Étiquette : La Valse

  • Découverte d’un nouvel époustouflant CD du singulier et magnifique Linos Piano Trio : le CD « Stolen Music – Debussy – Ravel – Dukas – Schönberg » en d’enthousiasmants « arrangements »…

    C’est à la suite des deux articles, du 13 et du 14 juillet derniers,

    « « 

    et « « 

    que j’avais consacrés à ma découverte enchantée du splendide CD « Maurice Ravel – In search of Lost Dance« , le CD C Avi-music 855 3526 (enregistré à Baden-Baden au mois de septembre 2022) _ cf ici cette brève vidéo de présentation (de 1′ 52), qui donne déjà une bonne idée de la justesse et qualité de leur superbe engagement (et surtout parfaite intelligence du génie de Ravel !)…

    Cf aussi ces merveilleux podcasts des 4 mouvements (Modéré, Pantoum, Passacaille et Final) du Trio M. 67 de Ravel : 1, 2, 3 et 4… _,

    …

    que j’ai ardemment désiré en connaître bien davantage sur les performances musicales discographiques de cet éminemment singulier et remarquablement brillant Linos Piano Trio,

    constitué du pianiste Prach Boondiskulchok, du violoniste Konrad Elias-Trostmann et du violoncelliste Vladimir Waltham ;

    …

    et que, pour ce faire, j’ai aussitôt pris soin de commander, dare-dare, à mon disquaire préféré le CD C Avi-music 855 3035 « Stolen Music – Debussy – Ravel – Dukas – Schönberg » par ce même Linos Piano Trio (un CD enregistré à Munich au mois de janvier 2021) _ cf ici la très significative vidéo (de 5′ 58) de leur présentation de ce très original projet de « Stolen Music« , et si splendidement mené à bien… _,

    et qui vient de parvenir à destination _ pour cause de vacances du distributeur, je suppose… _ ce samedi 19 août.

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    Et me voici comblé en ma curiosité…

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    Quelle puissance et formidable clarté de jeu !

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    Quelle merveille d’inventivité et de justesse dans les adaptations, déjà, des œuvres (le « Prélude à l’après-midi d’un faune »  de Claude Debussy, « La Valse » de Ravel _ écoutez-la ici (12′ 44) _ ainsi que _ ici le podcast de 12′ 28 _ « L’Apprenti sorcier » de Paul Dukas _ l’« arrangement » de la « Verklärte Nacht«  Op. 4 d’Arnold Schönberg pour Trio avec Piano, n’est pas, quant à lui, une réalisation du Linos Piano Trio, mais l’œuvre d’Eduard Steuermann (Sambor, 1892 – New-York, 1964), grand ami de Schönberg (Vienne, 1874 – Los Angeles, 1951) ; ce qui le démarque, et un peu trop à mon goût, des « arrangements » bien plus audacieux et enthousiasmants réalisés et donnés ici par le Linos Piano Trio… _) !

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    Quelle jouissance, renouvelée, d’écoute, de l’interprétation si remarquablement dynamique et juste de ces trois épatantissimes musiciens !..

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    Et déjà,

    je trouve un peu étonnant de ne pas avoir pu dénicher un seul article de recension de ce singulier et si brillamment réussi CD dans les diverses revues discographiques de langue française…

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    Ce CD de « Stolen Music » ne serait-il donc pas parvenu jusqu’à leurs augustes oreilles ?..

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    Ce samedi 19 août 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les « faramineux Ravel » d’Eduard Van Beinum : un sommet de l’indispensable coffret des « Complete Recordings on Decca & Philips » que, pour notre enchantement, Decca republie ce mois de janvier 2023

    Deux articles de l’excellent Jean-Charles Hoffelé,

    « Le Mage d’Amsterdam« , en date du 15 janvier dernier _ pour la sortie, alors, du déjà magique album « Franck – Ravel : Orchestral Works » Decca Eloquence 482 5491 : je le possède aussi… _,

    et « Valse mortelle« , en date du 29 juillet 2018 _ pour la présente sortie du somptueux coffret de 44 CDs « Eduard Van Beinum Complete Recordings on Decca & Philips » Decca 485 1387, que je me suis emprssé d’acquérir au plus vite… Pour mon immense joie… _,

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    viendraient, tous deux, si besoin, bien sûr, en était, confirmer mon absolu enthousiasme musical pour ces publications, en 2018 et maintenant en 2023, de ces transcendantes réalisations discographiques du chef Eduard Van Beinum (Arnhem, 3 septembre 1900 – Amsterdam, 13 avril 1959) pour les labels Decca et Philips…

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    Et tout spécialement pour ces (= ses) Ravel,

    la « Rapsodie espagnole« , « La Valse« , et, au-dessus de tout, pour moi, le plus vertigineux « Boléro » :

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    écoutez ici ces podcasts !..

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    Voici donc ces deux excellents articles de Jean-Charles Hoffelé :

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    LE MAGE D’AMSTERDAM

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    Premier instrument, la contrebasse. Ce n’est pas si commun. Ajoutez dans l’arbre généalogique pour seule figure tutélaire côté musique un grand père chef d’harmonie militaire. Heureusement, Eduard van Beinum avait un frère, Co, violoniste de talent, il l’accompagnera, se mettant au piano, alors que le plus clair du temps il empoignait sa contrebasse, musicien du rang dans l’orchestre d’Arnhem : d’autres horizons s’ouvrent.

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    Mais enfin, une vie avec sa contrebasse risquait de manquer de sel, et au Conservatoire d’Amsterdam Eduard deviendra vite celui qu’on ira chercher pour conduire les concerts de l’orchestre des étudiants : battue claire, geste minimal _ oui _, mais cet œil déjà, qui infuse dans la mathématique des partitions des tendresses, des élans, une poésie _ voilà ! _ ; il sera chef d’orchestre, et, dès les quatre saisons de son magister à la tête de l’orchestre d’Haarlem, imposera un répertoire allant de Bach à Debussy.

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    Mengelberg
    remarque son métier très sûr, s’enquiert de sa modestie _ essentielle : face à la musique… _, il lui faut un second, mais efficace, et puis une jeunesse qui ne pense pas à s’imposer. Il l’invite pour un concert avec son Concertgebouw en 1929. Le fluide passe entre cette baguette suggestive et l’orchestre ; Mengelberg, étonné, en fera deux ans plus tard son second, puis en 1938, le comité de l’orchestre préconise que la direction musicale soit partagée avec le jeune homme. La guerre et l’Occupation feront le reste, Mengelberg se perdant dans une collaboration passive qui lui vaudra de devenir un exilé de l’intérieur la Libération venue. Les musiciens du Concertgebouw savaient-ils qu’avec Van Beinum ils changeaient de siècle ?

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    Mieux, ils le voulurent, et de toute façon, le seul réel rival de leur poulain, Paul van Kempen, était lui aussi entaché de brun. Le style nouveau – balance parfaite, clarté des lignes, archets réglés, tempos stricts mais mesure libre _ et tout cela est bien sûr capital ! _ – qu’il avait infusé puis imposé face aux gestes démiurgiques de Mengelberg – va permettre au « son Concertgebouw » d’atteindre à ce rayonnement hédoniste que l’expressionisme du geste autocratique de Mengelberg avait relégué au second plan.

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    Le violoniste Bronislaw Huberman, à droite, en échange avec Eduard van Beinum à sa gauche – Photo : © Nationaal Archief

     

     

     

     

     

     

    Van Beinum instrumentiste d’abord, savait les beautés capiteuses venues d’un autre âge qui déjà avaient fait la réputation de l’orchestre au temps de son fondateur Willem Kes. En quelques saisons il impose son style, élégant et troublant à la fois _ les deux : à la française, en quelque sorte… _ , où la rigueur de ses lectures qui veulent faire oublier les scories du postromantisme, passent inaperçues sous le foisonnement des timbres, la poétique des phrasés _ oui.

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    Le disque s’en mêla assez tôt, Siemens lui demandant dès 1943 quelques gravures (Variations Mozart de Max Reger, Variations symphoniques de Franck avec Géza Anda) qui furent publiées par Deutsche Grammophon, mais ce sera dans cette frontière encore imprécise où se côtoyaient les ultimes pressages 78 tours et le microsillon que le nouveau style du duo Van Beinum–Concertgebouws’imposera. Decca leur fera signer un contrat, dotant les enregistrements de son nouveau système de captation, le « Full Frequency Range Recording » qui captura pour partie les soies et les velours de ce qui était alors le plus bel orchestre d’Europe.

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    Une grande session d’enregistrements en janvier 1946 devait ajouter au contrat une close supplémentaire. Après que Van Beinum eut enthousiasmé le public du Royal Albert Hall, remplaçant au pied levé Albert Coates à la tête du London Philharmonic, John Culshaw insista pour qu’ensemble ils gravent la Troisième Symphonie de Brahms, amorce de l’autre part de la discographie du chef neérlandais, bien plus rarement rééditée jusqu’à nos jours. À Londres, le discours de Van Beinum sera toujours plus serré, plus fusant, comme si l’absence des beautés hédonistes de la phalange néerlandaise ardait son style.

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    Philips succédera à Decca, captant enfin la magie sonore d’une formation dont l’acoustique d’un Concertgebouw vide avait toujours dérouté les preneurs de son du label britannique. Toute sa discographie officielle, y compris les nombreuses redites entre Londres et Amsterdam, entre le 78 tours, la monophonie et la stéréophonie, est enfin réunie _ voilà ! _ dans cette grande boîte magnifiquement ouvragée, deux textes éclairant l’art du chef, une iconographie abondante, la reproduction des attrayantes (et si inventives) pochettes d’origine, pour mieux accompagner l’auditeur dans ce voyage magique _ oui, oui…

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    Classiques parfaits, Bruckner ténébreux (il abordera Mahler avec plus de parcimonie, voir de distance), Schubert et Brahms plus tendres qu’épiques, Debussy et Ravel de pure magie _ absolument ! _, Sibelius fascinant, mais par où commencer vraiment ? Par les sortilèges de sa Shéhérazade, gravure oubliée, où se révèle tout l’art de ce conteur d’orchestre.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Eduard van Beinum
    Complete Recordings on Decca and Philips

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    Œuvres de Johann Sebastian Bach, Georg Friedrich Haendel, Johann Christian Bach, Johannes Brahms, Wolfgang Amadeus Mozart, Gustav Mahler, Anton Bruckner, Jean Sibelius, Igor Stravinsky, Franz Schubert, Max Reger, Hector Berlioz, Claude Debussy, Maurice Ravel, Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven, Felix Mendelssohn-Bartholdy, Nikolai Rimski-Korsakov, César Franck, etc.

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    London Philharmonic Orchestra
    Concertgebouw Orchestra
    Eduard van Beinum, direction

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    Un coffret de 44 CD du label Decca 4851387

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    Photo à la une : le chef d’orchestre Eduard van Beinum, à l’aéroport de Schiphol – Photo : © DR…

     

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    Et celui de 2018 :

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    VALSE MORTELLE

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    Il y a un tropisme français chez Eduard van Beinum _ on ne saurait mieux dire ! _ ses Debussy, ses Berlioz, ses Ravel dévoilent une poétique orchestrale _ voilà _ qui aura modifié la nature sonore du Concertgebouw telle qu’il l’avait héritée de Willem Mengelberg.

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    Ce mélange détonant d’élégance et de cruauté _ oui ! _ éclate dans une Valse vampirique, d’une suavité vénéneuse _ voilà ! _, étrange course à l’abîme _ bien sûr ! _ dont les envoûtements _ oui _ fascinent : cet orchestre si mobile, qui mord à la vitesse d’un aspic, sait être d’une seconde à l’autre sec puis voluptueux _ c’est cela ! _ ; c’est celui de Ravel-même _ absolument !!! _ , ce qu’illustre au même degré de perfection _ oui _ une Rapsodie espagnole moite, inquiétante, pleine de rumeurs et d’ombres dont les gitaneries n’auront jamais été aussi cante jondo. Mais le Boléro lui-même _ nous y voici ! _ , somptueusement étouffant _ parfaitement ! _, participe de la même _ fascinante et éblouissante tout à la fois _ saturation de l’espace.

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    Ce triplé Ravel est faramineux _ c’est le mot !!! _, après lui (ou avant dans l’ordre du disque), les Franck distillent une toute autre lumière. Psyché rêvé, très tendrement composé dans les soieries d’un orchestre décidément faramineux, est cent coudées au-dessus de ce que tous les orchestre français pouvaient alors y faire, et les Variations symphoniques, où le jeune Géza Anda dissipe le brouillard en phrasant tout, sont un modèle de style prenant le contrepied de l’estampe incarnée par Walter Gieseking et Landon Ronald, autre version majeure du 78 tours. Mais c’est à ce Ravel parfaitement délétère que vous irez d’abord _ en effet ! Et en boucle…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Maurice Ravel (1875-1937)

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    Rapsodie espagnole, M. 54
    La Valse, M. 72
    Boléro, M. 81

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    César Franck (1822-1890)

    …
    Psyché, FWV 47
    Variations symphoniques pour piano et orchestre, FWV 46

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    Géza Anda, piano
    Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam
    Eduard van Beinum, direction

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    Un album du label Decca 4825491 (Collection « Eloquence Australia »)
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    Photo à la une : © DR

     

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    Merci de ces fabuleuses rééditions d’un chef aussi juste…

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    Ce lundi 30 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter La Valse de Ravel dans l’interprétation purissime de Sakari Oramo est un régal de roi…

    Le CD « La Valse » de Maurice Ravel, du label Bis SACD 2438, est un régal de très grand choix,

    nonobstant la fine bouche faite par pas mal de critiques, probablemement désarçonnés par la marveilleuse finesse _ on ne peut plus ravélienne _ de l’interprétation délicatissime et nette, dénuée d’esbroufe, de Sakari Oramo, à la tête du très sensible Royal Stockholm Philharmonic Orchestra.

    …

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    Et je dois ajouter encore les parfaites précisions et parfaits commentaires sur les adaptations par Ravel lui-même des autres œuvres de ce CD _ « Le Tombeau de Couperin« , « Alborada del gracioso« , « Une barque sur l’océan« , « Pavane pour une infante défunte » et « Menuet antique« , orchestrées par Ravel respectivement en 1919, 1918, 1906, 1910 et 1929 _, initialement conçues, à la différence de « La Valse« , pour le piano seul, par l’excellent livrettiste de ce CD Bis, Jean-Pascal Vachon _ ainsi que François Monnard…

    …

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    Alors que ce CD Bis « La Valse » n’a guère été distribué par les disquaires _ pour des raisons que j’ignore ! et me dépassent : il m’a fallu expressément le commander… _,

    c’est la très fine oreille de Jean-Charles Hoffelé qui m’a incité à m’y intéresser,

    en un très juste article _ en date du 19 mars dernier, déjà… _ très justement intitulé « Lumière« …

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    …

    LUMIÈRE

    Le Prélude du Tombeau de Couperin fuse de pupitres en pupitres, le geste de Sakari Oramo, élégant, léger, modelant les timbres jusqu’au trait de la harpe et au dernier trille qui s’évapore, teinte d’un tendre mystère _ voilà, avec douceur _ cette échappée belle.

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    Que de poésie dans cet orchestre, quelle lumière _ oui _ un peu fauréenne, captés avec un art invisible par l’équipe de Take 5, au point qu’on a le sentiment d’être devant les musiciens sans aucun filtre, quelle fête _ oui ! _ pour Ravel, pour son imaginaire si subtil _ oui _ que la plume de Kenneth Hesketh, orchestrant la Fugue et la Toccata, laissées de côté par le compositeur passant du piano à l’orchestre, ne trahit pas. L’enchaînement avec la Forlane est évident, et pour la Toccata l’incroyable mobilité de cette plume rappelle qu’Hesketh fut l’élève de Dutilleux, cela s’entend, ne fait pas hiatus, et donne envie d’en savoir plus sur ses propres œuvres.

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    Tout le disque est à chérir _ absolument ! _, Pavane émouvante à force de pudeur, Barque emplie de sortilèges (c’est l’une des plus belles réussites d’orchestre de Ravel, l’entendre aussi pleinement comprise est rare), Menuet antique stylisé, seule l’Alborada manque un peu de pointe sèche. Mais La Valse extralucide, dont chaque rumeur, chaque coup de griffe, chaque feulement s’entendent, est simplement inouïe dans son éclairage de nuit américaine.

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    Disque qui frôle le génie _ c’est dit ! _, j’espère que Sakari Oramo et son orchestre de Stockholm (qu’il vient de quitter), auront gravé les autres œuvres d’orchestre, à commencer par _ cet absolu sommet ravélien qu’est _  Daphnis et Chloé, je l’entends déjà, aérien et coupant, net et évocateur, inondé de cette même lumière _  et tout est dit ici…

    ..;

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Maurice Ravel (1875-1937)

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    Le Tombeau de Couperin, M. 68a (Fugue et Toccata, orch. Kenneth Hesketh)
    Alborada del gracioso,
    M. 43/4

    Une barque sur l’océan,
    M. 43/3

    Pavane pour une infante défunte, M. 19 (version orchestrale)
    Menuet antique, M. 7 (version orchestrale)
    La Valse, M. 72

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    Royal Stockholm Philharmonic Orchestra
    Sakari Oramo, direction

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    Un album du label BIS Records 2438
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    Photo à la une : le chef d’orchestre Sakari Oramo – Photo : © Benjamin Ealovega

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    Un CD SACD indispensable pour écouter le plus pur de Ravel !

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    Ce samedi 18 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • Musiques de joie : la formidable jubilation musicale de la frénésie retenue, contenue, de La Valse de Ravel ; par Jean Martinon, par Martha Argerich et Nelson Freire, et par Beatrice Rana

    Il y a quelque chose d’une frénésie rageuse mais retenue, contenue,

    dans La Valse de Ravel,

    composée dans la solitude montagneuse de Lapras, près de Lamastre, en Ardèche,
    entre le tout début de décembre 1919 et le 15 avril 1920
    _ 50 pages de musique en quatre mois et demi de travail acharné : Ravel est un perfectionniste.
    …
    …
    A Lapras, dans les Cévennes,
    en la résidence secondaire de son ami André-Ferdinand Hérold,
    où Ravel s’était réfugié, pour pouvoir travailler vraiment au calme dans une solitude absolue _ sans voir personne _,
    au sortir de la Grande Guerre,
    et marqué, aussi _ à jamais _, par la perte de sa mère, le 5 janvier 1917.
    …
    …
    Car ce n’est qu’un peu plus tard, en janvier 1921, que Maurice Ravel achètera sa petite maison de Montfort-L’Amaury, Le Belvédère :
    …
    « C’est à son amie Georgette Marnold, fille de son ami critique musical Jean Marnold, que revient le mérite d’avoir trouvé le Belvédère en décembre 1920. Le 25 mars 1920, le musicien lui avait confié _ la lettre se trouve aux pages 688-689 de l’indispensable Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel réunie très efficacement par Manuel Cornejo _ la mission de lui trouver une maison en ces termes :
    …
    Je me suis si bien fait à la solitude – un peu mortelle, c’est vrai : mais ça ne me gêne pas – que je vais vous prier de vous enquérir d’une bicoque à 30 km au moins de Paris. Vous avez le temps : je ne compte pas rentrer avant fin avril. […] Je pense quelquefois à un admirable couvent, en Espagne. Mais, sans la foi, ce serait complètement idiot. Et le moyen d’y composer des valses viennoises et autres fox-trotts »…
    …
    …
    Ravel n’avait plus rien pu composer depuis son Trio,
    à Saint-Jean-de-Luz, rue Sopite, l’été 1914.
    …
    …
    La Valse _ pour orchestre _ est une commande chorégraphique,
    à partir d’un projet déjà ancien, 
    dont Ravel réalisera d’abord _ par commodité pratique de composition _ une version pour piano seul ;
    ainsi, ensuite, qu’une transcription _ afin d’y inscrire durablement et conserver, pour le piano aussi, quelque chose de proprement orchestral : on sait le génie ravelien de l’orchestration... _ pour piano à quatre mains.
    …
    …
    L’œuvre, avant de prendre ce titre
    _ assez archétypique : « une espèce d’apothéose de la valse viennoise
    à laquelle se mêle dans mon esprit l’impression d’un tourbillon fantastique et fatal » :
    le moindre mot, comme toujours chez Ravel, est capital ! Qu’on y médite !.. _
    de La Valse,
    fut d’abord, dans la tête de Ravel, intitulée Wien.
    …
    …
    Et de fait, ce fut bien à Vienne, en Autriche,
    que fut interprétée pour la première fois, et avec grand succès, la version pour piano à quatre mains de La Valse,
    par Maurice Ravel et son ami Alfredo Casella, le 23 octobre 1920 ;
    et cela pour la plus grande joie du compositeur…
    …
    …
    Quant à l’œuvre symphonique chorégraphique
    _ commandée dans l’optique d’un ballet (destiné au départ à Serge Diaghilev ; et qui n’en voulut hélas pas, au final : Ravel et lui se fâchant alors définitivement !..) ; 
    et l’œuvre fut dédicacée, in fine, à l’amie Misia Sert _,
    sa première a eu lieu à la salle Gaveau, à Paris, le 12 décembre 1920,
    par l’Orchestre Lamoureux.
    …
    …
     En tête de la partition Ravel a écrit le descriptif _ très explicitement onirique _ suivant :
    …
    « Des nuées tourbillonnantes laissent entrevoir, par éclaircies, des couples de valseurs. Elles se dissipent peu à peu : on distingue une immense salle peuplée d’une foule tournoyante. La scène s’éclaire progressivement. La lumière des lustres éclate au ff. Une Cour impériale, vers 1855. »
    …
    Soit une démarche _ à la fois fantastique et ombrée de nostalgie _ qui semble anticiper de quelques années le chef d’œuvre d’exil _ au Brésil, très loin de Vienne _ du pur viennois, lui, qu’était Stefan Zweig,
    le merveilleux et essentiel Le Monde d’hier _ Souvenirs d’un Européen…
    Et on remarquera que le tapuscrit du Monde d’hier fut expédié par Zweig à son éditeur le 21 février 1942,
    soit la veille même des suicides conjoints de Stefan Zweig et son épouse, à Petropolis, au Brésil, le 22 février 1942.
    Soit un legs en quelque sorte testamentaire de la part du viennois. 
    …
    …
    Pour cette rayonnante Valse orchestrale-ci de Maurice Ravel,
    j’ai choisi l’interprétation _ magistrale de frénésie contenue, suprêmement élégante en la sensualité si charnelle de ses frémissements presque jusqu’à la fin retenus… ;
    la personnalité complexe (et résolument tenue secrète) de Maurice Ravel, tant l’homme que le compositeur, demeure mystérieuse ;
    et c’est seulement en sa musique qu’elle se laisse, encore discrètement, entrevoir… _
    de Jean Martinon
    à la tête du Chicago Symphony Orchestra,
    enregistrée à Chicago, par Decca, le 16 mai 1967
    _ soit le CD n° 10 du coffret RCA 88843062752.
    …
    L’écouter ici avec ce bienvenu podcast de youtube.
    …
    C’est une merveille absolue de sensualité.
    …
    Quelle intelligence de chef
    si intensément ravelien !
    …
    …
    Pour la version pour piano à 4 mains de La Valse,
    j’ai déniché cette vidéo d’une interprétation brillante, forcément, de Martha Argerich et Nelson Freire en octobre 2003 à Tokyo ;
    et cette autre, par les mêmes, et plus merveilleuse encore, prise vingt et un ans plus tôt, à Munich, en 1982.
    …
    …
    Et pour la version pour piano seul,
    j’aime beaucoup l’interprétation de Beatrice Rana en son récent CD Warner Classics 0190295411091, en 2019 ;
    ainsi que cette vidéo prise le 3 juin 2019.
    …
    …
    On comprend ainsi assez bien ce qui a pu conduire, ensuite, Ravel à composer, en 1928,
    et sur commande de la danseuse Ida Rubinstein,
    en un assez similaire projet chorégraphique,
    son encore plus vertigineux Bolero.
    …
    …
    Je remarque ainsi, au passage, le lien très profond qui unit Maurice Ravel
    au plus consubstantiel, probablement, du génie de l’esprit français,
    …
    je veux dire la tendresse la plus sensuelle inscrite en la légèreté la plus aérienne de l’envol,
    parfois jusqu’au vertige, mais le plus souvent, sinon toujours contenu, du moins retenu, élégant, jamais sauvage,
    de la danse
    _ et je pense ici, aussi, au très lucide Degas, danse, dessein du magnifiquement subtil, et très sensuel, lui aussi, Paul Valéry, publié en 1936 :
    la France (les Suites pour clavecin de Louis Couperin, Rameau, Degas, Ravel, Valéry) est d’abord une civilisation… _ :
    …
    le lien très consubstantiel de cette musique française à la danse…
    …
    …
    Et Ravel, comme Rameau, et comme Louis Couperin,
    fait très profondément corps musicalement à ce génie français de la joie de la danse.
    …
    …
    En leur si parfaite élégance sensuelle, ces trois Valses-ci de Maurice Ravel
    sont superbement, et « à la française », jubilatoires…
    …
    …
    Ce mardi 28 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa