Étiquette : Lawrence Foster

  • Pourquoi Christian Macelaru et l’Orchestre National de France réussissent-ils si bien leurs Ravel : de la subtilité et douceur en la richesse claire de l’art français (dont Ravel) en la formation et carrière de George Enesco (Liveni, 1881 – Paris, 1955)…

    Ce dimanche 21 septembre, en lisant le passionnant article « Cristian Măcelaru, son projet Enesco avec l’Orchestre national de France » – un entretien de Cristina Comandasu avec Christian Macelaru  – publié le 15 septembre dernier sur le site de ResMusica,

    je comprends mieux ce que je commençais à percevoir et indiquer en mes deux précédents articles d’avant-hier 19 septembre « L’impeccablement ravelien « Tombeau de Couperin » de Christian Macelaru dirigeant l’Orchestre National de France le 28 février 2025 : clarté, lumière et couleurs irradient en toute plénitude le jeu ; le plus pur Ravel est bien là… » et hier 20 septembre « De l’importance de l’orchestre dans les Concertos pour Piano de Ravel : une perplexité…« ,

    à savoir l’idéale capacité de Christian Macelaru dirigeant l’Orchestre National de France de servir idéalement le répertoire symphonique français dans la lignée tout particulièrement des œuvres de Claude Debussy et Maurice Ravel, à l’instar, pour en choisir un exemple emblématique, d’un chef tel que Jean Martinon (1910 – 1976)…

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    Et tout spécialement ici l’œuvre pour orchestre symphonique de Maurice Ravel – « Le Tombeau de Couperin » M. 68, « Ma Mère l’Oye » M. 62, « La Valse » M. 72, « Une Barque sur l’Océan » M. 43A, « Pavane pour une Infante défunte » M. 194, « Alborada del Gracioso » M. 43B, « Rapsodie espagnole » M. 54, « Bolero«  M. 81, « Daphnis et Chloé » M. 57 – , en son merveilleux triple album Naïve V 9018 « Ravel – Paris – 2025« …

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    Voici donc cet article « Cristian Măcelaru, son projet Enesco avec l’Orchestre national de France » – paru initialement en anglais en février 2025 –

    avec, de-ci de-là, quelques menues farcissures de mon cru…:

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    et l’ ont remporté le Prix () dans la catégorie « Musique symphonique » pour l’album comprenant les deux Rhapsodies roumaines et les trois symphonies de , un album – DG 486 5505 – publié par Deutsche Grammophon. Cristina Comandașu, membre du jury des pour Radio Romania Muzical, a interrogé le chef sur son projet Enesco.

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    La 27e édition du se tiendra à Bucarest du 27 août au 21 septembre 2025 sous la direction artistique de . Une édition particulière à l’occasion du 70e anniversaire de la disparition du compositeur (à Paris, le 4 mai 1955) – il était né le 19 août 1881 à Liveni – durant laquelle le chef dirigera l’ et le WDR Sinfonieorchester Köln.

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    : Que signifie ce prix ICMA pour vous  ?

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    : Je suis avant tout très heureux d’avoir eu l’occasion de produire cet album avec la musique d’Enesco. C’est une musique que j’aime depuis toujours et j’ai toujours voulu la mettre davantage en lumière en enregistrant les trois symphonies et les deux rhapsodies.
    Ces enregistrements ne sont en quelque sorte que le début – bien ! – de ma vision plus large de la mise en valeur de la musique d’Enesco. Je suis ravi que ces efforts continuent de susciter autant d’attention. Pour moi, ce prix est une reconnaissance non seulement de notre travail acharné, mais aussi de l’incroyable qualité – voilà, voilà ! – des compositions d’Enesco, ce qui me remplit d’une grande joie.
    Je suis extrêmement heureux que les efforts que nous avons consacrés à ce projet soient reconnus et compris, et que ce cadeau que je souhaite partager avec le monde entier à travers ces enregistrements soit si bien accueilli. C’est vraiment merveilleux. Bien sûr, je suis profondément reconnaissant pour l’honneur que représente ce prix, c’est quelque chose de très beau.

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    ICMA : Quelles réactions internationales avez-vous remarquées à propos de cet album ?

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    CM : J’ai reçu des réponses et des commentaires de personnes du monde entier. De plus, j’ai eu l’honneur de recevoir en France le prix de l’Album de l’année des Chocs Classica, ainsi que le Diapason d’Or de l’année – c’est excellent ! Cet enregistrement a suscité un intérêt mondial [ndlr : lire notre article]. J’entends beaucoup parler de la musique d’Enesco, et beaucoup la découvrent pour la première fois. C’est la véritable raison derrière ces enregistrements : présenter au monde la beauté d’une musique qui n’est pas sortie de Roumanie depuis 100 ans. Je dirais même qu’en dehors de l’Europe, on n’a pas beaucoup mis l’accent sur ce qu’Enesco a créé, à part la Première Rhapsodie – créée en 1901. Pour moi, ses symphonies – les œuvres de maturité – composées entre 1905 et 1918 – que j’ai enregistrées – ont une importance phénoménale dans l’histoire de la musique et possèdent une beauté extraordinaire.

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    ICMA : J’aimerais que nous revenions brièvement sur l’histoire qui a mené à la création de cet album. Quand l’idée d’enregistrer les œuvres d’Enesco a-t-elle germé et comment cela a-t-il conduit à la collaboration avec Deutsche Grammophon ?

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    CM : Tout a commencé lors des négociations pour ma nomination au poste de directeur musical de l’ en 2019 (lire notre interview). Au cours de ces négociations, j’ai exprimé que l’un de mes principaux souhaits était de relever ce défi majeur – jouer et enregistrer Enesco ! –  avec l’orchestre, car cela exigerait un effort considérable de la part des deux parties. Je leur ai dit que j’accepterais ce poste à la seule condition – voilà ! – que nous nous lancions ensemble dans ce projet. Nous avons discuté d’une vision à long terme s’étendant sur plusieurs années, dans laquelle j’aspirais à collaborer avec Deutsche Grammophon et l’Orchestre national de France pour créer ces enregistrements qui serviraient d’héritage à notre travail collectif, mais aussi, et surtout, à la musique d’Enesco. Je crois sincèrement qu’il est essentiel – voilà ! – que sa musique soit interprétée par un orchestre français qui comprend – voilà, voilà ! – son style unique.

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    Ainsi, en 2019, nous avons entamé les discussions, puis nous avons contacté Deutsche Grammophon. Nous avons réussi à les convaincre, car ils n’avaient jusqu’alors jamais inclus la musique d’Enesco dans leur catalogue. Tout s’est parfaitement déroulé et, en 2021, nous avons commencé l’enregistrement. Une fois que nous avons eu le feu vert pour commencer, j’ai également entamé des discussions avec le musée George Enesco et le ministère roumain de la Culture afin d’avoir accès aux manuscrits – une étape de travail en effe éminemment cruciale ! – . Cela m’a permis de corriger les innombrables erreurs – si je peux les appeler ainsi – dans les partitions et de produire un enregistrement aussi proche que possible de ce qu’Enesco lui-même avait imaginé.

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    « Il était important pour moi de revenir aux manuscrits d’Enesco »

    ICMA : Pour clarifier les choses, vous avez pris les manuscrits du musée Enesco et vous les avez réécrits afin de les mettre sous une forme qui puisse être publiée ultérieurement, n’est-ce pas ?

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    CM : Exactement. J’ai pris les manuscrits en collaboration avec la maison d’édition roumaine Grafoart et nous les avons revus ensemble. Ils m’ont aidé à m’assurer que tout ce qui devait être corrigé l’était, car la musique d’Enesco n’a été publiée qu’une seule fois. C’est un défi, car il y a beaucoup d’erreurs potentielles, surtout dans une publication datant d’il y a près de 100 ans, à une époque où l’attention portée aux détails n’était pas aussi précise. En général, les compositeurs publient une deuxième, une troisième, voire une quatrième édition pour corriger de nombreux problèmes, mais cela n’a pas – hélas – été le cas pour Enesco. C’est pourquoi il était si important pour moi de revenir à ses manuscrits, qui sont incroyablement clairs et parfaits – voilà. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait des erreurs. Ensemble, nous avons tout corrigé et de nouvelles partitions ont été réalisées afin de garantir que tout soit clair et bien présenté, pour faciliter la lecture. De nombreuses partitions d’Enesco étaient encore manuscrites et, au fil du temps, ces manuscrits ont été copiés et recopiés, passant entre de nombreuses mains, ce qui a contribué à leur usure. Mais je pense que les efforts que j’ai investis, avec le soutien de Grafoart, ont porté leurs fruits. J’espère que les futurs interprètes de la musique d’Enesco disposeront désormais d’une version plus récente et améliorée.

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    ICMA : Vous avez accompli un véritable travail musicologique de détective.  Quand pouvons-nous espérer la publication de ces nouvelles partitions ?

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    CM : Tout ce que je peux dire à ce sujet, c’est que ce sont les personnes qui possèdent les documents et qui s’occupent de ce processus qui prendront la décision. Je ne peux pas donner de date précise, mais oui, l’idée était de promouvoir la musique d’Enesco d’une manière qui facilite son interprétation. En effet, beaucoup connaissent les œuvres d’Enesco, mais je rencontre souvent des situations où des personnes souhaitent interpréter sa musique, mais se rendent compte que les partitions n’existent pas ou sont de mauvaise qualité, difficiles à lire et ne répondent pas aux mêmes normes que les partitions des compositeurs fréquemment interprétés. C’est pourquoi j’ai suggéré de faciliter l’interprétation de la musique d’Enesco pour tous. Je pense que nous sommes enfin arrivés à la dernière étape pour y parvenir.

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    ICMA : Je voudrais vous interroger sur la spécificité – nous y voici ! – de l’Orchestre national de France, qui joue un rôle central – oui !!! – dans ces enregistrements, à vos côtés. Pourquoi est-il nécessaire que la musique d’Enesco soit interprétée par un orchestre français, ou pensez-vous qu’il serait préférable qu’elle le soit ?

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    CM : Tout d’abord, pour ceux qui ne le savent pas, Enesco a suivi sa formation et ses études à Paris dans ses dernières années – voilà ! Il a été profondément influencé par les découvertes qu’il y a faites, les professeurs, les amis qu’il s’est fait et les collaborateurs avec lesquels il a travaillé quotidiennement. C’est pourquoi tout ce qui est écrit dans les partitions d’Enesco, même dans les rhapsodies, est en français – oui. Toutes les instructions sur les nuances, l’interprétation et l’articulation, tous ces aspects subtils – un qualificatif décisif du principal de l’art musical français ! – de la musique sont fournis en français. Mais elles ne sont pas seulement transmises dans cette langue ; ce sont des instructions qui sont très liées – voilà, voilà – à la tradition musicale française. Tout comme les compositeurs germanophones ont leur propre langage distinct, les compositeurs français ont le leur. À titre de comparaison, si l’on regarde la musique de Gustav Mahler, qui a vécu à la même époque qu’Enesco, Mahler écrivait ces instructions en allemand. Mais ces indications ne peuvent pas être parfaitement traduites dans une autre langue, car elles expriment des nuances et des significations qui reflètent son désir que la musique soit jouée d’une manière particulière. De même, Enesco a écrit ces instructions musicales en français.

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    En même temps, les gestes musicaux qu’Enesco écrit sont très caractéristiques de la musique française – voilà. Il faut savoir que presque chaque note de ses symphonies comporte une indication sur la manière dont elle doit être jouée. Enesco utilise des accents, des points, des lignes, des virgules, des indications de legato et de portato. Il a inventé une notion particulièrement belle – aucun autre compositeur n’utilise cette terminologie – : le parlando-rubato, qui signifie « chanté comme si l’on parlait ». Cela fait référence au style de chant folklorique. Il inclut cette notation dans ses partitions, créant ainsi un moyen d’exprimer le parlando-rubato.

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    Il me semble qu’Enesco essayait de capturer – comme par exemple Bartok et Kodaly, ou Dvorak et Janacek… – la musique qu’il entendait autour de lui et la façon dont elle était jouée, car un orchestre français produit un son très différent – voilà ! -de celui d’un orchestre allemand. Un orchestre français a un son beaucoup plus léger – voilà : une légèreté bien française… – que celui d’un orchestre allemand, qui a tendance à avoir un ton plus profond, plus lourd et plus doux, plein de vie. D’autre part, un orchestre français a généralement un son plus transparent, plus élégant – voilà – et plus léger. C’est pourquoi Enesco a essayé de capturer ces qualités dans ses compositions – oui. Lorsque vous placez ces instructions devant un orchestre dont la tradition est de jouer sans s’appuyer sur de telles indications, les musiciens comprennent la musique plus immédiatement, plus facilement et plus directement. C’est pourquoi j’étais si impatient de collaborer avec un orchestre français – voilà, voilà. Après tout, la tradition de l’orchestre national, basé à Paris et composé de musiciens qui ont suivi la même formation qu’Enesco au Conservatoire national supérieur de Paris, permet à ces musiciens de perpétuer la tradition – voilà – qu’Enesco a découverte à Paris et qu’il a tenté de retranscrire – en l’ayant poursuivie… – dans ses partitions. C’est pourquoi je pense qu’un orchestre français, comme l’Orchestre national de France, qui, soit dit en passant, a bâti sa carrière en préservant cette ancienne tradition d’interprétation, est le mieux placé – voilà ! – pour interpréter la musique d’Enesco.

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    ICMA : Quelle a été la réaction de l’orchestre face à la musique d’Enesco ?

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    CM : Chaque fois que nous jouons la musique d’Enesco – en particulier ses symphonies, pas seulement la célèbre et très appréciée Première Rhapsodie, mais aussi ses autres œuvres –, chaque fois que je présente cette musique à un orchestre qui ne l’a jamais jouée auparavant, les musiciens sont d’abord quelque peu intimidés, car la musique d’Enesco est très complexe – voilà. Mais après quelques jours de répétition, ils parviennent à la jouer et à la comprendre. À chaque fois, les musiciens viennent me voir et me disent qu’ils ont découvert un monde extraordinaire – c’est ce qu’on peur espérer attendre d’un vrai génie musical : une vraie voix singulière – dont ils ignoraient l’existence. Je n’ai encore jamais entendu quelqu’un dire qu’il n’avait pas aimé jouer une symphonie d’Enesco. À chaque fois, la réaction est la même : « Waouh, c’était incroyable ! Cette musique est absolument géniale ! Elle est tellement belle ! » L’Orchestre national de France a également adopté cette musique et l’a désormais intégrée à son répertoire. J’espère que nous la jouerons régulièrement dans les années à venir.

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    ICMA : Comment décririez-vous la place de George Enesco dans le paysage international de son époque ?

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    CM : La musique d’Enesco a la grandeur de Gustav Mahler, mais la complexité de Richard Strauss, tandis que le langage qu’il utilise s’apparente à celui de Debussy et Ravel – voilà, voilà… Elle crée un monde complètement nouveau, avec une harmonie qui rappelle Richard Wagner, un compositeur qu’Enesco admirait profondément. Cependant, l’ampleur et la grandeur de sa musique me rappellent Gustav Mahler. Comme Mahler, Enesco utilise également un orchestre massif dans ses symphonies, avec des mouvements à grande échelle. Ses Deuxième et Troisième symphonies durent près d’une heure et, à travers ces œuvres, il construit un univers musical qui fait écho au monde symphonique de Mahler.

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    La complexité de l’écriture d’Enesco est quelque chose que je n’ai retrouvé que dans la musique de Richard Strauss au début du XXe siècle. Pour ceux qui ne le savent pas, chaque musicien de l’orchestre a une partie extrêmement difficile et incroyablement belle à interpréter, et ensemble, ils créent cette vaste image, chacun apportant une couleur unique. Mais ils doivent tous comprendre leur rôle dans cette image – orchestrale collective – , car sinon, cela deviendrait une cacophonie, ce qui rend la tâche si difficile. Je dis souvent aux orchestres que tout doit être joué, mais que nous devons veiller à ce que rien ne se démarque individuellement – de l’ensemble orchestral. C’est un concept fascinant, car il faut parfois être très transparent. La musique d’Enesco comporte de nombreuses sections où l’orchestre tout entier joue quelque chose de difficile, mais il doit être si subtil – nous y revoici donc ! – et si doux – douce France… – qu’aucun son individuel n’est entendu, créant seulement l’impression d’un tableau vu à travers la brume – voilà ! à la Corot : à la Debussy, si l’on veut, mais pas à la Ravel… C’est ce qui distingue Enesco des autres compositeurs. Et bien sûr, les gestes musicaux me font beaucoup penser à Debussy et Ravel – oui ! mais pour des raisons différentes… – , qui étaient des contemporains – et amis – d’Enesco – George Enesco, au violon, créa la « Sonate pour violon et piano«  de Maurice Ravel, avec Ravel lui-même au piano, le 30 mai 1927, salle Érard, à une séance des Concerts Durand, comme l’indique aux pages 2466-67 la notice que Manuel Cornejo consacre à Georges Enesco à sa Table des correspondants de Maurice Ravel ; et 22 lettres échangées entre Ravel et Enesco sont répertoriées à la page 2816 de l’édition de cette infiniment précieuse « Correspondance » de Ravel parue en mars dernier aux Éditions Tel-Gallimard par les soins rigoureux de Manuel Cornejo... La façon dont il utilise l’ensemble de l’orchestre, ses combinaisons d’instruments et son orchestration ressemblent fortement – forcément ! – à celles des compositeurs français.

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    ICMA : Vous avez évoqué Enesco comme votre héros personnel dans une autre interview. Quelles sont les valeurs qu’il incarne à vos yeux ?

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    CM : Pour moi, Enesco est indéniablement un héros personnel, tant pour sa façon de créer de la musique que pour la manière dont il a réussi à captiver le monde entier. J’ai souvent entendu son nom mentionné avec beaucoup d’admiration et de respect dans les salles de concert du monde entier. J’ai vu ses œuvres à l’affiche de programmes même aux États-Unis et j’ai lu de nombreux articles de journaux le louant comme un génie sans pareil. Malgré cette renommée, Enesco est resté une personne humble et respectueuse – comme e fut aussi Ravel… Il ne parlait pas beaucoup et ne s’intéressait pas à la politique, en particulier aux questions qui ne le concernaient pas. Il se concentrait avant tout sur la création artistique – comme Ravel.. C’était un professeur exceptionnel, ainsi qu’un interprète et un compositeur. Les valeurs qu’il incarnait dans tout ce qu’il faisait sont celles que j’aspire à défendre dans ma propre vie.

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    Le fait que je fasse ces comparaisons significatives avec des compositeurs hors de Roumanie souligne un point essentiel : si Enesco est indéniablement une icône nationale de la culture et de l’art roumains, il est essentiel de comprendre qu’il était bien plus qu’un simple compositeur roumain. Enesco était une figure qui se situait au même niveau, voire au-dessus, de ses contemporains sur la scène internationale. Placer sa musique et notre culture dans un contexte mondial plus large renforce leur importance. Ce sont des valeurs dont nous pouvons être fiers et que nous pouvons célébrer. Ce faisant, nous transmettons quelque chose de significatif aux générations futures, à nos enfants et à ceux qui les suivront. La valeur de la musique d’Enesco est un héritage véritable et durable – et profond, oui, oui. En reconnaissant et en appréciant ces valeurs dans notre vie quotidienne, nous favorisons une société plus belle et plus mature. Tout au long de sa vie, Enesco a été un immigran – oui. Cela se voit dans la façon dont il a su tirer le meilleur de chaque société dans laquelle il a vécu, en s’en servant pour créer quelque chose d’extraordinaire, non pas en abandonnant ses racines roumaines, mais en les enrichissant – voilà. Cette perspective multiculturelle – apprendre à Vienne, composer à Paris et tirer le meilleur de chaque culture qu’il a rencontrée – offre un modèle inspirant pour construire un monde plus dynamique et plus harmonieux – oui.

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    Il est un exemple pour nous tous, car nous ne vivons pas dans un monde isolé, confinés uniquement à la culture dont nous avons hérité sans jamais élargir nos horizons. Nous vivons dans un monde globalisé où il est essentiel d’apprécier les contributions uniques – singulières – de chaque individu, en les tissant dans une magnifique tapisserie d’identités et d’expériences personnelles – diverses. Cette beauté partagée nous permet non seulement de nous y retrouver, mais nous inspire également – voilà – à créer quelque chose d’encore plus remarquable. Les leçons que j’ai apprises d’Enesco sont le genre de valeurs que je souhaite adopter pour moi-même et pour mon pays – la Finlande.

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    ICMA : Ce projet va se poursuivre, alors dites-nous en plus à ce sujet.

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    CM : En effet, le projet se poursuit. Nous allons ensuite enregistrer d’autres œuvres d’Enesco : les Suites pour orchestre, le Poème roumain, la Symphonie concertante et ses autres pièces, dans une autre série d’enregistrements que nous espérons terminer d’ici 2027 – ma discothèque personnelle comporte un double CD Apex 2564 62032-2  comportant ces œuvres-ci, Op. 29, Op. 29 et Op 27 (soient les 3 Suites pour orchestre), Op. 1 (le Poème roumain), Op. 8 (la Symphonie concertante), ainsi que l’Op. 11 (les 2 Rhapsodies roumaines), par Lawrence Foster dirigeant en 1983 et 84 l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : un double CD Apex paru il y a déjà 20 ans, en 2005… 

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    ICMA : Cela marque également la fin de votre mandat au sein de l’Orchestre national de France, et je sais que beaucoup s’interrogent sur la suite.

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    CM : Ma relation avec l’orchestre reste très forte et étroite, et nous continuerons à travailler ensemble sur des projets. Quand je pense à la plupart de mes collègues chefs d’orchestre, un mandat de sept ans est considéré comme sérieux et substantiel, mais il est normal qu’un directeur musical passe à un autre orchestre après un tel mandat. Les orchestres modernes n’ont plus besoin qu’un chef d’orchestre soit présent tous les jours pour leur apprendre à jouer ; ils ont plutôt besoin d’expériences différentes – voilà – , d’être exposés à de nouvelles idées et d’approches novatrices en matière d’interprétation. C’est pourquoi la durée des mandats des directeurs d’orchestre varie aujourd’hui généralement entre 5 et 10 ans. Sept ans, c’est un excellent mandat, et ce n’est que le début du renforcement de la relation que je continuerai d’entretenir avec l’orchestre.

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    ICMA : Avez-vous d’autres engagements à venir que vous pouvez nous dévoiler ?

    CM : Pour l’instant, je m’efforce de concilier les engagements que j’ai déjà pris. Je n’ai rien de nouveau à annoncer pour le moment. Je prendrai mes fonctions à Cincinnati – Ohio (USA)… – en septembre prochain et je resterai à Paris pendant encore deux ans. Je poursuivrai également ma collaboration avec l’Orchestre WDR de Cologne et mon travail au Festival Enesco, qui est un projet d’envergure. Tout cela m’encourage à me concentrer sur ce que j’ai déjà, plutôt que de rechercher d’autres opportunités pour le moment.

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    Crédits photographiques : Cristian Macelaru © WDR-Thomas Brill ; album Deutsche Grammophon ; concert du 20 juin 2024 © Orchestre national de France – Dimitri Scapolan

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    Entretien publié en anglais sur le site des ICMA en février 2025.

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    Voilà qui nous apprend beaucoup, en effet !

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    Ce dimanche 21 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La délicate et délicieuse difficulté d’attribuer à l’oreille soit à Fanny soit à Felix Mendelssohn leurs merveilleux de poésie « Lieder für das pianoforte » et « Lieder ohne Worte » : le jubilatoire CD Alpha 1119 « Guess Who ? – Fanny et Felix Mendelssohn » de la magicienne Olga Pashchenko ; et la question de la singularité idiosyncrasique de ces magnifiques compositeurs à la jointure du classicisme éternel et du romantisme naissant…

    Quelle jubilation de re-découvrir (et s’enchanter à !) sous les doigs de fée d’Olga Pashchenko _ en un enregistrement à Hilversum au mois de mai 2023 _ un excellent choix de Lieder sans paroles (confiés au piano seul !) de Fanny Mendelssohn (Hambourg, 14 novembre 1805 – Berlin, 14 juillet 1847), pour ses « Lieder für das pianoforte » _ publiés en 1846, 1847 et 1857 _ , et Felix Mendelssohn (Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847), pour ses « Lieder ohne Worte » _ publiés en 1830, 1835, 1837, 1841, 1844, 1845, 1851 et 1868 _,

    sœur et frère si proches dans leurs vies que Felix ne survit pas même 4 mois pleins _ 14 juillet – 4 novembre _ au décès, prématuré, de sa chère sœur aînée Fanny Hensel-Mendelssohn,

    en un tout simplement fantastique toucher de piano _ admirez cette vidéo-ci de la « Venetianische Gondellied » Op. 19b… _ de cette magicienne pianiste _ née à Moscou en 1986 _, du jubilatoire CD Alpha 1119 « Guess Who ? – Fanny & Felix Mendelssohn« , sur un superbement narratif idéal piano Conrad Graf de 1836 _ et apprécier aussi le très judicieux texte de la notice du livret du CD, rédigé par Olga Pashchenko elle-même, et explicitant ce genre inventé par eux deux de « Lieder sans paroles« …

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    Une bouleversante re-découverte de ces petites merveilles de musique _ intime, pas vraiment pour le concert _ à la jointure du classicisme intemporel et du romantisme naissant,

    en cette plus que parfaite incarnation-là par Olga Pashchenko : quelle artiste décidément accomplie !..

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    Chapeau bien bas, Madame !

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    La question de la singularité musicale de ces deux enfants Mendelssohn, Fanny et Felix, est précisément celle-là même sur laquelle je m’interrogeais déjà en mon article du 30 janvier 2022 : « L’élégance musicale exaltante, sublime, des Mendelssohn : Felix et Fanny ; et la question de la perception de la singularité de la voix de Fanny…« …

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    Et plus généralement,

    la personnalité musicale de Felix, au sein de cette remarquable famille Mendelssohn _ sur celle-ci, cf mon article en date du 28 janvier 2022 : « Sur la généalogie familiale des compositeurs Fanny (1805 – 1847) et Felix Mendelssohn (109 – 1847)« … ; Fanny et Felix avaient aussi une sœur, Rebecca (1811 – 1858), et un frère, Paul (1812 – 1874)… _, me passionne depuis bien longtemps, et j’y ai consacré, régulièrement, de nombreux articles de mon blog « En cherchant bien » : 

    …

    parmi lesquels j’extrais ici

    celui-ci « La pure joie Mendelssohn : une « somme admirable », un « coffret unique » de 40 CDs, le coffret « Mendelssohn – The Great Edition », de Warner Classics…« , en date du 8 avril 2024 _ une somme, déjà, où puiser quelques magnifiques pépites… _,

    et celui-là, à propos précisément de ses « Lieder ohne Worte« , « Ecouter une interprétation parfaite, par Roberto Prosseda, des Lieder ohne Worte, de Felix Mendelssohn« , en date du 3 mars 2018 _ Roberto Prosseda ayant su particulièrement excellemment attraper, à son piano, le merveilleux raptus Mendelssohn ; et je recommande donc très vivement toute sa discographie Mendelssohn…

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    Mais écoutez aussi de Felix Mendelssohn

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    _ son somptueux « Octuor » _ quel chef d’œuvre absolu ! ; cf par exemple mon article « La merveille des Octuors de Mendelssohn et Enesco : une bonne piqûre de rappel ! » en date du 29 juillet 2020 ; ainsi qu’auparavant « « , en date du 17 octobre 2009, et dans lequel je prenais soin d’ajouter : « Est parue aussi, cette année 2009, une très belle version de l’ » Octuor » de Georges Enesco, pour orchestre, réalisée par le chef Lawrence Foster, et interprétée tout aussi brillamment par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé par Lawrence Foster » (en un très beau CD Virgin Classics « Enescu String Octet – Violin Sonata N° 3 » : n° 50999 519312 2 3) » : une œuvre dans la filiation directe du chef d’œuvre de Mendelssohn… _ ;

    …

    _ son renversant _ à réveiller les morts ! _ « Concerto pour violon et piano« , et tout spécialement dans l’interprétation purement électrisante de Gidon Kremer et Martha Argerich et l’Orpheus Chamber Orchestra (DG 427 338-2, paru en 1989) _ cf par exemple mon article du 19 mars 2020 : « Musiques de joie (suite) : le Concerto pour Violon, Piano et Orchestre à cordes de Felix Mendelssohn, par Gidon Kremer, Martha Argerich et l’Orpheus Chamber Orchestra« … _ ;

     

    …

    _ ainsi que ses très très jouissives _ quelle sublime pétulance ! _ « Symphonies pour cordes » de jeunesse _ cf par exemple mon article en date du 24 mai 2020 : « Musiques de joie : l’allégresse bondissante des Symphonies pour cordes de jeunesse de Felix Mendelssohn, dans la filiation, via son maître Carl Friedrich Zelter, de Carl Philipp Emanuel Bach« … _ ; et certaines d’entre celles-ci, voire la totalité, ne seraient-elles pas plutôt de la plume de sa sœur Fanny, à un moment, c’est-à-dire une époque, où l’écriture musicale féminine n’était pas des mieux reçues par le public, comme on le sait ?.. La question de leur attribution demeure toujours ouverte… ;

    …

    _ et encore ses superbes et très attachants « Concertos pour piano« , par Lars Vogt, interprète formidable et à jamais inoubliable… _ cf mon article en date du 11 mars 2022 : « D’enthousiasmants Concertos pour piano (Op. 25 et Op. 40) de Felix Mendelssohn par un Lars Vogt, en état de grâce, au piano et à la baguette : un sublime à jamais juvénile CD !« …

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    J’aime les Mendelssohn, tout simplement…

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    Ce dimanche 23 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La pure joie Mendelssohn : une « somme admirable », un « coffret unique » de 40 CDs, le coffret « Mendelssohn – The Great Edition », de Warner Classics…

    « Somme admirable« , « coffret unique« , ainsi que « hautement recommandé » en conclusion de son lumineux article « Mises en boîte : Copland – Mendelssohn » du 10 mars dernier par Jean-Pierre Rousseau

    sur son très précis et, plus qu’utile, très précieux blog pour tout vrai mélomane et discophile passionné,

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    c’est au sein du CD 13 sur les 40 que compte ce splendide indispensable coffret, que j’élis, enchanté, l’interprétation par les Quatuors Kreutzberger et Eder réunis _ un enregistrement Warner Classics réalisé à Riehen du 19 au 22 décembre 1989 _, du génialissime Octuor Op. 20 MWV R 20 (d’une durée, ici, de 31′ 03) de Felix Mendelssohn :

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    une œuvre que personnellement _ cf par exemple mon article «  » du 29 juillet 2020 ; ainsi qu’auparavant « «  en date du 17 octobre 2009, et dans lequel je prenais soin d’ajouter : « Est parue aussi, cette année 2009, une très belle version de l’ »Octuor » de Georges Enesco, pour orchestre, réalisée par le chef Lawrence Foster, et interprétée tout aussi brillamment par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé par Lawrence Foster » (en un très beau CD Virgin Classics « Enescu String Octet – Violin Sonata N° 3 » : n° 50999 519312 2 3) » : une oeuvre dans la filiation directe du chef d’oeuvre de Mendelssohn… _ je porte au pinacle de toute la musique…

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    Et je me suis permis d’ajouter en modeste commentaire, au bas de ce splendide aperçu de ce coffret Mendelssohn du label Warner Classics, détaillé en son article par Jean-Pierre Rousseau, la remarque suivante ;

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    Francis LIPPA

    Immense merci pour cette belle et utile recension.

    Je recommande pour ma part la sublimissime (et inégalée) interprétation du « Concerto pour violon, piano et Orchestre à cordes en ré mineur » par Gidon Kremer, Martha Argerich et l’Orpheus Chamber Orchestra (DG 427 338-2, paru en 1989) ;
    ainsi que toute la musique de piano par Roberto Prosseda (au moins 10 CDs Decca, entre 2005 et 2015), le meilleur, et de loin…
    _ cf mon blog Mollat « En cherchant bien », avec en dernier lieu mon article du 3 mars 2018 : «  »…

    Ainsi que le très beau CD de Cyril Huvé (Paraty 208.106, paru en 2009).

    Francis Lippa
    vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux

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    Felix Mendelssohn, ou la joie.

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    Ce lundi 8 avril 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ce chef d’oeuvre qu’est l’ »OEdipe » (1936) de Georges Enesco (1881 – 1955) enfin redonné à l’Opéra de Paris !

    Ce jour, ResMusica, sous la plume de Michèle Tosi,

    et en un article intitulé « Wajdi Mouawad rend justice à l’Œdipe de Georges Enesco« ,

    nous apprend la re-création à Paris, le 29 septembre 2021,

    de ce chef d’œuvre de l’opéra du XXe siècle qu’est l’ »Œdipe«  _ créé à l’Opéra Garnier, à Paris, le 13 mai 1936 _ de Georges Enesco (Liveni, 19 août 1881 – Paris, 4 mai 1955)…

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    Une recréation sinon à l’Opéra-Garnier,

    du moins à l’Opéra-Bastille…

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    Wajdi Mouawad rend justice à l’Œdipe de Georges Enesco

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    Fin connaisseur des tragédies de Sophocle, le metteur en scène et directeur du théâtre de La Colline Wajdi Mouawad s’empare de l’Œdipe de Georges Enesco, l’unique opéra _ en effet _ du compositeur roumain, et signe une épure poétique aux couleurs flamboyantes.

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    L’opéra n’avait jamais été remonté par l’Opéra de Paris depuis sa création à Garnier en 1936. Il est le fruit d’une longue maturation de la part du compositeur, près de trente ans _ oui _ depuis la révélation que fut, pour lui, la découverte d’Œdipe roi de Sophocle joué en 1909 à la Comédie-Française. Le livret d’Edmond Fleg est une version condensée des deux tragédies de l’auteur grec, Œdipe roi et Œdipe à Colone. Wajdi Mouawad y ajoute un préambule non musical qu’il déclame lui-même en voix off.

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    Oubliant la malédiction d’Apollon, Laïos et son épouse Jocaste fêtent la naissance d’Œdipe dans un premier acte haut en couleurs où chaque tête s’orne d’une coiffe à la Bob Wilson, façon végétale (fleurs et feuillages selon les sexes et les personnages), symbole d’une fécondité autour de laquelle se noue la tragédie. Privilégiant les lignes verticales et l’aspect monumental de la scénographie, Emmanuel Clolus érige un immense rocher pour le décor du deuxième acte, tandis que des panneaux mobiles, à l’image des portes de Thèbes, reconfigurent l’espace scénique à chaque tableau. Des personnages géants aux costumes brillants (la présence des aïeux) occupent la scène au sein d’une masse chorale très sollicitée. Si les surtitres en anglais passent toujours au-dessus de nos têtes, le texte français s’affiche sur le décor, dans un confort de lecture très appréciable.

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    Georges Enesco a signé une partition somptueuse _ oui ! _dont Ingo Metzmacher cisèle les contours avec une précision d’orfèvre. Louvoyant entre le style du « Grand opéra » français et l’art du timbre d’un Debussy, l’écriture déploie une dramaturgie sonore très suggestive qui ne va pas sans une certaine emphase. Les pages d’orchestre se multiplient (superbes préludes et interludes), le deuxième tableau invitant sur scène une flûte, celle du berger qui tire de son instrument une plainte douloureuse. La vocalité regarde vers la déclamation debussyste, au plus près de la prosodie, convoquant parfois la voix parlée, comme dans le troisième acte où les mots désespérés d’Œdipe s’inscrivent sur la partie orchestrale à la manière d’un mélodrame. Enesco use également de ressorts théâtraux aux effets archaïsants, tels ces glissandos qui font ployer les voix et renforcent l’aspect tragique et intemporel du propos. Ils accusent les accents maléfiques de la Sphinge à la fin du deuxième acte dans une des scènes les plus fascinantes de l’opéra où la mezzo-soprano Clémentine Margaine, dans tout l’éclat de son registre, s’adresse à Œdipe pour le défier.

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    Face à l’écrasante majorité des voix d’hommes, les dames ne font que de courtes apparitions dans l’opéra. Anne Sofie von Otter, dans le premier acte, incarne une Mérope (la mère adoptive d’Œdipe) avec l’élégance et la clarté d’élocution _ oui _ qu’on lui connait. Ekaterina Gubanova est une Jocaste émouvante, alliant beauté du timbre et souplesse de la diction. Au côté d’Œdipe aveugle qu’elle accompagne durant le quatrième acte, l’Antigone d’Anna-Sophie Neher est attachante, prêtant sa voix juvénile autant que rebelle à un personnage au caractère bien trempé. Si la voix de Laurent Naouri manque un rien d’assise au premier acte, dans le rôle exigeant du Grand Prêtre, on apprécie la puissance et la projection de la basse Clive Bayley dans Tirésias, tout comme celle de Nicolas Cavallier, séduisante et ensorceleuse dans son air du Veilleur. Citons encore le Laïos de Yann Beuron _ que j’apprécie tout particulièrement _, tombant sous les coups d’Œdipe au deuxième acte, le Créon de Brian Mulligan, ardent et vindicatif, ainsi que le Berger à la voix claire (et à la coiffe en forme de panier d’osier) de Vincent Ordonneau. Mais le plateau reste dominé par l’incarnation magistrale du baryton Christopher Maltman dans l’écrasant rôle titre, exprimant toute la vulnérabilité d’un personnage qui finira par clamer son innocence et dont les accents douloureux de père déchu dans le troisième acte évoquent ceux d’un Boris Godounov. Saluons pour finir l’excellence des chœurs dont les voix irriguent toute la tragédie, personnage en soi, présent ou invisible comme celui des Euménides qui referme l’opéra dans une lumière et une sérénité retrouvées.

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    Crédits photographiques : © Elisa Haberer / Opéra national de Paris

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    Paris. Opéra Bastille. 29-IX-2021.

    Georges Enesco (1881-1955) : Œdipe, tragédie lyrique en quatre actes et six tableaux ; livret d’Edmond Fleg d’après Sophocle.

    Mise en scène : Wajdi Mouawad.

    Décors : Emmanuel Clolus. Costumes : Emmanuelle Thomas. Maquillage, coiffures : Cécile Kretschmar. Lumières : Eric Champoux. Vidéo : Stéphane Pougnand.

    Christopher Maltman, baryton, Œdipe ; Brian Mulligan, baryton, Créon ; Clive Bayley, basse, Tirésias ; Vincent Ordonneau, ténor, Le Berger ; Laurent Naouri, baryton, Le Grand Prêtre ; Nicolas Cavallier, basse, Phorbas / Le Veilleur ; Adrien Timpau, baryton, Thésée ; Yann Beuron, ténor, Laïos ; Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano, Jocaste ; Clémentine Margaine, mezzo-soprano, La Sphinge ; Anna-Sophie Neher, soprano, Antigone ; Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano, Mérope ; Daniela Entcheva, contralto, Une Femme thébaine ; Sylvie Delaunay, Marie-Cécile Chevassus, Les thébaines ; Luca Sannai, John Bernard, Hyun Jong Roh, Bernard Arrieta, Jian-Hong Zhao, Hyunsik Zee, Les Thébains ; Félicité Grand, Marie Texier, Antigone enfant.

    Maîtrise des Hauts-de-Seine ; Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris (cheffe des chœurs, Ching-Lien Wu ; directeur de la maîtrise, Gaël Darchen) ;

    Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris ; direction musicale : Ingo Metzmacher.

     

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    Voici un intéressant article, intitulé « En attendant 2036« , sous la plume de Laurent Bury, et en date du 18 mai 2018, 

    qui se demandait s’il faudrait attendre 2036 pour voir redonner cet Œdipe d’Enesco sur la scène de l’Opéra, à Paris…

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    En attendant 2036

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    CD
    Œdipe
    Par Laurent Bury | ven 18 Mai 2018 |
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    L’Opéra de Paris a décidément la mémoire courte, et se montre fort réticent à reprendre les rares titres considérés _ et à très juste titre !!! _ comme des chefs-d’œuvre parmi tous ceux qui ont été créés au Palais Garnier. Pendant plusieurs années, une rumeur a prétendu que l’on verrait bientôt à Bastille l’Œdipe d’Enesco, dont la première avait eu lieu à Paris en 1936 ; on parlait d’une coproduction avec Bruxelles, où Œdipe fut monté par la Fura dels Baus en 2011. Hélas, ces bruits sont restés lettre morte, et l’on se demande s’il ne faudra pas maintenant attendre 2036 _ voilà… _ pour que le centenaire de la création de l’œuvre lyrique d’Enesco connaisse à nouveau les honneurs de notre capitale (le Capitole de Toulouse, lui, a eu le courage de la présenter en 2008 _ Bravo ! _).

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    En attendant cette hypothétique Œdipe parisien, on pourra aller voir l’œuvre à Amsterdam, où elle sera donnée en décembre prochain, dans la production bruxelloise également vue à Londres en 2016. Et pour se préparer à ces représentations, on se tournera naturellement _ forcément ! _ vers le disque. Si l’on oublie momentanément la version traduite en roumain (donnée pour la première fois à Bucarest en 1958), il existe trois enregistrements d’Œdipe sous sa forme originale en français. La plus récente est un live capté au Staatsoper de Vienne, dirigé par Michael Gielen, avec Monte Pederson dans le rôle-titre _ un album Naxos. Le seul enregistrement de studio est celui gravé en 1989 par Lawrence Foster à la tête de l’orchestre de Monte-Carlo, avec José van Dam en Œdipe _ chez EMI _ ; dans ces deux versions, le rôle de la Sphynge était tenu par _ la merveilleuse _ Mariana Lipovsek. Le label Malibran _ oui _ réédite la plus ancienne, écho d’un concert radiophonique de 1955, avec une distribution intégralement francophone, qui inclut même deux artistes ayant participé à la création. C’est dire la valeur de document qu’offre ce disque, où l’on trouve réunie la fameuse Troupe de l’Opéra de Paris à l’époque de son zénith _ voilà ! _, nous y reviendrons.

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    A la tête de l’orchestre, Charles Bruck. Un chef roumain pour diriger l’œuvre de son compatriote, mais surtout un très grand chef pour l’opéra du XXe siècle, qui allait diriger deux ans plus tard un inoubliable Ange de feu. Grâce à lui, Œdipe est parcouru d’un souffle exceptionnel et, moins de vingt ans après sa création, la partition se pare _ en 1955 _ d’une modernité qu’elle ne retrouvera guère sous la direction plus placide d’un Lawrence Foster. Les quelques coupures ne défigurent pas l’œuvre, et la durée totale est ici comparable à celle du live paru chez Naxos, même s’il manque environ une demi-heure de musique par rapport à l’intégrale de studio EMI.

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    Quant à la distribution, elle est exceptionnelle car tout le monde y chante dans sa langue, et y chante admirablement, avec un style empreint de noblesse, loin de tout histrionisme _ voilà. Xavier Depraz trouve là le rôle de sa vie, ou du moins l’un des rôles, déclamant à merveille, ne faisant qu’un avec son personnage tourmenté. Rita Gorr se surpasse dans la scène de la Sphinge, tandis que Geneviève Moizan campe une Jocaste aux moyens opulents. Berthe Monmart en Antigone relève du grand luxe, et Freda Betti est une truculent Mérope. Du côté des nombreuses voix d’homme, c’est la fête, avec l’équipe des concerts de la RTF à l’époque : côté clefs de fa, les excellents André Vessières et Lucien Lovano, côté ténors, un Joseph Peyron très acceptable en Laïos et un Jean Giraudeaupittoresque en berger.

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    Et en complément, le coffret propose même les dix dernières minutes de la version en roumain, pour ceux qui préfèrent Enescu à Enesco.

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    Cet Œdipe d’Enesco de 2021

    constitue donc un événement musical tout à fait digne d’être remarqué…

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    Ce lundi 4 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa