vitrail est le premier de la série intitulée « Le Moyen-Âge et la Renaissance » dans Les Trophées _ parus en 1893),

    pour Vitrail (pour alto et piano, en 1934) ;

    …

    _ et de Gabriel Dufau (pour son recueil Au Vent des Landes _ paru à l’Imprimerie d’Editions d’Art à Montpellier, en 1914 : le Docteur Gabriel Dufau, landais, fut maire de Léon, proche de l’océan, là où se jette le courant d’Huchet _),

    pour Au Vent des Landes (pour flûte et piano, en 1935)…

    …

    Ces trois pièces sont ainsi immédiatement _ et musicalement ! _ mémorielles pour leur compositeur…
    …

    …

    Lucien Durosoir

    _ l’homme est né à Boulogne sur Seine le 6 décembre 1878 et est mort le 5 décembre 1955 à Bélus, non loin de Peyrehorade, au pays d’Orthe, à l’extrémité sud-ouest (et surplombante, sur son éminence assez proche du confluent de l’Adour et des Gaves réunis) de la Chalosse, dans le département des Landes, où Lucien Durosoir a résidé depuis son installation là (en ce que son fils et sa belle fille nomment « son ermitage«  !), en 1927 : la vue s’étend au loin sur la chaîne des Pyrénées ; et l’air comme le climat devaient être suffisamment salubres pour la santé désormais fragile de sa mère, Louise, qui y vécut ses sept dernières années… _,

    le compositeur,

    est né, lui, à la composition musicale (aboutie) en 1919 !

    …

    alors qu’il était devenu violoniste (virtuose) dès l’âge de vingt ans, soit en 1899 :

    …

    « sa vie le mena, dès l’âge de vingt ans, dans les itinérances d’une carrière de soliste international« , rencontrant un brillant succès notamment sur les scènes les mieux en vue d’Europe centrale et orientale : à Berlin, à Vienne, à Moscou ; où Lucien Durosoir fit resplendir la plus récente musique française d’alors (Saint-Saëns, Lalo, Widor, Bruneau) ; par exemple, c’est lui, Lucien Durosoir, qui assura la création viennoise de la Sonate en la majeur pour violon et piano de Gabriel Fauré, en 1910 ;

    …

    de même qu’en France, Lucien Durosoir assura, en février 1903, la création du Concerto pour violon et orchestre de Brahms, à la salle Humbert de Romans : il avait été l’élève du dédicataire même (en 1878) de ce concerto, l’immense Josef Joachim (1831-1907) !

    …

    Au cours de son premier concert à la salle Pleyel, le 7 avril 1899, Lucien Durosoir a donné en première audition française le Concerto de Niels Gade ; de même que, en mai 1901, il donne, pour la première fois en France, le Concerto pour violon de Richard Strauss !..

    …

    le compositeur _ donc, je reprends l’élan de ma phrase _

    est né, lui, à la composition musicale (aboutie) en 1919 ! avec son premier quatuor à cordes, en fa mineur _ cf le CD Alpha 125, par le Quatuor Diotima…

    …

    Et le travail d’analyse musicale avec André Caplet, trois années pleines durant (du 16 octobre 1915 au 15 octobre 1918, très précisément !), sur le front

    …

    _ et parmi même les bombardements :

    cf ce témoignage de Lucien en une lettre (d’août 1916) à sa mère sur les conditions de son travail d’analyse musicale avec André Caplet sur le front, dans le secteur des Éparges et de Rupt (au sud-est de Verdun), alors : « Caplet a reçu hier douze études de Debussy. Pendant que nous étions en train de les lire, il est tombé à moins de cinquante mètres de notre ferme sept obus qui n’ont blessé personne, et qui n’ont rien détruit. Il y a eu un moment de stupeur (…). C’est un petit incident« , page 171 de Deux musiciens dans la Grande Guerre… ;

    …

    cf aussi en février précédent (1916), ces autres incidents-ci, à Cappy (dans la Somme), cette fois :

    « Aujourd’hui, la journée est assez calme, nous avons toujours nos petits bombardements quotidiens, c’est-à-dire une centaine d’obus qui tombent sur Cappy. Nous vivons en partie dans les caves. Le piano du lieutenant Poumier est en miettes ; il est accordé pour toujours« , page 158 ;

    …

    et encore, en une autre lettre à sa mère quelques jours plus tard :

    « La maison que j’occupais à Cappy a été rasée par un obus. Mon violon et celui de Dumant ont été engloutis, car ce dernier depuis trois semaines en avait fait venir un. Nous avons déblayé par la suite, le violon de Dumant est en miettes, le mien par le plus grand des hasards n’a absolument rien. Quelle chance ! (…) Je venais de sortir il n’y avait pas cinq minutes, appelé par le médecin pour prendre le commandement de trois équipes de brancardiers. C’est une chance. Je n’ai pas voulu t’écrire cela de suite, de peur de te tourmenter ; maintenant que nous sommes relevés, cela n’a plus d’importance. J’ai de la veine« , page 160 : il n’y a donc pas eu que le piano de Poumier, de détruit ; et pas que le violon de Lucien, de sauvé ! en cet « incident« -là, de bombardement d’obus, à Cappy (entre Albert et Péronne)… _,

    …
    Et le travail assidu d’analyse musicale avec André Caplet, trois années pleines durant, sur le front,

    y est pour pas mal !..

    …

    _ sur ce « passage« , crucial, d’instrumentiste (-interprète de musique) à compositeur (-créateur même de l’œuvre de musique !) de Lucien Durosoir,

    j’aurai à revenir bien plus précisément ! cette affaire-ci est passionnante !

    …

    cf sur ce point de la relation décisive de Lucien Durosoir (en gestation de « compositeur« …) avec André Caplet en tant que compositeur confirmé déjà lui-même ; même si Caplet est alors, à ce moment (de la guerre), surtout célèbre comme « directeur de musique«  : à l’Opéra de Boston, dont il revient au printemps de 1914 ; et que lui-même _ ainsi que Lucien _, se consacrera à la « composition«  surtout après la guerre : de 1919 à sa mort, le 22 avril 1925… :

    …


    André Caplet et

    Claude Debussy

    …

    De retour de Boston début 1914 et nommé chef de l’orchestre de l’Opéra de Paris et, bien qu’exempté du service militaire, André Caplet s’engage au moment de la déclaration de la Guerre.

    …

    De tempérament « malingre » (selon l’adjectif de Lucien, qui en esquisse un premier portrait à sa mère, page 141 de Deux musiciens dans la Grande Guerre :

    …

    « Il est sergent, on va lui trouver un filon _ si peu que ce soit protecteur, sur le front ! _, d’autant plus qu’il est malingre. il fait partie de ces renforts douteux _ sur le front, donc, à cette date d’octobre 1915 _ que nous recevons maintenant. Il faut vraiment avoir besoin d’hommes pour prendre des gens comme lui« , commente Lucien l’arrivée d’André Caplet sur le front de l’Artois, à Beaudricourt, dans le Pas-de-Calais, le 17 octobre 1915…)

    …

    et gazé, sa santé au retour des quatre années de guerre, l’empêchant de continuer sa carrière de chef d’orchestre,

    André Caplet se retire en Normandie, se marie, a un fils, Pierre (né le 20 octobre 1920) et consacre son activité musicale d’une part à l’orchestration (La boîte à joujoux, Jet d’eau ou Clair de lune de son ami disparu _  le 25 mars 1918, d’un cancer _ Claude Debussy, par exemple) et d’autre part, et surtout, à la composition personnelle avec une dominante religieuse (Messe à trois voix, La Part à Dieu ou Le Miroir de Jésus : Mystères du Rosaire…)…

    …

    cf sur ce point de la relation décisive de Lucien Durosoir (en gestation de « compositeur« …) avec André Caplet « compositeur«  confirmé déjà lui-même _ je reprends ma phrase _,

    …

    cf, donc, cette analyse très éclairante de Luc et Georgie Durosoir : « Lucien Durosoir et André Caplet passèrent ensemble ces années terribles

    …

    _ trois ans jours pour jour, même, très exactement : de l’arrivée au départ de Caplet du front (où demeura Lucien jusqu’à la fin des hostilités, le 11 novembre 1918 : Lucien se trouvant alors non loin de Gand, en Belgique) :

    soit, et très précisément,

    du 16 octobre 1915 (arrivée de Caplet à Beaudricourt, sur le front de l’Artois

    …

    cf la lettre du 17 octobre 1915 :

    « Il est arrivé hier matin, dans un nouveau renfort _ afin d’« organiser le quatuor » que « le colonel (Viennot ; ou Valzi ?) voudrait que je forme« , page 140 _, André Caplet, le prix de Rome, chef d’orchestre bien connu qui dirigeait à Boston depuis plusieurs années la saison d’opéra (…) Il jouerait de l’alto dans le quatuor ; inutile de dire qu’il serait intéressant comme musicien _ interprète, d’abord ; mais plus encore analyste, compositeur ! Il paraît fort timide, il faut dire qu’il était désorienté de se retrouver au front, c’est la première fois qu’il y venait« , pages 140-141 de Deux musiciens dans la Grande Guerre… )

    …

    au 15 octobre 1918 (départ de Caplet, des avancées des troupes sur l’Yser

    …

    _ cf ici la lettre de ce 15 octobre 1918 de Lucien à sa mère, page 209 :

    « Est parvenue une nouvelle qui m’a causé, ainsi qu’à Caplet _ tous deux préposés au service de transmission colombophile _, une grosse émotion. Est arrivée une note du Grand Quartier général qui envoie Caplet à Chaumont comme directeur de l’Ecole technique américaine de musique militaire. (…) Ce matin, après avoir trié toutes ses affaires, j’ai conduit Caplet jusqu’à une auto qui devait l’emmener jusqu’à Calais _ le théâtre des hostilités s’est déplacé, lui, depuis quelques jours ce mois d’octobre 18, plus au nord, au « pays de la gueuse Lambic«  (expression in la lettre du 30 septembre, page 208) : en Belgique !..

    …

    Ce n’est pas sans émotion que nous nous sommes séparés, après deux _ ou trois ? octobre 1915 – octobre 1918 ! _ ans de vie commune et de tous les instants _ un élément capital : et pas seulement pour le devenir musical (de compositeur) de Lucien ; pour celui d’André Caplet aussi (même bref, hélas !) : il se consacre lui aussi à la composition désormais !.. Je ne puis oublier tous les bons moments de musique _ plus encore d’analyse et de composition que de répétitions et d’exécutions de musique ! _ et les mille souvenirs qui s’attachent aux lieux parcourus ensemble dans cette vie misérable et pittoresque _ dans les tranchées et sous les obus à proximité immédiate du front ! Et tout particulièrement le séjour fécond, cette année 1918, au colombier de Suippes… Caplet aussi était fort ému.

    …

    Me voici donc le dernier survivant de l’ancien groupe musical, car Mayer _ Pierre Mayer : violoniste, intégré plus tardivement au « groupe« , lui _ est toujours au CID. Mais de l’ancien groupe, Caplet _ qui y jouait de l’alto _, Lemoine _ second violon _, Maréchal _ violoncelle _, Magne _ piano _, Cloëz _ piano ; ce dernier donne aussi des leçons d’harmonie à Lucien (note de la page 237) _ sont maintenant partis. J’avoue que je vais me trouver bien isolé _ intellectuellement, disons… _, car, de tous ceux qui m’entourent et qui sont certes de bons camarades, il n’y avait que Caplet avec lequel je pouvais causer de choses élevées _ de l’ordre de l’art ! _ et avec lequel je sympathisais » _ et faisais de la musique ! Pages 209-210 de Deux musiciens dans la Grande Guerre…

    …

    Le 3 janvier 1915, à propos du « port de médailles bénites«  évoqué dans des cartes de vœux reçues (et jugées par Lucien « bêtes et ridicules« ), Lucien confiait à sa mère : « Il est évident que s’il est heureux pour l’homme de posséder un large sentiment religieux dans la grande acception du mot

    …

    _ les références culturelles (spirituelles) de Lucien ne sont pas (à la différence d’un André Caplet) « religieuses«  au sens étroit du terme ; ou « chrétiennes« , si l’on préfère, comme c’est le cas de l’inspiration de Caplet ; mais plutôt philosophiques en l’espèce d’un paganisme (panthéiste) puissamment présent chez les Tragiques grecs (et Eschyle plus encore que Sophocle) et les Stoïciens : d’où le goût très fort chevillé à l’âme de Lucien, et toute sa vie, pour l’« élévation«  d’inspiration d’un Leconte de Lisle et des poètes parnassiens ; puis, autour du tournant du siècle, des romanistes : Jean Moréas, en l’occurrence, ou un Raymond de La Tailhède, en ses références poétiques de toute sa vie… _,

    …

    il est non moins évident que je considère comme faiblesse d’esprit _ voilà _ le port de médailles bénites et autres objets pris plus ou moins comme fétiches ; il y a là un sentiment puéril et mesquin dont il faut _ en stoïcien ! _ se défendre. J’excuse beaucoup les gens (esprits ordinaires) de donner dans de pareils travers, mais je considère que l’esprit élevé et large que je suis _ voilà : et sans forfanterie _ n’a pas besoin de pareilles choses pour se soutenir. L’idéal élevé que je soutiens en ce moment _ mais pas seulement alors ! _ se suffit à lui-même. Certes, mon sort est entre les mains de Dieu _ ou d’Anankhé… _, il suffit d’un obus pour trancher la question, mais le port d’une médaille quelconque ne peut rien faire à la chose, ce serait trop facile. Laissons cette illusion _ superstitieuse _ à ceux qu’elle berce _ je relève le terme : sa fonction est thérapeutique… _ ; tant mieux, ils puisent là une force ; mais moi je n’ai pas besoin de cette force-là, je la possède en moi-même. (…) Haut les esprits et les cœurs, mais pas de mesquineries, évidemment«  (pages 70-71) ;

    …

    et le 5 : « Je te remercie d’avoir fait brûler un cierge pour moi, mais je ne verrai certainement pas avec plaisir une évolution trop grande _ on note le délicat de la nuance (et de l’appel, en l’élégance de l’impersonnalité indéfinie de son expression…) _ vers ce que je considère comme le contraire d’un esprit large, trouvant en lui-même et en l’idéal de sa vie _ ce sont là des points d’appui majeurs ! pour pénétrer l’idiosyncrasie de Lucien Durosoir ! _ l’élément nécessaire au soutien. Aie confiance, chère maman, aie confiance !«  (page 72); fin de l’incise sur l’« élévation«  revendiquée comme « nécessaire » de l’esprit….

    …

    cf cette analyse très éclairante de Luc et Georgie Durosoir : « Lucien Durosoir et André Caplet passèrent ensemble ces années terribles _ je reprends le fil de ma phrase et de la citation _,

    …

    et leur amitié se scella aussi bien dans les tranchées _ sous le déluge des balles et des obus _ que dans les positions de repli _ un peu tant soit peu moins exposées… _ où ils faisaient de la musique _ de diverses manières : en en jouant (et devant divers publics : notamment le cercle du général Mangin ; ou d’autres officiers supérieurs mélomanes : le colonel Viennot, le colonel Valzi ; etc.) ; mais, plus encore et surtout, en travaillant assidument l’analyse de partitions ; et en s’intéressant au travail même de la composition (y compris en la pratique d’exercices…). L’idée de composer s’affirme _ voilà ! _ de plus en plus fortement dans l’esprit de Lucien Durosoir _ elle fait son chemin…

    …

    Songeant à la fin de la guerre, il écrit, le 12 septembre 1916 : « Je commencerai la composition afin de m’habituer à manier les formes plus libres _ la notation est d’importance ! voilà un axe de priorité de Lucien ! _, et je donnerai, j’en suis persuadé, des fruits mûrs » …« … _ même si Lucien n’a jamais cessé d’y songer, depuis sa formation musicale, au sein du Conservatoire, comme en dehors (il s’en fait renvoyer par le directeur, Ambroise Thomas), notamment auprès de Charles Tournemire ! avec lequel il continuera de travailler : Lucien n’est tiède ni en ses rejets, ni en ses fidélités… _

    ..

    Revenir de la guerre n’est pas, pour Lucien Durosoir, un simple retour au pays _ et au domicile familial de Vincennes. Dans le délabrement économique, mental et physique de nations dont presque toute la jeunesse a été fauchée _ cette Guerre fut rien moins que le premier suicide collectif de l’Europe ; cf le livre lumineux de Stefan Zweig Le Monde d’hier _ souvenirs d’un Européen… ; ou ceux, tout aussi passionnants, d’André Suarès… _, quelle place un violoniste, auparavant de renommée internationale _ tout spécialement en Europe centrale et orientale : bouleversée et ruinée par la défaite, pour l’Allemagne ; dépecée pour l’ancienne Autriche-Hongrie ; ou chamboulée et claquemurée sur soi par la révolution d’octobre, pour la Russie _, peut-il retrouver ? Faut-il totalement renoncer _ au profit de la composition (et de l’œuvre à mener de compositeur) : et Lucien Durosoir s’y adonne intensément ces années 1919-1920 : naissent ces deux années-là rien moins que le premier quatuor à cordes (en fa mineur), le Poème pour violon et alto avec orchestre (deux œuvres, toutes deux, de grande dimension !) et les 5 Aquarelles pour violon et piano ; et l’année 1921, Lucien s’attelle, outre au Caprice pour violoncelle et harpe, qu’il dédie à son ami des tranchées, le magnifique violoncelliste, Maurice Maréchal (« en souvenir de Géricourt (hiver 1916-1917)« , spécifie la dédicace), à la jubilatoirement merveilleuse Fantaisie Jouvence (« Fantaisie pour violon principal et octuor« ) ; à la grande Sonate Le Lis pour violon et piano ;  ainsi qu’au second quatuor à cordes (en ré mineur), de très grande ampleur, ces trois œuvres-là : Lucien disposait-il de beaucoup de temps pour travailler aussi, outre cela, son violon, et surtout se soucier de contacts à des fins d’engagements à des concerts (d’orchestre) où se produire (en soliste) ?..  _ à la carrière de virtuose ? Faut-il consacrer à la « remise à niveau » du concertiste les deux années de travail _ techniquement _ indispensables ? Quel public retrouver _ peut-il être inchangé ? certes, non… _, pour celui qui se faisait acclamer dans l’Europe germanique et centrale, qui avait perfectionné, à vingt ans, son art de l’interprétation auprès des deux plus grands maîtres allemands du violon : Josef Joachim et Hugo Heermann ? _ la France nouvelle a plutôt la tête, elle, à se divertir, en ces Années qui seront bientôt dites folles… Et ce n’est pas vers cela qu’incline le penchant du « génie«  de Lucien Durosoir… 

    …

    Lorsque lui parvient une offre du Boston Symphony Orchestra, en 1921 _ Pierre Monteux, qui le dirige alors, remodèle de fond en comble l’orchestre _, il entrevoit _ comme il y avait pensé _ une nouvelle vie, une renaissance de violoniste (le poste offert est celui de premier violon solo de l’orchestre). L’accident qui rend sa mère impotente en décide autrement : cette fois-ci, il ne partira pas _ mais c’est lui qui prend la décision ! dans l’instant !

    …

    C’est ainsi qu’il décida de _ préférer se consacrer à _ réaliser un rêve, souvent caressé pendant la guerre, durant les longues heures de compagnonnage _ de trois années au quotidien : et d’un travail assidu et passionné _ avec le compositeur André Caplet : composer _ voilà ! Durant ses études, il avait travaillé le contrepoint avec Charles Tournemire et l’écriture avec Eugène Cools, répétiteur d’André Gédalge _ André Gédalge dont un des mots d’ordre (musical !) était « ni littérature, ni peinture«  : une piste de recherche à creuser… Puis, pendant les premiers mois de l’année 1918, dans l’inconfort du pigeonnier de Suippes où il était l’adjoint du sergent colombophile Caplet

    …

    _ Lucien obtient une place de colombophile en octobre 1917 et devient le second du sergent Caplet dans cette fonction (page 188 de Deux musiciens dans la Grande Guerre) ; en novembre, il écrit à sa mère (page 189) : « Ne t’inquiète pas de l’après-guerre : certainement je travaillerai la composition (voilà ! pour le compositeur qu’il va, en effet _ et même exclusivement ! _, devenir !) ; mais, au point de vue violoniste (= instrumentiste), je n’aurai besoin de personne et me pousserai bien moi-même ; mais pour cela je ne resterai pas en France. L’Amérique sera là qui nous (sic) offrira d’énormes possibilités (cf Pierre Monteux ! qui obtient d’y accompagner une tournée des Ballets russes en 1916 ; et y séjournera très activement jusqu’en 1924 ; il finira par se faire naturaliser américain en 1942…) ; il serait idiot de ne pas aller au-devant«  : Lucien avait bien du recul !!!..

    …

    Ensuite, Durosoir et Caplet se trouvent au colombier de Suippes en mars 1918 : « nous n’avons jamais été aussi bien » _ pour travailler la musique… (page 193) ;

    …

    même si, un peu plus tard, le 5 juin 1918 : « C’est demain _ 6 juin _ que j’aurai trente-neuf ans et demi. La quarantaine pointe donc ; c’est un cap _ voilà ! _ pour les hommes ; c’est en général le moment où l’on dételle _ des fantaisies, voire folies, de la jeunesse _ et où on se range _ en la maturité épanouie… Pour moi, je n’ai pas à me ranger, car je ne me suis guère dérangé _ voilà ! Ce qui est le plus triste, c’est de constater que l’âge vient, et que l’on n’a pu rien réaliser ou à peu près _ tiens donc ! _ de ses rêves de jeunesse _ le mot est là ! Il est vrai que, au fond, nous vivons pour nous, de la vie intérieure _ voilà ! ce point est décisif, en Lucien ! _, et si l’on a conscience d’avoir fait des progrès moraux, la vie n’est pas perdue _ le temps de l’œuvre va en effet venir pour Lucien ! qui reprend et récapitulera alors qui était demeuré jusqu’ici, disjoint et épars, seulement virtuel : et avec quel élan, quelle joie, quelle force !.. Nous retrouverons plus tard ces acquisitions«  _ quelle magnifique lucidité prospective ! la vocation du créateur s’exprime là ! _, page 199… _,

    …

    il avait multiplié, sous la houlette du Prix de Rome, les essais et exercices _ voilà ! C’est donc fort de cette lente maturation _ voilà le processus en germination ! _ de ses idées _ sur un terreau ancien ! et déjà excellemment « préparé«  : Lucien Durosoir est inlassablement curieux ! et a une très haute idée de l’Art !.. _, qu’il entreprend, durant l’année 1919, ses premières compositions : en deux ans (1919 et 1920), il produit plusieurs œuvres pour violon et piano (Cinq Aquarelles), un 1er quatuor à cordes et le Poème pour violon et alto avec accompagnement d’orchestre.

    …

    Fin de la référence à l’impact de la relation avec André Caplet-compositeur _ lui aussi va y consacrer les six dernières années de sa vie trop courte (Le Havre, 23 novembre 1878 – Neuilly-sur-Seine, 22 avril 1925), en travaillant surtout chez lui, en Normandie… _

    sur le devenir-compositeur de Lucien Durosoir _ je creuserai la chose, passionnante !, plus tard !

    …

    Je reviens au CD Alpha 164 (Jouvence) et à son immense apport musical !

    …

    Au-delà de la poésie (musicale !) puissante (et combien inventive ! variée et mobile : jamais répétitive ni attendue _ peut-être une leçon que Caplet lui a transmise de Debussy…) des cinq pièces pour deux instruments que sont Caprice (pour violoncelle et harpe, en 1921), Berceuse (pour flûte et piano, en 1934), Incantation bouddhique (pour cor anglais et piano, en 1946), Vitrail (pour alto et piano, en 1934) et Au Vent des Landes (pour flûte et piano, en 1936),

    et fine, et toujours élégante,

    en ces pièces assez brèves _ de 8’37 pour Caprice à 3’52 pour Au Vent des Landes… _ qui jamais ne sauraient si peu que ce soit peser, en dépit de leur composante indéniable, aussi, de gravité, telle l’ombre portée d’une inguérissable tragédie survécue _ apparentant par là le compositeur Lucien Durosoir, au-delà, bien sûr, des styles (lui est très intimement et puissamment français !), à un Béla Bartók et à un Dimitri Chostakovitch, sur les œuvres desquels son œuvre si éminemment originale et singulière, peut sembler aussi, en certains de ses si riches aspects et diaprures, comme anticiper !..

    …

    c’est le tissu complexe, chatoyant de la diaprure _ ce mot me revient ! décidément… _ tout en souplesse _ mobile _ de ses richesses et finesses multiples,

    des grandes pièces que sont la Fantaisie Jouvence (de 20’55, en 1921) et le Quintette pour piano et cordes (de 24’35, en 1925),

    et la force et la vie _ et l’humour aussi : il a quelque chose du rire de Voltaire ! _ de leur flux, et de leurs impulsions et rebonds,

    qui ravissent et emportent la jubilation de l’auditeur,

    par la richesse et la densité, toujours élégante et sans lourdeur, jamais, de ces œuvres si vivantes !

    …

    Aussi suis-je particulièrement impatient de tendre l’oreille (et le cœur) aux autres pièces de grande ampleur _ et permettant un déploiement sur une base contrapuntique _ de Lucien Durosoir :

    je veux dire les pièces symphoniques ;

    …

    et j’entends plus précisément par là

    _ le Poème pour violon et alto avec orchestre, composé en 1920 : inspiré par Le Centaure de Maurice de Guérin _ écrit en 1835-36, et paru, posthume, en 1840 _ ;

    _ Dejanira, étude symphonique, composée en 1923 : d’après Les Trachiniennes de Sophocle _ en une traduction de Leconte de Lisle, parue en 1877 _ ;

    _ Le Balcon, poème symphonique pour basse solo, cordes vocales et cordes instrumentales, composé en 1924 : sur Le Balcon des Fleurs du mal de Baudelaire _ le recueil est paru en 1857 _ ;

    _ Funérailles, suite pour grand orchestre, composée en 1927-30 : à partir de poèmes de Jean Moréas extraits de son recueil Les Cantilènes _ paru en 1886 _ ;

    _ Suite pour flûte et petit orchestre, composée en 1931.

    …

    Oui, je découvre avec de plus en plus d’évidence

    que le génie _ singulier et universel ! _ de Lucien Durosoir se déploie le mieux

    _ avec toute l’amplitude (généreuse tout autant que formidablement exigeante, comme il se doit, pour son auteur !) dont il a besoin _
    dans la diaprure et le tissage riche et généreusement fourni _ à la fois pétri et contrapointé en géniale souplesse et bondissements et rebonds _ des pièces complexes :

    …

    dans l’entremêlement _ contrapuntique : somptueux ! et avec quelles couleurs ! _ des voix dont il tire (= subsume !) ses lignes (claires) de force, au sein de ce tissu ô combien riche, vivant, à la fois mobile et cohérent _ splendidement ! _

    …

    et d’une ampleur de temps, aussi, qui lui est nécessaire _ et à rebours du formalisme : jamais de pures et simples reprises ! on retrouve peut-être ici quelque chose de l’esprit musical d’un Jean-Marie Leclair (1697-1764), qu’aimait tout spécialement Lucien… _ : dépassant les 20 minutes…

    …

    Avec une nécessité de qualité d’écoute équivalente, en quelque sorte (quasi immédiatement jubilatoire !), de la part de l’auditeur, qui doit avec confiance (et très vite jubilation, donc !) s’y plonger, s’y laisser prendre et surprendre,
    face à la richesse de densité de tissu et de vie de pareils chefs d’œuvre, si parfaitement inventifs et originaux en leur singularité !!!
    Quelle évidence très vite alors

    _ et j’en ai d’autres témoignages que celui de ma propre écoute !

    …

    Au passage, la notion de « berceuse » me paraît importante dans la genèse _ et l’historicité (après la Grande Guerre)… _ du travail de composition de Lucien Durosoir :
    outre le titre d’une des Aquarelles de 1920,
    et celui de la « Berceuse funèbre » de 1934 (ainsi que lui-même la qualifie en la « reprenant » et « enrichissant« , ainsi qu’il le dit, en 1950 dans le Chant élégiaque en mémoire de Ginette Neveu),
    la thématique de la « berceuse » est assez souvent présente dans les poèmes, déjà, ayant inspiré d’autres œuvres (musicales, elles) de Lucien Durosoir,
    notamment ceux de Jean Moréas :
    « dorloter« , est-il dit dans Oisillon bleu (extrait des Syrtes, en 1884), à la source de la pièce homonyme de Durosoir en 1927 (cf le CD Alpha 125) ;
    « Voix qui revenez, bercez-nous« , est-il dit dans « Les Cantilènes » (en 1886) qui ont inspiré l’important Funérailles en 1927-30 _ « à la mémoire des soldats de la Grande Guerre« , indique la dédicace…
    Idem pour le A un enfant de Raymond de La Tailhède (dont la réunion des poèmes a paru en 1926), pour la pièce homonyme de Durosoir, en 1930 : « Si, lorsque tu rêves, tu vois le ciel doré, si tu vois cette mer, aux heures de douleur, tes douleurs seront brèves. Quand la vie aura fait ton esprit plus amer, tu te rappelleras ces fantômes magiques, pour t’endormir au souvenir de leurs musiques« …
    Cf aussi l’Incantation bouddhique de 1945…
    …
    Il y a là une des fonctions _ consolatrice : en surmontant ! « Haut les esprits et cœurs !«  dit-il à sa mère le 3 janvier 1915 ; afin de prévenir toute pente vers quelque apitoiement !.. _ de l’Art, et de la musique, me semble-t-il, pour Lucien Durosoir,
    jusque dans la grandeur de sa force de composition
    _ ni doloriste, ni tiède, ni mièvre : aux antipodes de tout cela !

    …

    La dimension de « grandeur » (voire de sublime ! _ mais sans le moindre pathos ! _ en une « élévation » évidente !) y étant ô combien prégnante, mais en toute lucidité, et sans la moindre vanité !

    …

    Par ce qu’elle réussit à surmonter et à ordonner jusque dans le tragique des vies qui passent et, parfois, ne donnent pas leurs fruits :

    par son style !

    c’est-à-dire la noblesse toute probe (et vraie !) de sa retenue et de sa simplicité _ et élégance, ainsi qu’humour _ au sein de la vie et du flux de la complexité vibrillonnante ! _ rien de simplificateur en cette transmutation, bien sûr !

    …

    http://durosoir.megep.pagesperso-orange.fr/images/portrait_lucien.gif

    Lucien Durosoir,

    dessin à la mine de plomb

    par Jean Coraboeuf _ 1914.

    …

    C’est aussi l’homme Lucien Durosoir, qui transparaît ainsi  _ mais sans expressionnisme seulement débridé ; ni « brutisme« , si j’ose le dire ainsi… _ dans cette œuvre si riche (= généreuse !), et si maîtrisée _ par la qualité de patience et de maturation à l’égard du passage du temps ! en la vie… _ en la noblesse du flux qu’elle transcende.
    …
    Et si je puis ajouter une note plus personnelle,
    je dois dire que je me sens plus que pleinement en accord avec cette esthétique ! J’en jubile !

    …

    Un dernier mot pour saluer le goût de l’initiateur singulier de l’édition discographique de l’œuvre-Durosoir :

    je veux dire Jean-Paul Combet, le créateur d’Alpha,

    qui nous donne là _ lui aussi généreusement _ à écouter, au disque,

    mieux qu’un  jalon majeur de la musique française au XXème siècle ! mieux qu’un égal d’un Debussy et d’un Ravel !

    je veux dire

    un génie musical de l’humanité.

    …

    Merci, Jean-Paul,

    d’avoir su si bien écouter, en sa fondamentale pudeur, la demande de reconnaissance musicale (de compositeur) post mortem

    de Lucien Durosoir lui-même,

    via les voix d’abord de son fils, Luc, et de sa belle-fille, Georgie Durosoir !

    …

    Désormais, le chant d’un musicien génial est en passe d’atteindre et toucher toutes les oreilles et tous les cœurs et esprits

    des mélomanes

    de par la planète !

    …
    C’est dire mon impatience d’écouter les opus Durosoir qui vont suivre…
    Et je crois savoir que l’opus discographique n°4 est d’ores et déjà enregistré !

    …

    Vive le chant si puissant et singulier de Lucien Durosoir !

    Ce CD Alpha 164 Jouvence est une pure merveille !

    …

    Durosoir, ou le secret de la jeunesse transcendée

    en sa dimension, sensible musicalement, d’éternité !

    Voilà ce que nous révèle en sa générosité assumée Jouvence !

    …

    Titus Curiosus, le 29 juillet 2010

    …

    Post-scriptum :

    comme pour les CDs Alpha 105 Musique pour violon & piano

    et Alpha 125 Quatuors à cordes,

    la notice par Georgie Durosoir du livret de ce CD Alpha 164 Jouvence

    est un enchantement de finesse, précision et justesse…