Étiquette : label Supraphon

  • La tendresse désespérée, d’une douceur de miel à fondre, du jeune ténor tchèque Petr Nekoranec, dans l’admirable chef d’oeuvre de Leoš Janáček « Journal d’un disparu » en une magnifique version orchestrée et dirigée par Arthur Lavandier, pour le label polonais Dux…

    La tendresse désespérée, d’une douceur de miel – à fondre sur le champ de pure jouissance ! – , du magnifique ténor tchèque Petr Nekoranec – né à Nové Dvory Polna le 25 mars 1992 – , dans l’admirable chef d’œuvre de Leoš Janáček – Hukvaldy, 3 juillet 1854 – Ostrava, 12 août 1928 – « Journal d’un disparu » – « Zápisník zmizelého » en tchèque : une œuvre composée en 1917-1919 et créée à Brno le 18 avril 1921 – , en une bouleversante version orchestrée ainsi que dirigée ici par Arthur Lavandier – né à Clamart le 1er mai 1987 – , pour le label polonais Dux – le CD Dux 2208 : avec le Poznan Philharmonic Orchestra placé sous la superbe direction de Lukasz Borowicz, avec Monika Jägerova, alto ; enregistré Live à Poznan le 10 octobre 2025   – ,

    tel est le prodigieux CD qui nous fait extraordinairement fondre d’une très rare sublimissime émotion…

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    C’est l’article « Disparition » de Jean-Charles Hoffelé qui le 7 août dernier m’avait mis la puce à l’oreille sur l’excellence de ce disque, que j’avais donc pris soin de commander à mon disquaire préféré :

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    DISPARITION

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    Ajouter un orchestre, même aussi discret et aidant – en effet – que celui proposé par Arthur Lavandier, n’est-ce pas risquer un contre-sens ? Janáček avait voulu son Journal d’un disparu resserré à si peu – oui – : le protagoniste, une tzigane, un chœur de femmes à l’emploi minimaliste, un piano – et c’est tout.

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    Arthur Lavandier, compositeur qui aime mettre sa plume dans celle des autres – ses arrangements pour Le Balcon ont prouvé – oui – sa maîtrise – se garde bien – en effet – de phagocyter la trame minimaliste voulu par Janáček : son orchestre pastellise sans affadir, ouvre un peu plus les focales des sentiments et des paysages, le tout sans un faux pli – voilà – : il n’oblitère pas l’original – que Petr Nekoranec a enregistré pour Supraphon, disque toujours pas parvenu jusqu’ici – , ne le commente pas non plus, ne cherche pas à « sonner Janáček », proposition stylisée qui augmente simplement les mystères – voilà – de l’œuvre.

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    Łukasz Borowicz a eu raison d’enregistrer cette belle réalisation où la partie de piano demeure intacte, Tomasz Sośniak – le pianiste ici – en fait plus qu’un commentateur, un personnage supplémentaire. Elle a pour lui – cette réalisation-ci – le Disparu – exceptionnel ! – du moment : le jeune ténor tchèque – Petr Nekoranec – , de sa voix si longue, rappelle la veine schubertienne d’Ernst Haefliger plus que les débits plus rudes de ses prédécesseurs nationaux. Décidément Petr Nekoranec sait bouleverser – oui !!! – , et la Zefka tour à tour tentatrice ou énigmatique de Monika Jägerová fascine – voilà.

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    Dommage, on aurait pu avoir – en effet – sur le même CD et par les mêmes la version originale, j’attends donc avec intérêt – et moi aussi… – l’enregistrement de Supraphon.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Leoš Janáček (1854-1928)

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    Le Journal d’un disparu,
    JW V/12 (orchestration Arthur Lavandier)

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    Petr Nekoranec, ténor
    Monika Jägerová, contralto
    Tomasz Sośniak, piano
    Poznań Chamber Choir
    [Bartosz Michałowski, chef de chœur]
    Poznań Philharmonic Orchestra
    Łukasz Borowicz, direction

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    Un album du label DUX Records 2208
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    Photo à la une : le ténor Petr Nekoranec – Photo : © DR

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    Jusqu’ici, j’avais fait l’éloge, en mon article « Ecouter le tendre ténor slovaque Pavol Breslik dans les Mélodies moraves du râpeux et sublime Leos Janacek » en date du 10 mars 2020, de l’interprétation du brillant ténor slovaque Pavol Breslik – né à Kysucké Nové Mesto le 9 mars 1979 – en le CD Orfeo C981201 – enregistré à Vienne du 7 au 11 mai 2019 – ,

    mais Petr Nekoranec sans conteste ici le surpasse en magie de miel !!!

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    Admirez-donc ceci…

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    Et j’espère pouvoir prochainement me procurer aussi l’interprétation de ce même magique Petr Nekoranec dans un enregistrement, pour Supraphon cette fois, de cette même œuvre « Zapisnik zmizelého » – JW V/12 – de Leoš Janáček,

    mais avec l’accompagnement – original – de piano,  avec l’excellent Ivo Kahánek – né à Frydek-Mistek le 23 mai 1979 – au piano, et cette fois la mezzo-soprano islandaise Arnheiður Eiríksdóttir  – née à Reykjavik le 9 août 1990 – :

    écoutez donc aussi ceci...

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    Un chef d’œuvre d’œuvre, mais aussi un chef d’œuvre d’interprétation !

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    Ce mercredi 22 septembre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Nouveau retour au passionnant CD « Martinů- String Quartets 2-3-5-7 » du Pavel Haas Quartet : à propos de la riche complexité si singulière et prenante de Bohuslav Martinů…

    C’est l’article paru hier 3 juin et intitulé « Cycle majeur » de Jean-Charles Hoffelé sur son site, qui m’amène à revenir me pencher sur le somptueux et très riche CD Supraphon 4368-2 « Martinů- String Quartets 2-3-5-7 » de l’admirable Pavel Haas Quartet,

    auquel j’ai déjà consacré 2 articles de mon blog :

    le 15 octobre 2925, l’article « L’admirable sérénité tragique, dénuée de pathos, du splendide Pavel Haas Quartet dans Martinu, dans le CD Supraphon « Martinu – String Quartets 2-3-5-7″…« , lors de ma découverte de ce CD d’un compositeur, Bohuslav Martinu (Polička, 8 décembre 1890 -Liestal, 28 août 1959), que j’ai très à cœur,

    et le 28 janvier 2026, l’article plus approfondi « La singularité irréfragable des Quatuors à cordes de Bohuslav Martinu, y compris appréhendée par ses formidables interprètes, au concert comme au disque, que sont les membres du somptueux Pavel Haas Quartet…« , à l’occasion d’un passionnant entretien très fouillé de Pierre-Jean-Tribot, pour Crescendo Magazine, avec Peter Jarůšek, le violoncelliste et membre fondateur du Pavel Haas Quartet, qui nous fait pénétrer dans les arcanes de leur longue fréquentation de ces œuvres complexes et si riches de Martinů…

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    CYCLE MAJEUR

    Hors de la Seconde École de Vienne, de ses suiveurs, et de l’œuvre au noir de Chostakovitch, trois autres séries majeures pour le quatuor à cordes – et j’y ajoute pour ma part les trois extraordinaires quatuors de Lucien Durosoir (1878 – 1955) ! – auront encadré le mitan du XXe siècle : les six Quatuors de Béla Bartók – hongrois – , les huit Quatuors d’Alexandre Tansman – polonais, toujours trop méconnus – , et les sept Quatuors de Bohuslav Martinů – tchèque...

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    En rien trois monolithes – en effet – , pour chacun des trois compositeurs, l’occasion de pénétrer dans leurs ateliers – voilà – et de scruter les abysses de leurs processus créatifs – ce qui moi aussi me passionne. Il manquait une nouvelle intégrale pour le cycle de Bohuslav Martinů, j’y espérais les Pavel Haas, les voici dans un premier volume – espérons-le du moins… – qu’ils ouvrent avec le 5e Quatuor, chef-d’œuvre de la série, composé au printemps 1938 en Tchécoslovaquie, période supposée heureuse : Martinů revenait d’assister à la création parisienne de Juliette. Las !, l’assombrissement du destin de l’Europe, et partant de son pays natal, donnèrent une tonalité tragique – voilà – au nouvel opus.

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    L’œuvre se détache par ses abrasions, ses dissonances, son ton résolument expressionniste de tout ce qu’il aura confié précédemment aux quatre archets, y compris l’évocation des idiomes populaires. Le motorisme du Vivo sonne acide, le Lento inquiet qui ouvre le Finale semble faire écho aux nocturnes si chers à Alexandre Tansman, l’ami – en effet – de Paris, la radicalité de l’œuvre s’exalte dans le jeu âpre – idoine – des Pavel Haas.

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    Quel contraste !, la lumière, le giocoso empli de traits populaires mêlés d’un peu de jazz et de fox-trot emportent le Troisième Quatuor, écrit à la toute fin du long séjour parisien (décembre 1929). Le Finale trépidant est irrésistible dans le jeu precipitato des quatre amis. Quatre ans plus tôt, le Moderato introductif du Deuxième Quatuor fait entendre du Debussy, du Ravel: Martinů y rend hommage à tout ce que la musique française lui apporta, et d’abord cette lumière, l’allégement d’une palette où les idiomes tchèques viennent fleurir un discours aussi joueur qu’irrévérencieux (un peu de moqueries beethovéniennes ici et là). Les Haas en savourent – oui, oui – les touches poivrées.

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    La guerre passée, Martinů épura son langage en le teintant de néo-classicisme, le Septième Quatuor n’échappe pas à cette simplification, mais les Haas s’emploient à embraser – oui – les ostinatos des mouvements vifs et délivrent dans l’Andante tout le lyrisme d’une des plus touchantes pages que nous aura laissée Bohuslav Martinů.

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    LE DISQUE DU JOUR

    Bohuslav Martinů
    (1890-1959)

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    Quatuor à cordes No. 2,
    H. 150
    Quatuor à cordes No. 5,
    H. 268
    Quatuor à cordes No. 3,
    H. 183
    Quatuor à cordes No. 7,
    H. 314 « Concerto da camera »

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    Pavel Haas Quartet

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    Un album du label Supraphon SU4368-2
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    Photo à la une : les musiciens du Pavel Haas Quartet –
    Photo : © Petra Hajska

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    Une œuvre d’une richesse somptueuse, à écouter avec beaucoup d’attention, donc…

    Ce à quoi nous aide l’interprétation incisive et au cordeau du décidément magnifique Pavel Haas Quartet !

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    En voici un trailer de 5′ 59…

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    Ce jeudi 4 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Encore, et toujours, et à nouveau, les Tchèques, compositeurs (Pavel Haas, Jan Novak) comme interprètes (le Quintette Alinde), en un enthousiasmant CD « Inscape – Haas- Shostakovich – Vasks – Novak », pour Supraphon…

    Oui,

    encore, et toujours, et à nouveau, les Tchèques, compositeurs (Pavel Haas, Jan Novak) comme interprètes (le Quintette Alinde), viennent musicalement avec chaleur nous enthousiasmer,

    aujourd’hui avec  le bien réjouissant CD Supraphon 4373-2 « Inscape – Haas – Shostakovich – Vasks – Novak » – enregistré à Kaiserslautern les 7 et 8 avril, puis 18 et 19 juin 2025…

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    Regardez et écoutez ici cette très brève vidéo-ci de 34″…

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    L’Alinde Quintet, pour vents – un beau nom schubertien – est constitué de

    Anna Talickova, flûte et piccolo ; Borbora Trncikova, hautbois et cor anglais ; David Simecek, clarinettes ; Petr Sedlak, basson ; et Krystof Koska, cor d’harmonie. 

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    Et les œuvres de ce très beau récital, varié, sont :

    le « Quintette à vent » Op. 10 (de 1929) de Pavel Haas (1899 – 1944) ;

    le « Quatuor à cordes » n°8 Op. 110 (de 1960), de Dmitri Shostakovich (1906 – 1975), transposé en Quintette pour vents par Mark A. Popkin ;

    le « Quintette à vent » n°2 – en mémoire d’une amie – (de 1982), de Peters Vasks (1946) ;

    et le « Concertino pour Quintette à vent » (de 1957) de Jan Novak (1921 – 1984)…

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    Le 13 février 2026, sur le site du Magazine Crescendo,

    Jean Lacroix a consacré à ce prenant CD un article de présentation intitulé « Des paysages intérieurs pour le premier album du Quintette Alinde« ,

    que voici :

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    Des paysages intérieurs pour le premier album du Quintette Alinde

    par ean Lacroix
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    Inscape.

    Pavel Haas (1899-1944) : Quintette à vent op. 10. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 8 en do mineur op. 110, arrangement pour quintette à vent par Mark A. Popkin. Pēteris Vasks (°1946) : Quintette à vent n° 2. Jan Novák (1921-1984) : Concertino pour quintette à vent.

    Quintette Alinde. 2025. Notice en anglais, en allemand et en tchèque. 58’ 52’’. Supraphon SU 4373-2

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    Depuis sa fondation en 2019, le Quintette Alinde est détenteur de plusieurs prix internationaux, dont celui de l’ARD Competition à Munich en 2024. Ses membres sont de jeunes instrumentistes tchèques qui ont étudié dans des institutions européennes et sont engagés dans plusieurs orchestres pragois. Il se compose d’Anna Talácková  (flûte, piccolo), Barbora Trnčíková (hautbois, cor anglais), David Šimeček (clarinette), Petr Sedlák (basson) et Kryštof Koska (cor d’harmonie). Après de multiples participations à des concerts et à des festivals internationaux, l’ensemble a décidé d’enregistrer son premier disque, en avril et juin 2025, dans un studio de la SWR de Kaiserslautern. Une note d’intention commune précise que le choix du programme, varié,  reflète la vie intérieure des compositeurs, mais se présente aussi comme un aperçu des sentiments personnels des interprètes, et une invitation au partage adressée aux mélomanes.

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    La vie de Pavel Haas, qui était Juif, s’est terminée tragiquement le 17 octobre 1944 au camp de concentration d’Auschwitz, où il avait été envoyé après trois ans de détention à Terezin. Originaire de Brno – en Moravie – , il avait travaillé avec Leoš Janáček – morave d’Ostrava – au début de la décennie 1920 et était devenu rapidement un des musiciens les plus actifs de la Moravie. Exigeant envers lui-même, Haas n’a laissé qu’un petit nombre d’œuvres avec numéro d’opus, bien que son talent se soit exercé dans plusieurs domaines. Son Quintette à vent op. 10 date de 1929. Avant de devenir un chef d’orchestre de renom, Vaclav Smetáček (1906-1986) en avait tenu la partie de hautbois en 1933 pour la radio tchèque, mais c’est à Vienne en 1935 qu’eut lieu la véritable première. Partition colorée en quatre mouvements, ce quintette, d’un durée d’un peu moins de quatorze minutes, est marqué par l’influence de Janáček, le néoclassicisme et l’introduction d’éléments populaires moraves. Des moments brillants alternent avec des passages mystérieux ou d’une saine vivacité, le Maestoso final faisant la part belle au cor.

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    Le Letton Pēteris Vasks, que Gidon Kremer a bien fait connaître par ses interprétations avec la Kremerata Baltica, a écrit en 1982 son Quintette à vent «  à la mémoire d’une amie », la bassoniste Jana Barinska, disparue tragiquement dans un incendie. Cette musique élégiaque de onze minutes, en forme d’épitaphe, combine un ancien chant funèbre letton  avec des passages virtuoses et des sections aléatoires. Le Concertino pour quintette à vent de Jan Novák en trois mouvements a été composé en 1957. Cette œuvre plaisante, d’une durée de treize minutes, est animée par des rythmes joyeux et dynamiques, dont des effets de jazz, que le musicien découvrit lors d’un séjour aux USA, où il rencontra Aaron Copland et Samuel Barber, mais aussi  Martinů en exil, qui l’influença. Novák, qui  n’était pas en phase avec la politique culturelle de son pays à laquelle il s’opposait, s’exila à son tour.

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    Le programme est complété par un arrangement pour quintette à vent du Quatuor n° 8 de Chostakovitch, composé en 1960 et dédié aux victimes du fascisme. Le travail de transcription a été effectué par Mark A. Popkin, dont la notice ne dit rien. Il s’agit probablement du bassoniste américain (1929-2011) qui fit partie du Clarion Wind Quintet. Lors d’un séjour à Dresde, Chostakovitch  fut impressionné par les destructions subies par la ville pendant la guerre, et aurait écrit son quatuor en trois jours du mois de juillet. C’est surtout une page autobiographique, dans laquelle le compositeur cite plusieurs de ses œuvres, notamment les première et huitième symphonies ; elle a connu plusieurs transcriptions, dont celle de Rudolph Barshaï pour orchestre à cordes. Celle qui est ici destinée à un quintette à vent est séduisante, avec son Largo  initial en demi-teinte, dans un dialogue instrumental subtil, ses deux Allegros caustiques et dynamiques, et ses deux derniers Largos, dont la douleur déchirante est peut-être mieux ressentie dans l’original destiné aux cordes.

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    Le Quintette Alinde livre ici une belle démonstration de son écoute mutuelle et du soin apporté aux diverses sonorités et au dosage des timbres. L’adoption d’un programme éclectique apporte une signature de qualité au premier album d’un ensemble qui devrait trouver aisément, dans son répertoire spécifique, d’autres musiques à valoriser.

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    Son : 9    Notice : 9    Répertoire : 10    Interprétation : 9

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    Jean Lacroix

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    Personnellement, j’apprécie pas mal les instruments à vents…

    Et j’aime la Bohème-Moravie…

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    Ce mardi 2 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La singularité irréfragable des Quatuors à cordes de Bohuslav Martinu, y compris appréhendée par ses formidables interprètes, au concert comme au disque, que sont les membres du somptueux Pavel Haas Quartet…

    Je vénère tout l’œuvre de Bohuslav Martinu (1890-1959), comme je porte au pinacle l’entière discographie du Pavel Haas Quartet…
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    Cependant, l’audition du CD Supraphon SU 4368-2 « Martinu – String Quartets 2 – 3 – 5 – 7 – Pavel Haas Quartet « – enregistré à Prague en avril et mai 2025 – que je me suis procuré dès sa récente parution, m’a, dois-je reconnaître, laissé assez étrangement circonspect…

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    Je ne parvenais décidément pas à vraiment entrer dedans, et pour des raisons sensibles qui complètement m’échappaient…
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    Jusqu’à avant- hier lundi 26 janvier ma lecture sur le site de Crescendo magazine de l’entretien intitulé « Peter Jarusek, Martinu avec le Quatuor Pavel Haas « , soit un passionnant et très instructif entretien de Pierre-Jean Tribot avec le violoncelliste Pavel Jarusek, membre fondateur du Pavel Haas Quartet,

    qui vient cerner au plus près la singularité renversante de ces 7 quatuors de Bohuslav Martinu, ainsi que l’extrême difficulté d’interprétation satisfaisante qu’ils présentent aux essais-efforts d’interprétation, tant au concert qu’au disque…

    Et ce que Peter Jarusek explicite…
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    Le voici donc in extenso :
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    Peter Jarůšek, Martinů avec le Quatuor Pavel Haas

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    Le 26 janvier 2026 par Pierre Jean Tribot

    Le Pavel Haas quartet est le récipiendaire d’un ICMA 2026 dans la catégorie “musique de chambre” pour un enregistrement des Quatuors n°2, n°3, n°5 et n°7 de Martinů pour Supraphon. Le jury note à propos de cet album “les musiciens réussissent magistralement à révéler les caractères très différents des Quatuors n°2, 3, 5 et 7. Les enregistrements capturent toute la gamme des émotions contenues dans les pièces, de la tension énergique à la mélancolie lyrique”. Peter Jarůšek, violoncelliste du Quatuor Pavel Haas nous donne des précisions sur cet album et sur l’interprétation des quatuors de Martinů.

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    Votre album comprend les quatuors n°2, n°3, n°5 et n°7 de Martinů. Je suppose que c’est la première étape vers un enregistrement complet ?

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    Ce n’est pas le cas ! – tiens donc !.. L’idée initiale de jouer l’intégrale des quatuors de Martinů est venue du directeur du Wigmore Hall, John Gilhooly. Il nous a demandé de jouer les sept quatuors de Martinů au Wigmore Hall. Cette idée est née avant la Covid. Puis certains concerts ont été annulés, et nous avons donc commencé il y a près de huit ans – déjà... L’étude et l’interprétation des quatuors de Martinů ont été très intenses, mais nous avons ensuite réalisé que sept quatuors représentaient vraiment un travail colossal. Ce sont des pièces extrêmement difficiles – voilà… – , nous avons donc décidé de n’en enregistrer que quatre – voilà ! Nous voulions présenter des quatuors très contrastés de Martinů, c’est pourquoi nous avons choisi d’enregistrer les numéros 2, 3, 5 et 7. Qui sait, peut-être compléterons-nous le cycle ou ses quatuors à l’avenir, mais ce n’est pas encore prévu, donc tout est possible. Ce fut une période très passionnante et très intense avec les œuvres – complexes, donc, et très diverses… – de Martinů. Comme je l’ai déjà dit, ces pièces, et celles de Martinů en général, sont extrêmement difficiles, tant sur le plan technique que musical, en particulier pour le jeu d’ensemble, et pas seulement pour la structure individuelle.

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    Que représentent ces quatuors pour vous dans le corpus de la musique tchèque ? Quelles sont leurs qualités musicales ?

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    Martinů possède en général un langage musical extrêmement riche – et complexe. Il combine le style néoclassique, la polyrythmie et la polyharmonie. Il expérimentait beaucoup, ce qui donne une structure très riche. Ses œuvres sont très souvent basées sur des formes pseudo-baroques. Il aimait le jazz, surtout dans les années 20, bien sûr, c’était très à la mode. Son rythme et son harmonie sont identifiables, je reconnaîtrai toujours Martinů quand j’entendrai l’une de ses pièces. Je ne peux pas dire qu’il soit très tchèque, même si dans ses dernières œuvres, il revient à une esthétique tchèque très mélodique plus proche du style de Dvořák, mais toujours avec ses harmonies et surtout son rythme vif et presque déraisonné – qui lui sont propres… Très souvent, le premier temps ne signifie rien. Le premier temps est très souvent le premier temps de la phrase. Mais dans sa musique, il faut juste reconnaître et vraiment analyser si la phrase peut commencer à partir du quatrième temps, ou si elle peut commencer après le deuxième temps. Comme si le deuxième temps était la fin de la phrase. C’est donc un peu comme des mesures, comme ces lignes, qui ne signifient fondamentalement rien. Mais quoi qu’il en soit, Martinů, encore une fois, même pour les Tchèques est un artiste si singulier – voilà le mot décidément clef. Janáček est également très différent – des autres compositeurs tchèques – et on ne peut comparer Janáček à personne d’autre – absolument ! Certains diront que Martinů a un peu de Prokofiev ou de Stravinsky, mais je ne dirais pas cela. Martinů est singulier – voilà, voilà ! – et c’est pourquoi, toutes ces années, nous avons joué et nous continuerons à jouer ses quatuors, qui sont des pièces vraiment passionnantes.

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    Vous avez joué ces quatuors à de nombreuses reprises en concert avant de les enregistrer. Est-il important pour vous de vous familiariser avec les partitions avant de les enregistrer ?

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    C’est la chose la plus importante, maintenant, si on compare avec d’autres genres musicaux, comme la musique pop. Les gens se retrouvent en studio, le producteur mixe les sons, puis on part en tournée. C’est le processus inverse, vous voyez, nous devons vraiment, et nous avons toujours voulu préparer l’enregistrement de nos albums. Nous avons besoin des concerts, nous avons besoin des périodes de répétition, puis, avant les sessions d’enregistrement, nous avons besoin d’au moins dix jours pour nous concentrer uniquement sur cette pièce. Donc, le processus avant l’enregistrement consiste à donner quelques concerts. Sans les concerts, vous ne pouvez pas gagner en intensité et en compréhension intime de la musique – les deux facteurs décisifs…

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    Malgré ses immenses qualités, ses nombreuses beautés et son incroyable variété de styles, l’œuvre de Martinů reste relativement rare en concert et sur disque. Comment expliquez-vous cela ? Pensez-vous qu’un renouveau de Martinů pourrait avoir lieu un jour ?

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    Martinů est toujours présent, mais comme je l’ai dit précédemment, j’ai constaté que les musiciens ont un peu peur – voilà ! – de jouer sa musique. Il faut entrer – vraiment – dans sa musique, car Martinů peut sembler très confus et très robotique en cas de mauvaise interprétation et de mauvaise compréhension. Malheureusement, Martinů n’était pas un compositeur très précis dans sa notation, par exemple dans ses instructions, contrairement à Dvořák, ou même Beethoven ou Brahms. Dans le cas de Martinů, il est capable de mettre environ 40 choses dans les quatre voix du quatuor.

    Il faut vraiment débroussailler et entrer au cœur de cette musique. Il faut donc vraiment réfléchir aux registres, aux structures, à la ligne qui est importante, à celle qui est le deuxième thème. C’est pourquoi cela ne figure pas dans la partition, et si vous suivez simplement sans réfléchir, sans réflexion musicale, mais en suivant la partition, cela peut sembler étrange et déroutant. Encore une fois, c’est aussi très difficile techniquement. Par exemple, quand j’ai commencé à jouer du violoncelle, j’ai joué ses Variations sur un thème slovaque ou sa Sonate. Mais ces deux partitions sont plus faciles parce qu’il y a une ligne solo et le piano. Mais les quatuors sont un grand défi. Je pense donc que les gens ne comprennent pas d’emblée sa musique, et il faut vraiment commencer, à la lire, à la jouer et à y réfléchir. C’est évidemment, un effort !

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    Vous avez déjà enregistré des quatuors de Pavel Haas, Dvořák, Janáček et Smetana. Les quatuors de Martinů sont-ils une sorte d’aboutissement de la musique tchèque ?

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    Nous sommes encore jeunes, donc je pense que cela ne doit pas nécessairement être la fin de notre aventure avec la musique tchèque. Martinů n’était qu’une autre pièce du puzzle de la tradition musicale bohémienne, qui est vraiment incroyable. Il suffit de voir le nombre incroyable – mais oui ! – de personnalités et de compositeurs que comptent la République tchèque ou la Bohême. C’est tout simplement unique – oui. C’est pourquoi nous sommes très fiers et heureux de faire partie de cette culture et de pouvoir présenter Martinů comme un autre exemple de cette région très unique – singulière, voilà… – d’Europe centrale. Ainsi, notre prochain album sera à nouveau consacré à la musique tchèque, avec un peu de Dvořák. L’année prochaine, nous enregistrerons l’Op. 61 en do majeur et l’Op. 105 en la bémol majeur de Dvořák, qui sont vraiment des joyaux de son œuvre.

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    Est-il important pour vous, en tant qu’ensemble de musique de chambre tchèque, de promouvoir la musique tchèque ?

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    Nous sommes très honorés de promouvoir cette musique, mais la musique se promeut d’elle-même, vous savez. Même s’il n’y a pas de musiciens tchèques, je suis sûr qu’il y aura d’autres musiciens du Royaume-Uni, des États-Unis, d’Asie, et qu’ils joueront toujours Dvořák, Janáček ou Smetana. Bien sûr, nous sommes un ensemble tchèque, nous sommes heureux de comprendre – voilà, et servir au mieux – cette musique, et nous sommes heureux que les organisateurs des concerts comprennent nos propositions. Bien sûr, ils nous demandent de jouer des compositeurs tchèques, mais nous ne jouons pas uniquement des compositeurs nationaux. Mais il y a quand même une telle richesse de personnalités incroyables dans ce pays, et il y a toujours quelque chose à découvrir. En effet, nous sommes très heureux de jouer de cette musique.

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    Votre quatuor à cordes porte le nom de Pavel Haas, un brillant compositeur tchèque assassiné par les nazis. Pavel Haas est-il connu des jeunes générations de musiciens ? Comment pouvons-nous faire vivre son œuvre ?

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    Les gens jouent la musique de Pavel Haas, c’est donc l’essentiel, cela permettra de le garder vivant, lui et sa musique. Il y a encore 20 ans, il n’était pas très connu. Aujourd’hui, les gens le connaissent de plus en plus. Je suis sûr que c’est aussi grâce à notre quatuor, car nous portons son nom. Je suis donc sûr que sa musique est également plus jouée pour cette raison. Son œuvre n’est pas si importante numériquement, car il existe des suites pour hautbois, des études pour orchestre de chambre, un quintette à vent, qui sont de superbes morceaux, ainsi que trois quatuors, quelques chansons, mais c’est tout.. Il est mort à Auschwitz, mais il a emporté avec lui de nombreuses pièces. Nous allons continuer à œuvrer à sa mémoire et à faire connaître son œuvre.

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    Le site du Pavel Haas Quartet : www.pavelhaasquartet.com/en/home/

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    A écouter :

    Bohuslav Martinů : Quatuors à cordes Nos. 2, 3, 5 & 7. Pavel Haas Quartet. Supraphon SU4368-2

    Crédits photographiques : Robert Tichý

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    C’est passionnant et si vrai…

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    Ce mercredi 28 janvier 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa