Étiquette : Julius Patzak

  • L’art du lied : les viennois Georg Nigl (Vienne, 1972) et Julius Patzak (Vienne, 1898 – Rottach-Egern, 1974) nous faisant entendre rien moins que l’âme même du compositeur, Schubert, Mozart, qu’ils savent en toute simplicité et délicatesse si purement chanter : dans la stupeur enchantée et encore brute de ce qui maintenant se découvre…

    Mon admiration pour l’art du lied du baryton viennois Georg Nigl (Vienne, 2 mai 1972) – cf mon article d’hier même « L’intelligence exploratrice et créatrice féconde d’un passionnant chanteur singulier, le baryton viennois Georg Nigl : une assez étonnante et rare connivence d’approche de la musique en son cœur le plus intime, entre un musicien-interprète et un simple mélomane surtout discophile…« … – me rappelle mon admiration pour l’art du lied du ténor viennois Julius Patzak (Vienne, 9 avril 1898 – Rottach-Egern, 26 janvier 1974) – accompagné au CD, par exemple dans Schubert, par un Michael Raucheisen ou un Jörg Demus – :

    « Le ténor autrichien Julius Patzak n’avait pas vraiment une « belle » voix : la projection en était courte et le timbre un peu nasal. Mais il transcendait ces défauts par la sensibilité et l’intelligence. Avec lui, c’était l’âme même qui se faisait entendre« , a pu écrire de Julius Patzak Philippe Dulac…

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    Et c’est bien aussi l’âme du compositeur, un Schubert ou un Mozart, que nous donne à entendre à son tour Georg Nigl – accompagné au CD par une Olga Paschchenko dans les CDs Alpha 646  « Vanitas – Beethoven, Schubert – Rihm«  (enregistré à Paris en février 2019 et le 6 novembre 2020) et Alpha 934  « Echo – Schubert – Lœwe – Schumann – Wolf«  (enregistré à Bonn en février 2022), ou par un Alexander Gergelyfi dans  le CD Alpha 1142 « Mozart’s clavichord – Arias, Aider and Keyboard Pieces«  (enregistré au Mozarteum à Salzbourg au mois de mai 2024)…

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    Et en ce stupéfiant CD Alpha 1142 « Mozart’s clavichord – Arias, Lieder and Keyboard Pieces » de Georg Nigl et Alexander Gergelyfi, c’est bien le clavicorde de travail de Mozart lui-même, tel qu’il est précieusement conservé en sa maison natale à Salzbourg – et authentifié par cette note apposée, et à l’encre toujours bien lisible, sur la table d’harmonie de l’instrument par l’épouse de Wolfgang Amadeus Mozart, Constance : « Sur ce clavicorde, feu mon bon époux a composé La Flûte enchantée, La Clémence de Titus, le Requiem et une nouvelle cantate maçonnique en l’espace de cinq mois. Je peux en attester en tant que sa veuve Constance, conseillère d’État von Nissen, ancienne veuve de Mozart » – , qu’avec délices on entend en toute simplicité – avec douceur et délicatesse, mêlée d’une once de rusticité et presque rudesse, en quelque sorte assorties au timbre un peu rauque aujourd’hui de la voix de Georg Nigl : nous ne sommes évidemment pas ici au concert (avec son un peu trop polissée joliesse pour le plus large public possible), mais dans l’intimité d’atelier beaucoup plus resserrée, réservée, du travail infiniment touchant de l’œuvre même se faisant, s’élaborant peu à peu, dans la stupeur enchantée de ce qui maintenant se découvre… – chanter magiquement lui aussi....

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    Écoutez ici ce magique « Abendempfindung an Laura » KV 523 par les soins de Georg Nigl et Alexander Gergelyfi en ce très singulier merveilleux CD Alpha 1141 « Mozart’s Clavichord – Arias, Lieder and Keyboard Pieces« ,

    enregistré au Mozarteum de Salzbourg, au mois de mai 2024 sur le clavicorde personnel de Mozart, tel que cet instrument d’intimité est précieusement conservé en ce Mozarteum…

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    Ce mercredi 27 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le poids de l’interprète (et son timbre de voix) dans la qualité de l’interprétation du chant : Christian Gerhaher dans l’ »Elegie » (1923) d’Othmar Schoeck (1886 – 1957)…

    Pour le chant, non seulement l’art,

    mais déjà la simple qualité du timbre de la voix du chanteur,

    a une importance certaine,

    sinon même rédhibitoire.

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    Bien des interprétations sont ainsi irrémédiablement plombées par la qualité par trop ingrate d’un timbre de voix,

    en plus, parfois, de l’art lui-même, peu assuré ou mal réglé, du chanteur ;

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    même si l’on peut certes trouver quelques heureux contre-exemples, du moins quant au timbre de voix

    _ tel celui, singulier, de l’admirable Julius Patzak (Vienne, 9 avril 1898 – Rottach-Egen, 26 janvier 1974), ténor au timbre peu séduisant, mais à l’art terriblement expressif et formidablement juste, par exemple en ses Lieder de Schubert, ou en son mémorable Das Lied von der Erde de Malher, avec Kathleen Ferrier et Bruno Walter, à Vienne, en 1952…

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    A contrario,

    je viens d’écouter la très belle prestation _ en un CD Sony Classics 19439963302, avec le Kammerorchester Basel dirigé par le toujours actif Heinz Holliger _ de l’excellent Christian Gerhaher, baryton, à la voix bien timbrée, et à l’art parfaitement posé,

    dans le très beau cycle de lieder « Elegie« , Op. 36 _ de 1923 _ d’Othmar Schoeck (Brunnen, 1er septembre 1886 – Zurich, 8 mars 1957), compositeur suisse encore bien trop méconnu en France, même pour ses Lieder…

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    En cherchant un peu dans ma discothèque personnelle,

    j’ai réussi à mettre la main sur

    _ le CD « Das stille Leuchten« , Op. 60 (de 1946), par Dietrich Fischer-Diskau accompagné par Hartmut Höll au piano _ le CD Claves CD 50-8910, paru en 1989 _,

    _ le CD du Concerto pour violoncelle et orchestre, Op. 61, et la Sonate pour violoncelle et piano, par Christian Poltéra, Julius Drake, et le Malmö Symphony Orchestra, sous la direction de Tuomas Ollila-Hannikainen _ le CD BIS 1597, paru en 2007 _,

    _ et le CD « Chorwerke« , par Martin Homrich, ténor, Ralf Lukas, baryton-basse, le MDR-Rundfunkchoer et le MDE-SinfonieOrchester, sous les directions de Mario Venzago et Howard Arman _ le CD Claves 50-2702, paru en 2007 aussi.

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    Et il me semble disposer aussi, quelque part, du double CD de l’opéra « Penthesilea« , Op. 39 (de 1927), avec le Czech Philharmonic Choir de Brno, sous la direction de ce même Mario Venzago _ un album paru chez le label Musiques suisses, en 2000.

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    À suivre…

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    Ce vendredi 2 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Chanter Schubert (suite) : Markus Schäfer, dans le Schwanengesänge, avec Tobias Koch _ une révélation…

    Un nouveau superbe CD de Lieder de Schubert,

    après les deux marquantes réussites récentes des Winterreise

    de Ian Bostridge (avec Thomas Adès)

    _ cf mon article  du 8 janvier dernier, pour le CD Pentatone PTC 5186 764 _

    et Pavol Breslik (avec Amir Katz)

    _ cf mon article  du 19 janvier dernier, pour le CD Orfeo C 934 191 _ :

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    le CD Schwanengesänge du ténor Markus Schäfer,

    accompagné _ superbement _ par l’excellent pianiste qu’est Tobias Koch…

    _ soit le CD CAvi-music 8553206.

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    Certes le timbre de la voix de ce ténor qu’est Markus Schäfer

    n’a pas le miel tendre _ mozartien _ de celle de Pavol Breslik,

    mais plutôt celle _ plus âpre _ du regretté Peter Schreier,

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    mais son art de dire (et chanter) les Lieder de Schubert

    a aussi quelque chose de l’art si magnifiquement expressif _ et poétique _ de Ian Bostridge.

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    Sur ce très beau CD de Markus Schäfer et Tobias Koch,

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    lire aussi cet article de Jean-Charles Hoffelé sur son blog Discophilia,

    le 17 janvier dernier,

    intitulé Chant du cygne :

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    CHANT DU CYGNE

    Quel joli _ ce n’est pas l’adjectif que j’aurais personnellement choisi… _ disque ! Tobias Koch _ un parfait magicien du clavier ! _ touche un beau pianoforte de Friedrich Hippe, subtil, feutré _ oui ! _, sur lequel Markus Schäfer distille avec subtilité sa singulière voix de ténor de caractère _ voilà ! et non de charme… _ : je n’imaginais pas forcément son timbre, assez proche _ mais oui ! _ de celui de Peter Schreier, idéalement apparié à la lyrique schubertienne qui appelle plus naturellement des ténors Mozart _ voilà ! _, Haefliger, Dermota, Wunderlich, Breslik aujourd’hui.

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    Mais Schäfer, formé au répertoire baroque _ il chante Johann Christian Bach… _ qui a remis en prééminence les mots dans la musique, chante son Schubert intime, distille les poèmes _ oui : à la Bostridge _, refuse les effets _ et c’est tant mieux ! Pour la lyrique effusive de tout ce qui dans l’assemblage du Schwanengesang vient des poèmes de Rellstab, cela sonne d’évidence, mais lorsque l’on passe chez Heine, Schäfern’hésite pas un instant à corser son timbre _ oui _, et pour le trio Die Stadt/ Am Meer/ Der Döppelgänger où les fantômes paraissent _ oui _, le timbre soudain évoque Julius Patzak. _ parfaitement !

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    En plus de nous faire un Schwanengesang si singulier _ mais oui ! _, dont il assombrit le propos en choisissant les ossias _ passages alternatifs _ graves, il ajoute quelques lieder _ en effet _ subtilement appariés aux opus ultimes, le Schwanengesang de Senn, Winterabend, le saisissant Die Sterne, Herbst et cette merveille qu’est Auf dem Strom où les rejoint le cor naturel de Stephan Katte : soudain le paysage s’ouvre, moment magique _ oui. Ils devraient bien _ en effet ! _ nous tenter Winterreise.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Franz Schubert
    (1797-1828)

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    Schwanengesang, D. 744
    Winterabend, D. 938
    Die Sterne, D. 939
    Auf dem Strom, pour ténor, cor et piano, D. 943
    Herbst, D. 945
    Schwanengesang, D. 957
    Die Taubenpost, D. 956A

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    Markus Schäfer, ténor
    Tobias Koch, piano
    Stephan Katte, cor

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    Un album du label AVI 8553206

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    Photo à la une : le ténor Markus Schäfer – Photo : © DR

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    Ce mercredi 22 janvier 2010, Titus Curiosus – Francis Lippa