Étiquette : Kafka
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Une modeste toute petite réflexion sur le « Par delà » de l’écrire, en un effort quasi sur-humain et si irréaliste de rattrapage…
« Par delà » :ou l’effort de surmonter, par l’écriture de successifs « je me souviens » – de blessures endurées (et indurées) – , ce qui continuait encore – un peu trop douloureusement sans doute – , de durer, induré : un surpassage-rattrapage envisagé et dévisagé – de face – en l’effort engagé d’oser enfin affronter – en face – , et par les infimes pourtant ressources-retouches de l’écrire, un passé jusqu’alors, dans un mutisme subi, demeuré indépassé, et ainsi laissé irréparé s’indurer, enkysté, sournoisement purulent et obscurément bien trop à vif encore…Se trouver une forme sensible et vivable de réparation-apaisement-pacification, ce fut le grand travail d’écriture lumineuse de leur mémoire réactivée en mille précisions, formidablement réussi, et chacun à sa façon d’inventer-découvrir la sienne, de Cervantes (« Don Quichotte »), Montaigne (« Essais : III, 13, De l’expérience »), Spinoza (« Éthique »), Kafka (« Le Procès »), Proust (« À la recherche du temps perdu : Le Temps retrouvé »), Derrida (« Glas »), et encore aujourd’hui la grande Hélène Cixous («1938 – nuits ») – qui tous ont quelque chose à voir avec une native judéité – ;ou aujourd’hui, aussi, mon ami René de Ceccatty (« Enfance, dernier chapitre »), ou le formidable Philippe Forest (« Toute la nuit »), ou l’immense Jean Clair (« Dialogue avec les morts »)…Comme hier, bien sûr, le geste d’amplitude immanent-transcendant du si marquant Nietzsche (« Par delà le bien et le mal »)……Ce jeudi 14 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa -
Et l’ultime chapitre, « Le chat et le château », autour de la question que se disait et écrivait Derrida : « N’est-il pas temps de vivre à la fin ? », mais « Qu’est-ce que ça veut dire à la fin ? » ; ou la question reprise et complétée, enrichie, comme chez Montaigne, du vivre et démourir à la fin en sa vie. Un exercice d’attention aux signes…
L’intitulé du tout dernier chapitre, le onzième, aux pages 113 à 137 de ce passionnant richissime recueil un peu composite _ mais c’est parfaitement assumé, et même totalement voulu par l’autrice _, qu’est ce très profond, en même temps que jubilatoire-hilarant et intensément méditatif « Et la mère pond vite un dernier œuf« , et qui s’intitule de façon un peu provocante « Le chat et le château » _ surtout mais pas seulement ceux, chat et château, de Montaigne, bien sûr ; aussi ceux, chats et château, d’Hélène, ses chats successifs (elle les nomme, page 119 : Thessalonique, Philia, Aletheia, mais aussi, depuis, Haya et Isha : ainsi a-t-elle expressément nommé ces deux dernières chattes dans la dédicace manuscrite de l’exemplaire qu’elle a pris soin de m’adresser au 15 rue Vital Carles de la librairie Mollat, s’il vous plaît !..), depuis 1994 peut-être, ainsi que son propre château : sa tour d’écriture arcachonnaise où elle se claquemure chaque été (juillet-août) aux Abatilles, pour être seule à seule en son échange hyper-animé-inspiré avec les voix de ses revenants à elle, sous la caresse à l’occasion furibarde des vents-zéphirs du tout proche Océan Atlantique, toute exclusivement dédiée au seul dialogue endiablé de voix diverses et d’écriture, comme cela se remarque en chacun de ses livres depuis pas mal de temps, avec ses chers spectres revenant là reprendre-poursuivre-continuer presque sereinement le plus naturellement du monde leur ultra-vivante conversation stimulante, un jour idiot de mort du corps de l’interlocuteur stupidement interrompue, mais qui peut ici avoir la grâce de reprendre avec ce qui demeure de la voix qui continue bien, elle, de prendre-reprendre la parole, répondre, et se répandre, comme si aujourd’hui c’était tout simplement la suite continuée de leur conversation d’hier, et en toute évidence repris et poursuivi- continué, ce dialogue, dès les six heures du matin (de ses conversations téléphoniques avec l’ami Jacques Derrida, par exemple, interlocuteur ici privilégié), comme si rien du tout, et surtout pas une mort de l’un d’eux, n’était si bêtement venu, ce presque rien du tout, l’interrompre, ce dialogue, de son blanc vide, ligne téléfaunique en momentané seulement provisoire dérangement, en son très effectivement magique fécond à profusion « rêvoir » de l’écriture des Abatilles l’été ; à la façon de Montaigne en dialogue enchanté permanent, déjà lui, avec les Muses de ses poutres peintes ou gravées de maximes pense-bêtes, des très chers livres de sa précieuse librairie soigneusement rangés à portée de main sur les étagères en rond dos au mur circulaire de sa tour, lui faisant face, dont son si précieux exemplaire de Bordeaux à revenir, « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , et face au bleu du ciel de son admirable fenêtre, continuer d’annoter d’ajouts de diverses couleurs ; de même qu’Hélène s’amuse ici à reprendre-relire et peut-être elle aussi à son tour, en sa tour, annoter ses anciens Cahiers (dont celui, un peu planétairement, mortellement tragique, de 1995 : à la date du 5 novembre, notation des séismes planétaires simultanés des morts, par assassinat et suicide, d’Isaac Rabin et Gilles Deleuze, la veille, tous les deux, le 4 novembre 1995) ; sans oublier les danses caressantes furtives, à leur entière guise, de leurs respectives chattes, de Montaigne et d’Hélène, inspiratrices magnifiques d’initiatives superbes d’échanges de signes totalement imprévues, par leurs mouvements subtils, à entreprendre, par Hélène, de décrypter : les animaux, et sans mentir, viennent eux aussi nous parler, puis partir : je vais y revenir… _, porte sur la question du vivre et démourir en sa vie, à la fin _ « mais qu’est-ce que ça veut dire : à la fin« , page 113 _,
posée par Jacques Derrida _ dont Hélène se souvient avec délices de leurs réguliers richissimes échanges téléphoniques de l’aube, à 6 heures du matin _, Maurice Blanchot, Gilles Deleuze, Franz Kafka ou Michel de Montaigne….
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Je prends donc le chapitre à son tout début, sa superbe ouverture _ idéalement derridienne _, page 113 :
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« La vie quotidienne de la Déconstruction ?
J’étais bien embêtée
Montaigne ayant déjà tout dit _ tiens donc !
La déconstruction _ c’est la vie quotidienne, son souffle _ au fil de la durée qui nous est infiniment généreusement provisoirement accordée.
L’ordinaire extraordinaire. Et vice-versa _ c’est-à-dire l’extraordinaire qui vient faire parfois, ou même un peu souvent, le presque ordinaire des créateurs.
Chaque jour, dit Kafka, il s’agit de vivre et de ne pas mourir, cela peut s’entendre activement ou passivement _ en effet ; et pour beaucoup, pour la plupart probablement, c’est plutôt passivement qu’ils l’entendent, et ce sont alors en effet la lassitude et l’ennui qui gagnent peu à peu, insidieusement en général, sans trop de signaux perceptibles d’avertissement, du terrain, et finissent par l’emporter et emporter à la tombe celui qui n’en peut plus de sa déconstruction-débandade-débacle personnelle, naufrage : « Ich habe genug« , chant plus positivement Bach, en forme, lui, de divin remerciement de satisfaction ; et Deleuze, emboîtant le pas à la fêlure de Francis Scott Fitzgerald : « toute vie est, bien entendu, un processus de démolition« , qui nous a jadis très tôt marqué, dans « Logique du sens« .
Lorsque Jacques Derrida a écrit, écrit enfin : quand mourir enfin ? c’est que, en ayant assez _ lui au moins _ de mourir chaque jour _ voilà _ , il se disait : n’est-il pas temps de vivre à la fin, mais qu’est-ce que ça veut dire : à la fin
Le matin, il disait _ intensément curieux et jamais rassasié _ : quoi de neuf ? Sur ces mots la déconstruction avait commencé _ sa sape de taupe. Le neuf est-il neuf ? En quoi l’est-il ? Combien de temps ? Tout est toujours plus ou moins neuf que la dernière fois, le temps de vieillir _ la neuveté peut parfois, et finit par, s’épuiser, avec l’usure forcée du corps, ou celle de l’âme peu solide ; même pour ceux qui ont choisi de « vivre et ne pas mourir » « activement » : la dépression l’emportant, peut alors et pour de bon emporter, l’emporter, avoir le dernier mot de conclusion, et privation physiologique au moins de sa parole…
Que va-t-il nous arriver ? Tout n’arrête pas d’arriver _ en effet, dans la survivance continuée et durant du vivre de la machine biologique : les accidents (et imprévus) ne manquent jamais de se succéder et surprendre _, tout ce à quoi on ne s’attendait pas, à quoi on n’aurait jamais pensé, à quoi on n’avait encore jamais _ jusqu’alors, cet incident, cet accident-là _ pensé
Quoi ? Par exemple un chat _ et ce choix d’exemple d’un chat comme vecteur de signes n’a rien d’innocent ! _, ou une phrase, une énigme quoi _ qui réclame impérativement, à l’hyper-attentif non étourdi, son décryptage, une méditation un peu creusée…
Pour garder ce qui se passait, de passer _ telle est donc la fonction préciosissime : retenir, maintenir, conserver au moins une trace et si possible écrite : l’écrit faisant bien foi… _, je tendais le filet d’un cahier _ voilà : annuel, semble-t-il, pour Hélène.
Quand le chat, amour et douleur infinis, est-elle arrivée ?
C’était en 1994 _ se souvient ici Hélène. Et depuis je n’imagine pas _ ou plus _ vivre sans chat. Suivons le chat. Elle _en l’occurrence la chatte _ nous mène d’un bond _ de chat _ en 1995 _ et son cahier, donc.
Que faisions-nous en ces mois« _ et Hélène d’entreprendre ici, page 114, le dialogue actif et ré-inventif de sa relecture, ce mois de février (puis juillet aussi, semble-t-il) 2021 d’écriture, de son cahier de 1995 ainsi repris, relu et ré-interrogé.
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« Tous les jours nous pensions _ Derrida et elle, Hélène. Tous les jours nous pensions à _ surtout ne pas oublier de _ penser et dès la première heure nous nous y mettions _ s’y mettre est en effet nécessaire : il faut activer le reçu qui sinon demeurerait passif, inaperçu, terne et bien morne, quasi mort-né, stérile… Au téléphone, cela _ penser _ se joue à deux _ et ce ping-pong jouissif de relance-réponse, à deux, en effet, aide bien à jouer à penser… _, chacun (de nous deux) se demande, donc demande à l’autre, comme le rappelle Jacques Derrida, à quoi penser _ d’un peu neuf _ tant qu’il fait jour _ et tout jour forcément cesse _, nous avons des devoirs de penser en attente, en instance _ incitatifs, dynamisants et fécondants _, et là-dessus la journée apporte _ d’elle-même aussi, incidemment et accidentellement _ plus d’un sujet inattendu à penser _ de totales surprises. J’ai dit « jouer », c’est là le travail _ de ce que, d’après mon amie Marie-José Mondzain, je me suis mis à baptiser-néologiser « imageance« … _ le plus sérieusement humain qui nous attend. Jouer c’est travailler _ voilà : en se livrant à cette jouissive imageance giboyeuse-joyeuse _, avec le plaisir _ puissant _ de satisfaire un appétit _ fondamentalement _ vital, un besoin inquiet _ qui fait avancer. C’est que tous les jours il nous faut nous mettre à penser le monde et (le) moi, tous les deux, l’un par et à cause de l’autre _ en un vigoureux dynamisme de l’échange doublement respiré-inspiré. (…) Je ne crois pas qu’il y ait eu beaucoup de jours sans communication _ entre eux deux, Hélène Cixous et Jacques Derrida. Jouer à penser, c’est-à-dire penser vers l’autre pensée, penser à la pensée de l’autre, s’exercer à penser à penser _ et ne pas l’oublier _, s’aiguiser, s’affûter, se polir _ oui, oui : quels cadeaux de la vie qu’une telle si féconde (en œufs pondus, dirait Eve la mère et sage-femme, c’est-à-dire œuvres…) amitié-coopération _, s’apaiser, c’est la vie quotidienne de l’amitié _ archi-vivante et fécondante. La lame _ aiguisée-affûtée, donc _ et l’âme de l’amitié, le fil, le lien qui n’attache pas _ ni ne pèse _, qui continue, porte _ et emporte, exalte, enthousiasme, enflamme _ la parole
En tant que puissance de la communication d’âme à âme l’amitié est l’appareil téléphonique _ de transport du penser _ par excellence
Avant le téléphone on pouvait _ déjà, oui _ téléphoner _ par delà la distance physico-géographique qui sépare les corps physiques ainsi disjoints _ sans téléphone. L’amitié appareille _ tel un vaisseau, trans-atlantique, trans-pacifique, etc. Apparie _ fait la paire. S’exprime entre pareils _ l’amitié égalise instantanément et à jamais, pour le toujours forever de l’éternité (sans plus de considération de temps) ; cf l’extra-lucidement décisif « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels » du cher Spinoza ! A six heures du matin _ aux alentours de l’aurore ouvrante aux délicieux doigts de rose _ on se disait : « J’allais t’appeler. » On appelle avant d’appeler. On téléphone avant de prendre l’appareil. La vie marche au téléphone _ aux dialogues instaurés, tenus, entretenus, vivifiants, exaltants ainsi instantanés.
Avant l’appareil magique _ de Graham Bell, en 1876 _, on communiquait par téléphone lent _ c’est ça : seulement un peu plus lent que notre téléphone, mais qui pouvait aussi attiser, sur-aviver, le désir de se toucher bientôt en pensées un peu précises par la correspondance… _, par courrier, lettre, correspondance, on s’écrivait l’un l’autre _ telles Madame de Sévigné et très chère sa fille Madame de Grignan, au rythme des courriers institués des malles-postes : deux, puis trois fois par semaine alors entre Paris et Grignan… On ensemençait la distance avec des graines _ magiciennes _ de proximité _ affective, voire passionnée _, de nouvelles espèces de mots _ même néologisant… _ germaient.
Tous les jours ou presque, on se sera écrit _ Jacques et Hélène _ par téléphone«
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Telles sont les trois premières enthousiasmantes pages, 113-114-115, de ce lucidissime chapitre « Le chat et le château« , qui vient clore en beauté le recueil des onze chapitres ajointés constituant ce beau livre méditatif et varié ; et dont Derrida et Montaigne sont les deux principaux très amicaux interlocuteurs, de génie.
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Avec aussi ce passage, aux pages 118-119, introduisant précisément le chat et le château (de Montaigne, et puis d’Hélène) qui vont fournir, sur un mode allusif _ Montaigne n’est pas ici nommé : il faut le deviner… _, le titre du chapitre terminal conclusif de ce livre-ci :
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« Et ce jour-là _ le 4 novembre 1995, date gardée par le cahier de cette année-là _, des mots _ c’est-à-dire aussi, bien sûr, des maux _ sont arrivés. Comme des chatons _ mis bas dans les buissons-fourrés du jardin des Abatilles par la chatte. Ils sont là. on ne peut pas les chasser. Petites créatures qui ne passent pas, qui se mêlent peu à peu, puis désormais, à tous les sangs de l’âme _ nous comprendrons plus loin pourquoi ces « sangs de l’âme » : les disparitions (par assassinat et suicide) de Yitzhak Rabin et Gilles Deleuze, ce même 4 novembre 1995. C’est qu’il y avait destin _ funeste, fatal, maudit. Le destin est _ pourtant _ là bien longtemps avant de se faire connaître _ car en existaient, bien sûr, de sournoises peu visibles prémisses.
Ce jour-là, il était arrivé un mot et un chat. Le mot avait son ombre _ mortelle. Le chat était aussi une chatte. Le jour dont je parle aujourd’hui de fin juillet _ en la maison d’écriture d’été des Abatilles.
C’était l’été. On le reconnaîtra. C’était l’été du chat et du château _ visité, comme souvent, à Montaigne, après sublime halte, au passage, à la sérénissime majesté de la Dordogne, au quai archi-tranquille du village de Cabara : je l’ai ailleurs noté ; cf ce qu’en dit, furtivement au passage, mon article du 28 mai 2022 : « La grande joie de revoir et écouter Pascal Chabot, philosophe, et Karol Beffa, compositeur-interprète, au Festival Philosophia 2022 (« La Terre ») à Saint-Emilion… » ; en revoici donc tout le passage : « Et pour rejoindre, depuis Bordeaux, la belle cité médiévale de Saint-Émilion, par une splendide journée ensoleillée d’une fin mai qui ressemble tellement à l’été, je m’étais aussi offert, en prélude enchanté !, le petit détour, depuis Branne, par le sublime panorama très verdoyant du fantastique méandre de la large et paisible Dordogne à Cabara _ un des plus beaux spectacles que peut offrir la douceur épanouie et sereine de la France !, en pensant bien entendu à ce petit détour-rituel que ne manque pas d’accomplir, chaque année, en son été, mon amie Hélène Cixous _ cf la miraculeuse vidéo de notre entretien du 23 mai 2019 à propos de son « 1938, nuits« , paru aux Éditions Galilée le 24 janvier 2019 _ en rendant visite, depuis son domicile d’écriture des Abatilles, à Arcachon, à la magique tour de notre tendrement vénéré Montaigne »…
En réalité. Prenez un chat et un château, combinez, agitez les dés, jetez : le résultat _ des mots ainsi que des maux, en cascade _ est innombrable. Le Chat et le château venaient d’arriver dans nos existences et par suite dans les textes _ qui les gardent. Ou inversement, on ne sait jamais qui cause quoi.
C’est un lundi. L’un dit : Je travaille sur le chat et le château. Dant tout ce que j’ai réécrit sur Blanchot (car sur Blanchot on n’écrit pas, on récrit) le château et le mot demeure ont pris une place extraordinaire. L’autre dit : et le château ? Est-ce là un mot ou un chat ? Un chat-mot. Il est six heures _ du matin _ c’est l’heure des mots. Le château dit : moi le château, d’abord castel, castle, depuis le latin je châtre, je coupe, sépare, tranche. _ Tu savais que le château châtre ? L’un dit : comment va-t-on traduire ça en allemand ? Moi, je ne le savais pas, mais ma langue qui-sait-tout y avait pensé.
Et ici commença une conversation autour du château adoré, le mien _ le mien aussi : j’y suis allé plusieurs fois à pied depuis chez moi, à Castillon, à quelques kilomètres, en passant la Lidoire _, celui de Montaigne _ sur son tertre venté. Un château, dis-je, est une forme de déconstruction non théorisée, impossible de décider à quelle intention il répond, doit-il s’ouvrir à l’autre ou le repousser, qui sépare qui de quoi ou qui, la tour sépare-t-elle l’âme de Montaigne du monde, ou donne-t-elle sur le monde _ par sa fenêtre grande ouverte sur le bleu infini du ciel… _, le monde n’est-il pas la tour ? Selon Pierre Eyquem _ le père de Michel Montaigne _, le château est une armée, une forteresse, un bâtiment de guerre, il est construit _ avec remparts, toujours sur pieds de nos jours _ sur l’idée de l’attaque et de l’exclusion. Selon Michel _ le fils de Pierre Eyquem _ le même château se défend d’être armé, il s’offre, sa force _ en effet extra-ordinaire, magique… _ est dans son ouverture _ pacifique, en plein cœur des guerres de religion qui font rage et auraient pu et dû décourager, mais pas Montaigne diplomate… _ à l’autre. Selon Kafka, le Château _ déjà celui de la ville haute de Prague, au Hradchin… _ est décidé à être Schloss, fermé, dehors l’étranger ! Neutre. Ou Burg, féminin.
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Le cheval de Montaigne s’appelle Job. La chatte a un nom de jeune femme romaine. Ma chatte de ce lundi s’appelle Thessalonique. Plus tard elle s’appellera Philia. Aussi Aletheia. Une chatte ne meurt qu’un moment, sitôt partie elle revient et se transmet _ de mère en fille, les chattes cohabitent et se succèdent. La dernière fois que j’ai vu la chatte de Montaigne elle s’appelait Balzac _ Beauty est le nom de la chatte des « Peines de cœur d’une chatte anglaise » de celui-ci… Du temps avait passé. Cet été-là, elle était chat. On le sait, tout chat est indécidable _ il en fait à sa tête ; on ne le dompte pas _, la plupart du temps », pages 118-119.
(…)
« Plus tard le Château s’éloigne, à sa place demeure le mot Demeure » _ chez Derrida, après Blanchot ; pas chez Montaigne, ni Kafka… _ : voilà au moins pour le chat du château de Montaigne…
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Et sur ces animaux infiniments subtils que sont les chats, voici aussi ces passages ô combien significatifs, aux pages 121 à 123 :
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« J’écoutais la Voix, attentivement, comme on observe intensément un chat parler la langue des signes _ l’intensité de l’attention est bien évidemment absolument cruciale : la plupart manquant la plupart du temps d’intensité d’attention, et nous aussi, bien sûr, les premiers, trop souvent ; même s’il nous faut aussi un peu et bien penser un peu à dormir….
A d’autres moments, dit-elle (la Voix _ celle, ici, de Jacques Derrida, l’interlocuteur ou interlocutrice, cette Voix-ci, presque permanente au moins de ce chapitre… _), j’ai l’impression qu’elle est un support de tes projections _ Derrida continuant, on le voit, de déconstruire…
_ Elle, qui ? « Elle », c’est, ici la chatte _ nous y re-voilà donc _ qui est aussi un chat, qui est une personne, c’est le personnage principal de cette journée naturellement philosophique : elle donne à penser _ voilà ! : elle, la chatte… Et entre les deux _ toi, Hélène, et elle, la chatte, poursuit la Voix revenante-revenue de Jacques Derrida _, il y a un mystère, elle devient ce que tu veux, supportes, penses d’elle. Comme si elle se cultivait à ton psychisme _ en quelque extraordinaire transubstantation d’espèce à espèce, en effet.
_ça ne peut se passer comme ça que parce que ça s’était déjà passé comme ça, dans cette saison du temps humain, l’enfance _ voilà _, où germent toutes les graines d’avenir. Elle a fait son Apparition _ qui se trouve être une ré-Apparition. Un synonyme de Déconstruction : ce qui arrive comme impossible. Je n’en voulais pas, je ne l’ai pas cherchée, je ne l’attendais pas, elle m’est tombée dessus, comme le dieu, comme l’amour, comme la nuit. J’ai dit non.
_ Or, elle était arrivée, déjàrrivée _ rivée… _, comme un facteur de désordre dans mon système _ plutôt assez étanche à l’égard de l’extérieur, du dehors _ d’hospitalité, comme une langue étrangère venue déranger ma langue, et mon non a dit oui.
Si je l’ai acceptée, c’est qu’elle est le mystère du Retour caché sous l’air de l’Apparition. C’est une revenante d’amour _ voilà donc la raison de l’acceptation, finalement, de cette chatte par Hélène. Jadis, quand je l’aimai, elle était chien _ voilà : le chien Flip adoré et pleuré. Elle m’a remis la mort dans la vie, la joie qui tremble _ l’ »admirable tremblement du temps » des « Mémoires d’Outre-tombe » de Chateaubriand.
_ La mort ? dit-il.
_ La possibilité de l’impossible. Elle me menace. Elle va la frôler, se frotter contre elle, lui échappe.
_ Il est sûr, pense sa Voix _ la Voix revenue de Jacques Derrida _, qu’entre un chat qui vit avec toi et toi, il ne peut pas ne pas y avoir une sorte de lien mystérieux _ de connivence et alchimie trans-espèces _, c’est le bon sens même
_ La vie (dis-je). La vie-même. D’amour absolu je l’aime. Je me vis _ tant voir que vivre _ d’elle
_ A partir de là, qu’il y ait coexistence, cohabitation, partage comme tu le fais, il y a une richesse affective dont je n’ai jamais fait l’expérience. Chaquespeare à la faire. Tous les animaux, chats, chiens, chat chiens, motion, ellelui
_ Ce jour-là l’article du Monde dit que nous descendons de l’écureuil, dis-je
_ Je le savais. En tant que singe, j’ai toujours eu le culte de l’écureuil
_ Je cherche nos ancêtres dans les arbres. Je cherche les signes. Les signes sont des singes volants dans les rameaux des phrases. Je vois ta pensée avancer par bonds, haute sur pattes, passant d’un trait de génie de terre à air et s’aller plantant par imagination au bord de la lune, comme celle de Kepler. Comme Montaigne dans sa librerie ramenant le ciel _ entrant par son admirable fenêtre _ sous ses pieds. A l’aide des amis animaux.
_ Je n’ai jamais autant l’impression de penser que devant l’animal jamais je n’ai autant l’impression de danser _ voilà ! _ la pensée
_ Nos ancêtres dans les arbres et dans le lit _ des procréations
_ Les lièvres _ bondissants _ de notre bibliothèque
_ C’est là que ça se passe, dit Montaigne, devant un animal c’est là qu’il faut penser _ faire preuve d’ « imageance » inventive… _, multianimalement. C’est entre ma chatte et moi que jaillit l’étincelle _ illuminante. Nous nous entretenons de singeries réciproques. Si j’ai mon heure de commencer ou de refuser aussi elle a la sienne _ ou complice, ou rétive, à son initiative
Lorsque nous nous téléphonons entre la nuit et le jour, c’est l’heure d’or, celle où parlent Platon avec Montaigne _ et aussi Paul Valéry, en ses propres Carnets matutinaux _, l’heure où s’appellent et se répondent avec la mort _ qui coupe et sépare, mais aussi relie _ la vie, avec l’humaine intelligence et sagesse, l’intelligence et sagesse animale
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Leçons de chat : De la Liberté. Elle s’est sauvée qund on a marché sur elle. Où est la chatte en ce moment ? Dans son nid. On ne peut pas la prendre : elle vient. Comme toi. Comme moi. Comme Albertine. Elle ne peut que venir. Venir de partir. Pour l’aimer, lui laisser une liberté infinie. Mais j’y mets une limite infime pour entretenir _ et maintenir _ sa vie. Exercice infini de l’aspiration à l’infini. Il faut « avoir » ce qu’on n’a pas : la légèreté _ voilà, voilà : apprendre à la gagner, cette légèreté, balourdeaux que nous sommes... Être tout le temps là et jamais. Veiller à ne pas surveiller. Veiller à veiller » _ c’est admirable de subtilité, poésie et infinie justesse.
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Et encore ceci d’admirable, et absolument fondamental, page 124 :
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« Certaines vies ne font qu’une avec mourir. Certains ne font que mourir toute la vie, toutes leurs vies _ certes. Démourir presque chaque jour, c’est le destin de Kafka ou le sort, ou vivre à deux moi-s dans la même pièce dans le même lit, moi le grand jeune homme maigre, toujours encore jeune, qui fréquente les femmes et la mort, d’aucuns sont nés pour cette cohabitation
Certains sont posthumes _ comme Hélène _, ils n’ont pas fini, la mort s’est arrêtée avant qu’ils aient fini leur vie, ce sont des morts manqués ou des condamnés en instance dans un des bureaux de la mort« .
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Ainsi que les pages finales, aux pages 134 à 137, de cet ultime chapitre des onze du recueil, dans lesquelles Hélène relit maintenant « les dernières pages du Cahier 1995 » :
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« C’étaient les dernières pages du Cahier 1995
Ce qu’il y a de bien avec un vrai cahier c’est qu’il est entièrement écrit par l’imprévu, accueillant à l’événement _ en son incontournable imprévision bousculante. Ce cahier-ci faisait voile, sous une mappemonde établie par un libraire de Livourne en MDCXLIV _ 1644. En ce temps-là, le pays natal de Jacques Derrida s’appelait Barberia. Les armes que brandissait ce morceau d’Algérie étaient un soleil immense, multicolore, flanqué d’une fleur-à-fruits géante et d’un palmier. A la droite du soleil posant pour notre plus grande curiosité, un animal dix fois remarquable. Le seul animal, le seul être vivant visible sur toute la surface du monde. L’unique au monde. Le solitaire. La créature. Mâle ou femelle ? Femâle ? Debout sur quatre pattes au sud entre Algieri et Costantina, à l’est du grand astre, calme comme une image, qui est-ce ? Ni un mouton, ni une chèvre, ni un hippopotame, ni un loup, ce ne serait pas un bœuf ? mais il n’a pas de cornes, ni même une petite vache _ il n’a pas de mamelle, ni de sexe, si c’est un cochon ? alors c’est un semi-cheval, sauvage ou domestique ça ne veut pas rien dire, il a l’air enceinte, ça ne ressemble pas du tout à _ , c’est un ou une nue _
à force de réfléchir et retourner le quadrupède en tous genres, il me vient à l’idée que cet animal indéfinissable n’est autre qu’un quiquoi, ce fabuleux animal imaginaire qui a fait rêver Deleuze et Derrida chacun autrement.
…
C’étaient les dernières pages de 1995. Je venais d’écrire Savoir sans savoir où nous mènerait cette apparente sortie de cécité. (Plus tard H en arriverait à constater qu’on ne cesse de sortir d’une caverne que pour se trouver dans une autre cécité à explorer, mais en l’an 95, elle croyait parvenir au jour.)
Le 4 novembre Jacques Derrida eut une « réminiscence » . C’est ainsi qu’il désigna l’évocation d’une expérience unique, absolue et oubliée.
Il se souvint d’un jeune homme…
Ce n’était pas un souvenir.
C’était un phénomène épiphanique
Selon H, cet événement appartenait à cet espèce d’instants que Kafka désignait sous le nom de Mort apparente. Le mort-apparent lorsqu’il revient de sa disparition ne peut faire le récit de cette expérience, car elle a eu lieu hors du temps et hors de soi. Seule en demeure la buée _ à peine _ d’une trace.
Le jeune homme, à l’instant qui précéda sa disparition, sortait du stade de football situé à Kouba (banlieue d’Alger), en l’an 1948, le jour où mon père meurt _ le 12 février.
Selon moi Jacques Derrida ne voyait pas de rapport entre cet incident extraordinaire et celui que Maurice Blanchot appelait « L’Instant de ma mort » en 1994, et qui l’avait frappé de néant en 1944.
…
Le 5 novembre, il arriva _ la nouvelle que _ que Rabin avait été tué _ la veille, le 4 novembre, à Tel-Aviv _, témoigne le cahier page 58. Il faudrait un chapitre pour décrire la façon dont un tel assassinat nous arrive _ abasourdit, terrasse, modifie. A certains d’entre nous. Au monde entier. Un assassinat qui explose et par la suite continue à empoisonner les peuples et les univers pendant des générations _ certes… Depuis des semaines, il y avait des appels à la mort, Dieu seul sait ce que cela réserve. Ce sang ne va pas interrompre le processus de paix. Ce sang ne va pas interrompre l’acharnement de la mort _ on mesure aujourd’hui ce qu’il en est bel et bien advenu et advient.
C’est la fête, pas seulement chez les extrêmistes
Il y a des symétries, les assassinats de Sadate, de Boudiaf.
Où étions-nous quand il a serré la main d’Arafat ? C’est alors que la paix a commencé. A être poussée vers la condamnation à mort.
Le 5 novembre Derrida écrit un texte pour Deleuze. Il s’est jeté par la fenêtre. De temps en temps on avait des nouvelles indirectes. C’est tellement dur. Des coups à couper le souffle. Une tragédie du souffle. C’est une énorme histoire, composée de bien des histoires d’amitié et de philosophie. Il n’y a jamais eu entre Deleuze et Derrida de mini-agression. Lui, D., s’est toujours abstenu. Il y avait des camps, des guerres, des hostilités. Un homme pour la paix…
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Entre nous, Deleuze et moi, il y avait une simple histoire d’amitié tissée de textes et de signifiants, jamais menacée, de sourires sous capes, des visites dans les châteaux de la folie, le jour où après une journée à Laborde, il s’exclame » _ Moi les fous je les déteste. » Je croyais que tu les aimais
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On regarde l’enterrement jusqu’à trois heures du matin. Parmi toutes choses qu’on peut se dire, il y a ce phénomène inouï qu’en dehors d’un président des Etats-Unis, pour aucun enterrement d’aucun président-assassiné-du-monde, on n’imagina quelque chose d’aussi planétaire _ voilà. Les prières, les discours, la mise en terre
Il s’appelle Isaac
Je ne parlerai pas ici, aujourd’hui, de ce que l’on se dit de « la France », ni des « juifs français »
Je préférais pleurer.
Pourquoi s’est-il jeté par la fenêtre ? Empédocle s’est jeté vers le bas _ dans le cratère de l’Etna.
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A la dernière page du cahier, le 7 novembre 1995, rien de mal n’est arrivé
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J’écris ces lignes en février 2021.
Mumia Abu Jamal est toujours vivant. Il est toujours dans les Death Rows, les couloirs de la mort. La vie dans la mort. Ou la mort dans la vie ? Il espère encore « rentrer à la maison ».
Il me vient à l’idée qu’il aura passé toute sa vie à desceller les barreaux de la prison.«
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Ou comment ne pas démourir trop sa vie ; « N’est-il pas temps de vivre, à la fin ? »
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Ce mardi 19 novembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa
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Un cinématographique « Malaise dans la civilisation » de maintenant : l’étrange et dérangeant « Pacifiction » du cinéaste (expérimental et visionnaire) Albert Serra…
Courant de moins en moins les salles de cinéma,
c’est rien moins que l’un peu anecdotique _ on a les boussoles qu’on peut… _ palmarès 2022 de décembre 2022 des critiques de cinéma du Monde, qui a attiré ma curiosité _ très inculte en ce domaine depuis plusieurs années, confinement aussi aidant… _ sur le film « Pacifiction » d’Albert Serra
alors qualfié de « chef d’œuvre« …
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Aussi,
et cela sans avoir jamais lu aucune critique un peu précise de ce film _ qui m’aurait un peu préparé à l’expérience de son visionnage ; j’y arrivai donc totalement innocent de quelque idée préconçue que ce soit (à l’exception, bien sûr, de ce qualificatif un peu impressionnant de « chef d’œuvre« ! sous la plume d’un ou plusieurs critiques de cinéma du Monde…) _, aussi ai-je attendu la parution en DVD de ce film « Pacifiction _ Tourment sur les îles » pour, tranquillement chez moi ce dimanche, passer ses 158′ à le regarder, et sans discontinuer, assez stupéfait tout de même…
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Mais, dans la foulée,
j’ai visionné presque instantanément à la suite, dans la foulée quasi immédiate donc de ce visionnage un peu perturbant, les 25′ d’Entretien _ que je recommande chaudement… _ donné par Albert Serra, le réalisateur ;
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qui m’a, lui, complètement éclairé sur le caractère expérimental (ainsi que lucidement visionnaire, aussi !) du filmage de celui-ci _ et sa non-direction d’acteurs comprise, il s’en explique fort bien ; d’où, d’ailleurs aussi, la formidable (et très justement reconnue) performance d’acteur de Benoît Magimel, présent à la presque totalité des images du film… _ ;
un filmage dans la lignée, disons du cinéma de Godard _ et je n’irai pas, pour ma part, citer aussi les noms, très justes eux aussi, de Apichatpong Weerasethacul, Andreï Tarkovski ou Bela Tarr…
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Et je dois dire que ce point de vue de l’auteur, avec sa logique assumée, m’a paru complètement juste, et en partie même assez visionnaire, donc, sur le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui, et ses jeux assez _ et assez volontairement… _ obscurs de pouvoirs…
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Une expérience étonnamment riche d’enseignements très divers, par conséquent,
au-delà de ce sentiment dérangeant _ mais lucide ! et surtout sans rien de doctrinaire à l’écran !!! _ de « malaise dans la civilisation »…
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Qui m’évoque, pour ce qui concerne les personnages ainsi montrés, le point de vue tourneboulé de K. chez Kafka
_ « Le Château« , « Le Procès« , etc. ;
et on peut penser plus précisément à « La Colonie pénitentiaire » de celui-ci, transporté ici au (rosâtre au crépuscule photogénique) petit paradis frelaté de l’île de Tahiti…
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Ce dimanche 5 mars 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa
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Pour pause, lecture ce jour du terrible « Le jour où je n’étais pas là » (paru en 2000)…
Afin de conquérir davantage de repères biographiques (et de domiciliation _ à la page 174, j’ai relevé la significative phrase : « Seules les dates et les adresses résistaient à la multiplication de nos récits« entrecroisés et parfois, voire souvent, contradictoires : ce qui amuse pas mal l’ironie très joueuse de la narratrice… _) des Cixous, Klein, Jonas, etc., qui me manquent toujours,
je viens de lire, puisé dans mon ample bibliothèque cixoussienne, « Le jour où je n’étais pas là« , paru aux Éditions Galilée en 2000, que je n’avais pas encore lu…
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J’y ai trouvé une bien intéressante concomitance _ affirmée et clairement reconnue _ entre la grossesse du premier garçon né _ leur fille Anne-Emmanuelle, elle, est née, à Sainte-Foy-la-Grande, le 27 juillet 1958 _ d’Hélène Cixous et son mari Guy Berger, le petit Stéphane, nommé Georges, dans le récit _ le petit Stéphane Berger est né le 1er mai 1959, et lui aussi à Sainte-Foy-la Grande (en Gironde) ; et il décèdera à Alger, le 1er septembre 1961, où sa grand-mère maternelle la sage-femme Ève Cixous, née Klein, l’avait pris en charge, et s’occupait, en sa Clinique d’Alger, très soigneusement de lui, en sa fragilité d’enfant malade… _, et la construction de la Villa Èva, à Arcachon, au quartier des Abatilles…
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Et Hélène Cixous, jeune agrégée d’Anglais, va en effet occuper un poste de Professeur d’Anglais au Lycée-Collège Grand Air d’Arcachon, à compter de la rentrée scolaire de septembre 1959 _ Chantal Thomas, alors arcachonnaise, l’a eu comme professeur d’Anglais, de septembre 1959 à juin 1962 ; cf mon article du 18 août 2018 : Un passionnant et très riche entretien avec la merveilleuse Chantal Thomas à Sciences-Po Bordeaux, le 8 mars 2018… ;
et Hélène Cixous eut à la fois pour collègue au lycée et pour voisin immédiat, au quartier des Abatilles, Jean Laurent, qui fut mon collègue de Lettres au Lycée Grand-Air quand j’y enseignais la philosophie, les années scolaires 1976-77 et 1977-78… _ ;
et cela jusqu’au mois de juin 1962, où elle obtint un poste d’Assistante d’Anglais à l’Université de Bordeaux…
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Et quinze jours après le décès, à Alger _ auprès de sa grand-mère Ève et son oncle maternels Pierre Cixous _, de Stéphane-Georges, l’enfant mongolien d’Hèlène et son mari Guy Berger,
naît _ le 22 septembre, et peut-être, ou peut-être pas encore, à Arcachon, ce n’est pas indiqué… _ son frère le petit Pierre-François…
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Pages 70-71 de « Le jour où je n’étais pas là« , on lit cette tardive lettre-ci,
destinée au fils décédé il y a près de quarante ans, le 1er septembre 1961 :
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« Lettre à mon fils auquel je n’ai jamais écrit de lettre
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Mon amour, à qui je n’ai jamais dit mon amour,
J’écris dans la maison _ aux Abatilles _ que j’ai fait construire à cause de toi, en hâte de toi et contre toi tandis qu’Ève notre mère te gardait _ à Alger, et pas à Arcachon… _, je construisais je n’écrivais plus, au lieu de poèmes, je bâtissais je répondais en pierres à ton arrivée _ ce fut le 1er mai 1959, à Sainte-Foy-la-Grande _ pour les temps des temps, je t’accueillais, je te prévenais, j’élevais en vitesse une maison où nous garder et nous séparer, je faisais la maison où tu n’es jamais venu _ voilà. Maison achevée le premier septembre196-1 jour de ton propre achèvement _ à Alger.
Je ne pense jamais à l’origine de cette maison née de ta naissance. Dès que j’ai su ton nom du jour au lendemain j’ai _ alors, soudainement _ cessé d’écrire.
J’écris dans cette maison que j’ai bâtie afin de ne plus jamais écrire.
J’ai hérité de cette maison où je t’écris de ton interminable passage.
Je te dis tu, je te fais venir, je te tire hors du nid inconnu.«
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« Brève trêve de ce il, je prends dans mes bras le fantôme de l’agneau écorché« .
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Et ces phrases aussi, que j’extrais de la page 111 :
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« Aucun pressentiment _ qui aurait permis d’un peu se préparer. Et c’est alors. Arrive quelque chose, ce n’est pas rien, c’est un décret. La lettre dit : demi-tour. Et véritablement ici commence une vie. Tout d’un coup tout ce que je n’aurais jamais fait, je l’ai fait. Jusqu’à présent j’avais décidé de parcourir les différents continents. J’arrêtai mon périple au seuil de l’expédition, je cessai d’être nomade et je dressai _ Allée Fustel de Coulanges _ la maison du mongolien. Nous aussi nous vivrons dorénavant en compagnie des animaux affectueux. »
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Et encore ceci, page 112 :
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« Ce qui faisait maison c’était l’obéissance à Désignation l’envoyée des distributeurs de destins que je n’appelai pas Dieu cette saison-là. Je décidai _ aussi _ d’accroître nos corps sans perdre un instant, soucieuse du nombre et de l’harmonie du troupeau, je diluerai l’agneau sans nez à la laine râpeuse dans un bain d’agneaux bruns bien bêlants et musclés. Plus il y aura d’enfants tourbillonnants moins il sera l’attirant le fascinant. Je prévoyais l’irradiation. Contre l’éclat irrésistible du mongolien nous allions aligner toute une infanterie. Dans les mois qui suivirent _ ce 1er mai 1959 _ je lançai une grossesse en contre-attaque, sans m’affaiblir à y penser. Je parai. Je dressai. Nous élevons la maison _ voilà _ pour nous y enfermer autour de lui. Nous adoptons sa description. C’est une langue. Nous nous mettons à ses saccades, elle se jappe, elle se claudique, elle a ses froissements, ses frottements ses freins. Nous aussi nous aimerons la musique. J’entrai dans une adoptation méthodique. La peau du mongolien, grenue gauche gênée, je l’enfile je passe sur mon âme tout le costume.«
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Ainsi que, aux pages 113-114 :
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« D’un jour à l’autre je fis conversion, et j’adoptai la fameuse ligne du mongolien celle que je n’avais pas remarquée tout de suite, le signe de reconnaissance caché dans la paume de la main. À l’âge de vingt-deux ans _ Hélène est née le 5 juin 1937 _ je venais de découvrir _ ce 1er mai 1959, à la maternité de Sainte-Foy-la-Grande _ l’autre monde du monde, et d’un seul coup. Personne ne nous avait avertis. Ma mère non plus la sage-femme allemande à Alger personne ne lui avait parlé des autres êtres humains quand même jusqu’alors nous, la famille _ des Jonas ainsi que des Cixous _, nous avions su que les autres êtres humains quand même c’étaient les Juifs c’est-à-dire nous, c’était nous notre famille _ des Jonas d’Osnabrück… _ qui d’une part se repliait et se multipliait pour résister à sa propre étrangeté, c’était notre propre maison _ de Nicolaiort 2, à Osnabrück _ assiégée qui finissait par craquer et céder et du jour au lendemain, ma mère _ en 1929 _ abandonnait la direction _ d’abord envisagée _ de Berlin et tournant le dos au nord allait en sens inverse, suivant l’indication de l’infinie impuissance qui contient lorsqu’on la retourne en sens contraire une infinie puissance. C’est ainsi qu’elle arrivait au Sud _ en passant par Paris, à Oran _ et aussi loin du centre et de l’origine qu’elle avait pu l’effectuer, tandis que par ailleurs les autres membres de la famille autre s’en allaient aussi au plus loin de la Ville la plus Ville _ Osnabrück, la ville de la paix… _ jusqu’aux portes les plus périphériques de la planète _ Johannesburg, le Paraguay, le Chili, l’Australie, etc.
Or à notre grande surprise voilà que nous étions débordés sur notre flanc par un peuple dont nous avions tout ignoré, et peut-être qui sait un peuple encore plus ancien et plus anciennement banni et nié que le nôtre mais qui n’avait pas alors d’historien. J’étais troublée, je sentis ma faiblesse philosophique, j’entrai dans des incertitudes concernant surtout les définitions les limites les frontières les barrières les espèces les genres les classifications, d’un côté n’étais-je pas née mongolienne ayant donné naissance à un mongolien, et donc née de sa naissance, mais d’un autre côté pensai-je la nature n’étant pas finie et définie mais non fermée, percée de trous par hasard tout ne pourrait-il pas nous arriver et nous être, dieu, un animal, ou l’immortalité, en passant par un de ces trous inconnus ?«…
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Un opus magnifique, assurément.
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Bien sûr, en tant qu’auteure-autrice (et aussi, et peut-être et surtout d’abord, réceptrice !) de ses livres, Hélène Cixous focalise le récit que son Livre _ car c’est à la fin des fins lui, le Livre, qui, chaque fois, vient ultimement décider _ lui dicte, en les échanges qu’elle, l’autrice, veut bien avoir avec lui, le Livre, en les méditations suivies de ces séances d’écriture auxquelles elle choisit de se livrer, sur les éléments qu’elle accepte et choisit d’intégrer au récit de ce Livre, et en en excluant bien d’autres possibles jugés simplement ici et cette fois étrangers à la thématique majeure, et toujours questionnante pour elle, de ce Livre-ci _ une prochaine fois, peut-être…
Ses récits de vérité ne constituant jamais, non jamais, une autobiographie autorisée : ce qui va advenir en le Livre dépassant, et de loin _ et bienheureusement ! _, les aventures et mésaventures advenues et survenues à sa seule petite personne et son ego historique…
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Ainsi, pour ce qui concerne les raisons de la construction de cette maison (qui deviendra bientôt, mais un peu plus tard, sa maison d’écriture…) d’Arcachon, qui m’intéresse ici,
l’autrice ne dit ici _ je dis bien ici : en ce Livre-ci… Ailleurs, un autre livre, ou aussi une simple amicale conversation, pourrait s’y attacher, et cela sans la moindre censure sienne… C’est le Livre qui décide… _ pas un mot de son mari (depuis 1955 et jusque fin 1964, où ils divorceront) et père de l’enfant Stéphane, qu’elle choisit de prénommer ici, comme son propre père, Georges : Guy Berger, titulaire d’un CAPES de philosophie depuis juillet 1956, et nommé alors à Bordeaux, où Hélène va poursuivre ses études d’Anglais, jusqu’à l’Agrégation, qu’elle obtient en 1959 ;
non plus que de la succession des postes d’enseignante qu’elle, Hélène, a occupés ces années 1957 à 1962 : d’abord à Sainte-Foy-la-Grande _ où sont nés successivement sa (ou plutôt leur) fille Anne-Emmanuelle (dite ici Nana), le 27 juillet 1958 ; puis son (ou plutôt leur) fils Stéphane (dit ici Georges), le 1er mai 1959 _, jusqu’en juin 1959 ; puis à Arcachon _ et à ce jour, j’ignore le lieu (serait-ce à Arcachon ? peut-être pas encore…) où est né Pierre-François (dit ici Pif) Berger, le 22 septembre 1961 ; cependant, la date évoquée dans le récit rédigé demeure étrangement flottante, dans le récit qu’en fait l’autrice, page 69 : « D’ailleurs, lorque l’enfant Georges _ Stéphane _ était déjà décédé et enterré dans le Cimetière juif de Saint-Eugène, mon fils continuait à m’être vivant tout le temps que la nouvelle de l’événement ne m’était pas encore parvenue, ce qui se produisit juste avant la naissance de son frère _ le petit Pierre-François _, mon fils vivant _ à cette date du 1er mai 1999, quand Pierre-François vient chez sa mère rechercher (probablement pour les papiers nécessaires à son prochain mariage) leur vieux livret de famille, en partie démembré, « déchiqueté » même, dit-elle… « Il y a quinze jours », dit ma mère, en arrivant _ d’Alger, ce mois de septembre 1961 _ juste à temps _ Ève n’est-elle pas sage-femme ? _ pour le suivant _ la naissance de Pierre-François, dans le courant du mois de septembre 1961 : le 22, si l’on veut être précis. Il y a une quinzaine de jours, dix ou quatorze, qu’importe, on est à la croisée, déjà mort toujours vivant toujours un peu moins mort que mort, mais sur le livret de famille terme conseillé : décédé. Tout de suite après la nouvelle _ du décès, à Alger, de Stéphane _, mon fils le suivant _ Pierre-François _ entre _ en inscription réglementaire officielle de naissance _ dans le petit livre déchiqueté _ le livret de famille. Mais même alors. Jusqu’à ce matin je n’ai jamais lu le livre. Je n’avais jamais lu le livre. Je n’avais jamais lu la nouvelle. Il n’y avait pas de date« … _, jusqu’en juin 1962 ; et enfin à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Bordeaux, où elle vient d’obtenir un poste de Maître-Assistant…
_ la plupart de ces données biographiques-ci sont issues du volume intitulé « Hélène Cixous, Photos de Racines« , paru aux Éditions des Femmes au mois de juin 1994, sous les signatures conjointes de Mireille Calle-Gruber et Hélène Cixous ; et plus précisément, issues des pages 209 et 210 de la partie finale de l’ouvrage, intitulée « Lexique« , et rédigée par Mireille Calle-Gruber.
En ouverture, page 179, à l’intéressante partie précédente (des pages 177 à 207), intitulée, elle, « Albums et Légendes« , comportant 36 très précieuses photographies, et légendées, de la famille d’Hélène Cixous,
peut cependant se lire cette sévère phrase d’avertissement : « Toutes les biographies comme toutes les autobiographies comme tous les récits racontent une histoire à la place d’une autre histoire« .
À bon entendeur, salut !
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Car ce sont les secrets de vérité les mieux enfouis et plus récalcitrants à elle-même
qui constituent le fond essentiel visé à retrouver _ en son actif et réceptif « rêvoir« … _ de la recherche enchantée éperdue, opus après opus, livre après livre, de l’inlassable infini _ « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , disait notre cher Montaigne _ chantier poétique à poursuivre et prolonger, toujours reprendre-préciser-approfondir, du très fécond Rêvoir _ de ce qu’offrent à re-visiter, toujours un peu plus à fond, de vivantes et mortelles vies chéries interrompues seulement physiquement ; mais les conversations avec de tels vivants bien que partis peuvent toujours se poursuivre et enrichir, grâce aux actualisations-révisions de l’infiniment précieux rêvoir… _ d’Hélène Cixous
Et cela, sur un fond général de drame historique à dimension foncière toujours d’universel. À complet contresens, donc, du moindre misérable ridiculissime narcissisme autocentré…
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Les références-modèles d’Hélène en les conversations avec les éminents fantômes choisis de ses Livres, étant rien moins que ce que nous ont laissé en précieux héritage les chers et chéris Livres de conversations avec fantômes plus que vivants et essentiels d’Homère, Platon, Virgile, Dante, Montaigne, Shakespeare, Poe, Freud, Proust ou Kafka _ et désormais Derrida aussi _ : il me faudra, forcément y revenir.
…
À la lumineuse manière, tout spécialement, bien sûr, des conversations enchantées en sa tour (cf le minutieux passage, magnifique, de la page 116 de « Ruines bien rangées« ) du cher Montaigne, à son écritoire, en sa librairie avec poutres infiniment conversantes _ une fois l’ami La Boétie disparu _ de sa magique tour, entre terre et ciel, de Montaigne _ sur une butte entre Dordogne et Lidoire _, avec sa large vue enthousiasmante sur le plus profond et léger à la fois intense bleu du ciel, par dessus le sanglant tragique déchaîné des intestines guerres de religions contemporaines _ l’Histoire subissant aussi ses très sinistres répétitions, avait averti le bien lucide Thucydide…
…
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Ce mardi 28 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa
