Étiquette : littérature

  • « pourquoi il ne parle pas des camps… », ou « les vingt premières minutes »…

    Sur Imre Kertész : « Dossier K.« 

    …

    En forme de _ humble _ « conseil de lecture » à Bruno Le Maire,

    modeste réflexion sur la déontologie de l’écriture,

    et « réponse », à la citation par Pierre Assouline d’un extrait de “Des Hommes d’État” (aux Editions Grasset) de Bruno Le Maire, donc

    _ cf mon précédent article, avant-hier, « Kertész /”Dachau” : la bourde du politique (et la non-lecture des “lecteurs”)«  _,
    à propos de cette étonnante « contre-vérité »
    _ et c’est un euphémisme !_
    que re-voici : « pourquoi _ en « ses textes » (sic) _ il (Imre Kertész) ne parle pas des camps«  (re-sic) _ ;
    …
    et plus précisément, sur « le détail »

    (« relevé » et r-apporté

    par le conseiller politique du Premier ministre d’alors) :
    ”Ça ne sert à rien de raconter les camps. Ça n’intéresse personne. Les détails, ça n’intéresse personne”
    ;
    une phrase prêtée,

    par cet auteur (d’un livre à relatif succès _ de vente),

    au prix Nobel de littérature 2002 Imre Kertész ;
    …
    et encore sur cette autre « citation »
    prêtée à ce même Kertész (reçu à l’hôtel Matignon par le Premier Ministre d’alors, Dominique de Villepin) :
    « dans “Kaddish“
    _ en fait, dans “Être sans destin“ ! _,
    j’ai essayé de raconter les vingt premières minutes de mon arrivée à Dachau« 
    _ en fait, à Auschwitz ! _  ;
    …
    « raconter »
    en les « inventant »
    (voire « ré-inventant »), en quelque sorte,
    ces « vingt premières minutes »
    (vécues alors, mais comment ?…)
    -là
    ;
    …
    plutôt que de seulement « r-apporter »,

    « brut »,

    et « re-transcrire »,
     » tel quel »

    _ si tant est que cela soit jamais le cas
    (chimiquement pur, en quelque sorte) _ ;

    …

    plutôt que de seulement « re-transcrire », donc,

    « leur » souvenir

    (en l’occurrence de ces dites « vingt premières minutes« …)
    _ si tant est qu’un tel « souvenir » « existe » (bel et bien…),
    et « demeure »,
    mais dans quel état !..
    ;
    …
    « tel » que
    _ pour le préciser un peu davantage _
    ce « souvenir »

    _ bien que loin d’être, celui-ci

    (en cette occurrence assez « rare » en une vie !

    c’est-à-dire une occurrence on ne peut plus « définitive »

    pour la plus grande majorité

    _ le « groupe » « le plus important

    à droite« , selon l’expression de la page 119,

    après le passage « torse nu devant le médecin« , dans « Être sans destin » _ ;

    …

    pour la plus grande majorité, donc,

    de ceux

    qui eurent à la « rencontrer » !.. cette occurrence ;

    et n’eurent _ ceux de ce groupe majoritaire- là ! _

    ni à l’oublier, passer dessus,

    ni à s’en re-souvenir !..) ;

    …

    bien que loin d’être,

    celui-ci

    _ souvenir (des « vingt premières minutes« ) _,

    tout à fait « anodin »

    en sa singularité tout de même « assez particulière » _ de « souvenir »

    (de passage par Auschwitz) _,

    au moins rétrospectivement :

    mais sur le champ ? _ ;

    …

    tel que ce « souvenir » précis -là, donc,

    dans « Être sans destin » ;

    …

    nous verrons un peu plus loin ce qu’Imre Kertész lui-même en disait déjà

    et pas mal en détail, entre les pages 105 et 139 (d’ »Être sans destin« , donc),

    de ces « vingt premières minutes » au « camp »

    _ sans plus de précision, pour le moment, quant à la nature singulière de ce « camp »-là

    (les précisions viendront un peu plus tard, dès cette première journée, cependant

    _ page 150 : « Je peux affirmer qu’avant le soir du premier jour ne soit tombé j’étais en gros à peu près précisément au courant de tout » : le moindre de ces mots, ici, compte _ lourd ! devant les « cheminées« … ;

    puis page 157 d’ « Être sans destin » : la distinction « Konzentrationslager« , Vernichtungslager » , « Arbeitslager«  ;

    soit au chapitre V, encore à Auschwitz-Birkenau ;

    avant le départ, trois jours à peine plus tard

    _ « je n’ai passé en tout et pour tout que trois jours entiers à Auschwitz. Au soir du quatrième jour, j’étais de nouveau dans un train, dans l’un de ces wagons à bestiaux que je connaissais déjà. La destination, comme nous l’apprîmes _ était Buchenwald » (page 166) _,

    pour Buchenwald, donc ;

    puis, encore, le transfert pour Zeitz

    («  Zeitz, ou plus précisément le camp de concentration qui porte le nom de cette bourgade, est à une nuit de train de marchandises de Buchenwald, puis encore vingt, vingt-cinq minutes à pied, avec une escorte de soldats, sur une route nationale bordée de labours, de paysages ruraux bien cultivés, comme j’ai pu m’en rendre compte moi-même. C’était l’endroit où nos devions nous installer définitivement, nous assurait-on, du moins ceux parmi nous dont le nom se trouvait avant la lettre M dans l’ordre alphabétique ; les autres iraient au camp de travail de Magdebourg, dont le nom m’était plus familier à cause de sa renommée historique _ c’est ce que nous avaient dit des détenus encore à Buchenwald, le soir du quatrième jour« , etc… (page 177)  _ ;

    …

     tout se « dé-couvre »

    _ et pas seulement à quatorze ans et demi

    (âge d’Imre Kertész

    et de « György Köves »

    débarquant sur la rampe d’Auschwitz-Birkenau cet été 44 là…

    et passant par la « sélection« … :

    …

    ce mot-là, bien sûr,

    n’appartenant pas au « registre » du « György Köves » de quatorze ans et demi au chapitre IV d’ »Être sans destin » ;

    pas davantage qu’à celui du « György Köves » de seize ans au chapitre IX et dernier de ce même livre,

    à son retour à Budapest, au moment

    _ hors récit : « je devais prendre le tram pour aller chez ma mère« , lit-on seulement à la page 359 _

    d’aller retrouver sa mère ;

    et, probablement, de lui

    raconter tout cela…

    …

    « ma mère m’attend« , se dit « György Köves » à la dernière page d’ »Être sans destin » (page 361),

    et elle sera sûrement heureuse de me revoir, la pauvre«  ;

    …

    et quant à lui, « György Köves » se propose de

    « continuer à vivre

    ma vie invivable«  ;

    …

    « de toute manière,

    tout sera certainement comme elle l’avait prévu ;

    il n’y a aucune absurdité qu’on ne puisse vivre tout naturellement ;

    et sur ma route, je le sais déjà

    _ se dit le gamin de seize ans de retour de ce peu prévisible périple (Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Zeitz, et retour) allemand _

    me guette, comme un piège incontournable,

    le bonheur.

    …

    Puisque là-bas aussi,

    parmi les cheminées,

    dans les intervalles de la souffrance,

    il y avait quelque chose qui ressemblait au bonheur« ) ;

    …

    tout se « dé-couvre », donc,

    il nous faut _ tous ! _ bien l’ »apprendre »

    _ à la Goethe des « Années d’apprentissage du jeune Wilhelm Meister« , à Weimar

    (si proche de Buchenwald :

    lire à ce propos le sublime « Le Chercheur de traces« , par exemple dans « Le Drapeau anglais« )  _ ;

    …

    l’ »apprendre » et « nous y faire »,

    forcément…) _ :

    …

    entre les pages 105 et 139 d’ »Être sans destin« , donc,

    pour ces « vingt premières minutes« 

    au « camp » !

    …

    « quand nous avons fini par arriver _ le train était parti de Budapest _ pour de vrai » , lit-on, en effet, à la page 105 d’ « Être sans destin« ,

    en son chapitre IV,

    quant au récit de ces « vingt premières minutes » au « camp » ;

    …

    chapitre IV commencé, lui, page 82 :

    « Ce qui manquait le plus dans le train, c’était l’eau » ;

    …

    et s’achevant page 138 : au sortir du « vestiaire »

    (et la réception de « nouveaux vêtements »

    _ « une chemise qui avait dû être autrefois à rayures blanches, de l’époque de mon grand-père, sans col ni bouton« ,

    « un caleçon qui convenait tout au plus à des vieux, avec des fentes aux chevilles et deux authentiques rubans de caleçon,

    un costume visiblement usé, l’exacte réplique de celui des détenus, en tissu à rayures bleues et blanches » _

    ainsi que de « nouvelles chaussures »

    _ « dans une montagne de chaussures bizarres _ semelles de bois, doublure de tissu et trois boutons sur le côté au lieu de lacets« , « j’ai pu choisir » « celles qui, dans la précipitation, m’allaient à peu près » (page 137 d’ »Être sans destin« ) _,

    pour dorénavant : aux camps…) ;

    …

    et après, juste auparavant (pages 134 à 136 pour le récit de l’épisode), une (vraie) douche, pour « György Köves »

    _ ce « György Köves » à travers le récit duquel se déroule,

    à la première personne du singulier

    (et au passé _ de la mémoire en acte),

    « Être sans destin » ;

    depuis « Je ne suis pas allé au lycée ce matin« , à la page 7,

    jusqu’à la page 361,

    avec, en ce « final » du livre, quelques réflexions oxymoriques sur le bonheur :

    « Oui, c’est de cela,

    du bonheur des camps de concentration,

    que je devrais parler la prochaine fois

    _ c’est-à-dire à d’autres que les « Steiner et Fleischmann » auquel « György Köves » vient de s’affronter, à son retour « chez lui » (= le domicile de son père, chez lequel il vivait _ ses parents étant divorcés), à Budapest _,

    quand on me posera des questions. Si jamais on m’en pose. Et si je n’ai moi-même pas oublié«  ;

    j’y reviendrai moi aussi, forcément ! _ ;

    …

    après une (vraie) douche, donc, page 126, en un « endroit déjà bondé » (page 127) ;

    puis

    un passage au « vestiaire« 

    (le mot étant prononcé, en hongrois, s’il vous plaît, page 129,

    et par « un détenu »

    _ « à nouveau, il y avait un prisonnier pour nous aider » (page 126) _

    « particulièrement distingué » (page 127),

    offrant à l’arrivant « la joie inattendue _ en ce lieu pas franchement hospitalier _ d’entendre les sons familiers de la langue hongroise à l’étranger » ;

    « ainsi donc, je me tenais en face d’un compatriote » (lit-on à la page 128 d’ »Être sans destin« ) ;

    …

    après une (vraie) douche, puis un passage au « vestiaire » , donc,

    où « nous devrions nous déshabiller et accrocher correctement nos vêtements aux crochets qui s’y trouvaient. Pendant que nous prendrions notre douche, nos vêtements seraient désinfectés. »

    Page 134-135 : « J’ai trouvé étonnant que l’eau se mette à couler soudain toute seule (…) ; le débit de l’eau n’était pas vraiment abondant, mais sa température agréablement fraîche me convenait par cette chaleur. Et surtout, je me suis bien désaltéré.« 

    Le récit du moment de la douche s’achève page 136 : « Déjà nous étions emmenés, poussés, chassés vers l’extérieur« … Puis, après un couloir et deux salles, le « vestiaire » et la « distribution » « des _ nouveaux _ vêtements » (page 137).

    …

    Puis, à la dernière page (138) de ce chapitre IV (à Auschwitz) : « nous étions déjà dehors, à l’air libre« …

    …

    Expression non sans humour,

    précédant cette dernière phrase, encore,

    _ pour achever ce chapitre IV _

    de commentaire

    de la mémoire s’activant

    (et récit au présent rapportant du passé

    qui peu à peu, ainsi, par un effort, tant bien que mal _ et la plupart « le » fuient !.. ce passé glauque… _ se « re-découvre », par cette « focalisation » si « difficile » de l’esprit)

    …

    précédant cette dernière phrase, donc :

    « Je ne sais qui commandait

    ni comment cela s’est passé

    _ je me rappelle seulement qu’une sorte de pression pesait sur moi,

    qu’une espèce d’élan m’emportait, me poussait, me faisant un peu trébucher dans mes nouvelles chaussures, dans un nuage de poussière et avec d’étranges bruits sourds derrière moi, comme si on frappait le dos de quelqu’un,

    en avant vers de nouvelles cours, de nouvelles grilles, des barbelés, des clôtures qui s’ouvraient, se fermaient

    et se confondaient finalement à mes yeux

    en un fouillis flou et embrouillé« …

    …

    _ notation (de « confusion », dangereuse…) terminale

    (de ce chapitre IV

    et de ces fameuses « vingt premières minutes » en ce premier camp)

    majeure, qui résume beaucoup !

    …

    (et rappelle Fabrice à Waterloo dans la stendhalienne « Chartreuse de Parme » :

    Imre Kertész lui-même l’évoque aux pages 25 et 26 de « Dossier K.« ),

    pour signifier comment le réel se présente

    d’abord

    _ et toujours _

    à n’importe lequel d’entre nous

    (car c’est le cadre universel de l’ »expérience » même ! rien moins !..) ;

    …

    mais quand la situation

    _ telle celle d’une bataille, ainsi qu’à Waterloo pour Fabrice ce jour-là _

    met en danger,

    un peu plus immédiatement (et massivement) encore _ ici on assassine ! _ que d’habitude,

    la vie ;

    …

    il y a comme davantage d’urgence

    de comprendre

    un peu plus vite

    et si peu que ce soit (un peu mieux…)

    ce dont il s’agit,

    en quel « guêpier » nous nous trouvons, pour l’heure, si vilainement « fourré » ;

    …

    même si, et ô combien ! certes, la survie dépend, aussi, de bien de « hasards »,

    c’est-à-dire de conjonctions _ diversement improbables _ de séries causales

    _ cf Antoine-Augustin Cournot ; ou Marcel Conche : « L’Aléatoire » (aux Éditions de Mégare, en 1989) ;

    …

    sur tout cela, Imre Kertész, lui-même, « revient » _ superbement _ « méditer »

    dans son magnifique « Dossier K. » : par exemple,

    pour cette remarque-ci, page 68 de « Dossier K. » :

    « Là où commence Auschwitz, la logique s’arrête.

    Une contrainte mentale s’impose, elle ressemble beaucoup à la logique, en ce qu’elle nous guide, mais sur une voie qui n’est pas celle de la logique.

    Et moi, je cherche ce fil, le processus mental de ce déséquilibre qui donnait à l’absurde les apparences d’une logique,

    parce que dans le piège d’Auschwitz

    nous n’avions pas le choix.

    Et la vie dont nous sommes des parts actives

    _ expression d’une justesse et importance véritablement sublimes, est-il besoin de le souligner ? _,

    pour ainsi dire _ mais oui ! _, nous entraîne préalablement à cette manière de penser. »

    …

    Et aussi, pages 70-71 :

    « Je n’ai jamais dit, comme certains, qu’« Être sans destin » était un roman sur l’Holocauste, parce que ce qu’on appelle Holocauste ne peut pas se décrire dans un roman.

    J’ai décrit des faits

    _ oui, de simples menus « détails »

    (et rien que cela !) ;

    encore faut-il, en les énonçant, tout simplement, les dé-taillant _ tout est là ! _ les « établir »,

    afin qu’ils puissent, ensuite (ou « en suite »…), s’ »avérer »… _ ;

    …

    J’ai décrit des faits _ donc _

    et, bien que le roman essaie de transformer l’expérience inexprimable des camps de la mort

    …

    _ de diverses sortes, cette « expérience« 

    que signifie l’œuvre entier d’Imre Kertész !

    (si difficile à réussir à parvenir à transmettre, pareille « expérience« ;

    dont c’est cela, et cela seulement, la « difficulté » d’ »expression » que signale ici le terme d’ »inexprimable » :

    une affaire de difficulté _ relative, pas absolue ! _ de « transmission »,

    du côté des « degrés de difficulté » de la « réception » de pareille « expérience » :

    tellement « explosive » ! pour les cadres ordinaires du supportable : confrontés, ici, au meurtre immédiat et à très grande échelle ! ou « génocide » ;

    tellement qu’il a même fallu inventer _ alors ! _ le mot : cf  Rafaël Lemkin « Qu’est-ce qu’un génocide ? » aux Éditions du Rocher ; et Jacques Sémelin, « Purifier et détruire« , aux Éditions du Seuil) _

    …

    et, bien que le roman essaie de transformer l’expérience inexprimable des camps de la mort

    en vécu humain

    _ « humain » : c’est-à-dire tant bien que mal « supportable » pour nous _ et c’est bien relatif… _, les lecteurs,

    auxquels tente de s’adresser

    _ « Frères humains, qui après nous vivez,

    N’ayez les coeurs contre nous endurcis« , priait François Villon en son si essentiel « Testament« … _,

    afin de se faire si peu que ce soit (= un tout petit peu) écouter et comprendre,

    ici l’auteur

    -survivant, et dans quel état! de cette opération de destruction massives d’hommes

    comme on détruit une espèce animale « inférieure » nuisible) _,

    …

    j’étais surtout préoccupé par les conséquences éthiques du vécu et de la survie.

    Voilà le pourquoi du titre « Être sans destin« .

    …

    Car l’expérience des camps de la mort

    _ un peu plus haut, en cette même page 70, Imre Kertész a précisé :

    « On n’ose pas désigner ce qui s’est passé par son vrai nom _ en l’occurrence « La Destruction des Juifs d’Europe« , pour reprendre le titre du livre capital de Raul Hilberg.

    On a trouvé un mot _ « Holocauste« , ici… _ dont on ne comprend pas vraiment le sens,

    mais qui occupe désormais dans nos schémas de pensée

    une place rituelle, fossilisée , inamovible

    qu’on défend avec acharnement comme des chiens de garde,

    et on aboie dès que quelqu’un s’approche pour le faire bouger » ;

    fin de cette citation _

    …

    Car l’expérience des camps de la mort

    se transforme en vécu humain

    quand j’y découvre

    _ par la méditation (féconde) du travail même de l’écriture (fictionnelle, « romanesque » si l’on veut _ mais que l’on ne s’y méprenne pas ! _, et par la médiation du personnage _ inventé (=  re-trouvé) à partir de ce soi qu’on a soi-même été (c’est exactement le même rapport  qu’entre le « Marcel » qui dit « Je » dans « la Recherche » et l’auteur-écrivant, Marcel Proust ( _ de « György Köves » ici) _

    un vécu universel, en l’occurrence l’absence de destin,

    cette spécificité des dictatures

    _ en ont-elles vraiment l’exclusivité ?.. Cela serait à débattre,

    et avec Imre Kertész, le premier … _

    qui consiste à étatiser le destin individuel,

    à le transformer en destin commun,

    à priver l’homme de sa substance la plus humaine »

    _ quelle expression sublime !..

    …

    Mais qu’en est-il, aussi ;

    au-delà des exemples _ commodes _ des dictatures

    (revenant, qui plus est, « à la mode »…) ;

    de ce qui se passe aujourd’hui dans nos (soit-disant) « démocraties » ?

    _ le problème commence à se faire jour

    (cf un bien passionnant article de Harald Welzer,

    « l’avenir incertain de la démocratie occidentale« ,

    publié par Le Monde en son édition du 14 août dernier) ;

    …

    sans re-parler ici des « alarmes »

    d’un Bernard Stiegler (« Prendre soin« ),

    et d’un Dany-Robert Dufour (« Le Divin marché« ) _

    …

    Avec cette remarque (page 71 de « Dossier K.« )

    sur la conjoncture spécifique (le régime de Kádár)

    qui a conditionné la situation de l’ »expérience » et de l’écriture d’Imre Kertész en ces années-là :

    « Le roman _ « Être sans destin« _ a été écrit dans les années 1960, 1970 :

    quel roman ne serait pas imprégné par les caractéristiques, la langue, les idées de son époque ?

    Pourquoi pense-t-on que le régime de Kádár n’était pas une dictature ?

    C’en était une, et comment !

    Or, après Auschwitz, chaque dictature contient la virtualité d’Auschwitz. »

    …

    Et « j’ai compris clairement mon expérience d’Auschwitz _ sic _ sous ce régime _ la Hongrie de Kádár _ ;

    et (…) je n’aurais jamais pu la comprendre

    _ ou du moins pas si vite, ou pas si bien _

    en vivant dans un régime démocratique. »

    …

    Et, cerise sur le gâteau,

    cette magnifique métaphore terminale, page 71 :

    « Ma madeleine à moi, c’était l’époque de Kádár.

    Elle m’a rappelé le goût d’Auschwitz« …

    …

    Que ce soit dans ses « fictions »

    ou que ce soit dans ses « essais »,

    l’écriture de Kertész

    pour rendre le saisissement

    de cette « expérience » unique,

    en son extraordinaire violence (ordinaire),

    pour qui (tel un « György Köves« ) va cependant « survivre »,

    est absolument magnifique… ;

    …

    Tel que ce « souvenir » précis- là, donc

    _ je reprends

    après cette très longue incise

    quant au chapitre IV

    de ce grand livre qu’est  « Être sans destin » _ ;

    …

    tel que ce « souvenir » précis- là (des « vingt premières minutes«  à Auschwitz

    _ et non Dachau : avec le profil des « cheminées » qui bientôt, un peu plus tard que ces dites « vingt premières minutes« , se mettent à « fumer » et répandre leur « odeur » « douceâtre et en quelque sorte gluante » (page 147) de « tannerie » (page 148) d’ »Être sans destin« … « Alors, je l’ai regardée plus attentivement : c’était une cheminée trapue, carrée, à large gueule, comme si on li avait donné un coup sur le sommet. Je peux le dire, à part un certain respect _ et puis l’odeur, naturellement, dans laquelle nous étions englués comme dans une espèce de bouillie épaisse, de marécage _, je ne sentais rien » (pages 149-150) : le réel se découvre peu à peu (« pas à pas » : c’est le titre d’ »Être sans destin » en son édition suédoise), détail après détail : la conscience procédant, forcément, par « focalisation » !..) _

    …

    tel que ce « souvenir » précis- là

    serait (au conditionnel, forcément…)

    conservé (ou re-trouvé) « tel quel », donc
    (= brut, pur, intact),
    dans le coffre-fort inviolable

    (comme ceux, supposément, bien sûr, des banques suisses :

    et elles en font un (très) fort argument promotionnel ; ou d’ »autorité » ; en leur faveur ;

    tant importe ici, en effet, comme aussi « ailleurs », la « confiance » !) ;

    …

    dans le coffre-fort inviolable de la mémoire-cassette…
    …
    Sur cette question (du travail de la mémoire),

    lire (aussi !) le livre XI
    _ toujours aussi magnifique qu’au jour premier de son écriture par Augustin _
    des « Confessions » de Saint Augustin ;
    …
    ou, si l’on préfère,
    en la récente nouvelle traduction _ qui fait le ménage ! _ de Frédéric Boyer (aux Editions POL, en janvier 2008),
    des « Aveux » d’Augustin, évêque d’Hippone…
    Fin de l’incise.

    …

    Quant à la question _ de fond ! _ de la « confiance« ,

    prendre connaissance de cette remarque d’Imre Kertész en début même (page 19) de « Dossier K. » :

    « Dans la masse  de publications qui abordent cette question

    _ « du sentiment de détresse et de désespoir absolu » vient-il de dire _

    il n’y a que très peu de livres offrant une description fidèle

    de l’expérience incomparable

    _ bien noter la précision de l’expression _

     des camps d’extermination _ autre précision à relever _

    nazis.

    Parmi ces rares auteurs,

    c’est peut-être Jean Améry qui nous en apprend le plus

    dans ses essais

    _ dont « Par-delà le crime et le châtiment _ Essai pour surmonter l’insurmontable » (aux Éditions Actes-Sud).

    Il a un mot exceptionnellement précis pour cela :

    « Weltvertrauen« ,

    que je traduirais _ dit toujours Kertész _ par :

    la confiance accordée au monde. »

    …

    « Une fois qu’on l’a perdue _ poursuit encore Imre Kertész _

    on est condamné à vivre éternellement seul

    parmi les hommes.

    On ne voit plus jamais en autrui

    son prochain,

    mais son ennemi.

    (Respectivement « Mitmenschen » et « Gegenmenschen », dans l’original.) »

    …

    Ajoutant  :

    « Lui-même a perdu cette confiance sous les coups de la Gestapo qui l’a torturé

    dans une forteresse aménagée en prison, en Belgique »

    _ où Jean Améry vivait

    depuis que le juif autrichien (Hans Mayer) qu’il était avant l’Anschluss

    s’était réfugié…

    …

    « Bien qu’il ait survécu au camp de concentration d’Auschwitz,

    il a lui-même exécuté la sentence

    _ à son encontre, l’expression est kafkaïenne :

    page 66 de « Dossier K.« , Imre Kertész cite sa « phrase préférée du « Procès » de Kafka : « Le verdict ne vient pas en une fois, la procédure se transforme peu à peu en verdict » _

    …

    plusieurs décennies après :

    il s’est suicidé. » (page 19, donc, de « Dossier K.« ).

    Jean Améry : né Hans Mayer le 31 octobre 1912, à Vienne ; mort le 17 octobre 1978, à Salzbourg…

    Fin de l’incise sur la « confiance »…

    ..

    Cependant,
    on comprend bien dès maintenant
    que l’articulation
    (et rapports très effectifs)
    entre pensée, mémoire et travail (du « génie ») de l’imagination
    _ ou « Phantasie« ,
    selon les Allemands

    (en commençant par Kant dans la « Critique de la faculté de juger« , puis Novalis, Hölderlin, etc…)

    du tournant du XIX siècle _
    est crucial en notre affaire (de transmettre l’ »expérience » à autrui)

    (et celle d’Imre Kertész « écrivant »,
    ainsi que lui-même l’analyse (= « dé-taille »)
    en son très important, en cela même, « Dossier K.« 
    (publié aux Editions Actes-Sud en traduction française en janvier 2008).

    …

    Une lecture à conseiller _ d’urgence ? _ au politique affairé

    auteur de « Des Hommes d’État« …

    …

    Pour finir,

    je veux faire un sort à la nuance entre « fait » et fiction

    _ à correctement interpréter,

    sous la plume ou dans la bouche de cet homme avec infiniment d’humour qu’est Imre Kertész

    (humour dont il ne se départit certes pas en un lieu « imprégné » d’esprit comme peut l’être l’Hôtel Matignon

    _ du moins j’ose l’espérer !) _ ;

    …

    je désire, donc, faire un sort à la nuance entre « fait » et fiction,

    ainsi qu’entre mémoire et « invention » :

    …

    comment répondre à la question, se demande Imre Kertész à la page 69 de « Dossier K.« ,

    de « savoir dans quelle mesure le personnage de roman

    _ soit le « György Köves » d’ »Être sans destin » _

    ressemble au garçon que j’étais » _ cet été 1944 là ?

    …

    Voici la réponse de l’auteur :

    « De toute évidence, il ressemble davantage à celui qui l’a écrit _ dans les années 1960 – 1970, pour être précis _ qu’à celui qui l’a vécu » _ en 1944 – 45 _ ;

    ajoutant ce mot de commentaire :

    « et en ce qui me concerne _ l’homme ? l’auteur ? les deux ? _,

    c’est une chance immense que cela se soit passé ainsi » (page 69, toujours).

    …

    Les deux phrases suivantes apportent une réponse :

    « Parce que tu t’es libéré des souvenirs qui te hantaient ?

    C’est ça.

    C’est comme si j’avais quitté une peau pour en revêtir une autre,

    sans toutefois jeter la première

    _ le point est capital _,

    à savoir sans trahir mes souvenirs. »

    …

    Voilà ce que peut

    _ une « métamorphose » :

    cf «  « Un autre _ Chronique d’une métamorphose« ,  journal tenu par Imre Kertész après la chute du rideau de fer, entre 1991 et 1995 :

    ne pas s’en priver ;

    …

    et pourquoi tarde-t-on tant à publier la traduction en français du « Journal de galère« , d’avant 1989 ?.. _ ;

    …

    Voilà ce que peut la _ vraie _ littérature ;

    et ce qu‘un conseiller politique d’un Premier ministre

    _ de même que n’importe quel lecteur (un peu soigneux) _

    peut assurément « apprendre »

    _ et lui-même « se métamorphoser«  _

    d’une lecture attentive

    des si grands livres d’ »humanité »

    et de liberté

    _ en de telles « métamorphoses« , donc… _

    d’Imre Kertész…

    …

    Titus Curiosus, ce 21 août 2008

  • Kertész / »Dachau » : la bourde du politique (et la non-lecture des « lecteurs »)

    A propos d’un article du (remarquable) blog « La République des livres » de Pierre Assouline _ sur le site du journal Le Monde _ : « Éclats de lecture« , le 16 août 2008 ; et de l’œuvre de (l’immense !) Imre Kertész
    …
    Voici, d’abord, l’article in extenso ;

    puis viendra ma réflexion (critique) :
    …

    Eclats de lecture

    Deux passages cueillis au vol dans « Des Hommes d’État » (Grasset) de Bruno Le Maire, conseiller puis directeur de cabinet du Premier ministre de 2005 à 2007. Celui-ci tout d’abord, un dimanche de juillet à l’Elysée, Chirac et Villepin s’opposant sur la repentance à propos du rôle de la France dans l’esclavage, le Président étant « pour » la reconnaissance, son premier ministre « contre » le sac de cendres en permanence sur la tête. Alors Jacques Chirac :

    “”Je vais vous raconter une histoire que m’a racontée Desmond Tutu”. Ironique : “Vous connaissez Desmond Tutu ?” Nous hochons la tête. “Bien. Je l’ai rencontré au G8. Il m’a dit il y a quelques mois : ”Vous êtes arrivés en Afrique, nous avions la terre, vous aviez la Bible. Vous nous avez dit : Fermez les yeux ! Ecoutez-nous ! Quelques années plus tard, nous avons rouvert les yeux : vous aviez la terre, et nous avions la Bible”. Voilà ce que c’est que la présence occidentale en Afrique, telle que les Africains la voient. Et en plus, il y a l’esclavage. Ce n’est pas digne de ne pas le reconnaître (…) Quand on fait quelque chose de mal, il faut se repentir !”. (p. 106)

       Autre chose. Le Premier ministre reçoit l’écrivain Imre Kertész, prix Nobel de littérature, à l’hôtel Matignon. Le conseiller est là :

    “Je ne résiste pas à la tentation de lui poser une question sur ses textes, pourquoi il ne parle pas des camps, pourquoi il ne parle pas de Dachau, qu’il a connu, préférant évoquer les moments qui ont précédé la déportation. Il répond doucement avec lenteur, il cherche les mots justes, ses yeux se perdent dans le vague :”Ça ne sert à rien de raconter les camps. Ça n’intéresse personne. Les détails, ça n’intéresse personne. Il vaut mieux essayer de raconter ce dont on ne se souvient pas. C’est beaucoup plus intéressant”. Il se gratte le haut du crâne du bout de ses ongles jaunis par la cigarette, lentement, minutieusement, pour se donner le temps de la réflexion. “Par exemple dans « Kaddish« , j’ai essayé de raconter les vingt premières minutes de mon arrivée à Dachau, les vingt minutes que je ne me rappelle pas, que je ne veux pas me rappeler, c’est ça qui est intéressant” (pp.246-247)

    C’est ce second paragraphe, à propos de Kertész qui seul va faire l’objet de ma réflexion ici. Et je vais « farcir » ce « texte » de mes remarques critiques, cette fois.

    …

    Le Premier ministre reçoit l’écrivain Imre Kertész, prix Nobel de littérature, à l’hôtel Matignon. Le conseiller est là :

    …

    “Je ne résiste pas à la tentation de lui poser une question sur ses textes _ sic ! _,

    pourquoi il ne parle pas des camps

    _ tiens ! tiens ! : qu’est ce qu’il lui faut donc si Kertész « ne parle pas des camps » ?!? _,

    pourquoi il ne parle pas de Dachau, qu’il a connu

    _ Dachau : non ! Kertész n’y a jamais mis les pieds !!! _,

    préférant évoquer les moments qui ont précédé la déportation _ re-sic ! _

    _ c’est tout bonnement renversant pour qui a lu (= VRAIMENT LU !) « Être sans destin » !

    A croire que n’en ont été lues _ superficiellement : sans poursuivre… _ que les toutes premières pages (à Budapest : avant et au moment de la grande rafle des Juifs de l’été 44) ;

    ou quelque « résumé » de sous-fifre !.. _

    …

    Il répond doucement

    _ Imré Kertész a l’infinie délicatesse (d’urbanité vraie) d’un homme (hongrois) d’Europe centrale,

    et « revenu », qui plus est (et ce n’est certes pas peu !), de bien des choses… _

    avec lenteur, il cherche les mots justes

    _ oh que oui ! (c’est aussi la « douceur » du débit de son ami, un autre immense écrivain, l’israélien Aharon Appelfeld, l’auteur du si puissant « Histoire d’une vie« ) _,

    ses yeux se perdent dans le vague :

    ”Ça ne sert à rien de raconter les camps. Ca n’intéresse personne. Les détails, ça n’intéresse personne. Il vaut mieux essayer de raconter ce dont on ne se souvient pas. C’est beaucoup plus intéressant”.

    …

    Il se gratte le haut du crâne du bout de ses ongles jaunis par la cigarette, lentement, minutieusement, pour se donner le temps de la réflexion.

    “Par exemple dans « Kaddish« 

    _ ou dans « Être sans destin » ? le conseiller politique pondeur de livres mêle décidément tout !!! _,

    j’ai essayé de raconter les vingt premières minutes de mon arrivée à Dachau (re-re-sic)

    _ il n’a pas pu dire « Dachau« , vu qu’il n’y est, de fait, pas « passé » en 44 ! Déjà, Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Zeitz, c’était « beaucoup » ; surtout en ayant manqué de ne pas en revenir du tout !!! _

    et qu’il y a assez peu de chance que ce soit sa langue à lui qui,

    sur un tel « point » (ou « détail » : qu’on en juge !),

    ait pu « fourcher »… ;

    ou alors, mieux encore, l’exquise infinie délicatesse d’Imre Kertész

    ne relève pas la bévue _ ou un simple lapsus linguæ ? _ du « conseiller de Matignon »,

    et reprend son (malencontreux) mot de « Dachau » :

    « Dachau, Auschwitz, Buchenwald, Zeitz », le distinguo est peut-être un peu trop subtil quand le temps presse, et qu’on ne peut pas se permettre d’abuser de ce temps si précieux (des politiques : la scène est à Matignon, auprès du premier ministre !) pour vraiment EX-PLIQUER (= DÉ-TAILLER) …

    et, surtout, quand tout cela a été si bien « détaillé » _ en effet! _ déjà dans les livres publiés (et vendus à certains milliers, voire millions, d’exemplaires de par le monde) de l’auteur (et « prix Nobel de littérature ») ;

    …

    il n’empêche : affirmer ainsi sans complexes

    _ et écrire, et publier : n’ont-ils donc pas de « relecteur » chez Grasset ? _

    que Kertész, « dans ses textes » _ étrange mot choisi _, « ne parle pas des camps« ,

    ne manque pas d’air !!! :

    « les vingt minutes »

    _ je reprends la citation prêtée à Imre Kertész à l’Hôtel Matignon _

    de « l’arrivée » sur la « rampe », et de la « sélection » : il n’y en avait pas à Dachau, qui n’était pas un camp d'(immédiate) extermination, la nuance a encore son importance, cher conseiller d’un premier ministre ! _

    que je ne me rappelle pas, que je ne veux pas me rappeler, c’est ça qui est intéressant” (pp. 246 – 247) » :

    …

    quelle infinie délicatesse, à mille lieues de la moindre lourdeur, que d’attribuer la force de cette écriture de « vérité » la plus terrible,

    à l’effort de la seule reconstruction (de l’expérience éprouvée)

    du « génie » _ littéraire et existentiel (= « æsthétique » et « poiétique« ) _ de l’ »imagination »…

    …

    Ne surtout pas se méprendre à ce qui fait _ rien moins ! _ le « génie » d’implacable « traqueur de vérité » de Kertész !..

    Et pourquoi il choisit l’écriture romanesque plutôt que le témoignage de « Mémoires » et d’autobiographie _ même s’il s’y adonne aussi, mais autrement (cf « Un autre : chronique d’une métamorphose« )…

    Et c’est là que se trouve la puissance magnifique de vérité

    _ et qui marque profondément quand le lecteur (authentique, si je puis dire) l’a vraiment ressentie _

    d’Imre Kertész, qui a mis tant de temps,

    avant de passer à l’écriture,

    et puis encore après

    (dans ses divers démêlés _ politico-idéologiques _ pour parvenir à se faire enfin publier _ et sans trop de censure : cf le superbe de force aussi « Le Refus« ) ;

    …

    qui a mis tant de temps, donc, à se faire un peu comprendre d’autrui :

    qu’on relise, dans « Être sans destin« , la scène _ quasi terminale _ du retour (en son ancien « chez lui ») de « Geörgy Köves« ,

    après la longue marche de la mort, en 1945,

    à Budapest,

    et l’impossibilité de se faire proprement « comprendre » des propres vieux voisins juifs de ses parents :

    les « Steiner » et « Fleischmann« , aux pages 348 à 359 de « Être sans destin« …

    …

    Même l’onction et l’aura du prix Nobel ne suffisent pas à lever toutes les incompréhensions, surdités, cécités, insensibilités des anesthésiés (et abrutis de propagandes et publicités) que nous, lecteurs et non-lecteurs, sommes…

    …

    Pierre Assouline, quant à lui, en son blog, en reste là

    _ je veux dire à ces deux extraits « nus » _,

    sans le moindre ajout de commentaire : est-ce, à son tour, par délicatesse ?..

    …
    Ensuite, les lecteurs du blog, eux,

    « se déchaînent »

    (dans le déballage de leur ego) ;

    …

    mais presque pas un seul

    _ à part « Christiane » qui, pour toute remarque, cite un des plus beaux passages de « Kaddish » :

    celui où « monsieur l’instituteur » (page 53)

    « rend » à György, malade, sur un brancard,

    sa « portion de nourriture froide« ,

    vitale _

    ne s’attache à Imre Kertész _ cet immense auteur !!! _ ;
    ni ne relève l’impensable « bévue » du politique pondeur du livre _ vite fait, mal fait _ ;
    lequel (pondeur du livre susdit : dispensable…)
    ne « sait » visiblement pas
    …
    parce que, tout simplement, il n’a probablement pas lu un seul livre entier de Kertész
    _ et pas rien qu’ »un texte« ,

    ainsi qu’un peu curieusement cela est dit,

    un « extrait »,

    un « résumé » (ou digest)  de livre _ ;

    …

    tout ce qu’il « sait »,
    _ et ce n’est pas là « savoir » !
    rien qu’une « ombre » d’opinion, de croyance,

    une « rumeur »

    (= ce qui se véhicule, circule, et se ramasse et propage et perpétue « dans les dîners en ville »,

    « dans les salons où on cause »…) _ ;

    …

    tout ce qu’il « sait », donc,

    c’est la « réputation » que véhicule la « rumeur » :

    « Kertész revient des « camps » !..«  ;
    qu’il en a « réchappé » ! ; qu’il est

    _ définitivement : on point de le définir et déterminer, à soi seul, par cette « marque » indélébile

    tel le nombre inscrit par tatouage »définitif »

    sur les « sélectionnés » du « bon côté »

    (pas « le plus important, à droite » ; mais celui « à gauche, le plus petit et en quelque sorte le plus plaisant »

    _ ce sont les expressions de la page 119 d’ « Être sans destin« )

    à Auschwitz ; pas ceux qui filaient directement vers les

    pseudo (on s’en rend compte trop tard pour en sortir _ « s’en sortir ») douches

    et, en fait, les cheminées (et le ciel, via les nuages, « les merveilleux nuages« ,

    ainsi que le reprend joliment Sagan

    du beau spleen baudelairien _ ;

    …

    qu’il « est », donc (lui, le prix Nobel de littérature Kertész

    _ autre « marque » dûment estampillée, mais « culturellement »,

    dirait Michel Deguy _

    invité ce jour-là de l’hôte de l’Hôtel Matignon)

    « un rescapé » !..

    …

    « Dachau » fera donc ici l’affaire  ;

    …

    et Dachau,
    ou ailleurs,
    ce n’est là,
    comme dirait l’autre _ politique, encore ! _
    qu’un « détail » (de l’Histoire) ;

    ainsi que de cette « petite histoire » (= anecdote) -ci,

    rapportée

    dans ce petit « non-livre »-ci… ;

    …

    lequel, pondeur du livre donc, ne sait visiblement _ visiblement pour assez peu de monde, cependant _ pas
    que Kertész n’est pas « passé » par Dachau,
    mais par la plaque tournante (le temps _ même pas deux secondes, est-il dit dans « Etre sans destin » _ de la « sélection ») d’Auschwitz-Birkenau (avant de reprendre un autre train pour…),
    Buchenwald, surtout _ en terme de « durée » de « séjours » : deux fois _
    et, accessoirement (entre les deux « séjours » à Buchenwald), le « camp » (de travail) annexe de Zeitz

    pour lequel lire, surtout, « Le Chercheur de traces »

    …

    _ cf donc (et lire de toute urgence !!!) les plus qu’admirables « Etre sans destin« ,

    « Le Chercheur de traces« 

    (repris dans « Le Drapeau anglais » : peut-être, ce « Le Chercheur de traces« , le plus fort de tous !…)

    et « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas«  ;

    …

    Lire aussi l’admirable « Liquidation« ,

    qui ne traite pas, lui, des « souvenirs-cauchemars » des « camps »,

    mais de ce qui ne parvient pas à passer de tout cela dans le monde hyper-technologisé d’aujourd’hui

    et que Kertész résume, d’un seul mot : « Auschwitz« 

    avec des guillemets : mais lui _ passé par cette « case »-là _ en a le droit !

    …

    Lire à ce propos,

    et dans une même foulée si possible,

    le dyptique « Kaddish » et « Liquidation »

    (dont le « héros-victime » est le percutantissime personnage de « B. »),

    quand il

    _ l’auteur, par le biais de ce « B.« -là _

    « essaie » de se faire si peu que ce soit comprendre (des lecteurs) : c’est donc bien difficile !

    et des politiques en toute première ligne ;

    eux qui se croient du pouvoir…

    …

    Tous ces « titres » d’Imre Kertész publiés par Actes-Sud

    et repris, la plupart, par Babel

    constituent des indispensables
    tant « sur » le XXème siècle ;
    que « sur » ce que j’oserai appeler « ce qui dure d’Auschwitz »…

    …
    Quant aux réactions des lecteurs du blog de Pierre Assouline,

    enfin,

    elles sont confondantes d’ »à côté de la plaque » : ils n’ont, donc, pas (encore ; ou pas vraiment !) lu Kertész…

    …

    Bref,
    ce monde-ci
    (soit, le nôtre, commun _ ou quasi…) comme il va…
    …
    Titus Curiosus, ce 19 août 2008