et l’article de la rubrique « Ecoute en aveugle » consacré au Concerto pour alto de Bela Bartok, de Michel Le Naour, aux pages 74 à 79 du numéro 269 de ce mois de février 2025 du magazine Classica,
plaçant cette interprétation du Concerto pour alto de Bartok par l’altiste Amihai Grosz et l’Orchestre National de Lille placé sous la direction d’Alexandre Bloch du CD Alpha 1013 _ enregistré à Lille au mois de juillet 2022 _, en tête du palmarès des interprétations enregistrées au disque choisies ici pour être comparées _ par Lise Berthaud, Thomas Deschamps et Michel Le Naour _,
m’a vivement incité à me procurer dare-dare le CD Alpha 1013, en le commandant à mon disquaire préféré.
…
…
Et dès la réception de ce CD et ma première écoute, je suis en effet absolument enthousiasmé par cette incarnation de ce bouleversant chef d’œuvre, ultime qui plus est, de Bela Bartok !
Alors que le XXè se remet de la barbarie nazie, et dans une ultime séquence pacificatrice, Bartok, hongrois expatrié aux USA, livre ses dernières partitions, les plus personnelles et les plus déchirantes. Les 2 Concertos joués ici appartiennent au corpus des œuvres créées après sa mort, propre à l’année 1945, où le témoin des atrocités commises en Europe, alors condamné, chante l’humanité et la beauté de sa Hongrie natale…
…
…
Le Concerto pour orchestre est ainsi une œuvre ambitieuse pour grand orchestre, d’autant plus représentative du dernier Bartok qu’il s’agit de sa dernière pièce totalement achevée _ voilà.
D’abord, l’Introduzione en est sur les 5, la plage la plus longue qui déroule un tapis sourd et grave… que les musiciens lillois éclairent de teintes mordorées, aux rares nuances instrumentales. Climats denses voire inquiétants propres à un cycle en réalité kaléidoscopique et qui plonge très profondément dans les cultures métissées du compositeur ; s’y précisent cependant des tensions et une intranquillité très emblématiques de la période qui est celle de l’Exilé aux USA _ en l’année 1945 _ ; ainsi ce nocturne « danubien » préliminaire, auquel répond un vivace aux rythmes « bulgares » ; puis le tranquillo « arabisant », énoncé avec suavité par le hautbois (des plus enjoués).
Le « Giucco delle coppie » / jeu de couples est une fantaisie d’un mordant quasi stravinskien dans la distribution des timbres successifs (bassons, hautbois, clarinettes, flûtes puis trompettes avec sourdine…) tous comme enivrés en badinages « serbo-croates », dont l’orchestre saisit la pulsion chorégraphique : série de pas à deux voire à trois…
…
…
Homogènes, détaillés, l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch éclairent et font vibrer le dernier Bartók crépusculaire…
…
…
L’Elégie (Elegia) creuse encore le mystère sonore tout en raffinant le chant comme décalé, scintillant des timbres choisis (ainsi, claire voire perçante, la flûte semble voler au dessus de la nappe orageuse et homogène des cordes) ; en ré exposant l’amorce grave et sourde de l’introduction primordiale, le mouvement axial, semble rebattre les cartes d’un jeu énigmatique qui réitère pour questionner…
…
Comme une libération, l’Intermezzo (IV) semble déchirer tout à fait le voile d’ambiguïté antérieure grâce à l’évidence du motif hongrois célèbre, véritable déclaration d’amour pour la terre natale tant aimée (et perdue) : précisément, en citant l’air connu, populaire : « Hongrie, tu es belle, tu es magnifique » [szép vagy, gyönyörű vagy Magyarország], extraite de la Mariée de Hambourg (1926) de Zsigsmond Vincze (1874-1935). Bartok se libère enfin dans un acte de volupté sonore alors inédite, dans lequel le collectionneur de mélodies et d’airs traditionnels, recycle, avec à propos, l’élégance (et la suavité) de motifs préexistants.
…
Le Finale fait imploser touts les tensions contenues jusque là dans une ronde ascendante qui concentre plusieurs danses traditionnelles dont Bartok fait l’expression d’une « affirmation de la vie », radicale et définitive. Mais tout n’est jamais clairement développé et comme Chostakovitch, Bartok aime l’ambivalence _ oui _ ; il glisse constamment entre ultra réalisme (avec pointes cyniques et parodiques) et vertiges oniriques affleurant jusqu’au mystère le plus trouble… L’orchestre, son chef font vibrer cette grande lyre énigmatique, à la fois éperdue et expressionniste qui porte l’imaginaire et la sensibilité du dernier Bartók. Emporté par la maladie en 1945, le compositeur ne pourra jamais écouter la partition ; le Concerto aux accents fauves, fantasques, étranges, ne sera créé qu’en 1946.
…
…
Assez proche en terme de caractères enchainés et dans une orchestration toute aussi personnelle, le Concerto pour alto est un chant du cygne laissé inachevé à cause d’un Bartok exténué bien qu’optimiste, finalement vaincu par la leucémie (septembre 1945). Sur les traces de William Primrose, le commanditaire, l’altiste Amihai Grosz aborde ici l’intensité des 3 seuls mouvements (ré assemblés et orchestrés à titre posthume) ; d’abord l’ample portique d’ouverture où dès le début, l’alto – funambule semble sur le fil, en proie à d’inexprimables vertiges ; puis l’Adagio religioso, d’une tristesse pudique et inquiète, surtout les éclairs du dernier Allegro, dont les stridences assumées explicitent le cheminement incertain, versatile de la partie soliste, créant continument ce paysage sonore crépitant, halluciné ; un parcours qui semble ivre, semé d’accents fulgurants à la fois poétiques et désespérés _ tout cela, d’une parfaite justesse. La course finale éblouit par son caractère d’émerveillement et d’acuité intrépide. Dans ce bouillonnement exacerbé, le chef garde la clarté de la structure et le soliste sait alléger constamment sa ligne, produisant une sonorité d’une remarquable plasticité, ce malgré l’intensité et la grande virtuosité du chant requis _ oui, oui.
…
La fabuleuse homogénéité de l’orchestre, la direction détaillée du chef, ce chant à la fois cristallin et somptueusement amoureux voire passionnel du soliste, signent une lecture de première valeur _ absolument ! Avec leurs précédents Mahler et plus récemment encore un Poulenc superlatif, les musiciens lillois, pilotés subtilement par leur chef Alexandre Bloch, signent avec ce Bartók, un nouvel accomplissement décisif _ et c’est aussi très juste…
___________________________________
CRITIQUE CD événement. BÉLA BARTÓK : Concerto pour orchestre, Concerto pour alto(Amihai Grosz, alto) – Orchestre National de Lille– Alexandre Bloch, direction (1 cd Alpha – enregistré en juillet 2022 à l’Auditorium du Nouveau Siècle, Lille) – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2023
Béla BARTÓK (1881-1945)
Concerto pour orchestre, sz.116
1 I. Introduzione 10’24
2 II. Giucco delle coppie 6’24
3 III. Elegia 7’14
4 IV. Intermezzo interrotto 4’27
5 V. Finale 9’43
Concerto pour alto, sz.120
6 I. Moderato 14’04
7 II. Adagio religioso 4’42
8 III. Allegro vivace
…
…
Une très juste commentaire, en date, lui, du 18 octobtre 2023, pour un CD magnifique, des 2 chefs d’œuvre ultimes, d’une beauté déchirante en même temps que sublimée, de l’immense, génial, génialissime, Bela Bartok !
…
…
Ce vendredi 14 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
Qu’est devenu le ténor de la tragédie lyrique au _ moment du _ Romantisme ? De son saisissant_ oh que oui ! _ baryténor (allez, formons le « registre » !), Michael Spyres répond _ plus que superbement ! _ avec le grand air du Joseph de Méhul : l’héroïsme vocal _ voilà : solaire !Beethoven le teindra vite d’ombres, et comment ne pas saisir dans l’élan, l’articulation, la primauté du mot de théâtre sur l’émotion de la note de ce « Gott ! » ce qui, au sein même d’une révolution (et sans lendemain : Fidelio n’aura pas de postérité, ovni !), dit assez de cette Pangée née en France, et y rester.
…
…
Le continent lyrique va virer à l’héroïque _ en effet. À ce titre, regret : chez Wagner, que Michael Spyres n’ait pas poussé jusqu’à Siegmund _ il y viendra bientôt, est-il annoncé à Bayreuth… _, même hors cadre _ choisi pour ce CD _ de ces années de l’apogée du Romantisme qu’illustre si justement le _ superbe lui aussi _ Leicester rossinien (chanté ici avec un art de l’émotion si rare _ oui ! _), ou le Masaniello d’Auber _ lui aussi magnifique ! _ face à l’horreur du massacre.
…
…
Polyglotte parfait, chanteur stylé _ et comment ! _ avant même d’être ce phénomène vocal qui ressuscite un continent perdu _ oui, oui, oui _, Michael Spyres peut adosser son art à celui des Talens Lyriques et de Christophe Rousset : ils arpentent, de Charles Gounod à Louise Bertin, cet autre âge d’or, sachant tout ce qui, d’un autre monde, s’y mire encore.
…
…
LE DISQUE DU JOUR
…
…
In the Shadows
…
Airs d’Étienne Méhul (1763-1817), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Gioacchino Rossini (1792-1868), Giacomo Meyerbeer (1791-1864), Carl Maria von Weber (1786-1826), Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871), Gaspare Spontini (1774-1851), Vincenzo Bellini (1801-1835), Heinrich Marschner (1795-1861) et Richard Wagner (1813-1883)
…
…
Michael Spyres, ténor Jeune Chœur de Paris Les Talens Lyriques Christophe Rousset, direction
Œuvres de : Méhul, Beethoven, Rossini, Meyerbeer, Von Weber, Auber, Spontini, Bellini, Marshner, Wagner.
Michael Spyres, ténor ; Les Talens Lyriques, direction : Christophe Rousset.
2024.84.49.
Livret en allemand, français, anglais Textes en langue originale.
Erato 5054197879821
…
…
« Dans les Ténèbres ». Ce nouvel enregistrement du ténor américain, Michaël Spyres, propose de remonter aux sources de l’inspiration de Richard Wagner _ tel est le sens de ce CD. Compte tenu du tempérament exalté, de l’insatiable curiosité littéraire, musicale, politique du compositeur de Tristan, le défi _ déjà musicologique _ est immense _ oui.
…
…
Sait-on qu’en 1832, à dix-neuf ans, passant par Vienne en pleine épidémie de choléra, il _ Richard Wagner _ parvint à surmonter sa panique, sortir de sa chambre et suivre chaque jour les foules enflammées par le « démon de la valse », Johann Strauss père ? Exemple parmi beaucoup d’autres.
…
…
Il s’agira donc ici beaucoup plus d’une incursion _ mais déjà très significative ! _ parmi les œuvres et compositeurs contemporains de la jeunesse du compositeur de Rienzi que d’une vision exhaustive, ce qui n’enlève rien _ pour sûr ! _ à l’intérêt _ tant performatif de la part du chanteur que musicologique _ de ce parcours.
…
…
C’est l’opéra biblique « Joseph » du Français Méhul, daté de 1807 _ et bien trop méconnu de nous _, qui introduit le récital. Après un détour par des extraits de Rossini, de Meyerbeer en italien et de Weber et Spontini en allemand, la langue française réapparaît avec La Muette de Portici de Daniel Auber _ créée en 1828 _ avant que l’air de Pollione (Norma) de Bellini n’introduise quatre pages en allemand, l’une de Marschner, trois de Richard Wagner se terminant par Mein lieber Schwan ! (Lohengrin).
…
…
Or cette période qui s’étend des années 1807 à 1848 correspond à une fracture majeure _ voilà ! _ dans l’histoire de l’Occident européen en général, dans celle de l’opéra et de l’art du chant en particulier. Devenue une entreprise commerciale, La Grande Boutique c’est à dire l’Opéra _ de Paris _, sous la direction du Docteur Véron, va complaire au goût pour le sensationnel et le romantisme matérialiste tandis que l’école de la vocalité rossinienne, de la sensibilité et de la noblesse d’expression va être éclipsée _ voilà _ par des machines avec profusion de chanteurs, de costumes et de décors. La musicalité, l’art des demi-teintes, le magnétisme d’une Maria Malibran, Cornélie Falcon ou du plus grand ténor des années 1826 – 1836, Adolphe Nourrit, créateur du rôle de Masaniello interprété ici, vont céder la place aux effets sonores dont l’ut de poitrine rapporté d’Italie par Gilbert Duprez _ tout cela est bien sûr capital ici.
…
…
C’est dire combien les compositeurs présentés ici sollicitent des techniques et des esthétiques extrêmement disparates _ voilà ! Michael Spyres se joue magistralement de toutes ces difficultés _ oui ! _ pour deux raisons : ses qualités belcantistes d’abord, qui privilégient l’expressivité _ voilà ! _ avant tout ; l’évolution de sa voix, ensuite _ mais oui _, plus sombre et plus large, tout en ayant conservé souplesse, dynamique, maîtrise des sons mixés comme des demi-teintes _ tout cela est parfaitement vu.
…
…
Parmi les découvertes _ mais oui _ qu’il nous offre, la merveilleuse sérénade funèbre avec harpe de Meyerbeer _ dans « Il crociato in Egitto » _ resplendit saturée de lumière. Contraste saisissant avec le lyrisme agité, la course à l’abîme de Max dans le Freischütz de Weber. L’air de Masaniello (la Muette de Portici), d’Auber souffre de cette proximité et les teintes sombres, parfois lourdes à l’orchestre, ne mettent pas le compositeur en valeur.
…
…
En revanche, les vocalises, le contre-chant orchestral, les ponctuations instrumentales et la sensation d’une texture toujours en mouvement sous la ligne vocale, culminent dans l’air Der Strom wälzt ruhig seine dunklen Wogen (premier enregistrement mondial en allemand) extrait d’Agnès von Hohenstaufen de Gaspare Spontini _ une des slendeurs éclatantes de ce CD. L’orchestre Les Talens Lyriques sous la baguette avisée de Christophe Rousset y déploient une progression dramatique des plus efficaces.
…
…
Pollione martial, l’engagement de l’interprète de Norma forme un contraste à nouveau très réussi avec la ferveur et la douceur de l’extrait de Konrad Marscher dans son rare Hans Heiling.
…
…
Parmi les trois extraits des premières œuvres du maître de Bayreuth, Die Feen et Rienzi, tout d’élans et de passion, conduisent au poétique adieu au cygne de Lohengrin, rôle que le ténor vient d’inscrire brillamment à son répertoire _ à l’Opéra national du Rhin, à Strasbourg, ce mois de mars 2024.
…
…
En dépit d’un point de départ un peu spécieux -le thème des sources de Wagner méritant un traitement _ du moins musicologique _ d’une autre envergure- ce programme longuement médité innove et séduit par son intelligence, sa beauté _ oui _ et son interprétation de très haute volée _ absolument. Contrairement au titre lugubre, beaucoup de lumière _ ici _ dans les ténèbres.
tous les deux à propos du merveilleux CD « Michael Spyres – In the Shadows – Wagner« , le CD Erato 5054197879821, enregistré à Paris en décembre 2022, et sous la direction de Christophe Rousset,
en aval historique dans la carrière de chanteur de Michael Spyres,
en amont de ce passionnant cheminement du chanteur de Michael Spyres,
…
…
voici que je m’extasie à nouveau,
après aussi les CDs « Baritenor« , soit le CD Erato 0190295156664, enregistré à Strasbourg en août et octobre 2020, et sous la direction de Marko Letonja,
et « Michael Spyres – Contratenor« , soit le CD Erato 5054197293467, enregistré à Lonigo en septembre 2020, et sous la direction de Francesco Corti,
sur l’extraordinaire étendue, une fois de plus constatée, du répertoire _ et avec quelles formidables perfections de style ! _ de ce prodigieux interprète à tous égards (incarnation des rôles, et beauté des interprétations, pour commencer) qu’est Michael Spyres
la prise du rôle en ce moment même par Michael Spyres, du rôle de Lohengrin, dans l’opéra éponyme de Richard Wagner, sur la scène de l’Opéra national du Rhin à Strasbourg…
À l’Opéra national du Rhin, à Strasbourg, Michael Spyres incarne un Lohengrin somptueux d’élégance.
…
…
…
Crédit photo : Klara Beck.
…
…
Il y avait deux formidables raisons de courir _ vite _ à Strasbourg pour écouter et voir Lohengrin : la prise du rôle du chevalier au cygne par le ténor américain Michael Spyres qui chante ici, hors le Steuermann et Erik _ du récent, lui aussi, « Vaisseau fantôme« , à Hambourg, en décembre 2023… _ , son premier grand rôle wagnérien à la scène _ voilà ! _, et la direction musicale du chef ouzbek Aziz Shokhakimov, le patron de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, déjà fort remarqué dans Les Oiseaux de Braunfels voici deux ans.
…
…
Côté scène, si Florent Siaud ouvre des perspectives sociétales dans le programme de salle, il est bien en peine de les porter sur le plateau. Sa production en reste classiquement à l’opposition du bien et du mal, dans une société post-romantique en ruines, et sous la coupe du sabre et du goupillon, avec chambre nuptiale-chœur d’église dont le fond s’ouvre sur le monde du Graal, sans le moindre cygne, hors un anneau qui en figure le lien magique.
…
…
Sans proposition marquante
…
…
Un beau décor unique à variables signé Romain Fabre, inspiré de Caspar David Friedrich, mais sans son génie atmosphérique, et des éclairages lunaires de Nicolas Descoteaux, rehaussent une direction d’acteurs plate et trop embarrassée des chœurs (ONR et Angers-Nantes, excellents par ailleurs) mais ne font pas une proposition marquante. Comme la distribution, inégale qui souffre du forfait d’Anaïk Morel, remplacée en Ortrud par Martina Serafin tout juste débarquée pour la générale, et qui doit composer avec le trampoline d’un aigu dévasté. Le beau Hérault d’Edwin Fardini, lauréat Voix des Outremers 2021, est encore un peu vert pour avoir l’impact du rôle, alors que Le Roi Henri de Timo Riihonen, qui prend l’acte I pour trouver ses marques, s’impose par une voix noire et profonde. Josef Wagner, formidable Barak à Lyon il y a peu, n’est pas à son meilleur en Telramund : la voix, les couleurs peinent à marquer avant la fin du II. La salle aidant, Johanni van Oostrum chante parfaitement Elsa, mieux qu’à Bastille même en septembre, mais ne sort pas de la convention du rôle : là où Florent Siaud la voit comme une résistante engagée, elle fait bien pâle héroïne.
…
…
Michael Spyres, exceptionnel
…
…
Mais l’exceptionnel _ nous y voici ! _ en cette première est bien l’incarnation _ voilà, une nouvelle fois si pleinement juste ! _ de Michael Spyres dans son appropriation d’un domaine vocal qu’il avait soigneusement évité jusqu’à présent _ oui. Du baroque à Berlioz, de La Vestaleà l’opérette, son parcours a su jouer d’une technique pointue pour maîtriser souverainement _ voilà ! _ un ambitus allant du baryton au ténor _ voilà ! _ et des styles d’une formidable variété _ et voilà ! Timbre et projection disent ici clairement qu’en Wagner, il ne cherche ni la force ni l’effet, mais bien un art du chant _ voilà !! _ hérité d’une souplesse vocale post bel-cantiste _ oui _ qui fut celle _ mais oui _ des premiers interprètes du compositeur saxon, avant que l’usage ne crée les chanteurs wagnériens _ oui : c’est bien de cette histoire-là qu’il s’agit de manifester les inflexions et les tournants… Le résultat, sans faille, somptueux de racé, d’élégance _ oui ! _, et de séduction _ n’en jetez plus, d’éloge… _, est plus que convaincant _ oui : stupéfiant de splendeur ! Reste à voir comment il appliquera _ bientôt _ cette leçon aux Siegmund et Walter annoncés à Bayreuth _ voilà ! _, et à Tristan plus tard _ wow !
…
…
Faut-il préciser que la réussite des grands récits – dont un Adieu au cygne fascinant – tient aussi à l’entente entre le chanteur et le chef, dont la sensibilité est en osmose avec cet art du chant raffiné _ oui : lyrique. Loin des grands bruits, l’orchestre – à quelques cuivres malheureux près – est l’instrument fluide de la narration sous une baguette qui possède à la fois le sens du grand arc dramatique (la montée en tension irrésistible au final du II), du détail raffiné (la fin du duo Elsa Ortrud) qui sait aussi admirablement sertir le chant d’une aura adaptée.
…
…
Quel décidément extraordinairement talentueux interprète, et prodigieux passeur de cet art, est Michael Spyres !
…
…
Ce vendredi 29 mars 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa
Passionné de l’œuvre musical de Maurice Ravel (1875 – 1937),
je suis vivement impressionné par le magnifique copieux et très riche, et original, dossier que le musicologue Emmanuel Reibel consacre ce mois de novembre-ci au compositeur natif de Ciboure, dans le numéro 247 du magazine Classica, nouvelle formule, aux pages 42 à 58.
…
…
…
…
Ce mercredi 9 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa