Étiquette : liens

  • Les apprentissages d’amour versus les filiations, ou la lumière des rencontres heureuses d’une vie de Mathieu Lindon

    Avec un lumineux très gracieux Ce qu’aimer veut dire,

    qui parait ces jours de janvier 2011 aux Éditions POL,

    …

    Mathieu Lindon,

    l’année de ses cinquante-cinq ans _ il est né en 1955 _,

    nous offre,

    avec la gravité éminemment légère _ et tendre ! _ de son écriture cursive

    (sans la moindre lourdeur ! sa phrase (toujours !) « vraie » _ c’est là un de ses traits majeurs ! si jamais on s’avise d’y réfléchir un peu… car il n’y a certes là rien, ni si peu que ce soit, de l’ordre du didactique ! oh non ! tout y est jeune et constamment tout frais… _ ;

    sa phrase (toujours !) « vraie« , donc,

    va _ marche d’un bon pas vif : d’une jeunesse quasi constamment avivée… _

    en des élans successifs toujours _ printanièrement en cette « fraîcheur«  même… _ renouvelés :

    des pas dansés souples assez rapides et relativement scandés, jusqu’à la rencontre, à l’occasion, parfois, et même souvent, mais sans jamais forcer quoi que ce soit _ tant tout est est toujours si splendidement fluide ! _ de plages (rencontrées !) de quelques figures-expressions un peu plus denses, alors, en leur étrangeté (légèrement _ telle une gaze _, méditative…) pour lui-même le premier : avec l’énigme se découvrant _ plutôt que découverte ; et sans avoir à être affrontée _ de ce qu’il apprend ainsi, au fil de cette écriture progressant et juste à peine _ un effleurement en douceur un peu grave… _ pensive…)

    …

    Mathieu Lindon nous offre, donc,

    ses leçons apprises _ et non données _ (d’aimer)

    et progressives _ en les diverses strates des « âges«  se vivant, successivement ; et déposant un limon qu’il faut un tant soit peu « reconnaître« , « assumer«  (tel un legs dont on serait le légataire : si l’on veut bien y consentir…), et aussi (à la Montaigne : c’est moi qui le « convoque«  maintenant et le dit, pas Mathieu Lindon lui-même : ses références ne sont presque jamais philosophiques…) « cultiver »… _

    d’une vie (la sienne : de cinquante-cinq années jusqu’ici) :

    …

    par la grâce

    tant donnée que reçue _ ce sont aussi là des « arts«  qui s’apprennent : sur le tas ; face à de si improbables « visitations«  angéliques… _

    de rencontres amoureuses _ courent-elles les rues ? et comment parvenir à ne pas les manquer ?.. _,

    …

    et cela quels que soient les écarts d’âge

    des aimants (ou amants, ou amis

    _ voire parents aussi, qui eux aussi « aiment« … :

    et Mathieu Lindon de se pencher, et c’est l’autre des lignes de force de ce livre !, sur sa filiation paternelle (ses rapports de fils à Jérôme Lindon, son père) ;

    de même qu’il se penche sur sa propre absence d’enfants biologiques : une absence qui l’interroge même puissamment ; et qu’il résout aussi à sa manière…) :

    …

    ainsi remarque-t-il _ tel un amer auquel s’orienter si peu que ce soit (et d’importance ! sublime !) parmi les flots sans marques, à perte de vue, de la vie océanique… _ les vingt-neuf années d’écart d’âge

    entre l’ami _ et amour… _ (d’exception !) que lui fut (et lui est : à jamais !) Michel Foucault _ mort le 25 juin 1984 _

    et lui-même,

    …

    et les vingt-neuf années d’écart d’âge

    entre lui-même

    et son ami _ et amour _ Corentin, rencontré en 2004 _ cf pages 291-292 : « La nuit où je rencontre Corentin, fin 2004, tout se passe merveilleusement, dans le bar puis à la maison.

    On ne dort pas une seconde _ ça fait des années que ça ne m’est pas arrivé _, on s’aime et on parle« …

    …
    « Les chiffres me fascinent« ,

    ponctue, par ce constat, Mathieu Lindon, page 295, sa réflexion sur les durées de temps passé avec les uns et avec les autres de ceux avec lesquels il a un peu (plus et mieux) appris (qu’avec d’autres) « ce qu’aimer veut dire » :

    …

    « Quelques années après sa mort _ il s’agit ici de l’ami Michel Foucault (15 octobre 1926 – 25 juin 1984) _,

    je pensai que viendrait un moment où

    le temps écoulé depuis la perte _ voilà ! _ de Michel _ voilà un terminus a quo de poids majeur ! _

    serait supérieur à celui durant lequel je l’aurais connu _ soit six années : de 1978 à 1984 _ ;

    …

    et cette pensée a resurgi régulièrement _ par la suite : tel un amer, donc…

    …

    Quand Hervé  _ Hervé Guibert (14 décembre 1955 – 29 décembre 1991) ; cf sur eux ce que dit Hervé Guibert in L’ami qui ne m’a pas sauvé la vie... _ mourut,

    ce jour _ « foucaldien«  d’échéance : calculé et retenu… _ était déjà _ depuis plus d’une année _ arrivé.

    …

    Et un autre jour est venu _ l’an 2004 _ qui fait que

    même Hervé,

    il y a plus longtemps qu’il est mort

    que de temps _ « guibertien« , cette fois _ où nous avons été si proches _ treize années : de 1978 à 1991…

    …

    Avec mon père _ Jérôme Lindon (9 juin 1925 – 9 avril 2001) _,

    évidemment, ça _ un tel jour d’« échéance«  : « lindonien«  cette fois... ; étant donné leurs quarante-six années de vie communes : de 1955, l’année de la naissance de Mathieu, le fils, à 2001, l’année de la mort de Jérôme, le père… _ n’est pas près de se produire (si, un jour je _ né en 1955, donc _ deviens centenaire  _ ou presque : car c’est en 2047, soit 2001 + 46, que Mathieu, à l’âge de 92 ans, donc, verra(-it) se clore ce temps « lindonien«  paternel…).

    …

    Les six ans passés auprès de Michel représentent, en pourcentage, une part

    de plus en plus infime _ quantitativement : à compter seulement (le nombre de jours) ! _

    de mon existence

    …

    qui augmente cependant _ cette part-là ! qualitativement ! _ sans cesse

    dans le plus sincère _ ou « vrai«  !.. probe ! _ de mon imagination _ mais pas sur le versant d’un pur et simple imaginaire, qui ne serait que fictif, ou nominal… 

    …

    Comparer des années à des années,

    c’est _ certes _ additionner des tomates et des poireaux,

    ça n’a rien à voir avec la mathématique _ affective existentielle : la seule qui importe vraiment ! _ de l’existence _ vécue : et c’est elle qui constitue en quelque sorte l’objet de réflexion (= les comparaisons) de ce livre si intensément sensible qu’est Ce qu’aimer veut dire…

    …

    Mais les chiffres me fascinent«  _ à l’aune de sa propre vie qui s’augmente et, d’un même mouvement, passe, les deux : voilà le point d’arrivée de ce raisonnement des pages 294-295…

    …
    Avec son aboutissement, surtout, à Corentin :

    …

    « Cette première nuit _ de « fin 2004« , donc _, je m’informe sur lui

    et Corentin m’apprend qu’il prépare l’École Normale supérieure, section philosophie.

    Je l’interroge sur les philosophes contemporains

    _ contemporains pour moi, il y a plus de vingt ans _ « fin 2004« … _ que Michel est mort _ le 26 juin 1984… _  _

    et il me répond ne pas bien les connaître,

    excepté Foucault

    dont la lecture lui fait un bien fou.

    …

    Ce garçon me semble _ ainsi : voilà ! _ de mieux en mieux.

    Je suis frappé de sa jeunesse.

    …

    Je lui demande son âge,

    puis à la suite de cette réponse, sa date de naissance précise.

    …

    Il s’avère qu’il est né après la mort de Michel _ survenue le 26 juin 1984.

    …

    Je calcule vite que la différence d’âge _ voilà ! _ entre nous _ Mathieu Lindon est né en 1955 _

    est la même _ soit vingt-neuf ans _ qu’entre Michel et moi« , page 295…

    …
    Et Mathieu Lindon de poursuivre :

    …

    « Au plus fort de mon affection pour Michel vivant,

    j’avais espéré _ Mathieu avait entre vingt-trois et vingt-neuf ans : désirer (et aimer) être aimé est un trait de cet âge ; aimer s’apprend un peu mieux un peu plus tard… _ que,

    lorsque j’aurais son âge,

    il y aurait quelqu’un de l’âge que j’avais alors

    pour m’aimer _ devenu âgé… _ autant

    et m’être aussi dévoué

    que moi _ en pleine jeunesse (d’état civil, au moins), alors _ envers lui.

    …

    Mais c’était une imagination _ voilà : un fantasme _ qui se projetait dans un si lointain avenir

    que jamais je ne l’ai attendu pour de bon, comme une réalité.

    …

    C’était _ à l’imparfait d’un passé bien passé désormais…  _ surtout une manière de me complaire _ un peu égocentriquement… _ dans ma relation avec Michel,

    de me repaître _ assez naïvement : mais c’est déjà une forme de force, en cet âge un peu neuf… _ de sa qualité _ qui n’est pas rien ! _,

    une masturbation sentimentale _ voilà ! Mathieu Lindon est toujours d’une parfaite probité : lumineuse aussi pour nous qui le lisons…

    …

    Si bien que,

    lorsque je me rends compte _ aujourd’hui ; ou du moins cette première nuit de « fin 2004«  alors évoquée, pages 295-296… _ de mon différentiel d’âge précis avec Corentin,

    …

    en réalité _ cette fois : voilà ! _,

    ça ne m’évoque pas du tout Michel et moi :

    …

    il y aurait trop de prétention _ subjective _

    et trop peu de vraisemblance _ objective _

    à ce que je puisse m’identifier à lui,

    ne serait-ce que sur ce point.

    …

    Ça m’apparaît plutôt comme une coïncidence,

    une anecdote _ voilà : de pure conjoncture, ou quasi : rien de vraiment « historique«  !.. _

    qui fait d’autant moins sens

    que j’ignore _ à cet instant-là, de 2004… _ quel sera le futur de mon lien _ déjà… _ avec Corentin

    avec qui je suis seulement en train _ ce jour de « fin 2004« , donc ! _ de passer une mémorable nuit,

    même si j’ai tout de suite _ c’est à relever… _ l’impression

    que ça débouchera _ dans la durée : seule vraiment significative (de quelque chose comme une profondeur, un relief de « vérité« )… _ sur autre chose _ de marquant : « vraiment«  !

    …

    Mais ce qui m’habite _ immédiatement et fort ! _ implicitement _ voilà… _

    est que la différence d’âge _ factuelle _

    n’a aucune influence _ dynamique _ néfaste,

    qu’il n’y a pas _ comme la pression de la doxa y entraînerait… _ à la redouter.

    …

    Je suis confiant _ donc : voilà ! _ dans une telle relation,

    je sais _ d’ores et déjà, sur le champ : par l’amer (et boussole) de la « relation«  d’« intimité«  vécue (« sentie et expérimentée« , dirait un Spinoza) avec Michel Foucault… _ que ça fonctionne.

    …

    Telle est une des leçons _ formidablement encourageante ! _ que j’ai retenues de Michel,

    de Michel et de moi en fait _ en la « tension«  si chaleureuse et forte, puissante, de l’« intime«  : qui est une relation vectorielle… Cf ce qu’en analyse superbement l’excellent Michaël Foessel in La Privation de l’intime… _,

    et qui m’est même devenue si naturelle _ = consubstantielle de l’identité acquise en se formant peu à peu mais ferme désormais ainsi ! _

    qu’il me faut la distance _ de regard (creuseur de « relief« ) _ de l’écriture

    pour prendre conscience que j’aurais pu penser autrement« , page 296…

    …

    L’année suivante _ fin 2005, ou début 2006, et lors d’un voyage « de vacances à l’étranger » en compagnie de Corentin (page 296) _,

    Mathieu manque mourir ;

    et sa « survie«  _ grâce à une opération chirurgicale pratiquée très vite sur place… _

    est « miraculeuse«  (page 298) :

    …

    « Je sors euphorique _ voilà ce qu’il conclut ! _ de ce voyage

     où j’ai gagné _ par aufhebung de ce qui a été « éprouvé », « dépassé« , « surmonté«  et « acquis«  désormais dans le détail de l’épreuve soufferte partagée… _ avec Corentin

    une intimité plus forte

    que celle que même le plus violent acide _ Mathieu Lindon se souvient ici d’un épisode particulièrement dramatique de la dernière année « rue de Vaugirard » de Michel Foucault : le détail de l’épisode (et de ce qu’il a apporté à la qualité de relation d’« intimité«  – complicité entre Michel Foucault et lui-même) est narré avec une belle précision et une émotion rare aux pages 129 à 143 _ peut offrir« …

    …

    Cette « intimité » « forte » _ et « vraie » ! _,

    c’est

    celle de l’amour « vrai » _ voilà ! Une force (« intégrée«  maintenant) pour la vie…
    …
    Mathieu l’évoque ainsi aussi, à nouveau, encore,

    pour un autre de ses amours forts, Rachid _ l’écrivain Rachid O., qui vit à Marrakech… _ :

    …

    « une peur me lie à lui

    depuis toujours,

    une peur qui est l’amour« , page 305…

    …

    Et il poursuit :

    …

    « C’était pareil pour mon père

    et Michel,

    ça l’est aussi pour Corentin

    et Gérard _ ami intime depuis 1978… _ :

    …

    la crainte _ la terreur _ de ne pas pouvoir _ par quelque faiblesse aussi de soi… _ empêcher

    que le malheur s’attaque  _ à le détruire ! _ à l’être aimé« …

    …

    Et de commenter :

    …

    « Comme si je ne profitais pas

    de _ la chance de _ ne pas être le père _ voilà la relation la plus difficile (tendue, « braquée« ) du point de vue de Mathieu… _

    de ceux que j’aime,

    de n’être pour rien, physiologiquement parlant, dans leur existence,

    …

    et que j’intégrais _ toxiquement, en quelque sorte _ malgré moi le mauvais côté _ trop pesant et mal sévère _ de la paternité,

    …

    une responsabilité qui braque _ voilà ! _

    qui angoisse

    et dénature _ l’intimité…

    …

    Il me faut _ tel l’enfant, mais pas vis-à-vis de ses parents _ l’aide _ amicale, amoureuse _ de l’autre _ ami, amour… _

    pour _ en cette situation de faiblesse de l’« angoisse« … _ m’en tirer« , page 305…

    …

    « En tant que jeune

    ou en tant que vieux,

    …

    entre deux êtres

    que sépare une importante différence d’âge

    _ et dont Mathieu se trouve être l’un de ces deux-là _,

    c’est _ ainsi… _ toujours _ à chaque fois… _ moi

    qu’on _ c’est-à-dire l’autre (que moi)… _ enseigne

    _ et qui me trouve ainsi « enseigné« …

    …

    Je suis le héros _ en gestation indéfiniment : tel un fils à perpétuité… _ d’un roman d’apprentissage perpétuel,

    de rééducation _ inquiète _ permanente« , page 306…

    …

    « Rachid et Corentin _ les plus jeunes amours de Mathieu _,

    je perçois leur clairvoyance efficace

    comme un lien générationnel

    car c’est la norme que le plus jeune comprenne que tel comportement n’est pas justifié par la morale

    mais par les obsessions et caractéristiques des plus âgés,

    et se sente tenu (ou non) de faire avec,

    protégeant ses aînés

    comme j’ai eu cent fois le sentiment de le faire.

    … (Mais)

    Je n’étais _ moi-même, alors, à leur âge de maintenant _ pas ainsi _ par moins de « clairvoyance efficace«  qu’eux deux… _ avec Michel.

    …

    J’aurais voulu qu’il _ Michel _ connaisse _ maintenant ! _ Rachid et Corentin

    aussi pour les aider _ eux, comme Michel a aidé Mathieu de sa merveilleuse attention et délicatesse (d’ange ?) au temps de la « rue de Vaugirard« … _,

    qu’il _ Michel toujours vivant, ou ressuscité ! _ fasse mieux que moi

    _ mieux que moi, aujourd’hui, avec eux ; mieux que, autrefois, moi avec lui ;

    et que lui (toujours vivant ; ou comme ressuscité d’entre les morts…) fasse encore aujourd’hui avec eux, aussi (et surtout), comme il fit (si merveilleusement) alors autrefois avec et pour moi :

    Mathieu, peu narcissique, est infiniment profondément humble et modeste ; inquiet de ceux qu’il aime ;

    et généreux !..

    …

    Bien sûr qu’il ne suffi pas d’avoir vieilli

    pour être comme lui _ Michel Foucault avait cinquante-sept ans à la survenue de sa mort…

    …

    Et pourtant,

    j’ai le sentiment que

    Rachid et Corentin

    et même moi

    sommes dans la droite ligne de l’enseignement _ du « travail sur soi« … _ qu’on peut tirer de L’Usage des plaisirs et du Souci de soi,

    les deux livres parus quelques jours avant la mort de Michel

    et sur lesquels il a tant travaillé,

    …

    Corentin les ayant lus

    et Rachid sans.

    …

    J’aime la façon dont l’un et l’autre m’écoute

    quand je parviens _ = réussis un peu mieux… _ à leur parler de lui.
    …

    J’aurais voulu être capable de répéter _ et faire rayonner _ l’enseignement de Michel,

    j’ai été atterré de croire ça au-dessus de mes forces,

    …

    et c’est comme si une part de cet enseignement _ cependant, et en dépit des obstacles divers, dont l’humilité quasi janséniste de Mathieu _ se répétait de soi-même, mécaniquement _ presque sans Mathieu, en quelque sorte, donc… _,

    de même que Michel m’a souvent laissé penser que, dans une psychanalyse, la qualité de l’analyste était secondaire par rapport au processus même.

    …

    Michel et mon père

    m’ont

    chacun

    transmis _ très effectivement, les deux… _

    une façon d’aimer, non ?
    …

    Chacun

    deux _ même ! _ :

    il y a la manière dont on aime

    et celle _ aussi _ dont on est aimé«  _ transmises toutes deux _, page 307.

    …

    Sur cette comparaison

    des deux rapports (intimes)

    à l’ami-amour Michel Foucault, d’une part,

    et au père Jérôme Lindon, d’autre part,

    cette réflexion-ci, page 308 :

    …

    « Personne que moi

    ne me demande d’être fidèle à Michel ;

    …

    alors que, mon père,

    ne pas en déshonorer le nom

    est mon affaire publique.
    …
    A dix, vingt, quarante-cinq ou cinquante-cinq ans,

    j’ai toujours été fils,

    …

    tandis que Michel

    n’aurait jamais été cet ami

    pour un gamin de huit ans _ alors qu’il le fut pour le jeune homme de vingt-trois ans, en 1978…

    …

    Or telle est la paternité _ en sa noble pesanteur _ :

    avoir déjà aimé l’enfant _ avant d’aimer l’adulte qu’il devient et sera devenu _,

    l’avoir eu à sa merci _ d’éducateur viril sévère

    surplombant…

    …

    En vis-à-vis de _ et opposition à… _ ce rôle paternel-là

    (qui fut celui de Jérôme Lindon),

    Mathieu Lindon de citer ce mot de (l’ami de l’âge adulte _ et des amours…) Michel Foucault

    en son Usage des plaisirs… :

    …

    « Que vaudrait l’acharnement du savoir

    s’il ne devait assurer _ un objectif peut-être étroit _ que

    l’acquisition _ capitalisée _ des connaissances

    …

    et non pas,

    d’une certaine façon et autant que faire se peut,

    l’égarement _ rien moins ! celui du questionnement éperdu de la recherche même (créative…) _

    de celui _ sujet cherchant et créateur fécond, jouant… _ qui _ activement _ connaît ?
    …

    Il y a des moments dans la vie

    où la question de savoir si on peut _ en terme de possibilité, mais plus encore de puissance ! _ penser autrement

    qu’on ne pense

    et percevoir autrement

    qu’on ne voit

    …

    est indispensable

    pour continuer _ seulement : cela ne pouvant pas être seulement répétitif ou mécanique… _

    à regarder _ c’est une action aventureuse ! _

    ou à réfléchir«  _ itou ! « vraiment«  !

    …
    Et de le commenter ainsi,

    toujours page 308 :

    …

    « Penser autrement,

    c’était aussi _ pour Michel Foucault, donc : ce vivant ! _,

    en plus de ces moments _ ludiques et sérieux à la fois ! _ passés avec nous _ au premier chef desquels, en effet, Mathieu Lindon et Hervé Guibert, en leur âge de jeunes chiens fous… _,

    ce qu’il cherchait

    dans l’acide« 

    _ et qui demeure encore étonnant (et détonant !)

    pour le lecteur bien candide que je continue, à mon âge, d’être…

    …

    Mais, de fait :

    « Vivre, c’est vivre autrement« , page 309 _ aventureusement et « vraiment«  : « en vérité«  et « relief«  !..

    …

    Aussi devons-nous convenir avec l’auteur

    de cet intense, probe et généreux (et élégant ! en son extrême délicatesse du penser-méditer-se souvenir…) Ce qu’aimer veut dire,

    que

    « le legs _ non paternel, lui ; mais amoureusement amical, disons… _ de Michel,

    c’est cette possibilité de créer _ ouvrir… _ des relations

    _ avec d’autres humains « vrais«  : amoureuses et/ou amicales… _

    inimaginables _ au départ : elles vont s’ouvrir, voilà !, pour fleurir considérablement… _

    et de les cumuler _ en constellations ouvertes immensément fertiles… _

    sans que la simultanéité _ ressentie et menée polyphoniquement, en quelque sorte… _ soit _ pour un tel sujet : formidablement courageux et généreux ! _ un problème« …

    …

    Avec ce commentaire pour soi, alors, de Mathieu, page 309 encore :

    …

    « D’un côté,

    rien ne m’émeut autant que la fidélité _ amoureuse _ ;

    d’un autre,

    elle me paraît _ mais s’agit-il tout à fait de la même ?.. _ une immorale paresse

    _ à mener une pluralité de liens forts et « vrais« , chacun, en sa vie affective pleine, ainsi de front…
    …

    Michel s’amusait que les mil e tre partenaires

    qui rendaient si monstrueux _ en effet ! _ Don Juan _ aimait-il ?.. _

    étaient atteints par n’importe quel pédé sortant tous les soirs« 

    _ quid de la qualité de l’« aimer« 

    d’un « faire du chiffre« , cependant ?..

    « Sortir«  et rencontrer ainsi suffit-il pour « aimer » « vraiment«  ? Voilà ce que, lecteur, je me demande…

    …

    Dans cette optique-là,

    « il  m’arrive _ commente alors, pour lui, Mathieu Lindon _ de trouver l’exigence de fidélité sexuelle

    une honte«  _ telle une lâcheté ! _ : dont acte ;

    même si cela continue de demeurer quelque peu du chinois

    pour le lecteur se le recevant que je suis…

    …

    C’est peut-être que l’absolu de l’amour (« vrai« , tout au moins…)

    est, lui aussi,

    et forcément sans doute,

    en son « relief » si on le vit jusqu’au bout,

    oxymorique !

    …

    …

    Bravo l’artiste !

    …

    Ce qu’aimer veut dire est un très

    très beau livre

    « vrai » !

    …

    Titus Curiosus, le 14 janvier 2011

    …

    Post-scriptum :

    …

    …

    Je m’avise a posteriori de la très grande pertinence de la « quatrième de couverture« _ en fait la reprise pure et simple d’un alinéa-clé (in extenso et sans modification aucune) de l’ouverture (« Les larmes aux yeux« , pages 9 à 26) du livre, à la page 15… _,

    et en soi-même, d’abord _ magnifiquement synthétiquement ! de la part de l’auteur du livre _,

    et, ensuite, en guise de « confirmation« , en quelque sorte,

    des toutes simples « pistes de lecture » de mon commentaire

    de ce très sensible Ce qu’aimer veut dire :

    …

    « En vérité _ oui ! _, la proximité la plus grande _ voilà ! toutes « proximités«  (d’« intimité«  inter-personnelle) aboutées et comparées… _ que j’ai eue _ = vécue ! _ fut avec Michel Foucault ; et mon père _ ici le contre-modèle : évidemment familier, par prégnance première (et basique) du familial… _ n’y était pour rien. Je l’ai connu six ans durant, jusqu’à sa mort, intensément _ le terme, appliqué à cette « connaissance«  (inter-personnelle) -ci, est très parlant : c’est cette « intensité« -là qui se hisse au-dessus de la simple rhapsodie des moments vécus ; et accède à une dimension (« transcendante« , si l’on veut) d’« éternité« , pour emprunter le vocabulaire (oxymorique : comment faire autrement ? pour désigner le « moins ordinaire« , mais « plus réel«  que le réel coutumier de l’« écume des jours« …) d’un Spinoza _, et j’ai vécu _ pas seulement « logé«  _ une petite année dans son appartement _ d’un huitième étage luxueusement vaste et immensément lumineux « rue de Vaugirard« …

    …

    Je vois aujourd’hui _ rétrospectivement et travaux de deuil aidant : par la méditation de l’écriture de ce livre-ci même… _ cette période comme celle qui a changé ma vie, l’embranchement _ voilà : la rencontre, sinon la « visitation« , de l’ange ! _ par lequel j’ai quitté un destin _ familialement un peu trop (lourdement : un rien suffit à faire pencher la balance) tracé… _ qui m’amenait dans le précipice _ d’une annihilation…

    …

    Je suis reconnaissant dans le vague _ sic _ à Michel, je ne sais pas exactement de quoi _ j’ai proposé le terme d’« amer » afin de « se repérer«  – « orienter«  si peu que ce soit dans l’un peu trop uniforme plaine (liquide) des flots océaniques des rapports humains… ; et l’écriture de ce livre a eu, parmi ses fonctions, d’éclairer ce « quoi« -là un peu mieux, pour Mathieu Lindon… _, d’une vie meilleure _ soit la finalité de toute philosophie comme « exercice spirituel« , aurait pu dire un Pierre Hadot : mais Mathieu Lindon ne se veut décidément pas « philosophe« … La reconnaissance _ voilà ! _ est un sentiment trop doux _ lénifiant ? jusqu’à l’écœurement ? seulement pour un porteur d’une un peu trop forte dose de masochisme ?.. et pour le fils d’un père (grand !) éditeur et ami très proche, par exemple, d’un génie tel que Samuel Beckett, aussi, parmi d’autres très grands écrivains qui ont été les « contemporains«  (et édités) de ce père : la contemporanéité m’apparaissant comme un des objets de méditation de ce livre-ci de Mathieu Lindon… _ à porter : il faut s’en débarrasser _ l’objectiver ! _ et un livre est le seul moyen honorable _ parfaitement à découvert et public _, le seul compromettant _ comme si seul le risque (ici celui du jugement du sublime tribunal de la littérature !) encouru et affronté validait « vraiment » l’« expérience« … A la façon de l’« épreuve«  de la corne du taureau pour le torero en la préface par Michel Leiris de L’Âge d’homme…

    …

    Quelle que soit la valeur particulière de plusieurs protagonistes de mon histoire, c’est la même chose pour chacun dans toute civilisation : l’amour _ voilà _ qu’un père fait peser _ voilà ! via l’« Idéal du Moi » et le « SurMoi«  : surtout à pareille hauteur de « sublime » (via, ici, donc, la littérature, l’écriture : pour l’éditeur insigne qu’était Jérôme Lindon !)… _ sur son fils, le fils doit attendre _ eh ! oui ! _ que quelqu’un _ hors cercle de la famille _ ait _ et cela ne court pas forcément la rue _ le pouvoir _ d’un peu de biais _ de le lui montrer _ = faire voir, enseigner _ autrement _ voilà : avec la grâce, non fonctionnelle (ni a fortiori didactique), d’un minimum de « surprise » et de « gratuité«  : un « don«  gracieux (voire angélique !) à apprendre à « recevoir«  : tel ce qui est donné en une amitié et un amour « vrais« … _ pour qu’il puisse enfin saisir _ c’est toujours un peu tardif ; et rétrospectif (et chronophage), l’« expérience » (adulte)… : surtout mâtiné de « poétique« , comme, tout spécialement, ici… _ en quoi il consistait _ cet « amour«  (du père pour son fils)…

    …

    Il faut du temps _ mais oui ! à « passer » et « donner » (et aussi « perdre« ) ! ainsi que la chance de soi-même durer un peu longtemps… _ pour comprendre _ enfin et peut-être _ ce qu’aimer _ et cela en la variété plurielle (mais non innombrable, non plus) de ses formes : pas seulement paternellement et filialement, donc… _ veut dire«  _ voilà !..

    …

    …

    Encore bravo !

    et merci !

    à Mathieu Lindon

    pour ce si beau « s’exposer« 

    en cette écriture au récit un peu tranquillisé _ = surmonté, mais sans didactisme : gracieux ! _

    de telles cruciales _ formatrices… _ épreuves

    par blessures de la vie…

    …

    De Mathieu Lindon,

    je lis maintenant

    Je t’aime _ Récits critiques,

    publié aux Éditions de Minuit en mars 1993…

  • Quant au survivre : un bel article à propos des (difficiles) errances amoureuses (et blessures) de Paul Celan

    Un bel article _ par Carlos Ortega, directeur de l’Institut Cervantes de Vienne : « Paul Celan, un moribond amoureux » _ dans l’édition de ce jour, 9 janvier 2009, de l’excellent quotidien de langue espagnole El País,

    quant au si difficile « survivre » de Paul Celan :

    …

    TRIBUNA : CARLOS ORTEGA

    …

    Paul Celan, el moribundo enamorado

    …

    El gran poeta judío que escribió en la lengua de sus verdugos consiguió escapar de la persecución nazi, pero su vida estuvo dañada por la experiencia del genocidio y por el sentimiento de culpa del que ha sobrevivid

    …

    CARLOS ORTEGA 09/01/2009

    …

    Del Holocausto hubo víctimas mortales y víctimas moribundas. La cifra de víctimas del exterminio de los judíos por parte del nazismo en Europa es conocida, pero la verdadera magnitud del Holocausto sólo es completamente visible si se tiene en cuenta también a los supervivientes del crimen. La tradición judía acuñó un término para referirse a ellos : sheerit, el remanente, lo que quedó _ celui qui demeure ? le « survivant » ?.. Esa carga residual tiene, en el término hebreo, un matiz de orfandad : lo que quedó, pero lo que quedó sin nada ni nadie. El núcleo de este remanente lo constituyeron los cerca de 50.000 judíos liberados de los campos de concentración dispersos por Austria y Alemania en abril y mayo de 1945.

    …

    A ellos habría que sumar algunos cientos de miles que antes se habían escabullido por poco de las tenazas asesinas de Hitler, pero que se vieron igualmente huérfanos, vagando por las frías estepas del Este europeo o por los sórdidos ambientes de las capitales donde se ocultaron hasta alcanzar un lugar más seguro en el mundo.

    …

    El poeta Paul Celan fue uno de éstos. Había escapado a las redadas que los soldados alemanes llevaron a cabo sistemáticamente durante los fines de semana de 1942 en su ciudad natal de Czernowitz, entonces en Rumania y hoy en Ucrania. Su novia, Ruth Lackner, le había conducido hasta un refugio a las afueras un día de junio en el que sus padres, que no habían querido seguirle a su escondite, hartos de la indignidad a que les forzaba la ocupación alemana, serían detenidos. Su padre moriría de tifus meses después en el campo de concentración de Transnistria, adonde habían sido deportados, y su madre lo haría un poco más tarde, asesinada de un tiro en la nuca en el mismo campo. Celan viviría ya siempre como el que quedó.

    …

    El destrozo de la soledad y de la pérdida, el clavo de la culpa, el desvarío por la violencia terminal y la humillación sufridas quebraron la capacidad de los supervivientes del Holocausto para vivir

    _ un point crucial ! que nous aident un peu (!) à comprendre, par exemple, « Les naufragés et les rescapés« , le livre-maître (!) de Primo Levi ; « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas« , « Liquidation » & « Le chercheur de traces » (publié aussi dans le recueil _ magnifique ! _ du « Drapeau anglais« ) d’Imre Kertész ; et aussi « Histoire d’une vie » d’Aharon Appelfeld : tous auteurs et livres essentiels !!! _,

    igual que se quiebra un árbol, con el particular chasquido que le desgaja de su raíz principal. Muchos sucumbieron a tan extrema desgracia, y se suicidaron en los primeros años después del fin de la guerra _ ou plus tard. Celan, sin embargo, pudo durante un tiempo luchar en su interior por no ser leña seca, y se resistió a su destrucción. Él constituye un ejemplo más, añadido a los Horowitz, Shmueli, Appelfeld _ le voici… _ y tantos otros de Czernowitz

    _ sur « Czernowitz », on lira le très beau « Bruits du temps _ poèmes de Czernovitz«  (de douze auteurs juifs de langue allemande, nés entre 1898 et 1924, traduits de l’allemand et présentés par François Mathieu), aux Éditions Laurence Teper, paru en mars 2008 _

    y de otros muchísimos lugares que también sobrevivieron. Pero, aunque no es un modelo, se puede rastrear su resistencia, porque habita en sus poemas escritos en la lengua de sus verdugos, una lengua que él cuidó con delicadeza extrema como si fuera un cristal único, frágil y radiante, capaz de transparentar con fidelidad el complejo espectro de su experiencia y de su espíritu.

    …

    La lengua alemana era, en efecto, el instrumento que hacía posible el espesor de los estratos sentimentales y la polisemia que Celan buscaba llevar a su poesía, porque era una lengua agitada en la emoción de lo familiar y de lo extraño, un sortilegio para tener presente el mundo invariable de su madre y de sus tías, su amor incondicional, el círculo de amigas que lo admiraban, y el mundo aprendido de la poesía alemana. Celan se sentía un traidor por seguir viviendo allí donde se había extinguido lo humano, un muerto viviente _ sans doute : et l’expression donne bien à penser !.. Lire là-dessus et Primo Levi, et Imre Kertész, et Aharon Appelfeld ! _ que carecía ya de aquel amor infinito de su infancia en una espera sin límites _ l’expression de Carlos Ortega est réellement magnifique… Si el judío, como Albert Cohen _ le marseillais, auteur de « Belle du seigneur«  et du « Livre de ma mère«  _ explicó, ha buscado en el siglo XX el amor fraterno del gentil como condición _ tellement difficile, précaire, problématique… _ para no sentirse expulsado _ un mot qui fait frémir !!! _ de la humanidad _ et de la communauté des humains non-inhumains ! à l’heure de tant d’autres expulsions de tant de pauvres gens… : je suis en train de lire « L’Amour des autres _ Care, compassion et humanitarisme« , le très riche n° 32 de la revue du MAUSS, qu’ont dirigé Alain Caillé et Philippe Chanial _, la carencia de Celan agravó su sufrimiento de la existencia. Entonces él, el enamoradizo, buscó allá por donde iba ese amor infinito que le faltaba.

    …

    Tal vez por ello, escribir para Paul Celan fuera, como para el mismo Cohen, escribir a una mujer, seducir a una mujer. Sus poemas están llenos de un tú normalmente femenino al que se toma como interlocutor. Hay 1.400 du en la obra del poeta, y es la palabra más repetida en ella. Cada uno de esos tú no es una evocación imprecisa de una entidad eterna. En muchos casos es su propia madre, pero en otros muchos responde a mujeres con las que Celan mantuvo relaciones. En medio del odio que le había negado la existencia, Celan levantó poemas que, como ha visto Bertrand Badiou _ éditeur de la « Correspondance » entre Paul Celan et Ileana Shmueli ; et de bien des œuvres traduites en français de Paul Celan _, tienen una lectura claramente amorosa o aun erótica.

    …

    Detrás, pues, de ese tú se esconde la presencia de Ruth Lackner, una judía austriaca, actriz, a quien Celan dejó mecanografiada su primera colección de poemas antes de huir desde Bucarest hacia París, a través de Viena. Está ella, pero también Rosa Leibovici, a quien conoció en los últimos años en Czernowitz y que le siguió a Bucarest (1944-1947), o Ilana Shmueli, apenas una adolescente entonces, y con quien el poeta volvió a encontrarse en diversas ocasiones a partir de 1965 en París y en Jerusalén. El tú de Celan se extiende por otras latitudes y por todos sus libros. A su paso por Viena, en 1948, conoce y se enamora de la poeta Ingeborg Bachmann, hija de un maestro de Carintia miembro del partido nazi. Con Bachmann, Celan se encontrará varias veces más, sobre todo entre el otoño de 1957 y julio de 1958, recomponiendo un vínculo que unía a dos extraños a pesar de su amor

    _ sur Ingeborg Bachmann, outre son œuvre, bien sûr (!), dont son roman « Malina« , on peut lire une biographie, par Hans Höller, parue, traduite en français, aux Éditions Actes-Sud : « Ingeborg Bachmann« .

    …

    Cuando en 1948 llega a París, Celan frecuenta el círculo de su amigo rumano Isac Chiva, del que también participa Ariane Deluz, primera mujer de Chiva y amante de Celan entonces y en sus últimos años. Es precisamente Chiva quien presenta al poeta a la que será su futura mujer, la artista gráfica Gisèle Lestrange, e inmediatamente surge entre ambos una pasión intensa.

    …

    En 1952 se casan y en 1955 tienen a su hijo Éric. Celan aspiraba a crear una familia como se aspira a tener una vida plena. Amaba a su mujer y a su hijo, pero no pudo alcanzar esa aspiración. Al final de la década de 1960, hubo de separarse de ellos y vivir solo.

    …

    Antes, entre 1953 y 1962, Britta Eisenreich había sido su « mujer alemana« . Eisenreich está ultimando la escritura de lo que seguramente serán unos interesantes recuerdos de su relación con Celan.

    …

    Sin embargo, donde realmente se puede rastrear el alcance de los lazos con todas estas mujeres _ du moins pour nous autres, lecteurs, aujourd’hui _ es en la correspondencia que Celan mantuvo con ellas. Algunos de estos cruces de cartas han conocido en los últimos tiempos una publicación acompañada generalmente con notas esclarecedoras de sus editores. Magnífica por mil razones, la correspondencia con su mujer, Gisèle _ oui ! _, pone al descubierto el doloroso forcejeo entre el amor del poeta a su familia _ oui… _ y su locura, que fabricó la gasa negra en la que se asfixiaron los últimos diez años de su vida _ en effet. Lo que él mismo llamó « su enfermedad » era grave, producto de una personalidad sumamente dolorida, dañada sin remedio _ hélas _ por la experiencia del genocidio y por el sentimiento de culpa del que queda _ le « rescapé » d’entre les « naufragés » dont a parlé, en son ultime témoignage : essentiel ! Primo Levi : « Les naufragés et les rescapés« . En una anotación de 1966 del diario del filósofo Emil Cioran, se puede leer : « Anoche, en una cena, me enteré de que habían internado a Paul Celan en una casa de salud, después de que intentara degollar a su mujer. (…) Ese hombre encantador e insoportable, feroz y con accesos de dulzura, al que yo estimaba y rehuía, por miedo a herirlo, pues todo le hería » _ « herer » = « blesser »…

    …

    Celan había oído por fin aquel chasquido que le separaba de la existencia. Mientras pudo, se había alimentado con el amor de esas mujeres, un amor que necesitaba y buscaba, sin saciarse, también como motor para su poesía. Pero esa vitalidad de moribundo se acabó con el brutal tratamiento psiquiátrico a que fue sometido durante una década de duros internamientos clínicos con administración de psicotropos y electroshock : « Había muchas fuerzas reunidas en mí _ no sólo las de la poesía _, que eran una sola fuerza, una sola. Han querido quitármelas _ tal vez porque eran demasiado grandes _ ; mi fuerza era tan grande que no han podido dejármela. Me defendí durante mucho tiempo, pero cuanto más decidido y concentrado llevaba ese combate, más dura se hacía la caída« , le escribió en una carta de 1969 a Ilana Shmueli. Cuatro meses más tarde, el moribundo enamorado se arrojó al río Sena.

    …

    Carlos Ortega, escritor, traductor y editor, es director del Instituto Cervantes de Viena. Su último libro publicado es « La perfecta alegría« (Pre-Textos).

    …

    Un bel article, qui nous invite à (re-)lire d’abord Paul Celan :

    …

    ce qui demeure de sa poésie :

    « La Rose de personne« , « Renverse du souffle« , « Grille de parole« , etc… ;

    et sa correspondance aussi…

    …
    Titus Curiosus, le 9 janvier 2009

  • Pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère : penser la « sollicitude » et l’ »intime »

    Pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère, sur « Le Sexe de la sollicitude« 

    _ dans les salons Albert-Mollat,

    et dans le cadre de la saison 2008-2009 des conférences de la Société de philosophie de Bordeaux _,
    ce petit mot (à un ami) :

    …
    Cher Rolandas,
    …
    Après Fabienne,
    c’est Guillaume
    qui hier soir, en aparté à la conférence _ salle pleine (des salons Mollat illuminés) _ de Fabienne _ en forme olympique _
    m’a « confié » qu’il s’était mis à « re-lire » « La Privation de l’intime« 

    (de Michaël Foessel)

    que je t’ai chaleureusement recommandé (cf mon article du 11 novembre : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie«  ;

    …

    en convenant que le faisceau du projecteur en direction du phénomène de « pipolisation »
    n’était, en effet que marginal dans l’ »économie » du livre _ ainsi que je le lui avais bien soutenu en notre échange téléphonique de dimanche après-midi…
    …
    Quant à Fabienne,
    elle a, elle aussi, convenu _ au sortir de la conférence, et en nous dirigeant vers le restaurant du repas convivial qui allait suivre (au « Café Louis« , du Grand-Théâtre),
    que la conception de « l’intime » de ce livre (de Michaël Foessel)
    s’attachait bien à un rapport d’attention à
    (la personne de) l’autre (comme sujet ; et « aimé » vraiment…) ;
    et pas à quelque repli sur quelque « intériorité » (d’un Moi séparé, en quelque « fort » _ sic _ intérieur ; vis-à-vis de quelque « objet » _ ou « moyen » _ que ce soit…) ;

    …

    ainsi qu’au concept _ si crucial _ de « vulnérabilité » « humaine »…

    …

    Et que la troisième partie de « La Privation de l’intime » était, en effet, très riche
    de bien fécondes perspectives (quant au devenir démocratique)…
    …

    Pour ce qui concerne le fond de la conférence de Fabienne hier soir,
    je vais tâcher d’en rédiger un article (sur mon blog) ;

    …

    et pour ce qui concerne « la forme »,
    Fabienne l’avait hier soir
    :

    …

    claire, précise sur les détails de ses analyses,
    _ encore mieux que dans son livre, ai-je « trouvé »…
    …
    Il n’empêche,
    le fond

    _ sinon une quasi « fusion », du moins de très fortes « passerelles » revendiquées,

    du « descriptif » (disons, de nature sociologique) et du questionnement (proprement philosophique, lui) de ce qui peut venir « fonder » des normes (morales, sociales, politiques) _

    …

    continue de, « quelque part », « me gêner » un peu (aux entournures)…
    …
    Céline Spector, avec sa clarté synthétique coutumière _ bien précieuse ! _,
    a tranquillement ouvert le débat avec cette question _ de fond, cruciale _
    quant au statut de la « sollicitude » (et du « care« ) :
    la visibilité
    _ « demandée » (par Fabienne, et à plusieurs reprises, je l’avais repéré, dans le livre) _ ne tombe-t-elle pas (un peu) sous les coups
    des critiques du tout-Etat-Providence ?..

    …

    même si Fabienne, en son exposé, avait solennellement « récusé » par avance les arguments _ type Michel Schneider _ anti « Big Mother » : in « La confusion des sexes » (paru aux Éditions Flammarion en février 2007)…
    …
    Quelle est donc « l’authenticité » d’une « croisade » (en faveur de cette « sollicitude« -là) ?

    …

    Que penser des arguments cherchant à bien dissocier la « sollicitude« ,
    et de la « compassion«   ;
    et, plus encore, de la « charité »
    _ présentée comme illégitime
    parce que prétendant se fonder sur quelque transcendance (divine) ?..

    …

    Je me le suis demandé à la lecture du « Sexe de la sollicitude« ,
    et continue de m’y interroger après ce (très) clair exposé
    de la conférence d’hier soir…
    …
    Bref, cette « sollicitude« -là _ et à l’égard de quels « pauvres« , de quels « blessés » (de la vie) ? _
    sur quoi donc vient-elle « se fonder » ?

    …

    Parvient-elle à échapper, et comment, au statut (et fonctions) de l’ »idéologique » ?
    …

    Voilà qui continue pas mal de me « travailler » encore…
    …
    Et sur quoi se détermine la différence entre « le proche« 

    _ ayant « droit » à de « pleins » rapports de réciprocité _
    et « le lointain« 

    _ « réduit », lui
    (sur « qui » on vient alors « se pencher » : le « surplombant« …),
    à des rapports a-symétriques ?

    …

    même si la « liberté » de chacun d’eux est très clairement revendiquée,

    et notée « à respecter »…

    …

    Par quel « sur-plomb »

    qui soit « de droit » ?..
    et pas rien que « de fait »…
    …
    Bruce et Christophe
    se le demandaient aussi…
    …
    N’y a-t-il pas là quelque chose comme de l’ »inauthentique »,
    ainsi que quelque chose comme des « larmes de crocodile » _ « Où sont les caméras ?« ..
    …
    Voire : n’y aurait-il pas, ici,
    rien que cela ?..
    …
    Le « second » dix-huitième siècle, enivré de « vertu »

    _ et de « larmes » (je pense ici aux beaux livres de Chantal Thomas : « Les Adieux à la reine » ; « La reine scélérate. Marie-Antoinette dans les pamphlets » ; « Sade » ; « Sade, la dissertation et l’orgie » ; « Casanova. Un voyage libertin« ) _ sous le règne de ce brave bougre de Louis XVI _,
    n’aboutit-il pas

    aux paniers de sciure des têtes coupées (à la « réception » du couperet de la guillotine)

    de la Terreur robespierrienne…

    …

    Du Laclos des « Liaisons » _ dangereuses, en effet, certes ! _
    au Beaumarchais de la « Mère coupable » ;
    et, immédiatement après, au Sade des « Infortunes »

    de cette « vertu« …
    …
    De même,
    l’expression de Fabienne

    _et dans son livre,
    et lors de sa conférence _,
    d’un « usage de la politique« 
    me fait toujours assez (fortement) « question » ;

    me « trouble »…
    …
    Tout cela n’étant vraisemblablement pas sans nul rapport, non plus,
    avec les querelles, pressions, cris d’orfraies
    du congrès _ et suites _ du PS,
    en train de s’achever pendant que nous dînions _ fort agréablement, et convivialement _ hier soir…
    …
    Voilà de toutes premières réflexions sur cette conférence

    très réussie

    d’une Fabienne très en forme,
    dans ce si beau lieu,
    si bien éclairé,
    des salons Albert-Mollat, hier soir…

    …
    Bien à toi,
    …
    Titus
    …
    qui tâchera de rédiger quelque chose sur « Le Sexe de la sollicitude » aussi sur son blog…

    …
    La question de l’ »authenticité » n’en paraît que plus « forte » ;
    ainsi que la question des « fondements » _ et de l’ »autorité » _,
    en régime

    _ désormais : Fabienne citait très justement la position, notamment, de David Hume _ ;
    …
    en régime d’immanence,

    de la « sollicitude »…
    …
    Sur le terrain de l’esthétique,
    je n’ai pas encore lu « L’expérience de la beauté : essai sur la banalisation du beau au XVIIIe siècle » de Fabienne (Brugère),
    mais _ j’avais écouté Fabienne en (bien) parler sur France-Culture ;
    à l’émission de Raphaël Enthoven, il me semble me souvenir _ ;
    …
    je ne me situe personnellement pas tout à fait
    sur ce champ
    _ rien que « de fait » _ de la « banalisation » des valeurs (esthétiques ; et autres !)…
    …
    Idem quant aux réflexions de l’ami Bruce (Bégout),
    avec lequel j’ai échangé quelques mots hier soir, à la conférence (mais lui participait à un autre « banquet philosophique »),
    sur le « quotidien » (in la « Découverte du quotidien » ; cf aussi « De la décence ordinaire« , qui est sur ma table de chevet)…
    …
    « Banal » ; « quotidien« 
    versus _ peut-être ?… _ « intime« , en quelque sorte (pour se référer au livre si riche de Michaël Foessel
    et versus, aussi, le « sublime«  de l’amie Baldine Saint-Girons (« Le Sublime » ; cf aussi son très beau « L’Acte esthétique« )…
    …
    ou l’ »indécrottable » point de vue du « baroqueux »
    que je demeure ad vitam æternam !..

    …
    Dernière chose :

    …
    j’ai très envie de « lire » Stanley Cavell,
    notamment son « Déni de savoir » :
    …
    au repas hier soir, Layla Raïd me l’a présenté très favorablement,
    à partir des mots de « rencontre » et de « conversation« 

    _ qui sont, aussi, de « mon » vocabulaire, comme de celui de Layla :
    le vocabulaire de l’ »intime« 
    , donc,

    cher Rolandas…
    …
    J’espère ne pas trop te faire perdre de ton temps en étant si prolixe…
    à rebours du B-A BA de l’ »art de la conversation », justement : sans pesanteur, lui…
    Vive Marivaux !
    …
    Titus Curiosus, ce 26 novembre 2008