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  • Un délicieux petit livre en hommage à un très grand photographe : Willy Ronis (1910-2009)

    Pour saluer l’immense Willy Ronis qui vient de nous quitter (14 août 1910-12 septembre 2009),

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    ce tout simple mais magnifique volume « Willy Ronis« , par Paul Ryan, de la très soignée collection « 55«  (c’est-à-dire comportant 55 photos ; et paru en mai 2002) des très soignées Éditions Phaidon ; dont chacune des photos est accompagnée d’un très remarquable commentaire, précis et sobre (et juste !), indiquant les circonstances et la particularité de chacune de ces « saisies » _ « J’essayais juste de surprendre le temps« , disait très humblement Willy Ronis de son activité de photographie…
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    Je retiendrai tout particulièrement, parmi les 55 images de ce recueil, les photos de son épouse, Marie-Anne Lansiaux (1910-1991) : celle de 1949 _ Marie-Anne a trente-neuf ans _, en leur maison de Gordes, « Le Nu provençal« , page 51 et choisie, aussi, pour la couverture du volume, tel un Bonnard (avec Marthe) en noir et blanc : une splendeur de lumière

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    _ je m’avise en relisant le texte de présentation de Paul Ryan, pages 3 à 15, que la comparaison (avec Bonnard et avec Marthe) vient aussi à la plume de Paul Ryan :

    « Sa photographie la plus célèbre, « Le Nu provençal«  (page 51), peut rappeler les portraits de Marthe par Bonnard, mais l’analogie va bien au-delà du sujet et du cadre. Par son caractère familier authentique et sa réelle intimité, l’image évoque ces moments à couper le souffle, nés d’un regard négligent posé sur un être aimé, qui soudain comble le cœur. Comme chez Bonnard, dont les peintures de Marthe, sa femme, la montrent toujours dans l’éclat de sa jeunesse, Ronis photographiant son épouse, Marie-Anne, la maintient dans le temps et la garde dans son éternelle jeunesse. Là se trouve _ en effet ! et je sais combien Bernard Plossu m’approuvera ! _ le vrai point commun avec Bonnard : l’acte de mémoire et d’amour«  _ ;

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    ainsi que celles de leur fils Vincent (1940-1988 : « Vincent se tue en 1988 dans un accident de deltaplane » ; « et Marie-Anne, dont Ronis a si lumineusement fixé le souvenir par un après-midi provençal, succombe en 1991, frappée par la maladie d’Alzheimer« , page 14) :

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    « Vincent endormi, Paris, 1946« , page 33 ;

    « Vincent aéromodéliste, Gordes, 1952« , page 55 ;

    « Montmartre, Paris, 1960« , page 77.

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    Tout un destin se lit dans cette séquence de trois photos ; et tout particulièrement dans celle, merveilleuse d’élan et de lumière, de 1952 (Vincent, lançant l’avion blanc, a douze ans) :

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    de même que la maquette d’avion lancée ici par l’enfant allait « s’abîmer » « sur les rochers _ juste en contrebas du jardin de la maison de vacances de Gordes _ lors de l’atterrissage« , en cet été 1952,

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    Vincent se tuerait en un accident de deltaplane en 1988 :

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    je lis le commentaire de Paul Ryan, page 54 :

    « Voilà un exemple fort rare de photo mise en scène par Ronis. Pendant des vacances familiales, il espérait prendre son fils Vincent, alors âgé de douze ans, en train de lancer une maquette tout juste terminée. Mais Vincent, redoutant les rochers situés au-delà du jardin, refusait. Ronis dut lui promettre de lui faire un cadeau spécial s’il acceptait de lancer son modèle. Il ne prit que deux clichés. Le premier, en extérieur, n’était pas satisfaisant. Pour celui-ci _ de cette page 54 _, Ronis décida de prendre pour cadre la fenêtre de la cuisine de la maison de vacances. Les craintes de Vincent se révélèrent fondées, et l’avion s’abîma sur les rochers lors de l’atterrissage« …

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    Et le commentaire « Montmartre, Paris, 1960 » de la page 76 :

    « Il s’agit là d’un autre exemple _ rare, il est vrai _ de mise en scène. Alors qu’il faisait des portraits de Vincent, qui en avait besoin pour son portfolio de jeune comédien, Ronis vit un jeune couple qui s’embrassait dans une rue de Montmartre. Il demanda à Vincent de s’asseoir sur un banc et de prendre l’air triste « comme s’il venait de constater l’infidélité de sa belle »… »

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    Qualifier de « photographie humaniste » l’œuvre de Willy Ronis

    ne fait que témoigner de la non-humanité _ grossière, vulgaire _ de tant d’autres, seulement ; et hélas…

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    Titus Curiosus, ce 22 septembre 2009

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    Post-scriptum :

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    Je complète, ce 23 septembre, l’aperçu _ sur l’œuvre merveilleux  (des trois-quart du XXème siècle ! « 1925-2002« , dit-il lui-même) de Willy Ronis _ de cet article

    par une brève évocation _ en quatre photos d’intimité familiale, encore _ de ce petit bijou que donna à Willy Ronis l’occasion de nous offrir Colette Fellous dans sa magnifique collection « Traits et portraits » du Mercure de France _ et ressorti en Folio en octobre 2008 _ :

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    « Ce Jour-là« … ;

    dans lequel Willy Ronis commente lui-même sa sélection de (54) photos.
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    Je retiens
    , encore, celles de Marie-Anne et de Vincent,

    soient :

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    « Marie-Anne dans un village du Tessin, 1962« , pages 62-63 :

    un chef d’œuvre de grâce !

    en « un petit village du bout du monde, qui s’appelle Mergoscia« , page 64, Willy et Anne-Marie logeant en « une maison paysanne, où vivait un vieux couple« , page 65 ; « ce couple était tellement gentil qu’on a eu envie de rester encore un peu ici. C’est au moment où nous avons décidé de passer une nuit de plus dans cette maison que j’ai soudain voulu garder un souvenir et photographier Marie-Anne« , page 65 aussi : le portrait de Marie-Anne reposant sur l’escalier de pierre de la maison montagnarde « du bout du monde » est sublime !!!

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    « La Sieste, Gordes, 1949« , page 112 :

    « j’ai soudain été saisi par le calme de ce moment, découpé dans l’après-midi. Sa beauté, presque sa majesté«  _ absolument ! la scène est irénique !!! _, pages 113-114…

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    « La corvée d’eau, Gordes, 1948« , page 118…

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    « La Vieille dame dans un parc, Nogent-sur-Marne, 1988 » _ il s’agit d’Anne-Marie, atteinte de la maladie d’Alzheimer… :

    « Anne-Marie donnait des signes de fatigue« , page 159 ; « Marie-Anne _ presque indiscernable ici _ fait partie de la nature, du feuillage, comme un petit insecte dans l’herbe« , page 160… ; « ma photographie dirait le retour à la terre, imminent« , page 159 _, page 161…

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    « Marie-Anne et Vincent jouant aux boules de neige, 1954« , page 184 :

    « le décor est un peu baroque et fait penser à certains dessins japonais ou chinois » _ vraiment ! _, page 185 : une danse entre des branches !.. « Ce jour-là _ celui-là même du titre retenu, « Ce Jour-là« , pour ce merveilleux immense petit livre de la collection « Traits et portraits » ! _ ;

    ce jour-là, j’ai arrêté la voiture près d’une clairière et j’ai demandé à Marie-Anne et à Vincent d’aller jouer dans la neige. Il avait neigé tout le week-end _ ce fut la mémorable grande chute de neige de 1954 ! _ et nous étions allés nous promener à la campagne, dans les environs de Paris. C’était un jour heureux. (…) Une petite scène-surprise, comme ça, au cœur de l’après-midi« … Tout est dit (et splendidement sobrement montré) !

  • Entre « Recherche » et « recherche », le « flou » actif de l’esprit imaginant à l’heure des GPS…

    Un très intéressant article, ce matin, de Pierre Assouline, sur son « irration » (de lecteur !) d’un « Vademecum«  _ en anglais « Companion to« … _ « pictural » pour la « Recherche » de Proust,

    par un anglais un peu trop bien intentionné, selon Pierre Assouline, Eric Karpeles…

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    Voici l’article de Pierre Assouline, en date de ce 17 juillet

    _ farci de mes commentaires, selon la coutume de ce blog-ci… _ :

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    « Les lecteurs de Proust ont-ils vraiment besoin d’un guide de musée ?« 

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         « Prenez un grand roman, disons « A la recherche du temps perdu« . Prenez chacune des évocations d’œuvres d’art que vous y trouverez. Prenez le moteur de recherche du site du Louvre. Mettez les uns dans l’autre, remuez, faites revenir à feu doux et servez quand c’est prêt. Cela donne un beau plat qui a un drôle de goût.

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    Au départ, une vraie idée d’éditeur ; à l’arrivée une fausse bonne idée. C’est « Le Musée imaginaire de Marcel Proust«  (traduit de l’anglais par Pierre Saint-Jean, 350 pages, 32 euros, Thames and Hudson). On espère que ce n’est pas le début d’une collection ; et que nous ne sommes pas menacés d’un Balzac ou d’un Stendhal du même tonneau. Pourtant son auteur Eric Karpeles, peintre et auteur de textes sur l’esthétique, a crû bien faire. Constatant que la  « Recherche«  était profuse en références picturales, et imaginant sans peine que la mémoire visuelle, pour ne rien dire de la culture artistique, de ses contemporains avaient des limites, il a donc entrepris de mettre le portrait de Mehmet II par Gentile Bellini en face du _ voilà le procédé de ce livre : et ses économies de « recherche documentaire«  pour le lecteur, même à l’ère d’Internet ! _ passage où Proust dit que le jeune Bloch lui ressemble étrangement, un cardinal par Le Gréco en face d’une évocation de Charlus en “grand inquisiteur peint par Le Gréco”, le « Déjeuner sur l’herbe » de Manet en face d’une allusion métaphorique à un déjeuner sur l’herbe, la « Procession de mariage« de Giotto en regard d’une procession, et bien sûr l’évanouissement de Bergotte face au petit pan de mur jaune à la seule vue du Vermeer ! Il semble que l’on ait échappé de justesse à un lit de Caillebotte en face de “Longtemps, je me suis couché de bonne heure”…

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    Un extrait du roman sur la page verso, une reproduction de l’œuvre censée lui correspondre _ l’enjeu de cet article (de Pierre Assouline en son blog) ainsi que le bien-fondé, ou pas, du livre de Karpeles, se situant en cette visée de « correspondance« -là !.. _ sur la page recto, tous les tableaux du roman dans leur ordre d’apparition. C’est là une conception _ éditoriale, eu égard à un « marché«  (et à une « demande«  de la part de certains lecteurs, désirant parer au plus pressé (de « besoins » d‘ »identifications«  des allusions du texte)… _ très anglaise, et assez américaine _ l’éditeur du travail de Karpeles est Thames and Hudson _, qui consiste à toujours expliquer, rationaliser, dans un esprit positiviste, sinon pratique _ pour ne pas dire immédiatement (et économiquement) utilitaire (ou utilitariste). D’ailleurs, il n’est pas anodin de relever que là-bas, le livre s’intitule « Paintings in Proust. A visual companion to « In Search of lost time«  ». Un “companion”,delft1.1247783924.jpg c’est exactement cela, spécialité typique des librairies britanniques. Asseyez-vous, posez votre roman, on vous aide à le comprendre _ par des « identifications » ponctuelles : éliminant le « flou«  en votre esprit. C’est parfois utile pour les étudiants ou les chercheurs, pratique surtout _ c’est-à-dire économique en temps, en énergie, et en dépenses de tous ordres… Le procédé est déjà _ littérairement, et poïétiquement : pour l’élan de l’imaginaire ! ce que Baldine Saint-Girons appelle si justement « l’acte esthétique« , en son si judicieux « L’Acte Esthétique« , aux Éditions Klincksieck ; et autour de quoi tourne le tout aussi majeur « Homo spectator«  (« spectator«  en action ! pas passif !!!) de Marie-José Mondzain, aux Éditions Bayard : deux ouvrages indispensables pour mieux comprendre tous les enjeux d’une civilisation de l’audiovisuel hypertechnologisé : ici, lire les travaux de l’ami Bernard Stiegler ; en commençant, par exemple, par le plus récemment publié : « Pour en finir avec la mécroissance« , aux Éditions Flammarion… : voilà pour un bon « équipement«  (de lecture et d’intelligence) sur les enjeux actuels (« civilisationnels«  !) de l’« aisthesis« … _ ; le procédé est déjà lourd en soi ; il pèse _ et gravement : pardon pour la redondance ! _ sur la poésie-même des plus belles pages de ce roman par endroits si incroyablement léger_ oui : en sa lecture, comme en son écriture : des affaires de « souffles«  (et inflexions terriblement véloces, car fines ! ou « dansées« ) : c’est une affaire de « rythme« , une fois encore !!! Cf aussi la phrase unique (de 517 pages), sur ce modèle de prestesse proustien, du si merveilleux « Zone« , de Mathias Enard, paru en fin d’été dernier, 2008… : cf, sur lui, mon article du 3 juin dernier : « Le miracle de la reconnaissance par les lecteurs du plus “grand” roman de l’année : “Zone”, de Mathias Enard » _ alors qu’il a tout d’une brique. Le lecteur de la « Recherche«  n’a pas besoin _ du tout : voilà la raison de l’intervention ici de Pierre Assouline _ qu’un conservateur de musée lui prenne la main pour le guider _ fut-ce avec les « meilleures œillères » du monde ! ah ! la terrible soumission à ce que l’on prend aveuglément pour des « autorités«  !.. Autant obliger tout visiteur _ en rang d’oignons et file indienne, ou pas ! _ des Offices à porter et utiliser l’un de ces casques audio _ même démilitarisé… _ qui vous expliquent _ vous devenant passif : tel un utilisateur de GPS !!! dans le dédale pourtant charmant d’une ville encore pas trop connue… : « passif » et « captif » (satisfait ! cf l’illustration de la bêtise chez Flaubert, dans le « contentement de soi » béat d’un Monsieur Homais, in « Madame Bovary«  !) de ce qui devient pur réflexe à un stimulus pré-formé… _ ce qui se passe ! Le fait est que ça parle beaucoup « peinture » chez Proust. Tableaux, dessins, gravures et sculptures sont partout dans la « Recherche« . Ils ont toutes sortes _ oui ! _ de fonction : ils reflètent, authentifient, métaphorisent _ peut-il donc exister un mode d’emploi « sécurisé«  (en stéréotypes) des métaphores ?.. Mais le problème de ce « Musée imaginaire de Marcel Proust est dans son principe même _ coupant l’herbe sous le pied de toute recherche effective par l’imagination (mise en action) du lecteur lui-même : ainsi « assisté«  passivement !.. C’est cette recherche personnelle qui est l’œuvre (irremplaçable !) et du « regardeur » et du « lecteur«  vrais : pas réduits à une consommation préformatée d’images devenant de très réducteurs « clichés«  ; et « réducteurs de têtes« , ajouterait Dany-Robert Dufour (en son important « Art de réduire les têtes«  !)…

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    On croirait le trousseau de clés _ mécanisé _ d’un prétendu roman-à-clefs. Or un roman est fait pour laisser vivre _ et prospérer en un vagabondage libre : libéré ! avec un « jeu«  enthousiasmant ! _ l’imaginaire du lecteur. Tant mieux s’ils se trompe ou s’égare, là n’est pas la question _ en effet : bravo ! et merci ! Pierre Assouline ! de mettre si bien un peu les points sur les i du métier éditorial, du point de vue de ce que risque de devenir l’« in-activité«  de lire (de la part de lecteurs devenus ainsi  « non-lecteurs«  !), avec de tels « compagnons«  trop bien intentionnés : cela me rappelant la morale, délicatement incisive, de ce génie de La Fontaine, dans « L’Ours et l’amateur de jardins » !.. (« Fables« , VIII, X _ en 1678) : que je me permettrai d’adapter ainsi : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant (= ici « mal savant »…) ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi« … _ ; à lui _ lecteur ; et à lui seul ! en une liberté construite, et non renoncée, surtout ! _ d’interpréter _ en cherchant !.. ; c’est un jeu jouissif ! _, de traduire les mots en sensations _ et vice versa… Proust n’avait pas conçu sa cathédrale de papier _ (et de mots et phrases imprimés) : l’expression est à prendre au pied de la lettre _ comme un beau-livre illustré _ en effet ! Lorsqu’il écrit que la lumière se dégradait dans les escaliers d’un hôtel et convertissait leurs degrés “en cette ambre dorée, inconsistante et mystérieuse comme un crépuscule, où Rembrandt découpe tantôt l’appui d’une fenêtre ou la manivelle d’un puits”, a-t-on vraiment envie de retrouver sur la page en regard une reproduction du « Philosophe en méditation » (1632) ? Non, d’autant que ce pourrait être _ tout autant ! _ un autre tableau _ le « Rembrandt » de Proust étant lui aussi (et cela, « fondamentalement«  !) fort composite, le réduire ainsi à un exemple unique (et, d’autant, là où Proust, lui, les multiplie : « tantôt« , « ou«  !..), c’est couper les ailes au déploiement de son imaginaire en train de s’activer « dans le temps«  : pour quelle économie instantanée ? ; le contresens est alors tout à fait grave, en effet !., cher Pierre Assouline ! Merci de nous en prévenir ainsi en votre blog de salubrité publique  (pour une vraie « république des livres«  et de lecteurs « vrais« , en tout cas : pas trop « décérébrés«  encore, en voie d’être eux-mêmes réduits à de purs « arcs-réflexes« )… Pareillement lorsque, à propos du baron de Charlus, l’écrivain évoque _ le mot impliquant du « flou« … _ ”une harmonie noir et blanc de Whistler”, on n’a nullement envie d’être dirigé bellini_mehmet_ii.1247783957.jpg_ illico presto et comme sur rails de voie unique _ vers la reproduction de « Arrangement en noir et or : le comte de Robert Montesquiou-Fezensac » du même peintre. Car ces choix figent _ voilà le crime ! _ notre imaginaire _ de poïesis en action _ et c’est le pire service _ magnifique expression ! _ que l’on puisse rendre tant au romancier qu’à ses lecteurs.

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    Nous qui avons vécu des années dans l’ignorance de la « Vue de Delft » _ il nous fallait « essayer«  de nous la « représenter«  : que de joie en cette incertitude (et son « tremblé« …) ; et cette « confiance«  accordée au talent d’ekphrasis de Proust ! _ tout en vibrant à l’émotion _ vibrée, dans la phrase même, ondulante, de Proust… _ de Bergotte, pourquoi nous obligerait-on _ robotisés (« à voie unique«  : c’est un comble !) que nous deviendrions _ à mettre les points sur les i ? Rien n’est émouvant comme la découverte et la rencontre inopinées _ bien plus tard qu’à la lecture… _, un après-midi de printemps à la faveur d’un égarement dans un musée, entre ce que l’on avait lu et ce que l’on voit enfin par hasard _ remerciant alors (personne ! ou plein d’intermédiaires…) la grâce de ce « hasard » de rencontre… Avis aux “companions” les mieux intentionnés : nous sommes encore _ mais pour combien de temps, cependant ?.. Que fait ici, et que ne fait pas, l’École, pour les nouvelles générations ?.. _  un certain nombre à ne pas prendre ombrage lorsque, relisant « A la recherche du temps perdu«  avec une volupté inentamée _ en effet ! sa « fraîcheur » s’enrichissant, même !.. _, nous ignorons _ mais oui ! ah cette stupidité (à la Homais !) de « craindre de mourir idiot«  au sens de non-savant, d’ignorant : l’ambigüité du terme étant très joliment dans ce cher La Fontaine (de « L’Ours et l’amateur de jardins » : « ignorant«  opposé à « sage« …)… _ ce qu’est la noblesse d’une « buire » de Venise, ou le sens de “mazulipatan”…   Qu’importe puisque Proust, comme ses personnages, étaient à la poursuite _ ouverte ; et non figée (et pour cause !) _ d’un rêve _ un « rêve«  est-il jamais « à satisfaire«  ? : là est tout ce qui sépare le libre désir du lourd besoin : rassasiable, mais très temporairement, lui… _ et que la puissance _ oui ! _ de la fiction _ le substantif émanant du verbe (et de l’activité) de « feindre«  : c’est tout le « jeu«  du faire-semblant, avec tout son « bougé » en acte… _ étant ce qu’elle est, nul ne pourra l’objectiver _ et la tuer en la figeant : ne serait-ce qu’en clichés !!! (et toute leur solennelle « bien-pensance« … N’a-t-il pas écrit _ Proust… _ que l’essentiel est dans “cette lumière  _ un principe de connaissance qui passe aussi, et nécessairement, par l’activité de l’esprit : biologiquement, en quelque sorte ; et le processus existe aussi, c’est même une fonction ô combien capitale du vivant et de la survie, chez les animaux ! _ qui fait tout le jour la beauté des objets et le soir tout leur mystère _ on notera le splendidement discret décalage proustien entre « tout le jour«  et le passage furtif, lui, du « soir« , avant la nuit _, qui en se retirant d’eux _ « eux«  : les objets disponibles pour l’activité d’un sujet _ modifie à tel point leur existence _ de choses inertes, en dehors de notre appréhension (à commencer par perceptive, et attentive : il faut aussi que le regard, en son mouvement même, en son flux, se focalise un tant soit peu _ mais pas à les figer ! _ sur eux ; et pas forcément programmatiquement !) _ que nous sentons bien qu’elle _ cette « existence«  d’« objets« -pour-nous, et en-dehors-de-nous, aussi… _ en est le principe _ extérieur, transcendant : avec toujours son « mystère«  (pour nous !) ; et le « flou« , forcément, et à l’infini (à des degrés variant…), de toute perception qualitative ; et non pas pragmatiquement utilitariste seulement : là-dessus, lire les analyses décisives de Bergson, auxquelles on doit bien davantage revenir… _ et qu’eux-mêmes semblent passer, dans ces minutes si inquiétantes et si belles _ les deux étant intimement liés : c’est une des clés de l’œuvre proustien : de son intense et permanente, oui, « vibration«  ! à la lecture ! pour peu qu’on fasse confiance à l’élan du souffle long et splendide de sa phrase… _, par toutes les affres de la mort” _ et « dans le temps« … : le dernier mot (de gratitude !) à la toute dernière page du « Temps retrouvé« … _ ?.. Et cette lumière _ infiniment vibrante pour le lecteur acceptant de se livrer à sa « vibration«  : sans clichés ! _, l’artiste qui l’a créée et nous l’a transmise _ par le dispositif écriture-lecture exclusivement _ après l’avoir rêvée _ oui ! = imaginée activement ! en son génie d’auteur ! _ n’était pas peintre, mais écrivain » _ en effet !

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    (”Arrangement en noir et or : le comte Robert Montesquiou-Fezensac« , par James Abbott McNeill Whistler 1891-1892 ; “Vue de Delft” de Jan Vermeer 1659-1660 ; “Le Sultan Mehmet II” de Gentile Bellini, 1480)

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    Voilà pour ce bel article de Pierre Assouline.

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    Bref, un « Vademecum » (« Companion to…« , en anglais) assez peu utile poïétiquement : c’est même un euphémisme…

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    Titus Curiosus, ce 17 juillet 2009

  • La splendeur du style cinématographique d’Angela Schanelec _ en ses regards sur Marseille et Berlin (« Nachmittag » + « Marseille » en un très fort DVD !)

    Le style (de cinéma) d’Angela Schanelec me touche _ m’éblouit et m’enchante _ ;

    et je me réjouis tout particulièrement d’avoir suivi les conseils d’Antoine Guillot et Arnaud Laporte, lors de leur émission « Tout arrive » du mercredi (consacrée au cinéma), le 7 janvier, recommandant très vivement le (double) DVD des films « Nachmittag » et « Marseille«  _ réunis sous un intitulé « La Nouvelle vague allemande » _ d’Angela Schanelec (aux Éditions « la vie est belle »)… ;

    et de l’avoir commandé (constatant que nulle part à Bordeaux il n’était directement disponible)…

    …
    Car le style même d’Angela Schanelec va (assez incroyablement ! mais cela, du moins, reste relatif…) au fond des choses

    avec une qualité d’attention au réel particulièrement fine, aiguë et formidablement lucide,

    jusqu’à un degré de douleur (tourmenteuse : outrepassant la capacité de beaucoup d’y faire face ; et, a fortiori, de pouvoir, cependant, s’en réjouir, aussi…) peut-être proprement germanique…

    _ ainsi, en ce vingtième anniversaire de la mort de l’immense Thomas Bernhard (un des deux ou trois génies majeurs du XXème siècle _ Heerlen (Pays-Bas), 9 février 1931 – Gmunden, 12 février 1989 _),

    ai-je assisté, vendredi 13 février, à une passionnante conférence au Goethe Institut de Bordeaux, invité (à l’impromptu, alors que nous nous sommes rencontrés au rayon « Littérature » de la librairie Mollat à peine deux heures avant), par la toujours très perspicace Jutta Bechstein, consacrée à Rolf Dieter Brinkmann _ Vechta (entre Münster et Oldenburg), 16 avril 1940 – Londres, 23 avril 1975 _ et à son (formidable !!!) « Rome, regards« , par son éditeur (des Éditions Quidam), Pascal Arnaud, et sa traductrice, Martine Rémon _

    qui m’étonne passablement aussi : à un tel degré d’intensité, veux-je dire…

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    Aussi, vais-je citer et commenter, à ma façon, un article remarquablement perspicace

    _ de Mathieu Macheret, sur le site critikat.com

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    « Guerre lasse« 

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    Angela Schanelec _ édition DVD « Nachmittag » (2007) et « Marseille » (2005)
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    DVD _ 16 décembre 2008
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    « Marseille« , quatrième film d’Angela Schanelec, connut il y a trois ans les honneurs d’une sortie sur les écrans français _ ce qui signifie encore, pour pas mal de films, parisiens. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’inédit « Nachmittag« , dernier opus en date de la cinéaste qui, en provenance directe du festival de Berlin 2007, atterrit chez nous sur la case vidéo et sort en catimini _ à l’exception au moins de France-Culture ; et de quelques sites Internet… _ de la soute à bagages…

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    Son prédécesseur _ « Marseille« , donc _, pas beaucoup mieux loti, n’avait pas résisté (!..) longtemps à la barbarie de la distribution hexagonale _ certes : et de ses finalités de plus en plus uniformément commerciales (et la loi d’airain du marché : le profit, en numéraire, des vendeurs)… Sa finesse rigoureuse, son port altier mais délicat _ comme c’est bien regardé ! _, lui avaient valu, face à la concurrence, un retour en charter aussi fulgurant qu’immérité. « La Vie est belle » _ l’éditeur de ce double DVD _ les a réunis en double programme sur une belle galette sans bonus. Plutôt : où le bonus serait la primeur du dernier film _ « Nachmittag« , de 2007… On s’en réjouit, certes, mais non sans se dire, les yeux embués, que c’est tout de même un peu dommage _ de ne pas disposer d’un peu plus de l’œuvre assez géniale d’Angela Schanelec…
    …
    C’est dommage, car rares sont aujourd’hui les films aussi lumineux _ à divers sens : comme c’est juste ! _ que ceux de Schanelec. Rares sont ceux, donc, qui ont autant à gagner d’une projection _ en salle ! _, dont la magie propre dépend autant du faisceau qui frappe l’écran et rejaillit sur son spectateur. Ainsi, « Marseille » et « Nachmittag » peuvent-ils bien être pris pour ce qu’ils sont : des traités pratiques sur la façon dont la lumière tombe sur les choses ou les traverse _ et l’analyse commence à pénétrer les secrets de la force de Schanelec… Sur la façon dont elle frappe les êtres, les éblouit et, ce faisant, les opacifie aux yeux des autres _ et là commence, bien, un certain drame… Cela n’a rien d’arbitraire. Nous sommes au cœur du projet esthétique de Schanelec _ l’analyse met dans le mille ! _ : dresser une barrière de clarté laiteuse _ séparante _ entre ses personnages, un voile diffus où s’engluent _ aussi, dans un présent s’étirant en vain _ leurs volonté et emportements. Un grand bain d’air dont l’épaisseur _ sidérante _ les freine et finit par les fixer _ et plomber, médusés… Un aquarium _ transparent à la lumière de l’extérieur autant que clos sur lui-même _ contre les parois duquel ils buttent _ et se blessent, peut-être mortellement. La faible profondeur de champ _ de la prise de vue, en intérieur, tout particulièrement _, souvent en vigueur, alliée aux partis pris de surexposition, achèvent de plonger l’environnement dans un même flottement _ d’été (berlinois) somptueux _ vague. À cette perception du monde tient une bonne part de la cruauté et de la tendresse _ étroitement mêlées, oxymoriques _ de Schanelec. Grâces lui soient rendues, l’éditeur _ du DVD, « la vie est belle«  _ a dû suer sang et eau pour restituer l’expérience lumineuse _ oui ! quelle beauté ! sur le petit écran de l’ordinateur même !.. _ de ces films tournés en 35 mm.

    …

    « Marseille » avait à l’époque _ février 2005 _ été lâché en salles avec pour seule arme le compagnonnage de deux compatriotes : « Voyage Scolaire » de Henner Winckler et « En Route » de Jan Krüger. Ces trois films étaient sensés entériner en France le lancement du terme tout frais _ et très approximatif _ de « Nouvelle Vague Allemande«  (on lui préfère celui, un poil plus précis, d’ »École Berlinoise« ). On peut mesurer aujourd’hui à quel point « Marseille« , en dépit d’une familiarité indiscutable, « prenait déjà la tangente » du mouvement… Si son hypothèse restait identifiable _ réalisme cru, jeunesse mutique et solitaire (avec l’étrangèreté pour les autres, comme pour le spectateur, de Sophie, la photographe), crise du couple allemand et effritement de la cellule familiale, froideur des teintes (tout particulièrement : à Marseille comme à Berlin ; en fonction de leurs lumières alors…) _ elle ne laissait rien augurer de la majesté _ oui ! _ de sa forme, ni de l’étrange alliage de brutalité et de douceur qui fait toute la beauté du film _ ô combien magnifiquement est-ce justement ressenti !

    …
    On y suit Sophie, jeune berlinoise venue, dans le cadre d’un échange d’appartement, passer dix jours dans la cité phocéenne du titre _ « Marseille » _ « pour prendre des photos« . Une intrigante première partie, où Sophie est de tous les plans, trace son parcours d’acclimatation _ voilà le concept-clé… Elle commence par acheter des baskets, elle ne s’arrêtera plus de circuler, à pieds ou par les transports en commun. On la voit arpenter _ oui ! _ une ville qu’on dit pittoresque et qui n’a cependant jamais autant ressemblé à n’importe quelle autre ville _ en effet !.. Nulle pacotille de folklore ou d’exotisme ici… Elle prend _ simplement _ des images et des repères. En même temps, elle n’échappe pas à la rudesse _ oui ! _ de ce nouvel air : tout un tas de micro-agressions _ à la limite du perceptible : nous sommes dans « le neutre » d’une sorte de « presque normalité » post-moderne (au moins française, dans le moindre des cas…) _ font saillies (jeunes qui chahutent, pompiers autoritaires, klaxons intempestifs, type grossier). Surtout, la solitude _ de la voyageuse, en permanence, ou quasiment, dans le champ de mire de la caméra (et donc, pour nous, sur l’écran) : Sophie _ enfonce le clou de son étrangèreté : ni là, ni là-bas, en transit _ avec peu de bagages. Elle finit par rencontrer un jeune garagiste _ Pierre _ qui lui prête sa voiture et la présente à des amis. La greffe, d’abord difficile (il la présente d’abord à un pote lourdingue), finit par prendre. Elle fait la fête avec cette nouvelle petite société quand…
    …

    Vlan ! On se met à parler allemand. Le temps d’une coupe insaisissable, presque dans notre dos, Schanelec _ au montage, mais d’abord à la caméra _ nous fait passer du Midi à Berlin. Sous les grands airs de sa mise en scène, d’une beauté (tranquille, sereine) assez hautaine _ cadres (toujours) au cordeau, compositions architecturales (des images), plans qui durent (mines de rien _ tel celui du bar, avec Pierre : un des plus intenses du film), dialogues rares et lacunaires (c’est le plus manifeste : mais le personnage de Sophie, la photographe, même si elle parle un très bon français, a, sur Marseille, la position et le regard d’une étrangère) _ celle-ci (Angela Schanelec, aux commandes de son art de cinéaste) enfouit _ oui ! sans le moindre maniérisme _ une structure très élaborée, très fine, toute en lignes brisées _ merci de si bien le montrer, l’analyser ainsi ! _, assemblant un tissu _ oui _ de ruptures douces et franches _ oui !!! _, disséminant une collection _ discrète _ de signes à retardement _ dont il faut, au spectateur, se souvenir, a posteriori : telles de petites mines ; qui sont au moins promises à explosion… _, dont le sens éclate _ pour qui ? pour le personnage de Sophie, dont le visage reste, invariablement, lisse ? pour le spectateur, immergé dans tant de « neutre », lui ?! _ de manière rétroactive _ et seulement ainsi, en effet _ et éclaire d’un nouveau jour _ la conscience du spectateur demeuré attentif _ ce qui précédait. D’où le sentiment _ éprouvé devant l’écran _ de nébulosité assourdie _ cotonneuse : ce n’est pas, ici, le triomphe de la lumière d’un plein été ! l’épisode marseillais (ou première stase) se déroulant au mois de février _, d’ivresse modérée _ pas encore nauséeuse _, où les choses ne sont jamais immédiatement claires

    _ mais pour qui est-ce jamais le cas ?

    …

    comme pour n’importe quel enfant ;

    et Angela Schanelec en place dans ces deux films ; interprétés, d’ailleurs par les siens, enfants (le petit Louis Schanelec interprétant le petit « Anton », et la petite Agnès Schanelec interprétant la petite « Mimmi »), dans la vie ! ; et comme si leurs jeux les préservaient _ pour un moment, peut-être… _ des blessures des autres, adultes… ; et encore il faudrait revoir bien mieux _ = re-regarder à la lumière de cette question _ ces séquences…

    découvrant la vie ;

    mais aussi pour tout un chacun ayant à « former » _ forcément ! _ sa propre expérience du réel, et toujours le rencontrant, en sa « sur-venue » vers lui, avec le sentiment d’une terrible nouveauté ; et s’y blessant, si peu que ce soit, forcément, aussi…

    fin de l’incise sur l’enfance de tout « apprentissage » d’ »expérience » de la vie... _

    …

    mais conservent _ « les choses« , donc… _ un temps leur ambiguïté.

    …
    Chacun des deux films _ « Marseille » comme « Nachmittag » _ étonne _ oui ! _ par cette manière de passer rapidement, comme si de rien n’était _ sans la moindre arrêt (d’image) maniériste : hyper-classique, au contraire ! _, sur les informations capitales _ et il y en a ! tout film forme un drame… _ du récit _ jamais marquées, ni, a fortiori, surlignées _, de ravaler _ le mot est intéressant _ les signes prétendument majeurs _ pour le spectateur qui y réfléchit, se remémore, fait le point, synthétise, veut comprendre (ce qui vient de se dérouler _ du « drame » _ sous ses yeux, sur l’écran, sans coups de projecteur, ni zooms, ni travellings… _ au même rang _ comme c’est le cas, déjà, « dans la vie », pour tout réel auquel tout un chacun a forcément affaire ; est (plus ou moins rudement ou doucement) forcément confronté : il faut (apprendre à) vivre ; et survivre _ que toutes les occurrences _ qui surviennent, pardon du pléonasme : l’ »image-mouvement » du film nous offrant/imposant toujours, quelle que soit la durée de celui-ci, la situation de devoir offrir (et subir) un minimum de patience à cette diachronie ! _ du réel _ l’autre option (et unique !) étant de rompre soi-même _ comme le fera à deux reprises, cet « après-midi »-là, Konstantin, le fils, dans « Nachmittag« , le film suivant _ la partie…

    …

    Revenue à Berlin, Sophie retrouve tout ce qu’elle avait quitté. Rien n’a changé : elle replonge au centre de la même agonie sentimentale, du même amour emberlificoté et indénouable _ que nous découvrons alors, seulement maintenant, en cette seconde stase (berlinoise), au fil des images qui se succèdent (et sans drame). Celui qui stagne _ encalminé _ entre elle et un couple d’amis, femme _ Hannah _ actrice et homme _ Ivan _ photographe, élevant un petit Anton, alors que leur relation prend l’eau de tous bord. Devant cette somme d’impossibilités agglutinées _ se découvrant d’une séquence (ou stase) à une autre, accollée _, elle ne tarde pas à annoncer _ toujours dans le « neutre », sans mélodrame _ son retour à Marseille.

    …

    Elle prend alors le train pour la dernière _ brève _ partie _ ou dernière stase _ du film. À peine de retour là-bas, elle subit une agression terminale, sublime _ hors-images, hors écran _ : un échange de vêtements _ et dépouillement de tout, sous menace d’arme à feu : Sophie énonçant en son témoignage que sa priorité, de toute urgence, fut (ou était) de conserver sa vie… _ que nous ne verrons pas, mais dont le récit sera rapporté _ lors d’un interrogatoire purement réglementaire (de procès-verbal) _ au poste de police (le plus proche _ de ce coin de rue d’avec la Canebière où se produisit l’agression _) _ suit une ultime séquence, sur le rivage de la mer, à la plage, le soir, avec une Sophie, en jaune, étonnamment légère, et comme soulagée…

    …

    On en arrive _ alors _ au clou du disque _ DVD _ versatile, le tout frais « Nachmittag« , adapté de « La Mouette » de Tchékhov.

    …

    Le film s’ouvre sur ce qu’on devine être les répétitions d’une pièce de théâtre. Ce premier plan s’inscrit dans les quelques instants qui précèdent le début du jeu _ proprement dit ; et les dialogues _ : allées et venues des quelques personnes présentes _ gens de théâtre au travail (de répétition d’un spectacle) _, scène _ quasi _ nue, gradins _ quasi _ vides. Une actrice quitte la salle et rejoint la scène. Elle se prépare, elle va jouer…

    …

    on passe à autre chose : le film _ l’intrigue principale, après une séquence d’ouverture _ commence.

    …

    On tient peut-être _ sans la moindre insistance ; et comme par inadvertance _ dans ce plan introductif, dont l’agencement lacunaire _ toute vie l’est, déjà ! _ va s’éclaircir par la suite, la raison du style de Schanelec _ oui ! _ : tout s’agence _ parfaitement ! c’est le travail de construction des séquences ; puis du montage _ comme si chaque plan était pris _ =  extrait, par focalisation _ du fond du décor. Les bords du cadre _ avec ce qu’ils expulsent, forcément, « hors-cadre » !.. _ concentrent une bonne part de sa cruauté _ oui ! _ : ils piègent ou expulsent, ils tranchent, ils suppriment, mais jamais ne se font _ avec tendresse d’un centre ou d’un foyer de chaleur, protecteur, attractif _ accueil ou refuge. Ils sont comme ces coulisses visibles sur certains plateaux, au-delà desquelles les personnages n’existent plus _ en effet _ sans pour autant cesser d’apparaître.

    …

    Irène _ qu’interprète Angela Schanelec elle-même, de l’autre côté de la caméra, ici _ est actrice _ comédienne au théâtre. Un après-midi d’été _ somptueux, comme Berlin en connaît ! _, elle se rend chez son frère _ plus âgé _ Alex, en mauvaise forme _ plus que maussade, ou asthénique : on ne saurait davantage se montrer quasi uniformément bougon et aigri… _, où vit son jeune fils Konstantin, auteur de théâtre _ il écrit… _ veillant _ non sans une dose importante de patience _ sur son oncle. La grande _ belle et lumineuse _ demeure entourée de verdure _ luxuriante ! quel Berlin éclatant de beauté ! en cette saison d’été _ et bordée d’un lac _ où l’on se baigne ; et peut paresser au soleil, sur un radeau de bois : quelles belles images de l’eau ! _ accueille également les filles des voisins : Agnès, 19 ans, ancienne petite amie de Konstantin et sa petite sœur Mimmi qui partage son temps entre baignades et parties de cartes. Cette petite troupe n’a plus _ passé-composé à relever… _ grand-chose d’une communauté : l’habitude de se retrouver _ qu’on devine (en effet !) _ a cédé _ insensiblement _ le pas à la fatigue, l’ennui et le désintérêt. Irène profite de ces retrouvailles _ d’une après-midi, de passage, en quasi « coup-de-vent »… _ pour présenter son nouvel amant, Max _ c’est un écrivain « à succès », semble-t-il… _, à ses proches. Des échanges se configurent _ avec souplesse et intermittences _ entre les différents protagonistes, au cours desquels chacun prend acte _ sans vraiment rien dire, ni même rien manifester ouvertement : cela se perçoit seulement au jeu (et au rythme) des regards et des absences de patience (et de désir) _ de sa solitude et de sa propre indisponibilité _ c’est bien de cela qu’il s’agit _ aux autres. Bien qu’il perce parfois _ sans éclat _ ces nappes _ mot très juste _ d’attente, de repos _ d’agonie ? _ et d’amer _ oui ; dénué de suavité _ farniente, le passé émerge sourdement _ oui _ comme la survivance d’un rituel qui n’a plus lieu d’être, dans la mesure où il s’est vidé de tout désir _ = acédique, en cette « vacance » (plombée)… _ de la part de ceux qui l’accomplissent _ mécaniquement, sans âme _ encore _ mais pour combien de temps ?..

    …

    D’où ce sentiment que ces dernières retrouvailles _ familiales : avec (ou pour) Irène _ sont celles de trop, la fois où chacun comprend qu’il ne pourra plus _ qu’est-ce donc qui permet de l’affirmer ? de l’augurer ?.. _ délivrer _ mot un peu étrange _ envers les autres, jusque dans ses propres mots d’amour, que des paroles _ ou des mutités _ de haine.

    …
    Chez Tchekhov
    _ dans « La Mouette« ; ou dans « La Cerisaie« … _, ce sentiment qu’un rituel était peut-être accompli pour la dernière fois s’accompagnait, pour la communauté en cause, de la douloureuse conscience de son inutilité. Fidèle en ce point à l’auteur, Schanelec situe son action au moment exact où le rituel, vidé de son sens, est devenu simulacre. Plus personne n’y croit, mais tout le monde s’y accroche _ vraiment ? _ lâchement, sans énergie. D’ailleurs, la seule qui semble y croire encore un peu, ou surestimer son importance _ Irène, qui garde un soupçon d’amour dans le cœur _ s’en prendra plein la gueule. Croyant à raison surprendre une _ première _ tentative de suicide, elle se coupe en retirant des mains de son fils _ sorte d’ange blond éthéré, distant au monde : c’est sur lui que le regard (de sa mère ?) se porte le plus… _ la lame qu’il pointait contre lui-même. Elle se fait traiter de « charogne » par son frère, avant qu’il n’avoue se désintéresser d’elle peu à peu. Et il faut voir à table comment les hommes lui parlent ! Elle concentre à son endroit toute l’hostilité de sa famille (deux hommes sans femme, soudés contre elle, la mère). C’est pourtant à elle que revient le dernier regard _ le dernier mot ? _ du film, posé sur un lac qui lui répond par la belle constance de sa sérénité et de son mutisme _ et son fils qui vient d’avaler des barbituriques, s’endormant sur le radeau de bois (du milieu du lac) qu’à la nage il est venu rejoindre…

    …

    Quand, au début du film, Konstantin demande à son oncle Alex : « À quoi crois-tu ?« , celui-ci lui répond : « À des moments isolés et souvent inattendus » _ des rencontres inespérées ; non programmées ; et improgrammables : où surgit, et est accueillie (et pas repoussée) la vérité… Une belle figure de ponctuation suspendue _ oui ! et c’est tout un art : d’hémioles, dirait-on dans l’interprétation (et les gestes : musicaux) de la musique dite « baroque » ; les hémioles ne sont pas écrites (notées) sur la partition ; il faut, au musicien-interprète, les deviner : au souffle, en écoutant et regardant les autres : les partenaires _ qui ressemble à s’y méprendre au cinéma d’Angela Schanelec : c’est excellemment observé !

    …

    Mathieu Macheret : « Guerre lasse » _ sur critikat.com

    …

    Voilà en quoi l’esthétique non-esthétisante d’Angela Schanelec

    me touche

    beaucoup…

    …

    Sur ce concept d’esthétique/æsthesis,

    relire,

    outre la magistrale et indispensable « Critique de la faculté de juger«  de Kant,

    le fondateur de la discipline : Baumgarten (1714-1762) : une traduction en français de son « Esthétique«  (« Æsthetica« ) est parue il y a quelque temps en français, aux Éditions de l’Herne, en 1988 …

    …

    Il faudrait la comparer, cette esthétique/æsthesis d’Angela Schanelec,

    à celle de Michelangelo Antonioni, quant à la complexité des approches et des contacts, entre les personnes _ silences et plans-séquences longs (et intenses ; mais sans lourdeur, jamais) compris… Même si, ici, il ne s’agit pas de brouillard, mais de son contraire : des halos éblouissants, auxquels viennent buter, sans à-coups (ni hystérie), des regards (et des corps, à leur suite)…

    …
    Ainsi qu’à celle d’Ingmar Bergman, bien sûr, aussi : si forte à l’image ; si tragiquement désespérante, elle _ et jusqu’à des suicides, aussi (comme dans « Nachmittag« )… Une des clés de l’œuvre entier de Bergman _ Uppsala, 14 juillet 1918 – Fårö, 30 juillet 2007 _ (« Les Fraises sauvages« , « Le silence« , « Une passion« …), me semblant résider dans le « récit d’enfance » de « Fanny et Alexandre«  (en 1982)… Il y a, probablement (= existent), certains tropismes des lumières du Nord (cf « Elle n’a dansé qu’un seul été« , du même Ingmar Bergman ; et les livres du grand Stig Dagerman : « L’enfant brûlé » et « Notre besoin  de consolation est impossible à rassasier« , pour commencer…)…

    …

    Par rapport aux brouillards de la plaine du Pô et de Ferrare (cf le sublime _ et bêtement méconnu, sinon snobé _ « Par-delà les nuages » : l’œuvre testamentaire d’Antonioni _ Ferrare, 29 septembre 1912 – Rome, 30 juillet 2007 _, en 1995 ; avec l’aide, très marginale _ pour « rassurer » les producteurs, inquiets des suites de son ictus, en décembre 1985 _ de Wim Wenders) _ ; aux brouillards de Milan (cf « La Notte« ) ; et même ceux de Rome et du Latium (cf « Identification d’une femme » ; et, en amont, « L’Eclipse« ) ; ou ceux des îles Lipari (cf « L’Avventura«  : films tous bouleversants : si merveilleusement prodigieux de justesse !)…

    …

    Ces « pistes _ d’un art (épuré, sobre) d’attention à la vérité _ Antonioni et Bergman »

    devraient, bien sûr, être creusées beaucoup plus loin et profond…

    …

    En se plaçant du côté de la réception, par le spectateur,

    maintenant :

    …

    rien, nulle part, n’est forcément seulement (et à jamais) « détail » inessentiel ;

    …

    notre attention (de découvreur, au « spectacle ») est toujours intensément requise ;

    ainsi que le filtre (activé : au vif !) d’une critique (de notre part _ et le terme, « krisis« , signifie bien, en effet « tamis », « opération de filtrage ») assez réfléchie,

    assez souple et assez fine (à assez petits grains : afin de recueillir effectivement, sans les laisser passer, filer à jamais _ mais essayer de les saisir et retenir, si peu que ce soit, du regard, lui-même si mobile _, les toutes petites pépites : d’or,

    au milieu des boues et des poussières de tout le reste, qui passe : le tout-venant de ce qui occupe, et combien massivement _ jusqu’à l’obstruction et l’occlusion _, nos saisons, à la longueur _ qui peut être ennuyeusement proche du vide _ de nos journées…),

    pour être assez perspicace, cette attention

    à ce qui nous est alors « montré », par l’artiste, en son œuvrer…

    …

    Et, à ce regard-là,

    le cadrage, et le montage,

    avec leurs focalisations, leurs ellipses, leurs rythmes, à chaque fois singuliers,

    de ces artistes-là,

    …

    nous aident ;

    …

    et formidablement : merci à leur génie, vif, puissant, vigoureux, dés-endormissant ; et dés-anesthésiant ! ;

    …
    tout en sollicitant aussi, forcément, un minimum d’attention, et plus, et mieux, d’investissement (participatif :

    de cette attention fragile de notre regard et de notre écoute, toujours frêles

    (en cours _ = voie _ perpétuelle, en quelque sorte, de « formation », … ; pas trop fossilisés, peut-être, encore : entre la folie douce la plus probable de l’enkystement et le cabrage _ à-côté-de-la-plaque _ de la tétanisation ruant-dans-les-brancards…),

    …

    mobilisés, pour lors _ regard comme écoute _, envers ce « réel » montré, en effet, en son œuvrer, par l’artiste :

    …

    on « en » manque tant ! dans le fil des jours, ordinaire, de cette perception un peu plus aiguë et fine d’un « réel » décisif, ô combien, pourtant ;

    …

    tant nous passons si souvent,

    anesthésiés et abrutis que nous sommes, et quasi en permanence,

    à côté de tout !.. ;

    …

    et c’est là qu’il faudrait une véritable éducation æsthétique : artistique, au lycée !!!

    …

    à la place des crétinisations par bombardement médiatique généralisé

    des industries à rouleaux-compresseurs d’entertainment !!!

    formatant avec tant d’efficacité si grossièrement, et en tous les sens du mot, les imaginaires) ;

    …

    tant nous passons si souvent

    à côté de tout !.., donc _ je reprends et poursuis _

    en notre « partie », si mal interprétée (par nous-même), de « spectateur », aussi ;

    partie, pourtant, et ô combien !, nécessaire et indispensable :

    …

    car c’est là une condition sine qua non,

    non seulement du spectacle (devant des œuvres _ qui soient « d’art », vraiment ; sans imposture, veux-je dire…),

    mais aussi, et d’abord, et fondamentalement, de nos rapports aux autres, « dans la vie » même, elle-même, et d’abord ! ;

    …

    chacun, veux-je dire, en notre vie (unique ! comme un chemin-de-fer « à voie unique » ! et sans billet de retour, probablement, semble-t-il…) ;

    …

    alors, d’un amour !!

    …

    Il y a toujours là une terrrible urgence :

    …

    de ne pas passer aussi bêtement à côté…

    …

    Ce qui est le cas largement dominant, pourtant…

    …

    Tout cela _ en ce final d’article _,

    en prolongement, en quelque sorte, des remarques sur la « connaissance » _ d’abord ; et essentiellement _ « poétique » des villes

    de mon article du 16 février, à propos du « Mégapolis » de Régine Robin :

    « Aimer les villes-monstres (New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires, Londres); ou vers la fin de la flânerie, selon Régine Robin«  ;

    …

    et pour conjurer l’inquiétude soulevée par l’ami Bruce Bégout de « voir beaucoup trop de beaucoup, sans savoir qu’en faire, sans rien assimiler« , in “Dans la gueule du Léviathan. Mon expérience de Las Vegas“, in “Fantasmopolis. La ville contemporaine et ses imaginaires“, aux Presses universitaires de Rennes, en 2005, page 31…

    …
    Regarder est bien aussi,

    et fondamentalement,

    un « acte esthétique« ,

    nous apprennent, décidément (!),

    et Baldine Saint-Girons, en son « Acte esthétique » ;

    et Marie-José Mondzain, en son « Homo spectator« …

    …
    Ne craignons pas de nous y livrer

    en (et avec) douceur

    (= sans crispation) :

    …

    ainsi qu’Angela Schanelec

    _ après Antonioni et Bergman _

    avec une merveilleuse finesse :

    …

    celle de ses lumières ! de ses cadrages ; de ses ellipses, aussi ;

    de son art cinématographique du « récit », toujours pris, par nous, « en cours » ;

    …

    et dont manquent (et manqueront toujours : à jamais !) bien des chapitres antérieurs

    _ comme dans l’art de Faulkner (« Le bruit et la fureur«  ; « Absalon ! Absalon !« ) ; ou dans celui d’Antonio Lobo Antunes (« Traité des passions de l’âme«  ; etc… : il faut tout lire de lui, aussi !!!) ;

    …

    et comme dans toute vie !

    (ainsi que son « art » : à apprendre, et d’urgence !)

    …

    ainsi qu’Angela Schanelec, donc,

    en magnifique artiste de son cinéma,

    nous y aide…

    …
    Titus Curiosus, ce 22 février 2009

  • Le chant des fruits de la vie _ avec certains rouges, et quels rouges ! _ à l’aquarelle, d’Anne-Marie Jaccottet

    A propos de l’exposition à la galerie Alain Paire, 30 rue du Puits-Neuf (et jusqu’au 31 décembre !!!) à Aix-en-Provence, “Paysages et natures mortes“  d’Anne-Marie Jaccottet ;

    et de cette merveille (de goût) qu’est le livre qui lui est “consacré”, “Arbres, chemins, fleurs & fruits _ aquarelles et dessins d’Anne-Marie Jaccottet“, avec des “textes” _ de toute simple “lecture” de ces œuvres _ de Philippe Jaccottet, Alain Madeleine-Perdrillat et Florian Rodari ; ainsi qu’un “entretien de l’artiste” avec Alain Paire ; aux excellentes éditions La Dogana _ l’album est paru le mois dernier, en novembre 2008.

    …

    Avec cette présentation-ci _ excellente _ sur le site des Éditions La Dogana :

    …

    Anne-Marie jaccottet : Arbres, chemins, fleurs et fruitsAnne-Marie Jaccottet
    ARBRES, CHEMINS, FLEURS & FRUITS
    AQUARELLES ET DESSINS D’ANNE-MARIE JACCOTTET

    textes de Philippe Jaccottet, Alain Madeleine-Perdrillat, Florian Rodari
    entretien de l’artiste avec Alain Paire
    116 pages
    ISBN 978-2-940055-59-3
    CHF 60.- / 38 €

    …

    Radicalement à l’écart _ et peut-être à l’abri ? _ de la scène très agitée de l’art contemporain, il existe de nombreux artistes qui exercent leur activité en silence et avec modestie, ayant décidé d’affronter seuls, « avec les frêles outils de l’art » la transcription du spectacle qui s’offre à leurs yeux.

    …

    Le respect qu’ils accordent au métier les rend parfois étonnamment proches du sentiment que l’on peut éprouver de la vie au quotidien.

    …

    C’est le cas d’Anne-Marie Jaccottet qui, depuis plus de cinquante ans, porte un même regard émerveillé sur la simplicité des choses qui l’entourent, arbres, chemins, fleurs et fruits….

     …

    Et qui s’efforce, dans ses dessins et ses aquarelles, de capter les secrets de la lumière qui leur donne forme et couleur, tantôt en s’appesantissant sur elles, tantôt en les traversant d’un mouvement bref.

    …

    Trois auteurs qui sont proches de l’artiste, Philippe Jaccottet, Alain Madeleine-Perdrillat et Florian Rodari, entourent ici de leur approche discrète, subtile ou amusée, une cinquantaine de planches en couleur reproduites avec le plus grand soin.

    …

    C’est à une modeste, mais patiente, constante, ferme et déterminée « célébration » de la vie _ à contempler et à « noter » :

    en poésie, je pense à quelque équivalence que serait le « Cántico » de Jorge Guillén (quatre éditions : en 1928, 36, 45 & 50) ;

    ou aux plus sublimes célébrations (sensuelles) de la lumière et de la vie (et de leurs fruits), d’un Paul Valéry (par exemple, d’un amour gardé longtemps secret, vient de paraître « Corona et Coronilla« ) _ ;

    …

    mais aussi à un rendre grâce au « faire »

    _ non moins patient, constant, ferme et déterminé, avec sa part (de jeu) d’inconscience : en fait de pure innocence (qu’on me pardonne la redondance pléonastique ; mais il y a une très grande force d’affirmation dans ces couleurs si lumineusement jetées) _

    du pinceau, ou du crayon, de l’artiste

    …

    que nous convie

    à assister un peu,

    en y jetant comme quelques rapides et discrets coups d’œil,

    d’un peu ce côté, par-dessus l’épaule de l’artiste en son travail même

    (rapide : « pas trop de préparatifs » _ page 86 _ ;

    et « jamais plus de deux heures » _ page 90,

    confie l’artiste à Alain Paire),

    en quelque sorte,

    et à mille lieues du plus petit danger de pesanteur, de componction, de voyeurisme ;

    …

    et de la part _ plume sobre et pensée juste _ de proches de l’artiste (époux, amis)

    ce livre infiniment précieux _ « Arbres, chemins, fleurs & fruits _ aquarelles et dessins d’Anne-Marie Jaccottet« _,

    …

    à propos d’une œuvre proprement _ le mot ne me gêne pas ! _ merveilleuse,

    c’est-à-dire proprement émerveillante,

    en la splendeur éclaboussante de vie lumineuse

    _ dépourvue d’ombre, et du moindre noir, et d’à-plats pleins en continu

    (aux antipodes, par exemple, des larges traits gras d’un Hartung ou d’un Soulages (ne comptant pas, il est vrai, au nombre des « aquarellistes »…)…

    …

    Philippe Jaccottet présente le travail d’Anne-Marie Jaccottet-Haesler, avec une infinie simplicité :

    « il faudrait simplement aider à voir« , dit-il ;

    et c’est en effet toute l’ambition de son texte ;

    en ajoutant « qu’on mesure tout de même que ce n’est pas aussi simple qu’il semble » :

    de raconter la « simplicité » du travail de la « dame peintre » auprès de laquelle « voilà plus de cinquante ans que nous travaillons côte à côte« ,

    commence-t-il par dire, page 11 de sa contribution,

    intitulée « avec les frêles outils de l’art« .

    …

    C’est du « pouvoir » de l’Art _ de dessin et d’aquarelle _ d’Anne-Marie Jaccottet que Philippe « traite » ainsi en cette contribution d’ouverture du livre.
    …

    …

    Ce qui au départ était « don » et « besoin« 

    _ « de manier« , dans son cas à elle, « des formes et des couleurs«  _,

    « un simple jeu, une manie innocente, dirait-on d’abord« , concède-t-il, page 13 _,

    …

    « avec le temps«  _ au sens de sa très  active, mais oui ! collaboration ! _,

    « grâce aux enrichissements et _ tout ensemble, et tout uniment ! _ aux blessures du temps,

    sans même qu’on en prenne aussitôt _ cela demande aussi bien des détours, bien des surprises ! _ conscience »

    _ et celle d’un artiste est d’une richesse labyrinthique

    (et capricieuse ; hors de tout projet calculé, nettement ciblé et découpé !) … _ ;

    …

    « jeu et manie se chargent de substance » _ vivante _ :

    …

    « ce qui vous émeut, vous trouble, vous étonne

    _ n’allant jamais simplement de soi (il s’agit de l’ordre des habitudes motrices, pour l’essentiel _ cf Nietzsche, ou Bergson) _,

    vous enchante aussi

    …

    _ et pour la dame en question, ce seront presque exclusivement les belles apparences du monde proche« ,

    …

    eh bien !

    « tout cela va se retrouver _ comme par quelque « enchantement » (de l’art qui s’élabore, mais sans dessein) _ sur le papier ou sur la toile

    …

    dans un mouvement de reconnaissance,

    à tous les sens du mot

    _ s’y reconnaître (un peu, si peu que ce soit, dans le maquis du monde),

    comme rendre grâce (de vivre : à la vie !) _,

    dont on dirait bien qu’il en préserve, transforme, intensifie le plaisir,

    la surprise,

    et jusqu’à la joie, parfois » :

    Philippe Jaccottet parle d’expert !!!

    …

    Sur la joie, on n’a jamais rien analysé de mieux que Spinoza _ en son « Ethique » _, en terme d’expression de l’épanouissement de la puissance de la part de la Nature que tout individu constitue _ à divers degré de conscience (ou d’inconscience) que ce soit, d’ailleurs : il n’est même pas nécessaire d’accéder au quatrième mode de connaissance, pour progresser dans l’accomplissement de ses potentialités..

    …
    Bien vite, c’est tout un monde de vibrations vraies (des choses) qui viennent se poser sur le papier, ou la toile :

    …

    « peu à peu, l’arbitraire encombrant de la pensée _ des débuts, des tout premiers « essais » _ s’effacera

    pour laisser s’épanouir _ telle une fleur à maturation _ sur le blanc du papier

    _ encore ; mais aussi toujours : on ne le quittera pas ; et il demeurera là, mais s’étant (et combien considérablement !) enrichi de tous les voyages de la main de la dessinatrice ou/et aquarelliste ! _

    le frémissement de la vie _ nous y voici ! _ qu’il y a dans les arbres

    _ oui ! sous les caresses du vent ; même le mistral de Grignan ! _,

    et ce qu’il peut y avoir d’incertitude _ féconde _ et de légèreté

    dans les montagnes même _ qui bougent…, comme le savent mieux que nous les peintres chinois ; consulter là-dessus François Cheng ; ou l’ami François Jullien _,

    du fait de la distance _ pour notre regard _

    et de la lumière

    _ changeante, mouvante, émouvante ;

    cf là-dessus les essais de Georges Didi-Huberman ; par exemple « Phasmes _ essais sur l’apparition » _

    où elles ont l’air, quelquefois, de flotter« 

    _ ces montagnes au-dessus de Grignan.

    …

    Et poursuivant l’analyse de ce qui « tremble » ainsi dans l’air, devant un tel regard (d’artiste, crayon et pinceau à la main),

    Philippe Jaccottet dégage jusqu’à ceci :

    …

    « Jusqu’à ces séries de dessins les plus récents et les plus beaux

    où l’architecture du monde

    _ car celui-ci n’est pas un chaos (pas davantage que pour Cézanne à Bibémus, à flanc de Sainte-Victoire ) _

    vibre en sourdine _ cela peut se percevoir cependant : à l’artiste déjà… _,

    comme si les feuillages se changeaient

    _ de Daphné qu’ils étaient auparavant ! devant Apollon !

    cf ce que nous en donne à saisir Le Bernin en la galerie de Scipion Borghese, à Rome, et dans la vibration des ombres veloutées du marbre poli _

    en essaim d’abeilles

    _ telles l’emblème d’Urbain VIII Barberini, encore à Rome _

    ou se couvraient pour elles d’un impondérable pollen _ nourricier… ; page 14.

    …

    « Les couleurs (…), les voici retrouvées _ comme le Temps en le parcours de Proust _ dans les œuvres de Mme la peintre ;

    et même (…) de plus en plus radieuses _ en leur « rayonnement » apollinien, page 17.

    …

    « Couleurs du monde«  : nous y venons _ à elles ! à partir de lui ! _ de plus en plus près.

    « Elles sont là,

    dans les fleurs et les fruits _ après les arbres et les chemins du titre de ce si beau livre ! _ les plus communs,

    données au premier venu«  _ même, des humains qui sait les « rencontrer » ; et jusqu’à s’en nourrir…

    …

    « Couleurs des choses qui s’ouvrent

    _ fleurs,

    mais aussi fruits, à commencer par les grenades :

    car la fonction d’un « fruit » est bien de transmettre, par ses « graines fécondables ou/et fécondées », la vie… ;

    …

    c’est donc dans cet ordre du mouvement du

    « vivre »

    que nous voici plus directement transportés,

    immergés par ces sublimement toutes simples »images » d’Anne-Marie Jaccottet… _ ;

    …

    « Couleurs des choses qui s’ouvrent,

    s’épanouissent

    puis se fanent

    _ mais « les fruits passeront la promesse des fleurs« , n’est-il pas ?.. de même que

    « une rose d’automne est plus qu’une autre exquise« , décidément... _ ;

    …

    des choses qui gonflent,

    parfument,

    sont respirées

    et quelquefois _ carrément : la substance se transportant en un autre vivant qui s’en nourrit… _ mangées,

    puis _ bientôt _ se flétrissent _ et, pourrissant, nourriront d’autres vivants qui sauront en jouir… ;

    …

    couleurs si mystérieuses d’être _ aussi _ si communes _ et si belles, alors, à qui les « goûte » !.. en l’ordre du vivant… _,

    jubilatoires _ le mot est capital ! _ on ne sait trop comment ni pourquoi _ si : en jouir transmet de la vie !.. _ :

    …

    de la plus claire à la plus sombre,

    de la plus sonore à là plus sourde _ en la baudelairienne « correspondance » des registres de sensations _ ;

    …

    saisissable entre deux nuits _ noires, elles !

    …

    _ et notre vie elle-même, toute vulnérable _ fragile (et mortelle) _ qu’elle soit,

    fleurissant ainsi

    _ en effet : voilà ce qu’apprennent (et montrent aussi, avec générosité) les artistes ; afin de mieux pouvoir saisir l’opportunité éphémère, mais très réelle aussi, d’en jouir,

    face à l’espiègle ciseau _ au rasoir tranchant _ de Kairos !!! _

    entre deux _ un peu plus longues _ nuits _ uniformément noires _,

    mais celles-là _ décidément ! _ plus longues et plus profondes

    _ sans réveil pour la seconde ;

    quant à la première,

    à nous d’apprendre à bien, ou mieux, nous éveiller/ré-veiller :

    que de somnolences ingrates ! en effet, parmi les pseudo vivants… _ ;

    …

    et plus profondes _,

    produisant en fin de compte,

    à force de patience _ par l’œuvrer (de l’artiste) _ et de soumission _ à ce travail (de célébration) conjoint et de l’Art et de la Nature _,

    un si beau chant

    _ pour rendre grâce, par l’œuvre, au chant « premier » du monde

    (vivant et mortel ! puisque c’est d’un seul et même mouvement), page 18.

    …

    « Toutes ces couleurs que voilà,

    par la grâce d’un art _ infiniment modeste _ qui ne prétend à rien _ sinon à modestement célébrer ce monde _,

    (…) reçues, recueillies, décantées _ en l’aquarelle, ou par le dessin _

    sur, presque toujours, une simple _ toujours, et pas davantage _ feuille de papier ;

    …
    (…) qui ont l’air de se réjouir _ elles aussi, et déjà ! en leur inopinée « rencontre » _

    d’être ensemble :

    …

    le rose de l’aube,

    le jaune et l’orange de midi,

    le bleu et le violet du soir

    _ selon l’incidence des rayons lumineux _ ;

    …

    et ce sont aussi

    _ en portant encore d’autres, concentrées et intensifiées, même,

    en la matérialité du grain même de leur écorce et leur peau ! _

    des citrons,

    des kakis,

    des figues,

    des cerises, des prunes ;

    …

    beaux ingrédients pesés avec une science comme instinctive _ ce qu’elle n’est jamais… _

    pour exalter le regard et guérir, un instant

    _ du moins : mais c’est la condition temporelle de tout organisme vivant, se reproduisant !.. _,

    le cœur.« 

    …
    Tout cela, en cette collection de réels éminemment sensibles (et colorés),

    « les voilà désormais une fois encore redoublés en images

    _ les œuvres de l’artiste _

    dont le seul mérite,

    le seul pouvoir

    _ c’est à celui-ci (de la peintre, Anne-Marie) que Philippe (Jaccottet) veut ici rendre tout l’hommage que son travail mérite : pardon de la redondance… _

    auront été de nous les rendre

    _ ils s’agit des champs, collines, arbres, chemins, rares objets, aussi familiers, fleurs et fruits, que,

    du « monde »,

    Philippe Jaccottet vient d’énumérer _

    un peu plus

    _ humainement (co-existentiellement), non « propriétairement » (possessivement) _

    nôtres ;

    …

    plus délicieusement,

    plus joyeusement nôtres

    _ d’où la vertu très hautement, mais de manière absolument désintéressée, « curative » de l’Art :

    que des Béotiens et barbares méconnaissent 

    quand ils ne s’acharnent pas _ ô paysages ! ô architectures ! ô chefs d’œuvres d’artisans ! _ à les détériorer et détruire :

    par haine de l’Art ;

    par exemple « Haine de la musique« , dirait un Pascal Quignard…

    …

    Page 21, Philippe Jaccottet répond à l’objection béotienne :

    « A quoi tout cela peut-il servir ?«  ;

    …

    de même que :

    « à quoi peut-il bien servir d’être nés,

    à quoi rime-t-il (…) de respirer,

    d’ouvrir les yeux,

    de parler,

    à plus forte raison d’apprendre

    _ les règles de l’art, les secrets impalpables du pastel, les fluides leçons de l’aquarelle, par exemple _ etc… _

    …
    puisqu’il faut

    à la toute fin

    _ voilà la ligne rouge (de fin, irrévocable, du jeu

    _ pour un individu,

    dans l’ordre des espèces à reproduction sexuée, du moins… _

    fermer ces mêmes yeux _ à la lumière ; et aux couleurs (du jour) _

    qui vous ont

    _ c’est à nous individuellement, un par un, que Philippe Jaccottet s’adresse ici ! _

    été donnés

    _ par la vie, la nature, l’espèce, le jeu de la reproduction sexuée, etc… : pour en jouir… ;

    …

    et que _ ce n’est pas peu, ni rien, non plus ! _

    les plus éblouissants _ d’éclat de lumière ! _ d’entre les astres, qui leur ressemblent tant,

    vont inévitablement

    _ eux-mêmes ; à une échelle de bien plus considérable ampleur _

    s’éteindre _ non métaphoriquement _ à leur tour ?«  _ page 22.
    …

    Réponse à l’objection, maintenant, page 25 :

    « Pour autant : voir le monde _ au présent (de l’activité) _,

    avoir vu _ au passé rétrospectif de quelque mémoire terminale _

    la lumière du jour, tout d’abord _ au niveau basique d’un organisme vivant _ ;

    …

    et dans quelques cas pareils au sien (…)

    avoir pu,

    sans prétention à rien, j’y insiste _ gratuité ô combien (et seule !) féconde ! _,

    avec ce naturel absolu

    et cette absolue franchise

    _ indispensables au vrai artiste ! cela finit par s’oublier, ces derniers temps-ci… _

    qui la caractérisent aussi dans la vie,

    …

    c’est-à-dire sans ombre de tricherie, de trucage, d’épate »

    _ cela se sent parfaitement, en effet ! _,

    …

    et voici maintenant l’effet objectif atteint :

    « accroître de si peu de degrés que ce soit

    _ infinitésimalement, même ! _

    cette lumière,

    qui est inoubliable » _ depuis… _,

    …

    « c’est (…) déjà beaucoup » _ page 25.
    …

    Immédiatement, Philippe Jaccottet « tempère » cet acquis :

    « Le souci de la vérité,

    si improbable _ déjà _ semble-t-elle,

    exige tout de même de garder la juste mesure.

    …

    La « bande à nous de bonne terre : entre fleuve et pierraille »,

    le « peu d’humain » _ pour prendre pied _,

    c’est ici _ à Grignan _ un tout petit territoire :

    une sorte de jardin clos »…

    …

    « Mais dans un jardin clos (…),

    il arrive que la clôture s’ouvre tout de même sur de grands espaces

    au moins pressentis,

    sur des hauteurs et des profondeurs _ aussi _

    d’autant plus « vraies » _ le terme est capital !.. _ qu’on n’avait pas voulu y parvenir »

    _ l’innocence est une condition essentielle de la réussite, ici, comme en l’épreuve initiatique de Pamina et Tamino en « La Flûte enchantée » de Wolfgang Amadeus Mozart et  Emanuel Johann Schikaneder.
    …

    « Alors, l’infime

    _ de pareille œuvre ; et même ses agréments ; sa presque « joliesse », comme s’expriment certains… _

     devient beaucoup moins infime,

    l’insignifiant beaucoup moins insignifiant qu’on ne l’aurait cru _ au départ, ou au premier abord

    (comme face à une scène de genre, ou à une nature morte, de Jean-Baptiste Siméon Chardin, par exemple :

    …

    pour conclure son (trop bref !) « entretien«  avec Alain Paire, Anne-Marie Jaccottet confie qu’« un des tableaux » qu’elle « aime le plus au monde«  est, « à Winterthour« , « chez les Reinhart, cette petite « nature morte aux prunes » de Chardin« …).

    …

    « Les fragiles outils de l’art,

    le crayon, la plume, le pinceau

    peuvent _ oui ! _ donc cela,

    tout de même,

    en ce certaines mains » _ patientes,

    et ouvertes à l’altérité

    à connaître et célébrer…

    …

    Dans un rapport _ « chanté«  (page 28) _ au proche,

    « que ce tout proche, l’art du peintre (…) a secrètement, inconsciemment _ aussi _ fait voyager très loin _ du discours _

    et revenir vers nous enrichi _ par l’expérience acquise ainsi, inconsciemment en partie, de sa main _ de ce lointain« -ci…

    …
    La contribution d’Alain Madeleine-Perdrillat,

    ensuite,

    analyse avec une extrême délicatesse le style _ ou le geste _ d’aquarelliste et de dessinateur d’Anne-Marie Jaccottet :

    « un travail d’éclaircie« ,

    intitule-t-il cette « contribution »…

    …

    « Il n’y a pas d’affût dans cette oeuvre, on le sent bien.

    Ce qui indique _ en amont du trait _ un certain rapport au monde, à la fois confiant et réservé »

    _ parfaitement…

    …

    Aussi « le lien avec la nature et les objets

    est(-il) sereinement, et d’autant plus fortement, maintenu et affirmé. »

    …

    Dans la « voie«  _ en quelque sorte « buissonnière«  que s’ouvre sereinement Anne-Marie Jaccottet _,

    « la représentation

    _ encore qu’avec certains enchevêtrements de branches et de feuillages

    on soit parfois aux limites de la représentation _ ;

    …

    la représentation

    est davantage un mouvement vers la nature

    _ à la chinoise : cf les travaux sur la peinture chinoise de François Cheng ; et ceux de François Jullien… _

    qu’une position tenue face à elle. »

    …
    « Et il n’est pas indifférent qu’Anne-Marie Jaccottet use avec prédilection de l’aquarelle et du pastel

    pour répondre _ oui ! _ au monde qui l’environne et lui fait signe » _ en effet !

    …

    Avec l’impression qu’ils donnent de « fragilité« ,

    « ces deux médiums »

    « suggèrent dans l’œuvre une dimension éphémère :

    …

    l’image s’y constitue, mais avec un léger retard,

    et moins de superbe« _ qu’avec « l’huile ou l’acrylique« .

    …

    Par « le fait » que « ses œuvres » « toujours tremblent un peu« ,

    « s’y joue » quelque chose de « secret« ,

    avance l’auteur :

    …

    « se devine une relation étrangement directe et confiante

    (parfois inquiète aussi)

    avec le monde proche,

    qui fait que l’artiste, presque paradoxalement, ne semble pas chercher à en « faire de l’art »,

    ou à interposer entre elle et lui _ ce monde proche _ une vision,

    …

    mais tente de saisir ses beautés à l’improviste,

    en simplement l’allégeant un peu _ ce monde à portée des sens _,

    comme on éclaircit une futaie où la lumière peine à pénétrer. »

    …

    Quant à la _ troisième _ contribution _ à ce si beau livre _,

    de la part de Florian Rodari,

    elle s’annonce par l’intelligence sensible si pleine d’éclat, déjà, de son titre :

    « Fruits de l’émerveillement«  :

    …

    c’est on ne peut mieux « ressenti » !

    …

    Car l’œuvre entier _ et l’œuvrer ! _ d’Anne-Marie Jaccottet sont

    _ et exclusivement :

    la personne, et l’artiste,

    toutes de discrétion et modestie (proches sans doute de l’humilité même), certes,

    étant entièrement dans l’ordre de la plénitude tendue (pardon de l’oxymore !), et éclatée, aussi, ainsi,

    de la jubilation :

    …

    chant d’action de grâces (ou reconnaissance du remerciement) à la grâce même du vivre,

    à la lumière, et dans l’éclat, du jour

    _ entre le noir total de deux nuits :

    celle en amont du naître,

    et celle en aval du disparaître ;

    …

    mais, auparavant, dans l’entre-deux de ces deux noirs complets, non sans fruits :

    …

    ces œuvres-ci

    (qu’offrent, aussi, à nos regards,

    et l’exposition aixoise, à la galerie d’Alain Paire _ et sur son site _ ;

    et le beau livre “Arbres, chemins, fleurs & fruits _ aquarelles et dessins d’Anne-Marie Jaccottet“, à La Dogana, qui, lui, va demeurer, à 1040 exemplaires) ;

    …

    et deux enfants

    (« un garçon, Antoine, en 1954, et six ans plus tard, une fille, Marie » _ page 96 ;

    une photo d’eux deux, avec leur mère peignant, dehors, au soleil _  les intégrant, aussi, au livre, page 110…)… _ ;

    …

    car l’œuvre entier, et l’œuvrer qui les « donne », d’Anne-Marie Jaccottet

    sont pleinement dans l’ordre de la célébration

    _ quand (et tant que) il est temps ;

    pas trop tôt, ni trop tard,

    « à la saison »

    _ même si l’artiste en elle aurait tendance à préférer

    celle des fruits : l’été _ ;

    …

    « à la saison » du vivre, en tant que le maillon vital de la fructification, même :

    soit, un processus d’un même mouvement, et ouvert, et enté sur de la terre, de la chair, de la pulpe…

    …

    « Émerveillement« ,

    met discrètement l’accent en son titre, Florian Rodari :

    …
    reprenant ce que Philippe Jaccottet, tout de discrétion _ vaudoise ? peut-être… _, était parvenu à énoncer,

    page 25 de sa « contribution » (« avec les frêles outils de l’art« ) ;

    …

    je relis (et cette fois dans le seul élan de sa phrase, sans, pour une fois, le moindre « allongeail » de « commentaire » :

    …

    « Pour autant : voir le monde, avoir vu la lumière du jour, tout d’abord ; et dans quelques cas pareils au sien _ je parle encore et toujours de la dame des « Tendres Plaintes » et des « Soupirs«  à la Couperin _ avoir pu, sans prétention à rien, j’y insiste, avec ce naturel absolu et cette absolue franchise qui la caractérisent aussi dans la vie, c’est-à-dire sans ombre de tricherie, de trucage, d’épate, accroître de si peu de degrés que ce soit cette lumière, qui est inoubliable, c’est pour moi qui en aurai été le témoin plus ou moins patient, plus ou moins muet, plus ou moins attentif, hors de toute raison, déjà beaucoup » :

    …

    ce que je veux en retenir,

    c’est, au-delà de l’appréciation (modeste du « témoin plus ou moins attentif » qu’est le compagnon poète) : « c’est déjà beaucoup »,

    ce superbe improbable, et d’autant plus précieux,

    « accroître de si peu de degrés que ce soit cette lumière, qui est inoubliable«  ;

    …

    car tout est, en effet, là…

    …

    Qu’en retient, à son tour, ici, Florian Rodari ?

    …

    En un premier recul,

    il « situe » d’abord _ page 59 _ la posture fondamentale (d’artiste _ et de peintre…) d’Anne-Marie Jaccottet

    dans la « fidélité« , non sans « courage« , face à mainte intimidation « autoritaire«  de beaucoup, « apparenté à du mépris« ,

    …

    dans la « fidélité » à la « figuration«  ;

    et à « servir«  _ le mot importe ! _ « à traduire au plus près la réalité que le monde déploie ouvertement _ mais oui ! _ à la vue«  _ d’abord,

    …

    comme l’analyse de Florian Rodari va magnifiquement,

    de près, comme de loin,

    le détailler !

    …
    A très simplement _ pages 59 & 60 _
    « user de quelques pigments,

    les mêler à un peu d’eau

    et déposer ce subtil mélange avec un pinceau sur du papier

    en espérant trouver un juste équivalent

    _ tel est le défi tout simple !.. _

    à ce que l’on a sous les yeux«  ;

    …

    et rien de plus _ mais rien moins, non plus ! _ ;

    …

    mais combien le défi (de cet Art) est difficile ! en ses terribles _ démesurées ! au départ ! _ exigences de « justesse » de pareille « équivalence«  (avec le vu, l’aperçu, le pas même saisi !..) _ entre les deux vertigineux bords (« vers« …) permanents : celui de « la grandeur » (visée) _ ou (celui de) la ruine«  (redoutée ; et vite arrivée !) ;

    puisque telle sera l’alternative finale de cette contribution de Florian Rodari, page 76…

    …

    Il y eut bien « Cézanne » à avoir « cherché, dans ses aquarelles _ déjà _ à traduire _ le terme est pourtant bien modeste ! _ avec honnêteté et opiniâtreté _ et quelles ! au point de passer pour rien moins que « fou » auprès de la plupart des Aixois d’alors ! _ les effets de la lumière sur _ presque _ tous les phénomènes qu’il pouvait observer _ à portée plus ou moins proche, des hauteurs des Lauves aux creux de Bibémus _ dans la nature« .

    …

    Florian Rodari précisant même, page 60, toujours à propos des aquarelles de Cézanne :

    …

    « Et les plus tardives d’entre elles, si limpides, si détachées,

    plutôt qu’elles n’annoncent la peinture abstraite,

    s’efforcent de traduire _ toujours cette même « transposition » (par la couleur) espérée _ avec une évidence magnifique _ car tel est l’objectif et désiré ! et atteint, réalisé !!! _

    l‘éparpillement des formes _ quasi leur dévoration _ par l’action toute puissante du jour« 

    _ via les manifestations de l’appareil optique rétinien (de l’artiste ; puis du spectateur-contempleur _ éventuel _ de l’aquarelle, qui demeurera…)…

    …

    « Le XXème siècle, qui aima très tôt analyser, de même que (…) casser les mythes,

    n’a guère admis _ par trop d’orgueil ? _ que la lumière éclairât le monde, comme cela, sans explications« 

    _ en effet !

    …

    « Il (…) négligea bientôt _ après Cézanne (enlevé au peindre le 22 octobre 1906), et puis après Monet (le 5 décembre 1926) _ son aspect direct _ et franc ! _ sur les choses.« 

    …

    « Cependant, aux yeux de quelques peintres isolés,

    la question de la lumière transitive,

    allant directement _ et franchement, donc… _ aux choses

    pour simplement les dessiner, les colorer,

    restait aigüe.

    …

    Résoudre cette énigme _ naturelle, en quelque sorte _ leur paraissait le seul défi concevable« 

    _ pour le défi de peindre (le réel) qu’ils osaient faire leur, relever, une vie durant…

    …

    Et « dans les aquarelles d’Anne-Marie Jaccottet, dans ses dessins,

    on voit bien que c’est sans détour _ en pleine franchise ! oui !!! _

    que la lumière surgit

    _ d’avoir été affrontée

    et « rendue »,

    dans la plénitude de ses effets sur les choses ; et notre regard sur le tout…

    …

    A tout instant, on perçoit sur la feuille de papier

    _ l’œuvre même qui nous est proposée,

    et « où » tout se passe, est « restitué », « rendu » (= célébré !) ; et au centuple ; du simple fait de la « pure et simple » vérité même de cette œuvre ! par la grâce du « travail » de l’artiste... _ ;

    …

    on perçoit _ donc _

    sur la feuille de papier

    sa vibration,

    le scintillement de son éclat.« 

    …

    Voilà ce de quoi, le miracle atteint,

    l’analyste doit s’essayer à percer quelques éléments du secret…

    …
    « On dirait même parfois

    que l’artiste boit la lumière, littéralement« 

    _ s’exclame magnifiquement Florian Rodari, page 61…

    …

    « Peu de peintres rappellent avec cette justesse _ oui ! _

    que les fruits, les fleurs

    sont faits _ c’est cela même ! _

    d’un mélange d’air et de liquide ;

    les arbres,

    de vent et de feu ;

    et que toutes ces choses si fragiles, si éphémères

    _ vivantes (= qui naissent, s’épanouissent, et vont passer) _,

    prennent corps

    _ visiblement, élémentairement, pour les organismes capables de vision ;

    après, existent, encore, des gammes (« supérieures ») fort variées d’ »apprentissages »

    _ dont certains sont proprement æsthétiques ;

    et artistiques _ ;

    …

    prennent corps sous les rayons » _ d’Apollon…

    …

    En une sublime parenthèse,

    Florian Rodari énonce alors cette vérité-ci :

    …

    « (De même, la couleur n’est jamais inventée, chez cette artiste

    _ la probité même faite chair (et art) _

    qui s’efforce toujours

    _ sans la moindre exception (d’esquive, détour, trucage) _

    de suivre

    _ tout simplement ;

    mais le chemin pictural, lui, n’a rien d’immédiat ; même s’il devient, années et expérience aidant, plus « rapide » (ou « capote » ! cela aussi arrive… ; rien n’étant jamais mécanique !

    l’innocence se gagne !.. _ ;

    …

    de suivre

    _ oui ! le plus droitement possible... _

    le modèle proposé

    _ là sous les yeux _

    par la nature.« 
    …

    Avec cette précision de détail (d’analyse attentive) _ tout bonnement sublimissime _ -ci :

    …
    « Ses verts sont

    des vert amande,

    des vert olive,

    des vert feuille de chêne,

    des vert pré.

    …

    Ses rouges sont des rouge tomate,

    cerise,

    pomme

    ou grenade.
    …
    Ses bleus

    prune

    ou figue,

    passent

    _ mais oui ; comme passent les jours, les saisons et les ans de l’artiste ;

    ainsi que ceux du spectateur _ ;

    …

    passent avec le fruit qui s’entrouve et mûrit.)« …

    …
    En notant au passage

    que la vertu du fruit,

    est généreuse :

    …

    il s’agit, par les graines _ telles celles, pulpeuses, luisantes, lumineuses, luminescentes, de la grenade _, de « passer la main » (de la vie) à de nouveaux individus vivants temporaires (et nouveaux « passeurs » de vie),

    qui s’entrouvriront, « en fruits », à leur tour, en « passant » eux-mêmes,

    pour que la ronde de la vie se poursuive, se continue, peut-être se perpétue…

    …

    Mais, pour l’artiste, « cette facilité apparente

    _ conquise par la patience et la persévérance de tous ses efforts d’« attention » (du regard et du geste) _,

    ce bonheur éprouvé _ lors de ses (petites et grandes) « réussites » _

    ne signifient pourtant pas que le chemin pour y parvenir

    ait été aisé.« 

    …

    Ce à quoi répond au final, en forme d’apothéose modeste _ face au savoir, aussi, de la disparition (de soi) _ en son « Ethique « , Baruch Spinoza :

    …

    « Tout ce qui est beau

    est difficile

    autant que rare. »

    …

    L’éternité, cependant, s’éprouve

    _ Proust le dit aussi (au final de « La Recherche« ) ;

    et Montaigne (en son essai, lui aussi, final, « De l’expérience« , « Essais« , III, 13 _

    « dans le temps«  :

    …

    toute la sagesse étant d’ »apprendre à vivre »

    _ et, déjà, et aussi, « à regarder »…

    …

    « Il _ y _ faut parfois _ mais cette « science »-ci chez nul n’est infuse ! _ toute une vie«  (page 61).

    …

    « Le peintre _ à suivre la leçon du travail d’aquarelliste d’Anne-Marie Jaccottet, pour Florian Rodari, ici _ est autant celui qui voit que celui qui touche. Quand il prend les choses en mains,

    c’est son œil

    qui soupèse,

    son regard

    qui caresse les surfaces,

    qui évalue

    densité, transparence, couleur.

    …

    Qualités qui,

    avant d’être réduites

    _ par l’alchimie conquise du peintre, pinceau à la main, « à l’œuvre » ; et pas autrement ! _

    à un peu de poudre

    et à quelques traits,

    avant de devenir _ nous le verrons _ une image sur le papier _ en effet !

    et rien de plus, d’un certain côté ! _

    …,

    sont des évidences physiques

    _ de la « vista »

    (se conquérant peu à peu ; et de bric et de broc ; en toute une vie… ; et pas moins, non plus !)

    de l’artiste _

    …

    dont la vue

    _ d’abord, elle, dans le cas du plasticien, au moins _

    se nourrit« 

    _ et pas que métaphoriquement ! ; de ses propres rapports aux choses…

    …
    La précision de l’analyse de Florian Rodari,

    en regard des aquarelles mêmes d’Anne-Marie Jaccottet,

    se fait hallucinante ;

    …

    qu’on en juge :

    …

    « Le grain de la pastèque crissant sous la dent _ on lit bien ! et on entend ! _,

    le poids des pétales alourdis par la floraison _ parfumée ; et l’on sent ! _,

    la plus ou moins grande fermeté des kakis

    parvenus à maturité _ on les voit, on les touche, comme on va les goûter ! _,

    sont,

    par la grâce de ce double don

    _ de percevoir, dans toute la gamme de nos sens ! ;

    et de figurer, par la main du dessinateur et du peintre ! _

    …

    perceptibles

    _ dorénavant, par le regardeur (« vrai » spectateur, qui prend un peu de temps à « contempler » l’œuvre peinte là, ici et maintenant, proposée (ou donnée, offerte) à sa vue, sur le papier _

    sur la feuille

    _ la voici ! _ ;

    …

    d’une manière ou d’une autre ils

    _ « le grain« , « le poids », « la fermeté »

    (« de la pastèque » ; « des pétales » ; « des kakis« ) _ ;

    …

    ils sont là,

    présents _ à nous ; et pour nous _, on ne s’y trompe pas _ que non !!!

    On rend grâce, et au centuple, à l’artiste, d’un tel « bonheur » de la perception

    (« æsthétique » étant le terme adéquat…).

    …

    L’analyse se développe à ce niveau de densité de justesse

    (et de joie,

    pour le lecteur _ et spectateur des œuvres, en regard !) :

    …

    « Tout peintre (…) savoure le monde ;

    il le fait transiter par son corps, (…) par la « mastication » de son œil »

    _ « ose dire« , avec un parfait bonheur, à son tour, d’expression, Florian Rodari !

    qui précise, magnifiquement encore :

    …

    « Car s’il souhaite restituer _ mais oui ! _ tel vert sur la toile,

    il aura dû, auparavant _ certes ! c’est son « chemin » (d’œuvrer) _,

    observer patiemment

    _ tel Proust, une heure peut-être, devant (et quasiment « dedans ») la haie d’aubépines « Du côté de chez Swann » _ ;

    …

    observer patiemment

    _ c’est le seuil du secret (et de la voie) _

    comment la lumière le

    _ ce vert-ci _

    traverse ;

    ou s’y arrête _ c’est selon… _;

    de quelle manière, il

    _ ce vert, donc… _

    résiste au bleu qui l’entoure ;

    et comment il contraste

    _ c’est toujours, toujours, singulier ! _

    avec lui ;

    ce qui le distingue du vert plus tendre

    ou plus dense

    auquel il se mêle.

    …

    Pas de mystère en l’occurrence :

    seule une observation assidue

    _ voilà bien la première vertu de l’artiste _

    de ce qui apparaît

    _ il n’y a, ici, rien d’autre ! _

    permet de progresser« _ page 63…

    …

    Et ce qui suit, multiplie les notations d’une admirable justesse !

    …

    Constatant que « il n’y a jamais d’ombre dans ces images » d’Anne-Marie Jaccottet,

    Florian Rodari en déduit que :

    …

    « Le passage de la lumière y semble trop rapide pour en créer« 

    _ tant tout cela se produit dans la vitesse foudroyante d’une jubilation :

    …
    « L’ombre aussitôt, ici, se convertit en couleur.

    Rien de noir.

    Des rires, plutôt

    _ quand je vous dis que tout cela est plus que superbe !!! _,

    des éclats _ mais oui ! _ de la couleur _ au singulier _,

    comme, dans la voix, se fait entendre la cascade du rire

    _ nous l’entendons ; et la partageons !!!

    …
    La peinture d’Anne-Marie Jaccotet est une peinture qui excède,

    qui déborde«  _ avec une infinie générosité ;

    et à mille lieues du moindre petit début de pesanteur...

    …

    Car son « tempérament » « plonge

    _ avec prédilection, l’artiste _

    dans les eaux _ fraîches et heureuses _ de l’été _ de Grignan (en Drome provençale).

    …

    « Ce que l’artiste choisit de voir

    se confond _ en effet _ avec la joie _ on l’a compris (= ressenti) _ :

    …

    fleurs qui (…) égaient la vie ;

    fruits qui (…) fondent dans la bouche ;

    arbres qui (…) jouent _ tels des dieux toujours enfants _ dans la lumière.« 
    …

    « Le kaki,

    son emblème _ tiens donc ! _,

    est tout en rondeur et densité,

    peau tendue,

    lanterne de jour chargée d’huile sonore

    _ la prose de Florian Rodari est somptueuse, elle aussi, de beauté !

    …

    Et riche d’une plénitude

    _ voilà le mot ; une plénitude qui n’en finit pas de vibrer, de prodiguer, de se répandre (et partager ; comme le plus et mieux « vivant » du « vivant » !) _

    qui n’est même pas suffisante, dirait-on« 

    _ ce qui serait fatuité, en effet ; et fermeture (niaise) sur soi.

    …
    « Il faut que cette dernière à son tour déborde,

    éclate

    _ comme la grenade-fruit

    (et TOUT fruit, d’ailleurs…) _,

    se répande au dehors

    _ de soi : c’est la fonction même de tout vivant ;

    ainsi que du « vivre » bien compris lui-même !!! _,

    comme la pulpe d’une grenade _ nous y voici donc ! _,

    en surcroît de lumière« , page 65.
    …

    Suivent de très belles pages, encore, sur ce que la discipline

    _ mais ouverte, jamais (re-)fermée sur soi _

    du dessin

    apporte au travail propre

    _ saturé ; mais toujours dans le plus extrême souci de la justesse ! _

    de la couleur…

    …

    Par exemple, page 69, cette notation-ci :

    « Si on y regarde de près,

    on constate que les formes sont jetées dans l’espace sans repère fixe.

    Il n’y a pas de sol _ sur ces feuilles (de papier) _,

    pas vraiment de ciel,

    pas de point de point de fuite.

    …

    Les motifs _ arbres, coquilles, fleurs, nature morte _

    _ still alive, à l’anglaise, faut-il dire ici bien plutôt ! _

    paraissent avoir été soulevés de terre

    _ mais oui ! par la puissance  de la joie ! _

    par le tourbillon lumineux qui les emporte,

    les allège

    _ cf les analyses infiniment justes, elles aussi, d’Alain Madeleine-Perdrillat, en sa contribution (« un travail d’éclaircie » !) _,

    les rend à l’air libre »

    _ une composante essentielle du regard sur la vie ;

    et le « vivre » même,

    d’Anne-Marie Jaccottet…

    …

    « Néanmoins

    _ et c’est à cette remarque là,

    quant à la fonction du dessin dans cette œuvre bien personnelle-ci,

    que je veux en venir,

    dans l’analyse étonnante de précision (et délicatesse) si profondément juste qu’en fournit ici Florian Rodari _

    …

    l’artiste se doit de retenir _ vaudoisement ? _ cet élan _ de (ou dans) l’intensité de la couleur _

    pour que chaque chose dessinée conserve un poids

    _ et ne s’envole pas, dans l’empyrée de l’azur (du ciel)… _

    sur le papier _ même ; déjà, encore, et toujours ;

    …

    et ne disparaisse pas complètement au regard

    _ comme l’image photographique dans le processus (sans cesse plus avant) d’agrandissement

    (en anglais « blow-up« ),

    sous le regard du héros du film (londonien) de même titre de Michelangelo Antonioni, en 1966… _ ;

    …

    et ne disparaisse pas complètement au regard« …

    _ certes !

    …

    Pour éviter l’abîme de pareille « dissolution »,

    « le crayon travaille à cela

    par petits bonds rapprochés,

    par des ruptures vives,

    des appuis variés

    qui permettent de reconstituer

    _ c’est là le sol commun partagé ;

    cf l’œuvre de Jacques Rancière : « Le Partage du sensible » _ :

    …

    la vérité visuelle

    _ c’est capital _

    au terme d’une série de peits gestes comme scandés

    _ ou dansés.

    …
    Avec ce résultat que

    « l’œil goûte alors pleinement l’illusion _ de la perception première _ reconquise

    au gré de ces déplacements«  de la main de l’artiste ; il ne s’agit jamais de fuir…

    …

    C’est superbement analysé, page 69.

    …

    De même,

    encore,

    de magnifiques notations sur « une sorte de porosité

    qui permet de circuler _ dans les paysages, comme das les natures mortes, d’Anne-Marie Jaccottet _ sans entrave,

    d’aller sans cesse du dehors à l’intérieur,

    par des passages qui n’arrêtent pas

    _ peau, treillis, portières, lisières, corbeilles, contenant sans enfermer. »

    …

    En « laissant en blanc certaines parties sur lesquelles reviennent des traits de crayon »,

    « l’intention _ analyse page 70 Florian Rodari _ est de permettre au regard _ du spectateur _

    de passer vite

    d’un plan à l’autre,

    de suivre _ vivement _ le mouvement _ vibrillonnant _ de la lumière

    qui court à l’arête,

    bondit d’objet à objet

    _ comme notre regard quand il est au plus vif de son activité perceptive _,

    franchit la distance sans s’arrêter à la nature de l’obstacle.« 

    …

    Ce qui vaut ce commentaire de Florian Rodari :

    « Beau souci du peintre :

    ne pas s’attarder,

    garder _ seulement ; et c’est considérable ! _ le sentiment de la minute heureuse.« 

    …

    C’est gagné !

    Pour ma part, je m’y sens assez proche des univers charnels colorés

    et de Matisse, et de Bonnard…

    …
    Une dernière notation, encore, page 73,

    et à propos, cette fois,

    des « assemblages » de circonstance,

    des objets « réunis » dans les « natures mortes » _ et qui le sont si peu : avec quels teints resplendissent-elles à la lumière !.. _ d’Anne-Marie Jaccottet :

    …

    « les rencontres résultent d’un regard flottant,

    qui profite d’affinités _ seulement _ possibles

    _ en un « jeu » toujours _ fondamentalement ! _ ouvert,

    et jamais « figé »… ;

    …

    heureuses,

    mais jamais préconçues. »

    …

    « On ne songe pas un instant que leur réunion ait coûté beaucoup d’effort :

    cela est venu d’un coup, comme une évidence

    _ légère, infiniment…

    …

    A partir de là reste au peintre

    à justifier leur présence commune ;

    le lien entre eux étant ténu,

    de circonstance

    _ comme presque tout ! _,

    le langage qui évoque cela est marqué de la même fragilité.

    …

    D’abord, l’appui est comme rétif :

    point de masse,

    pas de couléees ou de surcharges ;

    à peine un contact

    qui ne doit pas masquer le grain,

    et le pinceau se retire.
    …
    On sent bien qu’il faut travailler vite et juste

    _ absolument : « jamais plus de deux heures »,

    dit elle-même Anne-Marie Jaccottet à Alain Paire, page 90 _,

    …

    faute de quoi la vision risquerait de s’embuer ;

    …

    l’éclat

    _ objet capital ! _

    de s’alourdir.

    …

    C’est pourquoi elle avance par petites touches

    chargées d’un peu de pigment

    et de beaucoup d’eau,

    transvasant cette lumière liquide

    en taches rapides sur le blanc.
    …
    On devine les risques de ratage,

    le découragement possible.
    …
    On mesure l’attention portée à ces gestes, condensés,

    à ces traits brefs, tendus,

    d’infinie légèreté,

    pour que toute la feuille demeure parcourue d’un bout à l’autre

    du même frisson.« 

    …

    A la fois un « parcours«  (de la feuille, tranquille, immobile, elle)

    et un « frisson«  de vie la plus intense (convoquée ; et rencontrée).

    …

    D’où le splendide « air de réalité » qui vient sous la plume du philosophe Alain, en un texte spécialement adressé  à l’artiste par Friedhelm Kemp (« le premier traducteur de Philippe en allemand« , ainsi que le narre Anne-Marie elle-même, à la page 89, en son « entretien » avec Alain Paire, pages 89-90 , et qui , de fait, semblait « écrit pour elle » ! :

    …

    « Quelqu’un disait : « J’ai remarqué, comme je m’exerçais à reproduire par le dessin, soit des rochers, soit un profil de montagne, soit un arbre, qu’on ne peut changer la moindre chose en ces formes de hasard, sans perdre aussi cet air de réalité, qui est ce que l’on cherche« . Cette remarque conduit fort loin _ s’amuse à constater le pourtant rationaliste philosophe…  (…) Deux vagues se ressemblent ; mais cela c’est une idée ; c’est le sceau de l’esprit. Deux vagues réelles _ non plus que deux feuilles de marronnier, selon le leibnizien principe des indiscernables _ ne se ressemblent jamais. L’esprit remarque encore cela, et cherche la différence ; c’est encore le sceau de l’esprit _ analyse Alain _ ; cette pensée se voit aussi bien que l’autre ; il ne faut point penser, il faut copier ; il faut suivre cette ligne de la crête, cette inégalité de la pierre, cette torsion de la branche ; nul ne peut ici inventer. L’esprit _ de celui qui « représente » _ trouve ici sa négation et son contraire _ et l’artiste (qui « figure ») doit faire preuve de la plus grande humilité. Les actions de pluie, de neige, de vent _ de la nature, avec le jeu comportant de l’aléatoire, de ses forces (ou un clinamen) _ qui ont dessiné cette crête, ne sont point formulables _ ni calculables ( à l’identique) _ ; c’est l’événement tout nu _ qui impose (joyeuse, pour Anne-Marie) humilité à l’esprit (et elle s’en amuse). Pourquoi ainsi et non autrement ? il n’y a point de réponse _ c’est-à-dire pas de raison suffisante, pour la finitude d’un esprit humain… Rien n’est cherché ni pensé…« , disait Alain…

    Et Anne-Marie de commenter : « N’est-ce pas merveilleux ?« …

    …

    Quant à cet « entretien«  _ des pages 85 à 102 _ d’Alain Paire avec Anne-Marie Jaccottet, en mars 2008, à Grignan,

    il ne présente à mes yeux qu’un seul défaut :

    la frustration qu’engendre sa trop grande brièveté :

    …

    écouter détailler par le menu

    la pratique de l’artiste,

    et en son atelier même,

    est tellement fructueux

    et passionnant : c’est un trésor…

    …

    Au final,

    et dans toute sa (profonde) modestie,

    mais dans la grandeur (de haute altitude) de sa probité _ de personne et d’artiste _,

    …

    Anne-Marie Jaccottet,

    en son tranquille mais (très) exigeant _ pour lui-même _ travail d’artiste,

    en son jardin clos de Grignan

    _ mais pas si clos que cela :

    bien se souvenir, à cet égard, de la parole (d’expert ; et indépendamment de sa « proximité » personnelle) de Philippe Jaccottet, page 26 de cet « immense » (petit) grand livre :

    …

    « Mais dans un jardin clos

    où une jardinière

    à la main de plus en plus sûre

    prépare inlassablement ses semis de formes et couleurs,

    …

    dans un très étroit espace

    sans grande apparence

    (sur lequel d’ailleurs aucun guide ni aucun panneau n’attire l’attention

    _ encore que ce livre après tout…),

    …

    il arrive que la clôture s’ouvre tout de même sur

    de grands espaces

    au moins pressentis,

    …

    sur

    des hauteurs et des profondeurs d’autant plus « vraies »

    qu’on n’avait pas voulu

    y parvenir.
    …
    Comme quand on s’avise, étonné,

    que le chant du merle _ qui l’habite, ce jardin, pour la première fois _

    est fait d’une matière

    aussi aigüe et pure

    que la clarté de la lune

    à laquelle on croirait qu’il l’adresse, un soir encore froid d’avril.
    …
    Alors, l’infime
    _ de ces aquarelles _

    devient beaucoup moins infime,

    l’insignifiant _ non pas... _

    beaucoup moins insignifiant

    qu’on l’aurait cru _ en faisant grossièrement (et gravement) erreur, ainsi…

    Mais il est toujours temps, tant que l’on est vivant soi-même du moins,

    de corriger

    pareilles « erreurs »

    d’appréciation...
    …

    Les fragiles outils de l’art _ de l’artiste plasticienne en l’occurrence _

    le crayon, la plume, le pinceau

    peuvent  donc _ en effet ! _

    cela,

    tout de même

    en de certaines mains« …

    …

    nous a indiqué discrètement, mais fort clairement, tout de même,

    Philippe Jaccottet,

    aux pages 27-28

    de ce grand (petit) livre-album d’aquarelles et dessins,

    sans tapage.

    …

    Pour finir,

    je voudrais seulement établir la liste des noms d’artistes,

    auxquels,

    sans rien revendiquer,

    sinon qu’amour ou amitié (du seul ordre de l’intimité)

    pour ce qu’ils donnent, ou ont donné (en _ et par _ œuvres ; qui demeurent un peu…),

    …

    Anne-Marie Jaccottet fait,

    au passage et à l’occasion,

    référence,

    en son « entretien » amical,

    avec Alain Paire ;

    …

    et dans le simple ordre de leur apparition,

    au simple « hasard », en quelque sorte, de l’« entretien«  :

    …

    Franz Hals, Teniers,

    Morandi _ « Il ne faut pas qu’il y ait trop de préparatifs, ni trop bien disposer les objets à peindre _ le contraire de Morandi, par exemple, pour évoquer un aussi grand nom ! », dit-elle, page 86 _,

    Dubuffet _ le « Prospectus aux amateurs en tout genre » : « dont je lisais des passages à mes parents, quand j’étudiais les Beaux-Arts à Lausanne, rien que pour les étonner ! », dit-elle, page 89 _,

    …

    son père  _ M. Haesler, « à l’origine graveur » et qui « regrettait de n’avoir pu se consacrer au dessin«  _,

    …

    Marcel Poncet _ « un professeur merveilleux«  : il en faut ! _,

    Maurice Denis _ dont Marcel Poncet « avait épousé une des filles ; mais sa peinture était aux antipodes de celle de son beau-père, proche d’un Soutine qui aurait regardé Cézanne, disons » _,

    Soutine,

    Cézanne _ donc _,

    Casimir Reymond _ « artiste de talent«  dont « les cours de sculpture » l’« ennuyaient » : « il était aussi froid et doctoral que Poncet pouvait être explosif » _,

    Bonnard, Vuillard _ « qui compteront beaucoup pour moi« , dit-elle, page 94 _,

    Chardin, Corot _ dont « les natures mortes« , de l’un, « les œuvres« , de l’autre, « me touchaient particulièrement« , dit-elle, page 94 _,

    …

    Palézieux _ « notre grand ami« , « grâce auquel j’ai osé me mettre à l’aquarelle«  :

    « il m’avait vue travailler, il avait compris tout de suite que l’aquarelle conviendrait à mon goût pour la spontanéité et le travail rapide _ ce qui ne veut pas dire bâclé _ et mon désir de préserver la fraîcheur de l’émotion« , page 96 ;

    et : « Palézieux, encore lui, m’a appris l’importance de la qualité des papiers, plus encore celle des couleurs, où il fallait s’en tenir aux meilleurs« , page 96, encore _,

    …

    Turner, et à nouveau Cézanne _ dont les aquarelles sont « admirées » _,

    Charles Chinet _ « peintre vaudois » auquel Palézieux prêtait la « petite maison » qu’il avait achetée, « à son tour« , à Grignan ; « lui et sa femme sont aussi devenus pour nous de grands amis » :

    « quelquefois je suis allée avec lui sur le motif ; et je le revois encore peignant en plein été sous le soleil, sans couvre-chef, alors que je me tenais prudemment à l’ombre ; comme il n’était plus tout jeune, j’avais peur pour lui d’une insolation. Mais il était tellement exalté par la beauté du paysage que lui, si sage et si pondéré de nature, devenait presque aussi fou que Van Gogn autrefois dans les environs d’Arles » _,

    Gérald Goy _ « venu » (après Charles Chinet), lui aussi, à Grignan : « un véritable magicien du pastel » _,

    Italo de Grandi _ « pour qui Grignan a été aussi une riche source d’inspiration » :

    « Tous ces peintres, vaudois de naissance ou, pour Italo, d’adoption,

    avaient en commun le goût des oeuvres intimes, de la discrétion, des couleurs plutôt sourdes ;

    c’étaient de lointains descendants de Corot et de Chardin, justement,

    et de grands admirateurs des silences de Morandi« , pages 100 et 101 _,

    …

    Matisse _ « Oui, j’admire infiniment l’œuvre de Matisse :

    pour son génie du blanc dans le dessin,

    pour l’éclat de ses couleurs;

    mais aussi pour l’intelligence de ce qu’il a éctit sur la peinture,

    que j’ai relu souvent« , page 101 _,

    …

    Jean-Claude Hesselbarth _ « un peintre résolument abstrait » ; « et qui, lui, n’a pas peur des couleurs éclatantes, explosives, quelquefois même dissonantes ! (Ce qui me va très bien aussi).

    C’est comme si un petit ensemble de jazz était venu remplacer le quatuor à cordes plutôt grave et mesuré de nos autres amis !« , page 101, toujours _,

    « L’art abstrait ne vous fait donc pas peur ?« , déclare alors Alain Paire…
    …

    « Pas le moins du monde ! Il me semble que pour les abstraits comme pour les figuratifs, les problèmes _ esthétiques _ sont les mêmes. »

    …

    Et Anne-Marie Jaccottet de citer _ parmi les « admirés«  ici, en la « contrée » des « abstraits » _

    « Entre beaucoup,

    Sonia Delaunay, pour ses couleurs éclatantes,

    le premier Kandinsky,

    Pollock même,

    Rothko tout particulièrement« , page 102…

    …

    Avant de conclure,

    en réponse à la question : « Et les performances, les installations, qu’en pensez-vous ? »

    …

    « Il doit y en avoir qui méritent l’attention, j’imagine…

    …

    Mais offrez-moi plutôt le voyage de Winterthour,

    que j’aille revoir

    chez les Reinhart

    cette petite « nature morte aux prunes » de Chardin

    qui est un des tableaux que j’aime le plus au monde… »

    …

    Un très grand (petit) livre, donc (à la Dogana),

    et une très grande œuvre _ que celle d’aquarelle et de dessin d’Anne-Marie Jaccottet _,

    toute de modestie discrète,

    mais fermement tissée de probité puissante,

    quant à la beauté _ et au sens _ de ce que peut être un Art

    face au monde, aux choses, aux êtres

    rencontrés…

    …

    De quoi méditer aussi

    _ en plus de s’en réjouir ! _

    quand culbutent certaines valeurs

    socio-économico-politico-médiatico civilisationnelles

    dans un monde

    _ nihiliste ; et « pornographisé » :

    faute, aussi _ ou surtout ! _ d’art, et très, très « pressé » ,

    on « instrumentalise » « à tire-larigot »,

    par les temps qui courent..

    …

    (cf mes deux articles des 22 et 23 décembre, à propos de « E-Love _ petit marketing de la rencontre » :

    « Le “bisque ! bisque ! rage !” de Dominique Baqué (”E-Love”) : l’impasse (amoureuse) du rien que sexe, ou l’avènement tranquille du pornographique (sur la “liquidation” du sentiment _ et de la personne)«  ;

    et « Le “n’apprendre qu’à corps (et âme) perdu(s)” _ ou “penser (enfin !) par soi-même” de Dominique Baqué : leçon de méthodologie sur l’expérience “personnelle)” _ :

    …

    dans un monde nihiliste et « pornographisé, donc,

    qui n’a guère

    ni sa tête,

    ni le reste

    de son corps,

    à sa place…

    …

    …
    Titus Curiosus, ce 29 décembre 2008