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  • Le versant tendrissime des Concertos pour violoncelle de Weinberg (1919 – 1996) et Korngold (1897 – 1957) dans le beau jeu, tendre et tout en retenue, de Kristina Reiko Cooper, en son beau CD « Hidden Legacies »…

    J’aime tout particulièrement Mieczyslaw Weinberg (Varsovie, 8 décembre 1919 – Moscou, 26 février 1996), ainsi que, même si c’est d’une tout autre façon, Erich Wolfgang Korngold (Brünn, 29 mai 1897 – Hollywood, 29 novembre 1957), dont je possède une bonne collections de CDs, d’interprétations nombreuses d’œuvres de chacun…

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    Et voilà que le 17 avril dernier, Crescendo Magazine, en un article intitulé « Hidden Legacies : Weinberg et Korngold sous l’archet de Kristina Reiko Cooper » sous la plume de Patrice Lieberman, m’a appris l’existence d’un CD Delos 3616 « Weinberg & Korngold Hidden Legacies » de la violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper et le Kaunas Symphony Orchestra  dirigé par Constantine Orbelian – enregistré à Kaunas du 4 au 6 juin 2024  – , comportant le Concerto pour violoncelle en ut mineur Op. 43 et la Fantaisie pour violoncelle et orchestre Op. 52 de Weinberg, associés au Concerto pour violoncelle en ut majeur Op. 37 de Korngold…

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    Wow !

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    Bien que cet article de Patrice Lieberman comporte de notables bémols – qui ne m’échappent pas – concernant l’interprétation – jugée parfois pas assez engagée : à la Rostropovich… – de ce CD par cette violoncelliste, Kristina Reiko Cooper – que je ne connais pas jusqu’ici : elle est native de New-York… – ,

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    Hidden Legacies : Weinberg et Korngold sous l’archet de Kristina Reiko Cooper

    par Patrice Lieberman
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    Hidden Legacies. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Concerto pour violoncelle et orchestre, Op. 43 ; Fantaisie pour violoncelle et orchestre, Op. 52. Erich Wolfgang Korngold(1897-1957) : Concerto pour violoncelle et orchestre, Op. 37. Kristina Reiko Cooper (violoncelle), Orchestre symphonique de Kaunas, Constantine Orbelian (direction). 2026. Livret : anglais. 61’28’’. Delos. DE3616.

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    La violoncelliste américaine Kristina Reiko Cooper nous offre un couplage sortant résolument – en effet – des sentiers battus, réunissant des œuvres concertantes pour violoncelle et orchestre de deux compositeurs que tout différencie – certes – sur le plan stylistique, mais dont les biographies partagent – en effet – un tragique – historique – point commun. En effet, ces deux créateurs juifs – voilà ! – durent fuir la folie nazie. Si l’exil fut relativement confortable pour Korngold — enfant prodige devenu célèbre, il quitta l’Autriche dès 1934 pour Hollywood où il entama une brillante carrière cinématographique —, celui de Weinberg fut autrement dramatique – oui. À peine son diplôme de piano obtenu au Conservatoire de Varsovie – en 1939 – , il dut fuir – lors de l’invasion de la Pologne par les Nazis – vers l’URSS, poursuivant ses études à Minsk avant de se réfugier à Tachkent en 1941. Chostakovitch, qui l’apprécia dès cette époque et dont il devint le protégé, facilita son installation à Moscou. Cependant, la vague antisémite de 1953 lui valut d’être incarcéré durant trois mois à la sinistre prison de la Loubianka, dont il ne sortit que grâce à l’intervention de son mentor et – surtout – au décès de Staline – le 5 mars 1953.

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    Si la musique de Weinberg bénéficia d’une réelle popularité dans les années 1960 en URSS, où elle fut régulièrement exécutée par les meilleurs musiciens soviétiques, elle y passa ensuite de mode – oui. Quant à l’Occident, il l’ignora à peu près totalement avant sa redécouverte – voilà – à partir des années 2010 (à titre d’exemple, le dictionnaire New Grove de 1980 lui consacre une colonne).

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    Écrit en quatre mouvements, le Concerto pour violoncelle, Op. 43 s’ouvre sur un Andante qui est une sombre et prenante élégie. Kristina Reiko Cooper y fait preuve d’un beau lyrisme – oui ! – et tire de chaudes et sombres sonorités – oui, oui – de son Guadagnini. On remarque rapidement que la soliste préfère travailler en finesse – et délicatesse – plutôt que de prendre la musique à bras-le-corps, comme le veut – voilà, voilà – la tradition russo-soviétique (nous y reviendrons). On apprécie beaucoup – absolument – la douleur contenue avec laquelle elle aborde le Moderato qui suit, auquel les interventions de la trompette apportent une fine et inattendue touche de musique klezmer – tout à fait : on trouve aussi cela chez Mahler.

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    Le troisième mouvement est une marche impertinente « à la Prokofiev » – mais oui – que Weinberg pare par moments d’un séduisant coloris oriental. Si Cooper sait faire preuve d’autorité dans une éloquente cadence, son interprétation — au-delà de son incontestable maîtrise technique et de sa subtile musicalité — est souvent un peu trop policée et manque parfois de tranchant – c’est ici que je me sépare des appréciations de Patrice Liebermann : j’aime la douceur consolatrice de cette tendresse lyrique. Weinberg conclut l’œuvre par un Finale plus léger et un peu moqueur – oui – , à nouveau dans un esprit assez prokofiévien – voilà. La conclusion de cet Allegro se fait pensive et lyrique jusqu’à devenir poignante et dépouillée – tout à fait : la grandeur sans esbroufe du génie de Weinberg est bien là…

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    Comme indiqué, l’interprétation de la violoncelliste américaine est de haute tenue et certainement exempte de toute superficialité comme de recherche de l’effet, mais elle laisse une persistante impression de réserve – non, pas pour moi… Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le premier enregistrement de ce concerto en 1964 par son dédicataire et créateur Mstislav Rostropovitch – dont je ne goûte pas du tout l’ostentatoire rugosité, pour ma part… – , réédité par EMI en 1997. Accompagné par un Rojdestvenski qui dirige un orchestre féroce et chauffé à blanc, le grand violoncelliste russe s’engage ici corps et âme, prenant l’auditeur sidéré à la gorge – mais c’est très peu weinbergien… C’est plus que de la musique qu’on nous donne à entendre ici, mais une véritable lutte existentielle – idéologique.

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    La soliste maintient la même approche dans l’intéressante Fantaisie, Op. 52, dont le grand violoncelliste soviétique Daniil Shafran donna la première, tant de la version avec piano en 1953 que de celle avec orchestre en février 1956, sous la direction de Rudolf Barchaï dans la grande salle du Conservatoire de Moscou. Composée en cinq parties enchaînées, la Fantaisie débute par un Adagio sombre où Cooper — subtile, mais un peu sage — varie intelligemment son vibrato sur les notes tenues. On perçoit bien ici le remarquable cousinage de Weinberg avec Chostakovitch – certes, mais je ne suis pas un féru de Chostakovitch pour ma part… La section Allegro leggiero qui suit apporte ensuite une légèreté bienvenue et la soliste s’y montre très sûre lors de ses excursions dans le registre aigu.

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    Vient ensuite un Allegro con fuoco aux surprenants épisodes folklorisants – fréquents dans l’oeuvre de Weinberg aux attaches moldaves, par sa mère, et polonaises par son père – , sortes de rondes entraînantes qui font penser à Dvořák ou Smetana. Ce côté faux-naïf très réussi est-il une façon pour Weinberg de se plier aux normes du réalisme socialiste ou de se moquer des censeurs qui dénoncèrent son formalisme ? Ou le compositeur s’est-il simplement – plutôt – laissé guider par son inspiration ? Difficile à dire. Après une cadence finement interprétée où la soliste se laisse le temps de déclamer, l’œuvre se conclut par un Andantino leggero où, comme dans le concerto, la musique finit par s’éteindre doucement et sans pathos – à la Weinberg : Weinberg n’est pas Chostakovitch…

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    La genèse du bref Concerto de Korngold (moins de douze minutes ici) ne manque pas d’intérêt. La partition fut écrite à l’origine – à Hollywood – pour figurer dans le film Deception (Jalousie) produit par la Warner Bros. en 1946. L’assez invraisemblable scénario narre l’histoire d’une pianiste (interprétée par la grande Bette Davis) qui veut empêcher que son amant (un violoncelliste de retour d’Europe) ne découvre qu’elle a été la maîtresse d’un compositeur jaloux. Ce dernier a écrit un concerto pour le violoncelliste que l’héroïne a entre-temps épousé. Juste avant la première de l’œuvre, l’héroïne tue le compositeur d’un coup de revolver.

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    On connaît l’extraordinaire aisance – oui – de Korngold et ce qu’il livre ici est une musique à grand spectacle nourrie d’un vocabulaire post-romantique qui doit beaucoup à Richard Strauss. Après un début en fanfare arrivent de belles cantilènes qui précèdent un deuxième thème voluptueux qui aurait pu être écrit par Rachmaninov – oui, oui. Quant au violoncelle solo, il est très actif avant que n’intervienne une brève cadence qui débouche sur un Adagio tendre et séducteur – à la Korngold… S’ensuit une belle intervention de la flûte, suivie d’un épisode fugué introduit par le violoncelle solo qui passe ensuite à une cadence virtuose avant que le concerto ne se termine – spectaculairement : nous sommes à Hollywood – en apothéose.

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    On ne peut pas dire que cette œuvre ajoutera grand-chose à la gloire de l’auteur, mais il faut lui reconnaître – voilà, voilà ! – un côté délicieusement kitsch — certainement voulu – oui – , compte tenu des origines de l’œuvre. Elle est en tout cas défendue avec une conviction totale – oui ! – par Kristina Reiko Cooper qui, par ailleurs, bénéficie ici comme dans les œuvres de Weinberg d’un accompagnement enthousiaste – mais oui ! – de la part du chef Constantine Orbelian et du volontaire orchestre lituanien.

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    Son : 9 – Livret : 10 (Weinberg) / 7 (Korngold) – Répertoire : 10 / 6 – Interprétation : 8,5

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    Patrice Lieberman

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    poussé par ma curiosité  et ma très vive affection et pour Weinberg et pour Korngold, je m’empresse toutefois de commander ce CD à mon disquaire préféré…

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    Cf aussi le bel article de Nicolas Mesnier- Nature « Weinberg défendu par Kristina Cooper : du violoncelle tout en retenue » paru sur ResMusica le 17 juin dernier :

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    Weinberg défendu par Kristina Cooper : du violoncelle tout en retenue

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    La musique de Weinberg et Korngold n’est heureusement plus si oubliée de nos jours, et l’on ne saurait négliger les nouvelles parutions les concernant. Le jeu des interprétations commence à se mettre en place, la parole est ainsi donnée à .

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    Malgré un imposant corpus, Weinberg – compositeur discret – a écrit peu de concertos : un pour violon, un pour clarinette, deux pour flûte et un pour violoncelle. Pour ce dernier, composé à la fin des années 40 alors que l’auteur n’avait pas encore atteint la trentaine, il fallut attendre presque dix ans – déjà ! – pour sa création par son dédicataire Mstislav Rostropovitch en 1957. Sa structure est en quatre mouvements, sa couleur à la fois lyrique (I), nostalgique (II) et virtuose (III) – voilà, voilà… – , fait ressortir par moments – ce qui n’a rien d’étonnant chez Weinberg, et qui est éminemment touchant ! – celle de la musique klezmer juive – oui. Le retour en finale du thème initial déjà réentendu dans la cadence du III forme une architecture cyclique cohérente. L’espèce de douce habanera fantomatique – oui, oui – qui rythme le II transforme le duo soliste-orchestre en concerto d’orchestre avec les multiples interventions des différents pupitres. Il n’y a pas un moment neutre ou vide dans ce concerto : tout donne sens – oui – et rien n’est – jamais – prétexte à virtuosité creuse.

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    La violoncelliste américaine nous donne ici certainement son premier grand disque soliste – oui. Et pourtant, de tous les concertos de Weinberg évoqués plus haut, c’est celui pour violoncelle qui donne à notre goût le plus de satisfactions – par sa tendresse foncière, si caractéristique de l’œuvre entier Weinberg. A côté de la version historique par Mstislav Rostropovitch (avec Guennadi Rojdestvenski) et celle de Nicolas Altstaedt (avec Michal Nesterowicz, Clef d’Or ResMusica) – un violoncelliste que j’apprécie beaucoup – , l’on n’hésitera pas à le mettre en regard d’une autre très grande version – que je ne connais pas – qui aura l’avantage sur celle-ci de s’appuyer sur une phalange et un chef qui fréquentent davantage ce répertoire – l’ et – que le plus neutre orchestre lituanien de Kaunas dirigé par . L’unité stylistique va assurer une cohérence à cet enregistrement : tout du long, les tempi adoptés gardent une certaine ampleur, même dans les passages rapides. Si l’adagio initial, le moderato et adagio qui suivent ainsi que la conclusion générale ont tout à y gagner, l’allegro s’embourbe toutefois dans une pesanteur qui nuit à l’expression de cette partie, sorte de point culminant pourtant, de réveil brutal nécessaire après ces grandes plages de méditation développées en I et II. De plus, les très nombreuses interventions des pupitres de vents restent un peu en retrait par rapport à la soliste alors qu’un vrai dialogue aurait apporté davantage de couleurs et de relief.

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    Tout l’intérêt se reporte donc sur : son jeu fait ressortir la retenue de ses attaques, toutes en douceur – voilà ! voilà ! – – presque trop pour l’allegro et la cadence – et surtout son adéquation parfaite avec le chant magnifique – oui – entendu dans l’adagio initial, qui semble porté et soutenu par un immense arc mélodique, d’une profondeur d’intention remarquable – absolument. Cette unité du phrasé arriverait presque à nuire à la cadence du III dans le sens où Kristina Cooper nous raconte sans orchestre une seule et même histoire, alors que , le soliste de , lui, nous en raconte plusieurs. Ce n’est qu’en comparant ces deux versions que l’on se rendra compte des limites toutes relatives de cet enregistrement.

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    On ne pourra que reporter ces quelques remarques sur la fantaisie pour violoncelle qui suit : de quelques années plus tardives, c’est une œuvre qui s’inscrit dans les années de dégel post-stalinien, plus « neutre », davantage dans le consensus que dans la contestation et la modernité. Mais cela n’enlève en rien de sa qualité et elle ne peut être tenue pour une œuvre mineure. L’expression de son écriture est en parfaite adéquation avec les intentions artistiques de Kristina Cooper, légèrement trop neutres.

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    On passera avec plus de rapidité sur le Concerto pour violoncelle de Korngold : « concerto » est d’ailleurs un bien grand mot pour cette œuvre d’à peine quinze minutes, initialement écrit pour un film, développé par la suite et presque contemporain de celui de Weinberg, d’un romantisme tardif égaré – peut-être : c’est pour le cinéma d’Hollywood… –  au lendemain de la seconde guerre. L’orchestre très fourni de Korngold et ses intentions musicales n’ajoutent ni n’enlèvent rien au jeu de Kristina Cooper qui fait ce qu’elle peut pour s’imposer et conduire la ligne de chant bavarde et superficielle de cette partition, que l’on prendra ici comme un bonus sans nécessité mais agréable seulement à l’écoute.

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    « Hidden legacies ».

    Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) : concerto pour violoncelle et orchestre en ut mineur op. 43, Fantaisie pour violoncelle et orchestre op. 52. Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Concerto pour violoncelle et orchestre en ut majeur op. 37.

    Kristina Reiko Cooper, violoncelle, Kaunas city symphony orchestra, Constantine Orbelian, direction.

    1 CD Delos. Enregistré dans la salle du Kaunas Philharmonic, Lituanie, du 4 au 6 juin 2024.

    Notice de présentation en anglais. Durée : 61:28

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    Une interprétation tout à fait attachante de Kristina Reiko Cooper,

    et dans l’esprit tout de tendresse vraie – et non sirupeuse, ni kitsch… – du magnifique Mieczyslaw Weinberg…

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    Et admirez-la dans cette superbe vidéo (de 7′ 48) de l’Adagio qui ouvre le Concerto Op. 43 de Weinberg…

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    Ce vendredi 10 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Gidon Kremer et sa Kremerata Baltica au sommet pour un émouvantissime subjuguant « Songs of Fate » : Mieczyslaw Weinberg (1919 – 1996), avec les lithuaniens Giedrius Kuprevicius (1944) et Raminta Serksnyte (1975) et le letton Jekabs Jancevskis (1992)…

    Gidon Kremer _ né à Riga le 27 février 1947 _, impeccable violoniste et chef d’orchestre, à jamais, et parfait honnête homme,

    nous donne une fois encore, avec sa magnifique Kremerata Baltica,

    un album de parfaite rectitude, « Songs of Fate » _ écoutez ceci (0′ 58) _, un CD ECM New Series 2745 485 9850 _ enregistré à Vilnius au mois de juillet 2019, pour les œuvres de Mieczyslaw Weinberg (1919 – 1996) et Giedrius Kuprevicius (1944) ; et à Lockenhaus au mois de juillet 2022 pour les œuvres de Raminta Serksnyte (1975) et Jekabs Jancevskis (1992) _

    dont la charge d’intensité humaine et poésie, et la profondeur musicale, nous va droit au cœur,

    à donner la chair de poule…

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    Quel superbe programme,

    avec des œuvres de 1942, 1943, 1948 et 1952 (Weinberg) ;

    mais aussi 2017 (Jancevskis) ; 2018 et 2019 (Kuprevicius) ; et 2021 (Serksnyte)

    _  mais oui !.. Une musique d’éternité.

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    “Gidon Kremer has perhaps never before revealed himself as intimately and as existentially focused as on this recording”, observes Wolfgang Sandner in his liner note accompanying the Latvian violinist’s new album Songs of Fate. Together with his Kremerata Baltica chamber ensemble and soprano Vida Miknevičiūtė, Kremer approaches scores by Baltic composers Raminta Šerkšnytė, Giedrius Kuprevičius, Jēkabs Jančevskis and the Polish-Jewish composer Mieczysław Weinberg.

    In a performer’s note, Kremer explains how, reflecting on the different threads that create the fabric of this programme, “I realise – to my own surprise – that in many ways, this project revolves around the notion of ‘Jewishness’.“

    Poignant deliveries of excerpts from the Chamber Symphony The Star of David and Kaddish by Giedrius Kuprevičius as well as the Jewish Songs by Mieczysław Weinberg emphasize this connotation. Bookending Songs of Fate are premiere recordings of Raminta Šerkšnytė’s This too shall pass and Jēkabs Jančevskis’s Lignum, bringing the voices of a younger generation of composers to the fore.

    The album was produced by Manfred Eicher.

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    À ne surtout pas manquer…

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    Ce samedi 2 mars 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Lectures et relectures de l’interrogation sur les tensions entre filiations et affinités dans le feuilletage de son identité personnelle, entre francité et judéité, de François Noudelmann en son passionnant « Les enfants de Cadillac »…

    Au terme d’une riche semaine de lectures et relectures du « Les enfants de Cadillac« de François Noudelmann, qui vient de paraître tout récemment en collection de poche Folio,

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    voici la série de liens aux 7 articles que je viens de consacrer ce mois de mai à ce passionnant travail de recherche et de méditation sur le feuilletage complexe de la propre identité personnelle de François Noudelmann, eu égard aux tensions entre ses filiations _ et désaffiliations _ à son père et à son grand-père paternel, eux-mêmes pris entre leur désir profond et éperdu de « francité« , et leurs efforts pour mettre aussi un peu à distance la « judéité » de leurs racines familiales, dans le choc des tourmentes de l’Histoire _ européenne, principalement _ de ces derniers siècles surtout… :

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    _ dimanche 21 mai : « « 

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    _ lundi 22 mai : « « 

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    _ mardi 23 mai :  « « 

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    _ mercredi 24 mai : « « 

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    _ jeudi 25 mai : « « 

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    _ vendredi 26 mai : « « 

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    _ et samedi 27 mai : « « 

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    Bonnes et fécondes lectures

    et re-lectures…

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    Ce lundi de Pentecôte, 29 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour conclure sur le parcours présent de rétrospection (provisoire…) de François Noudelmann, enfant rétrospectif du cimetière bouleversé et rénové de Cadillac, en 2020 : le sentiment d’ « à part – tenance » et le désir d’ « a – s- similation » – intégration – « a – grégation » – « incorporation » à la France, en ses filiations chahutées par l’Histoire ; et les « modalités et intensités » et « harmonieuse complicité » d’affinités adventices heureuses, de François Noudelmann…

    Ce samedi 27 mai,

    je conclus l’élan des commentaires de ma lecture du splendide et profond « Les enfants de Cadillac » de François Noudelmann, à la suite de mes 6 articles précédents :

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    _ du dimanche 21 mai : « « 

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    _ lundi 22 mai : « « 

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    _ mardi 23 mai :  « « 

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    _ mercredi 24 mai : « « 

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    _ jeudi 25 mai : « « 

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    _ et du vendredi 26 mai : « « 

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    Sur le complexe et difficile « sentiment d’appartenance« , dans lequel s’entend nécessairement, comme une sorte d’implacable répétitif destin, et en même temps, un très tenace sentiment d’ « à part – tenance » _ à sa « francité« , du fait de la « judéité«  héritée de sa marquante branche familiale paternelle (par son histoire personnelle de fils très très proche, par « cette vie avec mon père, plus conjugale que familiale » (l’expression se trouve à la page 174 des « Enfants de Cadillac« …), un bon bout de temps seuls, et isolés, tous les deux, à Lyon, « pendant notre vie commune » (l’expression se trouve à la page 59), entre les huit ans et les treize ans du petit François, de 1967 à 1972) ; et de génération en génération, comme répétivement, chez ces Noudelmann-ci, le lien à la mère (et a fortiori aux branches maternelles) est soit carrément rompu, coupé, tranché vif, soit extrêmement distendu et lache… _ de François Noudelmann,

    on retiendra pas mal de lucidissimes expressions sur le fait d’ »en être » ou « ne pas en être » vraiment, de cette « francité » par « a – s -similation » si ardemment désirée par son père et, avant, son grand-père, en leur difficile, et in fine tragique, parcours de vie (en Lithuanie, 1891 – Cadillac, 1941), pour Chaïm _ mort de cachexie, c’est-à-dire de faim, en un asile de fous, sous le régime de Vichy, en 1941 _, et Paris 18e, 1916 – Limoges, 1998, pour Albert _ avec un passage ultra-violent de « cinq années allemandes », en Silésie, entre 1940 et 1945 ; et in fine suicidé, alors qu’il n’avait aucune maladie, avec un pistolet à grenaille _)… 

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    Ce sont donc ces très belles expressions-là, sous la plume de François Noudelmann, en ce profond et lucidissime « Les enfants de Cadillac« , que je tiens ici et maintenant, et en forme de conclusion provisoire à mes lectures et relectures, à la loupe, le plus possible attentives aux plus infimes détails dans lesquels se niche et se tient caché, comme c’est bien connu, le diable, l’essentiel du message crypté, d’abord à lui-même, bien sûr _ mais c’est le travail patient et inspiré (= d’« imageance« ) d’écriture qui vient porter à la conscience de l’auteur, qui va l’assumer, point après point, jour après jour, détail (et mot prononcé) advenu par détail (et mot prononcé) advenu, et avec l’expérience de l’âge, le sens ainsi porté à un peu plus et un peu mieux de lumière ; et c’est bien cela seul qui fait advenir une œuvre vraie, véridique et véritable, et pas un simple produit de marketing, promis à obsolescence rapide, tel qu’un « roman«  divertissant, à consommer juste pour le fun, et très vite digérer… : « Je hais les oisifs qui lisent« , s’exclame Nietzsche en le magnifique « Lire et écrire » de son indispensable « Ainsi parlait Zarathoustra« … _, ce qu’il y a apprendre vraiment des vies, à commencer par la sienne propre, et celles de ses proches, et d’abord ceux auxquels nous sommes généalogiquement affiliés comme fils ou fille, petit-fils ou petite-fille, arrière-petit-fils ou arrière-petite-fille, etc. : nous n’y échappons – coupons pas…

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    Voici donc ce qu’ici, ce samedi 27 mai, et en forme de conclusion provisoire à mes lectures suivies, je me permets de retenir des expressions de François Noudelmann sur le feuilletage de ses doubles liens personnels, et plus ou moins hérités de sa filiation paternelle, à la « francité » et à la « judéïté » _ avec, aussi, l’appoint de mes farcissures de commentaire, en vert _ :

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    Pages 164-165 :

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    « Je lui _ Albert, le père bien aimé _ ai longtemps tourné _ en pensée, surtout après son suicide (à Limoges, le 16 juillet 1998) et la cérémonie de la dispersion de ses cendres en un ruisseau du Limousin, et jusqu’à ce jour qui a suivi le choc de l’expérience du cimetière de Cadillac, le 19 septembre 2020… _ le dos, avant de réfléchir _ ce fut « au moment _ à la toute fin, donc, de l’été 2020 _ où j’avais pris mes résolutions, où j’avais établi les réglages _ tant géographiques que mentaux _ entre ma vie de Français à l’étranger _ résidant désormais, probablement depuis 2019, à New-York ; là-dessus, de même que sur la précision des dates, François Noudelmann demeure très discret… _ et mon pays de naissance _ la France, donc : François Noudelmann est né à Paris, à l’hôpital Rothschild, le 20 décembre 1958 _ que la mémoire familiale se rappella à moi, de manière inattendue, alors que le monde s’était figé dans ses frontières à cause de la pandémie de covid. (…) Voilà que je fus invité dans le cimetière français qui avait retrouvé la trace de mon grand-père Chaïm. (…) Ce fut donc pour assister _ à Cadillac, en Gironde _ à la rénovation d’un cimetière abandonné que je revins _ ce fut le 19 septembre 2020, je le répète ici _ sur les traces funéraires de mon fou grand paternel « , lit-on page 223 _ au défaut _ répété, peut-être endémique… _ de transmission, dans ma lignée, des pères aux fils. Refusant d’hériter du moindre bien qui me rappellerait le corps paternel _ le corps de ce père, Albert, dont François avait été pourtant (mais justement…) si physiquement proche de 1967 à 1972, quand ils vivaient, et c’était même une « vie, avec mon père, plus conjugale que familiale« , lit-on page 174 ; et page 172 : « Depuis mon jeune âge, j’avais pris en effet l’habitude de dormir avec lui et de chercher son contact, restant sur ses genoux après le déjeuner, reniflant l’odeur de son pyjama dans le lit. Il faut dire aux lecteurs suspicieux qu’un père juif est souvent une mère normale« …) _, je ne revins jamais sur ses traces, son absence de tombe _ les cendres d’Albert ayant été dispersées, selon sa volonté expresse, dans un ruisseau du Limousin… _ facilitant le détachement de tout lieu. Il m’a fallu la mémoire _ après la cérémonie au cimetière des fous de Cadillac, le 19 septembre 2020 _ de son propre père _ Chaïm Noudelmann _ pour le retrouver _ lui, Albert _ et tenter de comprendre ce que succéder veut dire _ et cela, en toutes ses acceptions _, si cette notion doit être maintenue. Entre Chaïm et Albert, un récit a bégayé, celui de l’assimilation des Juifs, le fils _ Albert _ oubliant son père _ Chaïm, interné comme fou : d’abord à Sainte-Anne, puis en 1929 à Cadillac _ et poursuivant _ pourtant, malgré cet oubli-refoulement de la figure paternelle _ le même désir _ que celui de son père _ de fuir ses origines juives _ voilà ! _ et de s’incorporer _ le mot est très puissant _ à la France, quitte à recevoir son passé _ autour de son histoire personnelle, avec la place qu’y ont occupé les marques les plus sensibles de sa judéité : la prononciation bien sonore de son nom, et le signe corporel bien visible, une fois mis à nu, de sa circoncision… _ en pleine face, comme un boomerang _ en 1940, sur minable antisémite dénonciation… La superposition de leurs histoires, l’une _ incurablement _ sans parole, l’autre confiée _ un jour unique de 1980, et dix heures durant, à un enregistrement sur un petit magnétophone… _, redouble le paradoxe de ces vies tragiques, le destin _ du retour à l’Est des pogroms quitté très jeune par Chaïm _ se réalisant par le souhait même d’y échapper _ en devenant, pour Albert, un soldat français passant cinq années de prisonnier-esclave juif des Nazis en Silésie… Mais de Chaïm et d’Albert à moi _ François _, que s’est-il transmis de leur judéité et de leur francité ? _ telle est là la question de fond de ce très grand livre… En décidant d’exhumer _ par le travail de recherche et de penser _ le premier _ Chaïm (1891 – 1991) _ de la fosse commune de Cadillac, en écrivant la confidence _ enregistrée sur le magnétophone, en 1980 _ du second _ Albert (1916 – 1998) _ sur ses cinq années allemandes _ mai 1940 – février 1945 _, j’ai l’intuition qu’être français doit _ beaucoup, pour François _ à  leurs souffrances et désillusions _ aussi : tout cela est inextricablement mêlé…. Même si nos vies demeurent _ de fait _ incomparables car je n’ai connu ni la guerre ni la relégation. Né en France, n’ayant jamais été menacé, je ne saurais porter ni revendiquer cette mémoire sans imposture« …

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    Page 166 :

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    _ « L’histoire de nombreux Juifs venus d’Europe de l’Est est sans doute _ et c’est certes là plus qu’un euphémisme ! _ marquée par leur désir d’intégration _ voilà ! _ et leur éloignement _ assez souvent radical _ de la tradition _ liée à bien trop de tragédies et malheurs… _, au point qu’ils donnèrent volontiers des prénoms français à leurs enfants _ ainsi, moi-même  ai-je reçu le prénom de Francis… _, et le mien, François, remplit au mieux cette condition. (…) François, je porte le prénom de mon pays« .

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    Page 174 :

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    _ « Parmi les questions posées à un individu sur son identité, on lui demande d’où il est, car il est censé connaître ses origines, sa famille, sa ville, sa région ou son pays. La difficulté que j’ai toujours éprouvée, et que j’éprouve encore aujourd’hui, à définir ces affiliations, et le recours à des périphrases pour y répondre bien que je sois français, doivent sans doute à cette vie avec mon père _ à Lyon, de 1967 à 1972 _ plus conjugale que familiale _ j’y reviens ici encore, car cela fut en effet crucial pour la formation de l’idiosyncrasie de François Noudelmann. Lui seul _ Albert _ fut ma patrie, celle qui a fait de moi un fils et un compatriote«  _ en ces années sensibles de sortie de l’enfance et entrée dans l’adolescence, entre les huit et treize ans du petit François.

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    Page 175 :

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    _ « La paternité ne se réduit pas au partage des gènes et elle repose sur un élan _ affectif, affectueux même _ réciproque de l’enfant et du père. Le mien m’a reconnu deux fois, à la naissance _ le 20 décembre 1958 _ puis en obtenant ma garde juridique _ lors du prononcé du jugement de divorce d’avec la mère de François, en 1967 ; et page 184, François Noudelmann ajoutera ceci : « J’ai dit qu’il m’a reconnu deux fois, mais il m’aura quitté deux fois aussi, en se (re-) mariant _ en 1972 _ puis en se suicidant » _ le 16 juillet 1998. Les recompositions familiales qui s’ensuivirent _ à commencer par le malencontreux remariage d’Albert avec sa troisième épouse en 1972, et le déménagement consécutif du couple formé par le père Albert et son fils François, de Lyon à Limoges _ modifièrent toutefois mon sentiment de l’appartenance _ et de l’« à part -tenance« … _ comme l’éprouvent les enfants dont les racines se troublent à mesure que leurs foyers se fracturent et se transforment _ se recomposent, comme cela se dit maintenant. Cette expérience de vie dans des mondes différents leur enseigne le relativisme, que j’appris très tôt » _ dès les âges de huit et treize ans, par conséquent.

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    Pages 191-192 :

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    _ « La fréquentation des universités me conduisit à devenir docteur, non en médecine comme l’auraient compris mes parents, mais en philosophie _ ce fut le 11 juillet 1995, à l’université Paris 4. Cependant la charge symbolique de ma réussite vint _ un peu plus tôt _ du concours  qui, visant simplement à recruter des professeurs, me rendit « agrégé de français » _ de Lettres modernes… _, ainsi que je l’annonçai fièrement à mon père qui n’avait aucune idée de cette promotion. Si je devenais le premier fonctionnaire de la famille, toutes branches comprises, je pouvais surtout afficher qu’en moi s’étaient agglomérés, agglutinés assez de savoirs pour être un français « agrégé », ayant la densité _ rassurante _ d’une molécule. Cette agrégation à la française signait le parachèvement d’un désir _ familial des Noudelmann, depuis Chaïm, venu à Paris, non sans difficultés, « à l’âge de dix-huit ans«  (page 16), en 1909 donc, en carriole à cheval, de Lithuanie… _ de France, commencé avec la naturalisation _ »par décret du 16 juin 1927″ (comme indiqué page 25) _ de mon grand-père _ Chaïm _, juif _ de nationalité _ russe, et confirmé cinquante ans plus tard _ j’en ignore la date précise _ par celui dont le nom figurait désormais au tableau de ceux qui « apprendraient le français » aux jeunes Français. L’étude du latin m’avait même permis de repérer dans le mot d’agrégé la racine étymologique de grégaire, grex, le troupeau. Ainsi avais-je rejoint la troupe des Français, non pour y tenir un fusil, comme Chaïm _ entré dans l’armée française en 1911 (lit-on page 16) _, mais comme passeur de la langue et de sa culture. Ce résultat marquait aussi une fin, l’effacement des origines s’étant réalisé _ principalement _ grâce aux parentés adoptives _ ce serait à préciser, du moins eu égard à cette date de l’agrégation de français… _ qui m’avaient embarqué dans leurs mondes parallèles où les histoires de shtetl, de génocides – on ne disait pas encore Shoah – n’étaient pas déterminantes. Ce passé tragique faisait partie de l’Histoire universelle et ne définissait pas mon identité, d’autant moins que les témoins ne souhaitaient pas en parler. L’assimilation _ a- s -similation… _ au pays ne pouvait être mieux prouvée que par l’entrée dans un corps d’État« .

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    Page 221-222 :

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    _ « Bien que j’abbhorre les identifications _ mensongèrement réductrices _, lorsque je suis à l’étranger _ hors de France, par conséquent _, c’est le mot de Français qui me vient en premier. Comme pour tous les exilés – un terme que je préfère à celui d’expatrié -, des événements politiques et culturels ravivent de temps à autre l’appartenance au pays natal, quand bien même on a décidé de ne plus lire les journaux ni de regarder les télévisions françaises. (…) Avec l’éloignement, et dans la langue qui ordonnera _ et c’est fondamental _ pour toujours mon rapport au monde, bien que je découvre des émotions inédites _ et enrichissantes… _ en moi grâce aux images, aux sensations et aux idées recelées dans une autre langue, je m’interroge sur ce qui me fait _ de fait, si, tellement _ français, et ce sont moins des fromages ou des terroirs que des œuvres _ voilà ! _ qui surgissent _ avec une joyeuse vivacité. Lorsque je lis Montaigne ou Marivaux _ deux de mes auteurs absolument préférés à moi aussi ! _, leurs tournures de phrase _ voilà ! _ agissent sur mes poumons et mes nerfs, et elles déclenchent, par le rire, la raison et les sons, une harmonieuse complicité _ ou connivence radieuse, nous y sommes en plein… Plus encore que toute configuration langagière _ mais oui ! Et comment ! _, la musique _ si délicate, fine, et si subtile en son plus parfait naturel dépourvu d’affectation : tempérée… _ de Fauré, de Debussy et de Ravel me dit, sans les mots _ mais oui ! _ que je suis français, même si je peux pleurer _ en effet _ avec des compositeurs italiens, allemands, russes ou espagnols. J’y reconnais mes modalités et intensité » _ voilà le secret magnifiquement dégagé ici par François Noudelmann : des modalités et des intensités sonores idiosyncrasiques partagées au plus intime, crucial et essentiel de soi…

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    …

    Toute une philosophie fondamentale se trouve ainsi merveilleusement exprimée là, en sa rétrospection _ provisoire : mais qu’est-ce donc qui ne l’est pas ? du moins tant qu’existe de l’encre et du papier, ainsi que de la vie (et de la lucidité), pour penser et écrire, et éventuellement ré-écrire et retoucher… _ de trois parcours géographico-sentimentaux, plus ou moins désirés, plus ou moins bousculés, et parfois violemment chahutés par l’Histoire, de trois générations _ Chaïm (1891 – 1941), Albert (1916 – 1998), François (1958) _ de Noudelmann,

    entre Lithuanie et New-York, et surtout un attachement français peut-être indéfectible, viscéral, à la France _ en sa culture, si sensible et si fine, de climat idéalement doux et tempéré : sa littérature et sa musique tout spécialement, en tout cas en premier, pour le petit-fils de Chaïm et fils d’Albert, François… _, par François Noudelmann,

    lui qui a l’oreille si fine _ et je viens de me procurer, je l’avais commandé, son « Penser avec les oreilles« , paru le 29 août 2019, un an avant l’expérience renversante du 19 septembre 2020 à Cadillac, et l’admirable rétrospection dont celle-ci a été la source nourricière féconde de mémoire et de recherche, et de penser, encore et toujours…

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    Ce samedi 27 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa