Étiquette : Leonardo Garcia Alarcon

  • Découvrir le génie musical du duc Philippe d’Orléans (1674 – 1723), par le génie d’interprétation de Leonardo Garcia Alarcon (La Plata, 1976), en la « Suite d’Armide ou Jerusalem délivrée » (Fontainebleau, 1704) : la révélation extraordinaire d’un sublime chef d’œuvre marquant du Baroque français enfin exhumé…

    C’est bien l’incroyable révélation d’un sublime chef d’œuvre – enfin exhumé ! – du Baroque français, la tragédie en musique en un prologue et cinq actes « Suite d’Armide ou Jerusalem délivrée » – créée à Fontainebleau le 14 octobre 1704, et plusieurs fois rejouée en privé, mais jamais mise au répertoire de l’Académie royale de musique ; avec une unique source musicale conservée, à la Bibliothèque de l’Arsenal, à Paris… – , que le génie d’interprétation de Leonardo Garcia Alarcon (La Plata, 1976), dirigeant sa Cappella Mediterranea et son Chœur de chambre de Namur – toujours magnifiques ! regardez cette brève vidéo (de 3′ 10) du chœur « Unissons nos cœurs à jamais« …  – , vient mettre splendidement à la disposition de notre écoute avec le magnifique double CD Château de Versailles Spectacles CVS 125 (Collection Opéra français n° 12 « Suite d’Armide ou Jerusalem délivrée« 

    – regarder ici cette brève vidéo de présentation (de 1′ 30) par Leonardo Garcia Alarcon lui-même… – ,

    avec aussi un casting parfait de chanteurs idoines : Marie Lys (Hermione), Véronique Gens (Armide), Gwendoline Blondeel (la Voix de Clorinde, une Suivante d’Armide, une Nymphe), Cyrille Dubois (Renaud), Nicolas Scott (Adraste, Alcaste, un Vieux Berger), Fabien Hyon (Vaffrin, un Guerrier), Victor Sicard (Tancrède), David Witczak (Ismen, Tissapherne)…

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    De ce très marquant et magnifique (!!!) événement musical et discographique, ont tout récemment témoigné,

    Charles Sigel, sur le site forumopera.com , en un article sobrement intitulé « Philippe d’Orléans, Suite d’Armide ou Jérusalem délivrée« , à la date du 7 avril dernier ;

    et, sur son blog Discophilia, Jean-Charles Hoffelé, avant-hier 23 juin, en un article intitulé « Armide retrouvée« …

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    Les voici donc :

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    CD
    7 avril 2025
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    Une redécouverte qui a tout d’une révélation
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    On pourrait croire qu’il s’agit d’une curiosité, mais c’est tout le contraire – que oui ! Servi par un cast impeccablement choisi, cet enregistrement, né d’un concert donné en 2023 au salon d’Hercule de Versailles et soulevé par la direction ardente – oui – de Leonardo García Alarcón, met en lumière un compositeur pour le moins inattendu – de nous tous jusqu’ici ! – et une œuvre singulière – absolument !

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    Le régent Philippe d’Orléans en 1715, par J.-B. Santerre

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    De ce prince, le Régent, on savait en somme – assez – peu de choses. Qu’il avait mené une vie de plaisirs, passablement dissolue, allant de petits soupers en soirées galantes avec ses « roués » – oui, oui… – , qu’il avait passé nombre d’années à attendre la mort de Louis XIV, son oncle, avant d’assurer la Régence (de 1715 à 1723) pendant la minorité de Louis XV.
    On se souvenait aussi de la mélancolie de Philippe Noiret dans Que la fête commence de Bertrand Tavernier (et de la gaillardise chaffouine de Jean Rochefort dans le rôle de l’Abbé Dubois).

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    Ce qu’on savait un peu, c’est que cet homme de volupté et de goût – oui – , mais assez avisé en politique, était fort cultivé, qu’il dessinait et gravait, et collectionnait les tableaux. Qu’il fit décorer le Palais-Royal, à Paris, qui lui était échu en apanage, dans un style nouveau préparant les courbes aimables du Louis XV.

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    Mais surtout que Philippe d’Orléans, fils de Monsieur, frère de Louis XIV, et de la Princesse Palatine, était fort mélomane. Que tout en s’intéressant à la géographie, aux mathématiques ou à l’optique, il avait pris des leçons de musique (et de composition) auprès de Charpentier – excusez du peu ! – , puis de Bernier, Campra et enfin Gervais à partir de 1700-1701. Saint-Simon, qui ne l’estimait guère, concède que « le duc d’Orléans aimait extrêmement la musique ; il la savait jusqu’à composer ». Le prince pratiquait le clavecin, la guitare, la flûte traversière, la viole de gambe et le chant, et avait bon goût : faisant nommer Charpentier et Bernier à la tête de la Musique de la Sainte-Chapelle ; favorisant Campra, protégeant Marais, Forqueray, Desmarest, Hotteterre, etc. ; faisant du Palais-Royal un foyer d’italianisme – voilà – , y accueillant des castrats, Pasqualino Tiepoli et Pasquale Betti, et nommant Charles-Hubert Gervais surintendant de sa musique.

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    Leonardo García Alarcón © D.R.

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    Gervais, collaborateur ou davantage ?

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    Gervais, justement, collabora (jusqu’à quel point ?) à l’élaboration de Penthée, l’autre opéra du Régent, et de cette Suite d’Armide dont vraisemblablement il assura la direction lors de la création le 14 octobre 1704 dans la galerie des Cerfs du palais de Fontainebleau où séjournait alors la cour.

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    Puis l’opéra fut redonné au Palais-Royal : « Il y eut au Palais-Royal un divertissement qui charma tous ceux qui eurent le bonheur de s’y trouver. Plus de 80 Concertans des plus habiles dans leur Art y firent répétition sous la conduite de Mr Gervais d’un Opéra intitulé Suite de l’opéra de Renaud & Armide. La surprise des Auditeurs fut grande, & quoiqu’ils eussent attendu beaucoup ce qu’ils entendirent fut trouvé beaucoup au-dessus de ce qu’ils attendaient. […] Je crois ne devoir rien dire davantage de ce divertissement, sinon qu’il semble qu’Apollon Dieu de la Musique ait versé ses connaissances dans le sein de quelqu’autre Dieu : je dis quelqu’autre Dieu, parce qu’il est des hommes que leur naissance et leur mérite mettent au dessus des Dieux de la Fable », écrit le Mercure Galant, dont les allusions à la « naissance » et au « mérite » désignent le Duc sans avoir à le nommer.

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    Véronique Gens et Marie Lys © Bastien Lansbergen

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    Dans l’élan de Lully

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    Ce qui est étonnant dès le prélude orchestral au premier monologue d’Herminie qui ouvre l’opéra, c’est la beauté et la richesse de l’orchestration (rappelons qu’on est là quelque trente ans avant – mais oui ! – l’Hippolyte et Aricie de Rameau…). Un opulent tissu de cordes et des contrechants de flûtes à bec colorent en arrière-plan une déclamation qui s’inscrit dans la postérité de la tragédie lyrique de Lully, où Marie Lys est superbe de passion contenue, de diction, de phrasé et de timbre. L’air assez bref « Qu’à son trépas » qui suit le long récitatif et s’appuie sur d’étonnantes cordes graves (violes de gambe et « basses de violons ») donne à Marie Lys l’occasion de montrer combien sa voix semble avoir encore gagné en richesse dans les graves, sans avoir rien perdu de sa lumière dans le registre supérieur.

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    Tandis que la malheureuse Herminie se désole que Tancrède, non seulement la réduise en esclavage, mais reste de surcroît rétif à son amour, Armide se lamente de n’avoir pas eu plus du succès avec Renaud (l’ami de Tancrède) qui est resté sourd à ses ardentes sollicitations… Résolue à se venger, elle promet d’épouser celui (d’Adraste ou de Tissapherne ou de « cent guerriers fameux ») qui occira Renaud.

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    Fragonard : Renaud dans les jardins d’Armide (vers 1760). Musée du Louvre

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    Italianismes

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    Véronique Gens, à qui la redécouverte de la tragédie lyrique doit tant, dessine une Armide vengeresse, à la voix certes plus mûre, mais royale de phrasé et de douleur blessée. « Je chercherais moins sa perte si je l’avais moins aimé », dit-elle… Gens a l’art de rehausser la poésie du baron de Longuepierre qui n’est peut-être pas de la qualité de celle de Philippe Quinault, et fait un usage copieux de fatal courroux, atteinte mortelle, charme affreux, juste vengeance, et autre cruel vainqueur…

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    Mais le Régent lui aussi l’améliore sérieusement : il passe avec naturel d’un style récitatif déclamé (sans doute, comme Lully, avait-il écouté la Champmeslé) à des airs plus mélodiques (qui témoignent de son goût pour la musique italienne). On remarque son habileté à animer le discours, en changeant le tempo à la fin du dialogue des deux femmes, sur « L’Amour causa mes malheurs ».

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    On remarque aussi un certain penchant au sarcasme dans le duo des prétendants, rivalisant de panache surjoué : Adraste (le ténor Nicholas Scott) et Tissapherne (la basse-taille David Witczak) comme les valets, Vaffrin, l’écuyer de Tancrède, et la suivante d’Armide (le ténor Fabien Hyon et le soprano Gwendoline Blondeel) mêlent leur voix pour un finale du premier acte qui semble s’inscrire dans la tradition de la comédie-ballet.

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    Fabien Hyon et Gwendoline Blondeel © Bastien Lansbergen

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    Souplesse des déplorations

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    Ce qui est plus personnel, c’est le pathétique de la nouvelle déploration, « Dans cette nuit de trouble et de douleurs », d’Herminie (Marie Lys, décidément magnifique) racontant à Vaffrin les avanies de Tancrède : c’est d’abord un arioso, très souple, que ponctue le continuo, dans une écriture calquée sur les affects du texte ; de là, insensiblement, on passe à nouveau sur « heureux et chers liens » à un air tendre où elle évoque la douceur de la captivité, quand, prisonnière de celui qu’elle aimait, son ennemi, elle le voyait sans cesse. Ce syndrome de Stockholm donne lieu à une mélodie effusive sur un lumineux accompagnement des cordes, d’une belle inspiration.

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    De même que la fière plainte, « Amour, funeste amour » d’Armide sur un ostinato mordant de cordes graves, aux effets dramatiques puissants.

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    Autre témoignage d’un talent d’orchestrateur très singulier (qui permet à la Cappella Mediterranea de déployer toutes ses couleurs), la « symphonie » précédent l’invocation de l’enchanteur Ismen (à nouveau David Witczak, qui peut là faire sonner toute sa puissance, un beau timbre très plein de baryton et son agilité dans les ornements).

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    Dans une scène très théâtrale (on ignore tout bien sûr d’une éventuelle mise en scène), Philippe d’Orléans fait appel à des bassons obligés, sur un tapis de cordes graves et des roulements de timbales imitant le tonnerre, pour des effets spectaculaires qui semblent préfigurer Spontini voire Berlioz.

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    En avance sur son temps

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    Cette scène fantastique est bâtie largement, avec, non moins pittoresque et colorée, une danse des Démons, à nouveau très appuyée sur les basses, scandée et vigoureuse, sur quoi surenchérit un chœur des Démons (le Chœur de Chambre de Namur comme toujours parfait – oui – de précision et de couleurs variées).

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    Le cantabile d’Ismen qui s’ensuit, très large, montre à nouveau les multiples talents du prince. Qui sans doute disposait d’interprètes de première force (il en avait les moyens) si l’on en juge par la difficulté et l’âpreté du monologue d’Armide, disant à la fois sa joie de terrasser bientôt Renaud et sa douleur de le perdre.

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    C’est à nouveau une manière d’arioso, très tragédie lyrique, montant jusqu’au plus haut de la tessiture, et s’interrompant pour de brèves ritournelles mélodiques, et des fusées des violons. L’ultime phrase,, « Et tu pourras alors le suivre et mourir de douleur d’avoir percé son cœur », est une manière de lamento, qui à nouveau sonne très en avance sur son temps.

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    Nicholas Scott © Bastien Lensbergen

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    Évidemment qu’on s’interroge : quelle est la part de la réalisation de l’orchestration par Leonardo García Alarcón dans le chatoiement de l’orchestre ? Une part aussi difficile à mesurer que celle de Charles-Hubert Gervais, qui peut-on penser n’est pas mince… * voir note importante en bas de page !

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    Une dramaturgie qui a de la force

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    Le livret a ses faiblesses (les clichés cités plus haut), mais d’un point de vue dramaturgique il a de la force.

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    Ainsi l’apparition de Tancrède (on change de personnage principal) au troisième acte. Victor Sicard dit autant qu’il chante, et avec beaucoup de largeur, et même de grandeur, la longue plainte du héros, se morigénant d’avoir tué Clorinde. Là encore le Régent (ou Gervais) passe avec décontraction du récit à l’air, pour revenir au récit, et ainsi de suite. Et que dire de la scène fantastique en Technicolor de la tempête, du vaste tintamarre, de « l’enchantement » (le mot est dans le texte) au milieu duquel Tancrède entend la voix de Clorinde. Mais ces timbales, ces violons agités, ces éclairs, sont peut-être moins audacieux que le discours décousu du héros, l’écriture hachée disant son désarroi, puis s’apaisant (sur un tapis de flûtes à bec) quand il entre dans le royaume de la mort.

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    Contrastant avec la terribilità de l’apparition de Tancrède, celle de Renaud s’entourera d’un frais bocage musical, à renfort de flûtes, pizzicati de cordes et chœur des Nymphes. Autant l’écriture vocale pour Tancrède avait été heurtée et expressionniste, autant celle pour Renaud est séraphique et virginale – oui. Cyrille Dubois est aussi limpide dans ce registre pastel que Victor Sicard est puissant dans le sien. Beauté du timbre, délicatesse des phrasés, fierté des accents – voilà, voilà – dans son dialogue avec la fausse Armide (l’excellente Gwendoline Blondeel), puis éclat de son chant triomphal, « C’est étendre trop loin », Cyrille Dubois déploie toute la palette du héros solaire. Et c’est l’une des réussites de cet enregistrement que ce jeu sur les couleurs de voix.

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    Le concert au salon d’Hercule en 2023 © D.R.

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    Les prémisses d’une sensibilité nouvelle

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    On mentionnera encore les belles déplorations d’Herminie à l’acte IV. Son lamento « Ô vue, hélas, à mes yeux si chère » sur un tapis songeur de cordes et de flûtes à bec (deux pupitres de « dessus de violon » et deux de flûtes) est d’un pathétique qui lui aussi semble en avance sur son temps. Ces courbes, ces inflexions, semblent augurer une sensibilité nouvelle. De même que le bucolique de la scène du Vieux berger (Nicholas Scott), avec accompagnement de trois hautbois.

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    Toile de Jouy et Hameau de la Reine avant l’heure…

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    En revanche, le double chœur des Chrétiens et des Sarrasins au début de l’acte V sonne encore très grand genre et Grand Siècle, comme la plainte d’Armide « Attends, Hélas ! Je vais cesser de vivre » où Véronique Gens est superbe de tragique – oui.

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    Entrelacs

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    Comme si le Régent balançait entre deux époques (c’est le cas, d’ailleurs), il s’offrira encore quelques originalités d’écriture, d’abord le duo d’Armide avec Renaud où les deux voix s’entrelacent et se recouvrent, puis l’élégie de Renaud « Heureux, et trop heureux » (Cyrille Dubois très inspiré – oui ! – ), enfin la nouvelle fusion des deux voix réconciliées, « Ô bonheur trop digne d’envie », culminant en un unisson, « Aimons-nous à jamais », adorné de flûtes, frémissant et sensible.

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    Tout comme le duo d’amitié quasi amoureux de Tancrède et Renaud, célébrant leurs retrouvailles : nouvel entrelacs de voix, et non moins charmant, non moins voluptueux, celles d’un ténor et d’une basse-taille.

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    Avant une autre symphonie richement colorée et un chœur final triomphant. L’enregistrement a heureusement conservé les applaudissements du public de la Salle de Concerts de Namur, saluant une redécouverte qui a tout d’une révélation.

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    * Information puisée à la source (Leonardo García Alarcón lui-même) : Aucune modification n'a été apportée à l'orchestration ; ce qu'on entend ici correspond exactement à la partition du Régent, telle qu'éditée par le Centre de Musique Baroque de Versailles. Ce n'en est que plus étonnant.
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    La Cappella Mediterranea pendant le concert de Namur © D.R.

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    Et maintenant l’article « Armide retrouvée » de Jean-Charles Hoffelé :

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    ARMIDE RETROUVÉE

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    On ne sait trop ce qu’apporta la plume du Régent à l’Hypermnestre de Gervais, quelques parties de tambour ?, mais jusqu’ici ce fut le seul écho de son art, en fait rien. C’est assez dire à quel point la révélation – voilà !!! – de sa Suite d’Armide fait sens.

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    Le neveu du Roi Louis XIV s’y révèle un compositeur de première force – absolument ! – , participant au renouveau – post-lullyste (Lully est décédé en 1687) – de la tragédie lyrique dont il avait savouré – dès sa jeunesse : il est né à Saint-Cloud le 2 août 1674 – les arcanes dans sa longue fréquentation des ouvrages de Lully. Son génie s’affranchit – fréqentant des compositeurs familiers du génie italien, tel Marc-Antoine Charpentier qui avait fait le voyage de Rome et appris auprès du grand Carissimi… – des conventions de l’époque – modulations saisissantes, orchestre opulent, débordé de couleurs, vocalité libre. Dans cet art si français qui semble se métamorphoser sous nos yeux pour anticiper Mondonville, des italianismes s’instillent – voilà ! – , un chant expressif éloigne le genre des rigueurs lullystes – à l’instar d’un Collasse composant sur un livret de La Fontaine son « Astrée« …

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    Et si Philippe d’Orléans avait écrit avec son Armide le fermoir des grandes tragédies suscitées par son oncle Louis XIV ? Avec lui un âge nouveau paraît, et à l’écoute de cette partition somptueuse – voilà ! – on ne peut que s’étonner – mais oui ! – de la voir enfin seulement enregistrer. Il suffisait d’en voir la musique – mais qui en avait eu vraiment la curiosité jusqu’ici ? – pour en savoir la valeur.

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    Leonardo García Alarcón lui rend sa magnificence – oui ! – , animant les intrigues et les sortilèges (les dernières scènes de l’Acte III), ardant les combats (celui à l’écart de la scène de Tancrède et Argant, la bataille qui emplit l’Acte V), suspendant les épisodes lyriques et faisant les divertissements brillants au possible.

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    Il a pour lui une distribution parfaite – oui !!! – , Véronique Gens, Armide idéale, Cyrille Dubois, Renaud conquérant au ténor éclatant, Victor Sicard, Tancrède tourmenté, Marie Lys, Herminie touchante, chœurs impeccables, restitution exemplaire qui laissent espérer demain, la résurrection de Penthée par les mêmes – mais oui, mais oui .

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Philippe d’Orléans
    (1674-1723)

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    Suite d’Armide ou Jérusalem délivrée,
    tragédie en musique en 1 prologue et 5 actes

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    Marie Lys, soprano
    (Herminie)
    Véronique Gens, soprano
    (Armide)
    Gwendoline Blondeel, soprano (La voix de Clorinde, Une suivante d’Armide, Une Nymphe)
    Cyrille Dubois, ténor (Renaud)
    Nicholas Scott, ténor (Adraste, Alcaste, Un vieux berger)
    Fabien Hyon, ténor (Vaffrin, Un guerrier)
    Victor Sicard, baryton (Tancrède)
    David Witczak, baryton (Ismen, Tissapherne)

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    Chœur de Chambre de Namur
    Cappella Mediterranea
    Leonardo García Alarcón, clavecin, direction

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    Un livre-disque de 2 CD du label Château de Versailles Spectacles CVS125
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    Photo à la une : le chef d’orchestre Leonardo García Alarcón –
    Photo : © Benoît Lambert

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    Une re-découverte majeure du répertoire baroque français

    offerte ainsi spendidement à notre jouissance par ce merveilleux double CD !

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    Ce mercredi 25 juin 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Leonardo Garcia Alarcon, Artiste ICMA 2025 : faire, construire, créer : un prix venant couronner un superbe parcours…

    « Leonardo Garcia Alarcon, Artiste ICMA 2025 : faire, construire, créer...« , tel est l’article –  sous forme d’un entretien très riche et passionnant de Luis Suñen avec le récipiendaire – que consacre ce mardi 24 juin 2025 la rédaction de ResMusica à cet artiste qui m’a si favorablement impressionné, que dis-je ? enthousiasmé, vendredi soir dernier, 29 juin, à l’Auditorium de Bordeaux pour sa flamboyante autant que clarissime stupéfiante et magnifique direction des « Indes galantes » de Jean-Philippe Rameau,

    ainsi qu’en a très modestement témoigné – sous forme de courriel de remerciement très ému à mon gendre Sébastien pour m’avoir donné sa place… – le lendemain mon article « « …

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    Voici donc cet article signé ICMA retrancrit par ResMusica :

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    a reçu le prix 2025 « Artiste de l’année ». Chef d’orchestre, expert du répertoire baroque, compositeur d’une Passion selon Jésus, fondateur de , chef du et responsable du théâtre La Cité Bleue à Genève, le maestro argentin s’est entretenu avec Luis Suñen du magazine Scherzo, membre du jury des .

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    : Que représente ce prix pour vous ?

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    : Face à un prix de cette importance, et à 48 ans, j’ai un peu de mal à regarder en arrière. Je suppose que c’est normal parce que je suis dans l’action, à faire, construire, créer. Au début, cela a été une très, très grande surprise, mais ensuite j’ai commencé à regarder autour de moi et à me sentir très reconnaissant pour tout ce que j’ai reçu de la part de tant de personnes tout au long de ma carrière – débutée en Argentine, son pays natal : il est né à La Plata le 5 août 1976. Cela m’a également permis d’évaluer le chemin parcouru entre l’Argentine et l’Europe, qui a été très difficile au début, même si je ne m’en rendais pas compte parce que je n’avais que 19 ans. Et de me permettre un flash-back : ce que j’ai pu réaliser dans ma relation avec le public, dans le domaine de l’enregistrement, dans la découverte d’œuvres anciennes et en tant que compositeur, de m’être lancé il y a deux ans avec ma Passion, inspirée de l’Evangile de Judas. Ce fut une surprise, mais aujourd’hui je la regarde avec plus de tranquillité et presque avec acceptation.

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    ICMA : Ce voyage de l’Argentine vers l’Europe a également été effectué par d’autres artistes spécialisés comme vous dans ce que nous appelons la musique ancienne (Manfredo Kremer, María Cristina Kiehr, Pedro Memelsdorff, Gabriel Garrido, Eduardo Egüez, Mariana Flores…) Un « casting » vraiment exceptionnel – en effet !

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    LGA : Je crois que si l’on écoute le folklore argentin, un folklore si nostalgique, également si mélancolique dirons-nous, on se rend compte que, d’une certaine manière, en Amérique latine, il n’y a jamais eu d’indépendance culturelle par rapport au baroque. Je veux dire qu’à l’époque où nos pays ont obtenu leur indépendance de l’Espagne, en Argentine entre 1810 et 1820, le baroque continuait d’exister – pleinement – à tous les stades de la composition : l’utilisation des instruments que les jésuites nous avaient laissés, les mélodies, le madrigal, les tons humains, les tonadas comme nous les appelons.

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    Tout cela a continué à se développer, et il n’y a pas vraiment eu de pause. Nous sommes nés avec le baroque inscrit dans notre folklore. Il y a des claves, il y a des harpes. Les plus grands virtuoses de la harpe sont au Paraguay ou dans le nord de l’Argentine tout simplement parce que ce sont des harpistes de l’époque qui ont évolué avec leurs techniques traditionnelles. Le charango est une ancienne vihuela espagnole. Ainsi, lorsque nous écoutons de la musique baroque en tant qu’enfants, nous la ressentons comme de la musique actuelle, comme de la musique composée au même moment. Ce n’est pas du tout de la musique ancienne – voilà ! La relation est donc directe, immédiate. Lorsque nous devons mettre en musique un madrigal de Gesualdo ou de Monteverdi, nous essayons de faire en sorte que cette mise en musique corresponde plus ou moins à ce que nous avons entendu depuis notre enfance. En d’autres termes, je n’ai pas seulement un amour fou pour l’ancien et pour les musées, mais j’imagine constamment comment c’était à l’époque.

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    ICMA : Et cela est-il bien compris par ceux qui doivent en juger ?

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    LGA : Quand je vois qu’il y a des critiques qui se mettent parfois en colère contre le mouvement – merveilleux : tout danse ! – que nous donnons à notre musique, je me souviens des réactions à la restauration de la chapelle Sixtine avec les couleurs d’origine. Et tant de critiques nostalgiques qui disaient que ce n’étaient pas les couleurs que nous connaissions. Bien sûr. Tout comme il y a des nostalgiques d’un baroque qui finalement était romantique – eh oui ! – dans les années 1970 ou 1980. Alors quand ils regardent à une autre vitesse, poussés par le texte, un Mariage d’Orphée et qu’ils estiment que c’est forcément une musique lente, presque religieuse, je me demande où ils ont vu un mariage comme ça. C’est ce qui me guide en quelque sorte, pour être capable de faire le mélange entre le sacré et le profane. Monteverdi, lorsqu’il faisait les Vêpres à l’église, composait – au même moment – l’Orfeo. Et lorsqu’il composait l’Orfeo, il jouait les Vêpres. Comment cela se fait-il ? Eh bien, avec les mêmes musiciens qu’il avait et avec la même technique. Et tout était mélangé dans le même univers.

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    ICMA : Si ces mêmes critiques et vous-même me le permettez, je dirais que votre Orfeo – cf le CD Alpha 720 paru en 2021 – a marqué un avant et un après.

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    LGA : Eh bien, merci beaucoup. Monteverdi se considère comme l’inventeur de la seconde pratique, qui consiste simplement à pouvoir utiliser la dissonance d’une manière différente, et dans l’Orfeo il en est très conscient. Aujourd’hui, cela ne nous touche pas tellement, car nous avons vécu avec le jazz ou la musique dodécaphonique. Mais, à son époque, cette seconde pratique, où il a décidé qu’un personnage pouvait attaquer une dissonance sans la préparer, lui a valu de nombreux ennemis. Et ce fut la grande révolution de l’histoire de la musique. Le pouvoir de déroger aux lois classiques du contrepoint par une émotion exacerbée : les noces, les lamentations des bergers, la douleur de la mort et la mort elle-même, le royaume des ténèbres, l’espoir. Voyez l’émotion, la douceur indicible de ces quatorze nymphes de Proserpine que Lully utilisera plus tard – en 1680. Et en même temps, Monteverdi est très rationnel, il y a toujours un nombre associé à une émotion. Et je devais aussi en tenir compte.

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    « La et le se complètent parfaitement »

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    ICMA : Qu’est-ce que la fondation de la et son installation à Namur ont apporté au traitement de votre répertoire ?

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    LGA : Le avait une grande expérience de la musique de la Renaissance. D’une certaine manière, j’ai senti – en la musique – ce que Michel-Ange – en son art – pouvait faire avec une figure de Raphaël. Raphaël est absolument apollinien, et Michel-Ange le transforme – le transcende. Avec les voix belges que j’ai toujours admirées dans les disques de Philippe Herreweghe, absolument exceptionnelles, expérimentées dans la polyphonie franco-flamande, et avec la Cappella Mediterranea, qui était plus proche du baroque italien, espagnol ou latino-américain, on pouvait obtenir la combinaison parfaite. Et je l’ai vu avec la première œuvre que nous avons faite – le CD est paru en 2011 – , El diluvio universale de Michelangelo Falvetti, de 1682, qui a été une révolution au Festival d’Ambronay et que nous avons jouée dans le monde entier. Ensuite, nous avons joué beaucoup de Haendel, beaucoup de Bach, beaucoup de Monteverdi, et beaucoup de polyphonie. Ainsi que d’aller à l’Opéra de Paris avec L’Eliogabalo de Cavalli avec Thomas Jolly à la mise en scène en 2016, puis en 2019 avec Les Indes galantes, où le chœur a non seulement chanté mais aussi dansé – et c’est absolument merveilleux !

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    ICMA : Vos deux derniers disques – je les possède – sont de véritables redécouvertes : Philippe d’Orléans et Giovanni Paolo Colonna. Commençons par Philippe d’Orléans.

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    LGA : Je dois dire la vérité. Plusieurs musicologues m’ont proposé de ressusciter des partitions du XIXe siècle et après les avoir lues pendant une demi-heure, j’ai dit : désolé, non. Au XIXe siècle, il y a beaucoup de musique qui ne m’inspire pas, et aussi, souvent, peu de génie. Je veux dire qu’au XVIe siècle, la technique est tellement extraordinaire qu’il est très difficile d’être un mauvais musicien – tiens, tiens ! Au XVIIe siècle, il y a plus de personnalisation, mais la musique est toujours bonne. Bien sûr, j’ai décidé de faire les grands motets ou Atys de Lully, Médée de Charpentier, les grandes œuvres de Rameau… Mais, parmi les inconnus, celui qui m’a impressionné, c’est cette Armide ou Jérusalem délivrée de Philippe d’Orléans – 1674 – 1723, le futur Régent. On le sait : un chrétien tombe amoureux de Clorinda, une Palestinienne, et se jette par terre en lui disant « je t’ouvre mon sein, j’oublie même qui est Jésus-Christ ». J’ai toujours admiré qu’un poète italien – Torquato Tasso – ait écrit quelque chose comme ça, parce que ça va au-delà de l’amour, de la politique et de la religion. Et je me suis dit qu’il fallait faire cette pièce où l’imagination des Français va si loin, qui est vraiment une grande fantaisie sur la Jérusalem libérée de Tasso, où les personnages ressuscitent, revivent, changent de sentiments. Je n’ai jamais vu cette imagination dans un livret français – tiens, tiens !

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    ICMA : Comment situer Philippe d’Orléans dans son époque ?…

    LGA : Quand j’ai commencé à lire sa musique, je me suis dit : quelle grande personnalité a cet homme, avec un style déjà très XVIIIe siècle, avec des prouesses harmoniques extraordinaires ! On a des moments funèbres de personnages avec deux violes de gambe, avec deux flûtes à bec comme dans la Cantate BWV 106 de Bach – Actus tragicus… C’est la même instrumentation, mais avec des harmonies encore plus éloignées de ce que Bach a proposé dans ses cantates. Il y a des couleurs d’orchestration que je n’ai pas retrouvées avant Rameau – voilà ! C’est un musicien qui a aussi traité la forme des récitatifs de manière très originale, qui a réformé la théorie de Lully. Il était doué pour presque tout, y compris comme peintre, comme poète, dans les arts de la guerre, en équitation.

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    ICMA : Et avec une vie privée – libertine ! – étonnante.

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    LGA : Impossible à décrire. Les dilettantes – épris du plaisir… – , comme on disait, avaient de nombreux talents, mais lorsqu’ils se consacraient à les cultiver, ils le faisaient à deux cents pour cent. Il est dommage que cet homme ne nous ait pas laissé un plus grand héritage musical. Lorsque les musiciens avec lesquels nous l’avons enregistré découvraient tout cela, je les ai vus pleurer, c’était ce miracle de la révélation d’une intelligence, d’un esprit qui nous touche presque épidermiquement, qui nous envahit. Nous l’avons ressenti, je l’ai ressenti dans cet album – Château de Versailles Spectacles CVS 125. C’est pour cela que je ne peux pas réécouter mes disques plusieurs fois par la suite, parce qu’il me reste l’émotion pure de ce que j’ai ressenti à un moment précis.

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    Il est clair que Colonna – Giovanni Paolo Colonna, 1637 – 1695- devait être placé à côté de Haendel, en l’occurrence la Missa concertata avec le Dixit Dominus. Cela doit être lié à sa passion de chercheur pour les bibliothèques européennes, comme il le dit à Jean-Marie Marchal dans son livre Leonardo García Alarcón. Une vie de musiques, publié aux Presses Universitaires de Louvain.

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    À La Plata, alors qu’il avait dix-sept ans, il avait lu une nécrologie de Haendel parue en 1769, dix ans après sa mort, qui parlait des influences, de la Gran Colonna et des partitions qu’il possédait. Quelque temps plus tard, je cherchais à la bibliothèque Leopoldina de Vienne le troisième acte du El Prometeo d’Antonio Draghi, un opéra en espagnol que j’ai enregistré – Alpha 582, paru en 2020 –  et que nous avons fait à l’Opéra de Dijon avec les idées de Gustavo Tambascio, décédé quatre mois auparavant. Eh bien, je n’ai jamais trouvé ce troisième acte, et je l’ai finalement composé moi-même dans le style de Draghi. Le fait est que, en cherchant, comme je le disais, soudain, par pur hasard, je suis tombé sur de la musique que je pensais être de Bach : des manuscrits, des motets, une messe… et il s’est avéré que c’était de Giovanni Paolo Colonna. Je n’ai cessé de penser à cette musique jusqu’à ce que je trouve cette Messe en mi mineur, qui commence presque exactement comme la Messe en si mineur de Bach, et qui a été écrite un an avant la naissance de Bach lui-même. Sébastien de Brossard qualifie Colonna de maître des maîtres.

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    ICMA : Il était donc normal de l’associer à Haendel ?

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    LGA : Haendel se rend à Rome en 1707 et veut montrer qu’il connaît le contrepoint et qu’il connaît aussi Colonna, il écrit donc le Dixit Dominus en s’inspirant de son extraordinaire virtuosité. Les réunir sur un même disque était tout à fait naturel – je possède bien sûr aussi ce CD, le CD Ricercar RIC 470, paru en 2025.

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    ICMA : Parlez-nous de I Grotteschi.

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    LGA : Il s’agit du développement d’une idée de Peter de Caluwe, directeur de La Monnaie, qui a décidé de réunir différentes œuvres d’un même compositeur en une seule représentation. Il l’a fait avec Verdi, avec Wagner, avec Donizetti et maintenant avec Monteverdi : Orfeo, Ritorno et Incoronazione. Je dois avouer que j’ai d’abord hésité à me lancer dans une telle entreprise, bien que j’aie déjà enregistré un disque dans ce sens, Monteverdi et Les Sept péchés capitaux  – soit le CD 249, paru en 2016. Le texte est très important pour Monteverdi, mais c’est aussi presque un prétexte pour transformer une émotion particulière en musique, pour montrer que c’est possible. Par exemple, il se croit l’inventeur, et il le dit en 1638, d’une colère qui n’existait pas en musique auparavant. Avec , nous démontrons qu’il existe des caractéristiques de personnages associées à chacun de ses opéras, tandis que tout au long des deux nuits, l’un de ces personnages en incarne d’autres, mais avec un nouveau nom. Et ce nouveau nom caractérise une personnalité presque freudienne. D’une certaine manière, nous entrons dans un univers analytique, presque psychanalytique dans ce cas.

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    ICMA : Et ils vous ont appelé.

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    LGA : En Argentine, pays le plus psychanalysé de tous – c’est vrai – , on dit que celui qui ne fait pas de thérapie est malade. Buenos Aires et New York sont les villes les plus psychanalysées de la planète. Alors… Oui, on m’a appelé… Il ne pouvait en être autrement. Il fallait que ce soit un Argentin, même si on n’a pas voulu me le dire.

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    ICMA : Que pensez-vous de la proposition de Villalobos, un metteur en scène qui suscite une certaine controverse en Espagne ?

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    LGA : D’une certaine manière, je suis attiré par ce type de projets, et je me sens très conservateur à leur égard. Lorsque j’analyse ces œuvres, je suis en quelque sorte un défenseur de la tradition, car je défends le compositeur Monteverdi, mais lorsque je vois comment I Grotteschi a été interprété avec beaucoup d’intelligence par , je constate qu’il y a une cohérence, une évidence dans ce qu’il propose. Monteverdi sourirait, je ne dis pas qu’il approuverait, mais il sourirait, il dirait « comme mes petits-enfants s’amusent à mes dépens ». C’est comme les grands-parents, ils les laissent faire. Mais c’est surtout un grand hommage. C’est pourquoi j’ai suggéré à Rafael que dans une pièce comme celle-ci il y ait des chœurs, des madrigaux, par exemple Hor che ‘l cielo e la terra de Pétrarque. Il ne faut pas oublier que nous voyageons dans le temps. La distance entre Pétrarque et Monteverdi dans le temps est presque la distance entre Monteverdi et nous. Je veux dire que l’on a toujours voyagé et réinterprété le passé. Si Pétrarque entendait le Hor che ‘l cielo de Monteverdi, il pourrait avoir un choc. Mais cette réinterprétation a toujours existé….

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    ICMA : Qu’en est-il de votre Passion ?

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    LGA : La Passione di Gesù est écrite à partir d’un évangile – selon Judas – trouvé en Égypte en 1978, dont l’histoire a été mouvementée jusqu’à aujourd’hui, avec des allers-retours depuis lors. Elle a été créée en 2022 et sera publiée sur disque en 2026. Elle est écrite pour solistes, double chœur et grand orchestre, et je commence déjà à être invité à diriger non seulement la Passion selon saint Matthieu de Bach, mais aussi la mienne. La vidéo qui l’accompagne a été enregistrée par la télévision française à Saint-Denis.

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    ICMA : Envisagez-vous d’aller plus loin dans votre répertoire de chef d’orchestre, comme l’ont fait d’autres maestros spécialisés ?

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    LGA : J’ai déjà fait du bel canto, du Donizetti. Je continue avec le Requiem allemand de Brahms, et en 2028 je dirigerai le Cinquième de Mahler. Je n’ai pas voulu faire ces répertoires auparavant parce que je suis très attaché à la Cappella Mediterranea. C’est pourquoi je préfère accepter des invitations de courte durée, et non, comme pour les opéras, pour de longues périodes, car pendant ce temps, mon ensemble n’a plus de travail.

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    Crédits photographiques :

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    Leonardo García Alarcón©Tashko Tasheff ;

    Leonardo Garcia Alarcon & Luis Sunen at the ICMA Gala 2025 © Susanne Diesner ;

    I Grotteschi © Matthias Baus / La Monnaie

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    Entretien publié en anglais sur le site des ICMA en avril 2025

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    Et en plus, Leonardo Garcia Alarcon est très sympathique !

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    Ce mardi 24 juin 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’événement de transcendantes « Indes galantes » de Rameau à l’Auditorium de Bordeaux, par la grâce d’une miraculeuse direction de Leonardo Garcia Alarcon, ce vendredi 20 juin, de 20h à 23h 15…

    Pour témoigner de cette émotion extraordinaire qu’a a été, hier vendredi 20 juin, en un Auditorium de Bordeaux comble et transporté de bonheur, l’événement de transcendantes « Indes galantes » de Jean-Philippe Rameau,  par la grâce d’une miraculeuse direction musicale de Leonardo Garcia Alarcon,

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    voici tout simplement ce rapide mot à mon gendre Sébastien, qui dans l’impossiblité d’y assister lui-même en compagnie de sa fille – ma petite-fille – Alma-Flore, retenue à une représentation en son collège d’une représentation théâtrale où elle intervenait, m’avait cédé sa place :

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    Un seul regret : qu’Alma-Flore ait manqué cette merveille…
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    C’étais plus beau encore que la fameuse production de 2019 :
    la vidéo de l’extrait de la fameuse Scène du Calumet de l’Entrée des Sauvages, en 2019
    est très inférieure (bien trop statique !) à l’apothéose de cette même scène (déchaînée) hier soir à l’Auditorium…
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    A la fin, la salle entière était debout pour une interminable formidable ovation, amplement méritée…
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    Un seul bémol, peut-être, et au final minime :
    la soprano Laurène Paterno (née à Chambéry) a une très belle voix, mais chante hélas en bouillie ! On ne comprend pas un mot à ce qu’elle dit !
    Les trois autres chanteurs : Ana Quintans (Lisbonne, 1975), Mathias Vidal (Saint-Raphaël,1978), Andreas Wolf (Wernigerode, 1981), eux, étaient, en divers rôles successifs dans les successives Entrées, tous les trois magnifiques,
    notamment le baryton-basse Andreas Wolf : beaucoup de présence, parfait !
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    Une soirée absolument merveilleuse.
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    Fournaise encore à la sortie, dehors, à 23 h15.
    Je suis rentré à pied : ça s’est rafraîchi peu à peu jusqu’à ce que j’arrive à la maison.
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    Une fabuleuse réussite, avec aussi des danseurs stupéfiants de vie, de Bentou Dembélé, et une mise en scène elle aussi faramineuse…
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    Francis
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    Mémorable !!!

    Peut-être la plus marquante représentation d’opéra à laquelle il m’a été donné d’assister…

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    Ce samedi 21 juin 2015, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un splendide flamboyant CD « Giovanni Paolo Colonna Missa Concertata – George Frideric Handel Dixit Dominus » de Leonardo Garcia-Alarcon…

    C’est un splendide flamboyant CD Ricercar RIC 470 « Giovanni Paolo Colonna Missa Concertata – George Frideric Handel Dixit Dominus » que vient nous offir Leonardo Garcia-Alarcon, dirigeant sa Capella Méditerranéenea et le Chœur de chambre de Namur, en un judicieux et superbe programme,

    que viennent – aussi – excellemment justifier les deux notices du livret, de Leonardo Garcia-Alarcon et Jean-Marie Marchal, explicitant les liens qu’ont pu avoir, à Rome – où les deux compositeurs se sont tous ceux rendus et ont séjourné – , et le bolonais Giovanni-Paolo Colonna (Bologne, 16 juin 1637 – Bologne, 28 novembre 1695) – compositeur musicalement important, et injustement méconnu jusqu’ici en dehors de sa ville de Bologne… – , et le saxon George-Frideric Handel (Halle, 23 février 1685 – Londres, 14 avril 1759)…

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    Ce lundi 19 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa