Étiquette : legs

  • Après mon récapitulatif en 6 articles des chapitre 5, 7, 8, 9, 10 et 11 du tragico-désopilant méditatif « Et la mère pond vite un dernier œuf » d’Hélène Cixous, début du passage en lecture-commentaire des 5 chapitres restants : 1, 2, 3, 4 et 6…

    Après mon récapitulatif en 6 articles des chapitres _ c’est moi qui me permets de les numéroter ici : le choix même de leur ordre choisi d’apparition-succession dans le livre qui les recueille-ajointe-juxtapose, pouvant et devant faire question…  _

    5 « Je veux être aussi criminelle que possible » (pp. 39 à 50 = 12pages),

    7 « Pour un Prologue » (pp. 60 à 62 = 3 pages),

    8 « La Fugitive » (pp. 63 à 76 = 14 pages),

    9 « Le legs empoisonné _ laissons les livres » (pp. 77 à 93 = 17 pages),

    10 « Max und Moritz, et ma mère » (pp. 94 à 112 = 19 pages),

    et 11 « Le chat et le château » (pp. 113 à 137 = 25 pages),

    du délicieux tragico-désopilant méditatif  » Et la mère pond vite un dernier œuf » d’Hélène Cixous en mon article «  » en date du 21 novembre dernier,

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    j’annonce entâmer ce mardi 26 novembre un passage en revue de lecture-commentaire des 5 autres chapitres restants de ce décisif opus-recueil-trésor donné cixoussien : les chapitres

    1 « L’an 2021 nuit » (pp. 11-12 = 2 pages),

    2 « La vie est une chasse » (pp. 13 à 15 = 3 pages),

    3 « Je n’ai pas été c, c. » (pp. 16 à 29 = 14 pages),

    4 « Sans nom » (pp. 30 à 38 = 9 pages),

    et 6 « Cérémonies » (pp. 51 à 59 = 9 pages) ;

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    soient des articles un peu négligemment _ « distraitement, oui, à  l’étourdie bonne volonté« , prononce quelque part (c’est page 18) Hélène, quand elle s’insurge : « Pourquoi un seul nom pour innommer l’innommable ? Soudain tous les noms se sont _ indistinctement et dans la confusion _ appelés Shoah, ou Holocauste, ou catastrophe. Je n’en revenais pas. C’est comme si l’on avait, distraitement, oui, à l’étourdie bonne volonté, incinéré les cendres » mêlées-confondues indistinctement (« Sans nom » est le titre d’un des chapitres de ce recueil) de chacun des disparus uns à uns assassinés ; nul chapitre ici (non plus que nulle page, et pas même un seul mot : tous, et sans nulle exception, ayant chacun leur absolue égale sacrée raison d’être !), nul chapitre, donc, donné-légué en ce recueil-trésor-ci (peut-être « vite un dernier œuf » pondu ?, et de cela bien évidemment je m’inquiète-affole-tremble, et pose la question…) ne doit être distraitement, « à l’étourdie« , négligé, survolé, délaissé, oublié, une fois encore incinéré, en étant livré au silence abyssal définitivement sans écho (comme si à la fin c’était la mort pliant le match qui gagnait !) d’une possible un poil trop inattentive lecture de notre part à nous de lecteurs (« ils croyaient lire et que c’était un livre, (…) ils sautaient des pages, croyaient-ils, ils sautaient des fosses funèbres, ils ne le savaient pas « , sommes-nous pourtant bien, même si c’est indirectement, prévenus, page 34, à propos alors du livre « de sang » laissé-légué à notre trop souvent élusive attention étourdie abrutie, par l’ami notre compatriote de Lemberg-Lvow-Lvov-Lviv Piotr Rawicz), accordée à ce nouveau trésor-legs de livre d’Hélène, pourtant lancé-confié, par l’attention toute spéciale aussi de l’éditeur (page 9), à notre espérée-rêvée pas trop inattentive attention de lecteur un peu scrupuleux de ce nouvel opus, bourré aussi de fantaisie jubilatoire et profonde, que vient nous offir tout spécialement de sa main et de sa plume si amicalement la chère Hélène… _ passés par-dessus bord, par ma faute, et tout particulièrement le sublimissime si substantiel chapitre 3, « Je n’ai pas été en c. c. » _ probablement l’acmé-sommet de ce livre-recueil-trésor ! _, aux pages 16 à 29,

    puisque je ne m’étais décidé à prendre ma plume de lecture-commentaire qu’à partir, seulement _et  pourqoi donc pas plus tôt ? _ du très marquant lui aussi _ frontalement provocateur, lui _ chapitre 5 « Je veux être aussi criminelle que possible« , aux pages 39 à 50… 

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    Lectures donc à venir ces jours qui suivent…

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    Ce mardi 26 novembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • A tirer des larmes, un ultime double sublimissime CD Brahms (les Quatuors à cordes avec piano n° 2, Op. 26, et n° 3, Op. 60) avec Lars Vogt, qui nous pétrifie de bonheur musical…

    Comme pour compléter, et en musique s’il vous plaît !, mes articles «  » du 4 novembre 2023, et  «  » du 7 novembre 2023, qui tous deux mettent le doigt sur l’absolue fibre brahmsienne du piano de Lars Vogt,

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    ainsi que le salutaire récapitulatif «  » du 1er janvier 2024,

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    voici que l’excellent label Ondine nous fait l’inestimable et inattendu cadeau de publier encore, ce mois de septembre 2024, un double album ODE 1448-2D « Brahms – Piano Quartets N0s 2 & 4«  _ « Lars Vogt’s Last Recordings« … _ de Christian Tetzlaff, violon, Barbara Buntrock, alto, Tanja Tetzlaff, violoncelle, et Lars Vogt, piano,

    enregistrés,

    le n°2, Op. 26 en La Majeur, en studio à Brème, les 3 et 4 mars 2022 _ de cet Op. 26, écouter ici l‘Allegro non troppo (15′ 17), le Poco Adagio (11′ 14), le Scherzo – Poco allegro (11′ 14) et le Finale : Allegro (10′ 18)… _  ;

    et le n°3, Op. 60 en do mineur, Live à Heimbach, le 26 juin, au Festival ‘Spannungen’ qu’a fondé et que dirigeait de sa radieuse humanité le merveilleux Lars Vogt _ de cet Op. 60, écouter ici l’Allegro non troppo (9′ 51), le Scherzo – Allegro (4′ 20), l’Andante (4′ 57) et le Finale : Allegro comodo (10′ 24)… 

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    Et le temps a hélas manqué à Lars Vogt pour enregistrer aussi _ ne serait-ce que, lui aussi, en Live, mais Lars Vogt était trop épuisé en cette fin juin 2022 !.. _, avec ses très chers amis, si complices, Tetzlaff, le Quatuor avec Piano n°1, Op. 25 en sol mineur…

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    Voici donc de sublimissimes _ ultimes _ interprétations brahmsiennes de Lars Vogt _ quel idoine toucher !!! Et dans quel contexte personnel, et à Heimbach : c’est poignant et déchirant de parvenir à ce parfait jeu-là… _ et ses amis Tetzlaff _ du cancer dont il souffrait et qui finira par avoir raison de sa vitalité solaire, Lars Vogt, né à Düren le 8 septembre 1970, devait, en effet, décéder, à Erlangen, le 5 septembre 2022 ; soit 2 mois et 9 jours après cet ultime Brahms Live à Heimbach du 26 juin… _ qui nous tirent des larmes…

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    Brahms était probablement _ mais je n’ai que trop conscience, en affirmant cela, de dévaloriser si peu que ce soit ses sublimissimes aussi Schubert, Mozart, Mendelssohn… _ le compositeur idéal de Lars Vogt _ ré-écoutez ceci…

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    Le solaire piano de Lars Vogt _ et  jusqu’en les ultimes déchirements de son souffle vital indéfectiblement tendu, en son irréfragable élan, irrésistible, vers l’atteinte de l’essentiel… _, était bien l’incarnation _ et la trace qui demeure, tel un inépuisable legs de son infinie générosité… _ de la musique même…

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    Ce samedi 21 septembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un superbe CD « Legacy » de Christian-Pierre La Marca au violoncelle, avec Julien Chauvin dirigeant son excellent Concert de la Loge, afin de rendre un bien bel hommage à ce qu’a légué, sur son propre violoncelle Nicolo Porpora (1686 -1768), à Joseph Haydn (1732 – 1809, et qui fut son élève à Vienne), surtout, mais aussi Gluck (1714 – 1787) et Mozart (1756 – 1791), soit un pan à beaucoup mieux explorer de l’histoire de la musique au XVIIIe siècle : la postérité autrichienne de Nicola Porpora…

    C’est un magnifique CD, à la rayonnant musicalité, que ce CD « Legacy«  _ le CD Naïve V 7259 paru en 2022 _, que j’ai d’abord eu la chance d’entendre au vol, le jeudi 25 mai dernier, sur mon auto-radio, et sur France-Musique, avec une passionnante présentation de Christian-Pierre La Marca, violoncelliste, et qui tout aussitôt m’a incité à venir me procurer ce CD…

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    Bien caché, il a fallu le rechercher un peu partout, pour le dénicher au milieu du rayon Haydn de mon disquaire préféré : un exemplaire de ce CD somnolait encore, parmi d’autres CDs de Concertos pour violoncelle, de Joseph Haydn… Ouf !

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    Une première écoute en magasin des œuvres et extraits d’œuvres _ et c’est alors très frustrant ! _ présents sur ce CD, ne tarda pas de confirmer ce que j’avais pressenti et ressenti au vol, dans l’habitacle de ma voiture : un CD proprement lumineux !!!

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    Mais, déjà, j’apprécie beaucoup, et Julien Chauvin et son Concert de La Loge, et Christian-Pierre La Marca !

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    D’autre part,

    le titre donné à ce CD, « Legacy« , met fort à propos l’accent sur la très intéressante postérité autrichienne de Nicola Porpora (Naples, 10 août 1686 – Naples, 3 mars 1768 _ lequel, lors des années qu’il avait passées à Vienne, entre 1752 et 1758, a précisément eu le tout jeune Joseph Haydn (Rohrau/Leitha, 31 mars 1732 – Vienne, 31 mai 1809) comme élève et assistant ; et c’est le grand Métastase (Rome, 3 janvier 1698 – Vienne, 1er avril 1782), qui résidait au troisième étage d’une maison dont la princesse Maria-Octavia Esterhazy (18 juillet 1698 – Vienne, 22 avril 1762) occupait le premier étage…, dans laquelle le jeune Joseph Haydn logeait alors dans une mansarde, qui avait présenté le jeune musicien à son ami Porpora…

    Notons aussi, au passage, que peu après, en 1758, Joseph Haydn trouva un premier engagement comme directeur de la musique auprès du comte Karl-Joseph von Morzin (1717 – 1783), cousin du dédicataire du fameux recueil « Il cimento dell’armonia e dell’inventione« , où figurent les célébrissimes « Quatre saisons«  , d’Antonio Vivaldi  (Venise, 4 mars 1678 – Vienne, 28 juillet 1741),

    avant de signer, le 1er mai 1761, le contrat qui allait le lier pour très longtemps à la famille Esterhazy : Paul-Anton (Eisenstadt, 22 avril 1711 – Vienne, 18 mars 1762) et Nicolas Esterhazy (Vienne, 18 décembre 1714 – Vienne, 28 septembre 1790), étant les fils de la princesse Esterhazy qui avait été la voisine de Joseph Haydn en cette maison  qui côtoyait l’église Saint-Michel, sur le Kohlmarkt, la Michaelerhaus… _), et tout particulièrement à son violoncelle…

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    Les Concertos n° 1 en ut majeur _ Hob.viiB:1 _ et n°2 en ré majeur _ Hob.viiB:2 _ de Joseph Haydn _ d’une durée respective ici de 25′ 33 pour le premier et de 24′ 23 pour le second _ sont idéalement interprétés, avec l’élan, la vie, l’humour aussi, qui sont la marque de ce magnifique et si riche compositeur… 

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    Et l’apport du fragment de la Sinfonia concertante en la majeur _ Kv 320e Anh 104 _  constitue un autre incontestable atout de ce CD original…

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    Mais il me faut bien avouer la frustration de ne disposer ici que du seul _ merveilleux ! _ Largo _ d’une durée de 3’23 sur les 72′ de ce CD… _ du Concerto pour violoncelle et orchestre en sol majeur de Niccolo Porpora, afin de mesurer ce que Porpora a pu léguer _ à Haydn, à Hasse, Gluck, Mozart et d’autres encore.. _ de son art de composer _ d’une manière aussi sublimement chantante ! _ pour le violoncelle…

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    Christian-Pierre La Marca et Julien Chauvin auraient dû proposer _ et réussir à faire accepter _ au producteur Naïve le format d’un double CD justifiant vraiment ce titre de « Legacy » de Nicola Porpora (1686 – 1768) dans l’art concertant du violoncelle à ses suivants !

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    À charge pour Christian-Pierre La Marca et Julien Chauvin de nous donner maintenant un second CD de ce « Legacy » de Nicola Porpora pour le violoncelle…

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    En attendant,

    regarder et écouter, et apprécier, la vidéo de 4′ 46 de la lumineuse et très intelligente présentation de ce superbe CD « Legacy » par Christian-Pierre La Marca et Julien Chauvin.

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    Ce vendredi 2 juin 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour célébrer, et sur le fond, le premier anniversaire du décès de Michel Deguy (23 mai 1930 – 16 février 2022), une passionnante contribution, à méditer, de son ami Martin Rueff : « Nos poèmes ne savent pas ce qui les attend »… Ou le legs de l’oeuvre qui demeure au présent.

    Afin de célébrer, et sur le fond _ des liens charnels et consubstantiels entre langue reçue et partagée, discours réalisé et parole vivante inventivement créée : lire là-dessus d’abord, comme basiquement, les linguistes, et tout particulièrement, bien sûr, Noam Chomsky, mais aussi l’admirable Paul Valéry dans la postérité desquels s’est inscrit et a œuvré de façon ultra-vivante et fécondissime notre Michel Deguy… _, le premier anniversaire du décès de Michel Deguy  le 16 février 2022,

    l’excellente revue En attendant Nadeau nous propose une passionnante et très dense superbe contribution, à méditer, de son ami _ et successeur à la direction de la revue PO&SIE _ Martin Rueff :

    « Nos poèmes ne savent pas ce qui les attend« …

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    Nos poèmes ne savent pas ce qui les attend

    La disparition de Michel Deguy (1930-2022) nous a marqués, comme en a témoigné Tiphaine Samoyault _ en son hommage magnifique « Michel Deguy (1930 – 2022)«   du 21 février 2022. Un an après, Martin Rueff, qui dirige aujourd’hui sa revue Po&sie, réfléchit, à partir de cette absence et de sa pensée, notre présent, la place et le rôle du poème, comme des leçons continuées _ voilà ! _ avec vigueur.

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    Il y a un an, le 16 février, que le poète et philosophe Michel Deguy est mort, un an que beaucoup d’entre nous, penchées et penchés sur le journal, s’interrogent ce qu’il aurait dit, pensé. Quelles auraient été ses _ vivantes et vives, et intensément vivifiantes _ colères, ses inquiétudes et ses passions ? La guerre en Ukraine, le tremblement de terre en Turquie et en Syrie, la situation politique européenne et mondiale si peu orientée vers la recherche d’une société juste et digne, mais surtout les preuves du géocide continué (terme qu’il inventa pour dire l’assassinat perpétré de notre terre), auraient bouleversé ce témoin engagé _ voilà ! _ et auraient inspiré le poète si on peut encore user d’un mot qui signifie que ces événements l’auraient traversé en pensée de mots _ oui : puisque penser procède de la langue et de ses mots reçus et pouvant inspirer ; et quelques uns d’entre ces mots, parfois, forgés même, comme néologismes assumés, par le locuteur… Or, comme la poésie, selon son expression, « fait des propositions » (au double sens, logique et érotique, de la formule), et comme la poétique les fait rentrer _ en les proposant à lire, parler, et penser _dans le débat _ voilà ! _, il est urgent de rappeler quelques-unes des exigences qu’il nous lègue _ oui, voilà ! _ à travers ses livres de poèmes – une trentaine, depuis Les meurtrières (1959) – et ses essais, dont un titre rassemble l’élan : La raison poétique (2000) _ et très bientôt, début juin, aux Éditions du Canoë, Ut musica, ut poïesis, un ultime entretien avec Bénédicte Gorrillot.

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    Nos poèmes ne savent pas ce qui les attend, par Martin Rueff

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    À quoi reconnaît-on le langage _ singulier, spécifique _ du poème ? C’est dans la réponse à cette question que se trouve la première leçon _ à méditer _ de Deguy. Le poème est en lutte intime contre toute forme de littéralisme _ qui enferme et veut clore le sens. Soit le syllogisme didactique suivant. L’époque est au littéralisme, or le poème refuse tout littéralisme, donc l’époque se trouve face à une alternative dont elle sort toujours vainqueure autoproclamée : ou bien elle rejette le poème (elle le marginalise, le réduit _ voilà _ tout en déplorant sa disparition), ou bien elle l’accepte en le dissolvant dans la littéralité (stratégie de la récupération). Examinons rapidement ce syllogisme.

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    a) Il y a aujourd’hui trois formes de littéralisme : on les croit ennemies. Elles se retrouvent dans ce qu’elles nient. Le littéralisme économique (le réel à la lettre, c’est la finance ; la condamnation de ce littéralisme est convaincante : pensée unique, realpolitik, dictature des marchés _ à sens unique : TINA, There Is No Alternative) ; le littéralisme religieux (il a pour nom fondamentalisme ; il y a plusieurs fondamentalismes) ; le littéralisme des corps (celui de la biologisation des identités sexuelles : qu’il s’agisse de les revendiquer ou de les diluer ; on veut que le corps soit, non une interprétation, mais un donné à changer littéralement plutôt qu’à comprendre : le corps de la lettre devient le modèle du corps à la lettre) _ oui, oui, oui. Que l’on relise un peu Freud…

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    b) Or le poème défait le littéralisme même quand il défend la lettre : il est de l’ordre du comme, de la commaison _ cf La commaison, paru à L’Extrême Contemporain le 3 mars 2022 _, de la comparaison. C’est la thèse la plus durable _ en effet… _ de Deguy, comme l’atteste le très actuel Court traité de poétique surtitré La poésie n’est pas seule (1987) : le poème fait entrer et la langue dans la sensibilité _ oui _ et l’imaginaire dans la langue _ qu’il ouvre et prolonge superbement. Il invente les formes de l’autre langue _ celle du poème et du poète _ dans la langue du même _ la langue d’abord reçue et partagée, qui s’agrandit par là. Il est liberté _ imageante ; j’ai personnellement formé ce mot, « imageance« , à partir des analyses de mon amie Marie-José Mondzain… _ de la langue quand la rhétorique (fût-elle celle des discours émancipateurs) rebat _ et referme dans la platitude de la stricte répétition (cf les affreux et si tristes « éléments de langage«  des sinistres godillots playmobils si peu cérébrés…), même si, grâce au jeu qu’offre toute syntaxe tant soit peu maîtrisée, nous inventons toujours (ou du moins le pouvons, le pourrions) un peu chacune de nos phrases, en dépit des paresseux clichés véhiculés jusqu’à plus soif par la bienpensance supposée et de fait imposée des médias… _ les oreilles du langage _ jusqu’à plus soif. Le roman n’est-il pas capable de cette même liberté ? C’est évident et il ne cesse de faire ses preuves. Mais si le roman du XIXe siècle avait obligé le poème à se libérer de la rhétorique de la poésie, il est temps désormais d’admettre que le poème pourrait permettre au roman d’échapper à sa propre rhétorique _ répétitive, refermée, enfermante. Est-il étonnant qu’on puisse voir aujourd’hui fleurir des romans écrits en vers ?

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    c) Le rejet du poème peut prendre des formes plus ou moins brutales (de son éviction par l’économie de marché _ éditoriale déjà et d’abord : la poésie se vend-elle bien ? permet-elle de gonfler suffisamment les chiffres de vente des librairies ?.. _, à la forme apéritive sociale du « vous reprendrez bien un petit poème » – dans le bus, sur tweet, etc.) pittoresque. Les formes de sa littéralisation sont aussi nombreuses qu’insupportables – qu’il s’agisse d’adhérer aux images du poète (éculées toutes et à réinventer toutes comme formes-phrases plus que comme formes de vie) ou de récupérer la poésie en la faisant rentrer dans le moule. Deguy avait inventé un terme pour décrire la manière dont le capitalisme avancé se saisit des identités pour les retourner contre elles : le culturel _ prêt au cliché, prêt-à-porter, prêt à penser : par paresse d’abord, puis très vite conformisme moutonnier (et bien vite agressif)… Or le culturel, c’est l’époque du capitalisme qui a fait passer le même au cœur des différences vécues.  Le poète plus vrai que nature n’a jamais existé – pas plus que le « yaourt à l’ancienne ». On veut faire du poète une icône, on s’accroche à des vies de poètes, on liquide la poésie _ en la vidant de la vie libre et toujours un peu sauvage et aventureuse de son imageance giboyeuse. La poésie continue _ voilà. Elle en a vu d’autres.
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    Nos poèmes ne savent pas ce qui les attend, par Martin Rueff

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    Une deuxième leçon consiste alors en ceci : la poésie doit rester l’art _ avec sa part de goût et de saveur de l’inventivité et sa joie de la découverte… _ du langage. Comme art, elle tend à l’œuvre _ qui accède, alors, à une durée autre et autonome _ (et non à la pratique qu’elle n’exclut pas mais accueille comme de surcroît) ; comme art du langage, elle se meut dans le logos qu’elle meut _ transforme un peu, au moins à la lisière, à sa façon _ et émeut _ surtout, en effet ; et élève, et transporte. Le langage est le théâtre _ scénique, opératique _ de ses opérations et rien de ce qui est langagier ne lui est étranger. Elle reste accueillante et appelle à ses propres résistances et transformations, mais elle défend la loquacité _ orale _, notre capacité de parler et notre liberté _ ouverte et inventive d’inouï _ d’expression. Si les poètes sont assassinés, ce n’est pas en raison de leur mode de vie ; c’est à cause de leur puissance _ formidable _de formulation. C’est parce qu’ils ouvrent la bouche et articulent la langue de manière inouïe et poignante _ voilà, voilà.

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    Nous ne savons _ forcément _ pas ce que nous devons attendre de _ la puissance d’improvisation dynamique (et qui peut être même dynamiteuse) de _ la poésie. Cette leçon, la troisième, est d’espoir. Une lecture paresseuse de Benjamin voudrait que la prose soit la sobriété du poème et son avenir. C’est une vieille rengaine de matrice hégélienne. Fin du poème comme fin de l’art ? C’est en poème qu’il faut répondre à la fin du poème. Trois anciens noms du poème servent à indiquer des issues pratiquées aujourd’hui (la lectrice et le lecteur s’amuseront à coller des noms propres comme dans un exercice à trous). L’hymne, ou le poème continué d’avant la fin du poème. L’hymne se maintient contre la fin du poème. Il assure la grandeur _ de célébration, cérémoniale et exaltante _ du ton, la hauteur de la poésie, sa prodigalité _ joyeuse _ spacieuse. L’élégie s’inscrit comme le poème _ d’humilité ressentie et assumée _ de l’impossibilité du poème. Poésie comme haine ou comme déception de la poésie, exilée, raréfiée rendue « impossible ». Le poème réflexif ou critique. Il prend en compte le diagnostic de l’époque, mais il refuse la thérapie. Pourquoi donc l’idée de poème ne passerait-elle pas par le poème ? Le poème se fera porteur d’opération critique sur la fin du poème : il prendra en charge les opérations de la pensée sous une forme poétique. Ou, pour le dire avec Mallarmé, la poésie est comme le sonnet : elle se passe de son explicitation en prose puisqu’elle se réfléchit elle-même _ voilà : en elle-même et par elle-même, consubstantiellement _ de toutes les façons. Deguy aura pratiqué l’hymne et l’élégie en les croisant dans le poème critique _ et philosophique par là _ pour voir s’échanger leurs prérogatives. Il aura donné à la poésie française une des poésies critiques les plus intenses de la seconde moitié du vingtième siècle. On le rapprocherait volontiers (avec toutes les précautions d’usage) de deux autres poètes critiques de l’Europe de l’après-guerre : l’Italien Franco Fortini (Florence, 10 septembre 1917 – Milan, 28 novembre 1994) et l’Allemand Hans Magnus Enzensberger (Kaubeuren, 11 novembre 1929 – Munich, 24 novembre 2022).

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    La quatrième leçon que nous lègue sa réflexion est que si la poésie est au cœur de ce que nous traversons et de ce qui nous traverse, c’est que le géocide _ lui-même, qui advient _ exige que nous prenions le langage _ en la pluralité élargie de ses usages et registres, au-delà des idiomes scientifiques, technologiques, ou économiques dominants… _ au sérieux. Deguy a consacré trois livres à ce problème : La fin dans le monde (2009) ; Écologiques (2012) ; L’envergure des comparses. Écologie et poétique (2017). Prendre le langage au sérieux ? Nulle grandiloquence ici : la poésie ne sauvera pas le monde, et si jamais elle permettait « d’habiter poétiquement le monde », ce ne serait qu’au prix d’un travail continu sur ce cliché qui maltraite Hölderlin en galvaudant son mot d’ordre. Ce que Deguy nous rappelle (et d’autres poètes avec lui), c’est que la poésie entretient un rapport d’essence scellé par le langage avec notre compréhension _ même, et c’est forcément essentiel ! _ du monde (milieu ? environnement ? nature ? terre ?) _ à toujours davantage creuser, élargir, vraiment pleinement penser.

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    Nos poèmes ne savent pas ce qui les attend, par Martin Rueff

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    Ce rapport s’énonce de la manière suivante : la poésie éprouve le langage comme l’expérience du monde en tant qu’il va disparaître _ fuir, échapper, être manqué, perdu, détruit par notre inattention et absence d’égard, puis oubli… « Le monde va finir » ? L’émotion _ vive, touchante _ qui naît du langage poétique n’est pas liée à un contenu particulier (le poème fait flèche de tous les bois de l’affect) mais à sa forme qui affecte autant ses énoncés (ce qu’il dit) que son énonciation (comment il prend en charge _ voilà, en la chair même de son chant _ ce qu’il dit). L’émotion qui naît du poème est spécifique _ oui, et il faut apprendre à bien l’accueillir _ : elle est liée à l’appréhension du temps qui passe _ oui : ce temps qui fait la pulsation même de nos vies _ au sein même de l’appréhension _ plus ou moins perspicace et attentive, juste _ des phénomènes. Si les hommes voient le sol de la terre se dérober sous leurs pieds (cette formule devenant aujourd’hui littérale), et si les hommes regardent la terre avec le langage (la formule est du poète Jean-Patrice Courtois commentant Deguy), alors il n’est pas étonnant qu’ils se tournent vers le langage qui se rapporte au monde « en le portant disparaissant » _ en sa coulée même. Le poème porte le monde – il le rend présent _ voilà _, il le fait passer, le translate, le reconduit, mais aussi le sauve, le repêche, le rappelle, le restitue _ oui, il est ainsi réellement opérant, à l’inverse d’aveuglant. S’il le portait « apparaissant », le poème serait hymne à la célébration de sa présence : c’est dans le poème que le monde pourrait « rejaillir vivant » _ une fête ! S’il le portait « disparu », le poème serait élégie _ déploration _ pour un monde défunt. Or le poème critique ne porte ni « apparaissant », ni « disparu », mais « disparaissant » _ dans la difficulté de la recherche de saisie de la justesse de son penser sensible et de ses conditions elles-mêmes… _ : la modalité même de la constitution du monde lyrique est précisément celle d’un « porter disparaissant » – d’un faire apparaître dans la disparition en acte _ ne serait-ce que parce que toute phrase entamée va finir et finit. En portant le monde, il en garantit la phénoménalisation _ voilà _, en le portant « disparaissant », il assure et la présence et son retrait _ concomitamment _, et le phénomène et sa défection – il le fait défaillir dans un frémissement de langage _ ou « admirable tremblement du temps » presque saisi, Kairos aidant, en son passage... Il le décontenance.

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    Parce qu’il dit la sortie de route et la perte des repères, « désarroi » est un beau mot. Et puisque desarreier a existé, nous pourrions, toutes et tous, nous dire désarroyés. Plus que jamais ? Le sentiment d’être arrachés à l’histoire est historique et à des millénarismes sans science ont succédé les catastrophismes éclairés d’aujourd’hui. Il était inévitable sans doute qu’une telle situation fît lever des prières et, avec elles, de nouvelles spiritualités. Que ces dernières entraînassent un désir de poésie était sans doute prévisible. Mais le désir de poésie ne fait pas le poète _ certes _ et les poètes ne seront _ en effet _ ni les saints ni les gourous de demain. Ils regardent ailleurs et devant eux. On ne leur fera pas dire la messe. On espérera leurs poèmes inouïs. Quand les mots viennent à manquer, il n’est ni facile ni inutile de se tourner vers celles et ceux qui font de ce manque une force et qui tentent _ en toute humilité _ d’éviter les effets de manche et le retour _ très illusoirement _ confortable des rhétoriques les plus plates _ soit mercenaires et cyniques, soit achetées et prisonnières. Les poètes font preuve d’une opiniâtreté bizarre _ en effet. Une vieille comparaison rapproche le mot de la monnaie et du jeton. Le poète ne veut pas qu’on se refile les vieux jetons de la fausse monnaie. Il veut remonétiser _ oui _ le langage. Qu’il y échoue n’est ni signe de son échec ni synonyme de sa grandeur. Deguy aura essayé _ voilà : à la Montaigne _ pendant près de soixante-dix ans. Sa vigueur est de rigueur. Et l’inverse n’est pas moins vrai.

     

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    Un hommage ô combien mérité à ce que nous a définitivement laissé (à revenir méditer, en son œuvre qui est là) Michel Deguy.

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    Et en apostille un peu plus personnel,

    et sans revenir ici aux divers articles que j’ai consacrés à Michel Deguy lui-même,

    ni à l’entretien si précieux _ et tellement exemplaire de la vie frémissante de son si inventif penser en langue ! _ que j’ai eu avec lui à la Station Ausone le 9 mars 2017, à propos de son « La Vie subite » _ et aussi « Noir, impair et manque« … _, dont voici un lien au podcast, afin de percevoir aussi et encore le grain même de sa voix et les rythmes de son souffle, présents toujours, et toujours audibles, en le verbe et de sa poésie et de tout ce qu’il a écrit : en l’œuvre de lui qui nous demeure à lire, pour converser encore avec lui…

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    je me permets simplement de renvoyer ici à plusieurs des articles de ce blog « En cherchant bien« , signés Titus Curiosus, liant de près le nom de Martin Rueff à celui de Michel Deguy :

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    _ le 12 décembre 2009 : « « 

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    _ le 23 décembre  2009 : « « 

    repris le 13 mai 2010 : « « 

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    _ le 18 février 2022 : « « 

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    _ et tout récemment le 2 février 2023 : « « 

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    Ce mercredi 22 mars 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa