Étiquette : Julian Prégardien

  • Et la « Passion selon Saint-Jean » de Jean-Sébastien Bach, en la version révisée de 1749, par l’Ensemble Pygmalion, à l’approche de Pâques : un théâtre sacré de passions exacerbées…

    Et voici que l’Ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon vient nous offrir, à l’approche de cette Pâques 2026, son interprétation de la « Passion selon Saint-Jean » de Jean-Sébastien Bach (BWV 245), composée en 1724, mais en sa version révisée par Bach en 1749, un an avant sa mort, en un double CD Harmonia Mundi HMM902774.75 – enregistré à Namur en avril 2025 – ,

    avec une bien belle équipe de chanteurs : Julian Prégardien, ténor, en l’Evangéliste, How Montague Rendall, baryton, en le Christ, Yin Fang, soprano, Lucile Boulanger, alto, Laurence Kilsby, ténor, Christian Immler, basse, en Pilate, et Étienne Bazola, basse, en Pierre…

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    En un article intitulé « Crucifixion » paru sur son site Discophilia le 20 mars dernier, Jean-Charles Hoffelé nous en a donné, comme à son habitude, un intéressant commentaire :

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    CRUCIFIXION

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    Ceux qui ont appris leur Saint-Jean chez Günther Ramin auront le souffle coupé. Là où le cantor de Saint Thomas faisait émerger – qu’est-ce-à-dire ? – l’appel au Sauveur, Raphaël Pichon et Pygmalion lancent des interjections fulgurantes, emportées dans un tempo fou.

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    Manière de faire surgir d’emblée un théâtre sacré qui est l’essence même de la Saint-Jean, Passion avec clous, couronne d’épines, lance, l’œuvre la plus violente – tiens, tiens ! – écrite au XVIII siècle que Raphaël Pichon fait entendre dans l’ultime version – de 1749 – . Bach, une année avant sa mort, continuait de rapprocher sa partition de la version princeps de 1724.

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    Trahison, Reniement, Jugement, Supplice, Mort, Mise au Tombeau, l’acuité visuelle déployée par les instrumentistes et les chanteurs déroule le drame – voilà – dans toute sa complexité, le discours preste qu’anime encore un prodigieux – oui ! – Évangéliste (Julian Prégardien osant le cri (Barrabas aber war ein Mörder et sa vocalise de fureur), atteint son acmé dans la comparution devant Pilate (terrible Christian Immler) et la flagellation, en fait un point de non-retour : ensuite l’œuvre va plonger dans la ténèbre jusqu’aux consolations finales du chœur, moment magique.

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    L’intensité du geste étreint Pygmalion autant que les acteurs du drame, au sommet – oui ! oui ! – le Christ d’Huw Montague Rendall  – quel merveilleux chanteur !!! – et Lucile Richardot – toujours terriblement magnifique !!! – aussi saisissante dans l’air d’outrage devant le Sauveur enchaîné que dans l’élévation spirituelle d’Es ist vollbracht, mais écoutez avec attention chaque mot du Servus de Laurence Kilsby(Erwäge, wie sein blutgefärbter Rücken), merveilleux ténor – oui, oui…

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    Cette Saint-Jean qui rebat les cartes d’une discographie fournie – elle s’approche singulièrement de celle de Peter Schreier par l’esprit sinon par les moyens – s’accompagne de la réédition d’une autre splendeur, la Musique funèbre pour le Prince Leopold d’Anhalt-Cöthen – ma version favorite avec celle de Gustav Leonhardt.

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    Déjà Aline Blondiau et Hugues Deschaux veillaient sur le Bach de ce jeune homme inspiré. Douze ans plus tard, ce disque n’a pas pris une ride.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Johann Sebastian Bach(1685-1750)

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    Johannes-Passion,
    BWV 245
    (version 1749)

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    Julian Prégardien,
    ténor (L’Évangéliste)
    Huw Montague Rendall,
    baryton (Le Christ)
    Ying Fang, soprano (Ancilla)
    Lucile Richardot, contralto
    Laurence Kilsby, ténor (Servus)
    Christian Immler, basse (Pilatus)
    Etienne Bazola, basse (Petrus)

    Pygmalion
    Raphaël Pichon, direction

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    Un album de 2 CD du label harmonia mundi HMM 902774.75
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    Johann Sebastian Bach(1685-1750)

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    Köthener Trauermusik,
    BWV 244a

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    Sabine Devieilhe, soprano
    Damien Guillon,
    contre-ténor
    Thomas Hobbs, ténor
    Christian Immler, basse

    Pygmalion
    Raphaël Pichon, direction

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    Un album du label harmonia mundi HMM 93221
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    Photo à la une : le chef Raphaël Pichon – Photo : © Fred Mortagne

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    Un article de Jean-Charles Hoffelé sur cette « Saint-Jean » de Bach à comparer avec celui, intitulé « Un monde en soi« , en date du 15 avril 2022, consacré à la précédente « Saint-Matthieu » de Bach par Pygmalion,

    soit le triple CD Harmonia Mundi HMM 902691.93 de Pygmalion – et je relève au passage que trois chanteurs seulement  sont communs à ces deux Passions enregistrées par Pygmalion :Julian Prégardien, Lucile Richardot et Étienne Bazola…

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    À méditer et ré-écouter, en cette approche de Pâques 2026, en une actualité hallucinée…

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    Ce lundi 23 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le plus qu’admirable art de dire (et chanter) de Julian Prégardien, avec l’admirable art de l’accompagner au piano de Kristian Bezuidenhout, en un admirable très marquant CD Harmonia Mundi « Die schöne Müllerin » de Franz Schubert…

    Ne manquent certes pas d’innombrables interprétations au CD de « Die schöne Müllerin » de Franz Schubert D. 795 ;

    et je n’énumérerai pas, pour commencer ici, celles de ma  discothèque personnelle…

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    Mais il me faut absolument insister, d’entrée, sur le niveau de choc d’admiration éprouvé dès la première écoute de cet extraordinaire CD Harmonia Mundi HMM 902739, par la grâce de Julian Prégardien, ténor, et Kristian Bezuidenhout à un fortepiano de Christoph Kern, de 2019, d’après un Conrad Graf, à Vienne, en 1825, en un enregistrement réalisé à Stuttgart en novembre 2023…

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    A-t-on déjà joui d’un tel degré de perfection de l’art du dire et du chanter, et du jouer, dont font ici preuve et Julian Prégardien et Kristian Bezuidenhout ?..

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    Je ne peux donc qu’abonder pleinement dans ce qu’en commente en son article de Discophilia le cher Jean-Charles Hoffelé en son article de vendredi 23 août dernier « Aède« ,

    que voici :

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    AÈDE

    Julian Prégardien le sait bien, le narrateur-acteur de La Belle meunière _ de Franz Schubert, D. 795, sur un poème de Whilhelm Müller… _ est un poète, qualité qui le destine plus encore aux ténors qu’aux barytons, Aksel Schiøtz, Ernst Haefliger, Fritz Wunderlich l’ont prouvé chacun dans leurs nuances. Celles du nouveau venu sont emportées par cet élan _ oui _ que le timbre, toujours juvénile _ Julian Prégardien est né à Francfort le 12 juillet 1984 _, autorise : la passion le brûle, la désillusion le détruira, tant de drame qui font le mot égal de la note _ voilà, voilà ! _, et la note elle-même soumise à un espressivo qui pimente le texte, dans le soutien exact et lui aussi très orné de la belle copie d’un Graf que touche _ admirablement, lui de même _ Kristian Bezuidenhout _ né, lui, en 1979, en Afrique du Sud _ avec cet alliage de brio et de sensible _ oui _ qu’il mettait déjà à ses autres Schubert pour Mark Padmore.

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    Voyage fascinant, et qui renouvelle _ vraiment, en effet ! _ une œuvre courue, écoutez seulement le récit _ sublimissime, oui _ de Morgengrüss _ à défaut, regardez ici la vidéo (de 0′ 58) de cet extrait de « Der Neugierige« , à la plage 6 du CD… _, cet art de faire entendre différemment, plus encore par une volonté artistique que par le simple recours aux ossias.

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    Troublant au possible, comme le sera son Possente spirto où il ose la même intensité, le même espressivo, mais d’un chant à revers des virtuosités voyantes d’un Nigel Rogers. La prière au bord des Enfers se déploie à la lisière de l’espoir et de la fureur, cette fureur qu’il aura laissé exploser dans un Tu sei morta d’anthologie. Musique de mort, quel contraste avec son ivresse encore si proche qui lui faisait oser un Vi ricorda o bosch’ombrosi d’une folle insolence.

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    De Schubert à Monteverdi, il n’y aurait donc qu’un pas pour cette voix dont l’art est tout espressivo ? Cela pourra sembler vertigineux à certains, mais offre un portrait du poète monteverdien saisissant, rappelant l’audace mêlant chant noble et douleur humaine qu’y avait osé Eric Tappy, posant alors un modèle inaltéré.

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    Autour de Julian Prégardien, Stéphane Fuget dresse plus que des décors : la narration est dans son orchestre sombre, intense, qui, atteint au sublime pour les Enfers, et ose toutes les fantaisies des deux premiers actes. Il sait marier les fêtes madrigalesques des bergers à leurs lamentations, encorbelle les amours d’Orfeo et Euridice avec des myriades de timbres subtils, détaille les débats des Enfers (la Proserpine de Marie Perbost proche du sublime, mais tous font un quatrième acte exceptionnel), conduit à l’élévation finale dans cette alliance de la douleur et de la consolation qu’apaise le dialogue déchirant entre le père (Cyril Auvity, quel Apollon) et le fils.

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    Gravure magique, portée par une équipe de chant qui magnifie le second volume de cette trilogie Monteverdi de première force. Que nous réservera L’incoronazione di Poppea ? En attendant, je vais reprendre leur version d’Il ritorno d’Ulisse in patria.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Franz Schubert (1797-1828)

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    Die schöne Müllerin, D. 795

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    Julian Prégardien, ténor
    Kristian Bezuidenhout,
    pianoforte
    Un album du label harmonia mundi HMM902739

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    Claudio Monteverdi (1567-1643)

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    L’Orfeo,
    SV 318

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    Julian Prégardien, ténor (Orfeo)
    Gwendoline Blondeel,
    soprano (La Musica, Euridice)
    Marie Perbost, soprano (Ninfa, Proserpina)
    Eva Zaïcik, mezzo-soprano (Messaggiera, Speranza)
    Cyril Auvity, ténor (Apollo, Eco, Un pastore, Un spirito)
    Luc Bertin-Hugault, baryton-basse (Plutone, Un pastore, Un spirito)
    Luidi De Donato, basse (Caronte, Un spirito)
    Vlad Crosman, baryton (Un pastore, Un spirito)
    Paul Figuier, contre-ténor (Un pastore)

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    Les Epopées (Chœur & Orchestre)
    Stéphane Fuget, direction

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    Un album du label Château de Versailles Spectacles CVS103
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    Photo à la une : le ténor Julian Prégardien – Photo : © DR

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    Tout simplement admirable !

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    Ce mardi 27 août 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Se réenchanter à des chefs d’oeuvre interprétés de frais : de Schubert (II), le « Schwanengesang », par Julian Prégardien et Martin Helmchen (double CD Alpha 748)

    Après le second volet _ le Quintette à cordes avec 2 violoncelles D. 956_ du double CD Alpha 748,

    et l’appréciation qu’y porte Matthieu Roc, sur ResMusica,

    proposée en mon article d’avant-hier (« « ),

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    voici que ce jeudi 19 janvier 2022,

    c’est Jean-Charles Hoffelé qui consacre la chronique de ce jour sur Discophilia, au premier volet de ce double CD Alpha 748 :

    le Schwanengesang D. 957, magistralement porté par le ténor Julian Prégardien et le piano de Martin Helmchen…

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    Pourquoi si tardivement ces deux articles  consacrés à de double CD paru cet automne ?

    De même que pourquoi si tard mes deux propres articles ?..

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    Parce que ces interprétations, magistrales, nécessitaient, pour être les plus justes possible, le temps de la maturation de l’écoute…

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    Voici donc cet article intitulé « La mort ?« …

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    LA MORT ?

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    D’un tempo filant, son piano comme une guitare, Martin Helmchen emporte à tout crin le ténor d’Evangéliste de Julian Prégardien, Ganymède certain de ne pas mourir dans l’étreinte de l’aigle Zeus, et lui distillant des charmes. Vite, on ne saurait mourir !

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    Mais la mort, c’est le Quintette, symphonie à cinq cordes, qui proclame son héros et le précipite au brasier, un Siegfried prêt au sacrifice dès la première rage des archets. Cet album nous cause d’Allemagne, noir, empoisonné, fatal ; au travers de Schubert, il convoque les affres d’un destin, celui d’une civilisation qui s’est exhaussée dans un imaginaire à jamais perdu hors des notes et des mots qu’il aura produits.

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    Ces deux disques nous parlent de la conscience historique que de jeunes interprètes, des Allemands d’aujourd’hui _ voilà : a-romantiques,  _, ont de leur âme, car outre-Rhin, l’âme est encore affaire de culture, on en rêverait en bord de Seine où la culture n’est plus qu’une _ inconsistante _ « manifestation »…

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    Mais ne dévions pas. Julian Prégardien et Martin Helmchen sectionnent leur Schwanengesang après Aufenthalt, qui est un avertissement, « Fliessen die Thränen » _ « Mes larmes coulent »... D’un côté _ Ludwig _ Rellstab et sa poésie du sentiment, jusqu’à la vaine révolte, de l’autre _ Heinrich _ Heine et ses vers déjà d’un autre monde. Entre, Martin Helmchen met la respiration d’une Romance sans parole _ de Felix Mendelssohn _, comme un regret d’un temps _ de  vie et heureux _ à jamais révolu.

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    Puis le Chant du cygne retentit à nouveau, les brumes, l’abîme, la voix blanchie face au double _ « Der Doppelgänger« … _, le sinistre défi de L’Atlas. Un mot encore, pour Julian Prégardien qui parvient (le sait-il seulement ?) à être à la fois de timbre Ernst Haefliger et de mot Peter Schreier _ probablement : le double compliment est d’importance.

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    Et puis, rincés, vidés, furieux peut-être, le noir Quintette vous engloutira dans son abyme _ mais implacablement a-romantique. Terminus.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    CD 1

    Franz Schubert (1797-1828)

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    Schwanengesang, D. 957
    Schwanengesang, D. 744
    Quintette pour cordes en ut majeur, D. 956

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    Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)

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    Adagio non troppo (No. 3, extrait des « Lieder ohne Worte, Op. 30 »)

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    Fanny Mendelssohn-Hensel (1809-1847)

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    Schwanenlied (No. 1, extrait des « 6 Lieder, Op. 1 »)

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    Julian Prégardien, ténor
    Martin Helmchen, piano

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    CD 2

    Franz Schubert

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    Quintette pour cordes en ut majeur, D. 956

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    Christian Tetzlaff, violon
    Florian Donderer, violon
    Rachel Roberts, alto
    Tanja Tetzlaff , violoncelle
    Marie-Elisabeth Hecker, violoncelle

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    Un album de 2 CD du label Alpha Classics 748
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    Photo à la une : le ténor Julian Prégardien – Photo : © Peter Rigaud

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    Ce mercredi 19 janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Se réenchanter à des chefs d’oeuvre réinterprétés de frais : le Quintette à cordes avec 2 violoncelles D. 956 de Schubert, par Christian Tetzlaff, Florian Donderer, Rachel Roberts, Tanja Tetzlaff et Marie-Elisabeth Eckert (CD Alpha 748) _ ou la sublime transparence invisible rendue idéalement sensible…

    Il y a maintenant longtemps que j’apprécie le jeu vivantissime, direct et justissime du violoniste Christian Teztlaff _ et tout spécialement  dans ses interprétations de musique de chambre, comme à l’annuel Festival Spannungen (im Kraftwerk Heimbach).

    Ainsi, et simplement pour commencer, peut-on se reporter à l’indispensable coffret Avi-music 8553100 de 14 CDs de Concerts-live, là, de 1999 à 2006 ; cf là-dessus mon article du 14 novembre 2010 : …

    Mais bien d’autres CDs d’enregistrements avec Christian Tetzlaff à ce Festival Spannungen, ont suivi.

    Et je ne dis rien ici des divers CDs enregistrés plus récemment par Christian Tetzlaff, en soliste aussi, pour l’excellent label finnois Ondine…

    Voici donc ces liens-ci à d’autres articles, à propos de bien des très remarquables CDs enregistrés Live au Festival Spannungen au fil des années,

    en date des 17 octobre 2009 (),

    13 janvier 2018 (),

    2 novembre 2018 (),

    3 novembre 2018 (),

    3 septembre 2019 ()

    et 31 octobre 2019 ()…

     

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    …

    Or voici qu’au mois d’octobre 2021 dernier,

    est paru un stupéfiant double CD (Alpha 748) consacré à quelques œuvres ultimes de Franz Schubert :

    …

    d’une part, pour un premier CD, les Lieder réunis posthumément sous le titre de « Schwanengesang« , interprétés ici par le ténor Julian Prégardien et le pianiste Martin Helmchen ;

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    et, d’autre part, pour le second CD, le sublimissime Quintette à cordes avec deux violoncelles D. 956, interprété ici par les violonistes Christian Tetzlaff et Florian Donderen, l’altiste Rachel Roberts, et les violoncellistes Tanja Tetzlaff et Marie-Elisabeth Hecker…

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    En une interprétation splendide et nette, bouleversante en son a-romantisme parfaitement bienvenu ;

    qui renouvelle complètement l’écoute de ce singulier sublime chef d’œuvre

    ainsi lumineusement dépoussiéré…

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    Voici ce qu’en dit excellemment Matthieu Roc, en sa chronique de ResMusica de ce dimanche 16 janvier 2022.

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    L’article est intitulé « Chant du Cygne et Quintette à cordes : un Schubert ultime et étonnamment proche« .

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    Réunir dans le même album Schubert _ le double CD Alpha 748 _ un cycle de Lieder et le Quintette à cordes en ut peut paraitre étrange, commercialement parlant. Mais de fait, le projet se justifie assez bien _ cf la présention qu’en propose, aux pages 8 à 10, et sous le titre de « La Virgule fantôme« , le regretté Jacques Drillon (décédé le 25 décembre 2021)... _, et de deux manières.

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    D’abord, il s’agit d’écritures parmi les toutes dernières de Franz Schubert, son chant du cygne personnel en quelque sorte _ voilà _ : le Quintette en ut a été composé deux mois avant sa mort _ le 19 novembre 1828, à Vienne _, et les Lieder du recueil Schwanengesang ont été rassemblés par son éditeur _ Tobias Haslinger _ quelques mois après _ en 1829. On nous le présente ici redéployé en deux cycles plus petits mais plus cohérents : un cycle pour les poèmes de Ludwig Relistab, un autre sur ceux de Heinrich Heine, encore prolongé par une délicieux Lied de Fanny Mendelssohn, lui aussi sur un texte de Heine.

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    Le deuxième élément d’unité du programme réside dans l’interprétation de ces deux œuvres, qui présente une identité de vue commune _ oui _, à la fois étonnante et tout à fait convaincante. Aussi bien le Schwanengesang que le Quintette en ut nous sont livrés dans une lecture d’une précision aiguë _ oui _, avec une urgence de vivre envers et contre tout _ oui _, et en même temps, dans une sorte de distanciation _ a-romantique, donc… _ vis-à-vis des émotions. On peut donc enfin écouter ces pièces sublimissimes sans avoir ni la larme à l’œil ni le ventre noué, et pourtant, on est entièrement absorbé par le déroulement des états d’âme du mythique « Wanderer », par leur vérité criante, ou par les éclairages et nuages du Quintette. Cette subversion de l’émotion _ musicalement transcendée _ est pour le moins inhabituelle. Elle nous fait rencontrer un Schubert qui aurait dépassé son propre romantisme _ voilà _, et qui aurait entendu Olivier Greif et Thomas Adès. Un Schubert de notre temps, plus lucide et plus fraternel _ plus proche, donc, en un sens _, mais aussi plus exigeant que jamais _ oui…

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    Julian Prégardien a une voix qui n’est ni excessivement belle ni excessivement puissante, mais il dispose de tous les talents pour être un prodigieux chanteur de Lieder, et il le montre. Sa palette de couleur est assez restreinte, plutôt mate, mais il en joue pleinement, avec tact, et avec une intelligence des textes remarquable _ voilà. Il a une façon de tendre ses lignes, d’ombrer sa voix, de jouer des nuances qui lui permet de dépeindre les paysages et les climats, aussi justement que les émotions les plus subtiles _ voilà. Dans In der Ferne, il arrive à exprimer une déréliction inouïe. Rien que ce lied-là, chanté de la sorte, met en abyme toute la Belle meunière et le Voyage d’hiver réunis. Le Ständchen qui suit se positionne au-delà de toutes les antinomies crucifiantes (espoir/désespoir, joie/tristesse, éros/thanatos…) et, comme le Leiermann, ouvre des horizons métaphysiques. Le lied Am Meer (un autre exemple… mais tous seraient à décrire) est une merveille : les espaces d’eau et d’air deviennent si immenses qu’on se sent physiquement seul et dénudé. Die Stadt, fascinant d’obscurité lumineuse, prend une proximité troublante avec Pfizner et Berg _ oui. Ce deuxième mini-cycle sur les textes de Heine est particulièrement pertinent dans sa modernité, borné d’abord par le Lied _ intitulé « Schwanengesang« … _ D. 744 de Schubert et en fin, par le Schwanenlied de Fanny Mendelssohn. Ce concentré de poésie et d’analyse du désespoir culmine avec un Doppelgänger presque schumannien, mais qui dépasse la tentation de la schizophrénie en la dissolvant dans l’hyper-lucidité. C’est peu dire que Martin Helmchen soutient parfaitement son ténor. L’identité de vue des deux artistes est totale _ oui _, jusqu’à pouvoir échanger les fonctions : l’un pleure ou crie quand l’autre décrit, l’un colore quand l’autre détimbre, etc., et alternativement. Un ravissant Lied ohne Worte _ de Felix Mendelssohn _ pour piano seul démontre, s’il en était besoin, la sensibilité et la délicatesse extrêmes _ oui _ de Martin Helmchen. Après six écoutes consciencieuses et une ré-écoute des géants du XXᵉ siècle (Hotter, Andres, Raucheisen…), il faut bien lâcher le mot : nous sommes devant une interprétation géniale, et en même temps, une reconstruction adroite du Schwanengesang de Schubert.

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    Cette publication – à ne manquer sous aucun prétexte – est encore enrichie par une version du Quintette en ut qui est au même niveau d’excellence. Là aussi, pas d’hédonisme sonore, et pas de complaisance _ non plus. Là aussi, une rigueur et une précision extrêmes _ voilà _, dans le geste comme dans la recherche de sens. Là aussi, une finesse de ligne proche de la rupture _ oui _ et une transparence de son à la limite de l’invisible _ oui, oui… Christian et Tanja Tetzlaff entraînent leurs collègues Florian Donderer, Rachel Roberts et Marie-Elisabeth Hecker dans leur fougue _ a-romantique _ et leur cohésion d’ensemble _ oui. L’Allegro impose le choix de la lecture : exigence et transparence. L’Adagio, si propice aux écartèlements émotifs, s’en détourne et nous emmène dans la sérénité, comme un merveilleux nocturne doucement trans-illuminé. Le Scherzo retentit comme une manifestation de joie, ou du moins comme une réconciliation, qui devient le plus naturellement du monde une danse dans l’Allegretto. Un Schubert renouvelé, essentiel, et indispensable _ c’est cela.

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    Franz Schubert (1797-1828) :

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    Schwanengesang D. 744 ;

    13 Lieder parmi les 14 du Schwanengesang D. 957 ;

    Quintette à cordes D. 956.

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    Félix Mendelssohn (1809-1847) :

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    Lied ohne Worte op. 30 n° 1.

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    Fanny Mendelssohn (1805-1847) :

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    Schwanenlied.

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    Julian Prégardien, tenor ; Martin Helmchen, piano ;

    Christian Tetzlaff, violon ; Florian Donderer, violon ; Rachel Roberts, alto ; Tanja Tetzlaff, violoncelle ; Marie-Elisabeth Hecker, violoncelle.

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    2 CD Alpha.

    Enregistrés en juin et octobre 2020 dans la Sendesaal à Brême, Allemagne.

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    Présentation (de Jacques Drillon) et textes en allemand, français et anglais.

    Durée totale des 2 CDs : 113:14

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    Un double album incontournable !!!

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    Ce dimanche 16 janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa