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  • De « Une Passion franco-allemande _ Souvenirs du Goethe-Institut de Bordeaux » à « Le Goethe-Institut de Bordeaux _ Une si riche passion intellectuelle franco allemande » : les souvenirs d’une passion (et d’une carrière professionnelle) de Jutta Bechstein-Mainhagu…

    De « Une Passion franco-allemande _ Souvenirs du Goethe-Institut de Bordeaux » _ imprimé au mois de septembre 2022 _ à « Le Goethe-Institut de Bordeaux _ Une si riche passion intellectuelle franco allemande » _ imprimé au mois de février 2023 _,

    soient le récit des souvenirs d’une passion (et d’une carrière professionnelle _ dans laquelle a pu se réaliser et s’épanouir cette passion « franco-allemande«  pas seulement « intellectuelle«  !.. _) de Jutta Bechstein-Mainhagu ;

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    ou ce qui se perd un peu d’une édition libre _ à compte d’auteur _ à une édition dans laquelle le choix du titre revient in fine à l’éditeur…

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    En lecteur attentif de ces deux ouvrages, bien peu différents, certes,

    je regrette personnellement en effet ce qui se perd en lumière de vérité de ce passionnant et passionné récit de celle qui, de lectrice passionnée de littérature, est devenue une  passeuse passionnée et éminemment experte de la culture allemande, à Bordeaux, et très vite en France, puis en Europe, et enfin, avec Internet, dans le monde entier, auprès de lecteurs tant soit peu curieux de l’actualité la plus riche, quasi au jour le jour, de la culture allemande _ ayant à se remettre, difficilement, du poids des gravissimes crimes de l’hitlérisme, puis de celui de ses durables très pesants remords consécutifs : comment donc s’en remettre ?..

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    Car ce n’est pas à un compte-rendu historique de ce Goethe-Institut de Bordeaux _ qui, d’ailleurs, n’a pas eu souci de se doter d’archives de ses propres activités… _ que nous avons affaire ici, mais bien aux souvenirs très investis et passés au tamis de sa vive sensibilité, de celle qui dès sa nomination comme bibliothécaire, et son entrée dans les lieux _ alors au 16-ter de la rue Boudet (entre Cours de Verdun et Esplanade des Quinconces) _, le 13 juillet 1972, en fut tout aussitôt une très active et féconde cheville ouvrière,

    devenant aussi, tout en fin de carrière _ en « 2012-2013« , est-il indiqué à la page 22 ; alors que Jutta prend sa retraite au mois de janvier 2013 ; et que c’est le 14 décembre 2012 qu’elle a fêté son 65e anniversaire… _, le neuvième directeur-directrice de ce Goethe Institut de Bordeaux,

    après Fred Mensdorf (1971 – 1977), Gerhard Trapp (1977 – 1983), Gerhard Koebe (1983 – 1988), Wolfgang Ebert (1988 – 1991), Gisela Kadar (1991 – 1996), Holger Hartmann (1996 – …), Jochen Neuberger (… – 2004), Carmen Marcou (2005 – 2012), Jutta Bechstein-Mainhagu (2012 – 2013), Gertrud de Blay (2013 – 2018), Luise Holke (depuis 2018) ;

    après être devenue auparavant, en 1997 _ et cela quinze années durant (1997-2013), c’est-à-dire jusqu’au moment de son départ à la retraite, au mois de janvier 2013 _, l’inventeur et l’animatrice infatigable de ce qu’elle-même a intitulé « le bureau de liaison littéraire du Goethe-Institut » _ à répercussions très vite internationales, même : quelle improbable aventure, au départ, en 1970, à l’âge de 22 ans, de Cobourg pour Paris !..

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    C’est donc cette passion personnelle de la jeune Jutta Harnatt, née le 14 décembre 1947 à Kronach, en Haute-Franconie (tout au nord du vaste Land de Bavière), devenue plus tard Jutta Bechstein, puis devenue veuve en 1997, Jutta Bechstein-Mainhagu,

    qui m’a moi-même passionné par son enthousiasme très communicatif de lectrice attentive et tout à fait perspicace de la littérature allemande, notamment contemporaine ;

    avec laquelle, Jutta, je n’ai pas manqué d’avoir régulièrement, moi qui ne suis pas germanophone _ mais mon père, issu d’une famille viennoise, est né le 11 mars 1914 à Stanislaus, en Galicie alors autrichienne _, d’éclairantes conversations, d’abord _ au tout début _, autour de l’œuvre si puissante et marquante, que je découvrais alors, dans les années 80, de ce génie _ autrichien _ qu’est Thomas Bernhard (Heerlen, 9 février 1931 – Gmunden, 12 février 1989) _ lire d’abord les 5 volumes de son autobiographie (écrits en 1975, 1976, 1978, 1981 et 1982 ; et publiés en traduction française chez Gallimard respectivement en 1988 (!), 1982, 1983, 1984 et 1985) : L’origine _ simple indication, La cave _ un retrait, Le souffle _ une décision, Le froid _ une mise en quarantaine et Un enfant ;

    c’est à la parution à la NRf du « Souffle _ une décision » (celle de refuser de succomber à sa quasi mortelle maladie pulmonaire, et choisir de vivre en refusant l’avilissement-abaissement généralisé des compromissions…), le 13 septembre 1983, qu’un article enthousiaste de Jean-Louis de Rambures dans le Monde des livres, intitulé « Thomas Bernhard face à la mort« , m’a incité à me procurer et lire dare-dare, dans l’enthousiasme, pour la première et décisive fois, l’immense et formidable Thomas Bernhard : écrivain à l’implacable lucidité désormais et pour jamais indispensable ! Et donc c’est à partir de cette date-là, que j’ai aussitôt lu dès sa parution en traduction française le moindre titre paraissant de lui… ;

    de même que j’allais voir (et y mener aussi mes élèves ! depuis Andernos où j’enseignais à philosopher…) en 1991, au Théâtre du Port-de-la-Lune, dirigé alors par Jean-Louis Thamin, les représentations de trois de ses pièces, pas moins !, dont « Le Faiseur de théâtre« , magnifiquement mis en scène par l’excellent Jean-Pierre Vincent (cf ces mots rétrospectifs de Jean-Pierre Vincent le 4 février 2011, en un entretien pour Libération, intitulé « L’art n’est clairement pas leur problème« ), et « La Société de chasse« , mise en scène par Jean-Louis Thamin, mais insupportablement défigurée hélas par cet horripilant cabot qu’est le pauvre Fabrice Luchini, qui se croit irrésistiblement amusant, aussi inintelligent là qu’à son habitude, et parfaitement infidèle à la subtile et terrible efficacité de Thomas Bernhard ; la troisième pièce étant peut-être (mais j’ai échoué à en trouver jusqu’ici trace dans les archives accessibles sur le Net, ainsi que dans mes agendas) « Minetti _ portrait de l’artiste en vieil homme« … _,

    pour commencer ;

    …

    puisque je me suis ensuite passionnément intéressé à bien d’autres auteurs de la sphère d’influence germanique, en Europe centrale et orientale, comme, tout particulièrement, Bruno Schulz (« Les Boutiques de cannelle« , « Le Sanatorium au croque-mort« …), Gregor von Rezzori (« Neiges d’antan« , « Mémoires d’un antisémite« , « Sur mes traces« …), Walter Benjamin (tout l’œuvre !), Hannah Arendt (tout l’œuvre !), Lisa Fittko (« Le Chemin des Pyrénées« , devenu « Le Chemin Walter Benjamin« …), Imre Kertész (tout l’œuvre, et surtout l’indispensable « Le Chercheur de traces » _ redonné in « Le Drapeau anglais« … _ ainsi que son extraordinaire « Liquidation« , à propos des indélébiles séquelles de tout cela…),

    et bien d’autres encore, et assurément non des moindres : Aharon Appelfeld (« Histoire d’une vie« , etc.), Wlodzimierz Odojewski (le bouleversant « Et la neige recouvrit leur trace« …), Andrzej Kusniewicz (« Le Roi des Deux-Siciles« , « L’État d’apesanteur« , etc.),

    et aussi _ il ne me faut certes pas les oublier _ Pierre Pachet (« Autobiographie de mon père« ), Daniel Mendelsohn (« Les Disparus« ), Patrick Desbois (« Porteur de mémoires« ), et l’immense Saul Friedländer (les deux tomes de son monumental « L’Allemagne nazie et les Juifs« , ainsi que son « Quand vient le souvenir« …),

    etc., etc.,

    …

    jusquà mener sur quelques uns d’entre ceux-là des recherches poussées, avec même quelques découvertes _ par exemple la localisation, à Montauban, du domicile de Hannah Arendt et son époux Heinrich Blücher (à l’étage au-dessus d’un atelier de photographe), plusieurs mois durant, entre sa fuite du camp de Gurs et leur difficile sortie de France, Varian Fry et son réseau à Marseille aidant, afin, par « le chemin des Pyrénées« , et via l’Espagne et Lisbonne, de réussir à gagner New-York et les États Unis : ce dont j’ai pu faire part, les 28 et 29 avril 2014, au colloque « Hannah Arendt«  organisé au Château d’Orion par Elke Jeanrond-Premauer, avec laquelle Jutta m’avait très efficacement mis en contact… _,

    ainsi que des lectures et analyses très détaillées,

    …

    comme en mon « Lire ‘Liquidation’ d’Imre Kertész, ou ce qui dure d’Auschwitz« , achevé de rédiger le 13 janvier 2006, et redevenu accessible, grâce à Nathalie Georges-Lambrichs _ qui a réussi à le « récupérer » sur une ancienne sauvegarde sienne qu’elle est parvenue à réactiver : ouf ! immense merci à elle ! _ en mon article du 8 novembre 2022 : « « , où ce très long texte mien de lecture-commentaire-déchiffrage du « Liquidation » de Kertész est miraculeusement redevenu accessible _ il n’a finalement pas été « liquidé« , réduit au pur néant, lui, par l’accident de mon précédent ordinateur où je le conservais sans sauvegarde aucune… _ à de patientissimes lectures !!!  ;

    ce très très grand texte de Kertész qu’est ce chef d’œuvre étourdissant _ en son époustouflante complexité archi-enchevêtrée d’écriture par lui, l’auteur, puis de lecture, par nous, ses lecteurs… _, de « Liquidation« ,

    se re-révélant hélas ces jours de maintenant plus prémonitoire que jamais _ « Ce qui dure d’Auschwitz » avais-je moi aussi comme prémonitoirement sous-titré ce modeste mien « Lire ‘Liquidation’« , qui, et cela à mon plus vif étonnement (!), résiste superbement à la relecture, 17 ans après sa rédaction, achevée le 13 janvier 2006 !… _ avec le présent retour de l’incroyable plus qu’infâme barbarie déchaînée sur ces décidément malmenées _ Boutcha, Irpin, Marioupol, Bakhmout, etc. _ terres d’Ukraine ; relire ici, du très grand historien américain Timothy Snyder, pour commencer, son indispensable « Terres de sang : l’Europe entre Hitler et Staline » (et désormais Poutine !) _ et relire aussi mes articles, celui très détaillé, du 26 juillet 2012, « « , et celui, synthétique et rétrospectif, du 4 mars 2022, « « , sur ce formidable travail de Timothy Snyder en ce « Terres de sang : l’Europe entre Hitler et Staline« …

    Et où nous mesurons tout ce que nous pouvons devoir à la lucidité de poïesis la plus fine et la plus juste sur le réel des plus grands écrivains, tel ici un Kertész…

    Oui, voilà bien ce qu’apporte l’imageance des plus grands écrivains et artistes ;

    et il nous est plus que jamais indispensable, à nous leurs lecteurs, de venir toujours et à nouveau, génération après génération, les lire, et revenir, de nouveau, les relire ! Car leurs regards, via leurs très vivantes voix précieusement maintenues activement parlantes, déposées qu’elles sont dans les rythmes des phrases, des lignes et des pages de leurs livres, nous demeurent plus que jamais présents, ces extra-lucides regards visionnaires-là, via ces œuvres et chefs d’œuvre, qu’à nous, leurs potentiels lecteurs, ils ont su, tel un infiniment précieux legs, nous laisser.

    Immense merci à eux tous, ces plus grands des auteurs !!!  Et fin ici de l’incise.

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    Ma dette amicale à l’égard de Jutta, via nos conversations passionnées à la bibliothèque du Goethe-Institut, à Bordeaux, n’est donc pas mince…

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    Ci-joint, un lien au très intéressant petit portrait-vidéo (de 11′ 40) réalisé, il y a 4 jours aujourd’hui, par Jutta dans le petit studio ad hoc de la Librairie Mollat afin de présenter son livre,

    même si Jutta met davantage l’accent ici sur son action professionnelle _ très efficace et bien connue à Bordeaux _ au Goethe-Institut, que sur l’histoire personnelle beaucoup plus touchante de ce qu’elle a nommé cette très vive « passion franco-allemande » sienne, née en sa petite enfance et son adolescence _ à Cobourg, et d’abord à travers des livres de littérature… _, qui continue de l’animer et la faire encore et toujours se transcender…

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    Lire aussi un remarquable entretien, excellemment synthétique, de Jutta avec le journaliste Christian Seguin, publié dans le journal Sud-Ouest du 28 janvier 2013 sous l’excellent titre, déjà, « Une passion française » ;

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    ainsi que peu auparavant, le 15 novembre 2012, et sous la plume, cette fois, du toujours judicieux Christophe Lucet _ petit-fils du très fin Pierre-Henri Simon… _, celui, éclairant aussi, intitulé « Les quarante bougies du Goethe Institut« …

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    Ce mardi 14 février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Réception du « Une passion franco-allemande _ Souvenirs du Goethe-Institut de Bordeaux » de Jutta Bechstein-Mainhagu

    D’abord, un grand merci pour l’envoi de vos « Souvenirs du Goethe-Institut de Bordeaux » que je lirai avec très grand plaisir.

    Faire vivre vraiment une institution est quelque chose d’important, voire essentiel. 

    Assurer et assumer un passage. Et plus que jamais dans le monde d’aujourd’hui !

    Et le Goethe-Institut a eu un rôle culturel très vivant à Bordeaux – même pour un non germanophone comme moi.
    Mais ma curiosité pour toutes les cultures d’Europe a toujours été très vive !
    Je n’ai pas encore lu intégralement votre livre, mais je l’ai aussitôt parcouru avec le plus vif intérêt !
    Ma curiosité n’a pas de frontières, même linguistiques…
    Francis (et Titus Curiosus)
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    Telle a été ma réaction à la réception du « Une passion franco-allemande _ Souvenirs du Goethe-Institut de Bordeaux » de mon amie Jutta Bechstein-Mainhagu, cheville ouvrière de ce Goethe-Institut de Bordeaux depuis 1972.
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    Et pour ma part, c’est à l’occasion d’un hommage à _ l’extraordinaire _ Thomas Bernhard _ lire en priorité les 5 volumes de son admirable « Autobiographie » : « L’Origine« , « La Cave« , « Le Souffle« , « Le Froid«  et « Un Enfant«  ; sans contestation une des œuvres les plus fortes du XXe siècle ! _ que, non germanophone, j’ai franchi pour la première fois le seuil et grimpé les larges escaliers du Goethe-Institut de Bordeaux, domicilié alors Cours de Gourgue _ dans le beau bâtiment de l’ancienne Trésorerie _, et non pas, comme aujourd’hui Cours de Verdun _ dans le non moins beau bâtiment qui l’abrite désormais.
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    Et très vite j’ai fait la connaissance de Jutta Bechstein, et suis devenu un familier de ce Goethe-Institut et de ses riches conférences et rencontres avec de passionnants écrivains ; ainsi qu’ami fidèle de Jutta avec laquelle j’ai eu de nombreuses belles conversations littéraires et philosophiques.
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    Etc., etc.
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    Et Jutta m’a aussi fait faire la connaissance de son amie Elke Jeanrond-Premauer, l’organisatrice d’un séminaire marquant consacré à Hannah Arendt au Château d’Orion, en Béarn, les 28 et 29 avril 2014, dans lequel j’ai pu communiquer l’état de mes recherches (et découvertes !) sur le parcours en France de Hannah Arendt, dont son passage au camp de Gurs en 1940, à Lourdes _ cf aussi le témoignage de Lisa Fittko : l’admirable « Chemin des Pyrénées« … _, Montauban _ où Hannah retrouva son mari et résida, cachée, un long moment au-dessus d’un atelier de photographe, que j’ai pu identifier… _, Marseille _ cf le « Livrer sur commande » de Varian Fry à propos de son réseau de sauvetage des Juifs et des artistes, en 1940-41… _, avant un départ compliqué, via l’Espagne et puis Lisbonne, vers les États-Unis…
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    Ce mercredi 7 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • « Disobey orders, save the artists » : une expo Varian Fry à The American Gallery à Marseille cet automne

    Je découvre, ce samedi 26 septembre,

    l’existence à Marseille, du 30 août dernier au 29 novembre prochain,

    à The American Gallery (54 rue des Flots Bleus),

    d’une exposition-hommage à Varian Fry (1907 – 1967) et son action, à Marseille (d’août 1940 à septembre 1941), pendant la France de Vichy,

    intitulée « Disobey orders, save the artists« .

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    Voici deux de mes articles, du 7 mai 2013, et du 27 septembre 2014, où se croisait, en passant, la présence marseillaise du très valeureux Varian Fry :

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    et 

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    Le très remarquable article d’Edouard Waintrop, dans le Libération du 17 février 1998, intitulé « Fry, agent secret humanitaire sur la Canebière« ,

    est tout à fait éclairant. 

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    Fry, agent secret humanitaire sur la Canebière

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    Par Edouard WAINTROP — 17 février 1998 à 18:20

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    En 1940, cet Américain vint à Marseille pour sauver des centaines de juifs et d’antinazis. 

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    Varian Fry est mort en 1967, à 59 ans, pratiquement inconnu. Il est à l’époque simple prof de latin dans le Connecticut. Et plus grand monde ne se souvient qu’au début de l’Occupation, il a passé treize mois en France dans la zone libre, prêtant assistance à environ 4 000 antinazis et juifs allemands, autrichiens, tchèques, polonais ou français, et en sauvant directement 1 500. Dont André Breton, Max Ernst, Marc Chagall, André Masson, Jacques Lipschitz, Hans Namuth, Marcel Duchamp, Heinrich Mann et son neveu Golo, fils de Thomas, Jean Malaquais, Victor Serge, Hannah Arendt, Victor Brauner, Hans Sahl, Benjamin Péret, Franz Werfel et Wilfredo Lam. L’oubli a été _ très _ tardivement réparé. D’abord par un livre, Marseille New York, qu’a écrit Bernard Noel en 1985 (1); ensuite par l’Institut Yad Vashem, en Israël, qui a fait figurer son nom parmi les «justes» qui ont sauvé le peuple juif. Enfin aujourd’hui, par le musée juif de New York, qui présente une exposition sur son activité humanitaire. Sauf-conduit de la YMCA. C’est en 1935, en voyage en Allemagne, que ce fils d’un financier protestant de la côte Est, ancien étudiant à Harvard, assiste à un pogrome qui le marque à jamais. En 1940, la guerre met la France à genoux. Angoisse de Fry qui voit le pays des droits de l’homme signer un armistice dont l’article XIX stipule que le gouvernement français devra «livrer sur demande tous les Allemands, désignés par les autorités d’occupation, qu’ils habitent sur le territoire français proprement dit ou dans les possessions françaises, colonies, protectorats et mandats.» Des intellectuels de gauche américains partagent avec lui le sentiment que pour des centaines d’intellectuels et artistes émigrés dans les années 30, la France est devenue un piège mortel _ voilà : une nasse de mort. Ils fondent à New York un comité d’aide d’urgence. Qui décide d’envoyer un agent en France. Ce sera Fry. Il ne parle pas bien le français, est un peu naïf, mais peut disposer du sauf-conduit d’une organisation considérée comme neutre, la YMCA. L’élégant Américain de 32 ans, toujours habillé d’un costume sombre, débarque à Marseille pendant l’été 1940, avec 3 000 dollars en poche. «Les odeurs de la ville étaient françaises – ail, poisson, vin, avec des effluves de pain fraîchement cuit« », écrit il dans un livre relatant son aventure (2). Pour les Américains, Marseille (Marseilles en anglais) est un mot qui sent l’aventure, la bouillabaisse, les quartiers chauds, les agents doubles et les bidets. Fry se donne un mois pour déblayer le passage et rentrer outre-Atlantique. Il restera treize mois.

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    Chef de bande. Dans la cité phocéenne, il rencontre Frank Bohn, un représentant des syndicats américains qui est là pour sauver des personnalités social-démocrates. Celui-ci sera vite expulsé, mais aura le temps de donner à Fry les conseils pour devenir un véritable agent secret humanitaire. Sous la couverture d’un centre américain d’aide aux réfugiés qui affluent du Nord occupé par les Allemands, Fry installe un bureau et s’entoure de gens de confiance : un jeune social-démocrate allemand, Hirschman, alias Beamish ou Hermant _ une personnalité absolument remarquable : cf son livre, en 1995, « Un certain penchant à l’autosubversion« … _ ; une secrétaire polyglotte, Lena Fishman ; un noble autrichien, Franzi von Hildebrand, monarchiste qui bénéficie d’un passeport suisse ; les époux Fittko _ dont l’extraordinaire Lisa Fittko (cf son indispensable « Le Chemin des Pyrénées » ; devenu depuis sa première publication aux Editions Maren Sell, en 1987, Le Chemin Walter Benjamin : souvenirs 1940 – 1941. Le chemin du passé, paru aux Editions du Seuil, en 2020 …) _, qui feront passer plus de cent personnes par la voie F _ F comme Fittko _, route de la liberté qui traverse la montagne, entre Banyuls et Port-Bou (Espagne) _ ouverte par Lisa Fittko pour faire passer en Espagne Walter Benjamin… Il y a aussi plusieurs seconds couteaux qui se révéleront très utiles, notamment quand il faudra établir de nouveaux trajets, par Casablanca ou la Martinique. Et Daniel Benedite _ oui _, un Français, qui deviendra le bras droit de Fry lorsque Hirschman devra fuir. Avec cette équipe, Fry va commencer à se procurer des faux papiers, définir des procédures pour sauver les proscrits. Et essayer d’éviter la police de Vichy. Les flics français, Fry en verra de toutes sortes : quelques-uns l’avertiront des dangers ; d’autres, plus nombreux, se laisseront corrompre ; ou essaieront de le coincer. Quant aux services diplomatiques américains, ils sont surtout préoccupés _ en effet ! _ par leurs relations avec Vichy, et somment Fry d’en finir avec ses activités clandestines. Quand celui-ci demande un visa pour sauver Largo Caballero, le dirigeant socialiste espagnol et ancien Premier ministre républicain, le consul refuse, s’exclamant : «Oh encore un de ces rouges!» Heureusement (tout est relatif), la cour d’Aix-en-Provence a refusé l’extradition de Caballero vers l’Espagne franquiste, où on l’aurait garrotté tel un Companys : il restera prisonnier des nazis jusqu’à la fin de la guerre.

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    Fry a aussi parfois du mal à convaincre les victimes potentielles de la Gestapo. Ainsi, après le départ de Bohn, n’arrivera-t-il pas à faire évader Rudolph Breitscheid et Rudolph Hilferding, deux leaders du Parti social-démocrate allemand persuadés qu’Hitler n’osera jamais les faire arrêter, que la classe ouvrière allemande ne le permettrait pas. Ils seront pris, puis tués _ oui. D’autres sont en mauvaise santé. C’est Fry lui même qui fera donc passer la frontière espagnole au frère de Thomas Mann, Heinrich Mann, qui a 70 ans et marche difficilement, et à Franz Werfel _ époux d’Alma Malher _, trop gros pour grimper dans la montagne. Inventivité. Pendant six semaines (à partir de la fin août 1940), la tâche est quand même facilitée par la passivité de la police marseillaise et par le fait que la Gestapo n’a pas encore communiqué tous les noms des antinazis qu’elle réclame. Mais dans les mois suivants, la situation deviendra critique. Heureusement l’équipe de Fry fait preuve d’inventivité, utilisant par exemple des documents chinois, où il est écrit en idéogrammes «absolument interdit d’entrer en Chine», que les Espagnols et Portugais prennent pour des visas. Il y aura toutefois des échecs. L’évasion de Walter Benjamin s’achèvera par un suicide dans le bureau des gardes civils de Port-Bou _ le lendemain de son passage, grâce à Lisa Fittko, par la montagne. Le peintre Otto Freundlich, dénoncé par un voisin, sera déporté vers un camp de la mort. En revanche, Fry réussira à faire partir (par bateau) tous les locataires de la villa Air-Bel, les surréalistes, avec un Breton chef de bande, Max Ernst qui débarque d’Ardèche, Victor Brauner et Wilfredo Lam. Sans oublier Victor Serge, l’auteur de S’il est minuit dans le siècle, l’ancien compagnon de Trotsky qui a connu les geôles de Staline.

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    Mais l’été 1941, le capitaine de Rodellec du Porzic _ l’Intendant de police de Marseille _ informe Fry qu’il va le faire expulser, «parce que vous avez protégé des juifs et des anti nazis». A l’automne, il est à New York. A la fin de l’année, les Japonais attaquent Pearl Harbour, les Etats-Unis rompent avec Vichy et entrent en guerre. En décembre 1942, dans New Republic, Fry écrit le Massacre des juifs, un article sur la situation en Europe. Quelques mois plus tard, il rompt avec ce magazine pour protester contre le sentiment prostalinien de ses animateurs. Le reste de sa vie ne sera pas gai. Sa première femme mourra, il se séparera de sa seconde. Vivra en solitaire au nord de New York. Et sombrera dans l’oubli _ oui.

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    1) Ed. André Dimanche à Marseille.

    2) Fry a écrit deux livres sur son activité à Marseille : Assignment Rescue et Surrender on Command.

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    Hommage new-yorkais L’exposition du musée juif _ de New-York, en 1998 _ commence par une évocation de l’Occupation. Avec des fac-similés de documents, une radio en Bakélite, une carte de la France avec la division entre les zones annexées, la zone occupée et la zone dite libre. On en vient ensuite à Marseille, aux chambres d’hôtel qui sont reconstituées, avec ces salles de bains de l’époque qui fascinent tant les Américains, des photos de Fry, une machine à écrire Underwood censée lui avoir appartenu. Puis on découvre les peintures de Victor Brauner, Marc Chagall, Max Ernst, les dessins d’André Masson, un ready made de Duchamp (tous artistes sauvés par Fry). Ainsi que des œuvres d’Otto Freundlich qui, lui, périt dans un camp de la mort. Dans une bibliothèque s’alignent les livres de Victor Serge (S’il est minuit dans le siècle), André Breton (les Vases communicants), Tristan Tzara, etc. Ne manque que la version intégrale de Sierra de Teruel de Malraux que Fry parvint à faire livrer à la bibliothèque du Congrès.

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    Edouard WAINTROP

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    Assignment Rescue. L’histoire de Varian Fry, organisée par le United States Holocaust Memorial Museum, jusqu’au 29 mars au Jewish Museum de New York.

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    Dans le cadre de mes recherches sur les activités de Résistance dans la France de Vichy,

    je me suis intéressé d’un peu près aux activité marseillaises de Varian Fry _ notamment pour aider la sortie de France de Hannah Arendt _ ;

    et je possède une intéressante collection de livres à lui et son action consacrés.

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    On notera aussi le témoignage de Stéphane Hessel (1917 – 2013), compagnon de randonnées de Varian Fry, en Provence.

    Stéphane Hessel est le fils d’Helen Hessel Grund (1886 – 1982), très active dans l’organisation marseillaise de Varian Fry ; et qui fut la Kathe de Jules et Jim, dans le roman épatant _ et autobiographique _ d’Henri-Pierre Roché, Jules et  Jim.

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    Varian Fry mérite tout notre intérêt…

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    Ce samedi 26 septembre 2020, Titus Curiosus, Francis Lippa

  • La tâche infinie de l’intelligence des choses à infiltrer-pénétrer-percer : comprendre et s’entrecomprendre, ou Hélène Cixous, à nouveau, dans « 1938, nuits »

    C’est à l’infini de la disponibilité « de l’encre et du papier en ce monde« 

    _ pour reprendre un élément crucial de la situation que se donnait Montaigne en sa Tour d’écriture (Essais, III, 9, De la vanité) _

    que continue de s’affronter, avec une immense générosité, la tâche que s’assigne,

    depuis en quelque sorte toujours

    _ tel un destin passionnément et librement assumé, et cela dès sa toute première enfance, ainsi qu’elle même le note, page 124 de 1938, nuits : « Toute ma vie ou presque, j’ai pris des notes, je ne sais pas pourquoi avant d’écrire j’écrivais, déjà dans les années soixante _ ou plutôt bien avant ! _ je notais des phrases d’Omi ma grand-mère, je ne relisais pas, ce n’était pas de la littérature, je ramassais des feuilles encore vivantes, je ne laissais pas tomber » : voilà !.. : « ne pas laisser tomber » ; jamais : la tâche (et avec, bien entendu, ses reprises, afin de toujours mieux comprendre) est en effet proprement infinie… Comme l’écriture via ses relectures infinies (et ajouts, en encres diverses), de Montaigne… _

    Hélène Cixous,

    cette année-ci _ 2018, en sa maison d’Arcachon _

    dans l’écriture _ plus que jamais miraculeuse _ de 1938, nuits (aux Éditions Galilée).

    …

    …

    Á propos de la frénésie d’écriture qui prend certains auteurs _ tel (pas mal par accident : il lui fallait vider son sac, et donner à l’avenir le maximum de détails de son précieux témoignage de l’horreur nazie qu’il venait de vivre) ; tel un Fred Katzmann, en mars 1941 _ qui narrent leur Erfahrtung _ le très important concept benjaminien d‘Expérience _ de l’horreur subie,

    Hélène Cixous écrit, page 33 :

    …

    « L’auteur _ Fred Katzmann, au mois de mars 1941, à Des Moines, Iowa _ ne voulait pas perdre une seconde de parole _ à prendre maintenant, ou/et à noter du passé récent, encore frais dans la mémoire, pour se défendre du gouffre terriblement effaceur de l’oubli qui le menaçait… _,

    il n’y aurait jamais assez de papier en ce monde _ voilà l’expression montanienne _ pour décrire _ voilà ! avec un maximum de précisions ; et la tâche, bien sûr, est immense _ toute la vérité _ en sa pleine et plus riche extension possible _,

    ça se voyait ce que l’auteur voulait faire, disons Fred : un mémoire  _ Bericht _ qui ne négligerait pas un  _ seul _ instant, pas une _ seule _ goutte de sang, pas une virgule acérée,

     

    …

    car ce fut le temps Unique dans l’Histoire,

    certains ont tout oublié, certains se souviennent de chaque minute de l’Unique, personne ne sait avec exactitude ce que c’est qu’oublier, ce que les souvenants oublient, ce que les oubliants n’oublient pas, combien de temps dure l’oubli, le souvenir,

    l’auteur se souvient-il une fois pour toutes afin de pouvoir _ enfin, lui, pour se remettre à vivre en mettant tout cela à distance vivable… _ oublier,  » _ lit-on pages 33-34 ; on ne dira jamais assez combien la phrase-souffle d’Hélène Cixous est admirable !

    …

    …

    Témoigner de cet Unique-là

    constitue donc une nécessité et un devoir

    absolus

    pour les rares qui ont réussi à pouvoir en réchapper !

    _ Primo Levi a dit, lui : Les Naufragés et les rescapés…

    …

    Et déjà pour ceux qui n’en réchapperaient pas _ lire ainsi, parmi tant d’autres témoignages d’outre-tombe sacrés,

    l’admirable Des Voix sous la cendre…

    …

    …

    Comme je l’ai, au passage pointé, dans mon article introductif d’avant-hier,

    ,

    …

    cet opus-ci, d’Hélène Cixous, 1938, nuits,

    est à certains égards une simple suite _ -poursuite _ à _ de _ son dialogue-conversation continué(e) _ infernalement poursuivi (et paradisiaquement enchanté) _ avec quelques uns de ses plus proches _ dont sa fille et son fils, au présent de l’écriture, l’été 2018 à Arcachon ; mais aussi ses défunts bien aimés (sa mère Ève Klein-Cixous et sa grand-mère Omi Rosie Jonas-Klein) avec lesquels la conversation se poursuit très intensément _ ;

     

    …

    et, au tout premier chef, pour commencer, bien sûr, sa mère, Ève Cixous, née Klein (Strasbourg, 14 octobre 1910 – Paris, 1er juillet 2013) _ la reine pour jamais des interlocuteurs vibrants d’Hélène _ :

    une redoutable et plus encore hyper-efficace interlocutrice,

    avec son formidable inépuisable allant et répondant ! Quel extraordinaire punch !!! jusqu’en ses 103 ans…

    …

    …

    Mais aussi, en un peu _ ou beaucoup _ moins loquace _ et répondante _,

    sa tendre et chère _ et infiniment discrète (via les épreuves traversées de profondes meurtrissures) _ grand-mère, Omi : Rosalie (Rosie) Klein, née Jonas (Osnabrück, 23 avril 1882 – Paris, 2 août 1977),

    parvenue dare-dare, et tant bien que mal, et avec quelques bagages, et presque in extremis, chez les Cixous, à Oran, à la fin du terrible mois de novembre 1938 _ du moins à ce qu’il me semble pour ce qui concerne sa date d’arrivée à Oran ; il faudrait mieux le vérifier ; mais cela me semble être juste…

    …

    …

    Et c’est à Osnabrück surtout _ mais pas seulement, bien sûr ; probablement à Dresde aussi ; du moins pour Omi (et sa sœur Hete-Hedwig, et son beau-frère, Max Stern) _

    que s’est jouée une partie importante du sort tragique de la famille maternelle _ côté Jonas, pas côté Klein _ d’Hélène,

    durant les terribles années du nazisme

    _ Osnabrûck, qui ne venait tout juste de s’ouvrir à des résidents juifs que depuis deux années à peine, en 1880, lors de la naissance de Rosie, en 1882 ; très peu avant qu’y naisse, en effet, le 23 avril 1882, la petite Rosalie Jonas, au foyer d’Abraham Jonas (Borken, 18 août 1833 – Osnabrück, 7 mai 1915) et son épouse Hélène Meyer (décédée à Osnabrück le 21 octobre 1925) : oui, en 1880 seulement. Jusqu’alors les Jonas, juifs, vivaient un peu plus loin d’Osnabrück, à Gemen-Borken ; les Juifs étant demeurés jusque là indésirables comme résidents à Osnabrück…

    …

    …

    Comprendre !

    Oui, c’est bien là le maître mot de la vie et de l’œuvre _ d’écriture, poursuivie depuis toujours _ d’Hélène Cixous, face aux énigmes et mutismes du monde, y compris _ ou peut-être même surtout _ le plus proche.

    …

    …

    Ainsi, page 101, Hélène Cixous se confronte-t-elle à l’énigme de « ceux qui ne sont pas partis« , voire « sont partis puis revenus » ; tel son grand-oncle _ « Oncle André« , le frère aîné d’Omi : il lui est, en effet, assez emblématique de pas mal d’autres, dont le parcours semble lui être demeuré un peu plus obscur _ Andreas Jonas _ dit « l’oncle André«  par Ève _, parti en, puis revenu de, Palestine (ou Eretz-Israël) _ en 1936, après dispute avec sa tendre, pas si tendre que cela, fille Irmgard, qui vivait dans un kibboutz près du Lac de Tibériade, en Eretz-Israël _, se mettre « dans les mâchoires du Léviathan » (l’expression se trouve page 58 de Gare d’Osnabrück, à Jerusalem).

    …

    Page 58, mais cette fois de 1938, nuits, se trouve,

    et à propos de Walter Benjamin _ dont le parcours a pu croiser celui de Siegfried Katzmann : peut-être « à Paris, en 1937, dans le café près de l’ambassade des États-Unis« , page 62 ; ou peut-être à une autre date (1935 ?) le doute demeure… _,

    la phrase :

    …

    « Et pourquoi Benjamin reste ici où là _ réfugié en France _ jusqu’à ce que les dents du crocodile se referment sur lui _ cf sur son parcours si maladroit de fuite, le sublime Le Chemin des Pyrénées, de Lisa Fittko (paru aux Éditions Maren Sell, en 1987) _,

    il a eu le temps d’écrire l’essai sur le charme des mâchoires… » ;

    …

    et page 107 :

    « Il y en a qui partent, mais pas assez loin, c’est comme si on se déplaçait soi-même d’un KZ à un KZ,

    quand Frau Engers va se réfugier à Amsterdam, c’est comme si elle venait cacher ses petits dans la gueule du loup » ;

    …

    et encore, page 116 :

    « La grande Mâchine ouvre ses mâchoires et referme. Clac ! Cyclope amélioré » ;

     

    …

    et page 145 :

    « la gueule de la mort« …

    …

    …

    Ainsi, page 102, Hélène constate une fois de plus que

    sa « mère _ Ève Cixous née Klein _ n’a jamais compris comment pourquoi sa _ propre _ mère Rosi Klein née Jonas ne comprenait pas » ;

    quoi donc ? qu’il devenait _ en 1929, 1933, 1934, 1935, 1938… _ de plus en plus vitalement urgent de fuir ! Fuir, et au plus vite, et Osnabrück, et Dresde, et l’Allemagne. Fuir les mâchoires des Nazis !

    …

    Et Hélène en conclut _ et cela la chagrine passablement ! voire la poursuit… _ :

    « je n’arrive pas à entrer dans l’intérieur d’Omi » ;

    …

    un peu plus loin, pages 109 à 119,

    c’est « dans l’intérieur de Fred » que _ à défaut, donc, d’« entrer dans l’intérieur d’Omi » elle-même… _ vient

    _ « mais faire Fred, c’est _ seulement, et par défaut… _ une excursion » (page 109), pour Hélène ;

    même si c’est à cette principale et très essentielle, pour Hélène, fin de mieux comprendre (enfin ?) Omi, demeurée si longtemps en Allemagne, et se trouvant à Osnabrück (ou plutôt Dresde ? l’ambigüité demeure !) au mois de novembre 1938, dans la « mâchoire«  des nazis !, qu’Hélène s’est décidée, ici à cette « excursion«  qu’est « faire Fred«  ! _

    se placer l’auteure :

    …

    « Je n’aurais jamais pu m’imaginer que je me glisserais _ ici, et cet été 2018, dans l’écriture de ce 1938, nuits _ dans l’intérieur de Fred »

    _ un personnage peu pris au sérieux de son vivant par Hélène, ni même, déjà, par sa mère, pour laquelle Fred n’était qu’un commode compagnon (sur le tard de leur vie de retraités) de voyage d’agrément de par le vaste monde… _,

    même si « faire Fred, c’est _ seulement _ une excursion » _ j’insiste, j’insiste : soit seulement un détour de l’écriture et l’imageance, à défaut de (et afin de, surtout), mieux comprendre vraiment, enfin, Omi « de l’intérieur« .

    …

    …

    Laquelle Omi, toujours page 102, « ne voyait pas _ vraiment _ qu’elle ne voyait pas _ avec lucidité _ ce qu’elle voyait » _ de ses yeux ; oui, ce qui pourtant, là, sous ses yeux, aurait dû lui crever les yeux ! faute de comprendre vraiment ce qui s’offrait, là, à sa vue, juste sous ses yeux (« je n’arrive pas à entrer dans l’intérieur d’Omi, Nikolaiort 2, par la fenêtre _ à Osnabrück « Nikolaiort 2, par la fenêtre« , du moins, comme c’est fort bien spécifié là, page 102 ; mais Omi ne se trouvait-elle pas bien plutôt alors à Dresde ? Il y a une ambiguïté persistante pour moi _ elle donnait _ voilà ! depuis sa fenêtre de la maison osnabrückienne des Jonas _ sur l’horlogerie-bijouterie Kolkmeyer NSDAP en chef, elle ne voyait pas qu’elle voyait la bannière du Reich pendre jusqu’au sol, elle ne voyait pas qu’elle ne voyait pas ce qu’elle voyait « , page 102, toujours), mais bêtement (sans vraiment voir !), ce qui crevait pourtant les yeux d’autres un peu plus lucides qu’elle, Rosie ; mais pourquoi ? Faute d’en échanger un peu, si peu que ce soit, là-dessus avec d’autres ? Et de « s’entrecomprendre«  (le mot est prononcé page 101) avec eux ?.. Manquant cruellement de la plus élémentairement vitale lucidité, par conséquent.

    …

    …

    Et je poursuis l’élan de la phrase que je viens de commencer à citer :

    …

    « Depuis 1938, elle ne voyait ni 1933 ni _ se profiler très vite, sofort... _ 1942

    _ et la mort à venir à grands pas, cette seule année 1942, à venir si vite, de deux de ses frères et de deux de ses sœurs (à part l’oncle André, mort à Theresienstadt le 6 septembre 1942, je n’ai pas encore réussi à identifier de quel autre des frères Jonas et de quelles deux sœurs nées Jonas d’Omi, il s’agit là (même si son beau-frère, le mari de sa sœur Hete-Hedwig, Max Stern, le banquier, est effectivement décédé à Theresienstadt en 1942 (le 8 décembre 1942)… ; manque ainsi, pour les Jonas, l’éclairage d’une généalogie, telle celle donnée pour les Klein, aux pages 193-194, dans le cahier final, avec aussi des photos, de Photos de racines)… _,

    une femme si distinguée« …

    …

    …

    « Tu m’écoutes ? dit _ une page plus loin, page 103 _ ma mère _ décédée depuis cinq ans (le 1er juillet 2013), cet été de l’écriture de 1938, nuits _,

    à ces mots je me réveille de ma rêverie éloignée,

    je n’ai pas écouté, quand ma mère me raconte _ le verbe est bien au présent ; c’est que la conversation avec Ève, décédée, oui, depuis cinq ans, se poursuit très effectivement ; Hélène converse bien et régulièrement avec elle ; même si c’est non sans de menues intermittences, qui ne manquent pas d’angoisser, voire de mettre en colère, Hélène (cf l’épisode narré à la page 10 du voyage en Cadillac d’Ève et Fred, à partir de Des Moines (en 2000)… _ la famille Flatauer, les Nussbaum _ de futurs assassinés d’Osnabrück _,

    plus tard je ne pourrai _ si le fil, coupé, est perdu _ plus jamais remonter le temps _ pour, le retrouvant, en écrire-témoigner de ce qui a été autrefois si précieusement mais fragilement témoigné par quelques uns, parfois même un unique (cf Carlo Ginzburg : Un seul témoin ; où est superbement analysé et merveilleusement commenté l’adage du droit : Testus unus, testus nullus… _

    et à jamais je ne saurai pas comment finit l’histoire _ de ces personnes-ci, dont les noms prononcés n’ont pas été, une fois le fil de témoignage rompu (ne serait-ce que par inattention ou distraction), retenus, c’est-à-dire sauvés !.. (…)

    …

    Dans L’Iliade, tous les noms sont sauvegardés _ voilà ! par le récit, qui les retient, d’Homère _,

    ici dans le poème effiloché _ magnifique expression ! _ d’Osnabrück, il y a des trous _ des lacunes ;

    cf mon article du 17 juillet 2008 sur mon blog En cherchant bien, de la librairie Mollat :  : à propos de l’enquête menée à Objat, en Corrèze, par Jean-Marie Borzeix en son passionnant Jeudi saint, à propos de Juifs raflés par des nazis en 1944… _ partout,

    on n’écoute pas _ le constat est assez général, et assez significatif, si l’on y réfléchit trois secondes ; si vient à manquer quelque témoin narrateur… ;

    …

    cf aussi, à propos de ce travail pour inlassablement combler les lacunes voulues par les assassins,

    le magnifique travail du Père Patrick Desbois en son indispensable Porteur de mémoires… _,

    …

    quarante ans nous séparent,

    pas seulement entre temps et générations,

    dans la rue même, dans la maison, à table,

    il y a toujours ces épaisseurs _ quelle écriture admirable ! et quelle justesse du penser ! _ entre nous _ qui ne nous entrecomprenons pas assez ! à la façon des idiosyncrasiques monades de Leibniz, qui n’ont « ni portes, ni fenêtres« … _,

    …

    Omi n’écoute pas ma mère _ sa fille Ève, si pragmatique, invariablement, elle _,

    …

    ces larges étendues neutralisées qui entourent le moi d’une bande _ formidablement dangereuse _ d’indifférence _ anesthésie, cécité, surdité, inattention coupable, imbécile légèreté… : quelle qualité phénoménale d’expression ! _,

    …

    même la manifestation _ nazie _ de 1935 qui rassemble 30 000 Osnabrücker sur la place Ledenhof, c’est-à-dire toute la ville en âge de s’exprimer, ne propage pas jusqu’aux tympans de l’âme _ celle seule à même de comprendre vraiment les signaux (muets, hors discours) qui parviennent du corps _ son effroyable vacarme de mort

    _ mais Omi se trouvait-elle alors à Osnabrück, au Nikolaiort 2 ? ou bien plutôt à Dresde ?.. _,

    on n’écoute pas les nazis disent certains, on n’écoute pas les Juifs,

    on n’écoute personne » _ voilà la terrifiante erreur, qu’il faudrait encore et toujours et en permanence avec le plus grand soin méditer : s’entrécouter et « s’entrecomprendre«  vraiment les uns les autres…

    …

    …

    Ici, sur la mécompréhension,

    et les terribles difficultés à « s’entrecomprendre » _ le terme, capital !, apparaît, en hapax, au bas de la page 101 _,

    je veux remonter un tout petit peu plus haut, aux pages 100-101 :

    …

    …

    « Mais on n’entendra jamais les réponses ou les explications de ceux-qui-ne-reviennent-pas à Osnabrück

    parce qu’ils ne sont pas _ du tout _ partis _ et se sont bientôt trouvés pris, capturés, puis massacrés, enfermés-englués qu’ils étaient dans la nasse

    (ou « la cage« , ou « le coffre, le Safe… », page 76, et c’est alors Ève qui parle avec une ironie acerbe) 

    refermée (« Clac !« ) sur eux.

    …

    Les Nussbaum,  par exemple ? Et les Jonas. Et Raphael Flatauer ?

    …

    …

    C’est à ceux-là _ les massacrés, privés de tombes, ceux-là, avec leurs noms gravés dessus _ que je m’adresse depuis des années

    _ clame ici Hélène : au moins depuis l’écriture d’Osnabrück, en 1998 _,

    …

    à ceux qui sont restés _ encalminés, poissés, à quai _ quand leurs amis _ tel son ami Gustav Stein pour Andreas Jonas, le 23 octobre 1935 (voir les deux terribles tranquilles photos du cahier final de Gare d’Osnabrück à Jérusalem… _ ont commencé à partir,

    …

    …

    ceux qui ont accompagné leurs enfants ou leurs frères à la gare d’Osnabrück _ un lieu éminemment stratégique : la voie de salut de la fuite ; et ce n’est évidemment pas pour rien qu’un volume suivant d’Hélène Cixous, écrit l’été 2015,  s’est intitulé Gare d’Osnabrück à Jérusalem ! _ … _,

    …

    …

    ceux qui ont regardé _ du quai _ partir _ sans eux, qui restaient _ les trains vers toutes les directions de correspondance avec la France ou avec Amsterdam, car Osnabrück est un nœud ferroviaire (…),

    ils sont restés sur le quai ils ont agité la main et souri (…),

    …

    et en rentrant à pied de la gare à Nikolaiort _ que surplombe, au n°2,  la belle, large et haute demeure des Jonas (Abraham, puis son fils aîné Andreas) à Osnabrück _,

    que pensait _ donc, en son for intérieur _ Omi ma _ discrète et intériorisée _ grand-mère? (…),

    …

    …

    ceux qui sont rentrés « à la maison« , alors qu’objectivement on ne pouvait plus rentrer à la maison,

    …

    …

    je ne cesse de me dire que je ne les comprends _ eux tous _ pas

    _ et ce point-là est bien sûr décisif ! Et mieux encore : carrément obsédant-torturant pour Hélène.

    …

    …

    Et pourquoi mon esprit revient-il _ en effet ! _ depuis tant d’années _ obstinément _

    cogner à la vitre _ trop muette _

    de cette scène ?« 

    _ quelle langue admirable ! Nous sommes confondus d’admiration !

    Et nous nous reporterons aussi, j’y insiste, au terrible (en sa pleine assassine innocence) cahier de photos offert en conclusion de Gare d’Osnabrück à Jérusalem, après la page 160 :

    …

    aux deux terriblement innocentes photos d’adieux d’Andreas Jonas à son ami Gustav Stein, le 23 octobre 1935, sur le quai de la gare d’Osnabrück….

    …

    …
    Avec ce nouveau terrible constat de l’auteure, aux pages 101-102 :

    …

    « Selon moi, les Juifs d’Osnabrück fin 1938 ne comprennent pas _ non plus _ les Juifs 1940,

    …

    les Juifs selon les dates _ à nouveau quelle sublime cixoussienne expression ! _ s’entrecomprennent _ et ici plus encore !!! _ de moins en moins,

    …

    ils se font des signes _ mais pas assez parlants ; ou sans les bonnes phrases (d’un peu lucide avertissement ; ou de vraie compréhension rétrospective des tenants et aboutissants de l’idiosyncrasie, toujours complexe, des diverses situations…) ! _ sur les quais des trains, sur les montagnes, sur les rives,

    …

    ils s’appellent,

    …

    ils ne s’entendent pas »

    _ faute de pouvoir déplier vraiment, en phrases, et en phrases effectivement prononcées, et si possible aussi vraiment entendues, leurs pensées et arrière-pensées, demeurant ainsi non pensées, faute d’être exprimées dans de vraies phrases, réellement déployées, et réellement échangées, et réellement entendues, c’est-à-dire vraiment comprises.

    Mais était-il seulement possible de se représenter un peu lucidement en 1938 ce qui adviendrait en 1940 ? L’uchronie ne peut être hélas que fantasmatique ; et ne peut décidément pas être efficacement à 100 % prospective…

    …

    Une part, même si ce n’est pas le principal, du processus de la tragédie, réside aussi là : réussir à « s’entrecomprendre«  vraiment.

    …

    …

    Ainsi, page 104, Hélène conclut-elle que

    « jusqu’en 1938, Omi ne s’est pas _ vraiment _ rendue compte _ de la réalité d’Osnabrück (ou peut-être de Dresde) et l’Allemagne sous Hitler _,

    sinon elle serait partie avant« …

    …

    …

    Mais _ et cela sans cuistrerie, ni lourdeur, aucune _ un concept plus précis va bientôt apparaître et intervenir, cependant, dans l’intelligence un peu profonde de ce qui fut,

    …

    et via un auteur

    avec lequel un des personnages, Siegfried Katzmann, a tenté d’établir un contact,

    par lettre adressée à Vienne, probablement en 1938, mais hélas un peu trop tard _ Freud va quitter Vienne (pour gagner Londres) le 4 juin 1938 _,

    en vue d’en recevoir un conseil ;

    …

    et lui aussi, Siegfried-Fred Katzmann, est peut-être, au moins alors, victime de ce que Hélène qualifie magnifiquement, page 95, de « démon du contretemps« 

    _ quelle sublime expression, ici encore ! _

    …

    auquel, presque tous _ ajoute-t-elle _,

    « nous obéissons comme des insensés«  ;

    …

    sauf Ève, toujours si lucide-réaliste-pragmatique, vive, et surtout prête, elle :

    « ready, the readiness is all« , aime-t-elle proférer ;

    même si elle attribue à Heine ce qui revient à Shakespeare (Hamlet, V, 2), page 10 de 1938, nuits :

    …

    cet auteur qu’a effectivement cherché à joindre par lettre Siegfried Katzmann

    _ mais sans en obtenir de réponse : le « démon du contretemps«  ayant cette fois encore, en 1938, frappé ! _

    étant Sigmund Freud

    _ Freiberg (aujourd’hui Příbor, en Moravie), 6 mai 1856 – Londres, 23 septembre 1939.

    …

    À suivre…

    …

    …

    Ce mercredi 6 février 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa